Figée sur place, son visage se défit.
Elle avait eu vent par August du retour de la brune quelques minutes plus tôt. Lorsque ce dernier lui avait dit avec un sourire en coin qu'il n'avait plus besoin de la surveiller pendant cette heure de ménage, elle avait immédiatement compris.
Dès lors, elle avait été prise par l'excitation de la revoir enfin, et attendre l'autorisation de pouvoir entrer dans le bureau lui était complètement sorti de la tête.
Elle s'en mordait les doigts à présent...
« Euh...excusez-moi madame Mills, je croyais vous avoir entendu me répondre, bredouilla-t-elle en baissant le regard, J'espère ne pas vous avoir dérangé.
Dès l'instant où elle avait reconnu la blonde, Regina s'était détendue.
Finalement l'inopinée perturbatrice se trouvait être sa sauveuse.
- Non ne vous en faites pas, monsieur Glass et moi-même en avions fini de toute façon, expliqua la directrice en sautant sur l'occasion de se débarrasser de l'homme, Entrez je vous en prie Miss Swan. », ajouta-t-elle en voyant que la détenue n'osait pas franchir le pas de la porte.
Complètement refroidie par l'accueil initial de la brune, Emma se fit toute petite et commença silencieusement à faire son ménage.
« Je crois que je ferais mieux d'y aller, s'enquit Sidney envers qui la froideur de la directrice était toujours palpable, Je vais te laisser travailler, moi aussi j'ai du boulot. », ajouta-t-il en se levant.
La mine fermée, Regina l'observa s'éloigner jusqu'à la sortie du bureau.
« En tout cas je suis content que l'on se soit retrouvé. », lui lança-t-il dans un clin d'œil avant de passer la porte.
Elle lui rendit un petit sourire des plus faux avant de lever les yeux au ciel dès qu'il fut parti. Elle laissa ensuite retomber son visage au creux de ses mains tout en soufflant bruyamment.
« Vous à l'inverse, vous n'avez pas l'air si heureuse que ça de le retrouver. », commenta Emma, dans une vaine tentative de détendre l'atmosphère.
Elle ne reçut aucune réponse de la brune mais ne s'avoua pas vaincue pour autant.
« D'où le connaissez-vous ?, demanda-t-elle en jetant un coup d'œil à la femme qui n'avait toujours pas relevé la tête.
- De la fac, répondit cette dernière sans bouger, Il était fou amoureux de moi et me suivait partout comme mon ombre, expliqua-t-elle d'un air ennuyé, Un vrai pot de colle!
Emma rigola en imaginant le nouveau responsable de la sécurité suivre la directrice comme un docile petit toutou à travers la prison. Elle devait avouer que l'image, bien que comique, était des plus crédibles.
- C'est donc ça qui vous rend de mauvaise humeur, taquina-t-elle, Vous avez le malheur de retrouver votre boulet. »
Une nouvelle fois, la brune resta sans réaction, au plus grand désarroi d'Emma qui ne se doutait pas une seconde que la femme ravalait en fait ses larmes avec difficulté.
« En tout cas je suis contente de voir que vous allez bien..., continua la blonde, Même si vous avez moins fière allure sans vos escarpins à talons hauts. », provoqua-t-elle malicieusement.
Cette pique eut le mérite d'arracher un petit sourire à la brune dont le visage était toujours dissimulé par ses mains.
Trop impatiente sûrement, Emma ne laissa malheureusement pas le temps à Regina de répliquer.
« Qu'a donc t-il fait pour vous contrarier à ce point ?, soupira-t-elle, ne pouvant faire taire plus longtemps sa déception de retrouver après trois semaines une Regina Mills si hermétique.
Là enfin, la brune prit la peine de redresser la tête pour lancer un regard des plus distants à son interlocutrice. La froideur des orbes chocolat accapara l'attention de la blonde au point qu'elle fut incapable de notifier l'humide souffrance qui y résidait encore.
- Cela ne vous regarde en aucun cas mademoiselle Swan, articula-t-elle dans un calme glaçant qui eut raison d'Emma.
- C'était déplacé, consentit-elle, Excusez-moi madame Mills. », dit-elle simplement avant d'empoigner avec force le manche de son balais, visiblement prête à extérioriser sa contrariété dans le ménage de ce bureau pourtant déjà impeccable.
Regina grimaça aussitôt. Elle ne voulait pas rembarrer la blonde, cette dernière ne le méritait pas, elle n'y était pour rien.
En vérité, même Sidney n'était pas coupable de grand chose. La brune connaissait suffisamment l'homme pour savoir qu'aucune mauvaise intention n'avait motivé son discours. Malgré lui cependant, il avait remué de mauvais souvenirs dans l'esprit de Regina.
Ce quelque chose qu'elle essayait de reléguer aux bas-fonds de son esprit mais qui ne la quittait réellement jamais. Cette peine accablante qu'elle trainait avec elle depuis des années sans être capable de s'en séparer. Tout simplement parce que c'était impossible, ce n'était pas le genre de choses dont on pouvait se débarrasser.
Il fallait faire avec, apprendre à vivre avec ce poids, dans l'espoir qu'un jour il ne soit plus si lourd à porter.
Après de longues minutes d'absence, Regina parvint finalement à sortir de ses pensées.
Elle se rendit alors compte que l'heure était déjà bien entamée et qu'elle n'avait absolument rien fait.
Son regard se posa d'abord sur la pile de documents qui s'étaient accumulés en son absence. Elle souffla intérieurement à l'idée qu'il lui faudrait des jours pour rattraper tout ce retard. Mais alors que les prunelles marrons étaient fixées sur la paperasse, elles furent bien vite attirées par la tornade blonde qui sévissait dans le bureau.
Contrairement à la brune, Emma avait passé une heure des plus actives, s'appliquant à astiquer chaque recoin de la pièce sans même accorder un seul regard à celle qui l'avait déçue.
« Miss Swan ?, s'éleva la voix étrangement peu assurée de la directrice.
Ce ton inhabituel eut le mérite d'attirer l'attention d'Emma qui lâcha son chiffon pour l'écouter.
- Oui ?, répondit-elle avec un certain agacement qu'elle peina à cacher.
Les orbes verts ancrés aux siens, Regina mentirait si elle disait ne pas se sentir déstabilisée. Elle avait pourtant eu le temps de travailler ce sujet maintes et maintes fois au cours des trois dernières semaines. Sans compter qu'elle venait encore d'y réfléchir tout au long de la matinée.
Oui, Emma Swan était une femme, pourtant elle ne pouvait plus nier son attirance envers elle.
Et oui, en plus de cela la jeune femme était une détenue, mais cela ne suffisait pas à éteindre le brulant désir qu'elle nourrissait à son égard.
Bon nombre d'éléments rebutants l'avaient travaillé tout au long de son arrêt maladie, mais elle en était venue à la conclusion qu'aucun d'eux n'était de taille à faire taire son envie viscérale de posséder le corps de la blonde.
Seulement maintenant qu'elle était confrontée à la principale intéressée, la Méchante Reine perdait de son assurance habituelle, se dévoilant plus vulnérable que jamais.
- Je voulais que l'on parle de... », elle marqua une pause.
Emma comprit immédiatement de quoi il était question et voir l'hésitation de la brune ne la rassura guère.
« Je voulais que l'on parle de ce qu'il s'est passé le jour de l'émeute, reprit-elle en se disant qu'elle était bien bête d'être intimidée pour si peu, Du baiser que nous avons échangé, précisa-t-elle, ne voulant plus passer par quatre chemins maintenant qu'elle était lancée.
- Ce n'était qu'un stupide incident, répliqua aussitôt la blonde, Je suis d'accord avec vous.
En disant ces mots, Emma n'eut le cran de soutenir le regard de Regina. Elle ne fut donc pas témoin de l'expression dépitée qui avait emprunt le visage de cette dernière.
- Ce... C'est exactement ce que j'allais dire. »
Ce n'était absolument pas ce qu'elle allait dire.
Les minutes qui suivirent se déroulèrent sous un silence de plomb, et à peine l'heure fut-elle terminée que la blonde se pressa de prendre la fuite, sous l'air toujours plus déconfit de la brune qui partit prendre sa pause déjeuner la mort dans l'âme.
Elle avait petite mine en rentrant chez elle ce soir là, et son mari se fit un plaisir de lui faire remarquer.
« Tu as une sale tête ce soir, commenta Léopold lorsqu'il la croisa dans le hall d'entrée, La reprise a été rude ?
- Moins que de passer 3 semaines enfermée ici avec toi, renvoya-t-elle aussitôt.
Il laissa échapper un rire qui n'avait rien d'amusé.
- J'y vais, j'ai une réunion avec le comité qui risque de s'éterniser, lui dit-il en enfilant sa veste, Alors je vais sûrement rentrer tard.
- C'est la première bonne nouvelle de ma journée. », piqua-t-elle en souriant de toutes ses dents.
Il ne lui rendit pas son sourire, préférant à la place claquer violemment la porte derrière lui.
Elle leva les yeux au ciel et partit se servir un verre de vin au salon.
Après avoir bu quelques gorgées du liquide rougeâtre, elle décida d'embarquer la bouteille avec elle à l'étage.
Elle verrouilla la porte de sa chambre, posa le verre à pied et la bouteille de rouge sur sa table de chevet et partit se faire couler un bain dans la salle d'eau attenante.
Le temps que la baignoire se remplisse, Regina vida deux ou trois verres de vin, ses yeux braqués sur le grand miroir dans lequel elle se regarda avec mépris.
Si le matin même, seule sa paire de mocassins lui avait posée problème, ce soir c'était son reflet tout entier qui lui était désagréable.
Et plus elle étudiait du regard ce que lui renvoyait la glace, moins elle aimait ce qu'elle voyait.
Parce que ce soir le miroir ne lui exposait plus seulement sa simple image.
Insidieux, il projetait sur elle toutes les émotions négatives qui s'étaient accumulées au cours de la journée.
Peine, mal être et désillusion se fondaient sournoisement à son reflet, lui rendant son apparence détestable, sa propre personne tout bonnement insupportable.
Sa discussion avec Emma avait été la goutte de trop. Elle s'attendait à trouver du réconfort auprès de la blonde après avoir supporter son mari et le souvenir de son douloureux passé, et voilà que la jeune femme se trouvait en fait être son énième châtiment.
Lorsqu'elle se plongea dans l'eau bouillante de sa baignoire, Regina laissa échapper un soupir d'apaisement. La chaleur du bain était anesthésiante. Elle se laissa réconforter par l'eau brûlante caressant sa peau, se laissa hypnotiser par la vapeur fumante qui brouillait son esprit. Elle se laissa aller tout simplement, parce qu'après une telle journée elle en avait vraiment besoin.
A quelques kilomètres de là, Emma n'était non pas plongée dans un bain, mais plutôt dans l'un des éviers qu'elle devait récurer.
Granny et toute son équipe avaient beau figurer dans la liste de ses détenues préférées, lorsque le soir venu elle devait nettoyer la cuisine, la blonde les haïssait de tout son être.
« T'as bientôt fini Swan ?, demanda August en entrant dans la pièce, Je vais pas tarder à devoir te ramener en cellule.
- Laisse-moi 5 minutes, répondit Emma.
- Magne-toi je finis mon service juste après, prévint le gardien en s'asseyant sur le bord du comptoir.
- Je fais de mon mieux, se défendit-elle.
- Et bien ce n'est pas suffisant, se fit-il un plaisir de la taquiner.
- Oh ferme là!, s'emporta la blonde.
Il éclata de rire.
- Si tu ne veux pas aller au trou, je te suggère de te calmer Swan. », se moqua-t-il.
Elle leva les yeux au ciel sans prendre la peine d'attaquer en retour, ce qui fit immédiatement tiquer August.
« Toi tu as le moral dans les chaussettes, déclara-t-il, C'est à cause de tes retrouvailles avec Mills? », devina-t-il.
En voyant son visage se tendre, August comprit qu'il avait visé juste.
« Ça ne s'est pas passé comme prévu ?, tenta-t-il d'en apprendre d'avantage.
- Rien n'était prévu, rétorqua-t-elle.
- Alors pourquoi t'as l'air dégoûtée ?, insista-t-il.
- Parce que j'avais raison, il n'y a absolument rien entre madame Mills et moi. »
Le gardien n'ajouta rien de plus, malgré son caractère commère, il savait se taire lorsque c'était nécessaire. Et il connaissait assez la blonde pour savoir qu'elle n'avait guère envie de lui en dire plus ce soir.
Lorsque son réveil sonna peu avant sept heures, ce fut avec les yeux gonflés de la veille qu'elle se leva.
Après avoir retenu ses pleurs toute la journée, les larmes avaient fini par couler à sa sortie du bain. Dès lors que la première goutte d'eau salée avait dévalé sa joue, les autres avaient suivi, d'abord une à une, puis bien vite à plusieurs à la fois, et cela pendant de longues heures, jusqu'à ce que Regina parvienne finalement à trouver le sommeil.
Elle se passa de l'eau glacée sur le visage pour le faire dégonfler. Bien vite cependant, elle abandonna, sachant pertinemment qu'elle n'allait pas retrouver une mine éclatante comme par magie. Elle commença alors à se préparer, passant un peu plus de temps que d'habitude sur le maquillage, afin de masquer au mieux les poches qui s'étaient formées sous ses yeux.
Lorsqu'elle fut fin prête, elle se regarda dans la glace et sourit à son reflet. Elle s'observa minutieusement de haut en bas, et la seule chose qui la fit tiquer fut la paire de mocassins qui couvrait ses pieds.
Si elle s'était laissée envahir par le chagrin quelques heures plus tôt, c'était avec un moral inébranlable que Regina s'apprêtait à affronter cette nouvelle journée. Elle avait condamné toute forme de vulnérabilité en se revêtant de sa bonne vieille armure qui savait la rendre inatteignable.
Parce qu'après tout ce qu'elle avait vécu, ce n'était certainement pas les déboires de la veille qui auraient raison d'elle.
Comme tous les matins depuis quelques temps déjà, Emma savourait son chocolat chaud après avoir passé les premières heures de sa journée à frotter le carrelage des douches.
Elle avait réussi à relativiser depuis la veille. Certes elle était déçue, c'était indéniable. Elle avait espéré des jours durant que le baiser échangé trois semaines plus tôt ne soit que le premier d'une longue série. Malheureusement il n'en était rien.
Malgré cela, la blonde voulait conserver cette relation complice qu'elle avait créé avec la brune avant que ce "stupide incident" n'intervienne. Le chemin avait été trop long et sinueux pour qu'elle se fasse à l'idée de tout abandonner pour un simple moment d'égarement. La détenue était donc bien décidée à briser la froideur nouvellement instaurée entre elles, pour la remplacer par cette légèreté joueuse qui leur allait si bien.
Quand elle frappa à la porte vernie de noir quelques heures plus tard, ce fut avec l'espoir de trouver une directrice plus cordiale que la veille. Elle allait pourtant vite remarquer que ce n'était absolument pas le cas.
« Entrez! », résonna la voix de la brune depuis l'intérieur du bureau.
« Bonjour madame Mills, salua-t-elle en entrant, un grand sourire aux lèvres.
- Bonjour mademoiselle Swan. », répondit Regina sans même la regarder.
Le "mademoiselle" lui brûla les oreilles.
« Occupez-vous des vitres aujourd'hui. », donna pour consigne la brune en relevant la tête, non pas pour regarder la détenue, mais seulement pour jeter un coup d'œil aux fenêtres de son bureau.
« Elles en ont bien besoin, ajouta-t-elle dans une grimace de dégoût.
- N'exagérez pas, répliqua aussitôt Emma pour qui la mauvaise foi de Regina était particulièrement irritante.
- Je vous demande pardon ?, fit la brune d'un ton suffisant, ne manquant pas de lancer à la blonde son plus beau regard supérieur.
- Pas besoin de prendre cet air de dégoût, continua Emma sans se démonter une seconde, Les vitres sont loin d'être sales, je les ai faites la semaine dernière.
- Ça ne change rien au fait que vous allez les refaire aujourd'hui, s'esclaffa la directrice avec ce petit air hautain qu'elle savait agacer la détenue.
- Vous n'êtes pas croyable, bougonna Emma en se saisissant du produit à vitres.
- Je vous demande pardon ?, demanda-t-elle en la dévisageant.
- Vous avez très bien compris, souffla la blonde, Vous n'êtes pas croyable. Votre mauvaise foi est complètement ridicule.
- Ce qui est vraiment ridicule, mademoiselle Swan, c'est l'audace avec laquelle vous vous adressez à moi, condamna-t-elle, Dois-je vraiment vous rappeler que je suis la directrice de cet établissement et que vous, en revanche, n'êtes qu'une simple détenue ?
- Ça vous me l'avez déjà dit–
- Alors tachez de vous en rappeler, la coupa Regina.
- Vous me l'avez déjà dit, ne lâcha pas Emma, Mais je pensais qu'on avait dépassé ce stade toutes les deux.
Les glaçantes prunelles chocolat s'ancrèrent aux vertes désemparées.
- Et bien apparemment vous aviez tort mademoiselle Swan, déclara la directrice dans un haussement d'épaules nonchalant.
- Apparemment oui... », laissa-t-elle glisser entre ses dents avant de s'abandonner au lavage des vitres.
Regina avait fait ce qu'elle avait à faire. Elle ne se sentait pas mieux après cela, mais il était tout bonnement inconcevable pour la brune de laisser de nouveau l'opportunité à la blonde de se jouer d'elle. Cette dernière lui avait fait miroiter un possible quelque chose avant de brutalement se rétracter, alors il était hors de question qu'elle continue d'entretenir ce petit jeu ambigu avec la jeune femme.
Les minutes s'écoulèrent dans le silence le plus total. Les deux femmes s'ignoraient complètement, restant campées sur les positions de leur stupide malentendu. Mais alors qu'elles défoulaient leur ressentiment dans leur tâche respective, trois petits coups portés contre le bois verni de noir vinrent mettre fin au calme pesant qu'elles avaient installé.
« Entrez. », répondit mécaniquement la directrice sans défaire son attention du document qu'elle était entrain de lire.
La porte s'ouvrit pour dévoiler une silhouette mince et élancée qui s'avança dans le bureau avec peu d'assurance.
Emma jeta un coup d'œil par-dessus son épaule et souffla bruyamment. Elle murmura pour elle-même un "Et il ne manquait plus qu'elle" qui eut le malheur d'arriver aux oreilles de la principale intéressée.
« Bonjour madame Mills, lança la nouvelle arrivante tout en fusillant la blonde de ses yeux bleus.
Le regard chocolat se braqua immédiatement sur le dragon.
- Mais qu'est-ce que vous faites là ?, demanda-t-elle directement, n'y croyant pas ses yeux.
La gardienne avait l'air gênée. Il n'y avait d'ailleurs qu'en présence de Regina que la dragonne pouvait tout à coup être si vulnérable. Lorsqu'il s'agissait du reste de la population, Victoria Belfrey n'hésitait pas une seconde à sortir les griffes, voire même à faire feu. Mais quand elle faisait face à la reine, la bête se transformait subitement en un petit agneau sans défense dont l'erreur avait été de s'éprendre de sa souveraine.
- Monsieur Gold ne vous a pas prévenu ?, s'inquiéta-t-elle.
- A priori non, répliqua Regina dans son plus beau sourire sarcastique.
Si elle avait pu s'enfoncer sous terre pour disparaitre et ainsi être épargnée du regard dédaigneux que portait la directrice sur elle, nul doute qu'elle l'aurait fait.
- Et bien il a accepté de me faire revenir car l'équipe était en sous-effectif et qu'il ne trouvait pas d'autre gardien assez compétent.
- C'est vrai que c'est bien connu, vous êtes notre gardienne la plus compétente, ironisa-t-elle, Les mains de mademoiselle Swan peuvent d'ailleurs encore en témoigner.
Emma s'esclaffa et Belfrey la meurtrit du regard.
- Swan je te promet que–
- Assez! », déclara Regina dans un sifflement, coupant directement la dragonne dans son élan.
« Je préfère mettre les choses au clair directement, continua la brune sans lâcher des yeux la gardienne dont le regard était vissé au sol, Monsieur Gold vous a réengagé, grand bien vous fasse. Mais s'il s'avère que j'ai à noter le moindre petit manquement de votre part, que ce soit envers mademoiselle Swan ou n'importe quelle autre détenue, je peux d'ores et déjà vous assurer que je ferais bien plus que simplement vous licencier. Et n'espérez pas une seconde être sauvée par Gold. Lorsqu'il comprendra que vous allez contre le bon fonctionnement de sa prison, croyez-moi que vous ne ferez pas long feu... »
La brune avait été si convaincante dans ses menaces que la blonde en avait presque eu la chair de poule. Elle avait énoncé ces mots avec une telle justesse, que la détenue s'accorda à penser qu'elle incarnait la Méchante Reine à la perfection.
« Est-ce bien clair ?, continua Regina.
- Oui, marmonna la gardienne sans oser relever les yeux.
- Je n'ai pas entendu, se fit-elle un plaisir d'enfoncer le clou.
- Oui..., répéta Belfrey à contrecœur en relevant ses prunelles bleues remplies d'humiliation, C'est très clair madame Mills.
- Parfait, conclut-elle dans un petit sourire suffisant, Maintenant puis-je savoir ce qui me vaut votre irruption impromptue alors que j'étais en plein travail ?
- J'avais besoin de votre signature, se justifia la gardienne en posant le document sur le bureau en marbre.
- A quel sujet ?, interrogea Regina en s'intéressant au papier.
- C'est l'autorisation de sortie de Ruby, expliqua Belfrey, Si vous ne décidez pas de la prolonger, sa détention en quartier d'isolement s'arrête demain.
La brune signa le document et le tendit à Belfrey.
- Gardener et les sœurs d'Arendelle y sont toujours ?, voulut-elle s'assurer, un soupçon d'appréhension se reflétant dans ses prunelles.
- Oui, rassura la gardienne, Pour de longues semaines encore.
- Très bien, soupira-t-elle, ne pouvant s'empêcher de ressentir un certain soulagement.
- On m'a raconté ce qu'elles vous ont fait, ne put s'empêcher la dragonne, J'espère–
- Je vous arrête tout de suite, s'empressa Regina en levant la main, faisant signe à la femme de se taire, Je n'ai que faire de tout ce que vous pouvez me dire. Alors retournez faire votre travail, et laissez-moi faire le mien. »
Belfrey pinça ses lèvres face à la rudesse dont faisait preuve sa supérieure et s'en alla sans même la saluer.
« Vous l'avez vexée, pouffa Emma en lançant un regard complice à la brune.
Regina posa ses yeux sur la blonde et eut toute la difficulté du monde à maintenir son masque de froideur.
- Contentez-vous de faire le ménage. », finit-elle tout de même par sortir en détachant ses orbes de la jeune femme.
Emma fronça les sourcils.
Un tel comportement de la part de Regina ne résultait pas simplement de sa mauvaise humeur. La blonde en était sûre à présent, quelque chose clochait.
Restait encore à savoir quoi.
Sur les coups de dix neuf heures, le vent battait son plein dans la cour du pénitencier Gold. Le mois de septembre touchait à sa fin et la chaleur estivale avait fait place à la douce fraicheur de ce début d'automne. Alors malgré le temps venteux, Emma profitait des derniers rayons du soleil pour faire sa séance de sport. Son changement d'horaires à l'entretien ne l'avait pas empêché de faire perdurer sa routine sportive qu'elle s'arrangeait à caler pendant les heures de trous que lui offrait son nouvel emploi du temps.
Ce que son nouveau planning ne lui offrait pas en revanche, c'était la possibilité de croiser un certain regard chocolat pendant qu'elle soulevait ses haltères. Enfin, c'était du moins ce qu'elle croyait...
« Vous finissez bien tard aujourd'hui, commenta-t-elle en voyant passer la directrice dans le couloir extérieur.
Regina jeta un bref coup d'œil à la blonde, ne voulant pas s'attarder sur ce corps en sueur qu'elle s'était plu à imaginer de nombreuses fois au cours des dernières semaines.
- J'ai du retard à rattraper, répondit-elle sèchement sans s'arrêter de marcher, n'avouant certainement pas qu'elle préférait rester dans son bureau plutôt que de retrouver son charmant foyer et adorable mari, Maintenant si vous pouviez arrêter de me faire perdre davantage de temps, cela m'arrangerait, ajouta-t-elle à l'égard de la blonde qui la suivait en longeant le grillage.
- Pourquoi est-ce que vous faites ça ?, demanda la blonde.
- Faire quoi ?, fit-elle semblant de ne pas comprendre en arquant un sourcil.
- Faire ça, reprocha Emma à la femme qui continuait d'avancer en faisant mine de l'ignorer, Il y a un problème entre nous ?
Là enfin, Regina s'arrêta pour dévisager la blonde.
- Absolument aucun mademoiselle Swan, déclara-t-elle en appuyant délibérément sur le "mademoiselle", Qu'est-ce qui peut vous faire penser ça ?, ajouta-t-elle dans un sarcasme évident.
Emma leva les yeux au ciel.
- Pourquoi êtes-vous si désagréable avec moi depuis que vous êtes revenu ?, questionna-t-elle, Tout allait bien avant que vous partiez, et là vous revenez avec votre numéro de Méchante Reine. Que s'est-il passé?
Son regard noir était braqué dans le vert, ses cheveux bruns balayés par le vent lorsque ses lèvres se mouvèrent pour formuler la clef de leur malentendu.
- Oh rien du tout. Juste un stupide incident. », articula-t-elle, son ton se chargeant de rancœur en énonçant ces deux derniers mots.
Elle reprit ensuite sa marche en direction de la sortie, ne jetant plus un regard en arrière.
Seules les pupilles émeraudes suivirent la silhouette de Regina jusqu'à ce qu'elle disparaisse. Emma quant à elle ne bougea pas.
Elle avait compris.
[Salut!!
Merci pour vos derniers commentaires, ça m'a fait plaisir de les lire :)
J'espère que ce chapitre vous plaira, j'ai déjà hâte de partager le suivant avec vous!
Alors à jeudi prochain et d'ici là je vous souhaite de passer une bonne semaine ;)]
