La fin de l'hiver suivant amena de nouveaux défis dans le couple d'Adrien et Marinette. Étant tous deux à leur dernière année d'étude, le stress était devenu la troisième personne de leur couple.
Adrien avait ajouté à son horaire le dernier cour pour compléter son diplôme et travaillait sans relâche du matin au soir soit à ses travaux, soit pour s'occuper de la maisonnée.
Marinette avait encore moins de temps au quotidien que durant les autres sessions puisqu'elle s'affairait sur milles projets avec les autres élèves étudiant en mode et débutait un stage en entreprise.
Ce stage était lui-même une très forte source de stress, pour Marinette elle-même et pour leur couple.
Félix avait fortement insisté pour que Marinette vienne travailler pour la compagnie Agreste simplement parce qu'elle était la plus prometteuse dessinatrice du moment et qu'il avait non seulement les ressources pour se permettre celle que tout le monde voulait et l'entêtement pour l'obliger à dire oui. Félix n'était pas du genre à accepter la défaite ou à laisser quelqu'un lui dire non.
Marinette avait accepté de faire son stage à la compagnie Agreste assez facilement. C'était toujours une jolie ligne à placer sur un curriculum. Mais, après avoir enduré l'insistance de Félix pour qu'elle accepte le stage, les vrais problèmes avaient commencé sur place.
D'abord, il y avait le lien entre eux. Les murmures répandant la rumeur qu'ils étaient liés se transformaient parfois en blagues rapportant qu'ils étaient ensembles.
Félix y mit rapidement bonne ordre et avoua ouvertement dès la première réunion hebdomadaire que Marinette sortait avec son cousin et que peu importe que les employés l'aiment ou non, ils devaient accepter la situation. Il ne l'avait pas embauchée parce qu'elle était dans sa famille (et une amie d'enfance de surcroît) mais parce qu'elle était la meilleure. Cela fit taire certains commentaires mais anima quelques jalousies également.
L'autre source de stress du même domaine, était la familiarité entre eux. Marinette n'avait que peu de respect personnel pour l'homme. S'il jouait à être Adrien en imitant le caractère doux et généreux de son amoureux, sous cette apparente gentillesse, couvait un manipulateur sournois et elle voyait clairement dans chacun de ses jeux.
Félix gardait un look et une apparence séductrice et époustouflante, toujours parfaitement étudiée et parfaitement réalisé.
Il ne trompait pas Marinette bien sûr. Adrien négligeait peut-être un peu plus son apparence en laissant sa tignasse indomptée le plus souvent et il ne rasait pas toujours les poils éparses qui avaient réussi à pousser sur son menton malgré des années d'épilation mais, ayant l'un des deux spécimens dans son lit, le deuxième perdait de sa brillance à ses yeux.
Le problème était que Félix se servait de son apparence, de la réputation d'enfant délicat et maltraité d'Adrien et de ses faux airs adorables pour jouer avec les sentiments de tous les gens qu'il côtoyait.
Il charmait les employées féminines pour qu'elles fassent plus d'heure malgré leurs vies familiales chargées et séduisait les partenaires ou la presse avec un sourire dévastateur pour obtenir d'eux ce qu'il voulait.
Et quand une technique ne fonctionnait pas, Félix en utilisait une autre. Il devenait le froid et calculateur prédateur caché sous la peau du mouton et savait frapper là où il pouvait blesser le plus efficacement possible.
Marinette essayait parfois d'adoucir les angles mais, elle s'était parfois aussi rendu dans son bureau en claquant la porte pour lui faire la morale sur les lacunes de son comportement.
Et évidemment, le charme de Félix ne fonctionnait pas sur elle. Elle restait de marbre face à ses yeux doux sachant très bien que sa vulnérabilité n'était que mensonge.
Félix n'aimait pas échouer. Il n'aimait pas ne pas avoir le contrôle sur elle.
Puis, la pression retomba pour Adrien. Il se retrouva en quasi-vacance pour deux semaines avant de recommencer avec la prochaine de ses séries d'impératifs.
Mais, avec son horaire allégée venait plus de temps pour penser à son avenir. Que ferait-il ensuite précisément?
Félix mettait toujours la pression à Marinette pour qu'elle accepte de travailler à la compagnie. Il lui répétait qu'à ses yeux la compagnie était aussi à elle et qu'elle ne travaillerait pas pour lui mais avec lui. Qu'elle n'avait qu'à choisir et définir le poste qui lui convenait même s'il s'agissait de développer un nouveau département.
C'était une offre difficile à refuser pour Marinette. Une bonne liberté de manœuvre mais en même temps toutes les ressources de la compagnie à sa disposition.
De son côté, Adrien ne savait plus ce qu'il voulait faire. Il aimait autant sa vie mais, avec la fin de ses études et de celles de Marinette, il avait l'impression qu'il n'allait bientôt plus rien avoir à faire de ses journées à l'exception de quelques tâches domestiques.
Jouer à des jeux vidéo entre deux contrôles de sécurité du système informatique qu'il était payé pour surveiller à distance faisait son temps. Il voulait se rendre plus utile.
Évidemment, il pouvait toujours donner plus d'heure en travail social, s'occuper des personnes âgées esseulées ou des adolescents troublés. Mais, le côté sauvage en lui lui soufflait qu'il n'avait pas tellement envie de passer de nombreuses heures à raisonner et réconforter des inconnus.
Sauver des vies, il aimait bien. Utiliser ses muscles ou grimper. Il renouvelait sa formation en premiers secours sans attendre qu'elle arrive à terme et avait assisté à quelques événements organisés par son quartier pour les enfants à titre de premier répondant pour les urgences. Mais, socialiser ne l'intéressait pas beaucoup.
Ni même les horaires de travail comme un ambulancier en aurait. De toute façon, il ne gérait définitivement pas suffisamment bien le stress pour travailler dans le domaine médical.
Au fond de lui, installé au soleil dans son appartement vide avec un hamster pour seule compagnie, il avait l'impression qu'il savait déjà instinctivement ce qu'il voulait.
Il voulait serrer un petit être semblable à lui-même et Marinette dans ses bras et être le papa que son père n'avait jamais été pour lui.
Ce désir était si criant qu'il en était douloureux. Il savait avec certitude qu'il voulait un bébé depuis plus d'une année mais il y pensait vraiment intensément depuis qu'il avait débuté sa dernière saison à l'Université.
Seulement, Marinette se disait loin d'être prête à avoir un enfant. Elle ne pensait qu'à ses études puis, elle devrait travailler sans compter ses heures pour mettre sa compagnie sur pied ou bien elle devrait chercher un poste en entreprise. Même créer un département comme Félix le lui avait proposé demanderait qu'elle soit plus disponible pour le travail.
L'une ou l'autre de ces options exigerait d'elle beaucoup d'énergie et elle craignait de ne pas en avoir assez pour les deux sphères de sa vie à la fois.
Même si Adrien lui avait assuré qu'il s'occuperait du bébé pendant qu'elle s'occuperait de sa carrière, Marinette ne croyait pas que ce serait suffisant. Il y avait encore la grossesse à considérer et l'accouchement et sur ces deux points, Adrien ne pouvait pas l'aider.
Ils s'étaient d'ailleurs accrochés sur ce sujet, ce matin-là. Juste avant qu'elle ne parte pour les bureaux de l'entreprise.
Quand Adrien l'assurait qu'il s'occuperait complètement de l'enfant et qu'elle n'avait pas à s'inquiéter, elle lui répondait qu'elle voulait aussi s'occuper de son enfant. Et entre eux planait le spectre des mauvais choix de son père. Puis, Adrien lui assurait qu'il créerait lui-même les conditions idéales pour qu'elle soit présente pour l'enfant. Qu'il ne ferait pas les mêmes erreurs que ses parents.
Et cette conversation se répétait avec les mêmes arguments et sans aucune issue à chaque fois. Marinette n'avait simplement pas la tête à réfléchir posément au concept de la vie de famille à ce moment-là. Et Adrien devait donc encore attendre.
C'était comme s'ils travaillaient l'un contre l'autre plutôt qu'ensemble et il détestait cela et elle aussi. Assis sur son divan à ne rien faire de constructif sauf ruminer ses blessures, Adrien avait l'impression que jusque là, ils avaient été une équipe et que tout à coup elle l'abandonnait.
Au milieu de cet avant-midi, Luka se présenta à l'appartement. Adrien et lui avaient pris l'habitude de jouer de la guitare ensemble à l'occasion. Ce matin-là, il avait juste oublié de l'appeler pour annuler comme il l'avait fait les deux dernières fois.
«Je ne me laisserai pas écarté cette fois.» fit Luka avec un sourire charmeur. «Si tu me disais plutôt ce qui ne va pas au lieu de rester indigné et de te complaire dans tes malheurs?»
«J'aimerais avoir un enfant mais Marinette pense que nous ne sommes pas prêts.» fit Adrien avec simplicité.
«Toi, pourquoi crois-tu que tu es prêt?» demanda Luka.
«Tu crois aussi que ce n'est pas le moment pour nous?» se surprit Adrien. Luka était un bon ami mais il n'était pas assez proche du couple pour donner un avis aussi décisif sur la question.
«Non, je voudrais juste entendre tes arguments.» dit Luka en haussant les épaules mais, Adrien se demanda s'il n'avait simplement pas choisit le camp de Marinette sans aucune hésitation.
C'est ce qu'il aurait dû faire aussi se dit Adrien. Depuis quand s'opposait-il aux désirs de son amoureuse?
Il est vrai que normalement, et malgré les désignations qu'on leur donne, les dommes avaient pour rôle de voir à combler les besoins et les désirs de leurs subs pour les récompenser et les garder heureux. Était-ce ce qui arrivait à Adrien? Il devenait capricieux comme un vrai sub plutôt que de lui-même être au service de sa déesse? Est-ce que ce bébé n'était qu'un symptôme de la femme au foyer qui s'ennuie qu'il était devenu? Ou un effet de l'angoisse de la fin des études qui approchait?
«J'ai simplement envie d'avoir un enfant. De le prendre dans mes bras et de m'occuper de lui.» soupira Adrien.
«Et cette histoire de bon moment, j'imagine que c'est l'argument de Marinette?» supposa Luka.
«Et autres déclinaisons du même concept.» approuva Adrien. «Elle veut d'abord démarrer sa compagnie ou trouver un emploi stable mais, si elle n'intègre pas la vie de parent dans sa carrière, elle va juste attendre pendant plusieurs années et ce ne sera jamais le bon moment pour elle d'avoir des enfants.» s'attrista-t-il.
Il aurait tellement aimé en discuter avec sa mère. Émilie avait été une femme douce, dévoué à sa famille et effacée, tout le contraire de sa jumelle. Elle pliait devant son mari plutôt que de le confronter. Même si elle pouvait s'emporter et remettre Gabriel à sa place lorsqu'il faisait erreur ou dépassait les bornes.
Malgré tout, Adrien aurait aimé savoir où ses parents avaient fait erreur pour ne pas commette les mêmes. Il se demandait aussi pourquoi ils n'avaient eu qu'un seul enfant. Il aurait été tellement moins seul s'il avait grandit avec une sœur ou un frère.
«J'arrive au bon moment alors.» fit tendrement Luka en déposant quelques baisers sur les lèvres d'Adrien. «Une bonne séance de guitare ne peut que te faire du bien.»
Adrien se laissa embrasser. Les rapprochements avec Luka ne le gênaient jamais et Marinette ne s'y était jamais opposé. Il n'offrait cette ouverture de lui-même qu'à son amoureuse et Luka. Ainsi il lui semblait qu'il était toujours fidèle à Marinette avec Luka en exception de ses interdits.
Le moment intime ne connu pas d'autres contacts physiques par contre. L'émotion devint musicale, et plutôt mélancolique, jusqu'à l'arrivée de Marinette.
Celle-ci était vraiment heureuse de la visite de son ami et lui sauta au cou pour le saluer. Il la prit dans ses bras en retour pour un câlin.
Adrien se hérissa de les voir ensemble alors qu'il était laissé dans son coin. Il n'aimait pas les mains de Marinette sur le torse de Luka ou celles de Luka autour de la taille de Marinette. Il n'aimait pas qu'elle parle de lui alors qu'il n'avait même pas eu droit à un regard depuis son arrivée.
«Et toi, ton avant-midi?» s'informa Luka.
«Oh, la routine! Mais hier, j'ai reçue une super offre! On me propose un contrat pour dessiner les tenues des personnages pour un jeu vidéo d'action. C'est pas magnifique ça?» s'enthousiasma-t-elle.
Adrien se rembrunit davantage, elle ne lui en avait même pas parlé à lui.
«Et tu ferais ça au lieu de lancer ta compagnie?» fronça Luka. C'était une bonne opportunité mais pas une carrière.
«Oh non, c'est juste un à-côté et un seul contrat pour l'instant. Mais, t'imagines si je met les pieds dans ce milieu? Peut-être que j'en ferai aussi plusieurs autres et qu'on verra mes créations sur tous les écrans des joueurs du monde entier!» s'exclama-t-elle.
Luka rigola de sa joie, mais pas Adrien. Il avait envie de se faire oublier.
«Tu restes déjeuner avec nous?» demanda-t-elle à Luka puis, elle se tourna vers Adrien et sans un temps mort, lui demanda : «Il y a quoi comme repas?»
«Je n'ai encore rien commencé en fait.» s'excusa Adrien en posant sa guitare, honteux d'avoir oublier l'heure en jouant.
Sans qu'il ne le remarque, Luka avertie Marinette qui sauta sur ses pieds et attrapa la guitare pour la remettre dans les mains d'Adrien. «Laisse, je m'en occupe!» assura-t-elle.
«Sure?» se surprit Adrien. Ce n'était pas dans leurs habitudes. Marinette cuisinait parfois pour le plaisir mais ne s'occupait pas des repas réguliers.
«Oui, oui! Vous étiez en train de jouer. Profites-en!» l'encouragea-t-elle en s'avançant dans la cuisine.
Adrien reprit sa balade qu'il jouait avec Luka en accompagnateur mais, s'arrêta bientôt de nouveau pour aller chercher quelques partitions supplémentaires dans la bibliothèque du fond de la pièce.
«Et comment se passe ton stage?» demanda encore Luka pendant l'arrêt. «Toujours autant de pression pour te faire remarquer au delà de la compagnie Agreste?»
«Non, je suis presque certaine de vouloir avoir ma propre compagnie. Surtout à cause de Félix...» marmonna Marinette en s'interrompant.
En tournant le visage, Adrien se rendit compte qu'ils lui jetaient quelques coups d'œil de côté.
«Félix est toujours aussi difficile à vivre?» supposa Luka.
«Il est tyrannique sous ses faux airs de garçon gentil!» s'emporta Marinette. «Ce matin, il a fait pleurer une assistante-couturière quand il s'est emporté contre elle. Quand il perd patience, il oublie d'être calme et réfléchit et c'est le vrai Félix qui pointe le bout de son nez!»
«Pourquoi vous me regardez?» demanda Adrien qui avait capté plus de regards dans sa direction. «Je ne suis pas lui. Je ne suis même pas responsable de ses actions.» fit-il piteusement.
«Non, mais tu as le même visage. Vous êtes identiques.» s'amusa Luka.
«Ça ne fait pas de moi le fautif de cette histoire.» se défendit-il avec malaise. Se défendre plutôt que de prendre le blâme n'était pas encore un automatisme chez lui.
«Mais, non.» le rassura Marinette en venant vers lui. «On te regardait juste parce qu'on ne voulait pas te mettre mal à l'aise en parlant en mal de ton cousin devant toi.» le rassura-t-elle en prenant son visage dans ses mains pour l'embrasser. «Mais tu as de la chance que ton visage ne soit pas la raison pour laquelle je suis amoureuse de toi, il est surexploité par les super-vilains. Copycat, Caméléon, Félix et les autres.» se moqua-t-elle.
«Marinette» fit-il avec sérieux et en la regardant avec beaucoup plus de tendresse qu'elle n'en avait pour lui en cette instant. «Si mon cousin te causais vraiment des problèmes tu me le dirais n'est-ce pas?»
«Bien sûr mais, tu viens de dire que tu n'es pas responsable de ses actes et je trouve que c'était une meilleure attitude. Tu devrais t'y tenir.»
«Je ne dis pas ça pour prendre sa faute. Je dis ça parce que je t'aime et que je veux te protéger.» lui répondit-il en plaçant délicatement ses mains sur ses poignets.
Elle déposa un nouveau bécot sur ses lèvres et se dégagea. «De toute façon, peu importe. Je ne resterai pas à travailler pour lui. Ou avec lui, comme il me le demande. Les gens disent déjà qu'on se dispute comme un vieux couple et c'est vrai qu'on s'entend rarement. Je n'ose pas faire durer la situation plus que nécessaire. De toute façon, à l'exception de Félix, tout le monde pense que je devrais avoir ma propre ligne à mon nom.»
«Tout à fait.» approuva Luka.
Adrien n'aimait pas l'attitude de Marinette en cet instant. Il se sentait exclu de sa vie.
Parfois, il avait l'impression qu'il avait perdu l'amitié de Marinette depuis qu'elle savait que ChatNoir et Adrien était une seule personne. Comme s'il n'était plus que son amoureux ou son conjoint mais, plus son ami.
Comme s'il n'y avait que le titre de petite-amie qui comptait pour elle mais pas les moments importants ou les détails du quotidien. Elle se confiait davantage à ses amis, comme avec Alya et Luka en cet instant, qu'avec lui.
Il détestait aussi être séparé d'elle depuis trois ans lorsqu'elle partait à ses cours. Il se rappela avec une chaleur au cœur la première année de ses études universitaires. La professeure avait appris qu'il l'attendait le soir sur un banc à l'extérieur du bâtiment et lui avait proposé de venir attendre à l'intérieur de la classe. Il aurait aimé en faire autant pour tous ses cours.
Alors qu'il écoutait Marinette parler à Luka de ce qu'elle aimerait dans le cadre d'une potentielle compagnie personnelle, il se sentit plus délaissé que jamais. Elle lui racontait tout ce dont elle rêvait pour sa compagnie. L'atelier qu'elle voulait aménager et les idées de collection qu'elle avait déjà. Elle ne s'était jamais exprimé aussi précisément sur le sujet avec lui.
Et dans ces plans, ils seraient encore séparés durant toute la journée. Il n'y avait pas de bureau de travail pour lui dans cet atelier pour qu'il y fasse du soutien informatique ni de poste à la gestion pour l'aider.
Il détestait tout à coup ne pas avoir suivit les ordres de son père. S'il était resté mannequin ou avait poursuivit ses études de gestion des entreprises au lieu de choisir l'informatique par sécurité et intérêt, il aurait eu sa place dans ses rêves.
Après le repas, Marinette retourna à son travail et Luka rentra chez lui.
Le soir, Adrien livra le fruit de ses longues réflexions de la journée à Marinette.
«Je crois que je vais partir. Si j'ai ta permission, j'aimerais utiliser l'un des miraculous et aller aider les gens ailleurs dans le monde.»
Elle arrêta la délicate couture à la main qu'elle faisait pour le regarder avec toute son attention. Sa déclaration lui avait fait très mal mais elle était si soudaine qu'elle était encore trop sous le choc pour répondre.
Seulement, il attendait une réponse d'elle et elle commença par la question la moins douloureuse.
«Oui, tu pourrais choisir un kwami. Ce serait faisable.» accepta-t-elle. «À qui pensais-tu?»
«Cela dépendrait du type de travail qu'on me confierait j'imagine. Le pouvoir de destruction de Plagg peut être très efficace dans une zone touchée par les tremblements de terre pour sortir les victimes des décombres. Et je n'ai pas la même facilité que toi pour porter les autres miraculous.»
«Mais, comment voyais-tu la chose avec les autorités?» demanda-t-elle.
«Il est peut-être temps de rétablir mon nom de super-héros auprès d'eux. Et ce sera peut-être plus facile en commençant par me rendre utile ailleurs. Je pourrais toujours m'impliquer auprès des gens dans le besoin ici à Paris. Mais, je ne suis pas un bon communicateur. Plus comme lorsque j'étais jeune. Je voudrais plutôt être dans l'action. Je veux être un sauveteur pas un intervenant social.»
«Est-ce que tu veux qu'on se sépare parce que je ne suis pas prête à avoir des enfants?» demanda-t-elle presque en l'interrompant dès qu'elle se sentit assez forte pour poser la question.
«Non!» déclara-t-il fermement.
Il s'agenouilla près de sa chaise de travail mais ne voulu pas la forcer à le regarder en face, il avait l'impression qu'elle n'était pas prête.
«Je ne veux pas me séparer de toi. Je pensais plutôt m'engager avec la croix-rouge ou l'ONU. Je n'y ai pas encore regarder avec précision, je n'en suis qu'au début de mon projet. J'ai juste compris aujourd'hui ce que j'avais envie de faire et je tenais à t'en parler tout de suite. Je veux te tenir au courant de tout ce à quoi je pense.»
Elle hocha la tête. Elle le comprenait sans être comme lui.
Puis, il poursuivit. «Je veux donc m'engager auprès d'un organisme en tant que super-héros mais entre deux missions, je pourrais revenir ici. Je ne veux absolument pas qu'on se sépare, je veux simplement que ma vie ait un vrai but et me rendre utile.»
«Je- Je ne peux pas t'obliger à accomplir ce que tu ne souhaites pas faire. Je ne le veux pas du tout non plus.» lui dit-elle tristement.
Après tout, Adrien et elle ne s'étaient fait aucune promesse.
Toute la nuit et toute la journée du lendemain, une chanson que Luka avait composée bien des années plus tôt tourna en boucle dans sa tête. C'était à l'époque où Marinette pensait qu'Adrien ne voulait pas d'elle. Luka avait lu cette mélodie dans son cœur en la pensant joyeuse mais plus elle tournait dans la tête de Marinette, plus elle comprenait que la chanson de son cœur pouvait être infiniment triste si on la regardait d'une façon différente.
«Est-ce que tu n'as jamais eu envie qu'on se marie?» demanda-t-elle au milieu du silence qu'était devenu leur couple le lendemain soir. Ils étaient dans leur lit, éclairés seulement par les lumières de la ville. Adrien était déjà allongé sur l'oreiller mais, elle restait assise sur le matelas.
«Tu es la femme de ma vie Marinette. Il n'y en aura jamais d'autre.» lui assura-t-il avec le même aplomb qu'il avait toujours eu en parlant de ses sentiments pour elle.
«Mais?...» chercha la jeune femme. Parce qu'elle savait bien qu'il y avait un mais, c'était évident.
«Mais, le mariage en général n'a jamais eu aucun intérêt pour moi. J'avoue que j'ai fantasmé plus d'une fois de te voir dans une robe de mariée par contre. Mais, en dehors de la robe... Nous sommes en couple, vivons sous le même toit. Pour moi, avoir un enfant serait un lien plus solide qu'un morceau de papier. Mais, ne t'inquiète pas.» fit-il précipitamment. «Je ne te relancerai plus avec le sujet des enfants. J'attendrai que tu sois prête.»
«Le mariage est une promesse. On s'engage à rester avec l'autre pour toujours.» énonça-t-elle.
«Le mariage n'est pas une garantie qu'on restera toujours ensemble. C'est juste une complication inutile lorsqu'on décide de partir.» fit-il sombrement dans son oreiller. «Le vrai engagement c'est de rester. Et de placer l'autre au cœur de sa vie avant tous les autres.»
«Et tu veux changer ça entre nous?» demanda-t-elle au bord des larmes.
«Oui, j'aimerais être la personne la plus proche de toi pour une fois.» reprocha-t-il. «Tu as toujours été la personne la plus importante de ma vie, à la première place avant même moi-même bien souvent. Mais, j'ai toujours dû me battre pour garder ma part de ton attention.»
Durant la journée du lendemain, Marinette ne cessa de se dire que si elle voulait garder Adrien avec elle, c'était par pur égoïsme. Elle n'avait pas le droit de l'empêcher d'accomplir ses rêves. Elle n'avait pas le droit de l'obliger à rester à ses côtés.
Bien des années plus tôt, il lui avait assuré qu'il choisissait une vie où il pourrait rester à ses côtés peu importe où elle choisissait d'aller. Mais, elle n'avait pas le droit de lui refuser de changer de vie. Si elle était moins égoïste, elle quitterait tout à la fin de son stage et partirait avec lui plutôt que de fonder sa ligne de mode.
Elle aussi avait été une héroïne après tout. Et si elle n'avait pas envie d'avoir d'enfant immédiatement, elle avait l'occasion de se rendre encore utile pendant quelques années.
Mais, elle avait peur.
Peur d'être blessée et de ne plus être capable d'avoir d'enfant ensuite.
Peur qu'il arrive quelque chose à Adrien. Qu'il soit blessé ou même tué. Et s'il ne revenait jamais? S'il était emporté d'une mission à une autre jusqu'à découvrir un coin de paradis tropical où finir ses jours loin d'elle?
Et la manière donc il parlait de ce projet! Il était déjà aussi arrogant qu'un idiot de militaire borné avant même de s'engager. Ça promettait pour le futur!
Assise à son bureau de travail, elle regardait par sa fenêtre et ne dessinait même pas.
Elle entendit la voix de Félix qui se rapprochait de son espace et sentit tous les petits duvets sur sa peau se hérisser.
«La séance photo pour ce modèle est demain matin. Alors, s'il-vous-plaît, ne faite plus d'erreur dans les plans sinon cette veste ne sera jamais prête à temps!» reprocha-t-il avec exaspération à un jeune employé. «Vous travaillez pour la compagnie Agreste. On attends de vous que vous sachiez dessiner mieux que cela.»
«Sérieusement» s'emporta Marinette en se relevant. «Pour quelqu'un qui exige l'excellence dans le travail, le tiens est plutôt bâclé! Tu tiens vraiment très mal ton rôle!»
Adrien était un homme merveilleux et Félix ne lui arrivait pas à la cheville même en essayant de l'imiter!
Au milieu de sa tristesse, elle était sortie du bureau puisqu'elle ne pouvait rien faire de bien de toutes façons.
En déambulant dans les rues, elle avait finit par atterrir sur un banc du parc près de chez elle. Elle regardait tous les jours cet endroit depuis ses fenêtres mais y avait rarement mis les pieds depuis qu'elle habitait juste à côté.
Resterait-elle même dans cet appartement si Adrien la quittait pour la majorité du temps? Si elle retournait vivre chez ses parents, elle serait moins seule et Adrien n'aurait besoin que de peu d'espace lorsqu'il reviendrait pour les vacances.
«Mari?» appela-t-il en arrivant près de son banc. Il était surtout surpris de la voir là.
«Adrien? Pourquoi es-tu ici? Tu me cherchais?» demanda-t-elle en se redressant.
«Non, je te pensais toujours au bureau.» répondit-il en s'installant près d'elle avec des sacs à la main. «Je suis allé donner un coup de main à Rose et Juleka et je me suis arrêté faire les emplettes.»
Elle se coula dans son cou pour y cacher son visage et se serra contre lui.
«Je suis désolée.» fit-elle en éclatant en sanglot.
«Pour quoi?» demanda-t-il incrédule. Il ne voyait pas pourquoi elle s'en voulait.
«Pour tout. Pour avoir mis si longtemps à choisir une vraie relation avec ChatNoir. Pour avoir tenue si farouchement à nos identités secrètes au lieu de te faire pleinement confiance dès le départ. Nous avons perdu tellement de temps par ma faute. Pour t'avoir imposé ma vie, mes idées, mes choix.»
Il délaissa les sacs pour la serrer vraiment dans ses bras.
«Je crois que la vie que nous avons eu jusqu'à présent est la meilleure qu'on pouvait avoir dans les circonstances. Tu n'as pas à t'en vouloir d'avoir eu des préférences différentes des miennes concernant notre couple lorsque nous étions plus jeunes. Et concernant tes choix de vies, je n'aurais pas été capable de suivre mes propres rêves plus tôt, je n'étais pas assez fort. Je doute encore de l'être immédiatement. Je ne suis pas certain de pouvoir m'endormir le soir sans toi à mes côtés. Je vais devoir m'y faire.»
«Mais, j'aurais dû t'aider davantage à devenir plus fort plus vite. J'aurais dû t'aider à voler de tes propres ailes au lieu de juste te cajoler dans un nid. Aujourd'hui, tout ce que je peux faire c'est te laisser partir.»
«Marinette. Je t'aime tellement.» s'ému-t-il «Mais, je n'ai pas trouvé de raison de vivre par moi-même en restant ici. «J'ai besoin de m'accomplir en tant que personne. Mais, je n'ai pas autant de talents que toi. C'est moi qui suis tellement désolé de ne pas être à la hauteur.»
Adrien soupira et descendit du banc. Il se laissa glisser à genoux devant elle, se fit une place entre ses genoux et mit ses mains sur sa taille. Il était si grand qu'à cette hauteur, ils pouvaient pratiquement se regarder les yeux dans les yeux.
«La dernière des choses que je veux, c'est briser notre couple. Cependant, si tu as besoin de la compagnie d'une autre personne pendant que je serai loin de toi, je ne t'en voudrai pas de te rapprocher de quelqu'un d'autre.» fit-il tranquillement.
Il reprit ensuite plus d'assurance et lui déclara : «Mais je reviendrai toujours vers toi. Tu es ma réponse pour toutes les questions que je me pose sur la vie. Je ne t'oublierai jamais, pas même une seconde pour chacun des battements de cœur qu'il me reste. Et je te jure que je ne mettrai jamais ma vie en jeu peu importe le travail que je ferai ou les endroits où la vie me transportera. Je sais bien que ma vie t'appartiens. Et si je pars loin de toi, je t'appellerai tous les jours avec mon communicateur et si je rate notre appel, je te laisserai un long message pour que tu l'écoutes en t'endormant. Et tu me connais, je pourrais bien passer mes journées à t'appeler pour te demander ton avis ou te raconter ce que je fais. Tu es ma vie Marinette, la vie que j'ai moi-même choisie.»
Elle s'avança pour le serrer sur son cœur avec émotion.
«Et si cette déclaration ne te suffit pas comme promesse, je peux t'en faire toute la nuit!» plaisanta-t-il contre son oreille.
Elle pouffa d'un rire où se mêlait des larmes d'émotions et voyant qu'elle allait mieux, il se releva pour attraper ses sacs et tirer joueusement sur sa main qu'il n'avait pas laissé pour l'inciter à se lever. «Allez, viens. Rentrons, j'ai du poisson et du fromage. Je vais te préparer le gratin que tu adores.»
«Tu détestes l'odeur!» rappela-t-elle en plaisantant.
«Oui, mais je t'aime. Qu'est-ce qu'une abominable odeur et quelques plaintes des voisins lorsqu'on aime vraiment.» fit-il avec une assurance touchante.
Mais elle n'était pas prête à se relever. Elle tira plutôt sur sa main avec les deux siennes pour le retenir. «Adrien, je veux partir avec toi!» paniqua-t-elle.
«Comment ça?» demanda-t-il intrigué.
«Je suis désolée. Plus que tout, je suis désolée d'avoir perdue autant d'heures à essayer de me faire un nom dans le domaine. Je n'aime même pas la célébrité, j'ai toujours pensé que c'était un mal nécessaire pour avoir des clients ou du travail. Mais, c'est toi qui a raison. Mon talent sera suffisant pour me faire connaître. J'aurais dû te faire confiance sur le sujet au lieu de voler la visibilité des autres en remportant des concours. Ça ne me sers à rien que tous me vois comme la meilleure.
Et maintenant que je vais bientôt avoir mon diplôme, je me rends compte que ce que je veux par dessus tout, c'est faire équipe avec toi. De jour, de soir et même de nuit. Je peux sans problème me permettre de partir avec toi quelques années et reprendre ma carrière plus tard.
Adrien, je t'aime. Tu es parfait tel que tu es. Je t'adore et je veux passer le reste de mes jours avec toi. J'ai toujours rêvé d'être créatrice de mode et de t'épouser mais je ne veux pas que l'accomplissement de ces rêves soit la fin. Je veux que ce soit le départ de la suite de notre vie.»
Il tomba dans ses bras pour la serrer contre son cœur et déposer une pluie de baiser sur son visage.
«Tu es parfaite! J'ignore si tu es la femme la plus parfaite du monde, parce que franchement, je ne m'intéresse pas aux autres mais, tu es parfaite à mes yeux et je sens plus que jamais que nous sommes faits l'un pour l'autre.»
«Embrasse-moi, mon parfait matou.» lui souffla-t-elle.
Et il prit ses lèvres pour un baiser passionné.
