Elle traversa la prison en quatrième vitesse. Poussant son charriot d'entretien et déverrouillant la porte vitrée à l'aide de sa carte magnétique, ce fut une Emma presque hystérique qui pénétra dans le couloir de l'administration.
Arrivée devant la porte vernie de noir, elle abandonna son charriot et ne prit même pas la peine de toquer. Elle déboula dans le bureau de la directrice, les joues rougies par la colère qui grondait dans son estomac. La suite logique aurait été de voir la blonde exploser en insultes devant l'objet de tous ses soucis, pourtant elle n'en fit rien.
Moulée dans sa jupe de tailleur grise, Regina Mills était agenouillée au sol entrain de ramasser l'une des pommes rouges qui avait roulé sous son bureau suite à sa précédente crise de nerfs. Emma, stoppée dans son élan par cette simple vision de la femme, dut se résoudre à admettre une chose: l'objet de tous ses soucis était également celui de tous ses désirs.
Alertée par l'entrée fracassante de la détenue, la brune tourna vivement la tête vers la porte de son bureau. Lorsqu'elle vit qu'il s'agissait d'Emma Swan, un petit sourire mauvais se dessina sur ses lèvres charnues. Pomme en main, elle prit le temps de se relever lentement, presque lascivement. Se retournant ensuite pour faire face à la blonde, Regina planta ses yeux chocolat dans les verts qu'elle sentait la dévorer.
« Et bien Miss Swan vous êtes en avance, fit-elle remarquer de son air le plus faux, Votre heure de ménage ne commence que dans vingt minutes.»
Elle ponctua sa phrase en portant d'un geste nonchalant la pomme jusqu'à sa bouche. Regina y croqua à pleines dents, provoquant ainsi une trainée de frissons dans le dos d'Emma. La brune savoura sa bouchée. La pomme était exquise, et pourtant la femme se délecta bien plus de la réaction de la blonde que du goût sucré et acidulé du fruit.
« Vous avez l'air énervée Miss Swan. Je me trompe ?», ajouta-t-elle d'une innocence des plus vicieuses.
Si la blonde s'était encore une fois laissée éprendre par le charme ravageur de la directrice, cette petite pique réveilla toute sa colère.
« Vous êtes la pire des garces, grogna-t-elle.
L'expression amusée et condescendante de la brune irrita encore un peu plus Emma.
- N'avez vous donc rien de neuf à m'apprendre ? », provoqua Regina.
Elle avait tant à lui dire et pourtant rien ne sortait. Cette femme la faisait tellement bouillir qu'elle en perdait son répondant.
« Je ne sais pas ce qui vous met dans cet état Miss Swan, mais votre sens de la répartie laisse clairement à désirer.», ajouta-t-elle d'un ton moqueur avant de croquer de nouveau dans la pomme couleur rubis.
Les poings serrés et la mine écarlate, on aurait presque pu apercevoir de la fumée sortir des oreilles d'Emma. En trois grandes enjambées elle brisa la distance qui la séparait de Regina. Puis, d'un geste vif, elle frappa la pomme que tenait la directrice, faisant ainsi s'échouer au sol le fruit entamé qui roula jusque sous le bureau en marbre blanc.
« Je ne joue plus à votre petit jeu madame Mills, alors vous allez tout de suite arrêter vos sales coups de pute et vous allez me laisser revoir mon fils, vociféra-t-elle.
- C'est pourtant vous qui avez voulu jouer Miss Swan, répliqua la brune.
- Vous vous foutez de ma gueule ?!, s'époumona Emma, la directrice ne faisant qu'instiguer un peu plus sa colère à chacun de ses mots, C'est vous qui faites tout ça ! Je ne vous ai rien demandé bordel !
- Langage Miss Swan, corrigea Regina, faisant ainsi rouler les yeux de la blonde, Vous ne m'avez rien demandé ? C'est une plaisanterie j'espère, continua-t-elle, C'est vous qui avez décidé d'élaborer un petit stratagème pour me ridiculiser devant monsieur Gold.
- J'ai fait ça parce que vous m'avez privé de mon droit de visite, répliqua-t-elle.
- Je vous ai privé de votre droit de visite parce que vous n'avez pas respecté notre arrangement, contra Regina.
- Mais c'est vous qui avez commencé en me faisant du chantage !, s'exaspéra Emma.
- Non, rétorqua la femme, C'est vous qui avez commencé en fouillant dans mon bureau Miss Swan. Alors ne venez pas vous plaindre lorsque vous en payez les conséquences...
La brune avait raison et cela faisait rager Emma. Jamais elle n'aurait dû accepter le deal de Ruby, jamais elle n'aurait dû fouiller dans ce bureau, jamais elle n'aurait dû se mettre à dos la directrice des lieux.
- Peut-être que j'ai commencé, admit-elle à contre cœur, Mais contrairement à vous je l'ai joué à la loyale...
La brune leva les yeux au ciel.
- Si vous l'avez joué à la loyale, comme vous dites, c'est parce que vous n'avez aucun moyen de pression sur moi Miss Swan, l'interrompit Regina, Ne faites pas passer votre faiblesse pour de la gentillesse.
La blonde prit quelques secondes pour réfléchir sous le regard arrogant de la directrice.
- J'aurais bien pu faire pression sur votre liaison avec le gardien Humbert, objecta Emma, Alors ne faites pas passer votre mesquinerie pour de la force madame Mills.
La brune s'esclaffa.
- Me faire pression par rapport à Graham ? Dites-moi que vous plaisantez, railla-t-elle, Quelques rumeurs et son renvoi, c'est tout ce que vous y auriez gagné.
- Vous êtes sûre ? Je ne pense pas que monsieur King soit ravi d'apprendre que sa femme écarte les jambes au premier venu, piqua la blonde.
Un rire, cette fois glacial, passa la barrière des lèvres de Regina.
- Parce que vous pensez vraiment que la parole d'une misérable détenue telle que vous suffira à entacher mon image de la femme parfaite du maire de Storybrooke ?, demanda-t-elle sarcastiquement.
Emma savait bien que la directrice avait raison, elle n'avait aucune chance à ce niveau là.
- Je ne sais pas, bluffa-t-elle, Ça demande à être vérifié.
Regina arqua un sourcil avant de très vite afficher un sourire diabolique.
- Et bien faites, encouragea la brune avant d'enchaîner, Combien de temps dure votre peine Miss Swan ?, s'intéressa-t-elle.
La blonde fronça les sourcils, ne comprenant pas vraiment cette soudaine question.
- Il me reste un peu plus de 13 mois...Pourquoi ?
- Parce que si vous continuez à faire la maline et à me causer du tort..., commença-t-elle, Soyez sûre que je veillerais à ne vous accorder aucun appel ni aucune visite jusqu'à la fin de votre peine. Mais ne vous inquiétez pas Miss Swan, je reste persuadée qu'un preux chevalier tel que vous peut largement se passer de voir son petit garçon pendant treize petits mois, ajouta la brune dans un grand sourire.
La blonde fulminait. Sa main la démangeait, et comme souvent lorsqu'elle se trouvait face à l'irritante Méchante Reine, elle n'avait qu'une envie, lui enfoncer son poing dans la figure.
- Il faut vraiment être une pourriture pour s'amuser à séparer une mère de son fils, cracha Emma.
- Je vous arrête tout de suite Miss Swan, enchaîna la brune, Ce n'est pas moi qui vous ai séparé de votre fils. C'est vous qui vous êtes faite incarcérée, ce sont vos mauvaises décisions, pas les miennes. Alors je suis peut-être une pourriture, comme vous dites, mais ce n'est certainement pas de ma faute si vous êtes une mauvaise mère. »
Regina savait précisément piquer là où ça faisait mal.
Emma ne comptait plus le nombre de fois où on l'avait qualifiée de mauvaise mère. Elle avait eu son fils très jeune, seule et sans argent. Pourtant elle l'avait gardé et avait toujours donné de son meilleur pour combler son fils. Henry était d'ailleurs devenu à la fois sa plus grande mais aussi son unique fierté. Alors même si le petit garçon avait toujours illuminé sa vie, cette simple appellation la ramena amèrement à ses débuts difficiles de jeune mère célibataire. Cela la fit sortir de ses gonds et dans une pulsion de rage, Emma poussa Regina avec force.
La brune se prit le mur de plein fouet et fut incapable de masquer la surprise qui se dessina très clairement sur son visage. Adossée à la tapisserie baroque, elle observa la blonde s'approcher d'elle, ses yeux verts respirants la fureur.
Si Regina était pour le moins déconcertée mais elle gardait la face, n'abandonnant pas une seconde son air malin et suffisant. Intérieurement pourtant, la brune était très contrariée. Se faire menacer ainsi ne lui plaisait guère, ce n'était plus un jeu et le soudain comportement violent d'Emma lui déplaisait fortement. Elle aimait être défiée mais adorait surtout être le maître de la situation, alors cette désagréable impression d'être soumise à la force de la blonde ne lui convenait pas le moins du monde.
« Ne dites plus jamais ça, prévint Emma en s'arrêtant à un petit pas de la femme, la bloquant ainsi de toute fuite potentielle.
- Quoi donc ? Exposer le fait que vous soyez une mauvaise mère ? », appuya Regina.
Ce fut la goutte de trop pour Emma. Elle leva une main dont les doigts étaient fermement repliés contre la paume et elle l'envoya violemment en direction de la femme. Regina ferma les yeux mais n'eut le temps de se protéger de ses mains que l'air créé par le poing lui caressa le visage.
Ne sentant pas le coup arriver, elle rouvrit les yeux. Les prunelles chocolat louchèrent alors sur le poing de la blonde qui s'était arrêté à moins de deux centimètres de son visage. Regina releva alors ses yeux bruns pour les plonger dans les verts d'Emma. Elle amena sa main pour saisir celle de la détenue qu'elle fit se baisser.
Les deux femmes étaient bien trop énervées l'une par l'autre pour ressentir le léger courant électrique qui traversa leur corps au contact de leur peau.
« Vous venez d'éviter de peu votre troisième rapport Miss Swan, articula-t-elle froidement, Tâchez à l'avenir d'apprendre à vous contrôler si vous ne voulez pas rallonger votre séjour ici. »
Ses yeux sombres toujours ancrés aux verts, Regina lâcha la main de la blonde. Elle se faufila ensuite entre la jeune femme et le mur pour regagner sa chaise de bureau, faisant claquer ses talons à chacun de ses pas.
Emma resta immobile face au mur, tremblant presque de colère. Elle était énervée contre la brune, mais aussi contre elle-même de ne pas être apte à se contrôler.
« J'ai l'impression que vous êtes encore sur les nerfs Miss Swan, nargua Regina, Si vous avez besoin de vous défouler, à défaut de frapper mon visage vous pouvez frapper le sol si vous le souhaitez. Il est en marbre alors vous ne risquez pas de trop l'abîmer. »
La blonde se retourna pour la fusiller du regard.
« Je vous aurais bien proposé de taper dans le mur mais j'ai peur que vous ruiniez ma tapisserie, ajouta la femme avec son insupportable air trop innocent.
- Je ne vais pas m'attaquer à votre sol ou à vos murs madame Mills, entama Emma, Parce que la seule chose qui mériterait d'en prendre une c'est votre jolie petite gueule de con.
Regina lança un regard méprisant à la détenue.
- Et bien alors si vous ne voulez pas prendre un nouveau rapport je vous conseille de vous en tenir au ménage Miss Swan, énonça-t-elle froidement, Occupez-vous du sol aujourd'hui, il reste des éclats de verre un peu partout. »
Emma ne broncha pas et se dirigea vers son charriot d'entretien. Elle se promit alors d'aller faire un tour à la salle de sport après son heure de ménage. Il fallait absolument qu'elle se défoule et elle n'avait pas particulièrement envie de faire la une des journaux pour le meurtre de Regina Mills.
--
La semaine fut longue pour Emma. La jeune femme supportait de moins en moins la distance avec son fils et chaque jour loin de lui, sans même pouvoir l'avoir au téléphone, lui était insupportable. Elle voulait prendre de ses nouvelles, s'assurer qu'il allait bien, s'excuser de ne pas être la mère qu'il méritait...
En plus de cela, Emma devait aussi supporter la Méchante Reine lors de ses heures de ménage tout en prenant sur elle pour de pas lui en coller une. Elle devait cependant avouer que si la brune gardait toujours son insupportable air hautain, désagréable, et faussement charmeur, elle ne la narguait plus vraiment au sujet de son fils. Le fait d'avoir était coincée contre un mur alors qu'un poing menaçait de s'écraser dans son visage semblait l'avoir quelque peu refroidie, et rien que pour ça, Emma ne regrettait pas son geste une seule seconde.
En ce vendredi soir, la blonde jouait pensivement avec sa purée, le regard dans le vide, écoutant d'une oreille distraite la conversation entre Blanchard, Darling et Boyd. Elle était dans la lune depuis le début du repas mais fut rapidement ramenée sur Terre par une tignasse noire méchée de rouge passant par là.
Comme tous les soirs depuis une semaine, Ruby déambulait de table en table, touchant deux mots à chaque détenue présente dans le réfectoire, et comme chaque soir, Emma se demandait ce qu'elle pouvait bien être entrain de faire.
« Mais qu'est-ce qu'elle fait ?, finit-elle par dire tout haut.
- Qui ça ?, interrogea Mary-Margaret, surprise de voir la blonde prendre soudain part à la conversation.
- Ruby, répondit Emma en la désignant d'un signe de tête, Qu'est-ce qu'elle fait ?
- Elle rassemble ses troupes, expliqua Darling.
- Ses troupes ?, s'étonna la blonde.
- Oui, confirma Boyd, Elle a déjà réussi à récupérer toutes les clientes des De Vil, maintenant il faut qu'elle se tienne prête.
- Qu'elle se tienne prête pour quoi ?, interrogea-t-elle sans comprendre grand chose.
- Pour le retour de De Vil et Breaburn, expliqua Mary-Margaret, Leur peine va être rallongée à cause de la drogue qu'elle a caché dans leur cellule et toutes leurs clientes se sont tournées vers les Granny, alors crois-moi que Ruby a vraiment intérêt à se tenir prête quand elles reviendront.
- Ça sent le règlement de compte à plein nez, commenta Boyd.
- Et la dernière fois qu'il y a eu règlement de compte, une des Granny est sortie de la prison dans un sac plastique, ajouta Darling.
Emma écarquilla les yeux.
- Mais pourquoi est-ce qu'elle fait ça alors !? Pourquoi elle ne se contente pas de garder son trafic sans se mêler à celui des De Vil ?
- Le business c'est le business, répondit Darling en haussant les épaules.
- C'est exactement ça, confirma Ruby qui venait d'arriver au bout de leur table, les faisant sursauter toutes les quatre, Et en parlant de business, j'ai à te parler affaires Boucles d'or.
- Je ne suis pas intéressée, dit-elle immédiatement, J'ai déjà assez de problèmes comme ça.
- Oh si crois-moi...ça risque de t'intéresser, insista la grande brune, Reste ici, je reviens te voir à la fin du service. »
Ruby repartit aussitôt en direction des cuisines et Emma soupira en se disant qu'elle n'avait pas vraiment l'air d'avoir le choix.
Alors elle attendit que le réfectoire se vide petit à petit, sagement assise sur sa chaine, un coude reposant sur la table et une main soutenant sa tête. Elle attendit une bonne heure et se serait sans doute endormie sur place si l'appréhension de savoir ce que Ruby lui voulait ne l'avait pas tenue éveillée.
« Tu en as pris du temps, commenta-t-elle en voyant la brune arriver.
- Désolée, c'est Granny qui ne voulait pas que je parte sans avoir fini d'aider à récurer les casseroles, se justifia-t-elle, Et crois-moi, cette purée de carottes colle vraiment aux plats.
Emma rigola et la regarda s'assoir en face d'elle en soupirant.
- Alors qu'est-ce que tu me veux ?, demanda-t-elle directement.
- Je veux que tu te renseignes auprès de la Méchante Reine pour savoir quand Cruella et la cannibale sortent du trou, répondit-elle, Je dois me tenir prête pour leur retour.
- Et qu'est-ce qui te fait croire que je suis intéressée ?, interrogea Emma en fronçant les sourcils, J'ai déjà assez de soucis avec Mills comme ça, pas besoin en plus d'en rajouter.
Un sourire malin se dessina sur les lèvres de Ruby. Elle glissa sa main sous son haut et la ressortit en tenant un téléphone qu'elle posa sur la table.
- Si tu fais ça pour moi, commença-t-elle, je te laisserais passer un appel à ton fils.
Les yeux d'Emma firent des allers-retours entre le téléphone et le visage souriant de la grande brune.
- Attends..., dit-elle en fronçant les sourcils, Comment est-ce que tu es au courant ?!
Ruby rigola.
- Tu sais on me traite souvent de grande commère, mais à côté de M.M, je suis un véritable agneau.
Emma leva les yeux au ciel en se rappelant qu'elle s'était confiée à Mary-Margaret quant au droit de visite et aux appels que la Méchante Reine lui avait retiré.
- Je suppose que je ne pourrai passer l'appel qu'après t'avoir ramené la date de sortie de De Vil et Breaburn, soupira-t-elle.
- Exactement, dit-elle en rangeant le téléphone dans son soutien-gorge, Ravie de faire à nouveau affaire avec toi Boucles d'or. »
Emma se coucha avec un petit sourire ce soir là. Le service de Ruby n'avait rien de bien difficile ou de très compromettant. Une petite information à soutirer à la directrice et elle aurait enfin son petit garçon au téléphone. Cette simple pensée la fit s'endormir paisiblement.
--
Lorsqu'elle arriva devant la porte vernie de noir le lendemain matin, elle eut la surprise de la trouver déjà ouverte. Elle s'approcha alors et leva les yeux au ciel en voyant la gardienne Belfrey qui essayait de faire la conversation à une Regina profondément ennuyée. Au visage de la femme, Emma put deviner que le dragon devait lui tenir le crachoir depuis un moment déjà.
« Bonjour madame Mills, s'annonça-t-elle en poussant son charriot à l'intérieur du bureau.
- Bonjour Miss Swan, salua la brune.
- Swan... », marmonna la gardienne entre ses dents.
Emma l'ignora et se mit à faire son ménage.
« Je pense que nous avons fini gardienne Belfrey, vous pouvez y aller, reprit Regina.
- Vous êtes sûre que vous ne voulez pas que l'on parle de la stratégie anti-drogue que je souhaite mettre en place ?, tenta le dragon.
- Je ne pense pas qu'il soit très judicieux de parler de stratégie anti-drogue devant une détenue, répliqua la directrice dans un sourire poli qui peinait à cacher son agacement.
Belfrey fusilla Emma du regard.
- Vous avez raison, admit-t-elle sans pour autant lâcher l'affaire, Alors on peut discuter du retour de De Vil et Breaburn. Vous êtes toujours sûre de vouloir les faire sortir vendredi matin madame Mills ?
Le visage d'Emma s'éclaira. Un grand sourire prit possession de ses lèvres et elle dut se retenir pour ne pas crier "merci" au dragon. Seulement la blonde ne remarqua pas que les prunelles chocolat avaient clairement repéré son air réjoui.
- Oui je suis sûre. Maintenant sortez de mon bureau et mettez vous au travail je vous prie, exigea-t-elle, voulant se débarrasser de Belfrey rapidement.
- Je pense personnellement qu'il serait plus judicieux de les y laisser un peu plus longtemps, enchaîna la gardienne.
Regina soupira lourdement en se massant les tempes.
- Il se trouve que je me contrefous de ce que vous pensez personnellement, articula-t-elle, Alors je vais vous le demander une dernière fois gentiment, sortez de mon bureau s'il vous plaît et allez vous mettre au travail !
Belfrey, à la fois déçue et vexée, baissa les yeux pour regarder le sol.
- Excusez moi madame Mills, dit-elle en se levant, Je vous souhaite une bonne journée. », ajouta-elle en sortant du bureau.
Regina scruta de ses yeux bruns la blonde toujours aussi souriante et attendit que la porte se referme derrière la gardienne pour prendre la parole.
« Qu'est-ce qui vous fait sourire ainsi Miss Swan ?
- Belfrey, répondit-elle spontanément.
- Belfrey ?, répéta la brune perplexe.
La blonde se rendit alors compte de sa bourde et s'empressa de la rattraper.
- Elle est vraiment à fond sur vous, affirma-t-elle, C'est drôle à voir.
Regina arqua un sourcil et plissa les yeux, essayant d'évaluer si la détenue lui disait la vérité ou non.
- Je ne trouve pas ça très drôle, finit-elle par répondre, n'ayant rien pu déceler chez la blonde, Elle est d'un ennui mortel et d'une lourdeur sans limite.
- Ça je n'en doute pas une seconde, rigola Emma.
- Mais bon elle n'y peut rien la pauvre, continua Regina, Elle est tombée sous mon charme comme beaucoup d'autres...comme vous, ajouta-t-elle avec un sourire en coin.
- Je ne suis absolument pas tombée sous votre charme, s'offusqua la blonde.
- Vous êtes bien sûre Miss Swan ?, demanda-t-elle de son air malin.
- Sûre et certaine madame Mills, déclara la détenue.
- Si vous le dites, accorda la femme en montrant bien qu'elle ne la croyait pas une seconde.
- Ce serait une erreur arrogante de croire que tout le monde tombe sous votre charme, rajouta Emma.
- Je ne parle pas de tout le monde, je parle seulement de vous Miss Swan, corrigea-t-elle, De vous et de vos yeux qui vous trahissent à chaque instant...
- Si mes yeux me trahissent madame Mills, ce n'est pas le cas de mon esprit, répliqua Emma, Je ne suis pas bête au point d'ignorer votre intérieur pourri seulement parce que votre extérieur est sublime.
Un petit rire s'échappa des lèvres maquillées de rouge.
- Je vais retenir le "sublime", dit-elle.
- Retenez ce que vous voulez. », répondit la blonde en levant les yeux au ciel, reprenant ensuite son ménage.
--
« Tu étais où ?, demanda Mary-Margaret.
La blonde était partie sans explication à la fin du dîner et revenait maintenant dans leur cellule, un petit sourire aux coins des lèvres.
- Je téléphonais à Henry, répondit-elle en montant sur son lit.
- Hein ?!, s'étonna la petite brune, La Méchante Reine est déjà revenue sur sa décision ?
Emma rit jaune.
- Non et à mon avis ce n'est pas près d'arriver. Je ne pense pas que cette garce soit du genre à revenir sur ses décisions.
- Je ne comprends toujours pas ce que tu as pu faire pour qu'elle te prenne en grippe à ce point, soupira Mary-Margaret.
- Mais je n'ai rien fait du tout, se défendit Emma, Cette femme est mauvaise, c'est tout.
- Attends, interrompît Blanchard, Si tu n'as pas récupéré ton droit d'appel, comment est-ce que tu as fait pour téléphoner ? Ne me dis pas que tu as encore rendu un service à Ruby ?!
- Si..., avoua Emma.
- Mais tu avais promis de ne plus t'attirer d'ennuis !, désespéra la codétenue.
- Oui je sais... Mais ne t'inquiète pas c'était un petit service de rien du tout, se justifia-t-elle.
- Pourquoi est-ce que j'ai le pressentiment que tu es loin d'en avoir fini avec les problèmes... »
Une sonnerie coupa Mary-Margaret. Il était 21h, heure du comptage.
Les deux détenues sortirent à l'extérieur de leur cellule pour s'adosser au mur du couloir. Elles attendirent tranquillement les gardiens et lorsque ce fut au tour de David Nolan de passer, le clin d'œil qu'il lança à la petite brune n'échappa point à la blonde.
« Alors, comment ça se passe avec ton mec ? », s'amusa-t-elle, faisant ainsi rouler les yeux de Mary-Margaret.
--
Elle raccrocha et reposa le combiné sur son bureau. Contrariée, elle passa sa main dans ses cheveux bruns, souffla bruyamment, puis se leva sans attendre. Sa journée de travail s'était terminée sur une mauvaise note: un appel de Gold.
Le directeur l'avait appelé pour lui faire part des nouvelles mesures qu'il avait mis en place au sein de la prison. Lorsqu'il lui avait dit que ça n'allait pas lui plaire, il avait eu raison. Dès lundi, une nouvelle équipe de gardiens surentrainés débarquait au pénitencier Gold. Jusqu'ici rien de bien dramatique pour Regina, cependant Gold avait ajouté une information bien plus désagréable aux yeux de la directrice. La nouvelle équipe de gardiens allait être encadrée par un certain monsieur George. Gold l'avait désigné comme étant le nouveau responsable de la sécurité dans la prison, et Regina avait deviné son sourire lorsqu'il avait précisé que ce nouvel arrivant agirait en totale autonomie. Ce fut un coup dur pour la femme qui était habituée à avoir tout le monde à ses pieds. L'arrivée de ce monsieur George n'était donc pas de bonne augure pour notre chère Méchante Reine.
Ses talons martelant le sol à chacun de ses pas, elle traversa la prison et rejoignit le parking en un rien de temps. Elle passa les grilles grâce à son badge et plissa les yeux en apercevant une petite silhouette qui se tenait assise devant sa belle Mercedes noire. Elle s'approcha, examinant de ses yeux chocolat le petit homme qui semblait attendre devant sa voiture.
« Excusez-moi jeune homme, l'interpella-t-elle, N'êtes vous pas un peu jeune pour trainer sur le parking d'une prison ?
Le petit garçon se retourna et sourit en repérant la clé ornée du logo Mercedes dans la main de la brune.
- Vous êtes bien Regina Mills ?, demanda-t-il.
Elle fronça les sourcils avant de se rappeler que son nom était écrit sur sa place de parking.
- Je vois que vous savez lire, commenta-t-elle.
Le jeune garçon rigola.
- Pourquoi est-ce que vous me vouvoyez ? Vous pouvez me tutoyer, je n'ai que huit ans.
- Et qu'est-ce qu'un petit garçon de huit ans fait seul sur un parking ?, interrogea Regina, Où sont tes parents ?
- Mon père est au travail et ma maman est ici, dit-il en pointant son doigt en direction des gros blocs gris qui constituaient la prison.
Maintenant qu'elle y pensait, la bouille de l'enfant lui disait vaguement quelque chose.
- Et qui est ta maman ?, demanda-t-elle.
- Emma Swan. », répondit Henry avec un sourire innocent.
Regina grimaça.
« J'ai l'impression que vous ne l'aimez pas trop, remarqua-t-il, Elle non plus ne vous aime pas trop.
- Ah oui ?, fit-elle en feignant la surprise.
- Je peux même dire qu'elle vous déteste depuis que vous l'empêchez de me voir, ajouta-t-il.
La brune leva les yeux au ciel.
- Et toi tu es venu ici pour me demander de lui rendre son droit de visite, c'est bien ça ?
- C'est ça, avoua Henry.
- Alors vas-y, je t'écoute, dit-elle, Qu'est-ce que tu as à me dire pour sa défense ?
- Je ne sais pas vraiment ce qu'elle vous a fait, elle n'a pas voulu me le dire, commença le garçon, Elle a sûrement fait des bêtises, elle en fait souvent mais elle ne le fait jamais exprès, précisa-t-il, Mais même si elle a fait une grosse bêtise, je sais qu'elle ne mérite pas d'être privée de me voir.
L'enfant était sûr de lui et s'exprimait très bien pour son jeune âge. Regina le trouva tout bonnement adorable.
- Elle te manque beaucoup ta maman, n'est-ce pas ?, demanda-t-elle, se laissant bien malgré elle attendrir par le gosse.
- Oui elle me manque énormément, affirma Henry, Et je suis sûr que je lui manque encore plus.
Si Regina avait bien une faiblesse, c'était les enfants. Ce petit garçon en particulier provoqua chez elle un élan presque maternel qu'elle refoulait depuis longtemps.
- Alors je vais voir ce que je peux faire... », lui dit-elle avec un doux sourire.
Henry lui sourit en retour, content de l'avoir convaincu.
« Comment est-ce que tu es venu jusqu'ici ?, enchaîna-t-elle.
- J'ai pris le bus, expliqua le garçon.
- Tout seul ?, demanda-t-elle en fronçant les sourcils, Ton papa sait que tu es ici ?
- Oui tout seul, répondit-il tout naturellement, Et non il n'est pas au courant.
- Donne-moi son numéro, exigea-t-elle en sortant son portable.
- Je ne le connais pas, mentit le garçon.
La femme le regarda en plissant les yeux.
- Tu es un très mauvais menteur, dit-elle avant de soupirer, Allez monte dans la voiture je vais te ramener chez toi. »
Il ne perdit pas de temps, il ouvrit la portière et se glissa sur le siège passager.
« Non, non, refusa-t-elle immédiatement, Tu n'as que huit ans, tu montes à l'arrière.
Le petit garçon soupira face au ton sans appel de la femme et partit s'assoir derrière.
- Ma maman me laisse monter devant d'habitude, râla-t-il.
- Pourquoi est-ce que je ne suis pas étonnée ? », dit-elle ironiquement avant de démarrer.
Le silence s'installa dans l'habitacle. Les seuls mots qu'ils échangèrent furent au sujet du chemin à prendre pour arriver à l'adresse d'Henry.
Durant le trajet, Regina lança quelques regard furtifs dans le rétroviseur intérieur pour observer le petit garçon et le grand sourire qui ornait son visage. Brun aux yeux noisette, il ne ressemblait pas vraiment à la blonde, et pourtant Regina lui trouvait une bouille d'ange à l'image de celle de sa mère.
La simple présence de cet enfant dans sa voiture donna une bouffée d'air frais à la brune, elle arriva même à en oublier l'appel désagréable de Gold.
« Et voilà, nous y sommes !, s'exclama-t-elle en se garant devant la petite maison en briques rouges.
Elle se retourna pour regarder le garçon qui n'avait pas bougé et qui semblait s'être perdu dans ses pensées.
- Je ne pense pas que vous soyez si terrible que ça finalement, déclara-t-il après un léger temps de silence.
Regina ne put retenir l'éclat de rire franc qui sortit de sa gorge.
- C'est ta mère qui t'a dit que j'étais terrible ?
- Oui, elle a dit pleins de vilaines choses sur vous, confirma Henry, Mais je suis sûr que vous êtes une bonne personne Regina.
La brune se retourna, honteusement touchée par les mots de l'enfant, elle ne voulait plus affronter son regard.
- J'aimerais te donner raison...»
Il ne releva pas et ouvrit la portière pour descendre de la voiture, la refermant juste derrière lui. Elle fut étonnée qu'il ne prenne pas la peine de lui dire au revoir. Il vint cependant vite la rassurer en toquant à la fenêtre côté passager.
« Merci de m'avoir ramené, dit-il dans un sourire une fois la vitre baissée.
- De rien..., commença-t-elle avant de s'interrompre en constatant qu'elle ne connaissait même pas son prénom.
- Henry. », ajouta-t-il en comprenant son trouble.
Il lui fit un petit signe de la main avant de partir en courant pour rejoindre sa maison. Elle le regarda s'éloigner les yeux brillants. Ce gamin portait le prénom de son défunt père et cela la fit tomber encore un peu plus sous le charme de l'enfant.
Regina ne put alors s'empêcher de penser qu'Emma Swan avait mis au monde un petit être extraordinaire.
Avant de faire gronder le moteur de sa berline pour rejoindre le manoir King-Mills, la brune se promit une chose: demain matin, pendant son heure de ménage, elle aurait une discussion avec la blonde.
--
Ce soir là, Emma était entrain de manger une espèce de bouillie peu ragoutante lorsqu'une grande brune aux mèches rouges s'approcha de sa table avec un sourire aux lèvres.
« Dis-moi Boucles d'or, l'interpella-t-elle, Ça te dirait de pouvoir appeler ton fils plus souvent ?
La blonde l'observa avec des yeux aussi intéressés qu'ils étaient sceptiques.
- Quel genre de service je vais devoir te rendre pour ça ?, demanda-t-elle.
Ruby s'approcha pour lui dire d'une voix plus basse.
- Du genre très gros service... »
