Debout sur l'une des tables du réfectoire, le point levé et l'air décidé, Ruby vociférait à tout va une multitude de phrases qui ne faisaient pas sens dans l'esprit d'Emma.
Autour de la chef de gang, des dizaines et dizaines de détenues s'étaient rassemblées, imitant leur leader en crachant un fouillis de mots incompréhensibles pour la blonde.
Son séjour à l'infirmerie avait été court, trois jours à peine, mais il avait suffi à lui faire perdre le fil, si bien qu'elle n'avait pas la moindre idée de ce qui se jouait sous ses yeux.
« Alors Blondie, ces mains ça va mieux ?, l'interpella Jones en passant derrière elle dans le couloir.
- Qu'est-ce qui se passe ?, demanda-t-elle aussitôt sans prendre la peine de répondre au gardien.
Killian fronça d'abord les sourcils, ne semblant pas comprendre directement à quoi elle faisait allusion.
- Ah ça ?, interrogea-t-il en passant sa tête à travers les portes de la cantine, C'est comme ça depuis ce matin, l'interdiction de fumer est tombée aujourd'hui... Et apparemment ça a du mal à passer, plaisanta-t-il.
- Apparemment. », confirma Emma en regardant le réfectoire avec de grands yeux.
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« Et c'est reparti, soupira Blanchard alors que la sonnerie de réveil venait de retentir.
- C'est si terrible que ça ?, demanda la blonde alors qu'un lourd bâillement déchirait sa voix.
- Oh oui c'est terrible, appuya la petite brune en nouant les lacets de ses chaussures, Je n'exagérais pas en te disant qu'elles ont tout saccagé. Elles ont retourné les tables et les étagères, éventré les fauteuils, déchiré les livres, énuméra-t-elle sans cacher son mécontentement, Elles ont tout détruits.
- La bande à De Vil ?, interrogea Swan en s'étirant.
- Pas seulement, répondit Mary-Margaret, Elles sont de plus en plus nombreuses à péter les plombs. Ce n'est plus qu'une question–
- Ce n'est plus qu'une question de temps avant qu'une émeute éclate, coupa Emma en rigolant, Ça fait un mois que tu le répètes, se moqua-t-elle, Et pourtant toujours rien.
- J'ai cru comprendre que Ruby planifierait quelque chose, défendit Blanchard.
- Du genre ?, s'intéressa Emma.
- Du genre faire tomber le Roi George de son trône, expliqua la brune.
- Et tu n'en sais pas plus ?, questionna-t-elle en se levant.
- Non, ça ne s'ébruite pas trop, expliqua Mary-Margaret, Je pense qu'elle veut garder l'effet de surprise pour frapper fort.
- Et bien j'espère que son plan fonctionnera mieux que la dernière fois, fit remarquer Emma, Ce serait con qu'elle finisse encore à l'hosto.
- J'ai bon espoir que cet incident l'ait quelque peu assagi. », soupira la petite brune.
La moue peu convaincue de la blonde fit rouler des yeux Mary-Margaret qui n'attendit pas plus longtemps pour partir prendre son petit déjeuner.
Après s'être brièvement arrangée, Emma lui emboîta le pas.
Son éternel chocolat chaud en main, la jeune femme s'installa à sa table habituelle. Elle prit le temps de savourer sa boisson, se laissant bercer par les commérages incessants de Blanchard et Darling. Mais alors que Mary-Margaret contait un énième potin à la tablée, le regard flou qu'Emma posait sur l'ensemble du réfectoire se focalisa sur un endroit précis.
La scène n'était pas commune, pour ne pas dire inédite.
De Vil et Ruby se faisaient face, tranquillement assises autour d'une table tout en tenant une conversation des plus calmes. Emma jura même apercevoir une certaine coopération entre les deux femmes. Elles ne s'appréciaient pas et on ne pouvait pas remettre en question l'animosité qu'elles avaient l'une pour l'autre.
Seulement pour une fois, les deux chefs de gang semblaient avoir trouvé un terrain d'entente.
Mary-Margaret avait raison, Ruby prévoyait de frapper fort.
Lorsqu'elle eut fini de déjeuner, la blonde quitta la cantine pour se diriger vers la cour.
Si sortir prendre l'air n'avait pas quitté sa routine matinale, Emma avait été contrainte d'abandonner sa séance de sport quotidienne depuis un mois déjà.
L'état de ses mains l'avait obligé à s'arrêter un temps, mais maintenant que ces dernières allaient mieux voilà que monsieur George avait décidé de fermer le local de sport.
Le responsable de la sécurité avait surpris une fille entrain de cacher des cigarettes dans le matériel, et il ne lui en avait pas fallu plus pour condamner l'endroit.
Il n'avait alors sans doute pas conscience qu'en faisant cela il renforçait encore un peu plus la frustration des filles à son égard. Ou peut-être qu'il s'en fichait, tout simplement.
Après avoir restreint les loisirs, modifié les horaires de travail, sévi les sanctions et interdit les cigarettes, voilà qu'il continuait d'attiser la haine des détenues en posant de nouvelles interdictions à chaque fois que lui en venait l'envie.
Aveuglé par l'orgueil, monsieur George restait persuadé que ses agissements étaient bénéfiques pour le fonctionnement de cette prison, il restait intimement convaincu que sa méthode allait anéantir le trafic de drogue et redonner un cadre de conduite au pénitencier Gold.
Cependant, il n'était en réalité parvenu qu'à faire une unique chose: se conduire à sa propre perte...
« Alors Swan, l'interpella August, Tu reprends le travail aujourd'hui c'est bien ça ?
- Lundi, répondit-elle en venant s'assoir sur le banc à ses côtés, Mes mains sont complètement remises mais madame Mills tient à ce que je prenne quatre semaines complètes de repos, précisa-t-elle en imitant le ton de la directrice.
- Ah oui, sacrée madame Mills... », taquina August avec un ton plein de sous-entendus.
Un coup de poing dans l'épaule, ce fut ce qu'il reçut en guise de réponse.
« Mais quoi ?, rigola-t-il.
- Arrête avec ça, râla la blonde, Combien de fois vais-je devoir te dire qu'il n'y a absolument rien entre Mills et moi.
- Le fait que tu t'agaces dès que j'aborde le sujet me prouve le contraire, se fit-il un plaisir d'argumenter.
- Qu'est-ce que t'es chiant, pesta-t-elle en lui assénant un regard noir.
- C'est bien pour ça que tu m'aimes, continua-t-il de se moquer.
Emma l'étudia attentivement du regard.
C'était un fait établi, August Wayne était une véritable tête de nœud.
Une vraie tête de nœud à laquelle elle tenait comme à la prunelle de ses yeux.
- Est-ce que si le roi George se fait destituer tu vas aussi perdre ton job ?, finit-elle par demander.
- Honnêtement ?, soupira-t-il, Je n'en ai pas la moindre idée. Je pense faire bien mon taf et jusqu'ici la Méchante Reine ne semble pas me détester plus que ça... Et puis elle n'oserait pas se débarrasser de son futur beau-frère quand même ?
- Tu n'imagines pas à quel point j'ai envie de t'en foutre une, là, tout de suite, bouillonna-t-elle.
- Mais je t'en prie, vas-y, provoqua-t-il, Que je puisse te mettre un joli petit rapport juste après.
- T'es vraiment qu'un sale con, jura la blonde.
- Un sale con qui va te laisser car il a du travail, annonça-t-il en se levant, Je suis encore de garde à la bibliothèque ce matin, je te raconte pas le bordel qu'il y a eu hier.
- Mary-Margaret m'a raconté, répondit-elle, Elles sont arrivées en hurlant à la mort pour des cigarettes et elles ont tout détruit sur leur passage.
- Elles étaient incontrôlables, j'ai rien pu faire pour les arrêter, expliqua-t-il, Heureusement que Jones et Humbert sont vite arrivés en renfort, sinon elles auraient fini par s'attaquer aux murs, plaisanta-t-il.
- Oui heureusement qu'ils étaient là, souligna-t-elle, Parce que bon apparemment tu ne fais pas ton taf si bien que ça finalement ?, se fit-elle un plaisir de piquer.
- Connasse. », envoya-t-il assorti d'un beau majeur dressé avant de rentrer à l'intérieur des bâtiments.
Emma le regarda s'éloigner le sourire aux lèvres. Il avait peut-être était absent durant de longues années, mais la jeune femme ne se voyait plus vivre sans lui, en particulier maintenant qu'elle était derrière les barreaux.
Si respirer un bon bol d'air frais et partager un moment de complicité avec August la motivaient à sortir chaque matin, ce qui l'avait vraiment convaincue à continuer cette routine matinale était tout autre...
« Bonjour Miss Swan, résonna dans son dos cette voix qui sonnait si juste à son oreille.
- Bonjour madame Mills, se pressa-t-elle de répondre en se levant du banc pour faire face à la belle brune, Vous êtes rayonnante ce matin, charma-t-elle en la regardant de bas en haut, Comme d'habitude à vrai dire...
Chaussée de ses éternels escarpins à talons aiguilles et vêtue d'une petite robe rouge couverte par une veste noire, Regina Mills respirait l'élégance.
Et comme toujours, son physique affriolant, son regard de braise et sa bouche maquillée de rouge rendaient le chic de sa tenue tout bonnement succulent.
- Cessez vos flatteries mademoiselle Swan et montrez moi plutôt comment vont vos mains, condamna la directrice.
- Miss, c'est Miss, se fit un plaisir de corriger Emma.
- Vos mains, insista la brune en levant les yeux au ciel.
- Elles sont comme neuves, affirma-t-elle en les présentant à travers le grillage.
Regina les regarda brièvement, comme elle le faisait chaque matin depuis un mois, sachant pertinemment que les brûlures avaient cicatrisé depuis des jours déjà.
- Les cicatrices sont encore bien rouges Miss Swan, déclara-t-elle, Je pense que je vais devoir prolonger votre période de repos.
- Vous déconnez ?!, s'exclama la blonde complètement médusée.
- Langage, gronda la brune, Ne voyez-vous donc pas que je vous fais marcher ?, railla-t-elle.
- C'est hilarant, ironisa Emma en lui lançant un regard noir.
- N'est-ce pas ?, taquina-t-elle encore un peu plus, Vous reprendrez votre travail à l'entretien dès lundi comme il était prévu, cela vous convient Miss Swan ?
- Ai-je vraiment le choix ?, provoqua la blonde.
- Pas vraiment non, confirma Regina en haussant les épaules, A lundi Miss Swan, ajouta-t-elle en tournant les talons en direction de l'aile administrative.
- Je peux même commencer aujourd'hui si vous préférez ! », proposa la détenue en s'agrippant à la grille.
Emma ne voyait plus le visage de la brune, mais elle jura qu'elle avait levé les yeux au ciel à sa remarque, et ce simple fait suffit à lui arracher un grand sourire.
Depuis qu'elle était sortie de l'infirmerie un mois plus tôt, ces petites discussions matinales avec la directrice étaient devenues monnaie courante.
Emma attendez tranquillement dans la cour que la brune fasse son entrée dans le couloir extérieur. Et dès que Regina arrivait, les deux femmes se faisaient un plaisir d'entamer la conversation.
Ce n'était jamais bien long, mais cela suffisait amplement à leur donner le sourire pour toute la journée qui suivait.
Toujours remplies de taquineries et de séduction, les paroles échangées avaient néanmoins gagné en légèreté. Ce n'était plus un simple jeu de pouvoir et de domination, c'était devenu un véritable échange entre deux personnes s'appréciant plus que de raison.
Et si Emma aimait ça, il en était de même pour Regina.
Une fois la brune incendiaire hors de son champ de vision, la jeune femme partit s'affaler sur le banc. Vaquant d'abord à ses pensées, la blonde ne tarda pas à s'assoupir, incapable de résister au doux soleil de ce début Septembre.
Elle ne sut déterminer combien de temps s'était écoulé lorsque sa rêverie prit brusquement fin, brisée par une voix tonitruante résonnant dans les hauts parleurs extérieurs.
« PRISE DE POUVOIR!! EMEUTE!! LES DETENUES AUX COMMANDES!! »
Emma se leva péniblement, encore engourdie par le sommeil qu'elle venait de quitter.
Pas vraiment affolée par la nouvelle, elle se dirigea d'un pas tranquille à l'intérieur des bâtiments. Guidée par le vacarme assourdissant, elle n'eut pas de mal à rejoindre le cœur de la cohue basée dans le réfectoire.
Au centre de la pièce, perchées sur les tables, dansaient et chantaient quelques détenues dont Emma n'avait pas retenu le nom.
Juste sous elles étaient attachés les gardiens Humbert, Wayne, Jones et Nolan, fermement ligotés aux pieds des tables à l'aide du linge des cuisines. Les trois hommes n'avaient l'air ni amochés, ni effrayés, et pour cause, seul le Roi George avait à se méfier de la colère des détenues.
C'était en tout cas ce qu'Emma pensait...
« Tu me promets qu'il n'arrivera rien aux gardiens, insista Mary-Margaret.
- Pour la millième fois MM, personne ne touchera à ton Nolan, s'agaça la brune aux mèches rouges, Tout ce dont j'ai besoin c'est d'une fichue photo.
- Une photo ?, interrogea Emma en s'approchant.
- Une photo des gardiens ligotés avec George qui prend la pose, expliqua Ruby pleine d'audace, Je vais l'envoyer à Gold en lui faisant une proposition, soit il vire notre Roi George adoré, soit je me fais un plaisir de faire de la pub à sa prison en envoyant cette photo à la presse. Alors, c'est pas du génie ?, demanda-t-elle visiblement fière d'elle.
- Je dois admettre que c'est plutôt intelligent, admit la blonde, Mais tu n'as pas peur que les forces extérieures interviennent avant que tu puisses prendre la photo ?
Comme pour confirmer les dires d'Emma, la sonnerie d'alerte du bouton noir se mit à retentir.
- Bordel De Vil, aboya Ruby en se tournant vers la concernée, Tes filles étaient censées l'empêcher d'appuyer sur ce fichu bouton.
La vieille femme aux cheveux méchés de blanc avait l'air tout aussi contrariée.
- Et les tiennes sont censées nous amener George depuis longtemps déjà, contra-t-elle.
- Ne t'inquiète pas pour ça, mes filles vont réussir à ramener George à temps, défendit Ruby, Contrairement aux tiennes qui n'ont même pas été capables d'éloigner Mills de ce foutu bouton noir, s'énerva-t-elle.
- Ne t'inquiète pas pour ça, répliqua De Vil, Mes filles vont se charger de remettre Mills à sa place maintenant.
Le cœur de la blonde manqua un battement.
- Sauf que maintenant qu'elle a déjà appuyé sur le bouton ça ne sert plus à rien ! », reprocha la jeune dealeuse.
Emma resta sans voix face à la dispute des deux chefs de gang dont elle ne parvint à saisir qu'une seule et unique information: Regina était en danger.
Elle n'eut pas besoin de réfléchir pour partir en courant en direction des bureaux.
Sur son chemin, elle croisa une dizaine de détenues en furie tenant George en otage. Voir l'homme ainsi bâillonné, menotté, et porté comme un vulgaire sac par Mulan et Aurore l'aurait sans doute fait sourire si son inquiétude pour la directrice n'était pas aussi forte.
Elle continua donc de traverser la prison au pas de course, la boule au ventre en craignant ce qu'elle allait trouver derrière la porte vernie de noir.
Immobilisée par les sœurs d'Arendelle qui maintenaient fermement ses bras cloués au mur, Regina avait toujours fière allure, ne se laissant nullement impressionner par le ton agressif avec lequel Gardener s'adressait à elle.
« Je préfère vous prévenir que si vous ne me lâchez pas tout de suite, les conséquences seront terribles pour vous, énonça froidement la brune.
Gardener lui ria au visage.
- Sans vouloir vous vexer madame Mills, je ne pense pas que vous soyez en position de lancer des menaces, se moqua la détenue, Alors vous allez fermer votre joli petit clapet et vous allez faire ce qu'on vous a demandé–
- Pour la troisième fois, non, je ne vais pas faire sortir Breaburn du quartier d'isolement, coupa Regina d'un ton las, Elle a tué quelqu'un, alors croyez-moi, elle n'est pas prête de revenir parmi nous.
Sans prévenir, Gardener lui asséna une grosse gifle qui fit violemment partir sa tête vers la gauche.
- Maintenant tu vas fermer ta grande gueule et tu vas signer les papiers pour la faire sortir, grogna la détenue dont les yeux transpiraient l'alcool.
- Vous êtes vraiment stupide si vous pensez pouvoir vous en tirer comme ça, railla la directrice, n'hésitant pas à cracher tout son mépris au visage de Gardener.
La gifle l'avait un peu sonnée, mais il en fallait plus pour démonter Regina Mills.
- Parce que tu penses que toi tu vas réussir à t'en tirer comme ça ?, se moqua la détenue.
- A vrai dire peu importe comment je m'en tire, avança la brune, Puisque de toute manière vous allez toutes les trois rejoindre votre copine Breaburn, bien au chaud à l'isolement. »
Cette nouvelle provocation eut le mérite d'agacer les sœurs d'Arendelle au point qu'elles décidèrent dans un accord commun de balayer la directrice au sol, sous le regard complètement dépassé d'Emma qui venait d'entrer dans le bureau.
Dans sa chute, Regina sentit sa cheville craquer, et malgré tout le contrôle dont elle pouvait faire preuve, la douleur lui arracha un cri.
« Relève toi, ordonna Gardener.
- Vous allez payer très cher pour ça, articula-t-elle difficilement, serrant les dents pour pallier à la douleur.
Emma était complètement outrée par la scène qui se déroulait sous ses yeux.
- Mais c'est qu'elle continue en plus, s'exaspéra la détenue, Relève toi j'ai dit! »
Regina se résigna à se relever, mais alors qu'elle se redressait difficilement à l'aide de ses bras, sa respiration fut bloquée par le rude coup de pied qu'elle reçut en plein ventre.
Un long râle de plainte passa la barrière de ses lèvres, et il fut insupportable pour les oreilles d'Emma.
« Arrêtez !, s'interposa-t-elle en traversant le bureau en quelques enjambées.
Malgré la douleur qui lancinait maintenant tout de son corps, Regina n'eut aucun mal à reconnaitre la voix de la blonde.
- Qu'est-ce que tu fais ici Swan ?!, s'étonna Gardener.
Elle resta silencieuse une seconde ou deux, le temps qu'une idée germe dans son esprit.
- Les forces spéciales sont là !, bluffa-t-elle, De Vil veut que vous reveniez avec les autres. »
Voyant l'air peu convaincu qu'affichaient les trois femmes, Emma dut se résoudre à en rajouter une couche.
« Elle a dit, je cite "cette bande d'incapables vont payer très cher si elles se font chopper dans le bureau de Mills." et elle avait l'air en colère. », se sentit-elle obligée de préciser.
Il n'en fallut pas plus aux sœurs d'Arendelle pour prendre la fuite, et malgré son regard suspicieux, Gardener fit de même quelques secondes après.
Toujours assise au sol, le dos appuyé contre le mur et les yeux clos, Regina ne trouva pas la force de bouger, se contentant seulement de soupirer de soulagement en entendant ses bourreaux quitter son bureau.
Emma resta un moment postée devant la porte pour s'assurer qu'aucune des trois De Vil ne rebroussait chemin.
« C'est bon elles sont vraiment parties, commenta-t-elle après un temps, Je sais que je vous devez un service depuis longtemps madame Mills, mais bon je pense que l'on est quitte maintenant.»
Surprise de ne pas être victime d'une réplique cinglante de la directrice, la blonde se retourna l'air inquiet.
« Est-ce que ça va ? » demanda-t-elle en s'approchant de la brune.
Regina ne prit pas la peine de répondre, bien trop occupée à serrer les dents pour s'empêcher d'éclater en sanglots.
« Madame Mills est-ce que ça va ?, répéta Emma en s'accroupissant face à elle.
Toujours sans réponse, la blonde s'approcha d'avantage de la brune et se permit de poser délicatement sa main sur la joue encore rougie par la gifle.
Elle sentit la femme tressaillir sous son contact.
« Regina, dites-moi quelque chose s'il vous plait. », osa-t-elle demander.
A peine eut-elle dit ces mots que les prunelles chocolat se révélèrent finalement à elle.
Et avant qu'elle ne puisse le voir venir, la brune avait brisé la distance qui les séparait, jusqu'à ce que leurs bouches ne fassent plus qu'un.
Regina avait été incapable de résister à Emma.
Après s'être contenue des semaines durant, elle avait finalement craqué.
Peut-être pouvait-elle prendre comme excuse le trouble provoqué par son agression, mais elle ne le ferait pas, parce qu'en vérité il n'était pas seulement question d'une pulsion soudaine, mais plutôt d'un désir trop longtemps étouffé.
Elle en avait eu envie durant des semaines, et maintenant elle avait besoin.
Elle avait donc cédé.
Elle avait cédé au désir d'embrasser cette femme aux cheveux d'or et au regard émeraude qui lui faisait vivre des sensations trop longtemps oubliées.
Regina n'avait eu qu'à poser ses lèvres sur celles d'Emma pour que cette dernière lui rende la pareille.
Contrairement au premier baiser qui n'avait été que calcul de la part de la brune, celui là donna à la femme l'impression de flotter tant elle ne contrôlait rien à cet échange avec la blonde.
Elle ne réfléchissait pas, elle n'en avait pas besoin.
Ses lèvres se mouvaient naturellement contre celles de la jeune femme, ses doigts se mêlaient lascivement à ses boucles blondes, sa langue dansait fougueusement avec celle d'Emma.
C'était tout simplement grisant pour la brune.
Et ça ne l'était pas moins pour la blonde qui avait l'impression de vivre un véritable rêve éveillée.
Embrasser Regina Mills relevait jusqu'alors du fantasme pour Emma.
Après avoir goûté une première fois aux lèvres rouges et tentatrices pour de faux, jamais la jeune femme n'avait réellement cru pouvoir y goûter à nouveau, pour de vrai cette fois-ci.
Et elle devait bien avouer que cela dépassait toutes ses attentes.
Les frétillements se créant dans son bas ventre, les frissons recouvrant sa peau ou encore la chaleur s'insinuant lentement et sournoisement dans l'entièreté de son corps. Toutes ces réactions physiques n'étaient même pas suffisantes pour illustrer l'effet monstre que lui faisait ce baiser.
Elles ne se l'avoueraient pas de si tôt, et elles n'en avaient d'ailleurs pas encore conscience, mais ce baiser représentait déjà bien plus qu'un simple geste de luxure échangé.
Après l'avoir initié, ce fut également Regina qui brisa le baiser lorsque le souffle lui manqua.
Elle se recula de quelques centimètres et plongea ses yeux dans l'océan vert de ceux d'Emma.
Elles restèrent comme ça de longues secondes, noyées dans le regard l'une de l'autre, si bien qu'elles ne remarquèrent même pas que l'alarme avait arrêté de sonner.
« Qu'est-ce qu'il y a ?, s'inquiéta la blonde en voyant le visage rêveur de la brune se transformer en grimace.
- Ma cheville, gémit-elle.
Emma baissa le regard et écarquilla les yeux en voyant que la cheville de Regina était déjà bien gonflée.
- Je vais vous accompagner à l'infirmerie, décida-t-elle, Appuyez-vous sur moi pour vous levez.
- Je n'ai pas besoin d'aller à l'infirmerie, répliqua immédiatement la directrice.
- Ne commencez pas. », prévint la jeune femme.
Regina leva les yeux au ciel mais consentit finalement à se lever. En vérité elle avait bien trop mal pour s'amuser à tenir tête à la blonde. Avec l'aide d'Emma, elle n'eut pas grand mal à se lever, mais lorsqu'elle essaya de faire un pas, elle se crispa et laissa échapper un sifflement de douleur.
« Vous ne pouvez pas poser le pied par terre c'est ça ?, devina la détenue.
- Bien sûr que je peux, rétorqua la brune, J'ai juste très mal c'est tout.
Emma roula des yeux.
- Votre mauvaise foi vous tuera un jour, souffla-t-elle.
- Si les détenues de cette prison ne le font pas avant, compléta Regina en riant jaune.
- Heureuse de voir que malgré la douleur vous conservez votre humeur, s'amusa la blonde.
En disant ces mots elle passa un bras derrière le dos de la brune et l'autre sous ses genoux pour la soulever.
- Mais qu'est-ce qui vous prend ?!, s'étonna cette dernière.
- Il me prend que je n'ai pas envie que vous vous blessiez davantage en essayant de marcher jusqu'à l'infirmerie, répondit Emma comme si c'était évident.
Regina arqua un sourcil.
- Vous auriez tout de même pu me prévenir avant de me soulever comme ça, répliqua-t-elle.
- C'est quand même vachement culotté venant de quelqu'un qui m'a embrassé à deux reprises sans me prévenir. », objecta Emma.
La brune n'eut rien à répondre à ça, alors elle se contenta de soupirer en venant enrouler ses bras autour du cou de la blonde.
Ce geste fit sourire la jeune femme qui serra un peu plus le corps de la directrice contre le sien avant de sortir du bureau.
Sur le chemin de l'infirmerie, elles croisèrent deux membres de la brigade des forces spéciales qui interpellèrent Emma d'un ton accusateur et qui insistèrent pour conduire eux-mêmes madame Mills jusqu'à l'infirmerie.
« Eloise Gardener, Elsa et Anna d'Arendelle, ces trois détenues m'ont agressé, raconta Regina aux deux hommes, Alors dépêchez-vous d'aller faire votre travail en les enfermant toutes les trois au quartier d'isolement. En ce qui concerne mademoiselle Swan ici présente, elle rejoindra sa cellule dès qu'elle m'aura amené à l'infirmerie. », déclara-t-elle dans un ton sans appel.
Toutes les détenues ayant été confinées dans leur cellule par les forces spéciales, Emma et Regina ne croisèrent personne d'autre jusqu'à l'infirmerie. Arrivées là-bas, la blonde déposa délicatement la brune sur l'un des lits pendant que l'infirmière French s'afférait déjà à l'ausculter.
« Ça va aller ?, demanda Emma pour la vingtième fois.
- Ça va aller, la rassura de nouveau Regina, Allez rejoindre votre cellule avant de vous attirer des problèmes.
- Vous avez raison, j'y vais, accepta la blonde, Faites attention à vous en tout cas, et reposez-vous bien. »
La jeune femme s'apprêtait à refermer la porte derrière elle lorsque la voix de la brune l'interpella une dernière fois.
« Vous avez vraiment été digne d'un preux chevalier aujourd'hui Miss Swan, lui lança Regina avec un petit sourire joueur.
- Chevalier Swan pour vous servir Majesté.», répondit-elle en mimant une révérence avant de quitter l'infirmerie, un immense sourire scotché aux lèvres.
[ Hey!
J'espère que ce chapitre vous a plu!
Je tenais à vous remercier pour vos commentaires, bien que je ne puisse pas y répondre, c'est toujours un immense plaisir de pouvoir les lire ;)
Sinon je voulais aussi vous prévenir que le prochain chapitre prendra un certain temps à arriver. Ce chapitre était mon dernier d'avance et je suis actuellement entrain de revoir tout le plan de cette histoire afin de ne pas ruiner la suite...
Le chapitre 20 n'arriva donc pas avant fin octobre/mi-novembre. Je sais que ce n'est jamais agréable d'attendre trop entre deux chapitres mais je préfère prendre cette petite pause afin de correctement organiser toutes mes idées et ainsi vous offrir une suite un tant soit peu qualitative :')
J'espère que malgré l'attente vous répondrez présents pour la suite de cette histoire :)
(Mes messages privés restent ouverts pour un quelconque renseignement)
Je vous souhaite un bon dimanche et je vous dis à bientôt!! ]
