Harlenne était revenue de sa soirée au café si ravie et joyeuse que son petit ami fronça les sourcils. Ce n'était plus la sérieuse Harlenne qui ne se laissait jamais distraire qui était rentrée de cette soirée. Celle-ci était beaucoup plus insouciante.
Sous la pression des blagues de ses potes qui l'avait aussi vue revenir, le lendemain matin, il lui redemanda encore si elle l'avait trompée.
«Si tu y tiens tant que ça, on a qu'à aller dîner à ce café après ton travail. Tu verras par toi-même que c'est un endroit formidable.» suggéra-t-elle.
Ainsi donc, ce mécanicien de trente-deux ans, qui détestait enfiler un habit pour faire plaisir à sa mère à Noël et qu'on aurait jamais pris dans un salon de thé gigotait sur une chaise de bois et attendait sa commande en compagnie de sa petite-amie en fin de journée le samedi.
Il regardait autour de lui ce décor décidément trop féminin en se demandant quel genre de personne pouvait bien aimer ce type de décoration.
La serveuse, une petite rondelette encore plus courtes qu'Harlenne mais avec des dreads colorés qui ajoutaient du piquant à sa personnalité, vint leur apporter leurs assiettes avec un immense sourire.
Francis commença à manger pendant qu'Harlenne et la serveuse faisaient la causette.
Il devait bien admettre que son plat était très bon.
Il remarqua ensuite une autre serveuse échanger un petit baiser chaste avec celle qui paraissait être la gérante de l'établissement lorsqu'elle arriva dans la salle pour servir les cafés.
Il comprit alors un peu plus.
Il fallait bien deux femmes à la direction de cette établissement pour choisir une telle ambiance. Au moins n'avait-il pas à s'inquiéter qu'Harlenne trouve un autre homme en fréquentant cet endroit.
C'est ce qu'il pensait au début, jusqu'à ce que le cuistot, un jeune homme imposant qui devait pencher la tête pour sortir de la cuisine mais également marcher de côté pour passer la porte arrive dans la salle à manger.
Par contre, ce garçon ne fit que venir embrasser leur serveuse et leur souhaiter timidement une bonne soirée avant de quitter l'endroit.
«À plus tard, mon gros loup!» salua celle qui s'était présentée à Harlenne sous le nom de Mylène.
«Il y a beaucoup de couples qui travaille ici?» se surpris la petite-amie de Francis.
«Oh oui! En fait, nous sommes toute une bande qui est restée proche depuis le collège. La plupart d'entre nous sommes en couple depuis cette époque comme Ivan et moi et aussi Rose et Juleka.» s'émue fièrement la jeune femme.
«C'est magnifique vraiment!» souligna Harlenne. «Moi aussi, j'aurais aimé être toujours en couple avec mon amour de jeunesse.»
Francis releva un sourcil et regarda curieusement sa conjointe des deux dernières années.
Elle sentit probablement son malaise parce qu'elle se retourna vers lui pour le rassurer. «Je veux dire que j'aurais aimé t'avoir rencontré plus tôt au lieu d'avoir perdu mon temps avec des garçons qui n'étaient pas faits pour moi.»
«On est pas si vieux.» grommela le mécano en retournant à son assiette.
Harlenne rigola comme Francis l'avait rarement entendu rigoler. C'était comme si elle était dans un environnement où elle se sentait à son aise pour la première fois. Normalement, il se sentait à son aise partout où il allait, mais ce café, ce n'était juste pas son genre d'endroit. De même que cette bande de hippy.
«C'est vrai qu'on est pas si vieux mais, je suis la maman de ma classe même si j'ai juste trois ans de plus que la plupart d'entre elles et je me sens parfois plus mure.» expliqua Harlenne.
«On a tous le même âge dans notre bande mais, je pense que ça ne ferait pas de différence. On s'accepte tous comme si on était une famille même si on est si différents les uns des autres.» réfléchit Mylène. «On a juste décidé collectivement de ne pas laisser nos différences nous séparer.»
«C'est vraiment beau.» complimenta Harlenne, impressionnée.
Elle savait déjà qu'elle reviendrait souvent dans cet endroit.
Ce soir-là, Adrien était seul à l'appartement. Alya avait appelé Marinette en urgence pour une crise qui nécessitait uniquement la présence des six filles ensembles au café.
Il en profitait pour faire ses bagages.
La soirée de la veille et la journée avaient été vraiment très pénible. Il avait détesté devoir mentir à Marinette et prétendre qui tout allait bien. Il avait prévu de partir dès que possible mais pas ce soir-là. Il était trop épuisé et ce n'était pas le bon moment.
Parmi les instructions sur son transfert, Adrien avait aussi apprit de son père qu'il serait marié prochainement à une princesse du moyen-orient.
Adrien prenait un objet après l'autre dans sa main avant de le reposer. De quoi aurait-il besoin là-bas? Qu'est-ce qu'on lui permettrait de garder? Qui lui permettraient-ils d'être? Pourrait-il terminer ses études ou continuer à travailler?
Et la fondation?
Et l'argent qu'il économisait depuis si longtemps pour aider Marinette à démarrer sa compagnie?
Et qui la soutiendrait?
Allait-on le dépouiller de tous les objets qu'il chérissait? Il n'était pas une personne matérialiste. Il était bien sûr sentimentale mais préférait la présence des gens que celle des objets qui l'entouraient. Il était trop longtemps resté seul avec des cadeaux qui avaient été offerts pour remplacer l'amour de ses parents pour apprécier l'accumulation.
Il y avait évidemment tous les cadeaux qui lui venaient de Marinette. Les tenues de jeux qui emplissaient leurs garde-robes. Les t-shirts avec les jeux de mots qu'ils avaient créés ensembles. Toutes les photos qu'il adorait regarder.
Mais, il y avait peu de chance qu'on le laisse avoir une vie privée où il pourrait s'adonner à des plaisirs coupables dans la solitude ou qu'il puisse choisir ce qu'il porterait.
Il pourrait toujours empaqueter ses t-shirt dans le bagage qu'il préparait pour les premières semaines avant d'être "livré" à ses acheteurs. Il laisserait tout le reste sur place de peur que quoi que ce soit ne soit détruit.
C'est alors que sa main tomba sur sa laisse et son collier de chat. Devait-il aussi dire adieu pour toujours à une partie de lui-même?
Il regarda autour de lui. La robe de nuit de satin de Marinette, les photos sur les murs où ils étaient ensembles et partout, les petits cadeaux qu'il lui avait fait à chacune de leurs rencontres comme autant de marques d'affection. Cet endroit était son foyer. Marinette sa famille. Marinette était son foyer.
Il s'était battu pendant des années pour obtenir ce qu'il avait aujourd'hui et il ne savait même plus s'il aurait le droit d'avoir son diplôme ou de choisir l'emploi qu'il voulait.
Et pour sa carrière de super-héros international, aussi bien enterrer ce rêve immédiatement.
Il doutait même d'avoir le droit d'élever ses propres enfants si un jour il avait le droit d'en avoir dans cette future vie si loin de ce qu'il souhaitait.
Pendant ce temps au café, Alya était en pleurs comme jamais les filles ne l'avait vu pleurer. C'était une vraie fontaine d'émotion qui coulait d'un peu de tout en permanence.
«Mais, il n'y avait aucun signe qui t'ait laissé penser...?» questionna Mylène.
«Encore ce matin, il a préparé mon café juste comme je l'aime! Tout était normal. Il n'est pas, le plus démonstratif des amoureux, c'est vrai mais, ce n'est pas un caillou sans émotion non plus. Tout était normal!»
«Et juste comme ça, il arrive et il te dit que c'est finit? Quel connard, ce mec!» déplora Alix.
Rose ne faisait que sangloter et Juleka s'occupait de la réconforter.
Marinette en avait déjà plein les bras avec Alya.
«Il a- Il a juste dit- Il m'a annoncé qu'il avait retrouvé quelqu'un qu'il avait connu lorsqu'il était enfant et qu'il me quittait. Juste pouf! Comme ça!» raconta Alya avec des mouvements de ses bras malgré la proximité de sa meilleure amie.
«À tous les coups, elle ne sera plus comme il s'en rappelait.» murmura Juleka avec un rictus.
«Je ne suis qu'une énorme femme enceinte qui ne baisera plus jamais parce que je suis trop moche.» pleurnicha Alya de plus belle. «Je n'ai plus rien du tout pour faire tourner la tête d'un homme!»
«Tu n'es pas énorme.» lui précisa Marinette. «Tu es enceinte. Et magnifique. Et même si tes formes étaient différentes, tu serais tout de même superbe.»
«Et tu ne resteras pas enceinte toute ta vie!» lui rappela Alix parce qu'elle avait l'impression qu'Alya l'avait oublié après cinq mois de grossesse.
«Et après, je serai mère célibataire et plus personne ne voudra me baiser!» s'obstina Alya.
«Ce n'est pas vrai du tout.» la réconforta Marinette en resserrant sa main sur la sienne. «Alya, tu es une femme magnifique. Supérieurement intelligente et même connue. La plupart des habitants de cette ville ont plus d'estime pour toi que pour Nadja Chamack. Sans parler du fait que tu as des qualités à revendre. Ceux qui ne veulent pas être avec toi ne savent pas ce qu'ils ratent!»
Alya se tourna lentement vers elle pour la regarder avec espoir. «Tu accepterais de coucher avec moi?»
«Euh...» fit Marinette mal à l'aise. «Je vais voir ce que je peux faire mais, tu sais qu'Adrien ne veut pas coucher avec toi alors ça risque d'être difficile.» plaisanta-t-elle.
«La vie est injuste!» soupira Alya en laissant tomber sa tête sur son bras.
«C'est juste une mauvaise passe Alya.» sourit Mylène. Il était évident pour toutes maintenant que les hormones de leur amie parlaient très fort au milieu de sa détresse.
«J'ai besoin d'un verre!» fit encore Alya.
«Je ne peux pas avant... trois mois, deux semaines et deux jours. Minimum.» lui rappela Marinette.
«La vie est injuste!» soupira encore Alya.
«Tu sais qui acceptera de te baiser?» fit Marinette pour lui remonter le moral. «Nìno.»
«Pfft! Nino ne voudra pas revenir en couple avec moi! Je l'ai plaqué, je suis devenue grosse et j'ai fait un enfant avec un type qu'il déteste.» contredit Alya avec fermeté.
«Je suis certaine qu'il t'aime encore.» fit Marinette.
«Qu'est-ce qui te fait dire ça.» fit Alya en se redressant vivement.
«Bien déjà, il n'a pas retrouvé personne qui pouvait te remplacer dans sa vie. D'après ce qu'il m'a dit, il n'a que des aventures. Il n'a même pas l'air de cherché une relation stable.» énuméra Marinette.
«Oh! Il doit encore t'attendre malgré tout!» lui dit Rose avec un grand sens du romantisme.
«Je n'irais pas jusque là mais, j'ajouterais qu'à mon avis, il ne t'en veut plus de l'avoir quitté.» poursuivit Marinette. «Je n'ai pas l'impression qu'il y ait de la colère en lui. Adrien lui a donné de tes nouvelles et Nino l'a bien pris. Quant à ton argument suivant, je te fais confiance, tu vas retrouver ta taille précédente. Tu as assez de volonté pour tout réussir si c'est ce que tu veux.»
«Ouais, on ira s'entraîner ensemble. Tu vas souffrir ma belle!» s'amusa férocement Alix.
«Et pour finir, même si toi et Nino vous décidez de ne pas recommencer ou même de ne pas débuter une nouvelle relation du début, je suis on ne peut plus certaine qu'il acceptera de te baiser!» conclu Marinette en déclenchant le rire de ses amies ainsi que leurs larmes et un câlin de groupe.
Malgré la période du congé, Marinette donnait beaucoup d'heures dans l'atelier de confection de la compagnie pour que la collection sur laquelle elle travaillait pour son stage soit terminée au plus tôt. C'était le cas en ce dimanche matin.
Elle n'avait pas encore dit non pour le poste que Félix lui offrait. Elle attendait d'avoir des réponses du comité de surveillance internationale et de savoir quelle serait la participation des héros dans leurs interventions. Elle ne savait pas si un poste en entreprise conviendrait mieux que la création de sa propre ligne entre deux missions.
L'enthousiasme d'Adrien l'avait gagné sur ce sujet. Elle se voyait déjà griffonner sur sa tablette en attendant des nouvelles des équipes de reconnaissance. Elle ne laissait rien de vraiment important l'abattre. Il n'y avait que les plus petits soucis quotidiens de la vie qui la chamboulaient encore. Mais, pour ceux-là, elle avait Adrien pour prendre soin d'elle et la rassurer.
Après le départ de Marinette, Adrien plaça son bagage sur la table et composa un message pour elle.
Il déposa ses clés de l'appartement près de la lettre et enfila la lanière de son bagage sur son épaule. Il s'avança ensuite vers l'antique meuble de machine à coudre qui cachait la miracle box pour un dernier adieu silencieux pour Plagg qu'il fit en plaçant sa main sur le plateau.
Son regard tomba ensuite sur une figurine Ladybug et ChatNoir en plastiques disposée sur le rebord de la fenêtre. Il se rappelait du jour où il l'avait trouvée. Dès qu'il l'avait aperçue parmi les jouets offerts en rabais à l'achat d'un livre à la librairie, il avait tout de suite su qu'il fallait absolument qu'il l'achète.
À l'époque, elle lui était apparue plus spéciale que les autres parce que c'était une figurine double où les héros étaient accrochés ensembles et non pas une figurine de l'un ou de l'autre.
Elle faisait tout juste cinq centimètres et était si quelconque qu'il avait toutes les chances de pouvoir la garder avec lui. Il la glissa dans son sac avant de sortir de l'appartement en fixant le sol.
000
Plus tard dans la journée, il était assis dans la chambre de la suite 400 depuis quatre heures lorsque Lila entra sans frapper, utilisant sa propre carte magnétique.
«Qu'est-ce que tu fais ici?» demanda-t-il froidement en se relevant du lit où il écoutait les informations en textant avec Wayhem qui avait déménagé à Marseille pour ses études.
Il s'avança vers elle rapidement pour l'empêcher d'entrer davantage dans la pièce.
«On partage la chambre blondinet. Je suis venue te préparer pour la suite avant notre départ. Je me suis débrouillée pour t'organiser un relooking avec une équipe de pro. Et franchement, je crois que j'ai bien fait.» fit-elle avec mépris en le dévisageant de la tête aux pieds.
«Il n'est pas question que je partage la chambre avec toi!» statua-il en s'avançant vers la porte.
«Tu n'as pas le droit de sortir de cette chambre si je ne t'y autorise pas. C'est un ordre de ton père. Il ne veut pas qu'on te voit.» cracha-t-elle.
«Oh. Et qu'est-ce que tu feras si je n'obéis pas à tes ordres?» demanda Adrien avec impertinence.
«Ta belle-mère grassouillette, c'est elle que je vais me faire.» menaça Lila avec un sourire carnassier.
«Tu ne peux pas. Tu n'as qu'une seule carte dans ta manche. Si tu fais du mal aux parents de Marinette, la police s'en mêlera et je serai recherché. Et tes acheteurs qu'est-ce qu'ils en diraient s'ils ne pouvaient plus déplacer un criminel recherché d'un pays à l'autre par des moyens légaux?»
Lila serra les dents et indiqua ainsi à Adrien que la transaction n'était pas aussi fermée qu'il l'avait redouté. Il avait encore une marge. La négociation n'était pas conclue avec les représentants de la princesse.
Il s'avança de nouveau vers la porte et Lila dit encore : «Si tu sors d'ici, je fournirai à la presse des photos où on voit Marinette frapper LE Adrien Agreste. Sa carrière sera finit sans espoir de même un jour être capable de coudre quelque chose de plus élaboré que des sacs d'emplettes.»
En parlant, elle s'était avancé jusqu'à lui et tapotait maintenant le torse d'Adrien avec sa clé magnétique dans une attitude qui aurait pu être flirteuse si elle avait été faite par une autre femme.
«Bon.» accepta Adrien. «Je ne peux pas sortir mais, ça ne m'empêche pas de te mettre à la porte.» déclara-t-il en récupérant sa clé et en la poussant à l'extérieur.
Il appela ensuite la réception pour l'empêcher de faire faire une autre clé et cala finalement une chaise sous la poignée. Il ne pouvait jamais être trop prudent avec Lila.
Marinette rentra aussi épuisée que toujours à l'appartement.
La première chose qu'elle remarqua en rentrant de son stage à la compagnie fut qu'Adrien n'avait pas allumées l'éclairage de l'appartement malgré la nuit qui tombait.
Elle s'en occupa avant de poser sa bourse et son sac de travail sur l'îlot de la cuisine. Elle s'avança jusqu'à l'entrée de la chambre pour savoir si son amoureux s'y trouvait. Faisait-il la sieste? Déjà la veille, il semblait ne pas très bien aller et il n'avait pas très bien dormit durant la nuit non plus.
Épuisée elle aussi par la courte nuit de sommeil de la nuit précédente, Marinette étouffa un bâillement en retournant chercher son téléphone dans sa bourse. La noirceur commençait à avoir raison de son état d'éveil.
C'est à ce moment qu'elle trouva le mot qu'Adrien lui avait laissé. Elle dû le relire à trois reprises avant que les mots ne commencent à avoir un sens pour elle. Et encore là, elle dû le relire encore pour vraiment comprendre ce que disait le message:
"Je ne veux pas t'imposer mes choix de vie. Je pars sans toi. Je pense qu'une séparation nette sera moins douloureuse. Ne cherche pas à me retrouver, s'il-te-plaît. Tu auras toujours une place dans mon coeur. Ton Chaton."
Lorsqu'elle retourna le papier n'y comprenant toujours rien et se demandant s'il s'agissait d'une blague cruelle, tout ce qu'elle trouva fut le petit mot doux qu'elle lui avait laissé une semaine plus tôt avant de partir travailler.
C'est alors que la sonnerie de son téléphone la sortie de son hébétude et elle plongea sur son sac pour récupérer l'appareil. Mais comme lorsqu'elle était adolescente, le téléphone lui glissa des doigts et elle se retrouva au sol pour répondre à l'appel.
«Allô?» fit-elle précipitamment espérant de tout son cœur et contre toute logique qu'Adrien soit à l'autre bout du fil.
«Mari? C'est moi.» fit la voix d'Alya. «Alix et Kim ont eu un accident de voiture. Tu peux venir à l'hôpital de l'Académie?»
«Oui, Alya. J'arrive.» assura Marinette bouleversée.
«Mari? Il y a un problème?» s'inquiéta Alya d'une voix où perçait la fatigue.
«Non, ça va.» assura la jeune femme assise sur le plancher de sa cuisine en ravalant ses larmes.
«Nous n'avons pas encore eu de nouvelles de la part du médecin. Mais, leurs vies ne sont pas en danger. Alors soit prudente d'accord?»
«Bien.» fit Marinette donnant plus de fermeté à sa voix. «J'arrive.» répéta-t-elle avant de refermer l'appareil.
Dans son autre main, le mot laissé par Adrien attendait toujours son attention.
Elle n'avait pas besoin de relire le message pour se répéter les mots qui y étaient inscrits. Quelque chose ne fonctionnait pas dans ce message.
Mais pour l'heure, ce n'était pas le moment de se demander de quoi il s'agissait. Le mieux était de foncer à l'hôpital dans un taxi pour ne pas rester seule. Elle y réfléchirait une fois sur place.
Dans la salle d'attente, Max leur raconta toute l'histoire. Comment le couple de Kim et Ondine avait subit un dur choc à l'hiver et comment Kim avait recommencé à passer tout son temps avec Alix comme lorsqu'ils étaient plus jeunes.
C'était la raison pour laquelle, ils se trouvaient tous trois en voiture à se moment-là. Ils avaient loué un véhicule pour aller faire du ski ensembles. Max était celui qui avait lancé l'idée de faire une activité sportive avec eux. Mais avant même de quitter Paris, ils avaient perdu le contrôle du véhicule.
«Dire que j'avais calculé avoir 40% de chance de me blesser dans une descente!» ironisa Max à la fois triste, honteux et au bord des larmes. «Je n'aurais jamais envisagé la possibilité que mon idée mette la vie de mes amis en danger.»
Juleka et Rose, assises de part et d'autre de lui, lui tenait les mains ou le réconfortait en le prenant dans leurs bras.
«Tu ne pouvais pas savoir.» le rassura celle à la longue chevelure sombre. «Des accidents, il en arrive tous les jours. Ce n'est pas du tout ta faute.»
Bouleversée presque autant que lui, Rose serra sa main dans la sienne et resta muette d'inquiétude.
«Max!» s'écria Mylène en arrivant près de lui pour le serrer contre elle. «Comment vas-tu?»
«Je vais bien. Je n'ai qu'une contusion à l'épaule. J'ai vu le médecin tout à l'heure et il n'a pas jugé utile que je reste.» les rassura-t-il.
«Quelqu'un a rejoint Ondine?» demanda Marinette.
«J'ai essayé en arrivant.» lui expliqua Nathaniel mais j'ai eu sa boite vocale. Je n'ai pas insisté, je ne savais pas si je devais...»
Marc était présent lui aussi. Mais étrangement, les deux garçons n'étaient pas assis l'un à côté de l'autre.
«Le père et le frère d'Alix sont plus loin.» indiqua Alya «Et la famille de Kim est en route.»
Tout le monde est là, réalisa Marinette. Tout le groupe s'était réunit pour ceux qui avaient des problèmes mais pas Adrien.
Le message était toujours dans la poche de la veste de Marinette. Mais, il lui semblait étrangement froid pour un banal morceau de papier.
«Je vais réessayer Ondine. Que Kim et elle soit en froid ou non, elle va vouloir savoir et probablement venir ici.» les informa-t-elle en ressortant son téléphone de sa poche.
Elle tomba elle aussi sur la boite vocale d'Ondine et y laissa un message.
Elle décida ensuite d'envoyer un message texte à Adrien pour le prévenir des événements.
Juste à ce moment, une femme raffinée entra dans la salle d'attente et se dirigea vers Jalil Kubdel et son père.
Elle les salua, Jalil moins froidement que le père d'Alix mais, elle ne resta même pas auprès d'eux. Elle s'avança plutôt vers Max pour lui poser des questions après l'avoir saluer chaleureusement et avec inquiétude en lui faisant la bise.
Marinette fronça alors les sourcils en réalisant que son message texte pour Adrien n'avait pu être remis à son destinataire.
«On roulait tranquillement et oui, Alix et Kim se relançaient comme toujours» racontait Max à la mère d'Alix qui se tenait près de lui «Mais, ce n'est pas la cause de l'accident. La portière côté conducteur d'une voiture qui était stationnée le long du trottoir s'est ouverte juste avant notre passage. Alix n'a pas pu l'éviter. Elle a essayé de reprendre le contrôle mais la portière est allée se loger sous la roue avant et notre voiture a finit par emboutir un lampadaire de l'autre côté de la voix inverse. Pour finir, la voiture qui arrivait en sens opposé nous a percuté mais heureusement, elle avait déjà beaucoup ralentie. J'ai été blessé à l'épaule au premier impact et Kim au deuxième. Par contre, Alix s'est retrouvée coincée entre son siège et le volant. Elle se plaignait d'avoir très mal au ventre lorsque les ambulanciers l'ont dégagée.»
Bouleversée par tout ce qui arrivait, Marinette se glissa près de Marc et lui demanda nerveusement si elle pouvait emprunter son téléphone.
Elle fronça encore plus le visage d'inquiétude lorsqu'elle reçu une deuxième notification indiquant que le téléphone d'Adrien n'avait pas pu recevoir le message. Elle tenta de l'appeler directement avec le téléphone de Marc mais, sans plus de résultat.
Une infirmière appela alors la famille d'Alix et lorsqu'ils se réunirent tous autour d'elle, elle leva les sourcils de surprise. Cependant devant la foule des visages inquiets, elle annonça: «Mlle Kubdel est hors de danger et n'aura besoin que d'une légère intervention en avant-midi demain. Nous allons la garder pour la nuit. Elle sortira probablement après-demain si tout va bien. Est-ce que la famille de M. Lê Chìen est présente?»
«Ses parents ne sont pas encore arrivés mais, je vais encore essayé de joindre sa petite-amie.» annonça Marinette.
«Il pourra sortir dans quelques instants. On termine de lui poser un soutien pour l'épaule. Monsieur Kanté, n'est-ce pas?» s'informa-t-elle en consultant sa tablette avant de s'adresser à Max. «Avez-vous de nouveaux symptômes?»
«Non, je vais toujours bien. Et je suis soulagé d'apprendre que mes amis vont bien également. Merci à vous.» lui répondit-il.
«Monsieur Lê Chìen ne pourra pas rester seul pour les prochaines douze heures à cause de la médication que nous lui avons administrée. Y a-t-il l'un d'entre vous qui peut venir se porter responsable de sa sécurité? Sinon, il peut aussi attendre un membre de sa famille mais dans ce cas, il devra attendre la prochaine tournée du médecin pour avoir son congé.»
«Je vais m'en occuper.» s'avança Nathaniel.
Après le départ du rouquin, de l'infirmière et de la mère d'Alix vers les salles de traitements, Chloé et Sabrina annoncèrent leur départ.
Marinette se tenait un peu plus loin pour essayer de joindre Ondine une fois encore. Elle réussit à trouver le numéro de téléphone de la piscine où elle s'entraînait pour les jeux nationaux.
Mais, de leur côté, Alya, Juleka, Rose et Mylène, cernèrent Marc avec des interrogations dans les yeux.
Jetant un coup d'œil du côté où Nino et Ivan parlaient avec Monsieur Kubdel et son fils, Marinette se réjouie de rejoindre un réceptionniste à la piscine même en soirée.
Ondine étant l'athlète principale de ce centre, cet homme la connaissait bien et il lui confirma qu'elle était bien sur place et en entraînement.
Soulagée d'avoir enfin localisé l'une des personnes manquantes, Marinette demanda à lui parler personnellement. Pendant qu'elle attendait que le gardien sorte Ondine du bassin, elle se tourna vers Marc qui avouait avec malaise.: «On s'est disputé Nathaniel et moi.»
Rose se remis à pleurer sur l'épaule de Mylène.
Marinette jura entre ses dents pour ne pas en faire autant.
Filippe qui laissait Alya, l'accident de voiture, la dispute entre Marc et Nathaniel et Adrien qui se mettait à agir sans qu'elle ne comprenne plus ses actes. C'était un peu trop en trop peu de temps.
Elle réalisa alors que c'était ça qui la dérangeait dans le message. Ce qu'il y disait ne reflétait pas son état d'esprit actuel. Du moins, pas celui qu'elle pensait qu'il avait.
La veille, il n'arrivait pas à se séparer d'elle pendant qu'ils étaient ensembles et aujourd'hui, il disparaissait avec un mot de trois lignes?
Et s'il avait voulu la quitter, il ne l'aurait pas fait sans la prévenir de vive voix. Ce n'était juste pas la façon dont Adrien fonctionnait. Il était simplement allergique aux départs sans un véritable adieu depuis la disparition de sa mère. Ce n'était simplement pas le Adrien qu'elle connaissait comme si elle l'avait elle-même tricotée depuis huit ans.
«J'ai eu une offre pour un travail. On me propose un contrat d'un an comme scénariste sur une série télévisée en Californie.» expliquait Marc.
«Et il est furieux que tu songes à le quitter?» tenta doucement Mylène.
«Non, au contraire. J'ai décidé de ne pas accepté parce que je ne veux pas le quitter justement. Il me reproche de laisser passer la chance de ma vie et m'a dit que s'il avait eu lui-même une proposition, il n'aurait pas hésité.» Des larmes s'étaient mises à couler sur les joues de Marc et Juleka le serra contre elle.
Toutes ces émotions semblaient avoir eu raison de la pauvre Rose qui s'effondra à son tour mais sur l'épaule de Mylène.
Marinette s'avança près d'Alya, elle regardait Nino qui saluait le père et le frère d'Alix. Ceux-ci partirent ensuite vers l'accueille des salles de traitement et Nino et Ivan revinrent vers les filles, Marc et Max.
«Monsieur Kubdel nous remercie tous d'être venu pour Alix. Il dit que même juste notre présence les a beaucoup touchés.» leur transmis Nino avec malaise. «Je vais y aller aussi, s'il n'y a rien d'autre. Ça va Rose?» s'inquiéta-t-il en voyant le visage de son amie.
Mais, la blonde indiqua Marc d'un geste vague de la main. Juleka le cajolait toujours.
«Marc et Nathaniel se sont disputés.» lui expliqua Alya.
«Ah.» fit simplement Nino. «Désolé, vieux. Je te souhaite que tout ce passe bien.» l'encouragea-t-il avec un geste amical sur l'épaule.
«Attends-moi Nino, je pars avec toi!» lui annonça alors Marinette qui eut Ondine en ligne juste à ce moment.
«Hé, c'est Marinette.» annonça celle-ci comme elle emboîtait le pas à Nino vers la sortie de l'hôpital. «Si j'ai bien compris, Kim et toi n'êtes plus ensembles, c'est ça?»
«On s'est séparé cette hiver. On essaie de se réconcilier par contre. Mais, on n'a pas recommencé à habiter ensemble. On y va étape par étape pour l'instant.» soupira la nageuse. «C'est juste pour ça que tu m'appelais?» demanda-t-elle.
«Non. Écoute Ondine, je ne veux surtout pas que tu t'inquiètes. Mais, Kim a eu un petit accident tout à l'heure. Il a été blessé au bras et a été conduit à l'hôpital. Il va bien par contre.»
«Tu est certaine qu'il va bien?» s'inquiéta la grande jeune femme aux cheveux roses.
«Je sors de la salle d'attente.» lui assura-t-elle comme elle passait la porte de l'hôpital que Nino lui tenait ouverte. Ce faisant, Marinette trébucha légèrement sur le seuil mais réussi à se rattraper et à ne pas tomber. «Les médecins lui ont donné son congé et Nathaniel va rester avec lui jusqu'à l'arrivée de sa famille. Tu n'as pas à t'inquiéter. J'ai juste pensé... que tu aimerais savoir.» raconta-t-elle malgré son acrobatie et le coup d'œil mi-moqueur mi-inquiet de Nino.
Elle-même pouvait tout à fait s'identifier à son amie. Si vraiment Adrien l'avait quitté pour de bon, ce n'était pas pour autant qu'elle cesserait de s'inquiéter pour l'homme qu'elle aimait. Elle était déjà mortellement inquiète avec des nœuds à l'estomac parce qu'elle ne savait pas s'il allait vraiment bien ou non en cet instant.
Elle réalisa qu'elle ne cesserait probablement jamais vraiment de s'inquiéter pour lui. Qu'ils soient ensembles ou non.
«Merci, Marinette.» lui assura sincèrement Ondine. «Tu as eu raison, j'avais besoin de savoir. Je vais passer le voir plus tard. Est-ce que tu sais s'il sera chez lui ou chez ses parents?»
«Je suis désolée mais, je n'en sais rien. Mais, tu peux m'appeler si tu as besoin de quelque chose. Ou juste pour discuter.» offrit la noiraude.
«Merci. Marinette. Bonne soirée.» conclu l'amie avant que Marinette se retourne vers Nino avec un regard sérieux qui l'inquiéta.
Ils se firent face sur le trottoir. Nino attendait patiemment qu'elle ouvre le sujet. «Depuis quand n'as-tu pas parlé à Adrien?» demanda-t-elle très grave.
Nino savait déjà à son regard qu'il y avait un problème. «La semaine dernière. Mardi. Et il m'a envoyé un meme il y a deux jours. Mais, il était avec vous au Café minuit avant-hier d'après ce que Juleka m'a dis quand je suis allé y déjeuner.»
«Oui, et je l'ai vu ce matin. Mais, il y avait ce mot sur la table quand je suis rentré ce soir.» lui tendit-elle le bout de papier détestable qu'elle avait sortit de sa poche.
Nino le parcouru du regard puis, tourna un visage défait vers son amie.
«Mari, je suis tellement désolé.» s'attrista-t-il. «Il avait bien dû te tenir au courant de son projet de proposer ses services à la croix-rouge?»
«Nos projets Nino. On devait partir ensembles en tant que Ladybug et ChatNoir. Pourquoi est-ce qu'il m'a laissé derrière? Ça ne colle pas. Ça n'a pas de sens. Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas dans cette histoire. Un message caché ou un problème plus grave dont il ne m'a pas parlé...» stressa Marinette en retournant le papier dans tous les sens pour essayer d'analyser son écriture.
«Mari?...» tenta de la réconforter son vieil ami. Elle ne voyait clairement pas la réalité des choses selon lui.
«Sa bague!» s'écria Marinette «Je n'ai même pas eu le temps de vérifier s'il a vraiment pris un miraculous avec lui!» réalisa-t-elle. «Alya m'a appelé pour...» fit-elle vaguement en indiquant l'hôpital derrière eux. «Tu veux bien venir vérifier avec moi?»
«Bien sûr.» la rassura-t-il. Il ne pouvait pas la laisser seule pas plus que Kim ou Max ce soir. «Tu veux bien trouver l'entrée du métro le plus proche pendant que je demande à un collègue de faire son tour de piste avant le miens?» réclama-t-il en sortant lui-même son téléphone.
Il l'accompagnerait jusqu'à ce qu'elle soit rentrée chez elle et réalise qu'Adrien l'avait belle et bien quitté puis, il appellerait l'une des filles pour qu'elle s'occupe d'elle. Même s'il réalisait qu'il allait devoir parler davantage à Alya. Les autres filles avaient l'air plutôt occupées.
Surtout avec ce qu'il avait apprit de Juleka en allant déjeuner au café...
