Une vive douleur transperçait sa tempe. Des voix bourdonnaient autour d'elle. Emma se réveillait doucement et difficilement. Elle essaya d'ouvrir les yeux mais la luminosité fut trop forte alors elle les referma directement.

«Regardez qui revient parmi nous.», sonna une voix qu'elle ne connaissait que trop bien.

Elle réouvrit les yeux, affrontant de plein fouet l'intense lumière blanche qui éclairait l'infirmerie. Malgré sa vision floue, elle n'eut aucun mal à reconnaitre la silhouette d'où provenait cette fameuse voix.

« Je vois que vous n'êtes pas parvenue à éviter les problèmes bien longtemps Miss Swan. », piqua madame Mills.

Emma voulut lever les yeux au ciel mais elle en fut incapable. Son mal de tête était tellement puissant qu'elle fut contrainte de refermer ses paupières.

« Je vous veux dans mon bureau dès l'instant où vous passerez les portes de cette infirmerie. », exigea Regina avant de tourner les talons.

Emma entendit vaguement la voix de la femme alors qu'elle commençait à doucement retomber dans le sommeil.

--

Lorsqu'elle se réveilla le lendemain matin, sa douleur à la tête s'était nettement estompée et elle n'eut aucun mal à ouvrir les yeux.

« Bonjour Emma, la salua Belle avec un grand sourire, Vous vous sentez bien ? Le réveil n'est pas trop difficile ?

- Non non ça va, répondit-elle de sa voix encore endormie, J'ai juste un peu mal là, ajouta Emma en amenant sa main pour toucher son sourcil.

- Non ne touchez pas !, intervint l'infirmière, Vous avez des points de suture, votre arcade sourcilière était ouverte. »

En voyant les gros yeux d'Emma, elle comprit que la blonde ne se souvenait plus de rien.

« Vous ne vous rappelez pas de ce qu'il s'est passé ?, interrogea Belle.

- Non, le dernier souvenir que j'ai c'est d'être retournée dans ma cellule parce que je voulais aller me coucher, répondit-elle.

- Quelqu'un vous a agressé dans votre cellule Emma, expliqua l'infirmière, C'est votre codétenue qui vous a retrouvée. Vous étiez inconsciente, allongée à côté du lit. »

Les souvenirs lui revinrent doucement en mémoire.

« Votre arcade était ouverte, mais la plaie était superficielle, continua Belle, Vous avez eu un petit traumatisme crânien mais rien de bien grave alors on va vous garder en observation toute la matinée mais après ça vous pourrez y aller. Vous n'avez pas de douleurs particulières ?

- Non ça va, j'ai un peu mal à la tête mais c'est léger... et au moins j'ai encore mes deux mains, plaisanta-t-elle en les secouant.

L'infirmière fronça les sourcils ne comprenant pas la réflexion de la blonde.

- Vous n'avez vraiment aucun souvenir de l'agression ? Vous n'avez aucune idée de qui a pu vous faire ça ?, demanda-t-elle.

- Je me rappelle que j'étais de dos et qu'une main m'a attrapée par les cheveux, mais je n'ai pas vu qui c'était, répondit Emma, Même si j'ai ma petite idée sur l'identité de l'agresseur, ajouta-t-elle pour elle-même à voix basse.

- Tenez, dit Belle en lui tendant un petit miroir, Comme ça vous pouvez constater les dégâts vous-même. »

Emma écarquilla les yeux en voyant son reflet.

Sept points de suture recousaient son arcade alors qu'un énorme hématome recouvrait tout le tour de son œil et une bonne partie de son front. Le coquard qu'elle avait fait à Breaburn était bien ridicule à côté de celui qui reposait maintenant sur son propre visage.

La garce ne l'avait pas loupée.

--

« Vous pouvez y aller Emma, mais à la moindre douleur alarmante vous devez revenir me voir, précisa Belle, Et n'oubliez pas que madame Mills vous attend dans son bureau, alors vous feriez mieux de ne pas trop la faire attendre. »

Que pouvait bien lui vouloir Regina Mills?

Elle allait bientôt le découvrir.

Emma traversa la prison pour se rendre jusqu'au bureau de la directrice mais, n'ayant pas de carte magnétique, elle se retrouva coincée devant la porte vitrée du couloir de l'administration. Elle souffla d'agacement et s'apprêta à repartir chercher un gardien quand elle entendit un bruit de talons résonner derrière elle. Il fut rapidement suivi de la voix légèrement grave et terriblement séduisante de madame Mills.

« Miss Swan, je suis impressionnée de voir que vous avez réussi à faire le trajet de l'infirmerie à mon bureau sans vous attirer encore davantage d'ennuis, railla Regina.

- Je suis flattée d'arriver à vous impressionner Majesté, répondit Emma.

La brune leva les yeux au ciel au surnom mais ne put cacher aux yeux verts le léger sourire qui prit place l'espace d'un instant sur ses lèvres charnues.

- Suivez-moi. », indiqua-t-elle en ouvrant la porte vitrée.

La blonde obéit et marcha dans les pas de la femme qu'elle ne put s'empêcher de reluquer. Dans sa robe noire et moulante, perchée sur ses hauts escarpins et avançant de sa démarche fière, Regina était une véritable déesse aux yeux d'Emma. Jamais elle n'avait regardé quelqu'un de la manière dont elle regardait madame Mills. Ne pouvant se contrôler, elle la bouffait des yeux. Quoi qu'elle fasse, son regard était toujours irrémédiablement attiré par cette femme et par tout ce qui la composait. Que ce soit sa bouche rouge et pulpeuse, sa silhouette parfaitement galbée, ses prunelles sombres et brûlantes ou encore ses élégantes et fines mains, tout chez Regina trouvait grâce aux yeux d'Emma.

« Alors Miss Swan, racontez-moi ce qu'il s'est passé, dit la directrice.

La voix de Regina la fit brusquement sortir de sa contemplation. Elle était tellement absorbée par le physique de la femme qu'elle n'avait même pas remarqué qu'elles étaient maintenant toutes les deux installées sur les sièges autour du bureau en marbre blanc.

- Euh..., commença-t-elle d'une voix hésitante, J'étais dans ma cellule entrain de me changer quand j'ai entendu quelqu'un rentrer. J'étais de dos à la porte et je pensais que c'était Blanchard, mais quand je lui ai parlé et qu'elle ne m'a pas répondu, j'ai compris qu'il y avait un problème. Sauf que je n'ai pas eu le temps de me retourner que j'ai senti une main m'attraper par les cheveux... et puis c'est le trou noir.

Regina arqua un sourcil.

- Vous n'avez donc pas vu qui vous a agressé ?, demanda-t-elle septique.

- Non, je n'ai rien vu, confirma Emma.

- Vous n'avez vraiment rien vu du tout? Rien entendu ?, insista Regina.

- Rien du tout, répéta la blonde.

- Et pourtant nous savons aussi bien l'une que l'autre que c'est Breaburn qui vous a fait ça, affirma la brune.

- Non je ne pense pas que ça soit-elle, répondit directement Emma en ayant conscience qu'elle n'arrangerait pas son cas si elle devenait une balance aux yeux des autres détenues.

- Ah bon ?, s'étonna la directrice, Vous avez déjà réussi à vous faire d'autres ennemies ?

- Non... pas que je sache, répondit vaguement la blonde.

- Alors qui d'autre que Breaburn a bien pu vous agresser ?, demanda-t-elle.

- Je ne sais pas, dit simplement Emma.

Regina fronça les sourcils en comprenant que la blonde n'était clairement pas décidée à lui en dire davantage.

- Vous me cachez quelque chose Miss Swan, affirma la directrice.

- Non.

- Si, je pense que vous savez très bien qui vous a agressé mais que vous couvrez cette personne. Vous n'avez peut-être pas vu votre agresseur mais vous savez aussi bien que moi que c'est Breaburn parce qu'elle a sûrement dû vous menacer dès l'instant où elle est sortie du quartier d'isolement. Seulement vous n'osez pas la dénoncer de peur d'être perçue comme une rapporteuse par le reste de la prison.», énonça Regina.

Emma écarquilla les yeux devant l'exactitude presque effrayante des propos de la directrice.

«Je me trompe Miss Swan ?, demanda-t-elle avec sa petite expression suffisante.

- Oui madame Mills, mentit-elle, Je ne sais pas d'où vous viennent toutes ces idées absurdes, mais en tout cas sachez qu'elles sont fausses. Breaburn ne m'a pas menacée et je n'ai aucune idée de qui m'a agressée.»

Regina leva les yeux au ciel, sachant pertinemment que la blonde lui mentait. Seulement même en insistant, la femme doutait fortement de pouvoir retirer le moindre aveu de la bouche de la détenue. Elle se décida alors à jouer de ses charmes pour déstabiliser Emma tout en gardant en tête l'infime espoir de la faire parler.

La brune, après s'être levée, se pencha au dessus du bureau jusqu'à ce que son visage se rapproche largement de celui de la blonde. Elle vit les yeux verts se perdre sur son corps avant de venir finalement s'aligner aux siens. Elle vint ensuite lentement glisser un doigt sous le menton d'Emma, observant ainsi avec une grande satisfaction la jeune femme se figer sous le contact. Elle se délecta de l'effet qu'elle pouvait lui faire en n'en faisant si peu.

«Miss Swan, susurra-t-elle, Dites-moi qui a abîmé votre jolie bouille d'ange ?»

Emma en eut la chair de poule. Elle fut presque effarée que la voix légèrement grave et les orbes ténébreux de la brune suffisent à lui provoquer une telle réaction. Plus aucun doute ne planait sur le fait que le physique et l'attitude de madame Mills lui étaient irrésistiblement attirants.

Regina ne perdit pas une miette du trouble qu'elle venait de causer chez la blonde et elle reprit place sur son fauteuil en cuir avec un grand sourire étincelant aux lèvres.

La détenue, libérée du fardeau que représentait le doigt de la directrice posé sur son menton, se rendit compte qu'elle devait rebondir. Elle ne pouvait pas la laisser lui clouer le bec au moindre de ses coups de charme.

«Parce que vous me trouvez jolie ?, répliqua-t-elle rapidement avec un petit sourire espiègle.

Regina leva les yeux au ciel. Si elle avait cette espèce d'emprise sur la jeune femme, cette dernière arrivait quand même à rebondir à chaque fois. Elle avait beau être sensible à ses charmes, Emma Swan revenait toujours à la charge. C'est d'ailleurs sans aucun doute ce qui plaisait à la brune.

- Ne vous emballez pas Miss Swan, c'était une simple façon de parler, souffla-t-elle.

- Alors vous ne me trouvez pas jolie ?, demanda Emma en mimant une expression exagérément vexée, Je sais que vous mentez et que vous pensez vraiment que j'ai un joli visage d'ange. Et je sais ça grâce à mon...

- A votre super-pouvoir, oui je sais, la coupa Regina en roulant des yeux.

- Ah! Donc vous admettez enfin que j'ai un super-pouvoir et donc par conséquent vous avouez que vous trouvez vraiment que j'ai un visage d'ange, enchaîna la blonde.

- Vous êtes une enfant Miss Swan, soupira la directrice.

- Une jolie enfant au visage d'ange, corrigea Emma en prenant son expression la plus angélique.

Qu'est-ce qu'elle pouvait trouver cette blonde agaçante.

- Avec cet énorme cocard et ces vilains points de suture sur l'arcade, croyez-moi quand je vous dis que vous n'avez plus rien de jolie Miss Swan, rétorqua la femme.

Emma fit une moue boudeuse.

- Ce n'est pas très gentil ça madame Mills...

- Il faut croire que je ne suis pas la Méchante Reine pour rien, ironisa Regina.

- Oui il faut croire que les autres doivent avoir raison, appuya Emma.

- Heureuse de vous voir l'admettre, dit-elle avec un grand sourire qui révélait toutes ses dents, Tenez vous devez remplir ce rapport d'incident, enchaina-t-elle en tendant une fiche à Emma.

- A quoi ça sert ?, demanda la blonde en se saisissant du document.

- Pas à grand chose comme vous ne voulez pas dénoncer l'agresseur, répondit Regina.

- Et pourquoi est-ce que je dois remplir ce rapport alors ?

- Parce que c'est le protocole à suivre après un incident ayant conduit à des soins à l'infirmerie, informa la brune, La prochaine fois, tâchez d'identifier l'agresseur avant de tomber dans les pommes Miss Swan et ce rapport d'incident pourra être plus utile, taquina-t-elle.

- Il n'y aura pas de prochaine fois madame Mills, certifia Emma, Maintenant je reste vraiment loin des problèmes.

Un rire moqueur se fit entendre.

- Il me semble que ce n'est pas la première fois que j'entends ces mots sortir de votre bouche Miss Swan, dit-elle d'une voix amusée, Alors ne m'en voulez pas si j'ai beaucoup de mal à vous croire.

- Mais ce n'était pas de ma faute cette fois !, se défendit-elle en se redressant dans son siège.

- Si vous aviez fait moins de bruit dès votre arrivée pour une stupide histoire de tarte aux pommes, vous ne collectionnerez pas les problèmes comme vous le faites aujourd'hui, la sermonna Regina.

- Vous dites ça madame Mills, mais je suis sûre que pour une part de la tarte de Granny vous auriez fait exactement la même chose, répliqua la blonde.

- J'en doute fortement Miss Swan, peu importe à quel point j'aime les pommes et à quel point la recette de Granny est succulente, je n'irai certainement pas me battre pour en avoir une part, contredit la directrice.

- C'est vrai que vous avez beaucoup trop de classe pour vous abaisser à ça Majesté, dit-elle ironiquement.

- Exactement Miss Swan, répondit la femme avant de rajouter, Et c'est madame Mills, pas Majesté.

Emma pencha légèrement la tête sur le côté tout un affichant un air taquin.

- Peut-être, mais je préfère Majesté..., provoqua-t-elle.

- Et moi je préférais vous appeler détenue numéro 298 et pourtant je fais l'effort de vous appeler par votre nom Miss Swan, répliqua la brune en regardant le badge de la blonde.

- Pourquoi Miss et pas Mademoiselle ?, questionna alors Emma.

C'était une bonne question à laquelle Regina n'avait songé. Pourquoi avait-elle troqué son habituel "Mademoiselle" contre ce soudain "Miss" quand elle s'adressait à Emma Swan ?

- Je n'en ai pas la moindre idée, répondit-elle honnêtement, Parce que ça vous va bien je suppose.

La blonde fronça les sourcils.

- Vous êtes entrain de me dire qu'il n'y a que moi que vous appelez Miss ?, s'étonna-t-elle.

- Oui, avoua Regina en ayant du mal à comprendre cette exception d'usage qu'elle réservait uniquement à la blonde.

- J'en suis presque flattée madame Mills, minauda Emma.

- A ce point ?, soupira la brune en levant les yeux au ciel.

- Bien sûr, répondit-elle avec un petit sourire malin, Vous n'imaginez pas l'honneur que cela représente venant de votre part Majesté.

- Madame Mills, corrigea immédiatement la femme.

Emma plongea ses prunelles vertes dans celles chocolat de Regina.

- Pourquoi refuser ce surnom alors qu'il vous va comme un gant ?, articula la blonde.

- Par principe Miss Swan, expliqua la brune, Dois-je vous rappeler que vous êtes une détenue et que je suis la directrice? Vous n'avez aucunement le droit de me donner un surnom.

- Pourtant tout le monde vous donne celui de Méchante Reine et cela ne semble pas vous déranger, répliqua Emma, Et je peux vous jurer que Majesté vous va bien mieux.

Regina s'esclaffa.

- Visiblement les dix jours passés dans cet établissement ne vous ont toujours pas suffi à intégrer mon titre de Méchante Reine, remarqua la femme.

- Non parce qu'il ne vous correspond pas du tout, dit Emma, Alors laissez-moi vous appeler Majesté à la place.

Un discret sourire se dessina sur les lèvres de Regina, mettant un peu plus en valeur la fine cicatrice qui creusait sa peau.

- Restez sur le madame Mills, exigea la directrice, De toutes façons il ne faudra sans doute plus longtemps avant que vous compreniez que le Méchante Reine me sied parfaitement.

- J'en doute fort Majesté, répondit la blonde avec insolence.

- Attendez un peu et on en reparlera, insista Regina, Maintenant taisez-vous et remplissez ce rapport détenue 298.», piqua la brune en retour.

Emma réprima un petit sourire et commença à remplir la fiche.

Pendant que la détenue s'appliquait à méticuleusement mettre ses souvenirs par écrit, la directrice la regarda avec attention. Sa belle et longue chevelure blonde, ses yeux verts où régnait en permanence une étincelle de malice et son joli petit minois maintenant bien abîmé. L'entaille tout juste refermée qui suivait l'arc de son sourcil et l'énorme bleu qui l'entourait tâchaient vilainement le visage de la femme.

Si Regina devait bien avouer que la blonde était d'habitude plutôt agréable à regarder, elle était forcée de constater que Breaburn était parvenue à bien l'amocher.

Emma ne remarqua pas le regard de la brune sur elle et se contenta de lui rendre le rapport complété. Les yeux bruns parcoururent attentivement le compte rendu écrit par la blonde.

«Et bien Miss Swan, j'ai tout ce qu'il me faut alors je ne vous retiens pas plus longtemps, vous pouvez y aller, autorisa Regina en relevant son regard vers Emma.

- Alors à tout à l'heure pour votre heure de ménage Majesté, répondit-elle en se levant.

- J'ai annulé toutes vos heures de ménage de l'après-midi, informa la femme, Alors reposez-vous bien et revenez-moi en forme demain.

Emma haussa les sourcils.

- Parce que la Méchante Reine se soucie du bien-être de ses sujets ?, charia-t-elle.

Regina leva les yeux au ciel.

- Non, la Méchante Reine se soucie uniquement que son ménage soit bien fait, rétorqua la brune.

- Je m'appliquerai à le faire correctement alors, répondit Emma avec un petit sourire, A demain Majesté.

- Madame Mills, corrigea une fois de plus la directrice.

- Je préfère Majesté, répéta la blonde en ouvrant la porte.

- Vous l'avez déjà dit Miss Swan mais...

- Alors tâchez de le retenir, la coupa Emma, Au revoir Majesté !», ajouta-t-elle en quittant le bureau pour ne pas laisser l'occasion à la brune de répliquer.

La porte se referma.

«Au revoir Miss Swan.», soupira Regina avant de se replonger dans son travail avec un léger sourire en coin. Cette jeune femme avait beau être agaçante et complètement sous son charme, elle avait également du cran, et la directrice aimait ça.

C'est avec un grand sourire aux lèvres que la détenue s'éloigna du bureau de la brune. Elle avait enfin réussi à avoir le dernier mot. Certes elle avait dû sortir de la pièce pour cela, mais Emma savourait tout de même cette petite victoire sur la directrice.

Si elle était déjà d'une nature effrontée, la blonde ne pouvait nier que Regina Mills avait le don d'accentuer ce trait chez elle. Sans vraiment comprendre pourquoi, et sans d'ailleurs chercher à le comprendre, Emma appréciait particulièrement taquiner cette femme qui le lui rendait bien.

--

«Emma !, s'exclama Blanchard en retournant dans sa cellule, Je ne savais pas que tu étais sortie de l'infirmerie.

La blonde qui dormait jusque là se redressa brusquement dans son lit, aux aguets, puis quand elle vit sa codétenue elle se détendit directement et se laissa retomber sur son matelas.

- Je suis sortie à midi, répondit-elle en baillant lourdement.

- Tout va bien ?, s'inquiéta Mary-Margaret, Tu n'as rien eu de grave ?

- Non rien de grave, je suis juste défigurée maintenant, plaisanta la blonde en se tournant vers Blanchard pour lui faire état des dégâts.

- Ça va ma belle, rassura la brune aux cheveux courts, Dis-toi que tu faisais beaucoup plus peur à voir hier soir.

- Je n'en doute pas, rigola Emma, Breaburn ne m'a pas loupée, mais au moins je suis toujours entière.

- Pour l'instant, mit en garde Mary-Margaret.

La blonde fronça les sourcils.

- Comment ça pour l'instant ?!

- D'après Ruby, Breaburn est loin d'en avoir fini avec toi, expliqua-t-elle, Là elle s'est juste vengée pour le cocard, mais je ne pense pas qu'elle se soit assez défoulée. Elle n'a pas l'air d'avoir digéré le séjour au trou et encore moins les brimades des autres détenues depuis que tu l'as ridiculisé devant tout le réfectoire.

Emma souffla.

- Mais elle est complètement tarée !, s'énerva-t-elle, Je n'y peux quand même rien si elle m'a jeté ma tarte aux pommes à la figure !

- Non ce n'est pas de ta faute, confirma Mary-Margaret, On va dire que tu n'as pas eu de chance, tu es tombée sur la mauvaise personne dès ton arrivée et tu aurais mieux fait de te faire toute petite et de laisser passer au lieu de lui mettre directement ton poing dans la figure.

- J'aurai surtout mieux fait de la balancer à la directrice, soupira Emma.

- Non surtout pas !, s'exclama Blanchard, Dis-moi que tu n'as rien dit du tout.

- Je n'ai rien dit du tout, rassura la blonde, Mais je me demande si je n'aurais pas mieux fait. Au moins maintenant elle serait au trou et moi je n'aurais pas à regarder sans arrêt par dessus mon épaule en ayant peur qu'elle vienne me trancher la gorge.

- Non crois-moi que tu as vraiment bien fait de ne rien dire, répondit Mary-Margaret, Ce qu'elles font aux balances est bien pire qu'une simple arcade ouverte...»

--

Elles se dirigeaient en direction de la cantine pour aller dîner lorsqu'elles furent témoin au détour d'un couloir d'une scène qui retint leur attention.

«Qu'est-ce qu'elle fait ?, demanda Emma à voix basse.

- Je ne suis pas sûre mais si c'est ce que je crois et que d'autres filles l'ont vu, elle ne va pas faire long feu...», répondit Mary-Margaret.

La jeune Tinker Bell était entrain de parler à voix basse avec le gardien Humbert et cela sautait aux yeux que leur conversation était quelque peu compromettante. Graham était à l'affut du moindre témoin, mais pas assez apparemment. Avec de grands yeux, Emma et Mary-Margaret observèrent les deux protagonistes se séparer après que le gardien ait glissé dans la main de la détenue ce qui semblait être une barre de chocolat.

«Ça va Bell ?, l'interpella Mary-Margaret.

Tinker sursauta et s'empressa de cacher la barre de chocolat sous sa veste.

- Ça va très bien et toi ?, répondit-elle avec un sourire à moitié paniqué.

- Ça va. J'espère juste que tu n'es pas entrain de faire une belle bêtise...», déclara Blanchard avec une voix lourde de sens.

La petite blonde lui offrit un dernier sourire qui se voulait rassurant avant de prendre la fuite pour retourner dans sa cellule.

«Tu penses qu'elle faisait quoi ?, interrogea Emma qui n'avait pas tout compris.

- Elle balançait à Humbert, sur quoi je ne pourrai pas te dire, mais je suis quasiment sûre qu'elle était entrain de cafter, affirma-t-elle.

- Pourquoi tu penses ça ?, demanda la blonde.

- Parce que ce n'est pas la première fois qu'elle le fait. La dernière fois on s'est débrouillées pour la couvrir avec Darling et Boyde, mais si cette fois elle se fait chopper par l'une des filles on ne pourra plus rien pour elle.

- Mais pourquoi est-ce qu'elle fait ça ? Tu ne vas pas me faire croire qu'elle prend le risque de balancer juste pour des barres de chocolat, rigola Emma.

- Tu penses vraiment qu'il n'y avait que du chocolat dans cet emballage ?, se moqua Mary-Margaret, Il doit lui donner de la drogue.

- Mais elle peut en avoir par Granny ou De Vil de la drogue, répondit la blonde.

- Oui sauf que pour ça il faut de l'argent et elle n'en a pas, expliqua Blanchard, Ou alors il faut faire partie d'un des deux gangs, mais ni Granny, ni De Vil ne l'ont trouvée assez fiable pour la recruter.

- Et donc c'est Humbert qui la fournit ?

- Quand il a besoin d'informations oui, mais sinon elle se débrouille en payant en nature certaines détenues, raconta Mary-Margaret.

Emma grimaça.

- C'est horrible...

- Oui, une pauvre gamine a qui la vie n'a pas fait de cadeau.», commenta Blanchard.

Les deux femmes continuèrent ensuite leur chemin jusqu'au réfectoire et dès qu'elles passèrent les portes, les regards et les rires moqueurs fusèrent en direction d'Emma et de son visage contusionné. Elle vit Breaburn la regarder avec un air aussi triomphant que menaçant et la blonde dut alors user de tout la bonne volonté du monde pour ne pas courir lui mettre un pain.

Une fois qu'elles furent attablées et que l'attention portée à Emma fut quelque peu dissipée, il ne fallut pas longtemps à la blonde pour remarquer les petits regards que lançait le gardien Nolan à Mary-Margaret.

«Alors comment ça se passe avec David ?, taquina la blonde.

Les joues de Blanchard prirent une teinte de rouge.

- Il ne se passe rien du tout avec le gardien Nolan, rétorqua-t-elle les yeux rivés sur son assiette de petits pois.

- Maintenant que je vous ai surpris ça ne sert plus à rien de me mentir.», avança Emma, curieuse d'en savoir plus.

Mary-Margaret se prépara à répliquer. Elle n'en eut cependant pas besoin car l'arrivée d'une grande brune aux mèches rouges lui sauva la mise.

«Boucles d'or tu as l'air d'un vrai caïd avec ta cicatrice et ton gros cocard, se moqua Ruby.

- Trop drôle, marmonna Emma en levant les yeux au ciel.

Ruby continua à se moquer encore quelques secondes avant de revêtir un air plus sérieux et intéressé.

- Tu viendras me voir devant ma cellule dès que tu as fini de manger Boucles d'or. J'ai trouvé le service tu vas me rendre.», dit-elle avec un grand sourire.

--

«Assieds-toi, proposa Ruby en lui tirant une chaise.

- Alors, dis-moi tout, s'impatienta Emma qui redoutait déjà le service qu'elle allait devoir rendre.

- On est bien d'accord que tu t'occupes toujours de l'entretien dans le bureau de la Méchante Reine ?, s'assura la chez de gang.

- Oui... pourquoi ?, interrogea la blonde.

- Parfait, déclara-t-elle, Et quand est ta prochaine heure de ménage dans son bureau ?

- Demain matin à 9h pourquoi ?, demanda-t-elle en plissant les yeux.

- C'est nickel, plus vite ce sera fait, mieux ce sera, affirma la brune.

- Je t'avoue que je ne comprends pas vraiment ce que tu me demandes de faire...

- Celui qui gère l'entretien, Leroy, et bien c'est lui qui fournit les De Vil, expliqua-t-elle, Je l'ai surpris l'autre jour à parler d'un peu trop près avec Cruella.

- Ne me dis pas que c'est le surnom que tu donnes à De Vil !, s'esclaffa Emma.

- Si, ria la brune à son tour, Tu ne trouves pas que ça lui va parfaitement ?

- C'est vrai que c'est plutôt bien trouvé, admit Emma, Mais ça ne me dit pas quel est le rapport entre le service que je dois te rendre et Leroy et De Vil.

- Attends, je n'ai pas encore fini de t'expliquer, continua Ruby, Je veux le faire virer ou au moins faire pression sur lui pour qu'il arrête de les fournir. Alors j'ai eu une idée, tu vas me procurer son dossier comme ça j'aurai tous les renseignements nécessaires pour le faire chanter !, s'exclama-t-elle l'air ravie de son idée.

Emma soupira.

- Et je suppose que son dossier se trouve dans le bureau de la Méchante Reine ?, demanda-t-elle en connaissant déjà la réponse.

- Tu supposes bien, confirma Ruby, Et je suis sûre que la Méchante Reine est du genre à avoir un résumé détaillé de la vie de chacun des employés de cette prison avec son lot de détails compromettants. Donc tout ce que je te demande c'est de récupérer le dossier de Leroy pendant ton heure de ménage de demain matin.

Emma réfléchit un instant.

- Ça va être compliqué en sachant qu'elle ne quitte pas son bureau lorsque j'y suis, fit remarquer la blonde.

- Pas d'inquiétude Boucles d'or, répondit Ruby avec un grand sourire, J'ai déjà un plan tout trouvé...»

--

«Miss Swan, activez-vous, n'oubliez pas que vous avez le ménage de plusieurs jours à rattraper, rappela Regina qui voyait bien que la blonde était distraite et n'avait quasiment pas avancé en presque une heure de travail.

- Heureusement que tout était déjà propre alors..., marmonna sarcastiquement Emma.

Madame Mills arqua un sourcil.

- Je vous demande pardon ?, articula la brune.

- Je n'ai rien dit du tout Majesté, se rattrapa la détenue.

- Madame Mills, corrigea-t-elle, Il m'avait pourtant semblé vous entendre, répliqua Regina qui n'était pas dupe une seconde.

- Et bien vous avez mal entendu, répondit Emma de sa voix la plus désagréable.

La blonde était particulièrement tendue par ce qu'elle s'apprêtait à faire. Si elle se faisait prendre, elle le savait, elle risquait un second rapport et se rapprocherait alors dangereusement d'un hypothétique rallongement de peine.

- Vous n'êtes pas bien aimable en ce samedi matin Miss Swan, souligna la directrice, Une raison particulière ou vous êtes simplement quelqu'un de particulièrement ronchon ?»

Emma voulut répondre à la pique de Regina mais fut coupée dans son élan par trois coups frappés contre la porte vernie de noir. Elle prit alors une grande inspiration. Le plan était lancé.

«Entrez, raisonna la voix de la brune.

- Bonjour madame Mills, salua le gardien Jones après avoir ouvert la porte, Je vous amène Ruby, informa-t-il avant de sortir du bureau.

- Qu'est-ce que vous faites ici mademoiselle Lucas ?, demanda Regina déjà visiblement ennuyée par la présence de la détenue.

- Pourquoi est-ce que vous avez l'air agacée par ma venue ? Ça fait un moment que je n'ai pas eu le plaisir de venir vous rendre visite pourtant madame Mills, dit-elle avec son sourire amusé.

- Je ne suis pas agacée mademoiselle Lucas, déclara la directrice, Je suis plutôt ennuyée à vrai dire.

- Vous n'allez plus être ennuyée bien longtemps, rétorqua Ruby, Je suis connue pour être une personne assez divertissante madame Mills.

Regina leva les yeux au ciel.

- Venez en aux faits mademoiselle Lucas, exigea-t-elle, Pour quelle requête absurde venez vous encore me voir ?

- Je viens vous voir parce que j'ai besoin que vous veniez dans les cuisines avec moi, Betty est morte et..., commença Ruby.

- Betty ?!, demanda Regina en fronçant les sourcils, ne comprenant rien aux dires de la détenue.

- Oui le congélo, on l'a appelé Betty, expliqua brièvement la chef de gang, Il a rendu l'âme dans la nuit et maintenant on ne sait pas quoi jeter et quoi garder alors Granny m'a demandé de voir avec vous histoire qu'on n'empoisonne pas la moitié de la prison...

Regina soupira lourdement en se leva.

- Et vous n'êtes même pas capable de faire ça sans moi ?, s'agaça la brune en se dirigeant vers la porte, Miss Swan je vous laisse toute seule alors ne touchez à rien et occupez vous de faire la poussière sur ce meuble.», ordonna-t-elle en quittant la pièce, Ruby sur ses talons.

Emma fut impressionnée de la facilité avec laquelle la brune aux mèches rouges avait réussi à faire sortir la directrice de son bureau. Il faut dire que la panne du congélateur était tombée à point nommé pour vendre une excuse un minimum crédible à madame Mills.

Maintenant libérée de la présence de Regina, c'était à son tour de jouer.

Emma se dirigea vers le bureau et commença à précautionneusement fouiller dans les tiroirs, veillant à déplacer le moins de choses possibles. Faisant reflet au reste de la pièce, le bureau en marbre de la directrice était également parfaitement ordonné. Les tiroirs regorgeaient d'affaires et pourtant tout était impeccablement organisé. Le dernier tiroir qu'elle ouvrit fut celui qui contenait tous les dossiers. Il y en avait énormément et Emma remercia alors mentalement Regina qu'ils soient si bien classés. Elle mit vite la main sur celui de Leroy, le glissa sous sa veste et s'apprêta à s'éloigner quand, dans un mouvement de maladresse, elle fit tomber le pot à crayons par terre. Pour ne rien arranger, elle entendit au même moment des bruits de talons poignardant le sol résonner dans le couloir.

Pour Emma qui pensait avoir brillamment réussi sa mission, la pression monta d'un cran.

Elle se baissa et ramassa à la hâte les crayons et stylos jonchant le sol pour les remettre dans le pot.

Elle se releva au moment où madame Mills ouvrit la porte et elle commença alors à dépoussiérer la surface de marbre blanc.

Les pupilles chocolats croisèrent les vertes. Un frisson d'appréhension parcourut la colonne vertébrale d'Emma alors que Regina sentait que quelque chose clochait.

«Je pensais vous avoir dit de vous occuper de ce meuble et non pas de mon bureau Miss Swan, dit-elle.

- Oui madame Mills, répondit aussitôt la blonde, Je me suis déjà occupée de ce meuble alors j'ai pris l'initiative de dépoussiérer également votre bureau.

Les yeux de lynx de la directrice se posèrent sur le meuble en question. Poussiéreux.

- Vous pouvez y aller Miss Swan, déclara-t-elle, Votre heure de ménage est finie.

Emma ne perdit pas l'occasion de s'échapper.

- D'accord à lundi alors madame Mills.», s'empressa-t-elle de répondre avant de récupérer son charriot et de se hâter hors du bureau.

Une fois la porte close, Regina se dirigea vers le meuble sur lequel elle fit glisser son index. Elle remonta son doigt à hauteur de ses yeux. Beaucoup trop de poussière pour que la détenue dise vrai.

Regina se dirigea alors vers son bureau et une première chose lui sauta aux yeux. Son pot à crayon n'était plus à sa place exacte. En y regardant de plus près, elle remarqua également que certaines mines de ses crayons parfaitement aiguisés avaient été cassées. Elle ouvrit ensuite le premier tiroir de son bureau et marqua un temps d'arrêt.

Une personne ordinaire aurait été incapable de remarquer les infimes changements dans le rangement de ce tiroir, mais il fallait bien garder en tête que Regina Mills était loin d'être une personne ordinaire.

Elle releva la tête et fronça les sourcils. Elle en était maintenant persuadée, Emma Swan avait fouillé dans son bureau. Il restait maintenant à savoir pourquoi, et la Méchante Reine était bien décidée à le découvrir.