« La laverie ?, répéta Emma.
- Oui, confirma la conseillère, Une place est libre depuis le départ de Tinker Bell.
- Mais je suis très bien à l'entretien, contra la blonde.
Zelena fronça les sourcils.
- Ce n'est pourtant pas ce que m'a dit madame Mills, avança la rousse.
Les yeux d'Emma s'écarquillèrent.
- Attendez... Vous voulez dire que c'est elle qui vous a demandé de me mettre à la laverie ?, s'étonna la détenue.
- Elle m'a demandé de vous changer d'assignation, elle n'a pas spécifié qu'elle voulait vous voir à la laverie, expliqua la conseillère Green, Elle m'a simplement dit que vous lui aviez confié en avoir marre de l'entretien.
- Mais je ne lui ai jamais dit ça !, réfuta-t-elle aussitôt.
Les sourcils de la rousse se froncèrent à nouveau.
- Alors vous avez dû la contrarier et elle a trouvé un moyen de se débarrasser de vous. », déduisit-elle simplement.
Devant la moue peu convaincue de la blonde, Zelena décida de reprendre la parole.
« Ne vous prenez pas la tête avec ça Emma, ma sœur est quelqu'un de complexe, il suffit d'un rien pour la contrarier.
- Votre sœur ?!
- Demi-sœur pour être exacte, précisa la rousse, Pour mon plus grand bonheur nous n'avons pas grand chose en commun. »
Une certaine aigreur se dégageait du ton de Zelena et Emma n'osa poser la moindre question. La conseillère se contenta alors de lui donner son nouvel emploi du temps et la détenue la remercia brièvement.
En quittant le bureau vert, une seule question résidait dans l'esprit d'Emma: pourquoi Regina avait-elle demandé son changement d'assignation ?
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La douce odeur de lessive qui planait dans l'air. Le carrelage blanc étincelant qui recouvrait les murs. Le bruit étonnamment apaisant des machines qui tournaient.
Emma devait l'avouer, la laverie était bien plus accueillante que les sanitaires souillés qu'elle avait dû récurer la veille. Le seul problème résidait dans le fait que le gang De Vil, lui, était bien moins accueillant...
Dès qu'elle avait passé la porte, la jeune femme avait reçu de plein fouet le regard noir menaçant de Breaburn et celui guère plus amical de De Vil.
L'incident de la tarte aux pommes n'était visiblement pas passé aux oubliettes et Emma comprit qu'elle allait devoir se faire toute petite si elle voulait rester loin des ennuis.
La blonde écouta les instructions du gardien Jefferson et le suivit silencieusement, gardant tout de même un œil discret sur le gang De Vil.
Les sœurs d'Arendelle réceptionnaient et triaient le linge sale. Gardener et d'autres filles s'occupaient des machines à laver. Breaburn et les détenues restantes étaient chargées du séchage et pliage. De Vil quant à elle gérait le repassage. Telle une reine régnant sur son royaume qu'était la laverie, la vieille femme aux cheveux noirs méchés de blanc trônait fièrement derrière son imposante presse à vapeur.
« Swan tu t'occupes du lavage. », informa Jefferson.
Emma put souffler un bon coup. Gardener avait beau être assez tordue, la jeune femme fut tout de même soulagée de se retrouver dans son équipe, ravie de se tenir ainsi au plus loin de Breaburn et De Vil.
Sa première journée de travail à la laverie se passa étonnamment bien. Hormis les quelques regards méfiants et agressifs qu'elle avait reçu de la part du gang et les menaces que De Vil avait proférées à l'encontre d'une vieille droguée endettée, Emma devait bien avouer que la laverie était finalement moins effrayante que ce qu'on lui avait raconté.
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Si Emma avait instauré cette routine sportive matinale, c'était avant tout pour entretenir sa musculature et rester en forme. Seulement si la blonde soulevait des poids aux abords du grillage ce matin, c'était avant tout pour ne pas louper l'arrivée de la belle brune qui lui devait des explications.
« Bonjour madame Mills, l'interpella-t-elle en la voyant s'avancer dans le couloir extérieur.
A la légère grimace qu'elle fit, Emma comprit aisément que Regina n'était pas ravie de la voir.
- Bonjour mademoiselle Swan, répondit-elle en évitant de croiser son regard.
La disparition de l'habituel "Miss" et le regard chocolat fuyant.
Ce fut au tour d'Emma de grimacer.
- Donc je ne me fais pas de film, déclara-t-elle, Il y a vraiment un problème entre nous.
- Je n'ai aucun problème avec vous, nia la brune.
- Alors pourquoi avoir demandé à votre sœur de me sortir de l'équipe d'entretien ?, répliqua aussitôt la blonde.
Les sourcils arqués et la bouche en O, il était certain que Regina allait demander des comptes à sa demi-sœur.
- Ne voyez là rien de personnel mademoiselle Swan, se reprit-elle, Je voulais simplement que le ménage de mon bureau soit plus soigné. »
Et sur ces mots Regina tourna les talons, se dirigeant vers l'aile administrative, et laissant Emma sans réelle réponse.
Une nouvelle fois, un regard attentif n'avait rien loupé de la scène opposant la brune à la blonde...
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« Arrête de stresser, se moqua Emma.
- Ça fait une éternité que personne ne m'a touché, déclara Mary-Margaret, Alors j'ai le droit de stresser !
- Tu l'aimes et il t'aime, détends toi, tout va bien se passer, assura la blonde.
Un petit sourire attendri se dessina sur le visage de Mary-Margaret.
« Merci de me rendre ce service, souffla-t-elle en sautant dans les bras de la blonde.
- De rien, sourit Emma en retour, Mais maintenant grouille toi! Je ne vais pas pouvoir monter la garde dans ce couloir indéfiniment. »
Après avoir reçu un clin d'œil encourageant de la part de la blonde, la brune aux cheveux courts souffla un bon coup avant de pénétrer dans la salle de fouille où l'attendait le gardien Nolan.
Contente pour son amie, ce fut avec un grand sourire aux lèvres qu'Emma partit se poster au bout du couloir, tirant derrière elle le charriot de linge sale des cuisines qui lui servait d'alibi.
Adossée au mur, elle faisait le guet, s'assurant ainsi que personne ne viendrait interrompre la partie de jambes en l'air de Blanchard et Nolan.
Une poignée de minutes s'écoula sans que personne ne fasse irruption dans le couloir. Minutes durant lesquelles Emma se laissa aller à ses pensées. Pensées qui, depuis la veille, n'étaient plus occupées que par une seule et unique personne.
Cette personne qu'elle avait au départ trouvée moins terrible que prévu. Cette personne qu'elle avait ensuite très vite détesté. Cette personne qui lui en avait fait voir de toutes les couleurs. Cette personne avec qui les choses avaient fini par s'apaiser. Cette personne qu'elle désirait un peu plus chaque fois qu'elle avait le malheur de la croiser. Cette personne qui venait de faire son apparition à l'autre bout du couloir.
Ce furent le bruit des talons aiguilles poignardant le sol qui ramenèrent Emma à la réalité.
« Madame Mills. », fit-elle en se redressant, s'éloignant du mur contre lequel elle était jusqu'ici avachie.
La brune continua de marcher comme si elle ne l'avait pas entendue.
« J'ai besoin d'explications. », tenta-t-elle une nouvelle fois.
Regina arriva au niveau de la blonde sans lui accorder un regard, puis elle la dépassa, la laissant penaude derrière elle.
« Regina, souffla Emma dans une ultime tentative, Parlez-moi s'il vous plaît. »
A l'entente de son prénom, la brune s'arrêta subitement. Foudroyée par son nom ainsi prononcé par la blonde, Regina fut contrainte de faire le parallèle avec le rêve torride qui la hantait encore. Rêve au cours duquel Emma murmurait son prénom dans un ton étrangement similaire.
La blonde profita du trouble de la directrice qui lui tournait le dos pour se rapprocher d'elle. Arrivée à sa hauteur, la détenue osa attraper l'avant bras de la brune qui ne manqua pas de réagir au quart de tour.
« Ne me touchez pas ! », grogna-t-elle en faisant volte face.
Emma haussa les sourcils face à la réaction disproportionnée de la femme.
Fusillée par les yeux chocolat, elle dut se résoudre à retirer sa main, libérant ainsi le bras de Regina qui, sans grande surprise, ne se fit pas prier pour prendre la fuite.
Médusée, la blonde resta là sans réaction.
Les yeux verts suivirent la silhouette féline jusqu'à ce que cette dernière disparaisse à l'embranchement du couloir.
Elle eut envie de la suivre, de la retenir, de lui demander des explications, d'insister jusqu'à ce qu'elle crache le morceau. Seulement Emma se résigna à s'assoir au sol, soupirant en attendant que Mary-Margaret finisse son affaire dans la salle de fouille voisine.
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Ses yeux se promenaient sur l'écran de son ordinateur, Regina était plongée dans son travail depuis des heures.
Après avoir croisé Emma plus tôt dans la journée, la brune n'avait plus quitté son bureau, bien décidée à éviter la blonde incendiaire pour le restant de l'éternité, ou du moins jusqu'à ce que son attirance à son égard se soit totalement dissipée.
Seulement si Regina devait être complètement honnête, elle avouerait sans ciller que ces deux derniers jours n'avaient en rien aidé à atténuer le feu qui brûlait en elle à chaque fois qu'elle pensait à Emma. Et à la jeune femme, Regina y pensait souvent, bien trop souvent à son goût, et sans doute aussi souvent que la blonde pensait également à elle.
Concentrée sur un dossier administratif qu'elle était sur le point de boucler, la brune se surprit à penser une nouvelle fois à Emma. Ce simple fait eut le mérite de l'agacer, et la personne qui toqua au même moment à la porte de son bureau ne l'aida en rien à se calmer.
« Entrez!, tonna-t-elle.
- Bonjour madame Mills, commença August en entrouvrant la porte, J'espère que je ne vous dérange pas-
- Vous me dérangez déjà, coupa sèchement la directrice, Mais quant à être ici autant me dire ce que vous me voulez gardien Wayne.
Un petit sourire en coin échappa à August face à la rudesse dont faisait preuve Regina.
- J'ai avec moi une détenue qui souhaiterait s'entretenir avec vous, expliqua-t-il.
- J'ai fini ma journée et j'allais partir, rétorqua-t-elle, Cela va donc devoir attendre demain.
Le gardien jeta un coup d'œil derrière son épaule avant de revenir à la charge.
- Elle dit qu'elle n'en aura pas pour longtemps, défendit-il.
Un petit rire d'agacement passa la barrière des lèvres maquillées de rouge.
- Et je dis que cela attendra demain, déclara-t-elle.
- Mais elle a vraiment besoin de vous parler, insista August.
Regina fronça les sourcils, ne comprenant pas l'attitude bornée du gardien. Cependant un éclair de lucidité ne tarda pas à la frapper.
- Vous pouvez dire à mademoiselle Swan que dans son cas cela n'aura même pas à attendre demain puisque je n'ai absolument rien à lui dire, articula-t-elle en se levant pour rassembler ses affaires.
- Mais moi j'ai des choses à vous dire madame Mills, intervint finalement Emma en se faufilant entre le gardien et la porte.
Les yeux chocolat vinrent meurtrir la silhouette de la blonde.
- Et qu'avez-vous donc à me dire mademoiselle Swan ?, demanda la brune en croisant les bras devant sa poitrine.
Emma ne se démonta pas et s'avança dans la pièce décorée de noir et blanc.
- Je voulais vous dire que je ne crois pas à votre "je veux que mon ménage soit plus soigné", mima-t-elle, Je sais que ça n'a rien à voir avec le ménage et j'aimerais comprendre de quoi il s'agit exactement.
August observait la scène comme s'il était au cinéma, les pop-corn en moins.
- Laissez-nous gardien Wayne je vous prie. », le congédia Regina sans détacher ses orbes bruns de la blonde.
L'homme obéit à contre cœur et souffla un discret « Bon courage » à son amie avant de fermer la porte derrière lui.
« Alors maintenant vous vous servez de votre ami le gardien Wayne pour venir m'importuner dans mon bureau ?, reprit la brune, J'espère que vous avez conscience que votre amitié avec l'un des gardiens ne vous donne nullement le droit de jouer à la privilégiée mademoiselle Swan.
- Je n'aurais pas eu à me servir de ce privilège si vous m'aviez donné une explication quand on s'est croisé hier et aujourd'hui, rétorqua Emma.
- Mais je vous ai déjà donné une explication, répliqua Regina, Ce n'est pas de ma faute si vous ne l'acceptez pas.
- Votre bureau est toujours très propre, se défendit la blonde.
- Peut-être, admit la directrice avant de revenir à la charge, Seulement je veux qu'il soit impeccable.
Emma se mit à rire jaune.
- Arrêtez avec ces conneries, railla-t-elle.
- Langage Miss Swan, gronda-t-elle.
La blonde prit un air faussement choqué.
- Miss Swan?! Je pensais que l'on s'en tenait au mademoiselle maintenant. »
La brune leva les yeux au ciel.
« On sait aussi bien l'une que l'autre que tout ceci n'est pas une histoire de ménage, reprit Emma.
Regina plissa les yeux.
- Et si ce n'est pas une histoire de ménage, qu'est-ce que c'est alors ?, demanda-t-elle.
- Ça c'est à vous de me le dire madame Mills ?, retourna-t-elle en croisant les bras à son tour.
- Ce n'est qu'une histoire de ménage.
Emma roula des yeux.
- Non ce n'est pas ça, sinon ça ferait bien longtemps que vous auriez demandé mon transfert, soupira-t-elle, J'ai toujours bien nettoyé votre bureau et même s'il est vrai que je ne suis pas femme de ménage, pourquoi me renvoyer maintenant ? Pourquoi me garder pendant deux mois où l'on se faisait la guerre si c'est pour me renvoyer maintenant que l'on s'entend bien.
- Que l'on s'entend bien ?, se moqua Regina.
- Ce n'est pas le cas ?, la défia Emma.
- Pas vraiment non, soutint la brune derrière son masque imperturbable.
La blonde était vexée.
- J'avais l'impression que les choses allaient bien entre nous pourtant, continua-t-elle, Plus de guerre, plus de chantage, seulement ces taquineries et ce petit jeu de séduction qui commençait à me plaire, et qui semblait vous plaire aussi.
- Ça ne me plaisait pas, contra Regina, Ça m'ennuyait.
Emma grimaça d'amertume.
- C'est vous qui l'avez commencé pourtant, se défendit-elle, Vous avez même fait plus que le commencer, vous l'avez entretenu pendant des semaines avant que j'arrive à vous rendre la pareille et à jouer à mon tour.
- Justement, vous avez commencé à jouer et les choses sont allées trop loin, avoua Regina à demi-mots, se maudissant d'être soudain aussi transparente.
Emma arqua un sourcil.
- Comment ça trop loin ? », demanda-t-elle après un temps d'arrêt.
Les bras toujours fermement croisés sur sa poitrine, Regina resta muette comme une tombe. Seulement l'intensité de son regard chocolat parla pour elle...
« Attendez, fit la blonde en écarquillant les yeux, ravie de ce qu'elle réalisait, Ne me dites pas que vous avez peur de craquer. »
Regina ne dit rien. Au contraire de ses yeux qui transpercèrent Emma de toutes parts et qui allèrent jusqu'à faire naître un petit sourire malicieux sur le visage de la blonde.
« Les choses sont allées trop loin parce que maintenant je ne suis plus la seule à être tentée, n'est-ce pas madame Mills ? »
Le ton d'Emma avait tellement pris en assurance qu'il en devenait presque provocant, et Regina ne put faire autrement que de se mordre la lèvre inférieure.
La blonde s'approcha, contourna le bureau jusqu'à s'arrêter tout près de la brune qui ne la lâchait plus de ses yeux désireux.
« J'ai raison n'est-ce pas ?, chuchota-t-elle en alignant son regard au sien, J'ai commencé à jouer et vous avez eu peur de perdre. Alors vous avez essayé de vous débarrasser de moi. »
Les pupilles de la brune se dilatèrent à chacun des mots de la blonde.
La sombre teinte chocolat des yeux de Regina ne fut bientôt plus qu'un noir absolu.
Toute trace d'incertitude et de résistance avait à présent quitté son regard, laissant place entière au désir qui la consumait depuis des jours.
« Mais sachez une chose madame Mills, enchaîna Emma en se rapprocha lentement de son oreille, Jamais vous ne pourrez vous débarrasser de moi... »
Le souffle chaud caressa langoureusement sa peau, les images de son rêve lui revinrent en tête, un délicieux frisson lui transperça l'échine.
Émerveillée par l'effet qu'elle faisait à la femme, Emma se décida à aller plus loin.
Pour une fois elle avait les rênes en main, et elle n'était pas décidée à les lâcher.
Elle vint poser une main sur la joue de la brune, l'autre se logea au creux de la taille marquée par le tailleur pantalon. Ses yeux pétillants d'adrénaline firent de lents allers-retours entre les orbes débordants de luxure et la bouche rouge et charnue qui n'attendait plus que la sienne. Entre ses mains, elle sentit le corps de Regina se détendre au point que cette dernière dénoua finalement les bras qu'elle gardait jusqu'ici fermement croisés sur sa poitrine.
Mais alors que tout cela était bien trop beau, alors qu'elle était sur le point de fondre ses lèvres à celles tant désirées, alors que la tension allait enfin être libérée, tout s'arrêta subitement.
L'individu qui venait de toquer à la porte avait brisé la magie de l'instant.
Et avant qu'Emma ne le comprenne, Regina s'était tendue de nouveau et avait reculé d'un pas.
« Sortez immédiatement de mon bureau. »
Ces mots comme le ton dur qu'elle avait employé firent grimacer la blonde.
Terriblement déçue et exagérément frustrée, Emma n'opposa pas résistance et quitta le bureau, jetant un dernier coup d'œil à Regina qui ne faisait guère meilleure figure.
Quand elle ouvrit la porte et qu'elle trouva Belfrey derrière celle-ci, la blonde dut faire appel à toute sa bonne volonté pour ne pas lui envoyer son poing dans la figure. Elle se contenta de la fusiller du regard tout en faisant bien attention à bousculer son épaule en la contournant pour quitter le couloir de l'administration.
« Alors elle a fini par te répondre ?
En bon commère ou bon ami, August l'attendait juste derrière la porte vitrée.
- Oui, dit-elle simplement.
- Et alors ?, demanda l'homme piqué par la curiosité.
- Et alors quoi ?, répéta la blonde l'air de rien.
- Et alors qu'est-ce qu'elle t'a dit ?, reformula-t-il.
- Rien qui ne te regarde, répondit-elle désagréablement, incapable de masquer sa contrariété.
Un petit sourire se dessina sur le visage d'August.
- Tu te la tapes c'est ça ?
- Quoi ?!, s'exclama Emma en écarquillant les yeux.
- Alors j'ai raison, s'esclaffa-t-il.
- Je ne me la tape pas, grogna la blonde.
- Mais tu veux te la taper, renchérit-il, Et je pense qu'elle aussi vu la tension qu'il y avait entre vous... »
Elle aussi...
Emma en avait à présent la certitude, elle n'était plus la seule à s'être faite avoir.
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Derrière sa presse à vapeur, De Vil s'impatientait un peu plus chaque seconde. De ses yeux bleus, la chef de gang scrutait le gardien Jefferson qui mâchait bruyamment son chewing-gum, affalé sur une chaise dans un coin de la laverie.
Il avait fallut très peu de temps à De Vil pour analyser le caractère négligeant de Jefferson et pour relever sa fâcheuse tendance à s'improviser des pauses cigarettes toutes les demi-heures.
Lorsqu'il se leva finalement, le visage de De Vil s'éclaira.
« Je vais fumer une clope, prévint-il l'air de rien, Pas de bordel en mon absence. »
A peine eut-il dit ces mots que la chef de gang échangea un regard entendu avec son bras droit.
« L'argent. », réclama Breaburn sans préambule.
La junkie aux cheveux gris balbutia quelques mots à peine audibles qui ne firent qu'attester de sa panique.
« Je n'ai pas entendu, grogna la cannibale, Répète.
- Je...je n'ai...je n'ai pas l'argent, finit-elle par sortir de sa voix tremblante.
Emma grimaça de dégout en voyant l'écœurant sourire sadique qui se dessinait peu à peu sur le visage de Breaburn.
- Tu n'as pas l'argent ?, répéta De Vil sans essayer de cacher son agacement.
- Non..., murmura la junkie en se mordillant nerveusement la lèvre.
- Tu sais ce que cela signifie ?, demanda la chef de gang d'un ton glacial.
- Je vous en supplie, laissez moi une semaine de plus, quémanda-t-elle.
- Je te l'ai déjà dit, on ne fait plus crédit, rappela De Vil, Et toi, tu vas servir d'exemple à toutes celles qui pensent pouvoir s'en tirer en me prenant pour une idiote.
- S'il vous plaît, laissez moi jusqu'à demain pour trouver l'argent, supplia la vieille femme en se jetant à genoux aux pieds de la chef de gang.
- Non, non, répondit-elle en secouant la tête, Le temps du paiement a expiré, et maintenant, tu vas en payer le prix fort. »
D'un nouveau regard entendu, De Vil autorisa Breaburn à passer à l'action, et cette dernière n'eut nullement besoin de se faire prier.
Un premier hoquet de surprise échappa à Emma lorsque Breaburn porta le premier coup, un second d'horreur suivit lorsque du sang commença à gicler.
Le craquement que faisaient les côtes en se brisant, les cris de plainte qui résonnaient dans toute la laverie, les insultes que Breaburn crachait à chacun de ses coups. Tout cela provoqua un long frisson d'effroi à Emma. La jeune femme avait beau être familière à la violence, jamais elle n'avait assisté à une telle scène.
La cannibale s'acharnait sur sa victime et personne ne faisait rien pour stopper ce massacre. La plupart des femmes de la laverie étaient de mèche avec De Vil, celles qui ne l'étaient pas craignaient bien trop le gang pour oser protester.
Recroquevillée au sol, la détenue baignait dans son propre sang. Elle était tellement amochée que l'on aurait pu la croire morte, ses geignements attestant pourtant du contraire.
Le spectacle était insoutenable pour Emma qui dut se résoudre à détourner les yeux. Les prunelles vertes se concentrèrent sur l'éclat du carrelage blanc vierge de sang, mais très vite le regard émeraude fut attiré par une toute autre couleur, du rouge, du rouge écarlate.
Elle voulait mettre un terme à cette tuerie et elle avait la solution à bout de bras.
Était-elle seulement prête à en assumer les conséquences ?
La respiration d'Emma resta bloquée au fond de sa gorge: l'alarme venait de retentir.
[ J'espère que ce chapitre vous a plu, n'hésitez pas à me faire part de vos avis en commentaire ;)
Je vous dis à très bientôt pour la suite et je vous souhaite une bonne soirée :)]
