Le soleil de juillet brillait déjà en ce vendredi matin. Il n'était pas encore sept heures et pourtant une certaine détenue aux yeux émeraudes et à la chevelure d'or faisait déjà les cent pas dans sa cellule.
« Ce n'est vraiment pas une bonne idée Emma, bailla Mary-Margaret à moitié endormie dans son lit, Tu ne devrais pas faire ça, tu vas t'attirer encore plus d'ennuis.
- Peut-être, admit la blonde, Mais au moins j'aurai mon petit garçon au téléphone tous les jours.
- Je suis sûre qu'il doit y avoir un autre moyen...», ajouta la petite brune qui avait connaissance et n'approuvait pas du tout le service que sa codétenue allait rendre à Ruby.
Emma ne répondit pas, la sonnerie de sept heure venait de retentir, les portes des cellules s'étaient déverrouillées, Belfrey et Graham s'avançaient pour effectuer le comptage du matin.
La blonde se dépêcha d'aller dans la salle de bain. Elle se passa un peu d'eau fraiche sur le visage, voulant calmer son stress croissant. Elle savait qu'en rendant ce service à Ruby, elle risquait gros, très gros. Seulement elle était désespérée, complètement désarmée face au manque de son petit garçon, alors elle était prête à prendre le risque. C'était peut-être ridicule, complètement irréfléchi et navrant, mais l'absence d'Henry la mettait dans un tel état qu'elle était capable de tout.
Lorsqu'elle rejoignit le réfectoire, elle eut à peine le temps de se servir un chocolat chaud qu'elle vit le gardien Jones approcher Ruby pour lui glisser quelques mots à l'oreille. Les yeux bleus de la grande brune vinrent directement se poser sur la blonde et lorsqu'elle lui fit un petit signe de tête, Emma comprit: De Vil et Breaburn venaient de sortir du trou.
Elle répondit alors au signe de tête d'un regard entendu et elle se dépêcha d'avaler son chocolat, se brûlant presque le palais tant le liquide était chaud. Ruby s'approcha discrètement d'elle pour lui glisser un petit objet dans la main.
« A toi de jouer Boucles d'or. », chuchota-t-elle avant de s'éloigner.
Emma coinça l'objet contendant dans l'élastique de son pantalon avant de se lever pour quitter la cantine, se dirigeant tout droit vers le local d'entretien. Une fois son charriot en main, la blonde partit en direction du couloir de l'administration, son appréhension montant d'un cran à chacun de ses pas.
Arrivée devant la porte vernie de noir, elle prit une grande inspiration avant de toquer.
« Entrez. », sonna la voix de la directrice.
Sa main posée sur la poignée, Emma se murmura un silencieux « C'est parti. » destiné à lui donner l'aplomb nécessaire pour la scène qui allait suivre.
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A la fin du petit déjeuner, le gardien Jones ouvrit la porte qui donnait sur l'extérieur. Très vite, la cour grillagée fut remplie de femmes attendant avec hâte de voir la confrontation entre les deux chefs de gang. Ce règlement de compte prenait des allures de spectacle pour ces détenues friandes de la moindre animation capable de rendre leur quotidien en prison plus palpitant.
L'allure fière et sereine, Ruby fit son entrée dans l'arène. Ses mains nonchalamment posées sur ses hanches, la jeune femme n'eut pas à attendre longtemps avant de voir arriver De Vil accompagnée de Breaburn.
« Cruella et son petit toutou, commenta-t-elle avec un petit sourire rieur.
L'ensemble de la foule rigola un bref instant avant de se taire face au regard glaçant de De Vil.
- Je vois que certaines ont été rapides pour retourner leur veste, articula-t-elle de sa voix dure en visant toutes les filles qui avaient succombé à l'appel de la drogue des Granny.
- Que veux-tu ma vieille, tu n'étais pas là pour les fournir, il fallait bien que quelqu'un s'en charge, nargua Ruby, Au fait, tu connais la date de l'audience ?
Les yeux bleus de la femme à la mèche blanche vinrent poignarder la jeune brune.
- Tu vas payer pour ça, déclara-t-elle d'un ton menaçant, Tu le sais n'est-ce pas ?
- Parce que tu penses être en position de me menacer ?, se moqua Ruby.
- Bien sûr, ricana De Vil, Ce n'est pas un petit séjour au trou qui va me faire perdre tout mon pouvoir, assura-t-elle.
- Pourtant deux petites semaines au trou ont suffit à te faire perdre toutes les junkies, piqua la jeune femme.
- Et il me faudra moins d'une journée pour toutes les récupérer, rétorqua la chef de gang.
- Je compte bien rester à la tête du trafic de cette prison, s'avança Ruby.
- C'est ma prison gamine, répliqua De Vil, Tu t'es peut-être amusée pendant mon absence, mais je suis de retour et je reprends les rennes en main.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?, demanda la jeune brune en fronçant les sourcils.
- Ce que je veux dire c'est que ça doit faire deux ans que ton petit trafic essaie de nuire au mien et que je commence à en avoir plus qu'assez. Je veux l'exclusivité, je suis toujours la Top Dog, déclara-t-elle, Alors au lieu de continuer à me chier dans les bottes, défie-moi en duel. »
Ruby se figea. Elle s'était préparée à un simple règlement de compte et voilà qu'elle s'embarquait maintenant dans une véritable mise à mort.
Cela faisait presque cinq ans qu'elle était incarcérée ici et pourtant elle n'avait jamais assisté à un duel. Le dernier avait eu lieu des années avant son arrivée au pénitencier Gold et il avait opposé sa grand-mère à De Vil.
Granny avait longtemps été la Top Dog, celle qui dirigeait la prison et son trafic, jusqu'à ce que De Vil se décide à prendre sa place, la provoquant en duel comme l'imposaient les règles ancestrales de la prison. La gagnante devenait la nouvelle Top Dog, la perdante devait se faire toute petite, si elle survivait. Il n'y avait que deux moyens de perdre un duel, l'abandon...ou la mort.
Granny avait choisi d'abandonner, se résignant à renoncer à son titre après que son adversaire lui ait perforé les deux poumons. Depuis ce jour, De Vil dominait les lieux et Granny avait dû se résoudre au trafic de contrebande futile. La drogue circulant dans les cuisines avait été remplacée par des produits de beauté, des collants ou encore des magazines de charme. Dans son malheur, la vieille femme aux cheveux rouges avait quand même eu la chance de garder une certaine autorité sur la plupart des détenues, ainsi qu'un profond respect de la part de toute la prison, ce qui était rare pour une ancienne Top Dog déchue.
Si pendant de nombreuses années on n'avait pas vu la trace d'une drogue dans les cuisines, Ruby avait remédié à cela en se lançant elle-même dans le trafic, épaulée par sa grand-mère qui jubilait de voir sa petite-fille causer du tort à De Vil.
Presque deux ans que la jeune brune dealait en parallèle de la Top Dog et jamais cette dernière ne l'avait sérieusement inquiétée. Ruby se rendit alors compte que cacher de la drogue dans la cellule de De Vil n'avait peut-être pas été la meilleure idée du monde. Elle se retrouvait maintenant au pied du mur, devant affronter la chef du gang adverse ou bien se résignant à abandonner... Et il fallait vraiment mal connaître Ruby pour envisager l'abandon comme une option.
« Va pour un duel, annonça-t-elle, Prépare-toi à prendre une raclée Cruella !
De Vil ricana méchamment.
- Tu connais les règles n'est-ce pas ?, voulut-elle s'assurer.
- Un contre un, armes permises, récita Ruby, Celle qui gagne est Top Dog, celle qui perd est une lâche... ou une morte.
Un sourire mauvais se dessina sur les lèvres de la femme à la mèche blanche.
- Tu oublies une règle, prévint De Vil.
- Laquelle ?, interrogea-t-elle en fronçant les sourcils.
- On peut choisir de se battre nous-même, commença-t-elle, Ou l'on peut choisir d'envoyer quelqu'un se battre pour nous. Je choisis Breaburn.»
Ruby grimaça. Effectivement elle avait oublié cette règle. Si se battre face à une De Vil âgée et squelettique lui paraissait plus que jouable, se retrouver à combattre une cannibale bien plus carrée aux dents aiguisées lui plaisait beaucoup moins.
« Un problème ?, provoqua la Top Dog avec un sourire en coin.
- Absolument aucun, répondit Ruby sans perdre la face, Le toutou est prêt à prendre sa raclée ?», ajouta-elle d'une voix moqueuse à l'adresse de Breaburn.
Les autres filles étaient en délire, criant le nom qu'elles défendaient et se regroupant jusqu'à former un cercle autour des deux adversaires. Chacune une lame en main, il n'était plus question que de secondes avant que l'une ne saute au cou de l'autre, débutant ainsi le duel.
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Elle appuya sur la poignée et ouvrit la porte, révélant une Regina vêtue d'un élégant tailleur-pantalon noir, confortablement assise derrière son bureau, le regard plongé dans ses documents.
« Bonjour Miss Swan, salua-t-elle sans lever les yeux.
- Bonjour madame Mills. », répondit Emma.
La blonde débuta ensuite son ménage et la brune, trop absorbée par son travail, ne remarqua pas une seconde le stress pourtant flagrant de la détenue.
Les minutes s'écoulèrent et Emma douta de plus en plus, réfléchissant aux conséquences de ses actes et commençant à les redouter sérieusement.
Allait-elle vraiment risquer de prendre le troisième rapport qui lui pendait au nez en faisant ce que Ruby lui avait demandé ?
« Miss Swan, venez vous assoir je vous prie.
La voix de Regina la coupa brusquement dans sa réflexion, la faisant presque sursauter.
- Pourquoi ?, demanda-t-elle sur la défensive.
La brune fronça les sourcils en l'étudiant de haut en bas.
- Simplement parce que je vous le demande, déclara-t-elle d'un ton neutre.
Emma soupira mais obtempéra, prenant place sur le siège en cuir qui faisait face au bureau.
« Je veux que l'on discute, commença la brune.
La blonde releva les yeux pour croiser ceux chocolat de la directrice. Elle n'avait aucune idée de ce dont la femme voulait lui parler et pourtant elle jura voir passer une certaine bienveillance dans son regard.
- A quel sujet ?, demanda-t-elle, curieuse.
- Au sujet d'Hen...»
La sonnerie d'alerte retentit, coupant Regina dans son élan, ramenant Emma à ses obligations. Le bouton rouge avait été enclenché, signe pour la directrice que quelque chose se tramait dans sa prison, signe pour la détenue qu'elle allait bientôt devoir agir.
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Déboulant dans la cour, Belfrey n'avait pas attendu une seconde pour appuyer sur le bouton rouge. L'alarme tonitruante ne fit alors qu'accentuer le vacarme qui régnait déjà dans la cour, échauffant encore un peu plus les détenues déjà surexcitées. Si jusque là Ruby et Breaburn avaient été les seules à se battre, d'autres filles commencèrent à se bousculer, se frapper, se tirer les cheveux, donnant à la scène un véritable air de chaos.
La gardienne en chef ne se laissa pas dépasser par la cohue générale et repéra vite Killian Jones, planté à l'autre bout de la cour, complètement inactif, regardant la foule bagarreuse avec un certain amusement.
« Nolan, Humbert, situation de crise dans la cour, dépêchez-vous. »
Après avoir articulé ces mots dans son talkie-walkie, le dragon entreprit de rejoindre le gardien Jones. Elle comptait bien lui passer le savon qu'il méritait. Cependant elle n'eut pas l'occasion de le faire, à peine eut-elle avancé d'une poignée de pas qu'elle s'écroula lourdement au sol, assommée par un vigoureux coup porté au sommet de son crâne.
Poêle en main, Mulan Fa faisait équipe avec Aurore Sleeping qui se hâta de récupérer les clés accrochées à la ceinture de la gardienne. Elles travaillaient toutes les deux en cuisine et faisaient partie des Granny. Missionnées par Ruby, les deux amies devaient s'assurer que Belfrey ne puisse pas rejoindre son bureau de gardienne en chef. C'était maintenant chose faite.
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L'intensité de l'alarme avait le mérite d'être bien moindre dans le couloir de l'administration, mais Regina Mills n'en était pas moins agacée pour autant. Elle attendit tout au plus une minute et voyant que la sonnerie ne cessait pas, elle se décida à ouvrir l'un des tiroirs de son bureau pour se saisir de son talkie-walkie.
« Qu'est-ce qui se passe ?, demanda-t-elle, déjà ennuyée d'avoir affaire à une nouvelle overdose.
- Situation de crise dans la cour madame Mills, répondit la voix de Nolan, A priori ce serait un règlement de compte entre les De Vil et les Granny qui aurait dégénéré et maintenant la quasi-totalité des détenues sont impliquées. Je suis avec Humbert et Jones, on essaie de calmer la situation.
- N'essayez pas, faites, condamna la directrice, Où est la gardienne Belfrey ?!
- Par terre, répondit la voix de Killian.
- Elle a été assommée, expliqua Nolan.
Regina roula des yeux.
- Stoppez ce massacre, articula-t-elle sévèrement, Et vite, sinon je vais être obligée de faire appel aux forces extérieures. »
Elle reposa le talkie-walkie sur son bureau en marbre et soupira lourdement, les yeux clos, elle se massa les tempes du bout de ses doigts.
« Vous étiez au courant ?, finit-elle par demander en cherchant les yeux verts.
Emma, perdue dans ses pensées, ne put retenir un léger sursaut.
- Au courant de quoi ?, fit-elle sans être ne serait-ce qu'un minimum convaincante.
- Je ne sais même pas pourquoi je vous pose la question, bien sûr que vous étiez au courant, souffla la brune en levant les yeux au ciel, Estimez-vous heureuse d'être dans mon bureau, au moins vous n'aurez pas de rapport pour avoir participé au rassemblement. »
Emma grimaça, elle n'était pas si sûre de cette affirmation.
« Pourquoi est-ce que vous faites cette tête ? », questionna la brune, sourcils froncés, ne comprenant pas l'attitude absente et étrange de la détenue.
La blonde faisait cette tête car l'idée de sortir l'arme coincée dans son pantalon pour menacer la directrice et ainsi l'empêcher d'appuyer sur le bouton noir l'emballait de moins en moins.
Si le bouton rouge était très régulièrement utilisé au sein de la prison, le recours au bouton noir était beaucoup moins fréquent. Notamment utilisé en cas de meurtre ou d'émeute, le bouton noir prévenait des forces extérieures et indépendantes au pénitencier Gold. Lorsqu'elles étaient mobilisées, une enquête était systématiquement réalisée et les détenues au cœur du problème voyaient leur peine rallongée, parfois drastiquement.
Il n'y avait que deux boutons noirs dans l'unité des femmes. Un dans le bureau du chef des gardiens, l'autre dans le bureau de la directrice. Ruby avait chargé Mulan et Aurore de s'occuper du premier et Emma de s'occuper du second.
Gênée par les yeux chocolat et interrogateurs qui la fixaient en l'attente d'une réponse, Emma se leva pour rejoindre son charriot d'entretien et reprit son ménage comme si de rien n'était.
« Vous êtes bien étrange aujourd'hui Miss Swan. », commenta la brune en haussant les sourcils.
Tapotant le marbre blanc de ses ongles parfaitement manucurés, Regina attendait impatiemment des nouvelles des gardiens.
« Regi... Madame Mills, la voix de Graham se fit entendre après quelques minutes, La situation nous échappe, il va falloir réquisitionner les forces extérieures. »
La brune soupira, elle n'avait pas particulièrement envie de faire appel aux forces extérieures et de donner ainsi un prétexte supplémentaire à Gold de lui retirer un peu plus de son pouvoir. Cependant elle avait bien conscience que plus vite elle les appelait, et moindres seraient les dégâts.
Elle avait appuyé sur le bouton du talkie-walkie et s'apprêtait à répondre quand elle sentit quelque chose de froid et métallique se plaquer sous sa gorge. De surprise, elle lâcha le talkie-walkie et lorsqu'elle entendit Emma lui murmurer quelques mots à l'oreille, elle se figea complètement.
« Si j'étais vous madame Mills, je ne bougerais pas d'un millimètre. »
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Les mains serraient autour du cou de Ruby qu'elle plaquait au sol, Breaburn venait de prendre l'avantage. Jusqu'ici pourtant, la brune aux mèches rouges avait été la plus rapide, la plus habile et la plus incisive. Armée d'un couteau de cuisine face à son adversaire qui avait préféré se battre à mains nues, Ruby avait offert à Breaburn quelques belles entailles sur ses flancs, ses bras et ses cuisses. Seulement la cannibale avait fini par mordre sa main jusqu'au sang, l'obligeant à lâcher son arme et à perdre ainsi l'avantage du combat.
Autour d'elles, des dizaines de détenues commentaient vivement le duel, plusieurs d'entre elles s'amusaient à faire des pronostics alors que certaines allaient jusqu'à se battre pour défendre leur favorite. D'autres encore, moins nombreuses mais sans doute plus sages, plus raisonnables et plus prudentes, observaient le spectacle de loin, se tenant à l'écart de la foule. C'était par exemple le cas de Mary-Margaret et Granny. Les deux femmes étaient debout sur les bancs bordant la cour, évitant ainsi la mêlée hystérique sans pour autant rater une miette de ce qui s'y déroulait.
De leur côté, Nolan et Humbert luttaient pour se frayer un passage entre les détenues déchaînées. Jones, lui, était parti à l'infirmerie, cherchant de l'aide auprès de Belle pour Belfrey qui jonchait toujours le sol de la cour, encore profondément assommée par le coup de poêle de Mulan.
Alors que Graham s'évertuait à séparer Gardener et Darling, David s'aventura jusqu'au centre de l'arène, voulant stopper l'animation principale de la cour et espérant ainsi calmer la confusion générale. Le jeune gardien approchait du but, se faufilant entre les détenues hystériques, mais lorsqu'il fut sur le point de libérer Ruby de l'emprise de Breaburn, quelqu'un le coupa dans son élan...
Une vive douleur dans le dos le transcenda. Une tâche rouge foncé teinta son uniforme. Il s'écroula à genou.
De Vil, discrète et efficace, venait de le poignarder. Il n'était pas question pour la Top Dog que le gardien vienne interrompre le combat qu'elle était entrain de gagner.
Si dans l'euphorie de l'instant, ni Graham, ni aucune des détenues n'avaient remarqué le gardien blessé, Mary-Margaret et Granny, elles, n'avaient rien loupé de la scène.
« David ! »
Le cri de détresse de la jeune femme sembla déchirer l'espace mais ne fit pourtant que se fondre au vacarme général.
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« A quoi vous jouez Swan ? », demanda-t-elle sèchement, peinant à articuler de peur de sentir la lame transpercer sa peau.
Tant par sa voix que par le "Miss" qui n'avait pas accompagné le "Swan", Emma comprit que Regina était sous le choc. Elle pensa alors que ce n'était pas bien étonnant, elle était quand même entrain de la menacer, un objet contendant plaqué contre sa gorge.
« Vous vous rendez-compte de ce que vous êtes entrain de faire j'espère ?, articula la brune.
- Oui, répondit la blonde, Je vous empêche d'appuyer sur le bouton noir.
Un court silence fit suite, Regina réfléchissant à toute allure sous la menace de l'arme.
- Vous allez donc prendre un troisième rapport et risquer un rallongement de peine juste parce que mademoiselle Lucas ne veut pas être interrompue pendant sa petite bagarre avec De Vil, constata la directrice, Vous vous rendez compte que c'est parfaitement ridicule. »
La perspicacité exacerbée de Regina et sa capacité à conserver son air condescendant en toute circonstance faisaient bouillir Emma. Alors la blonde appuya un peu plus sur la lame.
« Je tiens à vous rappeler que vous êtes entrain d'agresser la directrice de la prison dans laquelle vous êtes incarcérée, et je ne sais pas si vous êtes assez futée pour vous en rendre compte mais ce n'est pas de cette manière que l'on évite les ennuis, grogna-t-elle, se sentant de plus en plus oppressée par la lame.
- Vous me privez de mon fils alors je n'ai plus grand chose à perdre, ragea Emma.
- Parce que vous pensez que vous comporter de cette manière me donne envie de vous rendre votre droit de visite ?, demanda-t-elle d'un ton moqueur et méprisant.
- Parce que vous pensez que je vais vous laisser le choix ?! », s'énerva la blonde.
Elle retira la lame de la gorge de Regina pour l'attraper fermement par le bras, la jetant ensuite avec force contre le mur. La brune n'eut le temps de bouger qu'elle se retrouva totalement immobilisée par Emma qui retenait l'un de ses poignets d'une main et qui lui épinglait le buste au mur, l'avant-bras plaqué à la racine de son cou, la main resserrée autour de l'arme.
Emma se tenait tellement proche que la brune sentait son souffle lui fouetter le visage. A cette distance, elle pouvait aisément lire dans les orbes émeraude. La blonde n'était pas sûre d'elle, elle ne savait pas vraiment ce qu'elle faisait, cela se ressentait dans son regard. Regina se retrouva tout d'un coup beaucoup moins tendue, maintenant certaine qu'elle pouvait reprendre l'avantage de la situation.
« Vous n'aviez pas dit que vous ne me sauteriez jamais dessus Miss Swan ?, provoqua-t-elle avec un petit sourire malin.
- Oh fermez la ! », ragea la blonde, taquinant la peau de la femme du bout de sa lame.
Les yeux verts virent alors les bruns s'écarquiller en se posant sur l'arme: une brosse à dent ornée d'une lame de rasoir.
« Je l'ai choisi rien que pour vous, ricana Emma.
Les prunelles chocolat s'alignèrent aux vertes.
- J'apprécie l'attention. », nargua la brune.
Agacée, la blonde fit pression sur la lame qui commençait à appuyer sérieusement sur l'épiderme de la directrice.
« Je sais ce que vous essayez de faire Miss Swan, articula-t-elle calmement, Vous essayez de m'intimider, mais sachez que je n'ai absolument pas peur de vous.
- Ah bon vraiment ?, demanda Emma, prenant soin d'augmenter encore un peu plus la pression de la lame.
- Je vous connais par cœur Miss Swan et je sais que vous êtes incapable de me faire du mal, tenta Regina sans jamais lâcher les prunelles vertes de l'emprise des siennes.
- Vous ne me connaissez pas madame Mills, rétorqua-t-elle, S'il y a bien quelqu'un à qui j'ai envie de faire du mal, c'est vous.
- Parce que vous me détestez ?, interrogea Regina en prenant soin de montrer qu'elle trouvait cette hypothèse absurde.
- Exactement, confirma la détenue.
La brune pouvait clairement voir la haine brûler dans les orbes verts, cependant ce n'était pas la seule chose qu'elle décelait dans les yeux d'Emma.
- Vous me détestez peut-être, commença-t-elle, Mais je sais aussi que dans un sens vous m'adorez.
La blonde rit jaune.
- Qu'est-ce que je pourrais adorer chez vous ?
- Ça je n'en sais rien, c'est à vous de me le dire, continua la femme, Mais je sais que vous ne ferez rien de cette lame parce que vous n'avez aucune envie d'abîmer l'objet de tous vos fantasmes.
Les yeux ardents et la voix chaude de Regina commençaient à avoir raison de la blonde. Un petit sourire se glissa sur la bouche maquillée de rouge à cette constatation.
- Vous me paraissez bien sûre de vous madame Mills...
- Comment ne pas l'être Miss Swan ?, la coupa la directrice, Je vous prive de votre fils et pourtant vous restez encore irrémédiablement attirée par moi. »
Si jusqu'ici, son petit coup de charme semblait, comme toujours, fonctionner à merveille sur la blonde, Regina venait d'aller trop loin. Elle n'avait pas résisté à l'envie de piquer un peu trop fort Emma, la faisant totalement sortir de ses gonds.
Les prunelles vertes prirent une teinte grisâtre et Regina jura qu'elle n'aurait jamais cru voir autant de fureur dans les yeux d'Emma qui la fusillaient.
Poussée par le manque de son fils mais aussi par la colère que provoquait la Méchante Reine en elle, la blonde perdit le peu de contrôle qui lui restait, appuyant encore un peu plus sur la brosse à dent.
Un sifflement de douleur sortit des lèvres de la brune alors que la lame s'appliquait à creuser une courte entaille à la naissance de son cou. Quelques gouttes de sang perlèrent, dévalant la peau de Regina pour venir tâcher son chemisier blanc.
« Vous êtes une idiote, déclara la directrice.
- Et vous, vous êtes une salope.» , rétorqua la blonde.
Elle vit la brune ouvrir la bouche.
« Et n'osez pas me sortir un "Langage Miss Swan"!
Regina ricana.
- Je vois que vous aussi vous me connaissez par cœur...
Si elle avait eu conscience du déferlement qu'allait causer cette réplique, Regina se serait sans doute abstenue.
- Oh oui je vous connais par cœur, affirma Emma, Vous êtes la Méchante Reine de cette prison et encore je trouve que le surnom reste gentillet. Vous êtes désagréable, hautaine et profondément méchante. Vous vous croyez toujours tout permis, vous vous comportez comme si le monde vous appartenait alors que tout le monde vous déteste. Vous ne vous en rendez peut-être pas compte mais personne ne peut vous blairer... à part peut-être Belfrey mais c'est parce qu'elle est aussi pourrie que vous. Vous pouvez toujours jouer de vos charmes et de votre physique pour séduire les gens comme vous l'avez fait avec Humbert, mais ça fait de vous quelqu'un de désiré, pas quelqu'un d'aimé. Le pire c'est que ça ne doit même pas vous déranger parce que vous n'avez pas de cœur... ou alors si vous en avez encore un il doit être sacrément noirci par votre méchanceté gratuite. Vous allez peut-être me dire que ça fait de vous quelqu'un de fort, mais je sais que c'est faux et pour être honnête, je vous plains madame Mills. »
Elle écoutait la tirade d'Emma, incapable d'articuler un mot. Elle la regardait avec de grands yeux, supportant bien malgré elle les vérités glaçantes qui sortaient de sa bouche. La colère de la détenue jouait sans aucun doute sur la violence de son discours, mais Regina savait que si la forme était exagérée, le fond lui, était d'une justesse presque absolue.
« Je vous plains parce qu'en réalité vous êtes seule. Vous êtes mariée à un vieil homme riche et vous devez avoir une belle collection d'amants et pourtant je sais que vous êtes profondément seule. Je ne suis peut-être qu'une misérable détenue comme vous vous plaisez à le dire, mais contrairement à vous, moi je ne suis pas seule, et je suis aimée. »
Regina détourna le regard, baissant les yeux dans l'espoir de cacher que les mots de la blonde la bouleversaient.
Avant de perdre le contact des orbes chocolat, Emma fut témoin d'une fragilité qu'elle n'aurait jamais cru voir un jour chez la femme. Elle comprit alors qu'elle venait de toucher un point sensible.
« Qu'est-ce qui a bien pu vous arriver pour que vous deveniez ainsi ? »
Les yeux bruns se relevèrent pour venir capter les verts et aussitôt Emma retomba dans l'emprise fiévreuse que Regina pouvait exercer sur elle en un simple regard.
La brune était encore tourmentée par ses mots et pourtant elle remarqua instantanément son trouble.
Regina voulait sortir de cette situation inconfortable. La détenue l'avait menacée, l'empêchant ainsi de faire son devoir de directrice. Elle ne s'était pas calmée, allant jusqu'à la blesser de son arme. Enfin elle lui avait fait son procès, l'exposant à des faits qu'elle n'avait pas envie d'affronter, lui provocant des émotions qu'elle n'avait pas envie de ressentir. Il ne lui fallut alors qu'une poignée de secondes pour se décider à agir, pour décider de jouer à nouveau de l'effet qu'elle avait sur Emma.
Toujours hypnotisée par les prunelles brunes incendiaires, Emma ne comprit pas tout de suite que le visage de Regina s'approchait du sien. La respiration de la femme venait frapper de plus en plus violemment son visage et pourtant la blonde ne réagissait pas. Ce fut seulement lorsqu'elle sentit les lèvres douces et charnues caresser les siennes qu'elle prit pleinement conscience de ce qu'il se passait.
La bouche de Regina prenant d'assaut la sienne, Emma ne fit rien pour s'en échapper. La jeune femme répondit d'ailleurs très vite au baiser, avide de sentir toujours plus de chaleur s'insinuer au creux de son ventre. Les lèvres de la brune se mouvaient contre les siennes, et cela lui provoqua une série de sensations. Des sensations intenses qu'elle n'avait plus ressenties depuis longtemps.
Noyée dans le baiser, Emma lâcha le poignet de Regina pour venir passer ses doigts dans la chevelure brune et soyeuse.
Lorsque la langue de la blonde demanda passage aux lèvres de la directrice, cette dernière accepta, désireuse de laisser la jeune femme plonger encore un peu plus dans son piège.
Le baiser n'avait rien de doux, mais rien de bien sauvage non plus. Il était néanmoins d'une intensité rare, provoquant une énorme envie d'aller plus loin chez Emma et faisant presque oublier son plan à Regina.
S'engouffrant chaque instant un peu plus dans ce contact qui semblait lui brûler les entrailles, Emma finit par poser sa seconde main sur la taille de la brune.
Le tintement de l'arme s'échouant sur le sol en marbre se fit entendre et ce fut précisément le moment que Regina choisit pour briser le baiser.
Elle repoussa la blonde pour se frayer un passage jusqu'à son bureau, n'attendant pas une seconde pour appuyer sur le bouton noir, un grand sourire victorieux scotché aux lèvres.
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L'infirmière French, escortée du gardien Jones, était arrivée dans la cour en pensant devoir uniquement s'occuper d'une Belfrey dans les vapes. Seulement elle était vite tombée sur une Mary-Margaret en pleurs agenouillée auprès d'un David Nolan en sang. Elle avait alors compris que la gardienne assommée n'était pas une urgence.
Au milieu du chaos que représentait la cour, Killian et Belle eurent du mal à se frayer un chemin pour venir en aide au gardien blessé qui avait perdu connaissance.
« Il va s'en sortir ?!, demanda Blanchard, totalement affolée.
L'infirmière fut surprise de voir la détenue si touchée par le sort du gardien.
- Bien sûr qu'il va s'en sortir. », essaya-t-elle de la rassurer.
Elle commença ensuite à l'examiner et constata bien vite l'étendue des dégâts.
« Appelle les secours. », chuchota-t-elle à l'adresse de Killian, ne voulant pas effrayer Mary-Margaret dont les joues baignaient déjà dans les larmes.
A quelques mètres de là, le combat entre Ruby et Breaburn faisait toujours rage, la jeune brune avait d'ailleurs repris l'avantage, récupérant son couteau et surplombant maintenant son adversaire. La foule autour d'elles était en délire et Graham luttait comme il pouvait pour essayer d'attendre le noyau central.
Arrivé au centre de l'arène, le gardien écarta violemment Ruby qui était sur le point de taillader Breaburn à la gorge. La jeune femme, fortement contrariée, se prépara à réitérer l'assaut, cependant le silence la fit s'arrêter.
La sonnerie assourdissante de l'alarme qui rythmait le combat venait de s'interrompre soudainement. Toutes les détenues s'étaient stoppées avec elle, plongeant brutalement la cour dans un silence angoissant.
Une sonnerie, différente cette fois, ne tarda pas à prendre le relais. Cette alarme eut un tout autre effet sur les détenues qui se hâtèrent de prendre la fuite. Cette sonnerie, elles le savaient toutes, était synonyme de problèmes.
En croisant les yeux bleus et perçants de De Vil, Breaburn comprit qu'il n'était pas encore l'heure pour elle de partir.
«Termine la. », marmonna la Top Dog en lui glissant quelque chose dans la main.
La cannibale repéra bien vite la jeune brune aux mèches rouges qui s'avançait en direction de la porte, voulant sans doute se réfugier dans les cuisines avant que les forces spéciales ne débarquent.
Sentant quelque chose arriver dans son dos, Ruby se retourna. Elle eut alors le temps de voir l'effrayant sourire de Breaburn avant que cette dernière lui plante un cutter en plein torse. Une vive douleur l'irradia, sa vue se flouta, et comme ses jambes ne la portaient plus, elle se laissa tomber. Sa tête frappa violemment le sol de terre battue et puis ce fut le trou noir.
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Emma était restée immobile. Elle fixait la femme qui lui tournait le dos sans vraiment réaliser ce qui venait de se passer.
Regina se retourna avec un grand sourire aux lèvres. Cette image fit rouler les yeux de la blonde, la faisant instantanément sortir de l'état second dans lequel le baiser l'avait plongée.
Les yeux chocolat ne perdant pas de vue les verts, Regina s'avança d'une démarche souple jusqu'à se tenir à moins d'un pas d'Emma.
Elle put à nouveau voir le trouble dans le regard de la blonde et elle s'en amusa. Elle vint poser son index sous le menton de la jeune femme puis essuya de son pouce les lèvres rosées. Elle fut surprise qu'Emma se laisse faire.
« Vous aviez un peu de rouge à lèvre, dit-elle en remarquant le regard interrogateur de la jeune femme, Et cette couleur ne vous va pas très bien au teint. »
Emma ne releva pas, préférant à la place se reculer un peu de l'emprise de Regina.
« Et maintenant ?, parvint-elle finalement à articuler après avoir laisser passer un lourd silence.
- Et maintenant ?, répéta la brune en fronçant les sourcils, ne comprenant pas ce qu'Emma voulait dire par là.
Emma savait-t-elle au moins vraiment ce qu'elle voulait dire par là ?
- Vous allez me mettre un rapport n'est-ce pas ?, continua-t-elle après avoir laissé trainer un nouveau silence.
Regina la regarda de haut en bas avant de soupirer.
« Effectivement vous méritez un troisième rapport Miss Swan, affirma-t-elle, Vous m'avez agressé, avec une arme qui plus est. Vous avez fait une belle bêtise... »
Emma regarda la brune s'arrêter un instant, jusqu'à ce qu'un éclat de malice traverse les yeux chocolat.
« Henry a raison, vous faites souvent des bêtises Miss Swan. »
