Elle était assise sur son bureau, les mains posées sur le marbre blanc et les jambes croisées. Emma la détailla du regard sans vraiment pouvoir s'en empêcher. C'était la première fois qu'elle ne voyait pas la belle brune vêtue d'une robe ou d'une jupe. Elle portait à la place un beau pantalon noir en toile qui dévoilait ses délicates chevilles. D'élégants escarpins vernis ornaient ses pieds et on pouvait deviner la couleur écarlate de leurs semelles. Une simple chemise d'un blanc opaque habillait le haut de son corps. Les manches étaient retroussées et les trois premiers boutons étaient défaits, faisant ainsi légèrement apparaître un sous-vêtement en fine dentelle noire. Lorsqu'elle remarqua ce détail Emma se mordit inconsciemment la lèvre inférieure sans pouvoir dévier son regard du décolleté dégagé de la directrice.
Il n'y avait bien que Regina Mills pour rendre une tenue aussi classique affreusement séduisante.
« Miss Swan je peux vous aider ?, l'interpella la femme.
Apparemment son regard avait été un peu trop insistant.
- Excusez-moi madame Mills j'étais dans la lune, répondit-elle en relevant les yeux pour trouver un petit sourire en coin presque diabolique dessiné sur les lèvres rouges.
- Oui j'ai bien vu que vous aviez été distraite, se moqua Regina, ne faisant ainsi que confirmer à la blonde qu'elle l'avait surpris en flagrant délit, Venez vous assoir, enchaîna-t-elle.
La blonde s'exécuta tranquillement. Elle savait déjà de quoi la directrice voulait lui parler.
- La rumeur court que Leroy aurait été surpris par le gardien Humbert en possession de drogue hier midi, commença Emma tout en s'asseyant.
- La rumeur dit vrai Miss Swan, confirma la brune.
- Alors c'est bon mon rapport est annulé !, s'exclama la blonde, Ravie d'avoir fait affaire avec vous madame Mills, rajouta-t-elle avec un grand sourire.
Regina savait que l'air réjoui de la détenue n'allait pas tarder à disparaitre.
- Non Miss Swan, ce n'est pas encore bon, contredit-t-elle.
Emma fronça les sourcils.
- Comment ça ?, demanda la détenue.
- Nos affaires ne sont pas encore terminées, déclara la brune.
- Mais vous étiez d'accord pour ne pas me mettre de rapport si mes informations étaient exactes, et elles l'étaient, répliqua Emma.
- Oui j'étais d'accord, accepta la directrice, Mais il se trouve que je ne le suis plus.
Le visage de la blonde se décomposa.
- Mais nous avions un accord, insista-t-elle.
- Nous avions un accord effectivement, répéta la femme, Mais je souhaite changer les termes du contrat Miss Swan.
Emma était totalement désemparée par ce retournement de situation qu'elle n'avait vraiment pas vu venir.
- Et quels sont les nouveaux termes du contrat ?, demanda la blonde.
- Vous allez m'aider à me débarrasser de la drogue dans cette prison, expliqua la femme.
- Et comment je suis censée m'y prendre ?, soupira-t-elle.
- Comme vous le souhaitez, donnez moi des noms ou ramenez moi directement ce que vous trouvez, énonça la brune, Débrouillez vous comme vous le voulez et lorsque qu'il n'y aura plus l'ombre d'une drogue dans cette prison je retirerai votre rapport.
- Mais vous savez bien que c'est impossible! Vous m'avez demandé quelque chose et je l'ai fait alors vous n'avez pas le droit de continuer à me faire chanter !, revint-elle à la charge.
- Sachez Miss Swan que j'ai absolument tous les droits ici, articula calmement Regina, Je vous rappelle que vous n'êtes qu'une détenue dans MA prison.
La Emma désemparée fit rapidement place à une Emma hors d'elle devant l'air affreusement arrogant de la directrice.
- C'est peut-être votre prison comme vous dites mais ça ne vous donne pas le droit de me faire votre espèce de petit chantage, répliqua-t-elle.
- Tout de suite les grands mots, rigola Regina, Je ne vous fais pas chanter, je modifie juste un peu notre petit arrangement. Je ne vois pas pourquoi vous en faites toute une histoire.
La main d'Emma la démangeait. Elle avait l'irrépressible envie de coller son poing dans le beau mais agaçant visage de la directrice.
- Vous vous moquez de moi ?!, ragea la blonde.
- Est-ce que j'ai l'air de plaisanter Miss Swan ?, articula la brune de manière condescendante.
Bien sûr que non, elle n'avait pas l'air de plaisanter. Emma se dit alors qu'elle se retrouvait coincée, si elle ne voulait pas de ce rapport elle allait être obligée de coopérer.
- Vous avez vraiment intérêt à me retirer mon rapport si je dois jouer les taupes pour vous Madame Mills, bougonna-t-elle en se levant.
- Est-ce que ça veut dire que vous acceptez notre nouvel arrangement Miss Swan ?, demanda la directrice avec son air satisfait qui faisait particulièrement bouillir Emma.
- Vous ne me laissez pas trop le choix, répondit-elle contrariée.
- Effectivement, dit-elle avec un grand sourire, Ravie de faire affaire avec vous Miss Swan. »
Emma n'en revenait toujours pas. Elle qui pensait encore ce matin s'être acquittée de tout rapport en balançant Leroy, voilà que la directrice la faisait maintenant chanter.
Regina Mills l'avait bien piégée. La garce.
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Comment allait-elle s'y prendre ?
Elle n'en avait aucune idée.
Ne fallait-il pas mieux se résigner à prendre ce rapport au lieu de se risquer à jouer les balances ?
Elle ne le savait pas vraiment, mais elle ne pouvait cependant pas se résoudre à voir sa peine se rallonger.
Ce fut donc avec l'esprit occupé qu'Emma se coucha ce soir là. Elle s'interdisait de dénoncer d'autres détenues, elle ne voulait pas attirer les autres dans ses problèmes. Seulement si elle ne rapportait pas de noms à la directrice, elle allait devoir directement lui ramener de la drogue. Elle allait devoir en voler et ça n'allait pas être une mince affaire. D'abord elle n'avait aucune idée d'où les détenues cachaient leur drogue et en plus elle imaginait bien les conséquences désastreuses si elle venait à se faire surprendre. Elle avait cru comprendre que le vol entre détenues, en particulier le vol de contrebande, n'était pas particulièrement bien vu derrière les barreaux.
Emma soupira alors en se disant que non seulement elle balançait, mais qu'en plus elle allait aussi devoir voler. Si elle se faisait prendre, elle ne misait pas cher de sa peau.
«Ça va Emma ? Tu m'as l'air préoccupé aujourd'hui, fit remarquer Mary-Margaret qui lisait dans le lit d'en dessous.
- Non non ça va, s'empressa de répondre la blonde, Tout va très bien.
- Pourtant ça n'a pas l'air, répliqua la brune aux cheveux courts.
- Pourquoi tu dis ça ?, demanda Emma.
- Je dis ça parce que tu n'as pas dit un mot à midi, tu n'as pas été plus bavarde ce soir au dîner et tu n'as fait que soupirer depuis qu'on s'est couchées, expliqua Blanchard.
Emma ne répondit pas tout de suite, se laissant le temps d'inventer un bobard crédible.
- Je ne suis pas vraiment préoccupée, commença-t-elle, Je me dis juste que je suis là depuis deux semaines, que j'ai déjà réussi à m'attirer pleins d'ennuis et qu'il me reste encore quatorze mois et demi à tirer. Ça me parait interminable...
- Je te comprends ça me faisait pareil au début, répondit Mary-Margaret, Mais maintenant que j'ai fait trois ans et qu'il ne me reste plus que six mois je commence à doucement voir la lumière au bout du tunnel.
- Trois ans et demi ? C'est énorme!, s'exclama Emma, D'ailleurs ça me fait penser que tu ne m'as jamais dit pourquoi tu es ici.
- Toi non plus, répliqua Blanchard.
- C'est vrai mais autant tu me parles toujours des autres filles autant tu ne me parles jamais de toi, dit la blonde.
- Peut-être mais tu ne me parles pas de toi non plus, rétorqua Mary-Margaret, La seule chose que je sais c'est que tu as un fils de huit ans qui s'appelle Henry et encore je ne sais même pas si tu m'en aurais parlé si il ne venait pas te rendre visite.
- C'est vrai, avoua Emma, On est coloc et pourtant on ne sait pas grand chose l'une de l'autre. Il faut y remédier. Je commence, si je suis ici c'est parce que lorsque j'avais 18 ans, j'étais enceinte et amoureuse, et j'ai été assez idiote pour cacher des montres que mon imbécile de petit-ami avait volé. Cette affaire a fini par me rattraper et j'ai été condamnée à 15 mois alors que ce connard s'en est tiré sans rien.
Blanchard pouffa de rire.
- Alors ton incroyable capacité à t'attirer des ennuis n'est pas miraculeusement arrivée avec la prison, se moqua-t-elle gentiment.
- Très drôle, souffla Emma en roulant des yeux, A toi maintenant.
- Oui à moi, consentit la brune en réprimant son rire avec difficulté, J'ai failli tuer deux personnes, finit-elle par lâcher.
Ce fut au tour de la blonde d'éclater de rire.
- Tentative de meurtre ?! Toi Mary-Margaret Blanchard, ria Emma, Tu n'as rien trouvé de plus crédible ?
- Tu peux rire mais pourtant c'est vrai, répondit-elle sérieusement.
Les rires d'Emma redoublèrent mais elle se figea quand elle n'entendît pas Blanchard l'accompagner.
- Tu déconnes ?!, voulut-elle se rassurer.
- J'aimerais bien... », soupira la brune.
Emma pencha sa tête sur le côté du lit pour regarder sa codétenue avec de grands yeux ronds.
« Ne me regarde pas comme ça, râla Mary-Margaret, C'était un accident.
La blonde se rallongea sur son lit.
- Raconte, réclama Emma pleine de curiosité.
Blanchard soupira lourdement avant de commencer.
- De mes 16 ans à mes 25 ans je suis restée avec Christopher, mon premier amour. J'étais folle amoureuse de lui et du jour au lendemain il m'a quitté en m'annonçant qu'il avait trouvé quelqu'un d'autre, qu'il avait eu un coup de foudre, que c'était elle son vrai grand amour et pas moi. Je l'ai très mal pris. Un peu trop sûrement. Je faisais beaucoup la fête pour cacher mon chagrin et je ne pouvais pas m'empêcher de le harceler de messages et d'appels, franchement en y repensant je faisais flipper.Un matin alors que j'étais encore éméchée de la veille, je suis allée devant chez lui, ou devant chez eux plutôt, et j'ai commencé à abîmer sa voiture. Ça me défoulait mais ce n'était pas suffisant, alors j'y ai mis feu. C'est parti beaucoup plus vite que ce que je pensais et ça s'est étendu jusqu'à toucher la maison. Heureusement en entendant les pneus éclater ils se sont réveillés et sont sortis de la maison. J'étais encore dans la rue entrain de regarder les flammes s'étendre quand les pompiers et la police sont arrivés. J'étais incapable de prendre la fuite, complètement tétanisée par ce que je venais de faire, alors je me suis rendue. Et voilà, raconta-t-elle d'une traite.
Emma resta abasourdie quelques instants face au récit de Mary-Margaret.
- Donc ma codétenue est une pyromane, s'esclaffa-t-elle.
- Ce n'est pas drôle, bouda Blanchard.
- Il faut penser à prévenir Nolan que s'il te quitte il risque de finir sur le bûcher, taquina Emma.
- Le gardien Nolan ne peut pas me quitter puisque il ne se passe rien entre nous, rétorqua la brune.
- C'est moi ou toi que tu essaies de convaincre ?, demanda la blonde, Parce que saches que si c'est moi et bien c'est raté. Je vois très clair dans votre petit jeu.
- Il n'y a pas de petit jeu, nia Blanchard.
- Non c'est vrai, vous ne vous dévorez pas des yeux dès que vous vous croisez, vous n'échangez aucun petits mots à voix basse et vous ne vous êtes jamais embrassés en secret dans notre cellule, énuméra ironiquement la blonde.
- Tu as le don d'exagérer Emma, souffla Blanchard en faisant preuve de toute la mauvaise foi du monde.
- N'importe quoi, je ne fais que rapporter des faits avérés, assura-t-elle, Le gardien Nolan et toi avez tout d'un petit couple.
Un silence se fit quelques secondes.
- Tu le penses vraiment ?, osa finalement demander Mary-Margaret.
Emma rigola.
- Tu l'aimes beaucoup hein ?
- Peut-être bien..., avoua la brune à demi-mot.
- Je pense qu'il t'aime beaucoup aussi, déclara la blonde.
- Ah oui ?
- Son visage s'éclaire dès qu'il te voit et il n'a d'yeux que pour toi.», affirma Emma.
Mary-Margaret ne dit rien et se contenta de sourire de toutes ses dents alors que des paillettes dansaient dans ses yeux clairs.
«Je peux t'entendre sourire d'ici, se moqua la blonde.
- Je ne souris pas, mentit Blanchard, Et puis de toutes façons même si je l'aime bien et qu'il m'aime bien on ne peut pas construire grand chose, c'est beaucoup trop compliqué ici.
- C'est vrai que ça ne doit pas être simple, approuva la blonde, Vous vous cachez où pour le faire? Vous l'avez déjà fait au moins?, demanda-t-elle sans préambule, poussée par sa grande curiosité.
- Emma..., râla la brune.
- Alors vous ne l'avez pas encore fait, conclut Emma, Ça fait combien de temps que vous vous tournez autour ?
Mary-Margaret prit le temps de réfléchir.
- Je dirai à peu près depuis son arrivée, répondit-elle, Ça doit faire bientôt deux ans maintenant.
- Deux ans et vous n'avez toujours rien fait ?!, vociféra Emma.
- Et doucement Swan! Tu veux que toute la prison t'entende?!, gronda Blanchard.
- Il faut vraiment que vous vous trouviez un créneau dans une salle de fouille pour enfin tirer votre coup..., dit-elle plus doucement cette fois mais avec un grand sérieux.
- Mon dieu Emma ce n'est tellement pas romantique, commenta la brune.
- Mais si ça peut l'être! Tu n'as qu'à rajouter deux trois bougies et une petite musique de fond, plaisanta Emma.
- Ton idée du romantisme est vraiment discutable.», fit remarquer Mary-Margaret, à moitié amusée, à moitié exaspérée par la bêtise de la blonde.
Blanchard et Swan continuèrent à discuter de leurs vies respectives toute la soirée. Emma parla de Neal et d'à quel point il lui sortait par les yeux. Elle parla aussi longuement d'Henry, son petit garçon dont elle était très fière, le soleil de sa vie. De son côté Mary-Margaret se pencha plus longtemps sur son ancienne relation avec Christopher et sur leur séparation chaotique. Puis elle commença à parler de David Nolan et pour la première fois Emma n'eut à poser aucune question pour lui tirer les vers du nez. Tel un vrai petit moulin à paroles, la brune détailla sa nouvelle relation en long en large et en travers pour le plus grand bonheur de la curiosité de la blonde.
Toutes ces petites confidences firent du bien à Emma et lui permirent d'oublier tous ses problèmes le temps d'une soirée. Elle commençait à considérer Mary-Margaret comme une véritable amie. Seulement quinze jours qu'elles se connaissaient et pourtant elle aimait déjà beaucoup cette adorable petite brune à la coupe garçonne et aux jolis yeux clairs.
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Elle but une gorgée de son chocolat chaud sans quitter la salle des yeux. Elle observait tout et tout le monde, essayant de repérer la moindre trace de trafic. Elle ne voulait pas donner de noms alors elle allait devoir être très attentive pour arriver à trouver de la drogue d'elle-même. Ses yeux verts finirent par se poser sur Breaburn et s'arrêtèrent comme alarmés par un élément inhabituel. Effectivement pour la première fois, elle ne retrouvait pas la cannibale entrain de la fusiller du regard. Breaburn regardait fixement dans une direction précise et son regard était d'abord suspicieux, mais surtout mauvais.
Emma tourna la tête et écarquilla les yeux. Tinker Bell, en plein réfectoire, était entrain d'échanger des messes basses avec Humbert. La blonde donna alors un coup de coude dans le bras de Mary-Margaret et lui fit un signe de tête en direction de la scène.
« Cette idiote va se faire tuer, commenta Blanchard à voix basse, Elle n'essaie même pas d'être discrète. »
Effectivement Emma ne pouvait que confirmer les propos de sa codétenue. Ce n'était pas bien intelligent de s'entretenir en plein milieu de la cantine, visibles aux yeux de tous.
La blonde continua à analyser la salle pendant le reste du petit déjeuner mais ne repérant rien de suspect elle dut s'y résigner, elle allait devoir fouiller un peu partout si elle voulait trouver de la drogue.
Elle entama donc sa journée de travail, nettoya les pièces indiquées sur son planning, tout en commençant à farfouiller par-ci par-là, espérant tomber miraculeusement sur un sachet de poudre blanche ou de pilules colorées. Cependant elle ne trouva rien, absolument rien et elle dut bien se rendre à l'évidence qu'elle ne connaissait pas assez ni cette prison, ni ses détenues, et qu'à moins d'avoir un gros coup de chance, elle ne trouverait rien en cherchant au hasard parmi les espaces communs.
Sans autre solution, Emma décida de croire encore un peu au gros coup de chance et continua de chercher. Elle tâta le dessous des éviers dans la salle de bain ainsi que les ourlets des rideaux de douche mais elle ne put en faire plus, une sonnerie retentissait.
Elle reconnut sans problème l'alarme annonçant une fouille et c'est l'esprit tranquille qu'elle se dirigea vers sa cellule, sachant que cette fois aucune contrebande n'y était planquée.
Victoria Belfrey arriva devant la cellule 12 en lançant un regard méprisant à Emma qui le lui rendit bien.
« Alors voyons quelle mauvaise surprise tu nous réserves encore Swan. », railla le dragon.
La blonde se mordit l'intérieur des joues pour réussir à se retenir de cracher quelques belles insultes à la gardienne qu'elle ne pouvait pas sentir.
Belfrey retourna l'intégralité de la pièce, ne se souciant pas une secondes des affaires qu'elle envoyait valdinguer et qui s'écrasaient avec force au sol. Lorsqu'elle eut fini, c'est bredouille et avec un air déçu qu'elle sortit de la cellule.
« Il faut croire que ton petit séjour au trou a dû un peu te calmer Swan. », prit-elle la peine d'ajouter avant de se diriger vers la cellule voisine.
Emma serra les poings, prête à répliquer mais elle s'arrêta dans son élan, raisonnée par les gros yeux que lui faisait Mary-Margaret.
Elle souffla lourdement, appuya son dos contre le mur du couloir et attendit patiemment que la fouille prenne fin pour ensuite se mettre à ranger sa cellule que le dragon avait détruit.
« Stupéfiants! Beaucoup de stupéfiants! », cria la voix victorieuse d'Humbert.
Il sortit dans le couloir en arborant fièrement les nombreux sachets d'héroïne qu'il avait trouvé dans la cellule de Gardener, l'une des membres du gang De Vil. La détenue était en furie, mécontente que sa planque se soit faite démasquée et Belfrey dut porter main forte à Humbert pour la traîner jusqu'au bureau de la directrice.
Après cet incident, la fouille ne tarda pas à prendre fin et Swan et Blanchard, comme toutes les autres détenues, purent rentrer dans leurs cellules afin de les arranger de la tornade que représentaient les gardiens.
Lorsque la blonde et la brune eurent fini, il était tout juste midi et elles se dirigèrent donc en direction de la cantine. Les yeux d'Emma se mirent alors à pétiller quand elle vit le menu du déjeuner. A vrai dire l'entrée et le plat n'avaient rien de bien particulier, cependant le dessert fit presque saliver la détenue quand elle le vit.
Elle allait enfin pouvoir goûter à la fameuse tarte aux pommes de Granny et dès qu'elle en prit une bouchée, Emma ne put que confirmer ce qu'elle avait entendu dire, cette tarte était tout bonnement succulente.
Elle prit le temps de savourer le délicieux dessert, un peu plus subjuguée à chaque bouchée et inconsciemment son regard partit se poser sur celle qui l'avait empêché d'y goûter lors de son premier jour.
Pour la seconde fois de la journée, elle surprit Breaburn entrain de fusiller quelqu'un d'autre qu'elle du regard. Ce quelqu'un était Graham Humbert qui traversait tranquillement le réfectoire en tenant une barre de chocolat à la main. Les yeux d'Emma suivirent l'homme et c'est sans surprise qu'elle le vit rejoindre une table pour déposer la barre au creux du plateau de Tinker Bell. Cette dernière s'empressa de glisser la friandise factice dans la poche de sa veste en coton bleu. La petite blonde sortit ensuite à la hâte du self et Emma soupira, se disant que les deux compères étaient aussi évidents l'un que l'autre.
Elle se lécha les doigts dans l'espoir que ses papilles réussissent à capter les derniers arômes de pomme qui y résidaient. Lorsqu'elle ne trouva plus aucune trace du savoureux dessert elle abandonna et se décida à quitter le self. Dans son chemin pour aller poser son plateau, elle passa à côté de la table du gang De Vil et put saisir quelques bribes de conversations entre la chef et son bras droit.
Si elle avait bien compris, Tinker Bell se trouvait maintenant dans de beaux draps...
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Elle entamait son avant-dernière heure de ménage de la journée dans la bibliothèque qu'elle devait nettoyer pour respecter son planning. Ensuite elle devrait se rendre dans le bureau de madame Mills et elle se préparait déjà à recevoir les désagréables réflexions de la directrice quant à son manque de productivité dans leur arrangement.
Elle passait la serpillère entre les rangées de livres quand elle entendit plusieurs cris. Elle se déplaça alors pour faire face à l'allée principale et fut témoin d'une image d'horreur.
Son souffle se coupa, ses yeux s'écarquillèrent, ses jambes se figèrent et elle en lâcha le manche de son balai-brosse.
Au milieu de la bibliothèque, tel un figurant dans un film d'épouvante, Tinker Bell avançait hasardeusement en hurlant sa douleur. Son visage était couvert de sang et le liquide rougeâtre goutait au rythme de ses mouvements, tâchant ainsi le sol fraichement nettoyé.
Toujours tétanisée par ce violent spectacle, le regard d'Emma ne put se décrocher de celui de la petite blonde, ou du moins de ce qu'il en restait. Bell avait été attaquée et l'agresseur s'en était pris à ses yeux. On l'avait mutilée, méchamment mutilée, tellement mutilée qu'il ne restait dans ses orbites que chair déchirée et hémoglobine visqueuse.
Le bouton rouge fut actionné par le gardien Jones qui surveillait la bibliothèque et très vite l'infirmière French fut demandée et les secours réquisitionnés.
Toutes les détenues ayant assisté à la scène restèrent un moment sous le choc mais très vites des chuchotements emplirent la bibliothèque. Toutes se demandaient qui avait bien pu faire ça, certaines faisaient des suppositions, d'autres les contredisaient, d'autres encore faisaient leurs pronostiques sur les séquelles qu'aurait à terme la victime.
Emma et Mary-Margaret quant à elles échangèrent un regard entendu, elles savaient très bien qui avait commis cet acte de barbarie.
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« Vous êtes bien peu bavarde ce soir Miss Swan, commenta Regina en observant suspicieusement la détenue balayer son sol.
- Je réfléchis c'est tout, répondit Emma sans la regarder.
- Vous avez donc suivi mon conseil, plaisanta la femme.
- Oui, admit la blonde, J'ai bien suivi votre conseil et j'ai réfléchi à notre arrangement...
- Vous avez donc déjà des noms à me donner ?, la coupa la brune, Votre productivité m'épate Miss Swan.
- Non je n'ai aucun nom à vous donner et je ne vous en donnerai aucun, répondit Emma.
- Soit, alors vous m'apporterez directement la marchandise, accepta la directrice, Je vous ai déjà dit de faire comme vous préfériez.
- Je ne vous apporterai pas de marchandise non plus, ajouta-t-elle.
- Comment ça ?, interrogea la brune en faisant mine d'avoir mal compris.
- Je ne serai pas votre taupe Madame Mills, déclara fermement Emma, Je ne souhaite pas poursuivre notre arrangement.
Les yeux verts vinrent enfin se confronter aux prunelles chocolat qui lançaient déjà des éclairs.
- Et pourquoi ça ?, articula Regina le plus calmement possible alors que son mécontentement était clairement visible par son regard et ses lèvres pincées.
- Je trouve cela trop risqué, expliqua la blonde en faisant preuve d'honnêteté.
La directrice ricana.
- Vous n'étiez pas censée être un preux chevalier ?, railla-t-elle.
- Si, mais je viens d'être témoin d'une scène qui m'a assez refroidi. », avoua-t-elle.
Emma comprit à son visage que la brune n'avait pas saisi à quoi elle faisait référence.
« Je nettoyais le sol de la bibliothèque lorsque Tinker Bell a débarqué le visage en sang, expliqua-t-elle.
Regina arqua un sourcil.
- Et en quoi le petit incident de la détenue Bell vous empêche-t-il de vouloir poursuivre notre arrangement ?, demanda-t-elle simplement.
Emma écarquilla les yeux.
- Petit incident ?!, s'échauffa-t-elle, C'est comme ça que vous l'appelez ?! Elle a été défigurée, il n'y avait plus la trace d'un œil dans ses orbites !
Regina leva les yeux au ciel.
- Baissez tout de suite d'un ton avec moi Miss Swan et venez vous assoir. », exigea-t-elle de sa voix autoritaire.
La blonde vint s'assoir sur le fauteuil en cuir, n'en revenant pas de d'indifférence dont faisait preuve la directrice face au tragique sort de Tinker Bell.
« L'incident qui est arrivé à mademoiselle Bell est regrettable, commença la brune, L'agression était d'une violence rare et les gardiens recherchent activement la coupable. Seulement Miss Swan je ne vois pas bien le rapport entre cela et notre accord.
- Le rapport c'est que ce qu'a subi Tinker Bell était une punition pour avoir balancé !, expliqua-t-elle vivement, Et je ne sais pas si vous avez remarqué madame Mills mais j'ai de magnifiques yeux verts et je compte bien les garder encore un peu.
- Qu'est-ce qui vous fait penser que mademoiselle Bell était une balance ?, questionna-t-elle en fronçant les sourcils.
- Elle n'était pas bien discrète, répondit la blonde, Le gardien Humbert n'était pas plus discret d'ailleurs.
L'expression de la brune trahit sa surprise.
- Le gardien Humbert ?
- Oui le gardien Humbert, appuya Emma, Vous savez celui qui est plutôt bien foutu et pour qui vous écartez régulièrement les jambes.
Ses yeux meurtriers alignés à ceux d'Emma, Regina Mills, vêtue d'un élégant tailleur-jupe noir associé à un haut couleur sang, se leva, posa ses mains à plat sur le marbre blanc et se pencha légèrement au dessus de son bureau, surplombant ainsi la détenue à laquelle elle s'apprêtait à s'adresser.
- Écoutez moi bien Miss Swan, je tiens à vous dire que vous avez beau avoir de magnifiques yeux verts, je me fiche pas mal de ce qui pourrait leur arriver.
Ce dont je ne me fiche pas par contre, c'est du sort de notre petit arrangement. Il me semble que notre accord était clair et que nous avons à y gagner l'une comme l'autre.
Alors je vais vous dire une dernière fois qu'il n'y a pas négociation qui tienne, vous allez honorer notre accord et faire exactement ce que je vous ai demandé, énonça-t-elle d'une voix glaciale.
- Ou sinon quoi ? Qu'est-ce que vous allez faire madame Mills ?, répliqua simplement Emma en soutenant le lourd regard noir qui pesait sur elle.
Un léger sourire, presque terrifiant, absolument menaçant, prit possession de la belle bouche maquillée de rouge.
- Ne me sous-estimez pas Miss Swan. Vous n'avez aucune idée de ce dont je suis capable. »
