Marinette arrivait tout juste dans le hall de l'entrée principale du Louvre. Félix se trouvait à une réception sur place et comme elle ne pouvait pas y entrer pour le rejoindre, elle avait l'intention de l'appeler pour que ce soit lui qui se déplace jusqu'à elle.

À peine eut-elle mis les pieds à l'intérieur que son téléphone vibra. Un message provenant d'un identifiant inconnu apparu sur son écran.

Elle su tout de suite qu'il s'agissait d'Adrien et lui demanda en réponse la première et la seule question qu'elle se posait : "Où es-tu?"

Mais, la réponse d'Adrien n'était qu'un adieu de plus.

En colère et blessée, refusant de laisser Adrien la repousser davantage, Marinette appela Félix et poursuivit son plan.

Si Adrien s'était donné la peine de la contacter, c'est que tout n'était pas terminé comme il le prétendait.

Mais après avoir raccroché, son téléphone vibra de nouveau dans sa main quand elle se préparait à attendre l'arrivée de son "boss."

«Mylène?» répondit-elle.

«Non, c'est Chloé.» la détrompa l'autre. «Écoute. Je ne sais pas ce que tu peux faire. Mais, je ne pouvais pas rester sans t'en parler. Je ne sais pas où vous en être avec Adrien. Je ne sais pas s'il t'a parlé de la princesse mais, s'il l'a fait et que tu es d'accord, moi, je ne suis pas d'accord avec le fait que tu sois d'accord. Adrien n'a jamais été aussi heureux jusqu'à maintenant ce n'est pas en allant s'ensevelir sous les sables de Dubaï qu'il aura une meilleure vie.»

«Woh!» s'étouffa Marinette. «Tu me donnes vraiment trop d'informations à la fois et en même temps pas suffisamment. Est-ce que tu sais où est Adrien? Tu penses vraiment qu'il est partie pour Dubaï?» fit-elle incrédule.

«Il n'y est peut-être pas encore. Je n'en sais rien. Quand je l'ai vu hier, il n'a juste dit que son père l'avait "vendu à une princesse" mais il ignorait laquelle. Et tu peux me croire, il m'a vraiment fallu beaucoup de temps et de contacts pour découvrir les noms et les lieux. Et je ne te parle même pas du décalage horaire! J'ai dû déranger Clément Vanier, le grand acteur lui-même, alors qu'il était dans son Jacuzzi pour qu'il me donne le nom de son contact à Dubaï.»

«Ven-vendu à une princesse?» bafouilla Marinette qui s'agrippait à l'appareil depuis qu'elle avait compris qu'Adrien était retombé entre les griffes tranchantes et sans scrupules de son cinglé de père.

Nino lui fit signe qu'il voulait écouter également. La détresse de Marinette était vraiment trop apparente. Elle qui était déjà très pâle avait encore perdu des couleurs. Il glissa un bras autour de sa taille pour la soutenir si elle en avait besoin.

«Oui. Quand il m'en a parlé, il avait l'air parfaitement confortable avec l'idée. Mais, tu ne peux pas le laisser faire Marinette. Tu dois l'en dissuader.»

«Adrien n'est plus là Chloé. Il a laissé un mot d'adieu et on ne l'a plus revu depuis deux jours.» lui fournit Nino.

À l'autre bout du fil, Chloé soupira lourdement. «Tu dois le suivre. Tu dois aller le chercher. Il a besoin de toi.» assura-t-elle.

Félix avait vu de loin Marinette semblant vouloir se rouler en boule sur le téléphone qu'elle tenait à la main. Fronçant les sourcils, il s'était avancé dans le hall en vitesse et il les rejoint à cet instant.

«Félix. Adrien a été kidnappé par son père. Chloé pense qu'il a été amené à Dubaï.» lui résuma-elle à bout de souffle.

«Je vais faire préparer mon avion privée. On va s'y rendre immédiatement.» lui assura-t-il.

Il ne partageait peut-être pas les mêmes intérêts qu'elle mais, il était hors de question que son oncle magouille dans son dos sans que Félix ne prenne les devants pour s'assurer qu'il ne lui ferait pas un coup en traître.

«Il n'y est peut-être pas encore.» les coupa Chloé. «C'est l'information que j'ai eu le plus de mal à dénicher. La princesse Rana s'est déplacée en France. Elle est en vacances culturelles. Elle visite les hauts-lieux historiques, les ruines romaines et tous les trucs barbants mais, elle a fait un grand détour pour se rendre au Mont Heis aujourd'hui. C'est probablement l'endroit qu'ils ont choisit pour conclure l'échange.»

«Ils y sont peut-être encore.» espéra Nino.

«Ça vaut le coup d'envoyer quelqu'un vérifier.» approuva Félix.

«Et ça se trouve où le Mont Heis?» demanda Marinette qui n'en avait jamais entendu parler.

«C'est un centre de villégiature pour les millionnaires.» lui expliqua Félix. «Ils y vont surtout pour le ski. C'est entre Lyon et Bourg-en-Bresse. C'est très sélect.»

«Je vais y aller.» décida Marinette en se dirigeant vers la sortie.

«On peut toujours inclure une escale à Genève dans le plan de vol.» supposa Félix. «J'espère simplement qu'on ne perdra pas sa trace dans Dubaï si on le rate à l'aéroport. Il va nous falloir du temps pour fouiller Mont Heis. La discrétion est le mot d'ordre là-bas.»

«Non!» décida Marinette en s'arrêtant sur place. «Toi, tu vas à Dubaï, Félix. Moi, je m'occupe du Mont Heis.» lui ordonna-t-elle.

«Euh, ce n'est pas un mauvais plan.» réfléchit-il. Il naviguerait bien mieux qu'elle sur place et ainsi il ne perdrait pas son temps à frapper aux portes de ces chalets déserts.

Félix partie, Nino suivit Marinette à l'extérieur. «Je vais avec toi.» déclara-t-il.

«Non. Je suis désolée Nino. Mais, j'ai besoin d'y aller au plus vite et d'être discrète une fois sur place.» lui répondit-elle en courant vers la ruelle déserte la plus proche.

«Mais, pour fouiller tous ces endroits, ce serait mieux d'être plus nombreux...» lui opposa son ami.

«Ne t'inquiète pas de ça!» le rassura-t-elle. Elle enfila le collier de multi-mousse à son cou et lorsque Mullo apparu aux côtés de Tikki, elle offrit à cette dernière un mini-macaron augmentant ses pouvoirs. «Tikki transforme-toi.»

«CosmoTikki!» s'enthousiasma la kwami rouge à pois blancs.

«CosmoTikki, Mullo, amalgame!» ordonna Marinette.

Devant le regard de Nino apparu une toute nouvelle héroïne. Son costume aérodynamique était rouge avec des accents gris, couvert de pois blancs brillant comme des étoiles et des ailes étaient fixés à son dos.

«On reste en contact!» s'exclama-t-elle en s'élançant dans la nuit.


La faim empêchait Adrien de dormir vraiment et durant l'une de ses périodes d'éveil, il s'aperçut que le garde était finalement endormi.

Aussi délicatement qu'il le pu, se prenant véritablement pour un chat, Adrien se releva du lit et s'approcha du garde. Il le fouilla d'abord du regard. Cet homme costaud et sans trait physique particulier, portait une matraque rétractable en guise d'arme. Adrien avait vu certain d'entre eux porter des armes à feu mais celui-ci avait dû laisser la sienne ailleurs.

Adrien espérait trouver un trombone ou des clés sur lui mais tout ce qu'il trouva était un téléphone. ...Ce qui était finalement préférable.

Abaissant les sons, il composa un message qu'il envoya à Marinette.

"Prévient les gardiens qu'ils doivent s'attendre à une attaque au lance-roquette."

Elle lui répondit aussitôt : "Où es-tu?"

Il ne connaissait même pas la réponse mais s'il la connaissait … il ne la lui aurait probablement pas donnée.

Résigné, il conclu simplement : "J'ai emprunté ce téléphone à un inconnu. Oublie-moi, je t'oublierai."

Il effaça ensuite le message, remis le téléphone dans la poche du type et s'étendit à nouveau sur le lit seulement pour se sentir dépassé par ses émotions.

Maintenant que sa dernière mission était terminée, maintenant qu'il n'avait plus d'autre avenir devant lui que d'être le géniteur d'une lignée dont il n'avait jamais entendu parlé avant, dans un pays où il ne connaissait personne et pas non plus la langue, tout lui paraissait plus noir.

Assis sur le lit de cette chambre inconnue, il se demandait ce qu'il pourrait bien encore tirer de bon de cette vie.

Depuis son enfance, il jouait avec les cartes que le destin lui envoyait. Toute sa vie, il avait composé avec les parent qu'il avait eu, leurs horaires, leurs excentricités, leurs noms de famille pour réussir à être le plus normale possible malgré tout.

Il avait profité au maximum de la liberté que la vie avec Marinette lui avait offert pour se construire et s'épanouir.

Pour finalement retomber à la case départ dans un crash retentissant et devoir, encore une fois, composer avec le peu qu'il avait en main.

Il avait un avenir inconnu et incertain en tant que pion devant lui. Sacrifiable, sans importance et sans droit de parole. Avec de la chance, on l'obligerait à suivre la route que son père avait tracée pour lui dans la haute-société. S'il n'avait pas même cette opportunité, il serait enfermé de jour comme de nuit dans une chambre de luxe où on l'oublierait avec quelques jouets inoffensifs.

Mais Adrien ne voulait d'aucune de ces vies.

Plagg lui manquait, Marinette lui manquait.

Il aurait voulu sentir la présence de Plagg sur l'oreiller et serrer le corps chaud de Marinette contre lui en la regardant dormir.

Il maudissait Lila d'avoir voler son téléphone. Il aurait pu appeler Nino.

Il avait décidé de ne plus le faire parce qu'il coulait couper les ponts avec ceux qu'il aimait. Mais s'il avait son téléphone en cet instant, il aurait probablement succombé à la tentation. Il aurait composé le numéro de son meilleur ami. Celui-ci aurait répondu par : «Hé, mec! Ça va?»

Et Adrien aurait oublié ses problèmes en répondant que tout allait bien.

Dans la noirceur de cette chambre en montagne, avec la compagnie d'un homme qui le comprenait difficilement, Adrien s'inventa toute une conversation avec Nino. Celui-ci lui parlait de la dernière fille en date qu'il avait rencontré et comment il avait conclu avec elle.

Adrien lui parlait du quartier qu'il avait visité lors de sa dernière balade.

Avec nonchalance, il enchaînait avec le retour de son père et Nino s'exclamait par les indignations habituelles et appropriées.

Il pensa alors qu'il pouvait en faire sa nouvelle vie. S'inventer une vie complètement imaginaire sur les murs de sa future cellule.

Son esprit resterait à l'abri d'un corps qui continuerait d'occuper une fonction X. Il se nourrirait, dormirait, serrerait des mains, mais à l'intérieur, il aurait une toute autre vie. Il sombrerait doucement dans la folie, ne distinguant plus le réel de l'imaginaire. Une vie sans importance, sans impacte positif sur son entourage mais, demeurant un fardeau à garder en santé.

Seulement, il n'était pas certain d'avoir envie de mener cette vie artificielle qui le mènerait à ce qu'il soit incapable de prendre soin de son enveloppe charnelle par lui-même et qu'on finisse par l'abandonner dans son monde onirique et l'oublier branché à une... machine...

Il réalisa alors qu'il était le pire imbécile que la terre ait porté!

Il sentit un froid glacial remonter son dos et deux larmes couler sur ses joues.

Tant d'années de combats, d'angoisses causées à des gens innocents pour en arriver au même constat. Uniquement parce que son père était un constipé rectal qui n'avait jamais apprit à communiquer et que lui-même était un sale égoïste incapable de voir les conséquences de ses actes.

Il avait refusé d'échanger sa vie contre celle de sa mère uniquement pour se retrouver au point où ce choix devenait l'option la plus souhaitable!

En cet instant précis, il souhaitait plus que tout prendre la place de sa mère dans ce coma magique. Peut-être aurait-elle fait plus avec sa vie que ce que lui en avait l'usage?

Quel sorte de héros était-il s'il ne pouvait sacrifier sa vie pour sa propre mère? Il était le pire des lâches. Son père avait eu raison depuis le début: l'issue était inéluctable. Il n'avait fait que causer de la souffrance à tous ces gens en se battant dans un combat perdu d'avance.

Dans une vision impossible à ignorer, il se revoyait ce matin-là, ce moment peu avant l'aube où il avait découvert que son père avait été cambriolé et qu'il avait refusé de lui céder son miraculous.

S'il avait plutôt décidé de l'aider ce jour-là. Non pas en le laissant mettre la main sur la bague du chat noir et les boucles d'oreille de la coccinelle mais en demandant à Marinette d'accepter son souhait et en confiant les miraculous à une personne neutre et digne de confiance qui aurait fait pour eux le vœu d'échanger les vies d'Émilie et Adrien.

Il avait refusé pour Marinette, pour qu'elle ne soit pas malheureuse. Mais, au final, il avait dû la quitter et lui briser le cœur tout de même.

Il aurait été préférable pour elle qu'il disparaisse avant de vivre ensemble. Elle n'était pas encore si attachée à lui à l'époque. Elle partageait ses rêves d'avenir mais, ne comptait pas sur lui. Il n'était même pas certain d'avoir réussit à la rendre heureuse en vivant avec elle.

Marinette était-elle heureuse avant qu'il ne la quitte?

Avait-il brisé son bonheur en lui annonçant qu'il voulait choisir un travail où il serait toujours en voyage?

S'il avait accepté le plan de son père trois ans plus tôt, du moment où Plagg et Tikki n'en aurait pas souffert, tout aurait été pour le mieux pour tout le monde. Même pour Marinette parce qu'elle aurait pu rencontré l'homme qu'elle méritait au lieu de la moitié de chat, impulsif et stupide qui occupait la place d'un véritable amoureux dans sa vie.

Il se demandait s'il était trop tard pour faire machine arrière. Rappeler son père et contacter Marinette pour qu'elle l'aide dans leur démarche.

Mais, à ce moment, le garde-du-corps s'agita dans son sommeil et se réveilla. Il parcourut la chambre du regard et fronça les sourcils de déplaisir en trouvant Adrien éveillé.

Assis sur son lit et les jambes ramenées contres son torse, Adrien lui demanda: «Seat on roof?» en indiquant le plafond. [FR: Siège sur le toit?]

Le garde qui refermait son breuvage accepta et sans un mot, ils se rendirent sur la terrasse où il y avait des chaises longues.

Le garde ne semblait pas perturbé de devoir rester à la belle étoile et se rendormit rapidement.

Adrien regardait le vide immense et infini qu'était le ciel étoilé au-dessus de lui. Il les fixa jusqu'à les voir encore en fermant les paupières. Il les fixa jusqu'à ce qu'elles soient pour toujours vivantes dans sa mémoire. S'il devait s'endormir pour toujours, il voulait garder ce ciel étoilé avec lui.

Ce ciel, cette nuit.

Il n'avait plus rien au monde. Plus rien pour le retenir. Il dit lentement adieu dans son cœur à tous ceux qu'il aimait. L'un après l'autre, il eut une dernière conversation avec eux. Il dit ensuite adieu à tout ce qui avait fait sa vie, à ses rêves d'avenir.

Et se noyant dans l'immensité du ciel, il réalisa à quel point il était libre. Qu'importe la chaîne à son poignet ou le destin que son père lui imposait.

Il était libre parce qu'il avait fait un choix.

Peu importe ce qu'il lui arriverait maintenant, il était prêt à tout.

Mais il ne s'attendait pas du tout à sentir un corps agréable l'enserrer.

Il su sans aucun sursaut de qui il s'agissait. Son odeur, ses formes, la façon dont elle s'agrippait à lui et surtout, son cœur savait d'instinct.

Mais son esprit était plutôt loin et endormis. Il baissa donc les yeux sur les bras rouge à points blancs qui l'enlaçaient. Elle était venue du ciel et donc n'avait fait absolument aucun bruit.

«C'est comme le jour de notre rencontre.» souffla-t-il à son oreille.

À leurs côtés, le garde ronflait depuis un moment. Il n'avait pas à s'inquiéter. Son collègue surveillait les alentours et normalement, Adrien lui-même avait volontairement accepté de rester à cet endroit et d'obéir aux souhaits de son père.

Elle lui retourna un regard d'incompréhension pour son commentaire mais, son sourire étrange lui apprenant qu'il allait bien, elle se détacha de lui et examina la chaîne et l'environnement.

Il la laissa travailler. Ils ne pouvaient pas parler et il se sentait... étrangement détaché de la situation.

Elle finit par réussir à coincer une loupe de la chaîne entre deux madriers de bois constituant la rampe de l'escalier. Adrien retira son t-shirt et le posa sur la chaîne dans une tentative pour étouffer le bruit. À la force de ses jambes et de ses bras, elle rompit finalement un maillon faible.

Adrien renfila calmement son t-shirt et se leva nonchalamment pour la suivre.

Elle le regardait avec un air perplexe. Sa nonchalance et ce sourire niais n'était plus dans ses habitudes depuis longtemps.

Lorsqu'ils s'étaient connus, ce partenaire qu'elle connaissait à peine avait ce sourire. Il semblait simplement satisfait de se trouver dans le feux de l'action malgré le danger. Elle avait aussi l'impression qu'il gardait toujours un secret intriguant.

Le sourire qu'il avait pour elle aujourd'hui était aussi juvénile et nonchalant. Mais, il y avait cependant cette absence de lumière en lui, comme s'il était une coquille vide. Comme s'il avait tout oublié à l'exception des choses les plus basiques.

De plus en plus inquiète de ce qui avait pu arriver à son chat, Cosmo bug le souleva du sol et le transporta loin dans la forêt.

«Adrien? Qu'est-ce qui t'est arrivé?» demanda-t-elle anxieusement.

«Je suis content de te voir, Amour. J'avais justement besoin de toi.» l'informa-t-il sans lui répondre.

«Oui, ne t'en fait pas, j'ai apporté ton miraculous. Mais je n'ai pas de power-up pour toi. Tu vas devoir accepter que je te transporte jusqu'à Paris.» s'excusa-t-elle.

Malgré qu'ils soient très creux dans la forêt, leurs voix frénétiques restaient presque un chuchotement à cause de l'excitation.

«Oh! Tu as amené Plagg avec toi! Parfait!» s'exclama-t-il en saisissant la bague d'entre ses doigts pour la passer.

Avec malaise, elle le regarda saluer le kwami. Ce Adrien était différent de celui qu'elle connaissait. Il avait quelque chose de changé.

«Plagg, vieux! Tu m'as tellement manqué.» fit le jeune homme avec une voix ému mais toujours ce même regard halluciné.

«À moi aussi, Adrien, tu m'as manqué. Tu n'aurais pas un bout de fromage par hasard?»

«Je suis vraiment désolé Plagg. Je n'ai rien du tout. J'ai à peine mangé depuis que je suis ici. Mais, j'ai une question très importante pour toi. Si on utilise le vœu en réunissant vos miraculous à toi et Tikki, est-ce que vous allez en souffrir?»

Malgré la sensibilité de la considération qu'il y avait dans la voix de celui devant elle, Cosmo bug en avait suffisamment entendue.

Elle le prit à la gorge, plaçant sa paume sur sa clavicule et le coinça contre le tronc du gros arbre derrière lui. «Es-tu un sentimonstre?» accusa-t-elle même si elle était elle-même en possession du miraculous du Paon. Il pouvait avoir été créé plusieurs années plus tôt. «Un comédien, une hallucination?» chercha-t-elle.

«Je te jure que c'est moi, Amour. Jusqu'à la dernière cicatrice.» la rassura-t-il en plaçant sa paume sur son bras ferme pour la calmer. Il ne se défendit pas pour autant, ne chercha pas à se libérer. «Du moins pour autant que je sache.» songea-t-il. «Je pense être moi-même. Je me rappelle de tout ce dont je suis sensé me rappeler. J'ai réfléchit à tellement de chose ces derniers jours.»

Elle approcha son visage du siens et planta son regard bleu dans le vert de ses yeux. Une vague lueur s'anima dans sa prunelle mais autrement, son regard restait endormit.

«Tu es différent!» le contre-dit-elle. «Est-ce que tu as été drogué? Tu as une commission cérébrale? On t'a hypnotisé? Quand je te regarde au fond des yeux, je ne vois plus ton âme comme avant.»

Adrien détourna le regard par culpabilité. Il regarda le sol puis, vers le sommet des arbres sur sa droite.

«Je crois que je sais pourquoi.» avoua-t-il. Il enfonça ses dents dans sa lèvre inférieur mais malgré cela, ses yeux devinrent brillants de larmes contenues.

Pourquoi pleurait-il? Il était pourtant okay avec sa décision d'offrir sa vie à sa mère.

«J'ai dis adieu à mon âme tout à l'heure. J'ai renoncé à vivre.» fit-il plus honteux qu'il ne l'avait jamais été de toute sa vie. Honteux d'accepter son destin mais honteux aussi de ne pas vouloir. Il ne s'était jamais autant sentit déchiré en deux. Il éprouvait la pulsion de porter ses mains à ses cheveux trop courts et de tirer dessus pour les arracher histoire que les pensées envahissantes et parasites de son cerveau en sortent aussi.

«C'est quoi encore cette stupidité?» se fâcha-t-elle.

«Ma Lady, tu ne peux pas me l'interdire!» protesta-t-il, bouleversé. «C'est vrai, je t'ai offert ma vie mais, si je décide de la reprendre et de la donner à quelqu'un d'autre, tu n'as pas le droit de m'empêcher! Je suis tellement désolé.»

«Est-ce que tu t'écoutes parler Adrien? Ce que tu dis n'a pas de sens!» lui retourna-t-elle entre ses dents avec exaspération. «C'est encore ton père qui t'a retourné le cerveau!»

«Il avait raison. Depuis le début. Ma vie ne mène à rien. Le mieux que je puisse faire, c'est l'échanger contre le retour de ma mère. Tu ne peux pas aller contre ma volonté. Vivant, je ne sers à rien sauf à préparer tes repas. Ma mère fera un bien meilleur usage de ma vie!»

«Adrien. Écoute-moi bien.» lui ordonna-t-elle en l'attrapant par les épaules et en trouvant son regard. Sa voix était sérieuse mais calme aussi, sans plus aucune colère, juste de l'inquiétude. «Tu es une vraie personne. Ton père t'a traité en esclave et en objet toute ta vie mais, contrairement à une chose, tu peux relever la tête, choisir d'être libre et changer ta vie et celles des gens autour de toi si tu le veux vraiment. Ce que tu fais de ta vie ne te satisfait pas? Change-la! Mais ne le fais pas en écoutant ton père!»

«C'est avec ce plan que je me sens libre.» fit-il timidement. «L'alternative est encore moins intéressante. On veut me forcer à devenir l'époux-objet de la fille d'un prince arabe. Je serais un géniteur et une parure à son bras. Au mieux.»

«Adrien, tu es libre!» lui rappela-t-elle en agitant le bout de chaîne cassée encore à son poignet.

«Ce n'est pas avec cette chaîne qu'il me retient prisonnier. Il m'a menacé de tuer tes parents.» avoua-t-il.

«On va les appeler tout de suite pour qu'ils se mettent à l'abri dans ce cas.» le rassura-t-elle.

Elle n'était pas très surprise. C'était une menace logique de la part d'un criminel cinglé. Elle était presque soulagée d'apprendre pourquoi Adrien l'avait quittée. Elle avait maintenant une explication concrète.

«Ça ne changera rien. Même si on met à l'abri tous les gens que je connais, il prendra n'importe quel civil innocent en otage. Et il sait que j'obéirai à ses menaces. Je l'ai tout juste convaincu que je n'étais pas ChatNoir mais, Lila n'a pas été dupe. Elle peut toujours le convaincre du contraire.»

«S'il menace vraiment de tuer une ou des personnes pour te pousser à accepter volontairement de mourir-» commença-t-elle.

«En fait, lui, il voudrait m'échanger contre un lance-roquettes pour attaquer le temple. L'idée de faire le vœu directement était la mienne.» précisa Adrien.

Elle roula des yeux. L'esprit dérangé de Gabriel ne connaissait aucune limite raisonnable.

«Si ton père est à Paris (ou en France) et qu'il menace des vies, je crois qu'il est temps de le dénoncer pour ses crimes aux autorités. Je sais que tu n'es toujours pas très correct avec l'idée qu'il soit exécuté mais, s'il a des plans meurtriers, on doit le mettre hors d'état de nuire.»

«Oui, et les murs d'une prison ordinaire ne suffiront pas.» déplora Adrien. «Lila a laissé sous-entendre que c'était à elle d'appuyer sur la gâchette mais, c'est Lila. Elle a peut-être raconté n'importe quoi. Ce tueur peut être un total inconnu. Et mon père pourra toujours donner des ordres depuis sa prison.»

«On va juste mettre toutes les autorités sur son dos et envoyer autant de nos connaissances possibles à l'abri entre temps. Voyons voir.» réfléchit-elle en sortant son yoyo.

«J'ai retrouvé Adrien mais il dit que vous êtes tous en danger. Tout le groupe. Gabriel vous menace. Mettez-vous à l'abri. Restez loin des fenêtres. Et n'ouvrez pas à ceux en qui vous n'avez pas confiance. Lila Rossi travaille avec lui. Ne lui faites PAS confiance.» dit-elle à haute-voix tout en écrivant.

«Tu as les numéros de tout le groupe dans ton yoyo?» s'étonna-t-il.

«Non.» sourit-elle. «Mais, je voulais pouvoir contacter le reste de l'équipe des héros au besoin. C'était plus facile que de mémoriser chacun de leurs emplois du temps comme à l'époque du lycée.»

Elle soupira en voyant qu'Adrien hésitait toujours à suivre son plan. «Écoute, lorsque nous le dénoncerons, le deal avec cette princesse sera au moins annulé et tu seras débarrassé de cette histoire. Mais, si ton père reste toujours un danger ou si toi-même tu préfères toujours ramener ta mère, dénoncer ton père pour ses crimes ne te ferme pas cette possibilité. Mais, s'il-te-plaît, rentre avec moi à Paris.» plaida-t-elle.

Adrien savait que s'il rentrait, il lui serait plus difficile de refaire le même chemin ensuite. Il accepta cependant en hochant la tête.

Il refusa par contre de l'accompagner à leur appartement une fois au-dessus de la ville lumière. «J'ai peur qu'il m'y attende.» hésita-t-il.

«Je dois mettre la miracle box en sécurité.» argumenta Cosmo bug pour ChatNoir en se posant sur un toit à proximité de leur domicile.

«Je t'accompagne!» décréta-t-il. Son angoisse personnelle oubliée alors au profit de la sécurité de la femme de sa vie, son côté protecteur remontant lentement à la surface.

Ainsi, il ne voulu pas rester un instant de plus à leur domicile. Pendant qu'elle récupérait la miracle box, il regardait partout autour de lui pour surveiller d'éventuels ennemis mais, il agissait aussi comme si cet endroit ne signifiait rien pour lui.

Marinette soupira silencieusement en arrivant à ses côtés et il la prit dans ses bras pour la conduire dans le quartier voisin.

«On fait quoi maintenant?» relança-t-il.

«Je vais aller voir le Maire. Tu veux bien m'accompagner jusqu'à son hôtel? Et je voudrais te confier les miraculous pendant que je m'entretiens avec lui.»

«Non. On ne peut pas s'approcher de son hôtel. C'est là que j'étais caché avant de partir de Paris. Il peut y être en ce moment. Et Chloé n'est pas dans le coup, il peut la menacer pour m'atteindre.» opposa-t-il avec crainte.

«Si ton père est là-bas, les policiers doivent fouiller l'endroit.» réfléchit Ladybug. «Nouveau plan. Je vais voir la police pour qu'ils lancent le mandat d'arrêt. Tu vas au Café minuit et tu en profites pour protéger tous ceux qui s'y réfugient.»