Rien ne laissait présager que la vie d'Adrien déraillerait de nouveau.

Il était finalement très heureux en habitant avec Marinette dans leur appartement. Les années sombres étaient derrière eux. Elle avait eu un énorme succès avec ses études et il était très fier d'elle.

Sa vie à lui était remplie de longue balade au soleil, de la présence de Marinette qui l'avait aider à s'épanouir comme personne d'autre n'aurait pu, de longues et joyeuses rencontres avec leurs amis, de contrat de travail faciles et agréables et bien payés et d'un projet pour ce nouvel emploi qui l'amènerait à découvrir de nombreux horizons bien différents de ce qu'il connaissait et aux côtés de son amoureuse.

Il s'était finalement remis de sa dépression et sentait que sa vie fonctionnait de nouveau. Il avait simplement hâte de regarder pleinement vers l'avant.

Il aurait pu s'inquiéter. L'aspect pessimiste de lui-même (qui empruntait souvent la voix de son père) aurait pu le convaincre que tout allait trop bien s'il l'avait écouté.

Mais, Adrien était si heureux qu'il n'avait aucune envie d'être le garçon pessimiste. Il voulait être le Adrien optimiste qu'il avait été dans sa jeunesse.

Il voulait croire que la vie avait été suffisamment injuste avec lui durant son adolescence pour qu'il ait maintenant droit à un peu de bonheur.

Ne ditons pas aussi que le bonheur attire le bonheur? C'était en étant positif que tout continuerait de bien aller pour lui.

Et donc, ce n'était pas pendant l'une de ses balades où il partait à la découverte de Paris et de ses milliards de boutiques où faire les emplettes qu'il s'attendait à être contraint de monter dans un van anonyme au détour d'une ruelle déserte.

Bien sûr, il réagit. Lorsque le premier agresseur le menaça d'un couteau, il lui lança son sac de provisions au visage pour s'éloigner de lui et examiner son environnement. Mais, lorsque l'homme qu'il avait aperçu de dos en train de fouiller dans les poubelles un peu plus loin lui en renversa une sur la tête et qu'une troisième personne lui fit une injection à la cuisse, il eut beau se débattre davantage, se libérer et s'éloigner en titubant vers une cachette, ses agresseurs le retrouvèrent sans mal lorsqu'un voile noir tomba sur son esprit.

Il souhaita seulement que cette injection ne soit pas mortelle parce qu'il voulait désespérément revoir Marinette.

C'était sa dernière pensée en perdant connaissance. Il lui appartenait. Personne n'avait le droit de le voler à la femme qu'il aimait. Ce fut aussi sa première pensée en se réveillant.

Marinette.

Était-elle inquiète pour lui? Avait-elle écouté la voix de la sagesse et appeler les policiers ou avait-elle décidé elle-même de partir à sa recherche? Adrien espérait qu'elle ait choisis la prudence.

Ses ravisseurs étaient au moins trois mais, il n'avait aucune idée de la raison pour laquelle il avait été attaqué, ils pouvaient donc être plus nombreux.

Prudemment, sans ouvrir les yeux et avec les mouvements les plus subtils, il découvrit son environnement et la situation dans laquelle il se trouvait.

Il y avait bien de la peur en lui et son coeur se débattait mais aucune panique. Il était attaché à une chaise mais, ce n'était pas exactement la première fois. Ni même la cinquantième. Et même avec les yeux aveuglés, il pouvait découvrir son environnement.

Il était passé maître dans l'art de jouer avec ses liens sans que Marinette ne le remarque et son ancienne vie de ChatNoir l'avait souvent conduit dans les endroits les plus divers où il avait dû rapidement analyser les lieux du combat.

Il était solidement lié sur une chaise de métal de bonne qualité et se trouvait dans un endroit vaste, intérieur, sous terre, sombre et humide.

Le frottement du tissus l'informa qu'il n'était pas seul et après un moment, des pas sur une grille métallique lui apprirent qu'une personne se rapprochait de lui à pas mesurés.

Adrien s'attendait à beaucoup de chose mais pas à la gifle sonore qui lui pinça la joue et manqua de lui dévisser le cou.

«Allez réveille-toi maintenant.» ordonna la voix de son père.

«Je suis réveillé!» cria-t-il sur le même ton colérique. Ce n'était peut-être pas l'idée la plus sage mais, en cet instant, il n'avait aucune envie d'être agréable à son père même pour faire semblant et s'épargner des problèmes.

«C'est quoi ce plan idiot? Pourquoi je suis là? Et pourquoi je porte un bandeau? Vous pensiez vraiment que je ne reconnaîtrais pas votre voix?» fit-il en gardant le tempérament qu'il s'était choisis.

Il en récolta une nouvelle gifle. Sur l'autre joue. Maintenant, toute la peau de son visage tirait.

«Ferme-là.» grogna son père avec une agressivité qu'Adrien lui avait rarement vu. «Tu n'es pas ici pour poser des questions et ton bandeau reste où il est!»

«Pourquoi est-ce que je suis ici dans ce cas?» demanda le jeune homme plus calmement.

Gabriel laissa filtrer un amusement mauvais avant de répondre: «Parce que tu ne m'as pas écouté. Tu ne serais pas ici, si tu étais resté sagement à la maison et à l'abri de ta chambre. Tu ne serais pas ligoté à une chaise si tu m'avais obéit.»

«C'est donc une leçon que vous avez décidé de m'apprendre à la dure? Le monde n'est que cruauté, reste enterré à l'abri et fait le mort et de cette façon, tu ne souffriras pas?» se moqua Adrien avec mépris.

«Pas du tout. C'est une négociation. Jouons carte sur table. Tu sais qui je suis. Je sais qui tu es.»

Bien sûr, Adrien savait que son père lui avouait être le Papillon mais même s'il était ChatNoir et allait se servir de ces qualités développées en tant que héros pour sortir de là, ça ne signifiait pas qu'il allait tombé si facilement dans le piège avec crédulité.

«C'est déjà un bon point pour un père et son fils de se connaître. Ravi que vous décidiez enfin de vous intéresser à moi. Même si j'avais plutôt espérer aller voir un match de foot en votre compagnie.» blagua-t-il avec impertinence.

«Insolent!» le corrigea Gabriel d'une nouvelle gifle sur la première joue. Dire que la douleur commençait à s'engourdir doucement!

«Je sais que tu es ChatNoir! Dépravé. Sidekick. Loser. Tu me fais honte à un point!» se plaignit Gabriel. «Comment as-tu pu me faire une telle chose à moi!»

Ravalant l'injure pour poursuivre son jeu, Adrien lui répondit: «Euh, même si j'ai effectivement beaucoup d'admiration pour ce brave et formidable héros en cuir lustré, je vais malheureusement vous rassurer et vous dire que je ne suis pas lui.»

«Balivernes!» grogna son père en marchant de long en large. «Tu crois que tu peux être aussi furieusement effronté et prétendre que tu ne m'as pas caché ta véritable personnalité?»

«Non, je l'admet. Très tôt après le décès de maman, j'ai commencé-» expliqua calmement Adrien.

«Je t'interdis de parler de ta mère comme si elle était définitivement partie!» ragea Gabriel en l'interrompant avec une troisième gifle sur la joue gauche. L'enflure s'installait tranquillement.

Adrien respira lentement pour se calmer. «Comme je vous le disais, lorsqu'elle n'était plus présente entre nous, j'ai commencé à vous cacher ce que je pensais réellement. J'ai vite compris que je ne pouvais pas être moi-même en votre présence. Mais, ça ne voulait pas dire que je ne pouvais pas être moi-même pour autant. C'est peut-être que vous ne savez pas exactement qui je suis.» Il bougea légèrement la mâchoire. Parler devenait douloureux. Surtout si parler continuait de lui valoir des gifles.

«C'est ta justification peut-être? Tout est de ma faute si tu as été forcé de devenir un crétin en collant?» grogna de plus belle le créateur de mode mondain.

«Je vous ai déjà dit que ce n'était pas moi, ChatNoir!» s'exclama-t-il avant de pincer le visage de douleur. «Je l'admire, c'est vrai. Est-ce que je copie son impertinence? Peut-être. Mais je ne suis pas lui pour autant.» fit-il plus doucement avec une voix plus juvénile, plus soumise, plus Adrien.

«NE ME MENS PAS!» cracha son père. «Si tu n'étais pas ChatNoir, comment aurais-tu appris que j'étais le Papillon? ChatNoir était le seul à savoir!»

«Simplement parce qu'il me l'a dit.» soupira Adrien avec découragement. Il se rendait compte qu'il mentait avec perfection à son père mais, il n'en avait aucune honte. Il ne cherchait en aucune façon à renouer des liens familiaux avec lui. Non mais!

En temps normal, il n'avait rien contre le fait d'être ligoté et frappé mais il préférait y mélanger du sexe, pas une thérapie familiale digne des familles les plus dysfonctionnelles.

Il y avait des limites à tout. Même à ce qu'Adrien pouvait supporter de la part de son père.

«Il a pensé que je devais être au courant que je vivais sous le même toit qu'un terroriste. Même si vous n'aviez plus le miraculous. La façon dont vous aviez agit en total mépris des conséquences sur la population parisienne l'inquiétait un peu pour ma sécurité personnelle.» reprit-il en ramenant un peu d'impertinence dans sa voix pour faire bonne mesure."

«Non mais, attendez un instant.» réalisa-t-il tout à coup. «Vous pensiez que j'étais ChatNoir. Donc, ça veut dire que non seulement vous n'avez pas hésité à faire kidnapper votre propre fils mais, également le super-héros qui a risqué sa réputation et sa liberté pour vous éviter l'exécution?»

«Justement! Pourquoi mon ennemi aurait-il fait ça pour moi, s'il n'était pas toi?» fit Gabriel avec un total mépris.

«Par principe! Il ne voulait pas le retour de la peine de mort! Il ne l'a pas fait pour vous! Il l'a fait pour que la société reste civilisée!» s'exclama Adrien avec intérieurement tout autant de mépris pour cet idiot de Papillon.

«Et comment pourrais-tu savoir tout ça? Comment serais-tu au courant de l'existence des miraculous si tu n'étais pas un porteur?» pointa son père avec victoire.

«Vous plaisantez?» fit Adrien avec incrédulité. Il en avait assez de parler et même s'il savait qu'il devait continuer de gagner du temps, il avait vraiment hâte que Ladybug se décide à ramener la police sur place. «"Donnez-moi vos miraculous!" Vos pantins ont crié cette phrase si souvent que ça aurait pu devenir la devise nationale! Personne n'ignore leur existence ou la raison pour laquelle les héros ont refusé de vous les remettre. Vous devriez sortir de votre grotte parfois. D'ailleurs, HOHO? Est-ce qu'on est dans une grotte présentement? C'est drôlement écho. C'est ici que vous vous cachez de la police?»

Son père ne releva pas et il poursuivit très calmement: «De toute façon, j'ai été un porteur alors, je sais très bien ce qu'est un miraculous.»

«Plaît-il?» se surprit Gabriel.

«Aspik. Probablement le plus mauvais des super-héros. C'est pour ça que vous n'avez jamais entendu parlé de cette histoire. Même pour ça, les lacunes de mon éducation m'ont rendu la tâche difficile.» déplora-t-il.

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«Bon.» fit Gabriel après une longue demi-heure de silence où il s'était retiré sans parler à Adrien. «Je suis prêt à admettre que tu n'es pas ChatNoir. Mais, tu vas tout de même m'aider à parvenir à mes objectifs.»

«Pitié. Dites-moi que vous ne courrez plus après les boucles d'oreille de Ladybug et la bague de ChatNoir!» gémit Adrien avec insolence.

«Et pourquoi ce ne serait pas le cas? Ces deux bijoux combinés apporte un énorme pouvoir!» s'entêta celui qui était normalement le plus mature.

«Parce que ce n'est pas aussi simple! La vie, la nature, l'Univers ne fonctionnent pas de cette manière! Peu importe la raison pour laquelle vous voulez les utiliser, il y aura un prix équivalent à payer. Si vous souhaitez avoir une deuxième maison, ça vous coûtera la première. Si vous souhaitez être riche à nouveau, vous perdrez votre liberté ou la santé.» répéta-t-il laconiquement.

«Mais pour quel genre d'imbécile me prends-tu Adrien? Si ce que je voulais était si simple à obtenir que ces banalités, je n'aurais pas eu besoin des deux plus forts miraculous. Je veux sortir ta mère de son sommeil éternel. Et même avec le miraculous du Papillon, c'est impossible. Sa magie n'est pas suffisante pour un effet permanent et complet. Tout au plus, j'aurais pu la réveiller quelques heures et elle n'aurait pas été elle-même. Il me faut ces miraculous maudits!»

«Ma mère...? Vous savez où elle est?» fit faiblement Adrien qui ne voulait pas répéter encore plus la première confrontation avec son père.

«...Son corps est ici. ...Son esprit... qui sait? Peut-être est-elle prisonnière de son corps, figée dans un sommeil magique ou bien dérive-t-elle dans les limbes. Son état est beaucoup trop complexe pour que la science actuelle en cerne toutes les implications.»

«S'il-vous-plaît.» supplia Adrien. «Retirez-moi ce bandeau. Je veux la voir.»

Gabriel accepta effectivement de lui retirer le bandeau mais ce ne fut pas le corps de sa mère qu'Adrien aperçu. Sous ses yeux, il y avait une tablette qui montra bientôt des images filmées avec une caméra espion ou un téléphone en mouvement.

Il reconnu facilement l'intérieur de la boulangerie des parents de Marinette. Tom et Sabine lui avait donné suffisamment d'heures de cours de cuisine dans cet endroit pour qu'Adrien n'ait aucun doute.

D'ailleurs, Sabine apparue bientôt sur l'écran. Elle était au comptoir de la boulangerie et répondait à la personne qui filmait.

Et pendant qu'elle se tournait pour préparer la commande, la personne orienta l'écran pour montrer une arme à feu prête à servir dans un étui à sa ceinture. Elle fut cachée bien vite lorsque la personne récupéra sa commande et ressortit.

«Non. Ce n'est pas pour Ladybug et ChatNoir que je te montre tout cela. Je ne suis pas assez idéaliste pour croire que les héros sont encore dans cette ville ou qu'ils en auraient quelque chose à faire de toi puisque tu n'es pas ChatNoir. De toute façon, je n'avais que peu d'espoir en ce projet. Mais, j'en ai un autre, bien plus réaliste et infaillible. Comme tu l'as dit, tout est une question de choix dans la vie. Si tu ne peux pas me servir à récupérer ta mère, je me débrouillerai autrement mais, toi, tu vas tout de même devoir te rendre utile pour une fois. Si tu ne suis pas mes instructions, ce sont tes "beaux-parents" qui y passent.»

«Qu'attendez-vous de moi?» fit prudemment Adrien.

«Tu vas quitter Marinette. Lui faire une scène de rupture devant témoin pour que le public sachent que tu n'es plus avec elle.»

«Pourquoi le public s'intéresserait-il à la vie amoureuse de Félix Agreste?» interrogea Adrien. «Et Marinette ne serait pas si crédule, elle ne croira jamais que je la quitte sans raison valable et réelle.»

«Lorsque ce sera fait, tu te rendras à la suite 400 de l'hôtel d'André. Tu y resteras caché jusqu'à ce que je t'y rejoigne. Défense de sortir sous aucun prétexte.» poursuivit son père sans l'avoir écouté.

«Et ensuite? Qu'allez-vous faire de moi à la fin?» s'emporta Adrien perdant la patience qu'il lui restait.

«Puisque que je ne peux plus t'utiliser pour moi-même, je vais te vendre.» sourit Gabriel avec toute l'assurance d'un homme d'affaire.

Le ton de voix de Gabriel était si froid et menaçant et dangereusement calme et Adrien écouta sans plus rien dire.


Harlenne était, au premier coup d'œil, une jeune personne réservée, courte et rondelette. Même si elle pouvait devenir incontrôlable lorsqu'elle atteignait la limite de ce qu'elle pouvait accepter, le fait était si rare que pratiquement personne ne l'avait jamais vu se mettre en colère pour vrai.

Chacun s'accordait à la voir comme une personne confortable, pantouflarde et malléable.

La preuve en était sa vie amoureuse. Lorsqu'un garçon l'abordait, elle en était si heureuse qu'elle s'empressait de répondre à toutes ses demandes même si ensuite, il l'abandonnait. Ce qui expliquait pourquoi elle était coincée dans une relation avec un homme un peu trop contrôlant, un peu trop égoïste et un peu trop macho.

Mais c'était ça où être seule. De toute sa vie, les hommes ne l'avaient jamais respectée. À commencer par son père qui n'avait pas contribué à augmenter son estime personnel.

Donc, Harlenne ne disait rien et acceptait que la relation ne soit pas idéale. Il n'était ni abusif ou violent juste paresseux.

Elle avait aussi choisi d'être raisonnable dans les autres aspects de sa vie et avait choisi la gérontologie comme domaine d'études. Mais, elle avait également sélectionné un cours en récréologie, histoire de pouvoir animer des activités pour les personnes du troisième âge dont elle aurait soin plus tard.

Son petit-ami avait commenté que ça ne lui ferait pas de tord d'apprendre à s'amuser. Mais, elle avait été piquée par le commentaire (surtout parce qu'il était la raison pour laquelle elle ne s'amusait pas assez.) Et donc, au milieu du printemps lorsqu'une étudiante de son cours de récréologie lui proposa d'aller à une foire de quartier avec sa bande d'amis, elle avait toujours ce commentaire en tête et décida d'accepter.

De toute façon, son mec sortait prendre des bières ce soir-là et elle avait finalement bien apprécié sa propre soirée.

Donc, le vendredi suivant, le premier du long congé, elle accepta de sortir encore avec eux. Son conjoint, qui avait prévu de recevoir ses amis pour regarder un match, prit une attitude accusatrice mais, ne releva pas le regard de l'écran.

«Tu sors avec un autre ou quoi?» fronça-t-il.

«Pas du tout.» s'amusa-t-elle. «Une camarade de mon cours de loisir m'a invité à aller prendre un café.»

«Et pourquoi tu te sappes de cette façon, alors? Normalement, tu es toujours en survêtements confo.» fit-il remarquer.

«Parce que, pour une fois que j'ai l'occasion de sortir, j'en profite pour mettre cette jolie robe qui prend la poussière dans mon armoire. De toute façon, si je voulais intéresser un gars, je ne porterais pas quelque chose d'aussi sage. Mais, je suis contente de savoir que tu aimes.»

«C'est pas ça.» la détrompa-t-il, ne voulant surtout pas qu'elle le prenne comme un compliment «C'est juste différent.»

«Je pars maintenant, je te laisse l'appart' pour toi et tes copains. Ne faites pas trop de désordre, s'il-te-plaît.» le salua-t-elle.

Et hop, rapidement, elle se retrouva dans cet endroit extraordinaire qu'était le Café de minuit.

L'endroit était magnifique avec des lunes et des étoiles dessinées un peu partout sur les murs. Il y avait des constellations et des systèmes solaires imaginaires en murales décoratives, des étoiles argentés tombant des plafonds, une énorme lune jetait un éclairage tamisé au milieu d'une petite piste de danse et il y avait même de petits soleils gravés dans le bois près des portes.

Le reste du décor était fait de jolies boiseries et très épuré avec seulement de petites lampes à abat-jour bleu disposée sur chaque table.

Harlenne, Marjorie et toute la bande de celle-ci s'amusaient ferme. Le café et les gâteaux étaient délicieux, les chaises confortables mais la musique trop bonne pour qu'on veuille y rester longtemps.

L'étroitesse de la surface de plancher rendait l'endroit chaleureux mais les balcons des étages supérieurs ajoutaient du mystère et du caractère à cet endroit déjà sensationnel.

Harlenne ne voyait pas le temps passer tellement elle s'amusait. Elle aurait voulu rester dans cet ambiance toute la nuit. Mais, à minuit, ses nouvelles amies se préparèrent à partir, à sa grande surprise.

«Elles ferment dans quelques minutes.» expliqua Marjorie en désignant la serveuse qui apportait un thé à la jeune femme blonde qui avait chanté plusieurs fois durant la soirée. Le geste tendre, la caresse de remerciement, le coup d'œil qu'elles échangèrent, suggéraient à Harlenne deux personnes qui voulaient se retrouver seules en toute intimité et elle n'insista pas.

Alors qu'elle atteignait la porte de sortie, elle dû s'écarter pour laisser entrer poliment une femme de son âge clairement enceinte.

Elles se saluèrent d'un hochement de tête et Harlenne leva les sourcils de surprise en la reconnaissant. Personne à Paris n'ignorait qui elle était. Il s'agissait d'Alya Césaire, la blogueuse du site consacré à Ladybug et ChatNoir qui avait couvert les akumatisations pour la sécurité des parisiens.

Elle était toujours interloquée par cette rencontre lorsque les autres filles et elle se retournèrent en peu plus loin sur le passage d'un très bel homme grand et blond qui ne leur prêta même pas attention malgré le sifflement de l'une d'entre elles. Les autres n'avaient manifestement vu que la silhouette de l'homme dans sa tenue superbe sans apercevoir les détails du visage mais Harlenne avait reconnu Adrien Agreste, l'ex mannequin-vedette.

Elle le vit également passer la porte du café et y être accueillit par des cris de bienvenus. Elle réalisa alors que ça ne pouvait pas être Adrien Agreste comme elle l'avait d'abord cru, parce que cet homme avait les cheveux plus longs.

Mais, tout de même, ce café valait le détour!


Tous les membres de la bande qui étaient réunis aux tables de leur repère furent ravis de voir Adrien arriver. Il y avait trop longtemps que Marinette et lui ne s'étaient pas joints à eux en soirée.

La vie après le lycée les avait un peu séparés et avait rendus difficile les réunions de plus de quatre ou cinq personnes mais l'Université et l'âge adulte apportait d'autres libertés et un lieu bien à eux pour se réunir avait été tout ce qu'il manquait à ce groupe d'amis proches pour achever de tisser des liens impérissables. En s'impliquant tous dans le projet d'une façon ou d'une autre, ils étaient restés très proches.

C'était donc tout naturellement que Juleka avait déclaré le café zone spéciale qu'ils avaient finit par surnommer la "friendzone" avec humour.

Elle avait rédigée une charte basée sur l'entraide, l'amitié et le respect de l'identité de chacun. La devise de la friendzone du café minuit était: ce qui se passe au café après la fermeture, reste dans la friendzone.

Personne ne dévoilait les secrets de cet endroit et ce secret les liait.

Ils pouvaient y dire ou y faire ce qu'ils voulaient, à l'abri des regards, cet endroit était à eux. Ils pouvaient s'amuser à cuisiner, boire de l'alcool puisqu'après la fermeture, ils n'avaient pas besoin de permis. Ils pouvaient même en partir uniquement au matin si dormir sur les banquettes ne les dérangeaient pas.

Et dans la friendzone, chacun pouvaient partager ses secrets sachant qu'il serait écouté et qu'il aurait de l'aide et du soutien en retour. Ce cercle était certain d'une chose, qu'un groupe uni était plus fort que des individus séparés.

Rose se jeta dans les bras d'Adrien en le voyant. Juleka ne le fit pas par timidité, préférant lui faire la bise tout comme Alya qui bougeait moins facilement qu'avant.

Il se glissa ensuite contre Marinette, partageant le banc qu'elle leur avait réservé à son arrivé en début de soirée. Mais, une fois qu'elle fut dans ses bras, il n'arrivait plus à desserrer son étreinte.

Il la garda si longtemps serrée contre lui que les filles s'inquiétèrent et que Rose demanda d'une voix douce et émotive: «Tu vas bien Adrien?»

Marinette la rassura d'un sourire.

«Je vais bien.» assura-t-il également en sortant le visage de son cou où il l'avait caché. Mais son regard incertain et fuyant effraya davantage les filles.

Après la confrontation avec son père, Adrien avait d'abord pris le temps de mettre de la glace sur sa joue. Par chance, Marinette avait décidé de partir directement de son stage à la compagnie pour aller au Café minuit et il devait aller la rejoindre là-bas.

Il avait longuement cherché une façon de se sortir de cet impasse mais, n'en avait trouvé aucune. Il ne pouvait pas obliger Tom, Sabine (et accessoirement tous les gens qu'il aimait) à se cacher pour toujours.

Il dormit un peu, épuisé par l'émotion puis, camoufla son visage avec du maquillage avant de se rendre au café.

«Adrien va très bien, il profite juste de la friendzone pour être plus lui-même. Et en fait, il est d'un naturel désespérément câlin quand on est juste tous les deux. Un vrai velcro.» expliqua Marinette malgré sa propre inquiétude.

Elle se mit à jouer dans ses mèches à la base de son crane comme il adorait et elle le garda tout contre elle durant toute la soirée et sa main dans la sienne. Malgré les assurances qu'elle avait données à ses amies, elle savait que ce soir-là n'était pas un soir ordinaire.

Oui, Adrien était trop câlin pour paraître normal en public de façon générale, mais si tout allait bien dans son esprit et ses sentiments, il aurait demandé la permission avant de se serrer de la sorte contre elle.

Même la façon dont il l'avait assis sur ses genoux après un moment pour lui masser les épaules lui indiquait par son besoin de prendre soin d'elle qu'il était nerveux.

Elle était sa domme depuis trop longtemps pour ne pas reconnaître les signes indiquant qu'il avait besoin de son collier et de sa laisse pour se sentir en sécurité en cet instant. Elle se demandait juste pourquoi.