L'homme ne semblait pas l'avoir entendu.
« August ?, répéta-t-elle en s'approchant un peu.
Il se retourna et ouvrit grand les yeux en se retrouvant face à la blonde.
- Emma ?!, s'exclama-t-il.
- C'est bien moi, dit-elle en posant une main sur sa hanche, essuyant son front ruisselant du revers de l'autre.
- Mais qu'est-ce que tu fous ici ?, demanda-t-il l'air perplexe, n'en revenant toujours pas de l'avoir devant lui.
- Je pourrais te poser la même question, fit-elle remarquer en observant de bas en haut son uniforme de gardien, Alors comme ça tu es maton maintenant ?, se moqua-t-elle.
Il ricana un instant, retrouvant bien là la jeune femme qu'il avait quitté dix ans plus tôt.
- Et toi une tolarde ?, piqua-t-il en retour, Qu'est-ce que tu as foutu pour arriver dans ce trou Swan ?
- Une connerie il y a huit ans, répondit-elle simplement.
- Laisse-moi deviner, soupira-t-il, Neal ?
- Qu'est-ce que tu es perspicace !, s'exclama-t-elle sarcastiquement.
- Dis-moi que tu as viré ce connard de ta vie, supplia-t-il.
- Non... Mais ce n'est pas ce que tu crois, s'empressa-t-elle de rajouter en voyant la grimace d'August, Je n'ai pas eu le choix...
- Comment ça pas le choix ?! Qu'est-ce qui t'empêche de quitter ce pauvre type pour de bon ?
- Notre fils, annonça-t-elle de but en blanc.
La nouvelle figea August sur place.
- Ne me dis pas que tu as eu un gosse de Neal, finit-il par articuler.
- Il s'appelle Henry et il a huit ans, confirma Emma.
- Tu as eu un gosse de Neal à dix-huit ans, récapitula August d'un air consterné.
- C'est vrai que dit comme ça ce n'est pas très glorieux, rigola-t-elle, Mais il s'avère que cet enfant est ma plus belle réussite, c'est un petit garçon extraordinaire.
Un sourire échappa au gardien face à la fierté de la jeune femme qui évoquait son fils.
- S'il tient de sa mère, je n'ai aucun doute là-dessus, déclara-t-il.
Elle lui rendit son sourire.
- Et toi alors, enchaina la blonde, Qu'est-ce que tu as fait pendant ces dix dernières années ? La dernière fois que je t'ai vu tu t'envolais pour Phuket, s'esclaffa-t-elle, Qu'est-ce qui a bien pu arriver au grand August Wayne pour se retrouver gardien au pénitencier Gold de StoryBrooke? »
Et c'est ainsi que les deux vieux amis continuèrent leur conversation dans la cour baignée par le soleil matinal de ce début d'été. August raconta les diverses aventures abracadabrantesques qui l'avaient menées jusqu'ici. Emma raconta quant à elle tout de sa relation avec Neal, de ses premières semaines en prison, s'attardant plus particulièrement sur le sujet d'Henry.
La discussion prit fin lorsque la blonde se rendit compte qu'elle devait se dépêcher de se rendre dans les douches si elle ne voulait pas être en retard pour sa première session de ménage. Sans ça elle aurait sans doute duré des heures et des heures. Ils étaient tous les deux aussi heureux que chamboulés par leur retrouvaille. Après avoir passé toute leur enfance ensemble et s'être séparés au début de leur vie d'adulte, voilà qu'ils se retrouvaient dix ans plus tard dans la prison de la petite ville portuaire de Storybrooke. La vie pouvait être dingue parfois.
--
Emma poussa le charriot d'entretien à l'intérieur du bureau décoré de noir et blanc. En ce vendredi soir, la blonde était d'excellente humeur. Cela faisait maintenant trois jours qu'elle avait retrouvé August, et elle devait avouer que sa présence lui faisait le plus grand bien. Le jeune homme avait longtemps était son seul et unique pilier, maintenant en prison, il était un soutien de choix pour Emma.
« Bonjour Miss Swan, soupira Regina.
Au contraire de la blonde, la brune était d'une humeur massacrante depuis le début de la semaine.
- Bonjour madame Mills, des nouvelles de Ruby ?, tenta-t-elle.
Elle lui posait la question tous les jours depuis mardi. Elle n'avait jusque là reçu aucune réponse.
- Mademoiselle Lucas va beaucoup mieux, répondit la directrice sans quitter des yeux l'écran de son ordinateur, Elle sera de retour parmi nous d'ici une à deux semaines.
- C'est l'hôpital qui vous a dit ça ?, interrogea Emma, étonnée que la directrice ait finalement appelé.
- Non non Miss Swan, c'est mon petit doigt...
La blonde roula des yeux devant le sarcasme évident de la brune.
- Merci d'avoir appelé, consentit-elle, Granny va être rassurée.
- Ça me fait une belle jambe, commenta Regina avec dédain avant de rajouter sèchement, Et n'essayez même pas de placer l'une de vos blagues douteuses, je ne suis pas d'humeur.
- Ça fait une semaine que vous n'êtes pas d'humeur, remarqua Emma.
- Et ?, demanda la brune ennuyée, ne voyant pas où la blonde voulait en venir.
- Et je ne comprends pas pourquoi vous laissez monsieur George vous atteindre autant, continua-t-elle, Je veux dire, même si ce mec est chiant, ce n'est pas une raison pour tirer la gueule...
- Langage Miss Swan, la coupa sévèrement Regina.
- Ce n'est pas une raison pour être d'une humeur massacrante matin, midi et soir, se reprit la jeune femme, Je comprends que vous aimiez avoir les pleins pouvoirs madame Mills, rigola-t-elle, Mais je ne pense pas que laisser monsieur George faire son travail vous tuera.
Les yeux chocolat quittèrent finalement l'écran d'ordinateur pour venir fusiller les verts.
- Non justement Miss Swan, je ne pense pas que vous compreniez, rétorqua Regina, Je suis la directrice de cette prison, alors il est tout à fait normal que je conserve les pleins pouvoirs. Monsieur George est là depuis moins d'une semaine, et chaque jour il essaie de grapiller un peu plus de responsabilités. C'est une vermine, dit-elle d'un ton des plus sérieux, Une vermine que je compte bien éradiquer.
La blonde ne put s'empêcher de rire en voyant la brune s'énerver toute seule contre le nouveau responsable de la sécurité.
- Et vous madame Mills, vous êtes une maniaque du contrôle, taquina-t-elle.
Emma n'avait pas complètement tort, Regina était une décisionnaire née. La brune aimait être celle qui dirigeait. Et il faut dire que perdre brutalement le contrôle de toute sa vie n'avait pas aidé la femme à nuancer ce trait de sa personnalité.
- De toutes façons je ne sais même pas pourquoi je parle de ça avec vous. Il est évident que vous n'avez jamais eu assez de pouvoir pour comprendre qu'il est extrêmement déplaisant de devoir en céder, piqua-t-elle à son tour.
- Et qu'est-ce qui vous fait dire ça ?!, s'insurgea faussement la blonde.
- Vous être en prison, souffla la brune.
- Et alors ?, répliqua Emma, Si je suis en prison c'est parce que j'étais à la tête du plus grand trafic de drogue de la région, mentit-elle de son ton le plus convaincant, Alors croyez-moi que niveau pouvoir, je m'y connais madame Mills. »
Un éclat de rire résonna dans le bureau.
« Qu'est-ce qui vous fait rire ?, demanda la blonde en comprenant très bien que la brune n'avait pas était dupe une seconde à son piètre mensonge.
- Franchement Miss Swan, vous auriez pu trouver quelque chose de plus crédible, commenta-t-elle tout en essayant de calmer son rire, Et puis comme vous le dites si bien, je suis une maniaque du contrôle, alors vous pensez vraiment que je vous laisserais faire le ménage de mon bureau tous les jours sans m'être renseignée au préalable sur le délit que vous avez commis ?
Emma n'était qu'à moitié étonnée. D'un côté, il était évident que Regina s'était un minimum renseignée sur son compte en la voyant assignée au ménage de son bureau. Mais d'un autre côté, elle trouvait cela étrange que la directrice n'ait pas changé son assignation en découvrant qu'elle était une voleuse.
- Ce qui m'étonne justement, c'est qu'une maniaque du contrôle comme vous laissiez une voleuse de bijou faire le ménage dans son bureau, répliqua la blonde.
- Ne vous en faites pas Miss Swan, je fais très attention à ma bague lorsque vous êtes dans les parages, taquina la brune.
- Et merde! Moi qui avais prévu de vous la piquer quand vous auriez le dos tourné, plaisanta Emma.
- Elle ne quitte presque jamais mon doigt, alors il va vous être difficile de me la dérober, continua Regina, les yeux rivés sur le diamant qui ornait son annulaire gauche.
La blonde remarqua sans grand mal l'amour que portait la brune à sa bague, et elle trouva cela étrange.
- Cette bague doit coûter une fortune, commenta-t-elle en observant à son tour le bijou.
Les yeux chocolat se relevèrent pour s'aligner aux verts.
- C'est votre domaine voleuse Swan, se moqua la directrice, Alors allez-y, dites moi combien elle coûte à votre avis. »
Regina tendit sa main gauche en direction de la jeune femme. Emma s'en saisit mais le regretta instantanément. Ce simple contact avec la brune fit grimper la température de la blonde qui grimaça, victime de l'effet qu'avait la femme sur elle.
« Alors Miss Swan, votre estimation ?, demanda la directrice.
Emma prit une grande inspiration, se forçant avec grand mal à se concentrer sur la bague, et non pas sur la main de Regina. Cette main délicate et douce, ces doigts fins et ces ongles vernis de rouge qu'elle aimerait sentir déchirer son dos.
Le bijou était imposant et pourtant, il n'était pas une distraction suffisante pour la jeune femme qui ne pouvait s'empêcher de fantasmer sur la main qu'elle tenait dans la sienne.
- A mon avis la somme compte plusieurs zéros, finit par sortir la détenue sans grande conviction.
La brune s'esclaffa et les orbes verts quittèrent sa main pour venir se poser sur son grand sourire, sur ses lèvres pulpeuses qui étirées, révélaient sans retenue ses dents blanches et parfaitement alignées.
- Quelle fine observation Miss Swan. », railla Regina sans quitter ce sourire franc qui faisait tourner la tête de la blonde.
A ce moment là, Emma n'était pas seulement charmée par Regina, elle était presque hypnotisée.
Les yeux verts firent alors de lents allers-retours entre les prunelles chocolat et les lèvres charnues.
La détenue n'avait qu'une idée en tête, se pencher un peu plus pour venir regoûter à cette bouche rouge qui la hantait encore. Il avait suffit d'un simple baiser à la directrice pour chambouler complètement la jeune femme.
« Est-ce que vous allez bien Miss Swan ?, intervint Regina en voyant la façon dont Emma la dévisageait en semblant complètement perdue dans ses pensées.
La blonde papillonna des paupières tout en secouant légèrement la tête, revenant ainsi à la réalité.
- Je peux vous poser une question ?, enchaîna-t-elle, la main de la brune toujours posée dans la sienne.
- Oui, finit par répondre Regina après un court temps d'hésitation.
- Pourquoi est-ce que vous avez l'air d'être attachée à cette bague ?, demanda-t-elle simplement, arrachant un froncement de sourcil à la femme qui lui faisait face.
- Qu'est-ce que vous voulez dire par là ?, interrogea la brune.
- Je veux dire que vous avez l'air d'aimer cette bague beaucoup plus que vous aimez votre mari. », répondit la blonde avec toute la franchise du monde.
Le visage de la directrice se crispa et la détenue comprit qu'elle venait d'aller trop loin.
« Je suis désolée, s'excusa-t-elle, C'était vraiment déplacé. »
Et sur ces mots, Emma lâcha la main de Regina, regrettant vite la chaleur qui quittait subitement son corps à cette perte de contact.
La brune ne dit rien pendant quelques instants. Pensive, ses yeux étaient rivés sur sa bague alors qu'elle sentait sans même le voir que le regard de la blonde était toujours posé sur elle.
« Si j'aime autant cette bague, Miss Swan, commença-t-elle en relevant finalement la tête, C'est parce que c'est l'unique chose que j'ai choisi dans mon mariage. », énonça-t-elle dans une sincérité qui l'étonna elle-même.
Emma n'eut le temps de réagir à la confession de Regina que la porte du bureau s'ouvrit à la volée, faisant sursauter les deux femmes qui se reculèrent chacune d'un pas.
La blonde n'eut nul besoin de se retourner, se contentant d'observer le visage mécontent de la brune pour comprendre qui venait de faire irruption dans le bureau.
« Monsieur Georges, commença la femme, Je ne sais pas si vous avez saisi le concept de toquer avant d'entrer, mais le principe est d'attendre une réponse avant d'ouvrir. Il ne sert à rien de frapper à la porte si vous l'ouvrez en même temps, sermonna-t-elle.
L'homme la regarda avec une arrogante indifférence.
- Excusez-moi d'avoir interrompu votre petit tête à tête avec une détenue madame Mills. », répondit-il nonchalamment en regard tour à tour les deux femmes.
Monsieur George faisait bouillir Regina, et Emma jura que si la Méchante Reine avait des pouvoirs magiques, elle aurait brisé la nuque de l'homme d'un simple regard.
« Je ne trouve pas ça très sécuritaire de laisser une détenue faire le ménage dans votre bureau sans la présence d'un gardien. », osa-t-il commenter.
En disant ces mots, le vieil homme regarda la blonde comme si elle était une moins que rien. Cette dernière se mit alors à bouillir, peut-être encore un peu plus que la brune.
« Et si je peux me permettre..., ajouta-t-il avant d'être coupé par le ton sans appel de la directrice.
- Justement non, vous ne pouvez pas vous permettre monsieur George, répliqua froidement Regina, Vous vous permettez déjà beaucoup trop à mon goût. Alors maintenant dépêchez-vous de me dire pour quelle raison vous venez interrompre mon "petit tête à tête" avec mademoiselle Swan.
Il la fusilla du regard, elle et son petit air malin.
- Je venais simplement vous dire qu'il y aura une réunion lundi matin avec toute l'équipe, expliqua-t-il dédaigneusement, Je vous ferai transmettre les documents nécessaires demain. »
A peine eut-il dit ces mots qu'il quitta la pièce, aussi vite qu'il y était entré, n'oubliant pas de jeté un dernier petit regard noir à la brune et un coup d'œil méprisant à la blonde.
« Vous avez raison, souffla Emma une fois la porte refermée, Ce mec est vraiment un connard.
- Je suis contente que nous soyons du même avis, dit-elle avec un petit sourire en coin, Mais surveillez votre langage je vous prie Miss Swan et venez vous asseoir. »
La blonde s'assit dans le siège en cuir.
« Je suppose que vous vous rappelez que vous me devez encore un petit service, enchaîna Regina, N'est-ce pas Miss Swan ?
Emma roula des yeux, elle se doutait bien qu'elle n'allait pas y échapper.
- Bien sûr que je m'en rappelle madame Mills, confirma-t-elle, Et je suppose que ce petit service consiste à vous débarrasser de monsieur George.
Un immense sourire vint déchirer le visage de la brune.
- Heureuse de voir que vous suivez, dit-elle avant de continuer, J'ai passé la semaine à réfléchir à une stratégie d'attaque...
- Vous savez que vous avez l'air terrifiante en disant ça, rigola la blonde.
Regina leva les yeux au ciel et un petit sourire rieur se dessina sur la bouche d'Emma.
- Ne me coupez pas la parole Miss Swan, condamna la femme en réprimant un sourire, Je disais donc, j'ai passé la semaine à réfléchir à une stratégie d'attaque et j'en suis venue à la conclusion qu'il ne fallait pas s'en prendre directement à monsieur George. Il faut être plus intelligentes et plus discrètes si nous voulons que Gold le vire. J'ai donc pensé qu'il serait beaucoup plus judicieux de commencer par les deux gardiens qu'il a engagé. Les gardiens Wayne et Jefferson seront donc nos premières cibles...»
Le sourire d'Emma se défit au fur et à mesure que Regina contait son plan. La blonde le savait, elle s'était encore fourrée dans le pétrin.
--
Emma n'était pas bien fraiche en ce samedi matin. Son sommeil avait été troublé par toutes les nouvelles préoccupations qui jouaient avec ses nerfs.
Faire en sorte de piéger les nouveaux gardiens avec de la drogue lors de l'une des nouvelles fouilles avec chiens que monsieur George avait lui-même instauré.
Le plan de Regina était du génie et décrédibiliserait le nouveau chef de la sécurité en moins de temps qu'il faut pour le dire. Seulement cette "stratégie d'attaque", comme la brune se plaisait à l'appeler, entrainerait les gardiens Wayne et Jefferson dans la chute de monsieur George. Et ça, il en était hors de question pour la blonde.
Ce fut donc avec l'idée qu'elle ne le reverrait pas avant un moment qu'elle se rendit dans la salle de visite pour voir son fils en ce début d'après-midi.
Aujourd'hui, Emma présentait August à son fils. Et malgré le fait que le gardien soit chargé de surveiller la salle de visite, il passa le plus clair de l'heure à faire connaissance avec Henry.
Elle lui en avait déjà parlé tant de fois que le petit garçon fut ravi de finalement rencontrer celui que sa mère considérait depuis toujours comme son grand frère. De son côté, August n'avait appris l'existence de l'enfant que quelques jours auparavant, et pourtant il n'en était pas moins excité par leur rencontre.
La complicité flagrante entre l'homme et le gamin fit sourire la blonde qui parvenait à cacher sans grand mal l'appréhension et la contrariété qui commençaient à la ronger. Cependant, la visite toucha bien vite à sa fin et à peine August eut-il dit au revoir à son fils qu'Emma prit une grande inspiration pour prendre la parole.
« Henry, j'ai quelque chose à te dire, annonça-t-elle sans pouvoir s'empêcher de grimacer légèrement.
- Vu la tête que tu fais ça n'a pas l'air d'être une bonne nouvelle, nota le petit garçon.
Emma esquissa un petit sourire triste.
- Effectivement, ce n'est pas une très bonne nouvelle, avoua-t-elle.
- Dis quand même, encouragea l'enfant.
- Il se pourrait qu'on doive attendre un petit moment avant la prochaine visite Henry, lâcha-t-elle.
- Quoi ? Mais pourquoi ?!, s'exclama-t-il.
- Parce que je vais encore me mettre à dos madame Mills, expliqua la blonde.
- Tu vas encore faire une bêtise ?, s'indigna le petit garçon.
- Non pas une bêtise, nia la jeune femme, Je vais simplement m'opposer une fois de plus à ce que me demande madame Mills et elle va encore se mettre en colère et me priver de te voir.
- N'importe quoi !, s'emporta Henry, Regina ne ferait jamais ça !
Emma roula les yeux, ne comprenant pas que son propre fils prenne ainsi la défense de la Méchante Reine.
- Arrête de l'appeler Regina déjà, souffla-t-elle.
- C'est son prénom, répondit aussitôt le gosse, Tu peux l'appeler par son nom de famille ou par son horrible surnom si tu veux, mais moi je sais qu'elle n'est pas méchante, alors je préfère l'appeler Regina, insista le petit garçon.
- Oui mais tu ne la connais pas assez pour l'appeler par son prénom, rétorqua la blonde, D'ailleurs si tu la connaissais comme moi je la connais tu ne viendrais pas prendre sa défense.
- Je ne prends pas sa défense, contredit calmement Henry, Je dis juste qu'elle ne va pas te priver de me voir.
- Elle l'a déjà fait pourtant, répliqua immédiatement la blonde.
- Justement, elle ne va pas faire deux fois la même bêtise, affirma le petit garçon très sûr de lui.
- Si tu le dis...» , finit par soupirer Emma sans avoir l'air bien convaincue.
--
Il devait être à peu près seize heures lorsque que le téléphone sonna.
« Oui ?, fit nonchalamment Regina en décrochant le combiner.
- Madame Mills, répondit timidement la voix de sa secrétaire, Il y a un appel entrant pour vous.
La brune soupira lourdement.
- Il me semblait avoir été claire en vous demandant de ne pas me transmettre d'appel aujourd'hui, articula froidement la directrice.
- Oui je sais, excusez-moi madame Mills, fit la secrétaire d'une voix tremblante, Seulement le petit garçon au bout du fil insiste vraiment pour vous parler directement. Il m'a dit qu'il s'appelait Henry et que vous le connaissiez...
- Oh!, réagit Regina avec surprise, Vous pouvez me transférer l'appel mademoiselle Zimmer. », autorisa-t-elle d'une voix soudainement adoucie.
La brune attendit quelques secondes.
Elle était partagée.
D'une part avoir le petit garçon au téléphone la ravissait bien plus qu'elle ne pourrait jamais l'admettre. Mais d'un autre côté, elle était assez anxieuse sur la raison de cet appel imprévu.
« Allo ? Regina ?
- Bonjour Henry, dit-elle immédiatement.
- Bonjour, fit le petit garçon.
- Est-ce que tout va bien ?, s'empressa-t-elle de s'assurer.
- Ben oui pourquoi ?, répondit-il innocemment.
- Pour rien, soupira-t-elle soulagée, ne pouvant réfréner son sourire, Mais pourquoi est-ce que tu m'appelles ?
- Je vous appelle parce que je crois que ma maman va faire une bêtise, expliqua le gamin, Alors s'il vous plait ne la punissez pas... »
Regina fronça les sourcils en se demandant bien ce que pouvait encore lui réserver cette Emma Swan.
--
Elle toqua à la porte vernie de noir.
« Entrez. », sonna la voix de la directrice.
Elle entra, poussant son charriot devant elle avant de refermer la porte.
« Bonjour madame Mills. », fit-elle en regardant la femme qui était assise sur son bureau de marbre, jambes et bras croisés, la toisant de ses yeux chocolat.
Emma ne se formalisa pas à ce manque de réponse et à cette attitude étrange, préférant se saisir d'un chiffon pour commencer son ménage comme si de rien n'était.
- Miss Swan, intervint alors Regina, Est-ce que je peux savoir pourquoi j'ai reçu un appel de votre fils cet après-midi me disant que vous alliez faire une bêtise et me suppliant de ne pas vous priver de visite ?, énonça-t-elle d'une traite.
La blonde se figea aux mots de la brune.
« Pourrais-je avoir une réponse ?, s'impatienta la femme face au mutisme de la détenue.
Emma se retourna en se grattant nerveusement l'arrière de la nuque.
- Croyez-moi, j'aimerais vous répondre, dit-elle, Mais je ne sais pas du tout pourquoi mon fils vous a appelé.
Regina roula des yeux tout en se levant, fixant toujours la jeune femme de ses orbes chocolat.
- Il est évident que si Henry m'a appelé, c'est parce qu'il a peur que je le prive à nouveau de vous voir, articula-t-elle, Seulement ce que j'aimerais connaître Miss Swan, c'est la raison qui me pousserait à vous retirer une nouvelle fois votre droit de visite.
Le regard fuyant, Emma prit quelques secondes pour chercher quoi répondre.
- Je ne vais pas faire ce que vous m'avez demandé, finit-elle simplement par dire après avoir subi quelques soupirs d'impatience de la brune.
- Vous n'allez pas faire ce que je vous ai demandé ?, répéta Regina en arquant un sourcil.
- Non, confirma la blonde, Je sais que je vous dois une faveur et je vous promets que je vous rendrai un autre service, n'importe lequel, mais je ne vous rendrai pas celui là.
- Et pourquoi cela ?, demanda la directrice en fronçant les sourcils.
- Parce que ce que vous me demandez causera du tort au gardien Wayne et que je tiens beaucoup à lui, se justifia la blonde en faisant preuve d'honnêteté.
Regina écarquilla les yeux.
- Vous tenez beaucoup à lui ?, articula-t-elle sans cacher sa surprise.
- Pas de cette façon, s'empressa d'ajouter Emma, bien consciente de l'interprétation qu'avait fait la brune.
- Et de quelle façon alors ?, interrogea durement Regina, ayant l'impression que la détenue se jouait d'elle d'une manière ou d'une autre.
Emma aurait pu répondre qu'August était à la fois son frère et son meilleur ami.
Seulement en réalité il était bien plus que ça...
August Wayne avait longtemps était sa seule famille, son seul repère, sa seule attache...
Abandonnée à sa naissance au bord d'une autoroute, Emma avait été placé dans sa première famille d'accueil qui s'occupait déjà d'un autre enfant de deux ans son aîné, August. Le petit garçon s'était tout de suite attaché à ce nourrisson aux cheveux blonds et aux yeux verts qu'il avait immédiatement considéré comme sa petite sœur. Ils avaient alors vécu leurs premières années de bambins dans une famille aimante.
Et puis un jour le drame était arrivé, leurs parents de substitution déménageaient à l'autre bout du monde. Le petit August de six ans et la petite Emma de quatre ans à peine se retrouvaient alors placés dans une nouvelle maison, une nouvelle famille d'accueil qui, à l'image des suivantes, n'avait plus rien d'aimante.
Dans leur malheur, les deux enfants eurent la chance de ne jamais être séparés. Ils enchaînèrent les familles violentes, négligentes et intéressées par l'argent, mais au moins ils traversèrent cet enfer ensemble.
Jusqu'au jour des dix-huit ans d'August où les deux adolescents virent enfin le bout du tunnel, le jeune homme aidant Emma à fuguer du foyer vétuste dans lequel ils avaient été placés durant dix longs mois.
August avait alors eu envie d'un nouveau départ, loin d'ici, loin de toute la misère qu'il avait vécu, et il voulait bien entendu emmener la jeune blonde avec lui. Seulement Emma, en adolescente amoureuse, avait choisi de rester à Boston pour vivre avec son premier amour, Neal.
August s'était alors envolé pour Phuket en laissant Emma à contrecœur.
Depuis ce jour, ni l'un, ni l'autre n'avait renoué le contact, et pourtant, ils s'aimaient encore comme de véritables frères et sœurs.
- C'est mon frère, finit par lâcher Emma, Pas biologiquement, mais ça reste mon frère malgré tout, alors il est hors de question que je fasse quelque chose qui puisse lui attirer des ennuis.
Regina plissa les yeux pour observer la blonde. Elle la sentait sincère et n'avait aucun doute sur la véracité de ses propos.
- Très bien Miss Swan, je comprends, dit-elle finalement, se contentant de ces quelques mots à défaut d'oser poser toutes les questions qui lui venaient en tête mais qu'elle savait déplacées.
Emma fronça les sourcils, surprise de s'en sortir si bien face à la Méchante Reine.
- Vous comprenez ?, répéta-t-elle en montrant bien qu'elle avait du mal à y croire, Est-ce que ça veut dire que vous n'allez pas me priver de voir mon fils ?
- Cela signifie que je trouverai bien un autre service à vous confier, expliqua Regina.
- Henry a raison, souffla Emma, Vous n'avez pas grand chose d'une méchante reine. »
Un infime sourire échappa à la brune et la blonde sut le repérer sans pour autant avoir le temps de faire un quelconque commentaire.
« Entrez, répondit Regina à la personne qui venait de toquer à la porte.
- Madame Mills, salua Belfrey en entrant, utilisant sa voix la plus mielleuse qu'elle réservait uniquement à la brune pour qui elle avait un faible.
- Gardienne Belfrey, répondit sobrement la directrice.
- Monsieur George m'a chargé de vous déposer ceci, dit-elle en tendant un dossier à la brune, Il dit que ça concerne les sujets qu'il souhaite aborder pendant la réunion de lundi.
Regina souffla d'agacement en se saisissant du document.
- Très bien merci, vous pouvez disposer, dit-elle d'un ton assez sec qui n'était pas dirigé contre la gardienne mais plutôt contre le responsable de la sécurité qui l'énervait tant.
Emma ne loupa point la mine renfrognée de Belfrey, vexée de se faire congédier si vite et si sèchement par madame Mills.
- Vous voulez que je raccompagne la détenue à sa cellule en partant ?, tenta-t-elle, enviant secrètement la blonde de passer autant de temps seule avec la brune.
- Non ça ira gardienne Belfrey, contra Regina dont les yeux chocolat parcouraient déjà la première page du dossier rédigé par George, Mademoiselle Swan n'a pas encore fini son heure de ménage.
De nouveau, Emma ne loupa point le regard noir de jalousie que lui lança Belfrey.
- D'accord, alors passez une bonne soirée madame Mills. », dit-elle en essayant d'attirer le regard de la femme sans y parvenir rien qu'une seconde.
Ce fut donc sans réponse de la part de la brune que la gardienne quitta le bureau.
Emma s'apprêtait alors à faire un commentaire sur le comportement de Belfrey, mais elle s'arrêta en voyant le petit sourire qui ornait les lèvres rouges alors que les prunelles brunes étaient toujours dirigées vers le document.
« Qu'est-ce qui vous fait sourire comme ça ?, demanda la blonde en plissant légèrement les yeux.
Le regard de Regina se releva en direction d'Emma alors que ses lèvres s'étiraient encore un peu plus.
- Finalement Miss Swan, je pense que notre cher monsieur George ne va pas avoir besoin de notre aide pour causer sa perte. Il va très bien s'en sortir, tout seul, comme un grand !»
