Mais la nuit tomba et Adrien n'était toujours pas de retour. Inquiète parce qu'il ne répondait pas non plus à ses appels, elle vit avec découragement la pluie s'abattre sur la ville.

Une énorme trombe d'eau avec des vents violents. Elle sortie donc malgré la tempête et les problèmes éventuels pour tenter de le retrouver.

Les voitures de patrouille parcouraient toujours lentement la ville à sa recherche et elle se dit en voyant le bon côté des choses qu'au moins, elle n'était pas seule pour aider les pauvres parisiens pris au dépourvu par ce mauvais temps.

Épuisée, elle finit par le retrouver vers neuf heures du matin après s'être battue toute la nuit avec les éléments mais refusant de se mettre à l'abri tant qu'elle ne l'aurait pas retrouvé.

Il ne pleuvait plus en avant-midi mais le matin était brumeux. Elle mit du temps à comprendre que ce qu'elle avait sous les yeux était le corps d'un homme, son homme. Il était roulé entre deux échangeurs d'air chaud sur un toit et frissonnait tout de même.

Ses vêtements avaient été déchirés, il était blessé, avait de la fièvre et réalisait à peine qu'elle était devant lui.

Profitant du brouillard, elle le porta jusqu'à leur appartement pour le soigner, le réchauffer et le nourrir.

Mais, dès qu'il eu reprit un peu de force, il se battit contre ses soins.

«Tu n'aurais pas dû me ramener ici. Tu aurais dû me laisser mourir.» lui reprocha-t-il d'une voix enrouée peu avant de tomber de sommeil.

Lorsqu'il se réveilla de nouveau au milieu de la nuit, elle l'obligea avec toute son autorité à prendre des médicaments pour se soigner. Il avait très mal dormit à cause de sa fièvre mais refusait toujours d'aller mieux.

Bientôt, il fut plus réveillé et elle insista pour avoir une bonne conversation avec lui. Il était amorphe et engourdit par la peine mais plus lucide malgré son état dépressif qui aveuglait son jugement.

«C'est ton père n'est-ce pas?» demanda-t-elle. Seul l'absence de négation fut la réponse lui indiquant qu'elle avait raison.

«Tu le sais depuis des mois, pourquoi te mettre dans un état pareil maintenant?» l'interrogea-t-elle.

«Tu ne me reproches pas de ne pas te l'avoir dit?» fronça-t-il.

«Oh non! J'ai vu combien tu étais tellement plus heureux avec moi ici. Je ne te reproche absolument pas d'avoir voulu tout oublier de ce qui concernait ton père. J'aurais probablement fait pareil à ta place.» le rassura-t-elle.

«Mais, on ne peut pas continuer comme ça. On ne peut pas continuer à profiter de ce pot-de-vin. C'est mal.» déplora-t-il songeusement en indiquant la pièce. «C'est lui qui a payé cet appartement pour acheter mon silence. Il a aussi payé ma bourse d'étude dans ce but. Je me sens mal de garder quoi que ce soit qui me vienne de lui. J'ai l'impression que je devrais redonner toutes mes économies personnelles parce que je ne les mérite pas. Je me sens tellement coupable.»

«Si c'est ce que tu veux faire, j'accepterai ce que tu auras décidé. Mais, je pense plutôt que ce serait un sacrifice inutile.» pointa-t-elle.

Il ne fit que la regarder parce qu'il ne comprenait pas.

«Adrien, je t'ai vu manquer des cours, arriver épuisé en classe, mettre une croix sur ta vie sociale et même en faire une dépression tout cela pour ce travail de mannequin et d'image de la compagnie que ton père t'a imposé. Tu as gagné le moindre salaire qu'il a osé t'accorder et même tellement plus!» s'échauffa-t-elle.

«Et cet appartement» poursuivit-elle en se levant. «Et ta bourse (qui sont des choses que beaucoup de parents aimants et normaux offrent à leurs enfants) moi, je les vois comme une compensation pour tout ce que ton père t'a fait vivre. Il a rendu ton adolescence misérable au point où tu fais la sieste sur une carpette en t'imaginant être un chat pour compenser le mal qu'il t'a fait! Tu ne crois pas que tu as le droit de garder ton coin ensoleillé en compensation pour repartir du bon pied pour le reste de ta vie?»

Adrien était confus. Il se sentait tout bizarre à l'intérieur et la tête lui tournait. Il avait juste envie de pleurer et n'arrivait plus à réfléchir.

Marinette se rapprocha de lui pour continuer plus tendrement. «Je sais que tu es un héros dans chaque fibre de ton corps et que tu veux te dévouer et offrir jusqu'à ta dernière petite monnaie pour ceux qui ont moins que toi mais, c'est avec de l'argent qu'on fait de l'argent. Garde tes économies, termine tes études et met une fondation sur pied puisque c'est si important pour toi. Et encore là, je te suivrai et je ferai la même chose que toi. Je deviendrai une dessinatrice populaire et moi aussi j'investirai dans la fondation avec toi.» lui proposa-t-elle.

«Tu crois que j'en suis capable?» hésita-t-il.

«Si je n'avais pas cru en toi, je serais restée sur le trottoir où nous nous sommes rencontrés et je ne serais jamais devenue Ladybug.» lui dit-elle simplement mais si sincèrement. «J'ai toujours cru en toi. Je n'ai jamais douté, pas même un instant. Je sais que tu peux faire tout ce que tu as envie de faire avec du temps et de la motivation.»

Lorsqu'Adrien finit par recharger son téléphone, il découvrit toute une série d'appel manqués venants de son père et de Nathalie. Il savait qu'il avait reçus plusieurs appels durant sa fuite, c'était d'ailleurs la raison pour laquelle il avait finit par éteindre la vibration. Il n'avait pas regardé de qui il s'agissait sur le moment et maintenant, il s'en félicitait. Il n'aurait pas su comment gérer les ordres de son père sur le coup. Heureusement, il n'avait laissé aucun message.

Par contre, après la fin des tentatives d'appel, Nathalie avait envoyé un e-mail contenant un message étrange et un virement bancaire électronique. Elle lui expliquait que son père et elle partaient finalement en vacance en amoureux et qu'ils lui laissaient une somme d'argent pour les cas d'urgence.

Fronçant les sourcils, Adrien montra le e-mail à Marinette et ils découvrirent que Nathalie lui avait versé une somme énorme. Bien plus que juste sa bourse d'étude et les mensualités pour le logement. Beaucoup, beaucoup plus.

«Encore de l'argent pour mon silence.» soupira Adrien.

«Heureusement que tu viens de décidé d'agir sagement au niveau financier.» s'amusa-t-elle. «Autrement, cet argent aurait pu s'évaporer en moins d'une semaine.»

«Tu crois que je devrais lancer la fondation tout de suite?» traduisit-il.

«Une fondation, ça ne s'improvise pas.» temporisa-t-elle. «Mais maintenant que tu as tout cet argent, tu peux le placer, en tirer un revenu, rencontrer des financiers de confiance pour t'aider avec la fondation et t'apprendre comment en gérer une et n'oublie pas que tu dois aussi déterminer son rayon d'action et la manière dont tu aideras les gens.»

«Je ne sais pas encore.» soupira-t-il. «Tout ce que je sais, c'est que je ne veux plus vivre de cette manière si... effacée. Je veux faire ma part et me rendre utile. Je ne veux plus vivre cette existence sans but et superficielle. C'est ça qui me bouffe de l'intérieur. Je ne suis pas celui que mon père a toujours voulu que je sois. Je ne supporte plus d'être "Adrien Agreste."»

«Oui, ça je l'avais remarqué depuis longtemps! Et maintenant qu'il a pris la fuite, tu peux être qui tu veux.» fit-elle tendrement remarquer.

«Tu crois que je devrais le dénoncer?» fit Adrien en regardant honteusement le sol.

«Ces hommes n'avaient pas l'air de vouloir revenir sur leur décision concernant la peine de mort. S'ils avaient voulu plier, ils n'auraient pas envoyé l'armée à tes trousses. Même moi, dans ces conditions, je n'ai pas envie de le dénoncer. Pour moi aussi, la peine de mort est une limite infranchissable.»

Elle frissonna en se rappelant la confrontation qu'elle avait eu avec Gabriel le jour où Adrien lui avait raconté qu'il avait proposé de le sacrifier pour faire revenir sa femme. Elle se rappelait de toutes les fois où ChatNoir l'avait réveillée au milieu de la nuit parce qu'il faisait une crise de panique et qu'il avait besoin de ses mains sur lui pour se calmer. Mais, elle se voyait aussi assister à l'exécution du père d'Adrien et voir la vie quitter ses yeux et les deux ne fonctionnaient pas dans sa tête.

«Mon père.» dit simplement Adrien en écho à ses pensées. «Il m'a fait tellement de choses. En tant que son fils et en tant que son ennemi. Je sais bien que de devrais le haïr mais, je n'y arrive pas. Peut-être parce qu'il était là lorsque personne d'autre n'était près de moi? Je ne sais plus.» Il se sentait mal dans sa peau, juste à penser à cet homme qui le terrifiait a présent. Il aurait aimé avoir le courage de dénoncer.

«Parce que tu es un homme bon. Et qu'il n'y pas de place dans ton cœur pour la haine.» lui parvint la voix douce de Marinette qui plaça sa main sur la sienne pour le ramener à la réalité. «Adrien, nos parents sont une partie de nous qu'on le veuille ou non. C'est pour ça que tu souffres autant. Tu es déchiré entre les bons côtés que tu veux garder de lui et les mauvais. Prend le meilleur et sers-toi s'en pour te reconstruire puisque c'est ce que tu veux faire et oublie-le. Oublie tout ce que tu détestes en lui. Seulement, il y a une chose qu'il faut qu'on accepte toi et moi.»

Elle prit sa main dans la sienne mettant son miraculous en évidence. «Puisque ChatNoir ne divulguera pas le nom du Papillon, il va devoir changer de look pour disparaître. Ce masque noir mystérieux doit retomber dans l'oublie.» lui dit-elle doucement.

«Il faut donc que je dise adieu à Plagg pour toujours?» s'effraya Adrien. «Je savais que ce jour viendrais mais... Plagg, c'est-»

«Non, ne t'inquiète pas.» le rassura aussitôt Marinette. «Je reste la gardienne et la miracle box va rester avec nous. Simplement, nous ne nous transformerons plus. Ni pour profiter de la vue sur la Tour Eiffel ni pour venir en aide à la population avec des pouvoirs magiques. C'est le prix à payer. Quant à rester Ladybug et ChatNoir. Ils sont qui nous sommes et nous sommes eux. Tu resteras toujours le ChatNoir qui a protégé Paris. Regarde.» pointa-t-elle par leur grande vitrine. «La ville est toujours debout après toutes ces années. Nous avons gagné.»

Il passa un long moment dans ses bras à regarder le jour tomber et les lumières prendre le relais une à une.

«Tu crois que je dois aussi arrêter de me prendre pour un chat? Il s'agit clairement pour moi d'un exutoire et je n'en ai plus nécessairement besoin.» demanda-t-il lentement.

«Tu m'as un jour dit que tu voulais développer ta vie sexuelle en tant qu'exutoire. Est-ce que tu veux arrêter de faire l'amour parce que ton père ne te harcèles plus?» sourit-elle.

«Alors, ça ne te déranges pas si je continue de jouer à être un animal? C'est un peu enfantin comme attitude. Les adultes sers les dents et endurent les problèmes avec un soupir et un sourire.» commenta-t-il.

«Je n'ai pas l'intention d'arrêter de jouer aux jeux vidéo même si je suis une adulte et qu'en tant que dessinatrice, je vais devenir hyper-sérieuse. Mes parents n'ont jamais arrêté de jouer non plus et c'est une leçon que j'ai apprise en tant que Ladybug. Le plaisir et la détente sont nécessaires parce qu'ils nous rappellent pourquoi on fait ce qu'on fait.»

«J'ai une chance incroyable. J'ai une vie magnifique à tes côtés.» murmura-t-il dans son cou. Il se lova contre elle et il passèrent la nuit dans les bras l'un de l'autre sans même se séparer de quelques centimètres.


L'absence de Gabriel ne se remarqua pratiquement pas aux yeux du public, il vivait toujours en reclus. Celle de Nathalie causa tout un émoi au sein de la compagnie par contre.

Le lendemain, était un samedi et les héros avaient décidés de consacrer la journée à leurs kwamis. Il était douloureux pour eux de dire adieu et ils voulaient prendre le temps d'avoir un vrai moment de qualité juste tous les quatre.

Bien sûr, Plagg et Tikki ne seraient pas si loin. La miracle box resterait dans leur salon de toute manière. Marinette avait trouvé un antique meuble de machine à coudre chez un antiquaire et lui avait donné une seconde vie avec un joli polissage. Puisque l'intérieur ne contenait plus la machine, cela en faisait une cachette parfaite pour la boite dissimulée dans le meuble d'appoint qui avait parfaitement sa place dans un décor créé par Marinette pour elle-même.

Ils avaient aussi résolu de ne pas se lancer à la poursuite de Gabriel Agreste. Il n'avait plus le miraculous et n'était pas assez stupide pour ignorer la chance inespérée que ChatNoir lui offrait en l'ayant protégé de la sorte.

Si d'aventure il revenait de ses "vacances," il serait toujours temps de relancer les autorités pour faire commuer sa peine lorsque la colère des parisiens serait moins vive.

Pour l'instant, ils avaient simplement livré le message sur le ladyblog qu'au vu de la situation actuelle et puisque leur promesse de stopper le Papillon était accomplie, ils renonçaient maintenant à leurs pouvoirs et reprenaient leurs vies d'avant.

Sur une suggestion de Tikki, ils avaient décidés de débuter la journée en visionnant des vidéos de chats sur internet et se tordaient maintenant de rire devant le visage indigné de Plagg pour ses représentants.

C'est à ce moment que le téléphone d'Adrien sonna et qu'un frisson de mauvais présage parcouru l'échine de Marinette.

«Allô Charlotte.» répondit-il en souriant avant d'écouter la réponse paniquée de l'autre côté de l'appel.

«Non. J'ignore où ils sont. Il semblerait que mon père se soit finalement réveillé et ait réalisé qu'avoir Nathalie dans sa vie était la meilleure chose qu'il pouvait espérer.» fit-il en répandant le mensonge inventé par l'assistante.

Plus de frissons parcoururent l'échine de Marinette en écoutant la familiarité dans sa voix.

«Je vais envoyer des instructions aux chefs de services pour lundi, dans ce cas.» l'assura-t-il de façon toute professionnelle. «Non. Je n'en ai pas l'intention, Charlotte, pas pour l'instant. Je suis certain que mon père ne s'absentera pas très longtemps.»

«Non» éclata-t-il ensuite de rire. «Je ne pense pas que Nathalie envisage de devenir femme au foyer même si elle "épouse le boss." Bonne fin de semaine à toi aussi Charlotte.»

Son sourire resta un peu sur ses lèvres même en parlant ensuite de son père à Marinette. «On dirait qu'ils ont quitté la ville trop vite pour penser à tout. Je vais devoir nommer quelqu'un pour assurer l'intérim à la compagnie en attendant de savoir quoi en faire. Le message de Nathalie ne me donne pas beaucoup d'indice. Quoi?» finit-il par demander en rencontrant son visage légèrement fermé. Lui en voulait-elle d'avoir mentit?

«Qui est cette Charlotte? Vous semblez proches tous les deux?» demanda sa douce d'une voix très calme malgré son air dangereux.

Un nouveau sourire fleurit involontairement sur le visage d'Adrien en pensant à sa correspondante. «C'est l'un des chefs du département couture. Elle est très amicale avec tout le monde. Une bonne nature, très pétillante.»

«Mais, elle avait ton numéro de téléphone personnel?» poussa encore Marinette.

«L'un des fournisseurs ne voulait pas faire la livraison des tissus parce qu'il n'y avait personne pour régler la facture hier. Nathalie étant absente, j'imagine qu'elle a fouillé dans le répertoire des contacts d'urgence des mannequins pour trouver mon numéro.» se défendit Adrien. «Marinette, je ne comprends pas où est le problème?»

«Tu ne m'as jamais dit que tu fréquentais des gens en dehors de ceux (et celles) que je connais.» fit-elle vaguement. «Je suis juste surprise.»

«J'ai rencontré des tas de gens dans les soirées où mon père m'a obligé à me rendre. Plus de personnes que celles dont je ne peux me souvenir. Mais aucune d'entre elles n'auraient pu faire quoi que ce soit pour m'aider. Personne ne l'a fait. À part toi.»

«Reste que tu as semblé heureux d'entendre la voix de Charlotte.» bouda Marinette.

Adrien rigola. «Tu ne serais pas jalouse, Buginette? C'est adorable mais, tu n'as pas à t'en faire. Charlotte est juste une amie.»

Marinette blanchit complètement en entendant ces mots, le fixant sans sourciller. Elle ne paraissait plus fâchée contre lui, elle indéniablement blessée.

«Mari?» s'inquiéta-t-il en allant la soutenir par les coudes.

«C'est... pendant si longtemps c'est exactement que j'ai été pour toi. Juste une amie. Et maintenant, tu dis que tu es amoureux de moi. Alors, je ne sais plus comment interpréter ça. Est-ce que je dois pensé que je ne représentais rien pour toi avant que tu découvres que j'étais Ladybug ou est-ce que tu planifies d'avoir plus avec Charlotte dans l'avenir si jamais tu te désintéresse de moi?» demanda-t-elle avec fragilité.

Adrien blanchit à son tour et resta un instant muet sous le choc avant de retrouver sa voix. : «Je n'ai- Je n'ai jamais- Tu n'as jamais été- Je t'ai toujours considéré comme une personne précieuse dans ma vie dès le premier instant, Princesse.»

«Oh oui? Alors, pourquoi tu ne m'as jamais remarquée? Je veux dire, j'ai l'impression que les aveugles vivants au Groenland savaient que j'avais un crush sur toi mais toi, tu n'as rien vu avant d'avoir une dépression qui t'a ouvert les yeux sur ce que tu manquais?»

«Mais, comment est-ce que j'aurais pu le savoir?» s'emporta Adrien. «Tu passais ton temps à me fuir. Il t'a fallu des semaines pour m'adresser une phrase entière et j'ai pensé pendant des mois que tu m'en voulais encore pour cette histoire de gomme à mâcher. Je me souviens très distinctement avoir été tellement déçu que tu refuses de me parler le jour de notre rencontre et le suivant. C'est bien la preuve que dès notre rencontre tu comptais pour moi!»

«Alors pourquoi m'as-tu toujours traité en amie? Quand Ladybug a commencé à repousser ChatNoir au début de notre partenariat, pourquoi tu ne t'es pas intéressé à Marinette qui était juste là derrière toi et que tu aurais pu voir tous les jours au lieu de l'héroïne qui n'avait que quelques minutes pour te rabrouer par semaine? Avoue que tu ne pensais qu'avec son sexe!»

«Mais, pas du tout.» tenta-t-il de la calmer. «Tu ne semblais pas m'apprécier tant que ça et c'était plus facile de me rapprocher d'une fille, Marinette ou Ladybug, sans que mon père le sache et aussi- Oui, c'est vrai que je t'ai traité en amie mais... j'en avais tellement besoin...» acheva-t-il piteusement.

Elle lui récita alors toutes fois où il l'avait lui-même repoussé. Du jour où il avait aider Nino à sortir avec elle jusqu'à ce jour où il lui avait demandé à elle de l'aider à sortir avec Kagami et toutes les fois où selon elle il avait dit qu'elle n'était "qu'une amie."

«Marinette» reprit-il toujours calmement mais un peu moins patient. «Peux-tu t'imaginer ce que c'est pour un enfant de cinq ans de rester seul avec son train en bois pendant trois heures d'affiler?» questionna-t-il. «C'est horrible!» lui fournit-il.

«J'ai ce souvenir très vivant de mon enfance où je passais des heures à pleurer en pensant qu'on m'avait oublié. Je restais seul dans ma chambre et je criais dans ma tête pour que quelqu'un vienne me sauver mais surtout pas ce monstre qui allait juste me crier dessus parce que je faisais trop de bruit et que je l'empêchais de travailler! J'avais des tuteurs mais pas tous les jours, ma mère m'aimait mais, elle n'était pas toujours là. Chloé était mon amie mais elle avait sa vie et ne se rappelait de moi que lorsque l'envie lui en prenait à elle ou à ma mère de nous réunir. Et même parfois, elles restaient juste entre elles et m'excluaient. Peux-tu imaginer ce petit garçon de cinq ans, sept ans, neuf ans qui regarde par sa fenêtre et qui en veut à chacun des passants dans la rue de ne pas se rendre compte qu'il est si seul qu'il en a mal?»

Marinette resta muette. Elle pouvait parfaitement l'imaginer parce qu'il était encore à l'intérieur de son amoureux. Sa douleur était toujours présente en lui.

«Alors, quand je t'ai rencontré, Marinette-toi et d'un autre côté Ladybug-toi, j'ai eu besoin de vous deux dans ma vie pour rester sain d'esprit. Peut-être que je n'ai pas choisit chacune pour le rôle que tu aurais préféré mais j'étais tellement jaloux de Marinette! Peut-être même que si j'avais découvert ton identité plus tôt, et que tu n'aurais été qu'une seule personne pour moi, et qu'on avait simplement été un couple, et que je n'avais pas eu ton amitié même distante pour me soutenir durant cette période, peut-être qu'au fond, j'aurais regretté les bons souvenirs que j'ai aujourd'hui grâce à toi.»

Il soupira et se referma sur lui-même pour devenir plus songeur. «Quand Ladybug m'a repoussé et que tu ne semblais toujours pas intéressée et que j'ai voulu inviter Kagami pour voir s'il y avait quelque chose de possible entre elle et moi, je n'avais personne d'autre que toi vers qui me tourner. Personne à qui me confier ou pour m'aider à y voir plus clair. J'avais besoin d'une amie. Et tu es tout mon univers Marinette. Sans toi, je n'ai plus de famille, aujourd'hui, je vais perdre Plagg, à l'exception de Wayhem, tous mes amis sont surtout tes amis. Si je fais une erreur et que tu me banni de ta vie, je n'en aurai simplement plus! Je veux être à toi mais, je suis encore un être humain ou j'aimerais bien être capable de le devenir entièrement. Et si tu es jalouse simplement parce que je parle à une employée de mon père pour régler les problèmes les plus urgents...»

«Tu as raison.» admit-elle simplement. «Je suis trop jalouse. Et je te mets trop de pression.»

Un silence inconfortable s'installa et Marinette gigota sur le divan avant de sauter sur ses pieds vers le meuble de la miracle box.

«Tu sais quoi?» fit-elle avec trop de pep dans la voix pour que ce soit naturelle. «Je vais aller faire un tour du côté du manoir en repérage. Et si en fait, ton père avait juste décidé de se terrer chez lui et de ne plus répondre au téléphone?» Elle déverrouilla la boite et attrapa le collier de la discrète Multi-mouse. Tikki flottait toujours à ses côtés et s'installa dans sa chevelure.

Adrien la regardait partir tristement. Il n'aimait jamais quand elle quittait l'appartement et il détestait se disputer avec elle encore plus que d'être blessé au combat. Il baissa la tête en retenant ses larmes.

«Euh, si- tu as besoin de te dégourdir les jambes sur les toits une dernière fois, je préférais que tu choisisses Longg.» instruisit-elle avant de partir.

Il attendit une bonne demi-heure supportant difficilement l'atmosphère de la pièce en se concentrant sur la conversation de Plagg. Ce petit diablotin égoïste et tous ses discours et ses métaphores sur le fromage allaient vraiment lui manquer.

Adrien ne supportant plus l'attente, c'est Plagg lui-même qui lui conseilla d'aller la chercher.

Un tout nouveau héros s'avança sur le toit de l'hôtel du Maire battu par les vents pour aller s'installer sur le même transat d'où la plus appétissante des souris observait la résidence voisine.

«Tu es toujours en colère?» demanda-t-il.

«Oui, mais pas contre toi. Contre moi-même.» admit-elle sans le regarder. «Je suis une égoïste.»

Il éclata d'un rire léger. «Tu es l'adorable princesse que j'aime couvrir d'attention jusqu'à la rendre trop gâtée!»

«Humph! C'était déjà fait. Tu arrives trop tard. J'étais déjà la princesse de mon père bien avant que tu me tournes autour, merci.» fit-elle avec son adorable moue boudeuse.

De la voir vêtue de l'uniforme gris de Multi-mousse avait toujours chatouillé quelque chose en lui, et en voyant cette expression sur son visage, il contenait difficilement son désir pour elle.

«Mais si tu le sais et que tu reconnais tes erreurs... Je t'aime comme tu es.» lui assura-t-il une nouvelle fois.

Elle se coula contre lui pour voler sa chaleur. Comment pouvait-il ne pas s'en réjouir puisqu'ainsi, elle était dans ses bras?

«Tu sais, c'est difficile pour moi de vraiment me lier avec les gens.» admit-il. «Si tu servais d'intermédiaire entre moi et les gens à qui tu fais confiance, tu garderais toujours le contrôle sur moi comme tous les deux on préfère.» suggéra-t-il.

«C'était déjà mon intention en fait.» lui divulgea-t-elle mystérieusement en relevant le regard.

La surprise s'inscrivit alors sur son visage lorsqu'elle regarda vraiment pour la première fois le look du nouveau dragon. Adrien portait un uniforme rouge qui était aussi noir des pieds aux genoux et sur le col. Il avait aussi de l'or sur lui. Cependant, l'uniforme n'imitait pas que du spandex.

La texture qui recouvrait ses épaules, ses pectoraux et le haut de son dos semblait rigide et former une carapace solide. Le reste de son corps était recouvert d'une texture écailleuse et des cornes avaient poussé sans logique entre ses mèches rebelles. Il y en avait également de petites plaquées sur lui qui protégeaient ses genoux, ses coudes, sa taille et ses poignets. Finalement le masque rouge et lustré était hypnotisant sur son visage et rajoutait encore plus de brillance à son regard si c'était possible.

Le vert de ses pupilles se détachait au milieu de cet amalgame d'autres couleurs et les rendaient impossibles à manquer.

Multi-mousse en salivait de désir et sentait sa féminité se réveiller.

«Quoi?» questionna Adrien.

«Rien du tout. J'ai juste une idée derrière la tête.» insinua-t-elle.

Voulant la pousser à la mettre en application, il lui souffla au creux de l'oreille. «Tu sais, si tu veux t'assurer que je t'appartiens complètement, il n'en tiens qu'à toi.»

Elle le renversa et le plaqua sur le coussin.

Il rigola et proposa: «Tu ne préférerais pas qu'on attende d'être dans un endroit plus intime?»

«Je vois, je veux, je prends.» récita Marinette avec malice. «Il faut bien que je soigne ma réputation de princesse trop gâtée!»

Il éclata encore d'un rire mais celui-ci était mélangé de désir parce que son entre-jambe avait trouvé la familiarité de celui de son amoureuse et que son érection était maintenant impossible à contenir.

«C'est moi ou j'ai l'impression que tu adores me voir travailler pour courir sur les toits quand je suis trop dur?» pouffa-t-il.

«C'est entièrement ta faute.» se défendit Multi-mouse. «Tu es époustouflant et juste trop sexy quoi que tu portes.»

«Tu es renversante même lorsque tu ne portes rien du tout.» souffla-t-il.

Elle se pencha vers l'avant, appuyant ses mains sur ses muscles pour souffler à son oreille. «Je crois que je vais te faire payer pour toutes les fois où j'ai dû me masturber seule dans ma chambre en pensant à Aspik sans avoir le véritable spécimen dans mon lit.

Elle se releva et balança les hanches pour exciter son entre-jambe. Il avait placé ses paumes sur ses hanches mais c'était surtout pour s'y raccrocher et non pour la guider ou la restreindre.

«Alors disons que je te paie avec toutes les nuits où les courbes de Multi-mouse m'ont empêcher de dormir.» fit-il avec la moue boudeuse et cherchant son souffle.

Multi-mouse s'arrêta complètement. «Adrien, je crois qu'on s'y prends mal, dans notre relation.» réfléchit-elle.

«Comment!» fronça-t-il les sourcils.

«Je me rends compte que tu manques d'occasion pour exprimer tes frustrations ou... ce qui bouille en toi. Ce n'est pas bon que je sois la dominante en permanence et/ou que tu ne sois jamais toi-même en dehors de ton rôle de soumis.»

«Plus tard.» fit-il en ramenant son attention sur sa personne. Son bassin vibrait presque d'anticipation. «Puis-je avoir la permission de faire une demande?» demanda-t-il.

«Permission accordée. Tu peux faire ta demande.» accepta-t-elle.

«J'ai très envie de manger une petite souris.» fit-il en contenant mal son désir. Juste à l'idée de faire ce qu'il voulait faire, il sentait la pression monter dans son membre. «Tu veux bien t'asseoir sur mon visage?»

Elle rigola délicatement et changea de position. Mais son sexe en contact avec le visage d'Adrien, elle se pencha bien sûr vers l'avant mais elle s'étendit plutôt pour se mettre à son aise au lieu de s'intéresser au sexe du dragon (toujours coincé dans les écailles) juste sous son nez.

Parcourant son entre-jambe recouvert du costume, la langue d'Adrien se perdit dans les replis de sa féminité. Il se laissait étourdir par l'odeur folle du désir contenu dans son sexe. Après en avoir agacé des points précis, sa langue fit copieusement des aller-retours entre l'avant et l'arrière. Et Adrien obtint finalement sa récompense : il pu goûter sur sa langue la saveur de sa petite souris.

Il soupira en retrouvant les notes veloutés de son excitation. Les pouvoirs du dragon, comme ceux du chat, lui permettaient d'en discerner les nuances subtiles et exquises. Pour lui, rien n'était plus vrai, plus intime que de la goûter vraiment.

Il n'avait, bien sûr, aucun désir pour lui faire du mal ou d'aller vers des gestes plus sinistres. Mais, de pouvoir lécher sa peau, respirer le parfum de sa chevelure, reconnaître son odeur sur son propre corps parce qu'ils passaient autant de temps l'un contre l'autre... Il adorait cet aspect de leur couple qui le faisait sentir vraiment heureux. Il avait vraiment l'impression d'appartenir à sa vie et qu'elle appartenait à la sienne.

Et lorsqu'elle s'abandonnait à ses caresses comme en cette instant. Suffisamment pour oublier où ils se trouvaient. Que quelqu'un aurait pu les observer ou les photographier. Oublier tout ce qui n'était pas ses gestes et se laisser prendre par le plaisir au point d'être emportée par lui. Il se sentait si fier d'avoir enfin réussi à lui faire oublier le poids du monde qui reposait sur ses épaules.

Lorsqu'ils revinrent à l'appartement, Adrien, toujours galant, l'aida à entrer dans la chambre et lorsqu'il referma la porte-fenêtre donnant sur le petit balcon, il la trouva assise sur le lit qui l'attendait sagement et sans sa transformation.

Elle lui tendit la main et il vint s'asseoir près d'elle en libérant Longg.

Elle se serra contre lui sans un mot, et ils partagèrent un long moment ensemble dans une paix retrouvée, se promettant de se reprendre le lendemain, pour la journée spéciale avec leurs kwamis.

«Marinette, j'ai quelque chose à te dire.» fit-il au bout d'un moment avec sérieux et nervosité. Puis, il prit une grande inspiration, passa sa langue sur sa lèvre et déclara : «Je suis heureux avec toi

Un sourire doux et simple naquit sur son visage mais malgré ce calme apparent, elle n'aurait pas pu être plus émue.

«Est-ce que tu comprends?» demanda Adrien incertain en portant la main à sa nuque.

Oh oui, elle comprenait. Ce n'était pas un garçon qui disait à une fille qu'il l'aimait. Ça, il l'avait déjà fait des tas de fois. C'était un homme qui disait à une femme qu'elle était la personne spéciale avec qui il voulait être. Qu'avec elle, sa vie était belle et que sans elle, son existence n'avait pas de sens.

Qu'elle n'avait aucune raison d'être jalouse parce qu'elle était plus importante et spéciale que toutes les autres femmes.

«Oh oui, je comprends! Je te choisit aussi, Adrien. Et s'il-te-plaît, n'en doute jamais. J'aime tout ce que je connais de toi, tout ce que je ne connais pas encore et c'est à tes côtés que j'appartiens!»