Venait-elle vraiment d'appuyer sur le bouton rouge?

Au vu de tous les regards braqués sur elle, Emma ne put en douter.

Des yeux horrifiés, d'autres apeurés, et d'autres remplis d'aigreur.

Les expressions variaient mais la direction était la même pour tous: Emma et le bouton rouge que sa main touchait encore.

Un seul regard faisait exception, celui de Breaburn qui ne semblait pas perturbée le moins du monde par la sonnerie assourdissante de l'alarme d'urgence.

Sous l'emprise de sa folie meurtrière, la détenue continuait d'asséner machinalement des coups à sa victime. Dans son afflux de violence, elle ne se rendit pas compte que la vie avec quitté le corps ensanglanté depuis de longues secondes déjà. Se plaisant à faire gicler toujours plus d'hémoglobine, la cannibale ne s'arrêtera que lorsqu'elle y fut contrainte par les gardiens Jones et Belfrey.

Après une intervention musclée, Breaburn fut rapidement conduite au trou. Et une fois la meurtrière mise hors d'état de nuire, l'alarme d'urgence se tut, plongeant ainsi la laverie dans un silence de mort. Silence de mort qui ne prit que plus d'ampleur lorsque le docteur Whale et l'infirmière French constatèrent le décès de la vieille martyre.

Fusillée par le regard glacial de De Vil, Emma regretta amèrement son geste.

Elle observa le corps sans vie disparaître sous le sac plastique avec en tête la nette inquiétude que cela représentait pour elle un avenir très proche.

La blonde se mit alors à haïr ce maudit bouton rouge qui n'avait servi qu'à lui donner de nouveaux problèmes.

--

Dans le bureau décoré de noir et blanc, une discussion houleuse battait son plein.

La conversation tournait essentiellement autour du gardien Jefferson, madame Mills trouvait son licenciement nécessaire, monsieur George le trouvait au contraire exagéré. Une ribambelle de piques avait suivi, si bien que leur simple désaccord avait fait place à une véritable guerre d'égo. C'était un rude combat de coqs qui se jouait, et il était non seulement arbitré silencieusement par monsieur Gold, mais aussi suivi avec attention par les gardiens Jones et Belfrey.

« Vous êtes censé veiller à la sécurité de cette prison, et pourtant vous n'êtes même pas capable d'engager du personnel compétent, piqua une énième fois la directrice.

- Le gardien Jefferson est loin d'être incompétent, rétorqua monsieur George, Il a simplement commis une petite erreur qui aurait pu être évitée si les détenues de votre prison étaient un tant soit peu disciplinées.

- Une petite erreur ?!, s'insurgea la brune, C'est comme ça que vous qualifiez la négligence qui a coûté la vie à une détenue ?

- Oh je vous en prie madame Mills, s'exaspéra-t-il, Cessez donc tout votre cinéma! On sait aussi bien l'un que l'autre que vous ne trouvez là que le prétexte de me décrédibiliser aux yeux de monsieur Gold.

- Pour être honnête monsieur George, je ne pense pas que vous ayez besoin de moi pour perdre votre crédibilité, répliqua la femme, un sourire moqueur placardé sur son beau visage.

Monsieur Gold se racla la gorge, faisant se calmer momentanément les deux adversaires à qui la salive commençait sérieusement à manquer.

- Cela ne m'enchante guère, commença-t-il, Mais je suis bien obligé de me ranger du côté de Regina.

- Comment ça?, s'étonna monsieur George.

- Ce n'est pas contre vous mon cher, mais votre travail au sein de cette prison se trouve bien moins fructueux que prévu—

- Mais je viens tout juste d'arriver et toutes mes mesures n'ont pas encore été mises en place, s'empressa d'intervenir George.

Ses doigts se resserrèrent autour de sa canne et ses dents en or émirent un grincement audible à tous les hôtes du bureau.

Monsieur Gold n'était pas de ceux à qui on coupait la parole, l'intervention défensive du responsable de la sécurité eut donc le mérite de fortement lui déplaire.

- Vous venez de commencer votre travail ici monsieur George, j'en conviens, commença-t-il de sa voix grinçante, Seulement cela n'excuse en rien le comportement irresponsable de vos hommes. Sommes-nous bien d'accord ?

- Oui monsieur, nous sommes bien d'accord, grommela George.

- Et bien c'est parfait!, s'exclama le directeur dans un faux ton enthousiaste, Vous pouvez de ce pas aller annoncer son renvoi au gardien Jefferson.

Confronté aux regards rieurs de Jones et Belfrey et aux yeux victorieux de Mills, le responsable de la sécurité eut du mal à garder la face.

- Très bien monsieur, se contenta-t-il de dire en s'avançant vers la sortie du bureau.

- Et gardez bien à l'esprit qu'au prochain scandale du genre, la lettre de licenciement sera à votre nom monsieur George. », se sentit obligé d'ajouter Gold, prenant un sournois plaisir à achever l'autre homme qui disparut dans le couloir sans ajouter un mot.

La Méchante Reine arborait un air outrageusement satisfait. Elle avait surestimé George, et elle était ravie de constater qu'il avait finalement plus du valet que du roi.

« Vous m'enverrez le rapport d'incident dès que vous l'aurez terminé, enchaîna Gold à l'adresse de Regina, Je ne peux pas m'éterniser, un rendez-vous d'affaires m'attend. »

La directrice se retrouva donc seule avec les deux gardiens qui s'appliquèrent à lui raconter leur intervention dans les moindres détails.

« Et laquelle de ces femmes a été assez suicidaire pour appuyer sur le bouton d'urgence ?, demanda Regina en mettant un point final à son rapport.

- Sans doute Blondie, répondit Jones, De Vil avait l'air de vouloir la tuer et elle s'est empressée de sortir la première de la laverie.

- Blondie ?, interrogea la directrice.

- Cette idiote de Swan, annonça nonchalamment Belfrey.

Elle ouvrit grand les yeux, laissa tomber sa mâchoire et lâcha le stylo qu'elle tenait dans sa main.

L'air glorieux qu'elle arborait jusque là n'était plus qu'un lointain souvenir.

Le visage de la brune était à présent assailli par l'inquiétude.

- Mademoiselle Swan ?, articula-t-elle difficilement, Vous êtes sûrs ?

L'appréhension dans la voix de Regina n'échappa point à Belfrey.

- Sûr et certain, confirma le gardien Jones, C'était Swan, j'en mets ma main à couper.

La brune eut du mal à déglutir.

Son angoisse était telle que l'idée de s'inquiéter autant pour Emma ne la dérangea pas une seconde.

- Gardien Jones, dit-elle en donnant le rapport d'incident au brun, Apportez ça au secrétariat, il faut que ça soit envoyé à monsieur Gold dans l'après-midi. »

Killian acquiesça d'un mouvement de tête et quitta rapidement le bureau, document en main.

« Quand à vous, enchaîna Regina en s'adressant à la dragonne, Vous allez vous rendre directement dans le bureau de la conseillère pour lui demander de changer l'assignation d'Emma Swan en urgence. »

L'investissement de la brune quant au danger que courait la blonde ne plut guère à la gardienne.

« Insistez bien auprès de madame Green, ajouta Regina, Parce qu'il est hors de question que mademoiselle Swan passe une journée de plus à la laverie. C'est bien clair ?

- C'est très clair madame Mills. », marmonna Belfrey avant de quitter le bureau.

La contrariété de la gardienne était palpable, mais la directrice n'y fit guère attention, bien trop préoccupée par le sort de la blonde.

Regina était alors à mille lieux de se douter que ce petit manque d'attention allait coûter très cher à la femme qui occupait le plus clair de ses pensées...

--

Dire qu'Emma avait peur de sortir de sa cellule était un euphémisme. Elle en était terrifiée.

« Il va bien falloir que tu te décides à sortir un jour, fit remarquer Mary-Margaret.

- Un jour, peut-être, mais pas aujourd'hui, répliqua la blonde qui n'avait toujours pas quitté son lit.

- Je te le répète Emma, personne ne t'en veux, promit-elle, Tu as enfreint l'une des règles fondamentales, mais tu nous as débarrassé de Breaburn pour au moins quelques mois. La plupart des filles t'en sont carrément reconnaissantes.

- Pas les De Vil, rétorqua-t-elle, Et je te rappelle que c'est toi qui a longuement insisté sur les punitions terribles qu'elles réservaient aux balances.

- Tu exagères..., soupira la petite brune.

- J'exagère ?!, s'insurgea Emma, Tu m'as dit que la dernière à avoir appuyé sur le bouton rouge avait fini avec une main en moins!

Mary-Margaret grimaça.

- Je ne dis que ce que j'ai entendu...

- Et c'est censé me rassurer?!, railla la blonde.

- De toute façon tu vas bien être obligée de sortir pour aller travailler, objecta la détenue.

Ce fut au tour d'Emma de grimacer. La simple idée de se retrouver coincée dans la laverie avec les De Vil lui noua l'estomac.

- Le bureau de Green ouvre à neuf heures ?, demanda-t-elle.

- Oui, tu vas demander à changer d'assignation ?, devina Blanchard.

- Je tiens à mes deux mains, répondit la blonde en regardant ses doigts.

- Et bien si tu tiens aussi à rester en forme, rejoins-moi au réfectoire pour prendre ton petit déjeuner, proposa Mary-Margaret en nouant les lacets de ses chaussures.

- Je n'ai pas faim, affirma la blonde.

- Bien sûr que tu as faim, se moqua la petite brune, Tu n'as rien avalé depuis hier matin.

- Je n'ai pas faim, insista-t-elle.

- Et bien moi j'ai faim alors je te laisse, je vais déjeuner. », répondit Blanchard en roulant des yeux.

Mary-Margaret referma la porte de la cellule derrière elle et l'estomac d'Emma n'attendit plus longtemps pour crier sa faim.

« Argh...J'ai tellement faim. », grogna-t-elle en s'extirpant finalement de son lit.

La faim, le besoin de soulager sa vessie ou l'envie de prendre un bon bol d'air frais.

Emma ne sût déterminer ce qui la poussa finalement à quitter sa cellule.

Telle une gazelle redoutant l'attaque prochaine des lions, la blonde s'aventurera dans le couloir à pas feutré, le regard aux aguets prêt à repérer le moindre mouvement suspect.

Pour son plus grand bonheur, Emma ne croisa pas le gang de la laverie lors du petit déjeuner. Cela suffit à la détendre et ce fut donc l'esprit léger qu'elle se rendit dans la cour pour son habituelle séance de sport matinale.

Comme tous les matins, elle fut accueillie par le regard noir de Belfrey qui grillait sa clope, assise sur l'un des bancs de la cour. Et comme tous les matins, Emma dut faire preuve d'un impressionnant sang froid pour ne pas lui placarder son majeur en pleine face.

Lorsqu'elle eut dépassé la dragonne, la blonde se dirigea vers la salle de sport extérieure, bien décidée à se défouler en attendant l'arrivée de la conseillère Green.

La sueur gouttait de son front, ses muscles la tiraillaient et son corps commençait à surchauffer. Pourtant en plein effort physique, Emma s'arrêta subitement, interpellée par le bruit de talons qu'elle entendit poignarder le sol dans son dos.

Lorsqu'elle releva les yeux pour regarder derrière elle, ses prunelles émeraudes se plongèrent immédiatement dans les brunes qui la fixait. Cet échange de regard ne dura qu'une seconde, et pourtant cela suffit à faire frémir chacune des deux femmes. La brune détourna très vite les yeux, au grand damne de la blonde qui fut incapable de décrocher les siens de la silhouette féline jusqu'à ce que cette dernière disparaisse à l'intérieur du bâtiment.

Regina hors de son champs de vision, Emma s'autorisa finalement à fermer les yeux.

Elle eut alors besoin d'une bonne minute pour parvenir à chasser l'image de la directrice qui empreignait l'entièreté de son esprit.

Enfin remise du passage de la brune sulfureuse, Emma décida d'abandonner là sa séance de sport pour se rendre devant le bureau de madame Green.

« Je peux savoir ce que tu attends Swan ?

Assise devant la porte du bureau de madame Green, la blonde leva les yeux au ciel en voyant le dragon s'approcher.

- J'attends que madame Green arrive, répondit-elle nonchalamment.

- Il est neuf heures passé, fit sèchement remarquer la gardienne, Tu devrais déjà être en train de travailler.

- Oui mais j'ai besoin de voir la conseillère... C'est une urgence, insista la jeune femme.

Belfrey plissa des yeux, elle savait très bien ce que la détenue avait derrière la tête, et elle était prête à tout pour l'en empêcher.

- Malheureusement pour toi, ton urgence devra attendre quatorze heures, contra-t-elle, Madame Green vient d'appeler pour dire qu'elle sera absente toute la matinée. »

Emma plissa les yeux, elle n'avait point confiance en la gardienne

« Alors si tu ne veux pas prendre un rapport, je te conseille de te dépêcher d'y aller, menaça la dragonne, bien consciente que la blonde n'était pas dupe.

- Un rapport ?!, protesta la détenue, Mais pour quel motif ?

- Crois-moi, j'en trouverai bien un. », promit-elle.

Résignée, Emma se leva et partit en direction de la laverie, essayant tant bien que mal de faire abstraction de son angoisse croissante.

Lorsqu'elle poussa les portes et qu'elle pénétra dans la pièce carrelée de blanc, la blonde fut soulagée d'y trouver Graham. Le jeune homme n'était certes pas une lumière, mais il avait au moins le mérite de respecter assez son poste pour ne pas partir en pause toutes les cinq minutes.

« Tu as trop de retard Swan, commenta le gardien, Je vais devoir te mettre une observation. »

Emma n'eut rien à redire, une observation sur son dossier était bien moins dramatique qu'un rapport, et sur l'instant elle avait clairement d'autres chats à fouetter. Elle se fit donc toute petite et rejoignit son poste sans adresser un mot aux détenues. Elle se mit silencieusement au travail, et malgré les regards lourds qui pesaient sur elle, Emma garda en tête l'espoir d'une De Vil sans soif de vengeance.

Ce fut seulement lorsqu'elle vit la cadette d'Arendelle simuler vulgairement un malaise qu'Emma compris qu'elle ne sortirait pas saine et sauve de cette laverie.

--

Elle mit son ordinateur en veille et soupira lourdement en constatant qu'elle n'avait guère avancé dans son travail ce matin.

Cependant cela ne la surprit point, elle avait déjà accumulé du retard tout au long de la semaine.

Ces derniers jours il lui avait été difficile de se concentrer, son esprit était ailleurs, et ses pensées toutes monopolisées par une seule et unique personne.

Et comme si cela ne suffisait pas à l'agacer, la brune s'était également rendue compte que les visites d'Emma lui manquaient. Avant d'en être privée, Regina n'avait pas réalisé à quel point l'heure quotidienne que passait la blonde dans son bureau avait le don d'égayer ses journées. Cette constatation l'avait d'ailleurs tourmentée toute la matinée.

Et si en plus d'être incontestablement attirée par elle, Regina appréciait aussi réellement la jeune femme ?

La brune fut coupée dans sa réflexion au sujet de la blonde par de vifs coups données à la porte de son bureau.

« Entrez. », autorisa-t-elle en se redressant péniblement dans son fauteuil.

« Madame Mills, salua sobrement Graham en s'avançant dans la pièce.

- Gardien Humbert, salua Regina à son tour, Que me vaut votre visite ?

Depuis qu'elle avait quitté son jeune amant, ce dernier prenait grand soin d'éviter le plus possible de croiser son chemin.

- Je viens vous faire un rapport d'incident, expliqua-t-il sans oser la regarder dans les yeux, se sentant encore trop faible face au charme ravageur dégagé par les prunelles brunes.

- Je vous écoute, répondit-elle sans prendre en compte la gêne du jeune homme, Dites-moi tout.

Il opina de la tête avant de commencer son récit.

- J'étais de garde à la laverie ce matin et je n'ai relevé aucune agitation, sans Breaburn c'était même particulièrement calme, commença-t-il, Vers la fin de la matinée, Anna d'Arendelle a fait un violent malaise et s'est écroulée au sol. J'ai essayé d'appeler mademoiselle French mais apparemment quelqu'un avait pris soin de retirer les piles de son talkie. Comme j'étais sans réponse j'ai décidé d'amener moi même la détenue jusqu'à l'infirmerie. Je me suis absenté à peine quelques minutes, mais le temps que je revienne la sonnerie de midi avait déjà sonné et toutes les détenues étaient parties au réfectoire... Du moins c'est ce que je pensais, mais quand je suis retourné à la laverie pour la fermer, j'ai retrouvé Swan recroquevillée au sol... »

Graham continuait de parler mais Regina ne l'entendait plus.

En état de choc et sans plus réfléchir, la brune se leva et quitta son bureau à la hâte sans un mot pour le gardien Humbert.

Son cœur battait trop rapidement dans sa poitrine, elle hyperventilait et la tête lui tournait. Pourtant ce violent vent de panique ne fut pas suffisant pour l'arrêter dans sa marche effrénée en direction de l'infirmerie.

Sa tension redescendit seulement lorsqu'elle put vérifier de ses propres yeux que la blonde était bel et bien en vie. Quand elle la vit allongée sur l'un des lits à travers les vitres du couloir, Regina s'autorisa à souffler, fermant les yeux et posant une main à plat au sommet de son buste pour calmer sa respiration.

L'un des geignements de plainte d'Emma traversa les portes de l'infirmerie et la brune dut se résoudre à rouvrir les yeux pour mieux évaluer l'état dans lequel se trouvait la jeune blonde.

Ce qu'elle vit en premier fut le bleu qui recouvrait la pommette de la jeune femme, mais elle se rendit vite compte que l'hématome en question n'était pas ce que mademoiselle French s'affairait à soigner. L'infirmière avait totalement délaissé le visage meurtri de la détenue pour se concentrer sur ses mains, et quand Regina remarqua finalement leur état pitoyable, le bleu qui ornait le visage d'Emma lui parut bien dérisoire.

Un nouveau cri de plainte déchira l'espace et la brune ne put se retenir de pousser la porte pour se glisser discrètement dans la pièce.

De plus près, la vue des blessures d'Emma était encore plus insoutenable pour Regina.

« Vous avez appelé les urgences ?, demanda-t-elle la voix gorgée d'inquiétude.

- Non, répondit le docteur Whale, Les brulures sont sévères mais ne nécessitent pas une hospitalisation.

- Vous êtes sûr ?, insista la femme.

- C'est mon métier madame Mills, répondit froidement le médecin, Bien sûr que je suis sûr. »

Les bras croisés et le ventre noué, Regina attendit silencieusement que l'infirmière French finisse ses soins avant d'aller voir Emma.

Lorsque la blonde la remarqua finalement, la brune put voir une petite étincelle venir éradiquer la douleur dans les prunelles émeraudes.

« Madame Mills, salua Emma sans pouvoir cacher la joie présente dans sa voix.

- Miss Swan..., salua Regina en s'approchant.

- Ah c'est le retour du "Miss", fit-elle remarquer avec malice, Mais où est donc passé le "mademoiselle" ?

- Ne commencez pas Swan, prévint la directrice.

- Si ça vous fait plaisir vous pouvez garder le "Miss", taquina la blonde.

- Je suis contente de voir qu'il en faut plus pour vous abattre Miss Swan, dit-elle en s'arrêtant au pied du lit, Mais on peut dire qu'elle ne vous a pas loupé...

- Qui ça ?, demanda la détenue.

- De Vil, répondit la brune comme si c'était une évidence.

- Je ne vous donnerai aucun nom, anticipa-t-elle directement.

- Je sais..., soupira Regina, Je ne suis pas là pour ça de toute façon.

- Et pourquoi êtes-vous là alors ?, demanda la blonde entre ses dents, encore tiraillée par la douleur lancinante de ses brûlures.

- Je voulais m'assurer que vous alliez bien, avoua-t-elle à demi-mots.

Est-ce qu'Emma était touchée ? Bien évidemment.

Allait-elle le montrer ? Absolument pas.

- Et bien comme vous pouvez le voir ce n'est pas trop ça, se contenta-t-elle de répondre en regardant ses bandages, Se faire cramer les mains par la presse à vapeur n'a pas été des plus agréables.

- Mais qu'est-ce que vous faisiez à la laverie ?, la réprimanda Regina, Sérieusement Miss Swan, vous cherchez à vous faire tuer ?!

Emma fronça les sourcils.

- Si votre dragon ne m'avez pas menacé d'un rapport je serais restée bien sagement dans le couloir à attendre la conseillère Green, s'agaça-t-elle.

- Pardon ?, s'insurgea la directrice, Vous voulez dire que Belfrey vous a demandé d'aller à la laverie ?

- Non pas demandé, elle m'a carrément forcé, insista-t-elle.

Regina était bouche bée.

- Je n'en reviens pas !, s'exclama-t-elle, Quand j'ai appris que c'était vous qui aviez déclenché l'alarme d'urgence, je l'ai envoyé voir la conseillère pour lui demander votre transfert de poste en urgence, expliqua-t-elle, Apparemment elle a fait tout le contraire, et elle va payer pour ça.

Regina bouillonnait tellement que l'on pouvait voir sa veine battre sur son front.

- On vous a déjà dit que vous étiez terriblement séduisante quand vous passez en mode Méchante Reine ?, demanda-t-elle avec un sourire en coin.

La brune leva les yeux au ciel.

- Je vais mettre cette impudence sur le compte du traumatisme de votre agression, répliqua la femme.

- Je ne suis pas en état de choc madame Mills, je pense ce que je dis, insista la détenue qui se sentait pousser des ailes.

Regina plissa les yeux.

- Alors je crois qu'il vaut mieux que j'y aille avant que vous dépassiez les limites de la décence Miss Swan, déclara la brune, Et puis j'ai une gardienne à virer.

- La Méchante Reine s'en va venger la princesse en chassant le dragon, plaisanta la jeune femme.

- Vous avez renoncé à votre titre de chevalier ?, interrogea Regina.

- Oui, confirma-t-elle, Le temps que mes mains guérissent. Après ça je pourrai repartir combattre pour vous votre Majesté, charma Emma.

- Reposez-vous Miss Swan, s'esclaffa la directrice, Je pense que vous en avez bien besoin. »

La brune offrit un dernier sourire à la blonde avant de se retourner pour partir à la recherche de Belfrey.

« Madame Mills attendez!, la retint Emma.

- Oui ?, dit-elle d'une voix douce en revenant sur ses pas.

- Est-ce que vous pouvez appeler Henry pour moi s'il vous plaît?, demanda la blonde, Il devait me rendre visite cet après-midi et je ne veux pas l'inquiéter.

- Ce sera fait Miss Swan, promit la directrice.

- Merci beaucoup. »

Les regards des deux femmes se soutinrent encore quelques instants jusqu'à ce que Regina se décide finalement à briser le contact en quittant l'infirmerie.

Emma soupira en réalisant qu'elle se sentait bien, et cela malgré ses brûlures qui lui faisaient un mal de chien. En réalité elle ne s'était pas sentie aussi bien de toute la semaine.

--

Privée de l'usage de ses mains, Emma se démenait pour avaler son déjeuner à l'aide de ses avant-bras. C'était une opération périlleuse, mais elle n'avait pas vraiment le choix. En ce dimanche, seul le docteur Whale était de garde, et contrairement à l'infirmière French, ce dernier ne semblait pas décidé à lui prêter main-forte. Pour couronner le tout, les visites étaient interdites à l'infirmerie alors elle ne pouvait pas compter non plus sur l'aide de Mary-Margaret.

« Putain !, pesta-t-elle alors que sa fourchette venait de s'échouer sur le matelas.

- Langage Miss Swan. », intervint une voix bien familière.

Après un bref sursaut, Emma ne put empêcher son visage de s'éclairer en voyant Regina faire son entrée.

« Et bien vous avez l'air contente de me voir, commenta la brune face au grand sourire qu'affichait la blonde.

- Je suis toujours contente de vous voir madame Mills, charma la jeune femme.

- J'espère bien, rebondit la directrice avec un sourire en coin.

- Mais j'avoue que je suis surprise de vous voir ici un dimanche, fit-elle remarquer, Vous n'êtes pas en repos aujourd'hui ?

- Si..., avoua Regina presque honteusement.

- Mais vous êtes quand même venue juste pour me voir, en déduisit Emma non sans fierté.

La brune roula des yeux.

- Ne vous emballez pas Miss Swan, rétorqua-t-elle, J'ai trouvé l'excuse d'une urgence à la prison pour esquiver à la dernière minute le brunch guindé qu'avait organisé mon mari.

La blonde plissa les yeux, elle n'était pas prête à s'avouer vaincu.

- Heureuse d'apprendre que je suis votre urgence, taquina-t-elle avec un air malicieux.

- Effectivement Miss Swan, votre incapacité à manger plus proprement qu'un enfant de deux ans est un cas d'urgence, répliqua Regina en retour, scrutant de ses yeux bruns les aliments éparpillés sur le plateau de la détenue.

- Ce connard de Whale est parti en pause déjeuner en me disant que j'allais me réussir à me débrouiller, se plaignit Emma, Et épargnez-moi du "Langage Miss Swan" s'il vous plaît, ce gars est vraiment un connard.

Regina ricana en s'approchant du lit de la blonde.

- Je ne sais pas si c'est un "connard", répéta-t-elle comme si ce mot lui écorchait la bouche, Mais en tout cas il a eu tort...Vous n'avez clairement pas réussi à vous débrouiller toute seule, charria-t-elle en récupérant la fourchette échouée sur le lit.

- Essayez de vous débrouiller toute seule avec ça et on en reparlera madame Mills, répliqua-t-elle en secouant ses mains bandées devant le visage de la femme.

- Ne vous en faites pas Miss Swan, rassura Regina, Je suis là pour vous aider... »

La voix délibérément suave de la brune fit frémir la blonde.

Incapable de détacher ses yeux de Regina, elle la regarda s'assoir lentement au bord du lit, remettre lascivement une mèche de cheveux derrière son oreille, planter la fourchette sans son assiette de pâtes pour l'apporter ensuite jusqu'à sa bouche.

« Et bien ouvrez ! », demanda la directrice non sans amusement face à l'air béat qu'affichait la détenue.

Les joues d'Emma s'empourprèrent un instant, mais elle ne prit pas longtemps à se ressaisir et à ouvrir la bouche, laissant ainsi s'engouffrer la fourchette de pâtes tenue fermement par la main de Regina.

Après avoir passé plusieurs minutes à se démener vainement avec son plat, Emma ne put cacher sa satisfaction d'y goûter enfin.

« Merci, souffla-t-elle entre deux bouchées, Vous n'étiez pas obligée.

- C'est vrai, accorda la brune en apportant une énième fourchette à la bouche de la blonde, Mais ça ne me dérange pas... »

Emma réprima difficilement un sourire.

Ce côté doux et attentionné que lui montrait Regina depuis la veille n'était pas pour lui déplaire.

« Et maintenant passons aux choses sérieuses..., déclara la brune.

- Aux choses sérieuses ?, interrogea la blonde en fronçant les sourcils, intriguée par ce que la femme pouvait bien avoir derrière la tête.

- La tarte aux pommes de Granny est le genre de chose qu'il faut prendre au sérieux Miss Swan, expliqua-t-elle en volant une cuillère du précieux dessert.

- Eh! Mais c'est ma tarte !, s'insurgea la jeune femme.

Le regard taquin, Regina mangea une seconde bouchée du dessert.

- Et qu'est-ce que vous allez faire pour m'arrêter ? Me frapper ? Vu l'état de vos mains, pas sûr que vous en soyez capable, nargua la directrice.

- Pourquoi est-ce que je voudrais vous arrêter alors que vous êtes si séduisante en mangeant cette tarte, répliqua Emma du tac au tac, C'est un véritable plaisir pour mes rétines, ajouta-t-elle en la dévorant délibérément des yeux.

Regina pinça ses lèvres tout en la fusillant faussement du regard.

- Taisez vous et mangez. », conclut-elle en enfournant une cuillère de tarte aux pommes dans la bouche d'Emma, s'assurant ainsi de ne pas l'entendre répliquer.

Et sans se quitter des yeux, elles continuèrent à partager le divin dessert.

La tarte de Granny n'avait jamais été aussi bonne...

« Oh! Bonjour madame Mills...

L'intimité qui s'était naturellement installée entre les deux femmes durant la dégustation du dessert se brisa subitement.

- Bonjour docteur Whale, répondit la brune en se levant précipitamment du lit d'Emma.

- Qu'est-ce que vous faites ici ?, demanda l'homme en regardant avec insistance la brune et la blonde dont la proximité l'étonnait.

Elles échangèrent un discret regard gêné.

- Je devais récupérer des affaires dans mon bureau, enchaîna rapidement la directrice d'un ton convainquant, Et puis en passant devant l'infirmerie j'ai vu que mademoiselle Swan semblait avoir du mal à manger son petit déjeuner, fit-elle remarquer d'un ton sévère, Cela vous étonne docteur Whale ?

- Je vous demande pardon ?

- Est-ce que cela vous étonne qu'une détenue avec deux mains brûlées et bandées soit incapable de se nourrir seule ?, reformula-t-elle froidement.

- Euh... Non pas vraiment, répondit-il d'une voix hésitante.

- Alors je peux savoir pourquoi vous avez laissé mademoiselle Swan livrée à elle-même avec son déjeuner ?, demanda-t-elle en arquant les sourcils.

- Je pensais qu'elle allait réussir à se débrouiller, se défendit-il.

- Et bien pensez mieux la prochaine fois docteur Whale. », articula-t-elle sèchement.

Piqué au vif, l'homme ignora la directrice et s'en alla dans la réserve arrière.

Emma ne put attendre plus longtemps pour pouffer de rire.

« Le moins que l'on puisse dire c'est que vous avez un don pour retourner la situation, souligna-t-elle.

- C'est un de mes nombreux talents effectivement, se vanta la brune en prenant un air exagérément hautain.

- J'adorerais découvrir tous vos autres talents madame Mills, provoqua la blonde en plongeant son regard dans celui ténébreux de la directrice.

Un petit sourire prit d'assaut la bouche rouge de Regina qui se pencha pour approcher son visage de celui d'Emma.

- Ne vous inquiétez pas, pour ça nous aurons tout notre temps... », prononça-t-elle de sa voix légèrement rauque avant de se reculer pour se diriger vers la sortie.

« Je reviendrai vous voir demain, d'ici là reposez-vous bien Miss Swan. »

Et sur ces mots la directrice disparut dans le couloir, laissant derrière elle une jeune femme toute retournée. Sans doute aussi retournée qu'elle finalement...

--

Après un week-end passé à l'infirmerie, il était enfin temps pour Emma de retourner avec les autres détenues.

« Si vous suivez bien toutes mes instructions, à terme les cicatrices seront quasiment invisibles, promit Belle, Vous pouvez aller manger maintenant, ajouta-t-elle en entendant sonner l'heure du dîner, Mais faites bien attention à vos mains Emma. »

La blonde acquiesça et remercia une nouvelle fois l'infirmière pour sa gentillesse avant de quitter l'infirmerie pour de bon.

« Miss Swan attendez!, l'interpella la personne qu'elle avait attendu toute la journée.

Emma se stoppa dans le couloir, un grand sourire aux lèvres.

- Et bien madame Mills, dit-elle en se retournant pour faire face à la brune, J'ai bien cru que vous m'aviez oublié...

- Vous oublier ? Comment aurais-je pu..., ironisa la directrice, J'ai juste eu beaucoup de travail aujourd'hui.

- Vous auriez quand même pu trouver un peu de temps pour moi, fit semblant de bouder Emma.

- Cessez de faire l'enfant Miss Swan, exigea la brune, Et dites moi plutôt comment vont vos mains.

- Selon l'infirmière elles seront correctement cicatrisées dans un peu moins d'un mois, expliqua la jeune femme.

- Très bien, déclara Regina avec un petit sourire en coin, Alors prenez-en soin et évitez de faire des bêtises d'ici là. Le ménage de mon bureau est pressé de vous retrouver.

Emma prit quelques secondes à réaliser.

- Je pensais pourtant que vous n'étiez pas satisfaite de mon ménage madame Mills, taquina-t-elle.

Regina leva les yeux au ciel.

- Veillez à ne pas vous attirer de nouveaux ennuis Miss Swan, dit-elle avant de tourner les talons.

- Ne vous en faîtes pas madame Mills, si c'est pour vous retrouver plus vite je saurai me faire sage! », provoqua une dernière fois la blonde en regardant la brune s'éloigner.

Une fois Regina hors de son champ de vision, Emma reprit son chemin en direction du réfectoire d'où un vacarme infernal s'échappait.

« Bordel mais qu'est-ce qui se passe encore...», souffla-t-elle en poussant les portes de la cantine.