Elle s'essuya le front d'un revers de manche, souffla un bon coup puis se redressa. Elle avait fini, enfin. Ces heures matinales n'étaient jamais les plus agréables pour la jeune femme qui, en plus de devoir lutter pour parvenir à se réveiller aux aurores, devait aussi supporter de bon matin l'odeur nauséabonde des sanitaires.

Elle se lava les mains, minutieusement, s'appliquant à astiquer chaque micromètre d'épiderme, n'oubliant certainement pas de récurer sous ses ongles, comme si les gants en caoutchouc jaune qu'elle portait n'étaient pas suffisant à empêcher la crasse de s'y accumuler.

Une fois ses mains aseptisées, elle poussa son charriot jusqu'aux portes du réfectoire, avant de l'abandonner pour aller s'adonner à son plaisir ultime: boire son chocolat chaud.

C'était son péché mignon, et depuis aussi longtemps qu'elle s'en souvienne, elle l'avait toujours bu saupoudré de cannelle. Seulement la précieuse épice ne faisait pas partie des commandes que passait Granny, alors la blonde avait dû se résoudre à faire sans.

La tasse de divin nectar en main, la détenue partit s'installer dans un coin du réfectoire.

Le service du petit-déjeuner touchait à sa fin, la salle était presque vide, bercée par le doux et lointain fond sonore des femmes qui s'activaient en cuisine.

Emma aimait ça. Ce moment de calme. Ces quelques instants de répit qu'elle n'avait à partager avec personne. C'était l'occasion pour elle de se ressourcer avant d'attaquer le reste de sa journée. Ce temps lui était dédié, à elle, rien qu'à elle et à ses pensées.

Emma but une gorgée de chocolat chaud, s'enfonça dans le dossier de sa chaise et ferma les yeux.

Le néant complet de ses paupières fermées ne dura guère longtemps. Bien vite, une silhouette vint se dessiner, la silhouette. Le corps fin et galbé, aux courbes séduisantes. Les cheveux bruns foncés, quasiment noirs mais pas tout à fait. Les yeux tout aussi sombres, aux pupilles acérées et aux longs cils recourbés. La bouche délicieuse, souvent maquillée de rouge, parfois pas, mais toujours aussi appétente qu'elle le soit ou non.

Emma but une nouvelle gorgée.

La silhouette se mit à bouger, à prendre vie en mimant quelques mouvements lascifs pour la charmer encore un peu plus. La main posée au creux des hanches, elle fit un pas en avant, le bassin basculant de droite à gauche. Un sourire joueur prit d'assaut les lèvres charnues, elle s'approcha encore davantage. Le regard noir se fit plus pénétrant alors que, lentement, la panthère gagnait du terrain.

Emma porta la tasse jusqu'à sa bouche, un petit sourire d'anticipation scotché au coin des lèvres. Elle connaissait déjà la suite. Cette suite qui pouvait prendre plusieurs formes tout en lui restant parfaitement familière. Tout simplement parce qu'elle faisant ça souvent, l'imaginer...

Les fines mains vinrent agripper sa nuque, la chaleur des paumes brûla sa peau alors que les prunelles embrasées ne la lâchaient plus de leur emprise. Un sourire malin orna les lèvres carmins, révélant l'émail éclatant derrière lequel la langue aguicheuse se dissimulait encore. Tentatrice délibérée, la silhouette se pencha avant de rapidement se reculer, jouant avec sa proie, s'amusant à prolonger le supplice.

Emma avait fini sa tasse, les dernières effluves de cacao dévalèrent sa gorge alors que sur ses paupières closes, son rêve éveillé continuait de se projeter.

Contre toute attente, la proie échangea les rôles en décidant de mener la danse, se plaisant à surprendre sa prédatrice qui n'avait rien vu venir. Elle attrapa le beau visage d'une main ferme, fit reculer la silhouette féline d'un pas, plaqua ses lèvres sur la bouche affamée et la dévora. Elle se montra sauvage, ce qui sembla plaire à la femme dont les ongles s'étaient plantés dans la chair de son cou. Bien qu'elle ait l'air d'apprécier cette soudaine prise de pouvoir, l'impérieuse ne se laissa pas faire très longtemps. Rapidement, la prédatrice reprit l'ascendant, ses longues jambes s'enroulant autour de la taille de sa victime. Elle avait pris sa proie au piège, pour le plus grand bonheur de cette dernière...

Emma ouvrit finalement les yeux, tant rassasiée par son chocolat chaud que par les images bouillantes qui venaient d'animer ses rétines.

Ce temps lui était dédié à elle, celle qui hantait ses pensées, à elle et rien qu'à elle.

La tête dans les nuages, elle se leva pour aller déposer sa tasse sur le comptoir avant de quitter le réfectoire, poussant son charriot en direction de la bibliothèque.

Déjà fatiguée alors que sa journée de travail ne faisait que commencer, Emma eut le bonheur de se faire brusquement réveiller par une voix sifflante.

« Mais regardez où vous allez bon sang! »

C'était elle. Et elle venait d'éviter de justesse le charriot d'entretien fonçant en sa direction, poussé par une détenue sans doute un peu trop distraite.

« Bonjour madame Mills!, s'exclama Emma, son regard s'éclairant à la vision de la brune, Vous êtes rayonnante aujourd'hui, ajouta-t-elle en laissant ses prunelles vertes la scinder toute entière.

Un regard de mépris fut tout ce qu'elle récolta avant que la femme ne continue son chemin sans se retourner.

« A tout à l'heure pour votre heure de ménage! », lança la blonde par-dessus son épaule, un grand sourire aux lèvres.

Leur dernière conversation remontait à la veille, lorsque la brune lui avait révélé le coeur du problème dans un ton plein de reproches. A cet instant, la blonde avait compris son erreur, et tout ce qui en avait découlé. En résolvant ce ridicule malentendu, Emma en était venue à la conclusion que leur dernier baiser était loin d'être un "stupide incident" aux yeux de Regina. Et dès lors qu'elle avait compris cela, Emma avait été incapable de redescendre de son petit nuage.

Elle devait maintenant ramasser les pots cassés, et elle savait déjà que la Méchante Reine ne lui rendrait pas la tâche facile.

Cependant le preux chevalier Swan était prêt à tout pour regagner les grâces de sa Majesté.

D'autant plus que le travail n'allait pas être des plus désagréables à réaliser...

L'après-midi suivait son cours lorsqu'on frappa à son bureau. Elle regarda l'heure affichée en bas à droite de l'écran. Seize heures. Elle savait exactement qui se tenait derrière la porte vernie de noir.

« Entrez. », autorisa-t-elle d'une voix exagérément ennuyée.

Le charriot d'entretien se fraya un chemin à l'intérieur de la pièce, la blonde le suivant de près.

« Madame Mills, fit la jeune femme d'une voix enjouée.

- Mademoiselle Swan, répondit-elle sans lui porter le moindre intérêt.

- Je vous arrête tout de suite, reprit immédiatement la blonde, Pas de mademoiselle avec moi.

Les orbes bruns se décollèrent de l'ordinateur pour dévisager l'impétueuse.

- Je vous demande pardon ?

- Pas de mademoiselle avec moi, répéta-t-elle, Le "Miss" sonne mieux... Ou si vous préférez vous avez même le droit de m'appeler Emma.

Les yeux bruns se firent plus grands, étonnés par tant d'effronterie.

- Et pourquoi est-ce que je ferais une chose pareille ?, demanda Regina en feignant la lassitude.

- Et bien... Pour me faire plaisir, continua la détenue que plus rien n'arrêtait.

Regina plissa les yeux. A quoi donc jouait-elle ?

- Arrêtez de déblatérer des bêtises et mettez vous au travail je vous prie, condamna-t-elle en la quittant du regard, ne voulant pas laisser plus d'aise à celle qui en prenait déjà trop à son goût.

- Par où sa Majesté veut-elle que je commence ?, demanda-t-elle, point découragée par la froideur de son interlocutrice.

Regina dut faire preuve de toute la bonne volonté du monde pour ne pas céder toute son attention à la blonde qui n'attendait que ça.

- Elle aimerait que vous commenciez par ne plus l'appeler par ce surnom ridicule comme elle vous l'a déjà répété maintes et maintes fois, énonça-t-elle en faisant mine de se replonger dans son travail.

- Appelez-moi par mon prénom et j'arrêterai de vous appeler Majesté, proposa la détenue qui se plaisait à tester les limites.

- Occupez-vous de faire la poussière, ordonna la directrice en ignorant sa requête, La bibliothèque en a grand besoin.

- A vos ordres Majesté!, s'exclama la blonde, chiffon en main.

Regina se pinça les lèvres.

- Je ne sais pas ce qui vous prend, mademoiselle Swan, articula-t-elle froidement, Mais je vous conseille d'arrêter tout de suite.

- Sinon quoi ?, provoqua Emma.

- Sinon je me ferai un plaisir de vous coller votre troisième rapport, prévint la brune.

- Et quel serait le motif, rebondit-elle, Coupable d'un stupide incident ?

Regina releva subitement la tête en direction de la blonde.

- Mais à quoi est-ce que vous jouez ?

- Je ne joue pas madame Mills, déclara Emma en la regardant droit dans les yeux, Je ne joue jamais quand il s'agit de vous. »

La détenue le remarqua immédiatement, par ses mots elle venait de troubler la brune qui avait l'air complètement perdue dans sa réflexion.

Et elle n'en avait pas que l'air, Regina ne savait réellement plus quoi penser du comportement de la blonde qu'elle trouvait parfaitement incohérent.

Voyant que l'idée commençait à germer dans son esprit, Emma décida de laisser un peu de répit à la directrice qu'elle lâcha des yeux pour se concentrer sur la bibliothèque.

L'heure s'écoula lentement, jusqu'à ce qu'elle lui redonne toute son attention en entendant les pieds de son siège glisser sur le marbre noir qui couvrait le sol.

La belle brune s'était levée pour se diriger vers la photocopieuse devant laquelle elle se plaça, montrant ainsi son dos à la blonde qui la bouffait du regard.

Les prunelles vertes étudièrent minutieusement la gracieuse silhouette dont chaque détail était un cadeau tombé du ciel.

« Cette robe vous va vraiment à ravir. », souffla-t-elle dans une constatation des plus sincères.

Regina lui donna un coup d'œil par dessus son épaule et fut surprise de l'intensité avec laquelle Emma la scrutait.

« Cessez vos flatteries mademoiselle Swan, elles ne vous mèneront nulle part, avertit-elle en se retournant vers la photocopieuse.

- En êtes-vous bien sûre ? »

Non évidemment, elle n'en était pas sûre. Elle n'était en vérité sûre de rien tant les derniers agissements de la blonde lui faisaient un effet monstre. Et le regard qu'elle sentait titiller son dos n'était pas là pour l'aider à résister.

« Et bien vous n'avez plus rien à répondre ?, insista la détenue qui avait complètement oublié l'idée de finir son ménage du jour.

- Mais qu'est-ce que vous voulez à la fin ?!, s'agaça Regina pour qui le plus insupportable était de ne pas rentrer dans son jeu.

- C'est vous que je veux, déclara Emma comme si c'était l'évidence même.

- Vous ne savez pas ce que vous voulez, railla méchamment la directrice en continuant de tourner le dos à la jeune femme.

- Je vous veux vous, répéta la blonde, Et je veux que vous arrêtiez de penser que c'était un stupide incident, parce que pour moi c'était tout le contraire.

Le trouble de la femme croissait au rythme des paroles de la plus jeune.

- Vous ne savez même plus ce que vous dites, reprocha-t-elle sans oser se retourner, alors qu'elle entendait la blonde faire quelques pas en sa direction.

- Oh croyez-moi madame Mills, je sais exactement ce que je dis, avança Emma, Et je sais aussi que c'est moi qui ai causé ce ridicule malentendu. Alors c'est à moi de le résoudre...

Elle le sentait, le corps de la blonde s'approchait lentement du sien. Ses muscles se tendirent, elle pouvait la sentir arriver dans son dos.

- Et qu'est-ce que c'était alors ?, demanda-t-elle dans un souffle, Si ce n'était pas un stupide incident, qu'est-ce que c'était ?, précisa-t-elle.

Emma venait de s'arrêter à un pas de la prédatrice.

Prédatrice qui, à l'instant, avait tout d'une proie.

- Pour vous je ne sais pas, répondit-elle honnêtement, Mais pour moi c'était sans doute le baiser le plus brûlant de toute ma vie.

- Ah oui ?, glissa-t-elle en se mordant la lèvre, incapable de tenir plus longtemps son masque de froideur.

- Ça vous surprend ?, s'amusa la blonde pour qui ne pas franchir ce dernier petit pas devenait affreusement difficile.

- Pas le moins du monde, affirma Regina,

A vrai dire ce n'est pas la première fois qu'on me le dit.

Ce fut au tour d'Emma de se mordre la lèvre tant retrouver le côté taquin de la brune lui était grisant.

- Et pour vous alors ?, lança-t-elle en redoutant légèrement la réponse, Qu'est-ce que c'était ?

- Mmh..., réfléchit la femme, Pas grand chose vous savez, juste un stupide incident.

- Un stupide incident ?!, fit-elle semblant de s'offusquer.

- Oui vous savez..., confirma Regina de sa rauque, Le genre d'incident qui demande à être réitéré. »

En disant ces mots, elle s'était retournée pour faire finalement face à la blonde dont les orbes verts s'étaient obscurcis.

La prédatrice avait repris de sa superbe, la proie était à sa merci. A un petit pas d'elle, petit pas qu'elle brisa en posant son pied en avant. Mais alors qu'elle était sur le point de fondre sur sa cible, cette dernière sortit soudain de sa torpeur, échangeant brusquement les rôles.

A l'instar de ses rêveries matinales du jour, Emma avait changé la donne au dernier moment, inversant les positions en prenant l'ascendant sur Regina.

Sa main vint se caler en haut de la mâchoire de la brune qui fut contrainte de reculer d'un pas, poussée en arrière par la puissance du geste, son dos heurtant la photocopieuse sous le choc. La seconde main d'Emma suivit rapidement la première en partant se glisser dans la douce chevelure brune. Et avant qu'elle ne puisse pleinement le réaliser, sa bouche s'était ancrée aux lèvres tentatrices.

Troisième baiser qu'elle échangeait avec la femme, deuxième qui sonnait parfaitement juste. Plus important enfin, premier dont elle était l'initiatrice.

La proie avait réussi à inverser la tendance. Elle dominait à présent sa prédatrice...

Les mains agrippées au cou de sa blonde, Regina se laissa entièrement aller, son corps se collant à celui d'Emma, sa bouche savourant ce baiser sans aucun retenue. Complètement happée par le moment, la brune alla jusqu'à rentrer ses ongles dans la nuque de la jeune femme, ne se souciant pas une seconde d'y laisser des marques.

Le cœur d'Emma battait à tout rompre, incapable de ralentir, inapte à se calmer tant sentir le corps de sa brune se fondre au sien lui était insupportablement désirable.

Les bouches affamées ne se quittaient plus, les lèvres se mouvaient sauvagement alors que les langues jouaient une danse endiablée, se disputant la domination tout en s'abstenant de se vouer une guerre sans merci.

Les paupières restaient closes. Chacune des deux femmes ne visualisant qu'une seule image, celle de l'autre.

Les mains quant à elles serraient leurs prises avec fermeté, s'assurant ainsi que le contact ne se brise pas subitement, que le baiser ne cesse pas trop vite, que l'étreinte se prolonge le plus longtemps possible, qu'elle dure pour l'éternité s'il le fallait.

Les corps enfin, bien que séparés d'habits, ne semblaient plus faire qu'un. La chaleur de l'un pénétrait l'autre. Le frisson démarrant dans la nuque de l'une, continuait sa course le long de la colonne de l'autre, pour aller mourir en bas de ses reins. Les pouls s'étaient accordés dans un rythme commun, les respirations s'étaient tues simultanément. Tout chez les deux êtres s'était harmonisé dans le seul et unique but de faire perdurer le baiser qui les liait.

Seulement même la magie d'un tel instant n'est pas suffisante à faire taire pour toujours le besoin pressant des poumons avides d'oxygène.

Le cœur de Regina battait la chamade lorsqu'elle se retira de l'étreinte complètement à bout de souffle. Sa poitrine se soulevait au rythme de sa respiration erratique. Sa bouche demeurait entrouverte, tant pour laisser passer l'air que pour illustrer son ahurissement.

Tout c'était déroulé à une telle vitesse que la brune peinait encore à réaliser ce qui venait vraiment de se passer. Sa confusion ne fut que plus grande lorsque la blonde s'éloigna sans un mot pour attraper son charriot et se diriger jusqu'à la sortie du bureau.

« Je vous désire Regina Mills. », lui lança Emma dans un dernier regard passionné.

Elle ouvrit la porte.

« N'en doutez plus jamais. », ajouta-t-elle par dessus son épaule en disparaissant dans le couloir, une expression émerveillée collée sur la figure.

La porte se claqua derrière elle.

Un rire étouffé passa alors la barrière des lèvres rouges. Le regard fixé dans le vide, la femme vint caresser sa bouche du bout de ses doigts. Elle jura y sentir encore la chaleur que la blonde avait déposée. Elle sourit à cette sensation. Un sourire qui ne cessa de s'étirer davantage par la simple pensée qu'Emma la désirait vraiment.

Et le sentiment n'était pas à sens unique, Regina la désirait tout autant. En vérité, elle désirait la jeune femme comme elle ne l'avait plus fait depuis fort longtemps.

Mais cette simple pensée lui arracha un soupire.

« Dans quel pétrin me suis-je mise...», souffla-t-elle en enfouissant son visage entre ses mains.

Néanmoins la Méchante Reine pouvait se lamenter autant qu'elle le voulait, le sourire qui étirait ses lèvres n'allait pas disparaître de si tôt, et la flamme qui empreignait son cœur n'était pas prête de s'éteindre non plus.

« A quoi est-ce que tu penses ?, demanda Mary-Margaret alors qu'elles étaient attablées pour dîner.

- Hein ?, réagit la blonde en sortant de ses pensées.

- A quoi est-ce que tu penses ?, répéta la brune aux cheveux courts.

- A rien pourquoi ?, répondit-elle aussitôt.

- Parce que tu n'as pas dit un mot depuis le début du repas et que tu n'as même pas touché à ton assiette, avança-t-elle.

- Et qu'en plus tu as un espèce de sourire béat scotché au visage, ajouta Mary Darling.

- Tu ne nous cacherais pas quelque chose ?, enchaîna Blanchard.

- Ou quelqu'un ?, s'amusa l'autre détenue dans un regard complice.

- Oh mais que vous êtes curieuses!, se plaignit Emma, Vous faites un beau duo de commères et je ne vous dirai rien. »

Les deux femmes lui lancèrent une moue déçue qui lui fit lever les yeux au ciel.

« Je ne vous dirai rien, parce qu'il n'y a absolument rien à dire. », rétablit-elle face à l'air peu convaincu des deux détenues.

La blonde s'attendait à les voir insister davantage mais ce fut sans compter sur l'arrivée fracassante d'une certaine brune aux mèches rouges.

Ruby débarqua dans le réfectoire sous les acclamations des autres détenues. La mine confiante et un petit sourire malin aux lèvres, la jeune femme s'avança en saluant tour à tour les membres de son gang pour finir par tomber dans les bras de Granny que l'émotion rattrapait. Lorsqu'elle se fut enfin débarrassée de l'étreinte de sa grand-mère, la jolie brune se mit à scander la salle du regard jusqu'à tomber sur les deux yeux glacials qu'elle cherchait.

Elle traversa le self d'une démarche assurée, voulant bien montrer à sa rivale qu'elle était aux commandes.

« Alors Cruella je ne t'ai pas trop manqué ?, nargua-t-elle en s'asseyant sur la table, juste sous le nez de la Top Dog.

- Non je t'avoue que j'ai à peine remarqué ton absence, répliqua De Vil.

- Mais je suppose que tu as quand même remarqué l'absence de Gardener et des sœurs d'Arendelle ?, demanda-t-elle innocemment, Parce que moi je l'ai remarquée. », ajouta-t-elle dans un joli sourire qui n'avait rien de bienveillant.

De Vil grinça des dents.

« J'espère pour toi qu'elles reviendront avant que l'envie de provoquer un nouveau duel me vienne. », provoqua Ruby dans une petite grimace désolée avant de se lever pour rejoindre les cuisines, toujours sous les acclamations d'une bonne poignée de détenues.

Emma, Mary-Margaret et Mary Darling se lancèrent un regard entendu.

Si la prison avait été bien calme ces dernières semaines, cela n'allait plus durer bien longtemps...

Comment pouvait-on être aussi irrespectueux ?

C'était la question que se posait Emma dès qu'elle était amenée à nettoyer la cour où de nouveaux détritus s'accumulaient chaque jour.

« Bordel mais c'est pas compliqué de foutre ça à la poubelle quand même! », s'énerva-t-elle en ramassant une énième canette de soda dissimulée sous un banc.

« Langage! », résonna une voix derrière elle.

La blonde se retourna dans un sursaut.

Une silhouette s'avançait dans la noirceur de la nuit. La silhouette.

Lorsque cette dernière fut enfin éclairée par le halo diffus du lampadaire, Emma put clairement voir le petit sourire confiant qu'elle arborait, ainsi que les pupilles perçantes qu'elle braquait en sa direction.

« Mais qu'est-ce que vous faites là ?, demanda-t-elle.

A presque vingt et une heures il était plus que surprenant de trouver la directrice ici.

- J'ai du retard à rattraper, répondit tout naturellement la femme, Il me semble vous l'avoir déjà dit.

- Non mais je voulais dire, qu'est-ce que vous faites ici, dans la cour, détourna malicieusement la blonde.

La brune se pinça les lèvres et plissa les yeux.

Regina savait très bien ce que la détenue attendait d'elle.

- A votre avis ?, provoqua-t-elle en s'approcha davantage.

- Je dirais que vous n'en avez pas eu assez tout à l'heure, s'amusa la blonde, Alors vous venez me trouver pour en avoir plus.

- Mais plus de quoi au juste ?, feignit-elle.

- A votre avis ?, renvoya Emma l'air malin.

La prédatrice s'approcha dangereusement de sa proie.

- Je ne sais pas..., finit-elle par répondre dans un haussement d'épaules.

La blonde s'esclaffa avant de franchir les derniers petits centimètres qui les séparaient encore.

- Je peux vous montrer si vous voulez...», charma-t-elle.

Et motivée par le sourire carnassier et le regard affamé que Regina lui offrait, Emma se lança, attaquant les lèvres rouges de front, sans même remarquer la feinte de la femme.

La surprise put alors se lire sur le visage de la blonde lorsqu'elle fut stoppée dans son élan par la main de la brune qui avait entouré son cou. Les longs doigts fins tenaient fermement sa gorge, exerçant une pression suffisante, mais pas trop importante afin de la laisser respirer à son aise.

Les yeux verts et perdus noyés dans l'intense regard noir.

La proie était captive de sa prédatrice.

Mais pourquoi donc Regina avait-elle esquivé ce baiser ?

Elle ne se l'avouerait pas, prenant bien soin de le cacher derrière sa carapace, mais elle avait eu besoin.

Besoin de fixer des limites avant d'aller plus loin, besoin de feindre qu'elle avait les rênes en mains, qu'elle gardait le contrôle de la situation, besoin d'être rassurée.

Besoin de croire en cette illusion de toute puissance, besoin de penser qu'elle était plus forte que les sentiments, besoin d'imaginer qu'elle sortirait indemne de tout ça.

« Miss Swan, lui susurra-t-elle au creux de l'oreille, Ne faites pas l'erreur de me prendre pour acquise. Vous risqueriez d'être déçue.»

Et sur ces mots la directrice relâcha sa prise et se retourna, s'éloignant comme si de rien n'était avant de disparaître dans le noir de la nuit.

Un rire étouffé passa alors la barrière des lèvres d'Emma. Elle caressa du bout de ses doigts la peau de son cou sur laquelle résidait encore la chaleur laissée par la poigne de la brune. Main de fer dans un gant de velours.

Elle sourit à cette sensation.

Elle le jura alors, cette femme allait finir par la rendre dingue...

Et elle ne s'en plaignait pas, bien au contraire, elle n'attendait que ça.