Harlenne n'était plus aussi jeune qu'elle l'aurait voulu. Elle avait un peu galéré dans sa vie avant d'en arriver là et avait vécu des années qu'elle aurait voulu effacer ou au moins oublier.
Le grand secret de sa vie auquel elle ne voulait jamais penser était ce bébé qui avait tout juste commencé à pousser dans son ventre et qu'elle avait perdu parce que son ex-petit-ami l'avait bousculé et fait tomber.
Ce n'était pas la première fois que ce garçon était violent avec elle. Mais, elle avait tout juste dix-huit ans et comme il était le premier garçon qui s'intéressait finalement à elle, ce n'avait pas été facile de décider de le quitter avant ce triste épisode.
Par contre, la perte de ce bébé lui avait ouvert les yeux et elle avait décidé de le quitter. Quand il s'était montré possessif en réponse à son annonce, elle avait commencé à faire des crises de rage jusqu'à ce qu'il la laisse tranquille. Si bien qu'il avait finit par décidé qu'il ne voulait pas d'une hystérique.
Sept ans et quelques petits-amis plus tard, Harlenne avait une tout autre vie. Sept ans, quelques petits-amis et trois ans d'étude plus tard, Harlenne était finalement sur le point d'avoir son diplôme d'études supérieures après des aléas, des tragédies familiales et de douloureux coups portés à son estime personnel qu'elle avait dû guérir.
Et en ce lundi matin du congé de printemps, elle avait finalement rendez-vous pour un entretien d'embauche dans une résidence pour gens semi-autonomes.
«Nous avons un calendrier de rotation pour les gardes de jour, de soir et de nuit d'un intervalle de deux mois. C'était plus court avant mais, personne n'aimait alors, on a demandé à changer et les patrons nous ont trouvé ce compromis.» lui raconta l'infirmière qui lui faisait visiter les lieux.
C'était vraiment un complexe d'habitation de luxe pour les personnes du troisième âge. C'est pourquoi ils pouvaient se permettre une infirmière avec un diplôme universitaire pour faire le travail d'une préposée.
Tout de même, peu d'élèves du programme d'Harlenne auraient accepté de faire les tâches qu'on lui demandait de faire à ce poste.
Mais, le salaire était très bon pour un premier poste et Harlenne accordait autant d'importance aux soins non-médicaux des patients qu'aux soins médicaux.
Elles retournaient vers l'intérieur du bâtiment lorsqu'Harlenne vit quelque chose qui l'intrigua. Elle remarqua un vieil homme dans sa chaise roulante qu'une femme blonde d'âge moyen habillée d'un tailleur chic vint rejoindre.
Sans un mot, elle déplaça le fauteuil vers la sortie qui menait de la cour arrière au stationnement. Son visage était fermé et froid.
C'est la fermeture de la femme qui marqua d'abord Harlenne. Elle n'aimait pas que les familles des personnes âgés les traitent comme s'ils étaient des objets. Même s'ils étaient moins actifs ou réactifs, ces gens étaient des humains, des humains qui avaient peur de la mort et des blessures de surcroîts.
Puis, elle fronça les sourcils en regardant le visage de l'homme sur la chaise.
En d'autres circonstances, elle n'aurait pas fait le lien mais, en l'occurrence, elle y vit une troublante coïncidence.
D'abord, elle croisait le sosie d'Adrien Agreste dans une ruelle le vendredi soir, puis, elle reconnaissait les traits de Gabriel Agreste dans ceux du vieil homme installé dans un fauteuil roulant le lundi matin.
En suivant l'infirmière et sa potentielle futur collègue, elle se demanda également ce qui était arrivée à l'ancien despote de la mode. Elle avait beau essayer de se rappeler, elle n'arrivait à se souvenir de la dernière fois où elle avait entendu son nom mentionné dans les médias.
Il faut dire qu'elle ne s'intéressait pas particulièrement à la mode. Plutôt aux potins sur les vedettes.
Elle avait, bien sûr, lu et entendu beaucoup de chose sur son fils mais, rien sur le père depuis très longtemps. Peut-être avait-il fait un avc ou une crise cardiaque et qu'on avait caché au public qu'il était maintenant en résidence semi-autonome?
Harlenne classa l'information dans la rubrique mondaine de son cerveau et ni pensa plus que comme un fait divers comme un autre.
Peu après cet événement qui, sans que personne ne s'en doute, allait changer le cours de l'Histoire, (tel le proverbial battement d'aile du Papillon) Lila frappa à la porte de la chambre d'Hôtel d'Adrien.
«C'est l'heure de ton rendez-vous.» fit-elle laconiquement. Après un seul jour dans cet hôtel, elle était déjà excédée de jouer les baby-sitter d'Adrien plutôt que d'avoir le droit de mettre la main dessus.
Mais Gabriel était très clair: Adrien appartenait à une tête couronnée, l'héritière d'une giga-fortune ou idéalement les deux à la fois.
Et malheureusement, Lila n'était ni l'une ni l'autre même après des années de mensonges, de duperie et d'opportunisme.
Parce que pour son plus grand malheur, les riches millionnaires modernes savaient tous comment protéger leur fortune avec les meilleurs avocats et les meilleurs contrats pré-nuptiaux.
Cela lui donnait simplement envie de faire des ravages dans la maison de vieux où se cachait Gabriel. Dire qu'il lui suffirait de faire tourner la tête d'un de ces vieux paquet d'os pour se faire épouser pour ensuite lui faire tourner la tête une seconde fois pour finalement se retrouver veuve et riche.
Après tout, le sexe comme méthode de meurtre n'avait jamais été reconnu comme illégal. Qui pourrait lui en vouloir d'avoir offert du bon temps pour la dernière fois à ces vieux clous?
Elle dû frapper trois fois à la porte d'Adrien qui accepta finalement d'ouvrir la porte.
Ils s'affrontèrent du regard et il refusa de la laisser entrer.
D'un geste, elle lui fit signe qu'elle venait en paix.
«Tu dois porter ça.» lui indiqua-t-elle en lui tendant un masque de type couvre-visage en papier emballé dans un sachet transparent ainsi qu'une casquette.
«Je veux d'abord savoir où on va.» l'informa Adrien.
«Juste au salon de coiffure de l'Hôtel.» soupira Lila avec un sourire de conciliation. «Ce n'est pas la peine de faire tant de manières. On veut juste que tu ressembles à "Adrien Agreste."»
«Ma tête me convient très bien comme elle est.» protesta le jeune homme.
«Oh! Mais, je suis d'accord.» roucoula Lila. Elle se disait que ça ne faisait pas de mal de tenter de prendre ce qu'elle avait toujours voulu. Adrien était tout à sa merci pour encore un tout-petit peu de temps après tout. Mais ensuite, il serait définitivement à une autre et elle devrait vraiment rusée pour s'introduire dans les appartements gardées de la princesse.
Mais encore, les talents de Lila n'étaient peut-être pas infaillibles comme elle l'avait découvert en devenant adulte mais, elle restait vraiment très forte.
«Alors, comme ça, tu n'es plus Adrien? Félix, hein? Ou ChatNoir plutôt à ce qu'on raconte? Pas étonnant que Ladybug ait essayé de se mettre entre nous à notre rencontre! Franchement, je ne comprends pas comment tu as pu aimé une femme qui t'a traité comme un tapis pendant si longtemps? D'une part, elle refuse d'être avec toi, et de l'autre, elle t'interdit de te trouver quelqu'un.»
«Tu te trompes Lila, je ne suis pas ChatNoir. C'est juste ce que mon père pensait. Même lui a finit par admettre qu'il était dans l'erreur.» fit calmement Adrien.
Un sourire dangereux naquit sur le visage de Lila qu'elle devait lever pour regarder celui d'Adrien. Il avait beaucoup grandit et elle se tenait très près de lui.
«Tu ne me tromperas pas Adrien.» souffla-t-elle. «Tu oublies que je fais partie du groupe moi aussi. Le groupe avec lequel tu partages tes secrets. Je t'ai vu, comme par hasard, sortir de la classe si souvent juste au début d'une alerte akuma... Je suis aussi au courant pour ta relation sado-maso avec Marinette.»
Sans que rien ne l'annonce, la main de Lila fondit sur le t-shirt blanc et anonyme d'Adrien. Sans pitié, elle attrapa son mamelon et le tordit.
Il grimaça et se recula de quelques pas pour se libérer. Il porta la main à sa poitrine pour masser la peau douloureuse.
«Tu vois» fit-elle toujours aussi charmeuse. «Si tu kiff la souffrance, je peux sans contredit te rendre trrrèès heureux.»
«On a rendez-vous au salon de beauté tu as dit?» grogna-t-il avant d'enfiler le masque, la casquette et de sortir en lui tenant la porte pour s'assurer qu'elle ne restait pas dans la chambre.
Il n'y avait aucun autre client dans le salon beaucoup trop dorée de l'hôtel Le Grand Paris. Ce qui n'était pas normal considérant sa taille démesuré pour un hôtel avec si peu de chambres. L'équipe sur place n'était aussi constituée que d'un personnel restreint et uniquement là pour s'occuper de lui.
Adrien réalisa que son père avait privatisé le salon pour garder le secret de sa présence.
Coupe de cheveux, manucure, épilation intégrale, même pour le menton et sous les vêtements, rien ne fut laissé au hasard pour le rendre étincelant.
Non littéralement, Adrien avait l'impression que sa peau squeakait sous le passage de la serviette après le traitement aux algues.
Lorsqu'il arriva finalement à la coupe de cheveux moins invasive que l'épilation des narines qui avait précédé, on entendit tout à coup des protestations du côté de la porte d'entrée.
Chloé, suivie d'une technicienne terrifiée réclamait à hauts cris qu'on la laisse entrer dans ce qu'elle considérait comme son propre studio de beauté personnel.
Mais elle avait beau menacer la masseuse qui l'empêchait d'entrer de lui faire perdre son emploi séance tenante, celle-ci suivait les ordres du type qui l'avait généreusement payée.
«Laisse-la entrer, Lila. C'est Chloé. Elle sait garder les secrets.» intervint Adrien.
«Hum, oui. Après tout, ce n'est pas comme s'il y avait un risque qu'elle aille raconter quoi que ce soit à ta peste d'ex-petite-amie.» accepta Lila avant de retourner à la consultation de sa tablette.
Pendant tous les traitements d'Adrien, Lila n'avait pas bougé de la chaise pivotante de coiffeuse qu'elle s'était attribuée et était restée le nez collée à cette tablette. Adrien devait l'admettre, il était intrigué.
Et qui sait, peut-être y avait-il la clé de sa liberté sur cette tablette.
«Adrien?» se surprit Chloé en l'apercevant. «Attends une minute.» fronça-t-elle les sourcils en se rapprochant. «Mais oui, c'est bien toi Adrien! Qu'est-ce que ça veut dire?»
«Tu te trompe de nom, Chloé. Je suis Félix.» fit-il de son ton doux et calme. Chloé savait exactement auquel des deux cousins elle avait affaire.
«Qu'est-ce que tu fais ici? Et avec elle? Et les cheveux courts?» interrogea la blonde héritière.
Il croisa son regard dans le miroir. Il y avait effectivement plusieurs années qu'il n'avait pas eu les cheveux aussi court. Ils étaient encore plus court que durant son adolescence.
«Mon père m'a vendu à une princesse arabe dont j'ignore encore le nom.» fit-il sur un ton tout à fait banal.
Lila ne bougea pas d'un pouce et son sourcils relevé fut le seul signe qu'elle avait pris en compte ce qu'Adrien venait de révéler à une tierce personne.
«Adrien!» se catastropha son amie d'enfance.
«Je te rappelle encore une fois que je suis Félix.» corrigea-t-il.
«Arrête avec tes stupidités et réagit un peu au plus important. C'est quoi cette histoire avec ton père et une princesse? Tu dis qu'il t'a vendu?»
«Ce n'est pas si important, Chloé. J'avais décidé de partir de toute façon.»
«Partir?» répéta bêtement Chloé. «Tu veux dire quitter Paris?»
«Je tourne en rond ici, Chloé. Je ne sers à rien.» expliqua-t-il tristement.
«Si tu deviens un morceau de viande dans un harem, ce sera la même chose là-bas.» fit-elle remarquer en s'installant sur la chaise près de lui, pour discuter calmement pendant que la coiffeuse poursuivait la coupe.
«Ici ou là-bas, ce sera donc du pareil au même!» conclu simplement Adrien alors qu'une autre technicienne venait comparer des échantillons de couleur avec le teint de la peau de son visage.
Découragée, Chloé se releva et se dirigea vers la salle de massage suivit par son employée personnelle.
Lorsque qu'Adrien et Lila retournèrent à la chambre, son père et Nathalie y étaient déjà.
Maintenant qu'il le voyait en pleine lumière, Adrien réalisa que son père n'avait que très peu changé en trois ans. Par contre, ce n'était pas du tout le cas de Nathalie. Hormis le fait qu'elle avait teint ses cheveux en blond, l'assistante de son père semblait exténuée et amaigrie et malade.
«Tu n'as pas suivit mes ordres.» ouvrit son père d'entrée de jeu alors que la porte n'était même pas encore refermée.
Adrien l'ignora et se dirigea vers la table de la suite pour en tirer une chaise et l'approcher de Nathalie.
Interdite, l'assistante accepta finalement de s'y installer après un coup d'œil à son employeur pour s'assurer qu'il ne désapprouvait pas.
«Comment allez-vous Nathalie?» demanda ensuite Adrien avec beaucoup d'inquiétude en mettant un genoux au sol pour être à sa hauteur.
Avec une totale impolitesse, Gabriel interrompit la réponse de Nathalie. «J'avais exigé que tu rompes brutalement avec cette fille avec qui tu résides et ce, devant public.»
Adrien ne se donna même pas la peine de le regarder. «Vous avez vraiment réussi à le supporter pendant trois années de cavale dans des conditions qui étaient moins que la perfection?» s'inquiéta Adrien.
Encore une fois, Gabriel ne laissa pas Nathalie ouvrir la bouche. «Adrien, je t'ordonne de me répondre! Et tu te dois aussi de me regarder lorsque je m'adresse à toi!»
«Croyez-vous que vous serez un jour capable de faire preuve de maturité, Gabriel?» lui retourna Adrien.
«Pas un mot de plus, sale petit impertinent!» grogna son père.
En se relevant lentement pour lui faire face, Adrien réalisa que son père avait beaucoup plus changé qu'il ne l'avait pensé en entrant dans cette chambre. Si son physique était resté inchangé, son attitude n'était plus la même.
«Vous souvenez-vous de la dernière fois où vous avez essayez de vous mettre à la place d'une autre personne pour la comprendre? Depuis combien de temps n'avez-vous pas placé la santé et le bien-être de quelqu'un d'autre avant vos intérêts personnels?» l'accusa Adrien avec le plus grand calme.
«Ta mère-» commença Gabriel.
«Est dans le coma, vous me l'avez dit.» le coupa Adrien. «Peut-être soufre-t-elle mais j'en doute si ce coma a été créé par les miraculous. Cependant, Nathalie est là devant vous depuis tout ce temps et elle est malade. L'aviez-vous seulement remarqué? Et moi, j'ai été devant vous pendant toute ma vie. Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi j'étais malheureux?»
«Je dois la ramener Adrien. Je n'ai pas le choix et rien d'autre ne compte!» statua fermement Gabriel.
Avec un coup au cœur, Adrien réalisa que son père avait autre chose en tête que simplement toucher l'argent qu'il récolterait en le vendant.
«Alors, pourquoi vous y êtes-vous pris de cette façon? Pourquoi avoir détruit toutes ses chances?» s'attrista Adrien.
«De quels stupides élucubrations parles-tu à présent? J'aimais ta mère et je l'aime encore et je n'ai pas cessé de me battre pour l'aider et la ramener!» s'épuisa Gabriel.
«Sauf faire ce qu'il fallait.» pointa Adrien. «Il ne vous était jamais venu à l'esprit de demander l'aide des héros au lieu d'essayer de les détruire?»
«Je l'ai fait.» assura Gabriel. «Lors de l'apparition du premier akumasité, j'ai envoyé un message très clair à tout Paris. Informant les héros de mes exigences.»
«Oui, je me souviens très bien de cet instant. Il a marqué ma vie.» répondit Adrien avec un sourire en coin. «Mais, c'est étrange, lorsque j'ai écouté ce que vous avez dit aux héros, je n'ai entendu aucun "S'il-vous-plaît" dans vos paroles.»
«Ce sont les faibles qui supplie. Je ne suis pas un faible.» écarta Gabriel.
«Donc, vous aimez mère mais pas suffisamment pour vous abaissez à demander poliment de l'aide pour la sauver? On ne vous à jamais dit que certains mots étaient magiques et qu'ils pouvaient faire des miracles?» ironisa le jeune homme.
«Et en quoi cela aurait-il changé quoi que ce soit que je demande au lieu d'exiger?» s'exaspéra le patriarche.
«Mère serait probablement auprès de vous et bien portante, Nathalie n'aurait pas eu à supporter cet exil, et vous et moi en aurions déjà terminé avec cette conversation et nous aurions pu consacrer cette journée à des activités moins désagréables.» résuma Adrien avec son impertinence normale. «Dommage qu'il soit trop tard à présent pour faire quoi que ce soit pour ma mère.»
«Tu sais quelque chose que tu ne dis pas Adrien. Dis-moi immédiatement de quoi il s'agit.» ordonna Monsieur Agreste.
«Si mère est dans le coma à cause d'un miraculous.» commença lentement Adrien. «L'une des connaissances acquises par les gardiens au fil des siècles pourrait être ce qu'il faut pour la réveiller avec beaucoup moins de risque et à un prix moins élevé que l'idée stupide de jouer avec des forces cosmiques comme l'union de la création et de la destruction.»
«Et donc? Comment peut-on avoir accès à ces connaissances?» poussa Gabriel intéressé.
«On ne le peut plus. Maître Fu était le seul qui aurait accepté de partager ces connaissances, les autres gardiens refuseront de les partager avec vous. Mais, par votre faute, les connaissances que Maître Fu avait accumulées sur les pouvoirs des miraculous durant un siècle et demi ont disparues lorsqu'il a perdu la mémoire.»
Peu après, Adrien fut conduit au stationnement souterrain de l'hôtel. Les bagages furent chargés dans deux SUV noires où prirent place l'entourage de Gabriel qui comptait Lila, Nathalie et également, comme le réalisa Adrien, les hommes qui l'avaient fort probablement enlevé.
Sans les déguisements qu'ils avaient portés lors de l'attaque, ils ressemblaient à des agents d'un service de sécurité privé aux yeux d'Adrien. Entraînés, professionnels et vigilants.
Les deux voitures roulèrent durant toute la soirée et une partie de la nuit entre les villes et les villages de la France, se dirigeant vers le sud-est.
Au beau milieu de la nuit, ils atteignirent une route boisée remontant les flancs d'une montagne. Les véhicules furent garés au fond d'un sentier et on conduisit Adrien dans un énorme chalet où on lui attribua une chambre à l'étage.
On lui permit de se mettre à son aise mais un des agents pris position dans la chambre où on lui avait ordonné de dormir.
Malgré tout, Adrien réussi à au moins se reposer un peu.
Le lendemain, on lui servit un petit-déjeuner équilibré à la chambre. Maintenant que le soleil était levé, il pouvait voir que cet endroit où on l'avait conduit se situait véritablement en forêt et tout ce qu'il pouvait apercevoir depuis la fenêtre était un plan d'eau et quelques toits éloignés.
Après le petit-déjeuner, on l'escorta dans un grand salon où des équipes de stylistes l'attendaient.
C'était simplement la suite des premières retouches qu'Adrien avait déjà reçues la veille. Il fut coiffé, maquillé et une nouvelle garde-robe avait été mise à disposition des habilleuses comme il l'avait prévu.
Plus que jamais, il se sentait réduit à l'état d'objet. Il n'était plus qu'une marchandise à vendre pour tous ces gens.
Cependant, il y avait plus à lire dans tout ce cirque si Adrien en croyait les observations qu'il avait pu faire durant cet avant-midi.
D'abord, puisque la blouse qu'on lui avait choisit était si transparente que le nom de Marinette tatoué sur son cœur se voyait au travers, la maquilleuse dû le camoufler avec ses produits.
Ensuite, il s'étonna qu'aucune des personnes sur place ne trouve étrange toute cette histoire. Comme si tout cela était la routine pour eux. Leur demandait-on souvent d'obéir sans poser de question ou était-il le centième candidat offert à l'examen de la princesse?
Il n'était pas non plus le seul à subir les attentions des équipes d'experts. L'endroit, bien que luxueux et complètement équipé, faisait l'objet d'un soins particulier tout comme Adrien lui-même.
Des mets gastronomiques étaient en cour de préparation dans la cuisine ultra-moderne par des chefs étoilés, des jardiniers et des gens d'entretien nettoyaient, lustraient et entretenait les moindres centimètres de l'endroit.
Adrien s'étonnait que la pelouse ne soit pas coiffée avec un peigne mais on plaça tout de même une large bande de tissus argenté au sol. Nul doute qu'une personne beaucoup trop choyée y marcherait.
Et la dernière des choses qui titilla Adrien était la taille réduite de la garde-robe retenue. Il se demanda encore une fois l'avenir qui lui était réservée. Lui demanderait-on de porter une tenue particulière lorsqu'il appartiendrait à cette princesse?
Le cœur d'Adrien ressemblait de plus en plus à un caillou pesant dans sa poitrine. Il appartenait déjà à une femme. Pas parce qu'elle avait payé avec des dollars ou un titre pour l'avoir, mais parce qu'elle avait gagné son amour, battement de cœur après battement de cœur.
En cet instant, le poids de ce cœur sur ses poumons lui coupait le souffle: elle lui manquait déjà affreusement et il ne parvenait même pas à envisager l'idée qu'il ne la reverrait jamais.
La marchandise qu'il était fut finalement mise en position stratégique comme toutes les autres personnes présentes. Habillés de frais et avec le meilleur goût le plus sobre, son père, Nathalie et Lila entrèrent bientôt dans le salon pour prendre également position.
Toutes les pièces du rez-de-chaussée étaient occupées par des serviteurs stoïques attendant le moindre caprice de leur invitée de marque. Certains étaient aux ordres de son père d'autres répondaient à des maîtres différents. Adrien serait aussi l'un d'eux très bientôt réalisa-t-il.
Gabriel Agreste vint lui-même examiner l'apparence de son fils avec un œil critique des plus sévères. Son examen complété, il s'avança jusqu'à ce tenir à un pas de son fils.
«J'attends de toi que tu suives à la lettre tous les enseignements qu'on t'a inculqués en matière d'étiquette et de protocole.» lui murmura-t-il froidement. «Nos invités ne tolèrent que le plus dévoué des respects et j'entends bien que cet accord se fasse. Tu sais aussi ce qui est en jeu si ces négociations échoues. Arrange-toi pour que cette jeune femme t'apprécie.»
Finalement, le cortège de voitures blindées fit son entrée dans la cour avant de la résidence de villégiature.
Des gardes-du-corps et encore plus de serviteurs en sortirent avec efficacité et vivacité pour s'occuper de leurs tâches et prendre leurs postes.
Bientôt, des gens de plus en plus importants sortaient des voitures pour finalement laisser place à un petit homme, secrétaire, assistant ou intendant, qui offrit sa main à une jeune demoiselle, vivante image moderne des princesses des milles et une nuit.
Sa robe faites de soies précieuses et couvertes de pierreries bruissait délicatement à chacun de ses gracieux mouvements.
De ce qu'Adrien connaissait du moyen-orient et de sa situation actuelle, il pensait plus probable que cette jeune femme vienne de l'une des familles les plus fortunées de l'est de la Méditerranée. Par contre, il savait que peu de familles de l'endroit avait une longue histoire familiale cumulant fortune et titre de chef d'état. Bien souvent, les hommes les moins discrets étaient ceux qui perdaient tout.
Il n'était donc pas impressionné par ce titre de princesse qui décrivait surtout le nombre de partisans sur qui pouvait compter sa famille. Il n'aurait pas plus été impressionné par une princesse européenne couronnée.
La princesse qu'il avait tenue dans ses bras et vénérée pendant des années même s'il était son seul adorateur, avait plus de grandeur que ces filles d'homme de pouvoir, élevées pour se tenir la tête haute.
Adrien avait donné le titre de princesse à Marinette parce que selon lui, elle l'avait mérité grâce à son cœur qui était celui d'une véritable princesse. Et à l'époque où il avait intérieurement décidé de la surnommer de cette façon, il ne savait même pas encore qu'elle était l'héroïne du peuple. Il avait juste naturellement reconnu son potentiel.
La jeune femme qui s'avança sur le chemin créé par le large ruban argenté jusqu'au milieu du salon lui semblait surtout jeune et mal à l'aise. Il avait l'impression qu'elle comptait quelques années de moins que lui-même. Peut-être avait-elle dix-huit ans si on lui choisissait maintenant un compagnon.
Elle était légèrement moins délicate d'apparence qu'on aurait pu l'envisager. Peut-être ne lui infligeait-on pas toutes les séances de soins du corps qu'Adrien avait dû subir. Peut-être ne lui imposait-on pas une diète aussi sévère que celle que des parents vraiment soucieux de leur image lui aurait imposée. Et ses yeux curieux et éveillés qui parcouraient l'endroit et le visage des gens annonçaient une liberté plus grande que celle d'une prisonnière opprimée.
Peut-être que ceux qui prenaient les décisions pour elle éprouvaient également de l'amour à son endroit.
Le secrétaire s'occupa de saluer Gabriel Agreste et le père d'Adrien échangea avec lui des banalités concernant la famille de la princesse et les activités de la compagnie Agreste.
Cela dura presque une demi-heure. C'était court pour une rencontre d'affaire selon les coutumes arabes mais, encore, Gabriel n'était pas un hôte de marque et aucun chef de clan n'était présent pour faire la conversation avec lui.
Adrien en retint pourtant que son père s'attribuait le travail de Félix à la compagnie et celui qu'il avait lui-même fait pour la fondation.
Ils ne semblaient cependant pas être au courant que Félix et lui étaient deux personnes différentes. D'après les bavardages échangés, Adrien réalisa que ces gens pensaient qu'il était celui qui paradait encore dans les soirées de gala aux bras de toutes ces mannequins avec qui on le voyait sur les pages couvertures des magazines ainsi que celui qui tenait la barre de la compagnie.
Adrien devait reconnaître que Félix avait abattu un travail colossal depuis qu'il assumait son identité. D'une part, il dirigeait l'entreprise avec la même poigne que son père, mais il tenait aussi le rôle de mannequin vedette et finalement, il paradait encore et encore à quantité d'événements mondains pour établir des liens avec les clients potentiels et assurer la visibilité de la compagnie.
Malgré ce que Marinette pouvait lui reprocher, il faisait tout cela beaucoup mieux qu'Adrien lui-même n'en aurait été capable. Jamais, n'aurait-il eu personnellement autant de motivation à en faire autant. Bien sûr, si Félix travaillait autant c'était pour des raisons monétaires mais, il le faisait tout de même et en assumant ou en tentant d'assumer une personnalité qui n'était pas la sienne.
Adrien était véritablement impressionné et si vraiment ces gens venaient acheté le Adrien Agreste qui avait fait tout cela durant les dernières années, il comprenait mieux pourquoi ils l'avaient envisagé comme candidat malgré sa nationalité française et sa religion différente de la leur.
Le plan de son père était monumental d'ambitions, touchait de très nombreuses sphères et s'étendait dans des directions bien plus spécifiques que ce qu'Adrien avait cru.
Félix savait-il qu'il devrait bientôt disparaître de la scène en tant qu'Adrien Agreste? Ou bien son père avait-il prévu de tromper les arabes avec une fausse information sur le produit avant de laisser Adrien se débrouiller pour fournir des explications une fois la vérité découverte et lui sous leur emprise?
Depuis une demi-heure, Adrien prenait une à une des poses mannequins et gardait une posture parfaite. Cependant, il fatiguait parce que l'époque où il posait remontait à quelques années. Finalement, vint le moment où ce fut son tour de s'avancer au devant de la princesse aux côtés de son père pour être présenté.
Durant tout l'échange entre les deux hommes, l'assemblée avait patienté en silence. De leur côté, la princesse et la dame d'un âge très avancé qui l'accompagnait n'avait cessé de lui jeter des coups d'œil. Discrets et timides dans le cas de la princesse. Il pouvait dire qu'il l'impressionnait et qu'elle éprouvait du désir pour son apparence. Dans le cas de la dame, c'était tout à fait le contraire.
Elle l'avait dévisagé sans se cacher et il ne l'impressionnait pas du tout. Par contre, il ne pensait pas non plus qu'elle désapprouvait son apparence.
Une fois bien en face de la princesse, celle-ci le regarda dans les yeux et Adrien captura son regard en donnant au sien son air le plus fragile, doux et innocent.
La princesse était jeune, aimée et trop couvée. Adrien n'ayant d'autre choix que d'obéir en cet instant à son père pour le salut des gens qu'il aimait, voulait charmé la princesse ni plus ni moins pour la pousser à simplement dire oui à la transaction.
Plus tard peut-être aurait-il l'occasion de s'enfuir, de les pousser à le rejeter ou plaider auprès de la princesse pour qu'elle le laisse partir.
Il ajouta à ses lèvres, un angle pour les amincir et donna un autre angle à son visage en étant le premier à détourner le regard après leur échange.
Il n'aimait pas avoir recours à ces techniques de séduction ni jouer avec les sentiments de cette jeune fille mais, il y avait des vies en jeu.
«Ce jeune homme présente un aspect physique intéressant et ses formations académiques nous ont été présentées. Mais, quand est-il de ses valeurs et de sa sagesse? Les héritiers de la princesse se doivent de grandir en étant honorables.» questionna le petit secrétaire rondouillard.
«Adrien est en fait... un ami personnel des héros qui ont protégé Paris.» admit Gabriel. «C'est également un homme de cœur qui a toujours su s'entourer d'amis loyaux et qu'il protège généreusement en retour.»
Une sueur glacée parcourait maintenant le dos d'Adrien. Non seulement il n'était pas suffisamment vêtu pour la saison mais le discourt de son père et les circonstances le rendait malade. Adrien n'avait qu'une seule envie: sortir de là, enfiler le collier et la laisse qui dormait au fond de sa valise et verser toute les larmes de son corps dans un oreiller réconfortant.
«Justement. Puisqu'il est question de ses compétences à offrir une descendance de valeur à la dynastie du Seigneur Al Sirius, qu'en est-il de ses capacités à fournir les enfants en question?» demanda abruptement la dame avec un fort accent mélangé à ses mots français.
C'était maintenant au tour de son sang de se glacer dans les veines d'Adrien. Il en était réduit à un rôle de procréateur comme son père l'en avait menacé.
Gabriel s'inclina légèrement pour être poli avant de répondre à la dame. «Je peux vous assurer, Dame Savirah que les médecins ont déclaré Adrien en pleine possession de ses capacités lors des examens qu'il a passé il y a quelques jours.»
Dans un geste délicat mais hors de tout protocole, la princesse se tourna alors spontanément vers sa dame de compagnie pour chuchoter une longue question à son oreille dans une langue inconnue d'Adrien.
«Faites-lui retirer sa chemise.» ordonna ensuite la dame. «Nous désirons examiner s'il présente des défauts.»
Une fois encore Gabriel s'inclina légèrement vers les visiteuses, puis il se tourna vers Adrien pour lui faire signe de s'exécuter.
Adrien hésita durant une respiration avant d'attraper les pans de sa chemise pour en défaire les boutons. Mais, il mit dans son geste tout le malaise qu'il ressentait véritablement et encore davantage. Il le fit délibérément parce qu'il savait que les arabes étaient des gens pudiques.
S'il avait bien compris, ils ne venaient pas à cette négociation pour y chercher un jouet pour un harem. Ils voulaient un père pour les enfants d'une princesse, les futurs alliés qui seraient les plus proches d'un dirigeant.
Puisqu'il n'était pas en position de se tenir droit et de dire carrément non, il pouvait au moins sembler vouloir faire preuve de pudeur et demander leur respect.
Il se laissa donc désiré jusqu'à ce que Lila prenne les choses en main et lui arrache elle-même cette chemise mince qui se déchira sous la violence du geste de la brune.
Adrien se retrouva torse nu au milieu d'un salon remplis d'une cinquantaine d'étrangers et marqua un autre temps d'hésitation avant de baisser ses longues mains qu'il avait mis en évidence devant ses pectoraux. Il releva ensuite un regard intimidé jusqu'à trouver celui intéressé et impressionné de la jeune princesse.
Cependant, ce regard se plissa tout à coup et elle regarda plus attentivement un point au milieu de son torse. Elle chuchota de nouveau frénétiquement à sa gouvernante qui questionna de nouveau Adrien. «Avez-vous été blessé?»
Adrien remarqua alors que le maquillage avait partiellement découvert son tatouage.
Puisque la supercherie avait été dévoilée, il cru préférable de tout avouer et de faire preuve d'humilité. Il espérait seulement que la princesse soit déjà suffisamment impressionnée pour que son stratagème fonctionne.
Avec un malaise apparent, il repris la chemise des mains de Lila derrière lui et termina de nettoyer le maquillage. «C'est le nom de la femme que j'aime.» avoua-t-il en toute sincérité mais avec une certaine fierté. «C'est une femme merveilleuse qui répand le bonheur autour d'elle par son charme et son grand cœur.»
La tension dans la salle devint palpable.
«Pourquoi souhaitez-vous épouser la princesse si vous en aimez une autre?» accusa la gouvernante mais sans montrer aucune émotion. La princesse paressait suspendue à ses lèvres en attente de la réponse d'Adrien. Il ne doutait pas qu'elle comprenait tout ce qu'il disait.
Comme son père, Adrien s'inclina légèrement avant de répondre. «Parce que celle à qui j'ai donné mon cœur ne souhaite ni me donner le sien en retour ni avoir une famille avec moi. Je désire donc offrir à la princesse tout l'amour que je n'ai pas reçu et que je n'ai pas pu offrir à une autre.»
«Si cette femme ne vous juge pas digne de baiser ses chaussures, vous devriez embrasser le chemin qu'elle a foulé.» dit la dame avec mépris en se détournant de lui.
Mais, avec vivacité, la princesse se tourna vers la dame et chuchota frénétiquement à son oreille.
Adrien garda le regard au sol et ne fit que repenser à la douleur qu'aurait Marinette si ses parents étaient tués par la faute de son amoureux.
«Nous allons réfléchir.» dit finalement la femme.
Surpris, Adrien releva le regard sur elle et la princesse qui était toujours accrochée à son épaule mais avec un sourire soulagé. Il dû alors cligner plusieurs fois des yeux et réalisa qu'il était au bord des larmes à cause de la panique momentanée qu'il avait eu.
