En quelques pas de sa démarche assurée, la femme aux hauts talons et aux yeux chocolat rejoignit le groupe avant de s'arrêter, les mains reposant sur ses hanches et un air déjà ennuyé se dessinant sur son visage. Emma ne put détacher ses orbes verts de la silhouette envoutante qui se trouvait juste devant elle et qui pourtant, ne lui accordait pas un regard.
« Je peux savoir ce que vous attendez planté devant mon bureau avec deux détenues gardien Jones ?, demanda la brune d'une voix qui sonna à la fois comme une douce caresse, mais aussi comme une vive gifle aux oreilles d'Emma.
- Je vous les amène car elles viennent de se battre au réfectoire pour une histoire de tarte aux pommes madame Mills, répondit le gardien sans flancher, sûrement habitué à la rudesse du ton employé par sa supérieure.
La brune leva les yeux au ciel, visiblement agacée par le motif absurde de l'altercation. Elle ne commenta cependant pas et avança jusqu'à sa porte pour la déverrouiller.
- Jones, conduisez Breaburn en isolement, ordonna-t-elle, Et vous, dans mon bureau. », ajouta-t-elle en regardant vaguement Emma.
Le gardien fit signe à Breaburn d'avancer et elle gratifia la blonde d'un regard noir, assassin, avant de finalement suivre Jones à contrecœur.
Lorsqu'elle se retourna, Emma remarqua que la femme était déjà rentrée et s'était installée derrière son bureau. Elle s'avança alors timidement à l'intérieur de la pièce.
« Fermez la porte et asseyez-vous. », articula la brune sans lever les yeux de son ordinateur.
Emma obéit, elle referma derrière elle la porte vernie de noir et s'assit sur le fauteuil en cuir positionné face au bureau en marbre blanc de la directrice. Elle n'osa pas poser ses yeux sur la femme et laissa alors son regard vaquer à travers la pièce. Ce bureau n'avait rien à voir avec ceux de Humbert ou de la conseillère Green, tout ici paraissait luxueux et affreusement coûteux, dénotant parfaitement avec le reste de la prison. La pièce était immense, entièrement décorée de noir et blanc, les murs étaient recouverts d'une magnifique tapisserie à motifs baroques et des meubles plus raffinés les uns que les autres étaient disposés de sorte à rendre l'ensemble totalement harmonieux. Un élégant sofa en velours noir reposait au centre de la pièce et en le regardant, Emma ne put empêcher quelques pensées lubriques de pénétrer son esprit...
Elle secoua la tête pour se ressaisir et se reconcentra sur le bureau en marbre qui lui faisait face et sur lequel reposait la seule touche de couleur de la pièce, une large coupe en cristal contenant une montagne de pommes d'un rouge rubis absolument éclatant. L'intensité du rouge donnait un aspect presque irréel aux fruits qui devaient avoir un goût somptueux si l'on se fiait à leur apparence. Emma dut alors user de toute la bonne volonté du monde pour ne pas tendre la main, saisir une pomme, l'apporter jusqu'à sa bouche pour finir par y croquer à pleines dents.
« Je suppose que vous êtes nouvelle ici, je ne vous ai encore jamais vu dans les parages Miss... ?
La voix de la directrice sortit brutalement Emma de ses pensées. Elle releva les yeux de la coupe de fruits et son regard s'aligna à celui de la femme qui lui faisait face. Elle ne put alors définir le sentiment étrange qui l'envahit soudainement alors que pour la première fois, les orbes verts rentraient en contact avec ceux couleur chocolat.
- Swan, répondit finalement Emma en essayant de cacher son trouble, Mon nom c'est Swan.
Madame Mills ne semblait pas faire attention au ton bredouillant de la détenue, ou si elle l'avait remarqué elle ne s'en préoccupait pas le moins du monde.
- Quand êtes vous arrivée dans notre prison ?, demanda-t-elle alors que ses yeux s'étaient déjà replongés dans l'écran de son ordinateur.
- Ce matin, répondit la blonde plus aisément maintenant qu'elle n'était plus en contact avec les prunelles marrons.
Les sourcils parfaitement dessinés de la brune se dressèrent alors que ses yeux restaient vissés sur son ordinateur.
- Et en seulement une matinée vous avez réussi à vous retrouver dans le bureau de la directrice?, s'étonna-t-elle avant de reprendre d'un ton moqueur, Je ne sais pas si je dois être impressionnée par votre capacité à vous attirer des ennuis si rapidement, ou si je dois être flattée par le fait que vous aviez en fait vraiment hâte de me rencontrer.
Emma écarquilla les yeux devant les insinuations de la brune.
- Croyez-moi madame Mills quand je vous dis que c'est l'envie de manger ma tarte aux pommes et non l'envie de vous rencontrer qui m'a conduit jusqu'à votre bureau, répliqua-t-elle tout naturellement, se laissant de moins en moins impressionner par la femme aussi magnifique que charismatique qui était assise face à elle.
Un petit sourire en coin prit place sur les lèvres maquillées de rouge avant de disparaître presque aussi vite qu'il était arrivé. Emma eut cependant le temps de le repérer et quand elle observa le sourire se défaire de la bouche de madame Mills un détail lui sauta aux yeux, un détail qu'elle n'avait pas remarqué jusque là et qui pourtant ne faisait que rajouter au charme incendié de la femme. Une fine cicatrice creusait la peau de la brune, sur deux centimètres, juste au dessus de sa lèvre supérieure.
- C'est donc pour une histoire de tarte que vous vous retrouvez dans mon bureau lors de votre premier jour de détention...
La voix de la femme fit dévier le regard d'Emma qui s'était perdu à observer la cicatrice.
La tarte aux pommes de Granny est absolument délicieuse, je le conçois, mais j'émets toutefois un doute sur le fait que son goût valle un séjour en isolement.
Emma déglutit difficilement. Du peu qu'elle savait de l'isolement, ce n'était pas un lieu qui l'attirait particulièrement, surtout pas pour passer sa première nuit derrière les barreaux.
- Vous allez m'envoyer en isolement ?, demanda-t-elle d'une voix qui trahissait son appréhension.
La brune releva enfin les yeux pour étudier attentivement Emma du regard. La blonde haussa les sourcils, se demandant bien ce que la brune pouvait regarder.
- Non, déclara finalement la directrice, Vous n'irez pas en isolement... du moins pas cette fois.
Emma fut surprise de la réponse de la femme alors qu'elle n'avait même pas encore étalé sa défense.
- Pourquoi ?, lâcha-t-elle spontanément, Pourquoi est-ce que vous ne m'envoyez pas en isolement alors que vous y avez envoyé Breaburn ? En plus, même si c'est elle qui a commencé en me volant ma part de tarte, c'est quand même moi qui lui ai fait son cocard, précisa-t-elle sans réfléchir avant de le regretter presque immédiatement ses paroles.
Pourquoi ? C'était en effet une bonne question. Pourquoi cette blonde avait réveillé en elle une clémence soudaine qui ne lui appartenait pas ? La brune n'en avait pas la moindre idée et n'avait d'ailleurs pas envie de se pencher sur la question.
- Miss Swan, je ne sais pas ce que vous essayez de faire. Mais si vous espérez m'impressionner en mettant en avant vos talents de bagarreuse, sachez que c'est raté, déclara-t-elle froidement, Et pour répondre à votre question, si j'ai envoyé Breaburn en isolement c'est parce que je connais le personnage, et que je sais que d'une manière ou d'une autre, elle aurait trouvé le moyen d'y retourner avant la fin de la semaine. Ensuite, si je ne vous y ai pas envoyé, c'est simplement parce que vous venez d'arriver et que j'ai espoir que ce malencontreux accident ne se réitère pas. Si toutefois vous éprouvez l'envie irrépressible de passer votre première nuit en prison dans une des cellules du quartier d'isolement, dîtes le clairement, et l'on pourra s'arranger, finit-elle ironiquement en regardant la blonde dans les yeux.
- Non je vous avoue que je préfèrerai passer ma première nuit derrière les barreaux tranquillement dans ma cellule, répondit-elle.
Le regard d'Emma se détourna de celui de la brune qui semblait l'analyser, et les yeux verts tombèrent sur le petit écriteau en marbre noir positionné sur le bureau et où était gravé le nom de la directrice: "Regina Mills". Emma eut alors un petit sourire qu'elle ne put réprimer en pensant que la femme portait très bien son prénom. Son surnom en revanche, sonnait un peu faux pour la blonde, si elle pouvait très bien comprendre l'appellation de "Reine", elle trouvait que le "Méchante" qui s'y accolait ne convenait pas vraiment à la directrice qui n'avait pas l'air aussi diabolique que ce que Mary-Margaret lui avait vendu.
- Qu'est-ce qui vous fait sourire ?, demanda la voix froide, coupant ainsi Emma dans sa réflexion.
- Rien, répondit-elle à la hâte.
- Vraiment ?, insista la brune en plissant les yeux.
Emma, dans toute sa franchise habituelle, décida d'être honnête.
- Si vous voulez tout savoir j'étais entrain de me dire que votre surnom de "Méchante Reine" ne vous allez pas tellement. Du peu que j'ai vu je ne trouve pas que vous soyez méchante.
Regina haussa les sourcils avant d'éclater dans un bref rire qui figea le sang d'Emma tant il était glacial.
- Ecoutez-moi bien Miss Swan, si un jour vous êtes amenée à vous battre à nouveau, ou que vous commencez à vous mêler aux gangs, ou encore qu'il vous prend la soudaine envie de transgresser l'une des règles qui régissent cette prison, croyez-moi que vous découvrirez que je porte extrêmement bien mon surnom. », énonça-t-elle sans lâcher les pupilles vertes des yeux.
Emma ne sut que dire devant le mur de froideur qui se dressait devant elle et qui l'intriguait bien plus qu'elle ne pouvait l'admettre.
Regina, visiblement fière de son effet, étira ses lèvres dans un grand sourire qui n'avait rien d'amical et qui révéla ses belles dents blanches parfaitement alignées aux yeux d'Emma. La blonde souffla intérieurement en se demandant comment il était possible qu'un être humain soit doté d'un physique aussi parfait.
Regina Mills était-elle seulement un être humain ?
« Bien Miss Swan, je pense que nous avons fini, vous pouvez partir, dit-elle en conservant son sourire satisfait, Tâchez de respecter le règlement si vous ne voulez pas me faire le plaisir de vous envoyer rejoindre Breaburn en isolement, ajouta-elle en agrandissant encore un peu plus son sourire.
Emma arbora à son tour un sourire des plus faux.
- Loin de moi l'envie de vous faire un tel plaisir madame Mills, répondit-elle en se levant, Je tâcherai d'être prudente. »
Emma s'approcha de la porte et l'ouvrit, avant de sortir elle jeta un dernier petit coup d'œil à la brune qui s'était déjà replongée dans son travail.
« Au revoir madame Mills.
- Au revoir Miss Swan. », répondit Regina sans lever les yeux dans sa direction.
A peine eut elle refermé la porte que la blonde secoua la tête, complètement déconcertée que cette femme glaciale, cette femme que les gens avaient l'air de détester autant qu'ils la redoutaient, ait un tel effet sur elle. Elle chassa ces idées de son esprit en se disant qu'après tout en n'y pouvait rien si le diable avait un physique si avantageux, avec le charisme qui allait avec qui plus est.
Un grognement tira Emma de ses pensées. Son ventre grondait, elle n'avait rien mangé à midi et elle était maintenant affamée. L'image des pommes rouges et parfaites de Regina lui revint soudain à l'esprit. Elles avaient l'air si savoureuses, si sucrées et si juteuses que la femme n'eut qu'une envie: goûter au fruit défendu.
Elle hésita à toquer à la porte de la directrice pour lui demander poliment l'une de ses pommes, mais Emma se rendit vite compte que ce n'était pas une très bonne idée. Elle n'avait pas particulièrement envie de découvrir dès aujourd'hui que le surnom de "Méchante Reine" seyait en fait parfaitement la brune.
La blonde, n'ayant aucune idée ne quoi faire maintenant, se décida à rejoindre son seul repaire dans cette prison. Après avoir tourné et retourné dans les couloirs du bâtiment qu'elle trouvait immense, Emma tomba finalement sur la bibliothèque.
« Emma, alors tu n'es pas au trou ?, l'interpella Blanchard l'air surpris.
- Non... il faut croire que Mills n'est pas aussi méchante que ce que tu m'avais dit, plaisanta la blonde.
- Tu dis ça parce que tu la connais pas encore, répliqua Mary-Margaret.
- Peut-être mais en tout cas tu avais oublié de me dire qu'elle est absolument...
- Magnifique, complètement canon, affreusement sexy ?, coupa Ruby en s'immisçant dans la conversation.
Emma rigola.
- Je ne comptais pas en dire autant mais tu m'as quand même sorti les mots de la bouche, répondit la blonde.
- Et bien ne te fais pas avoir, la prévint Ruby, Elle a pleinement conscience que son physique est terriblement attirant et crois moi, elle sait jouer de ses charmes. Mais premièrement, cette femme est 100% hétéro, et deuxièmement, M.M a raison, Mills est diabolique.
Emma pouffa de rire face au sérieux dont faisait preuve la brune aux mèches rouges et qui lui paraissait exagéré.
- On ne plaisante pas, rajouta Blanchard, Mais je suis sûre que tu t'en rendras compte très vite. Peut-être dans quelques jours, quand Breaburn sera sortie du trou et que tu te retrouveras à nouveau dans le bureau de Mills après avoir cédé à la violence, se moqua-t-elle gentiment tout en s'éloignant pour aller ranger des livres.
- En parlant de violence... Viens par ici Boucles d'or, intervint Ruby en prenant Emma par le poignet pour l'amener vers l'une des tables.
- Boucles d'or ?! Sérieusement?, s'insurgea la blonde.
- Quoi ? Tu n'aimes pas ? Je trouve ça mignon pourtant Boucles d'or, répondit-elle innocemment, Tu veux que je t'appelle comment ?
- Je ne sais pas, peut-être simplement Emma ou Swan, dit-elle d'un ton évident.
- Ah non !, s'exclama Ruby, Je n'appelle personne par son nom ou son prénom. Alors cherche un meilleur surnom si tu veux, mais en attendant ce sera Boucles d'or.
Emma leva les yeux au ciel.
- Gardons Boucles d'or dans ce cas, consentit-elle.
- Parfait, répondit la brune avec un grand sourire, Mais ce n'est pas pour ça que je voulais te parler... Je t'ai bien observé ce midi à la cantine et je t'ai trouvé... intéressante.
- Intéressante ?, répéta Emma en fronçant les sourcils.
- Pas dans ce sens là, s'empressa de répondre Ruby en riant, Même si je t'avoue que les petites fesses rebondies que te font ce jogging ne me laissent pas indifférente, rajouta-elle en faisant un clin avant de reprendre un air plus sérieux, Ce qui m'intéresse vraiment chez toi Boucles d'or, c'est ton côté bagarreur et je dois avouer que ta droite était plutôt impressionnante. Breaburn va être furax quand elle va sortir du trou, tu l'as littéralement ridiculisée devant toute la prison !
- Tu penses qu'elle va essayer de se venger quand elle va sortir ?, demanda Emma intéressée.
- A mon avis, la première chose qu'elle va faire en sortant, c'est te mettre un bon poing dans la tronche devant toute la prison pour montrer que c'est elle la plus forte, expliqua Ruby, Mais ne t'en fais pas, j'ai une proposition à te faire qui pourrait vraiment t'intéresser..., s'empressa-t-elle de rajouter avant d'être coupée par Emma.
- Si tu comptes me demander de rentrer dans ton gang, la réponse est non Ruby. Je ne compte pas me mêler à toutes vos histoires. J'ai 15 mois à purger et je ne veux pas passer une minute supplémentaire entre ses murs à cause de tous vos trafics.
La blonde sentit que la brune était contrariée.
« Et pour ce qui est de Breaburn, j'ai déjà survécu à son lancer de tarte, je devrais pouvoir gérer sa droite, ajouta-t-elle en plaisantant.
- Ça je n'en ai pas le moindre doute Boucles d'or. », confirma Ruby avec un sourire, légèrement déçue du refus de la blonde, mais ne s'avouant pas vaincue pour autant.
La brune quitta ensuite la bibliothèque, laissant Emma qui attendait que Mary-Margaret ait fini ses heures de travail. Aucune des deux ne se douta cependant que De Vil, assise un peu plus loin, n'avait rien loupé de leur échange. Si la femme à la mèche blanche avait bien remarqué les capacités de bagarreuse de la nouvelle, le fait de voir Ruby s'y intéresser, rendit soudain Emma encore plus attrayante pour la chef du gang adverse.
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A l'heure du diner, Mary-Margaret et Emma pénétrèrent dans le réfectoire. La blonde fut alors contrainte de constater que sa petite performance de ce midi lui valait maintenant d'attirer bien des regards, certains accompagnés d'un sourire, d'autres de sourcils froncés...
Elle ne s'en formalisa pas, et avança jusqu'à la queue du self sans se soucier d'autre chose que de son estomac qui criait famine.
Quand elle eut vidé son plateau, Emma était rassasiée et elle devait bien avouer que l'apparence de la nourriture était bien plus désagréable que son goût. Elle était par contre déçue du dessert, une simple compote, et regrettait amèrement de ne pas avoir mangé les bouts de tarte qui s'étaient éclatés sur son visage ce midi.
Hormis les regards insistants du gang De vil qui avaient persisté sur elle jusqu'à la fin du repas, Emma trouva l'ambiance du self plutôt agréable. Les nouvelles détenues que lui avait présenté Blanchard et avec qui elles avaient partagé le repas s'étaient avérées plutôt sympathiques.
L'une d'elle s'appelait Boyd et à en juger par son teint cadavérique et ses yeux injectés de sang, la femme ne devait pas être étrangère aux substances illicites. Une autre encore, la plus bavarde et la plus rigolote du groupe, s'appelait Mary Darling, elle était la mère d'une belle fratrie et elle travaillait à l'entretien. Celle qui avait le moins parlé était un petit bout de femme à la chevelure blonde, elle avait l'air assez naïve et elle ne devait pas avoir plus de 20 ans. Elle répondait au nom de Tinker Bell et Emma se demanda comment quelqu'un à l'air si innocent pouvait bien s'être retrouvé derrière les barreaux. Celle qui attendrit le plus la blonde fut la bonne sœur Blue. C'était une femme pas bien grande, elle avait la voix douce et rien qu'à ses yeux en permanence larmoyants, Emma comprit qu'elle devait en avoir gros sur la conscience.
A 21h précise, une sonnerie retentit, signe qu'il était l'heure du comptage. Emma imita Blanchard et se plaça devant la porte de leur cellule, dos au mur. Elles devaient attendre là sans bouger qu'un gardien passe pour les compter puis qu'un second passe à sa suite pour confirmer le compte.
Alors qu'elle attendait patiemment que le premier gardien arrive, un gros bouton rouge placé sur le mur d'en face attira l'œil d'Emma.
« C'est quoi?, demanda-t-elle à Mary-Margaret en le pointant du doigt.
- Ça c'est le bouton d'alerte, je ne sais pas si tu as remarqué mais il y en a un dans chaque pièce de la prison. Surtout tu ne dois JAMAIS appuyer dessus, l'informa-t-elle.
- Pourquoi ?, interrogea Emma en fronçant les sourcils.
- Parce que sinon tu auras des ennuis, de gros ennuis.»
Emma n'eut pas le temps de poser plus de questions que le premier gardien, Belfrey, passa pour faire le comptage, rapidement suivit de Nolan. La blonde ne loupa pas le petit clin d'œil que le gardien lança à Blanchard.
Une seconde sonnerie retentit, signe que le comptage était fini et que les détenues devaient rentrer dans leur cellule.
« Je suppose que tu ne veux pas parler du gardien qui te fait les yeux doux, taquina Emma en s'affalant sur son lit.
- Non, on peut parler de ce que tu veux mais pas de ça, répondit aussitôt Mary-Margaret.
- D'accord, alors parle moi de la Soeur Blue, elle a le visage tellement triste, est-ce que tu sais ce qu'elle a fait ?, demanda la blonde.
- Oui je sais ce qu'elle a fait, répondit Blanchard, Enfin je ne suis pas sûre, elle n'en parle jamais alors tout ce que j'ai ce sont des rumeurs, prévint-elle.
- Dis toujours, insista Emma.
- Elle était alcoolique, ça je le sais, commença Mary-Margaret, Et un soir, alors qu'elle sortait d'un bar pour retourner au couvent, elle conduisait complètement ivre et elle aurait renversé une petite fille, la tuant sur le coup.
Emma resta figée un instant dans son lit. Elle comprenait mieux l'affreuse culpabilité que la Soeur Blue semblait porter sur ses épaules. La blonde avait fait beaucoup de bêtises tout au long de sa vie sans vraiment s'en sentir coupable, mais tuer un enfant, elle le savait, jamais elle n'aurait pu se le pardonner.
- C'est horrible, finit-elle par lâcher dans un souffle.
- Ça tu peux le dire. », confirma Mary-Margaret.
Ce furent les dernières paroles qu'elles s'échangèrent ce soir là. Blanchard se plongea dans son bouquin alors que, fixant le plafond, Emma se plongea dans ses pensées.
Cette première journée avait été riche en émotions, bonnes comme mauvaises, mais au final, la seule chose qui lui restait en tête au moment de se coucher fut la pensée que pendant les 15 mois à venir, elle ne serait pas là pour dire bonne nuit à son petit garçon et pour lui lire les contes qu'il adorait tant entendre avant de s'endormir.
Alors pour se consoler, Emma s'accrocha au fait que Samedi il venait lui rendre visite. Plus que quelques jours et elle pourrait tenir son petit Henry dans ses bras.
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A 9h le lendemain matin, Emma attendait sagement devant sa cellule que le responsable de l'entretien vienne la chercher.
Ce fut avec vingt bonnes minutes de retard et une haleine à réveiller un mort qu'un homme pas très grand, avec une pilosité plus importante au niveau de la barbe qu'au niveau du crâne, se montra.
« Tu dois être Swan, moi c'est Leroy, je gère l'entretien, se présenta-t-il l'air grincheux, Tiens ton planning et viens avec moi je vais te montrer le local avec le matériel. »
Emma le suivit sans broncher, le regard concentré sur son emploi du temps. Elle devait principalement faire le ménage dans les douches, dans la bibliothèque, dans la cantine et dans...le bureau de la directrice.
« Attendez je vais devoir faire le ménage dans le bureau de madame Mills tous les jours ?!, s'étonna-t-elle tout haut.
L'homme ricana.
- Oui Mills est une grande maniaque, elle veut que tout soit impeccable tout le temps, répondit-il, Je suis bien content de m'en débarrasser.
- Parce que c'est vous qui le faisiez normalement ?
- Oui, avant c'étaient des détenues qui s'en occupaient, mais un jour une idiote à moitié défoncée l'a agressée et depuis c'est moi qui doit m'occuper du ménage de madame.»
Emma écarquilla les yeux.
« Mais cette salope a réduit mes heures alors il n'est pas question que je continue à me coltiner sa merde, rajouta-t-il en grommelant.
Emma s'esclaffa.
- Alors si je comprends bien mon arrivée à l'entretien tombe à pic pour vous, grâce à moi vous vous débarrassez de la Méchante Reine?
- C'est exactement ça Swan, répondit-il l'air satisfait, Maintenant prends ce chariot et cette carte magnétique pour aller dans le couloir de l'administration, et suis ton planning. A la fin de la journée tu me ramènes le charriot et la carte et je verrouille le local.
- C'est tout ? Vous n'avez pas d'autres indications à me donner ?, demanda-t-elle surprise qu'il ne lui donne pas de règles à suivre.
- Pas d'autre indication. Tiens-t-en à ton planning et fais en sorte que ça soit propre. », termina Leroy en baillant et en envoyant par la même occasion un immonde relent de Ricard aux narines d'Emma.
La blonde regarda de nouveau son planning pour voir dans quelle pièce elle devait commencer.
« Génial... », souffla la jeune femme pour elle-même en lisant "bureau de la directrice".
Elle poussa son chariot jusqu'à la porte vitrée qu'elle ouvrit grâce à sa carte, puis elle continua d'avancer jusqu'à la porte vernie de noir. Elle toqua.
« Entrez.», répondit la voix de Mills.
Emma ouvrit la porte et entra dans le bureau à la suite de son charriot.
« Miss Swan ?, s'étonna la femme, Mais qu'est-ce que vous faites ici ?!
- Bonjour à vous aussi madame Mills, je suis ravie de vous voir, répondit ironiquement la blonde.
- Je ne plaisante pas, qu'est-ce que vous faites ici avec l'un des charriots de l'entretien ?, insista la brune.
Emma, agacée par l'accueil désagréable de la directrice, se décida à continuer dans le sarcasme.
- Qu'est-ce que je viens faire dans votre bureau avec un charriot d'entretien ? Je ne sais pas. Je me suis dis, tiens Emma, pourquoi tu n'irais pas passer un peu de bon temps en charmante compagnie –
- Ne jouez pas à la maligne avec moi Miss Swan, la coupa Regina en levant les yeux au ciel, Je vais réitérer ma question, qu'est-ce que vous faites ici alors que c'est Leroy qui se charge du ménage dans mon bureau ?
- Vous voulez quelle version ? Celle où j'arrondie les angles ou la version exacte ?, demanda Emme en s'appuyant sur son charriot.
- La version exacte évidemment.
- D'accord, alors pour citer ses mots exactes..., commença-t-elle, Cette salope a réduit mes heures alors il n'est pas question que je continue à me coltiner sa merde. », énonça-t-elle en tentant une imitation bancale de Leroy.
Emma vit très vite au visage de Regina qu'elle n'était absolument pas amusée par la situation.
« Ce sont ses mots, pas les miens, se sentit obligée de préciser la blonde.
- Je sais bien Miss Swan, répondit-elle d'une voix neutre et qui pourtant révélait un peu de son énervement, Quand vous le verrez, vous direz à notre cher ami Leroy qu'il n'est pas autorisé à envoyer une détenue dans le bureau de la directrice sans qu'elle ne l'ait autorisé au préalable. Et vous rajouterez qu'il ne peut s'en prendre qu'à lui même si ses heures ont été réduites. Je ne vais certainement pas payer cet ivrogne pour les heures qu'il passe à décuver dans le local d'entretien, gronda-t-elle.
La blonde comprit qu'elle ne s'était pas trompée sur l'odeur nauséabonde de Ricard que dégageait l'homme.
- D'accord, acquiesça-t-elle, Vous voulez que je m'en aille du coup ?, préféra demander Emma.
La directrice regarda la détenue de bas en haut de longues secondes tout en réfléchissant à sa réponse.
- Non, vous pouvez rester. C'est vous qu'il a assigné à toutes mes heures de ménage ?
- Oui, répondit Emma, Et si ça peut vous rassurer, je ne compte pas vous sauter dessus...»
Regina fit de grands yeux et la blonde comprit sa gaffe.
« Pour vous agresser, je ne compte pas vous sauter dessus pour vous agresser, s'empressa-t-elle d'ajouter pour rattraper son allusion involontaire.
Mills leva les yeux au ciel.
- Je dois donc en conclure qu'en plus de vous envoyer dans mon bureau sans autorisation, Leroy s'est aussi amusé à vous raconter des choses qui ne vous regarde absolument pas, souffla-t-elle en n'essayant même plus de cacher son énervement envers l'homme.
- Il ne m'a rien dit de plus, je n'ai eu droit à aucun détail si ça peut vous rassurer, dit-elle.
- C'est parce qu'il n'y a en fait pas grand chose à dire. C'était une junkie, elle avait fabriqué une arme avec une lame de rasoir et une brosse à dent, et elle a tenté de m'attaquer avec lorsque j'avais le dos tourné, confia la directrice d'une voix désintéressée qui montrait clairement que l'agression ne l'avait pas traumatisée.
- Et c'est elle qui vous a fait cette cicatrice ?, demanda Emma sans réfléchir en touchant sa propre lèvre supérieure.
La blonde vit le regard de la brune se voiler le temps d'une seconde.
- Non ce n'est pas elle..., répondit Regina en essayant de tempérer sa voix.
Emma se sentit mal d'avoir posé cette question, mais la brune n'eut aucun mal à se ressaisir pour revêtir son armure de glace.
- Je suis désolée, je n'aurais pas dû...
- Taisez vous maintenant et contentez-vous de faire votre travail Miss Swan. », exigea madame Mills d'une voix glaciale en la coupant.
Emma obéit et s'appliqua à faire minutieusement le ménage dans l'immense bureau. Tout au long de l'heure, elle multiplia les petits coups d'œil à la femme, qui de son côté, l'ignora complètement.
A force de regarder la brune, Emma finit par remarquer que son annulaire gauche portait une magnifique bague en or ornée d'un diamant d'une taille indécente. La blonde s'amusa alors à imaginer le mari de la directrice.
Un homme, la petite quarantaine, très charismatique, toujours vêtu d'un costume et travaillant dans la finance. Il était souvent en déplacement mais il s'assurait de rentrer à la maison tous les week-ends pour aller dans un restaurant gastronomique hors-de-prix avec sa femme. C'était exactement au bras de ce genre d'homme qu'elle l'imaginait. Elle ne voyait pas d'autre possibilité envisageable pour Regina Mills.
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Le reste de la journée se passa plutôt bien pour Emma qui, absorbée par son ménage, ne vit pas le temps passer. Le travail était moins ingrat que ce qu'elle avait imaginé, la plupart des pièces étaient plutôt bien tenues, et pour son plus grand plaisir, elle n'avait pas eu à s'occuper des sanitaires aujourd'hui.
Quand elle eut fini, elle ramena le charriot et la carte magnétique au local et elle omit volontairement de rapporter à Leroy le petit discours de Mills. Emma rejoignit ensuite la salle de télévision où Mary-Margaret lui avait donné rendez-vous avant qu'elles aillent diner.
Elle rentra dans la pièce et fut surprise d'y trouver autant de monde. Une seule place était encore libre, celle que Blanchard lui avait gardé, au premier rang entre elle et Ruby. Emma s'y installa et discuta de sa journée avec les deux brunes jusqu'à ce que plusieurs doigts se pointant vers la télévision attirent leur attention.
Sur l'écran où passait les informations du jour d'une chaîne locale, la photo d'un homme tenant à son bras madame Mills était affichée.
« En ce 3 juin, le nouveau maire de StoryBrooke vient d'être élu. Léopold King, posant ici aux côtés de sa femme... »
La voix continua de parler mais Emma n'en écouta plus un mot. Elle savait qui était Léopold King, il était connu à l'échelle de la ville pour être la deuxième plus grosse fortune après Gold, mais au contraire de ce dernier, King avait plutôt bonne réputation à StoryBrooke. Cela expliquait d'ailleurs le fait qu'il vienne d'être élu maire. Elle resta cependant stupéfaite de trouver Regina à son bras.
La femme devait avoir une petite trentaine d'année, lui la soixantaine bien entamée.
Elle était tout simplement sublime, et à côté d'elle, le physique modeste de l'homme dénotait complètement.
Elle était le genre de personne à vous captiver d'un seul regard, lui au contraire semblait avoir le charisme d'une huitre.
Elle était à la fois le feu et la glace, lui à côté n'était que poussière.
Non, ce n'était définitivement pas le genre d'homme au bras duquel elle imaginait Regina Mills.
« Je te l'avais bien dit Boucles d'or, 100% hétéro, taquina Ruby en voyant l'air toujours choqué d'Emma.
- Ce n'est pas ça qui me choque, répondit Emma.
- Ce qui te choque c'est qu'elle soit mariée à un vieil homme sans aucun charme c'est ça ?
- C'est exactement ça, confirma la blonde.
- Moi ça ne me surprends pas, affirma Ruby, Tu penses que c'est avec son salaire de directrice de prison qu'elle se paye ses escarpins à semelles rouges ? », plaisanta-t-elle.
L'argent. Ruby devait avoir raison. Aux yeux d'Emma, seul l'argent pouvait justifier le mariage entre cet homme et Regina Mills.
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La troisième journée d'Emma en prison se déroula à l'image de la seconde, sans encombre. Ses heures de ménage lui avaient cependant paru plus longues. Il faut dire que nettoyer les douches et les toilettes était une tâche légèrement plus ardue que de passer la serpillère sur le sol de la bibliothèque. Néanmoins, la blonde s'était plutôt bien débrouillée et s'apprêtait maintenant à entamer sa dernière heure de la journée qui consistait à nettoyer le bureau de la directrice.
Elle poussa son charriot, ouvrit la porte vitrée avec sa carte magnétique, repoussa le charriot, toqua à la porte, n'entendit pas de réponse, mais ouvrit tout de même.
Elle allait rentrer en saluant madame Mills mais elle fut bloquée dans son élan, complètement figée sur place par le scène qui se déroulait sous ses yeux.
Regina Mills était assise sur son bureau, les jambes écartées, sa jupe remontant légèrement sur ses cuisses, les mains posées de part et d'autre de ses hanches sur le marbre blanc, la tête penchée en arrière. La femme n'était pas seule. Un homme, un gardien, Graham Humbert, lui tenait compagnie. Il était debout, positionné entre les jambes de la brune. Ses mains se baladaient dans le dos de la femme alors que sa bouche dévorait le cou qu'elle lui offrait de bon cœur.
En les voyant continuer comme si elle n'était pas là, Emma comprit que ni l'un ni l'autre ne l'avaient entendu frapper à la porte. Elle aurait dû partir aussi vite qu'elle était arrivée, elle aurait dû ne pas attendre rien qu'une seconde avant de prendre la fuite. En effet elle aurait dû, mais elle en fut complètement incapable.
Emma, bien malgré elle, était captivée par le spectacle qui se déroulait dans le bureau de la directrice. Elle n'avait d'yeux que pour Regina, que pour la femme qui pourtant encore toute habillée, lui offrait l'une des images les plus érotiques qu'elle n'avait jamais vu.
Elle ne resta qu'une ridicule poignée de secondes à la regarder, mais elle jura qu'elle aurait pu y passer l'éternité.
Ce qu'elle voyait la glaçait et provoquait en même temps une chaleur ardente dans son bas-ventre.
Contre toute attente, la glace finit par prendre le dessus sur le feu dès l'instant où les prunelles vertes rentrèrent en contact avec les orbes chocolat...
