Lundi 21 décembre. Mary-Margaret bondit de son lit, prête à fêter sa dernière journée en prison. La future maman était aux anges, dans quelques heures à peine, elle ficherait le camp de ce donjon au bras de son prince charmant. Seulement, dans ce ciel sans nuage qui illustrait sa vie à venir, une petite tâche grisâtre persistait, petite tâche qu'elle était bien décidée à voir s'éclaircir. Cette vilaine petite tâche, c'était sa codétenue, Emma Swan.
Et pour virer ce disgracieux nuage de son horizon étincelant, Mary-Margaret s'était mise en tête de réunir les deux femmes qui se faisaient la tête.
Parce que c'était bien ça le problème, non ?
Aucune de ces deux têtes de mule n'était fichue de faire le premier pas, encore moins d'entamer une discussion décente. Et si personne n'intervenait, elles allaient continuer à s'ignorer en souffrant chacune dans leur coin, sa conversation avec Emma trois jours plus tôt n'avait fait que l'en convaincre.
« Tu fais toujours la tête ?, avait demandé la jeune brune alors que la blonde venait à peine de revenir de son service.
- Non, avait-elle soufflé en levant les yeux au ciel.
- Vraiment ?
- Oui Mary-Margaret, avait-elle répondu dans un semi-grognement tout en s'écroulant sur son lit.
- Je suis vraiment désolée tu sais, s'était excusée la jeune femme, J'ai toujours du mal à tenir ma langue quand il s'agit de garder un secret.
- C'est pas grave, avait assuré Emma, le visage enfoui dans son oreiller, Tu ne l'as dit qu'à David, on est d'accord ?, s'était-elle soudain inquiétée en relevant la tête pour fixer Mary-Margaret de ses yeux apeurés.
- Oui, oui bien sûr, avait-elle promis aussitôt, Je ne suis pas complètement folle.
- Permets-moi d'en douter, s'était fait un plaisir de piquer la blonde une fois rassurée.
- Haha, avait consenti la future maman, Non mais plus sérieusement, je sais que j'ai gaffé et que je t'ai déçue Emma, mais j'espère quand même que notre amitié n'en pâtira pas trop.
- M.M, avait-elle soupiré, Tout va bien, je ne t'en veux pas.
Un petit sourire content s'était glissé sur les lèvres de la jeune brune.
- Alors tu vas continuer à me tenir au courant de tes avancées avec madame Mills ?
- Argh... Sérieusement ?, avait protesté la blonde en laissant retomber sa tête dans l'oreiller.
- Non mais comprends-moi Emma, s'était justifiée Mary-Margaret, Je sors d'ici dans quelques jours, et je n'ai pas envie de t'abandonner alors que tu n'es plus que l'ombre de toi-même.
- Je ne suis pas l'ombre de moi même, avait-elle fermement nié, Je vais très bien.
- Tu ne l'as toujours pas revue ?
- Si, s'était alors confié la blonde, Tout à l'heure justement.
- Quoi ?, avait presque crié Blanchard, surprise de cette réponse positive à la question qu'elle n'avait posé pas moins d'une centaine de fois au cours du dernier mois, Et alors ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Vous avez parlé ? Où est-ce que vous vous êtes croisées ?
Les paupières closes, Emma roula des yeux devant cet amoncellement de questions.
- J'ai dû aller dans son bureau pour lui apporter la liste de commandes des cuisines. Et non, on n'a pas parlé, avait-elle tenté d'abréger.
- Pas du tout ?, avait insisté la petite brune, C'est dommage, après un mois, il était temps de vous expliquer. Elle avait l'air contente de te voir ? Ou elle est restée fermée comme une huître ? Et toi ? Qu'est-ce que tu as ressenti en la revoyant ?
- Mon dieu Mary-Margaret !, s'était plaint la blonde, Stop avec tes questions ! »
La future maman avait levé les yeux au ciel, visiblement frustrée de ne pas soutirer plus de réponses à sa codétenue. La frustration n'était cependant pas le sentiment dominant chez Mary-Margaret qui demeurait fondamentalement inquiète face à la baisse de moral de son amie. Elle en était à présent sûre et certaine, Emma avait besoin d'un coup de pouce. Et ce coup de pouce, elle comptait bien lui donner.
« Alors Swan, comment te sens-tu en ce merveilleux lundi matin ?, interrogea-t-elle, toute guillerette.
- Comme un lundi matin justement... », rumina Emma en peinant à s'extirper de son état léthargique.
Il faut dire que, comme de coutume, elle avait eu du mal à trouver le sommeil ces dernières nuits.
Bien qu'elle ait été ravie, trois jours auparavant, de retrouver Regina dans un baiser si doux, une fois le tête-à-tête passé, il ne lui restait en bouche plus qu'un goût incertain. Les soyeuses et délicieuses sensations qu'elle avait ressenti en mouvant ses lèvres à celle de sa belle s'étaient dissipées à mesure qu'elle s'était éloignée du bureau. Les paroles proférées par la conseillère à l'égard de la directrice n'étaient quant à elles pas décidées à quitter son esprit. Les quelques mots de la rousse avaient soulevé chez la blonde une multitude d'interrogations. L'existence supposée d'un enfant et d'un défunt mari dans la vie de la brune faisait réfléchir Emma en continu, lui faisait remettre en question tout ce qu'elle pensait savoir de cette femme. Cette femme dont la quasi-totalité lui était inconnue et de qui elle se sentait pourtant si proche.
En plus de se creuser les méninges, la blonde en venait à se tracasser en pensant à tout ce que Regina pouvait bien endurer en dehors de la prison. Ne pas savoir, ne rien savoir, ne faisait qu'engendrer dans son imagination les pires hypothèses possibles. Et tout cela, tous ces éléments indépendants et pourtant intimement liés, lui faisait questionner leur relation toute entière. Est-ce que c'était prudent ? Non, bien sûr que non. Ça, elle le savait déjà. Mais était-il juste de rajouter le risque de leur liaison interdite aux nombreux tourments qui semblaient déjà régir la vie de la brune ? À cette question, la jeune femme ne pouvait, ou du moins ne voulait apporter de réponse. Enfin, cela valait-il le coup ? Le jeu et ses périls, en valaient-ils la chandelle ? Elle aimait le penser. Parce qu'au fond, c'était ce que son cœur lui criait, de tout envoyer balader, de ne plus jamais reculer et de ne plus rien craindre, tout ça pour les beaux yeux de Regina Mills.
« J'ai hâte de voir ce que Ruby m'a organisé pour ma fête de départ !, s'enthousiasma Mary-Margaret en enfilant ses chaussettes.
- Je ne comprends toujours pas pourquoi tu n'as pas voulu que je m'en charge, rouspéta la blonde en se redressant dans son lit.
- Oh tu sais, Ruby adore organiser ce genre de fête, se justifia-t-elle, Et puis tu as d'autres choses à penser en ce moment.
- Mais tu vas me lâcher avec ça à la fin ?, s'agaça Emma en se levant visiblement du mauvais pied.
- Non je ne vais pas te lâcher avec ça, refusa la petite brune, Tu le sais, je suis une amoureuse de l'amour, et voir tant de potentiel amoureux laissé à l'abandon, ça m'est insupportable. »
Emma leva les yeux au ciel et Mary-Margaret déposa un baiser sur sa joue.
« N'oublie pas d'être à la salle télé à seize heures, rappela-t-elle en disparaissant déjà dans le couloir, Il est hors de question que je fête ma sortie sans toi ! »
La blonde s'étira en bâillant bruyamment, déjà lasse de sa journée à venir.
Elle n'avait alors encore aucune idée qu'un couple d'anges potelés allaient tirer leur flèche et secouer ainsi son routinier lundi.
« Gardien Nolan, salua la petite brune en se mordillant la lèvre.
- Mademoiselle Blanchard, répondit le jeune homme dans un sourire radieux, Viens par ici...
Il l'attira dans le local d'entretien.
- David !, rigola Mary-Margaret alors que le gardien dévorait déjà son cou, On n'a pas le temps, j'ai rendez-vous avec madame Green pour les dernières formalités.
- Allez, seulement quelques minutes, quémanda le blond sans détacher sa bouche de la peau de sa partenaire.
- Non, refusa fermement la jeune femme en se reculant, Tu m'auras tout entière d'ici quelques heures, alors tu peux bien attendre d'ici là. », nargua-t-elle en déposant un baiser au sommet de son front avant de quitter le placard à balais.
David la regarda partir avec ce petit sourire qui disait qu'il lui tardait d'être à ce soir.
Fanfaronnant à travers les couloirs, Mary-Margaret eut vite fait de rejoindre le bureau de la conseillère. Et elle n'eut besoin de toquer que la porte s'ouvrit à la volée, révélant la désagréable décoration verte ainsi que le visage visiblement contrarié de la directrice.
« Je te préviens Zelena, tu ne mettras pas un pied chez moi, décréta madame Mills, Alors s'il te prend la mauvaise idée de te pointer quand même, saches que tu passeras la soirée sur le paillasson.
- J'apporterai le dessert. », lui lança la rousse, un méchant sourire au coin des lèvres.
La porte claqua violemment et des martèlements de talons aiguilles résonnèrent dans tout le couloir alors que Regina s'éloignait du bureau vert de jalousie.
« Si je cherchais un dernier prétexte, le voilà. », murmura la détenue pour elle-même avant de frapper à la porte de la conseillère.
« David, l'interpella-t-elle alors qu'il faisait sa ronde à la bibliothèque, Dis-moi que tu n'as pas encore été voir Mills pour ta démission.
- Non, pourquoi ?, s'étonna le gardien.
- Parfait !, s'exclama-t-elle, déjà toute excitée par ce qui allait suivre.
- Si c'est pour tes bêtises de "Mission Cupidon" Mary-Margaret, tu sais déjà ce que j'en pense, la calma-t-il immédiatement.
Elle lui embrassa la joue.
- Mais c'est que tu lis en moi comme dans un livre ouvert, charma-t-elle, pleine d'ironie.
- Ma chérie..., se désola-t-il, On en a déjà parlé, ça n'est pas une bonne idée.
- Mais mon amour, elles sont si malheureuses l'une sans l'autre, persévéra la jeune femme.
- Ça n'est pas une raison pour s'en mêler, contra David, Ce sont deux grandes filles qui vont très bien se débrouiller sans nous.
- Mais elles sont aussi bornées qu'elles sont amoureuses, avança Blanchard, Elles ne feront rien si on ne les aide pas un peu.
- Ne commence pas, prévint-il, Emma t'a déjà pardonné de m'avoir parlé de tout ça, si tu viens à t'en mêler, ne viens pas ensuite te plaindre d'avoir perdu son amitié.
- Mais elle ne va pas m'en vouloir, rétorqua Mary-Margaret, Au contraire, elle me sautera dans les bras une fois qu'on lui aura arrangé le coup.
- "On", releva David, Il n'est pas question que je t'aide à réaliser ton petit stratagème foireux.
- Mais sans toi mon amour, je n'ai aucune chance de réussir à les réunir, pinailla-t-elle, Tu es la pièce centrale de mon plan "Mission Cupidon". »
Il la jaugea, elle et son regard de chien battu, puis il leva les yeux au ciel, sachant que même en usant de toute la bonne volonté du monde, il avait déjà perdu.
Quelques heures plus tard, en bon petit soldat, le gardien Nolan s'avança en direction du bureau de la directrice, pour lui annoncer sa démission, et plus encore...
En simultané, une poignée de couloirs plus loin, telle une princesse faisant ses adieux à tout un royaume, Mary-Margaret s'avança dans la salle télévision où toutes ses camarades de détention l'attendaient déjà.
« M.M! M.M! M.M! », chantonna la brune aux mèches rouges tout en levant le volume de la chaîne hi-fi à son maximum.
Dès lors que la playlist s'était lancée, les filles n'avaient pas attendu pour commencer à se déhancher au rythme des basses. Le gardien Jones, de son côté, ne surveillait l'agitation que d'un œil distrait, visiblement plus intéressé par sa partie de belote en ligne que par Ruby et Dorothy qui se pelotaient au milieu de la piste de danse, ou encore par Ashley Boyde qui agrémentait le jus d'orange et le soda bon marché d'un peu de gnôle faite maison.
« Alors c'est ça la superbe fête organisée par Ruby ?, demanda nonchalamment Emma, De la musique, du jus de fruits et quelques banderoles en PQ avec ton nom écrit dessus ?
- Et oh ! N'oublie pas la tarte aux pommes de Granny, s'amusa Mary-Margaret.
- Ah oui ! Excuse-moi, ça change tout, s'accorda-t-elle, pleine de sarcasme.
- Dis-toi qu'au nouvel an, vous avez du Champomy en plus, taquina la jeune femme dans un petit coup de coude.
- Je ne vais jamais tenir neuf mois dans ce trou, déclara Emma, l'air dramatique.
- Ressaisis-toi Swan, ordonna Mary-Margaret, Je vais partir alors ce n'est certainement pas le moment de flancher.
- Qui t'a parlé de flancher ?, moqua la jeune femme, J'ai connu bien pire tu sais, alors je ne vais certainement pas baisser les bras parce qu'Henry me manque ou parce que... Peu importe, se coupa-t-elle en soufflant.
- Ou parce qu'elle te manque, se fit un plaisir de compléter la petite brune, Ne t'en fais pas, à ce niveau là, les choses devraient être réglées d'ici une minute ou deux.
Emma se liquéfia.
- Qu'est-ce que tu veux dire par là ? », interrogea-t-elle, redoutant déjà la réponse.
Cependant, aucune réponse ne lui fut apportée. Sa codétenue venait d'être tirée de force sur la piste de danse par une Ruby et une Mary Darling visiblement déchaînées par le dernier titre en vogue.
Mary-Margaret jeta un petit clin d'œil au regard vert d'eau qui la trucidait. Ce petit clin d'œil qui voulait dire "T'inquiètes, je gère.", mais qui pour Emma sonnait plutôt comme un "C'est encore pire que ce que tu t'imagines."
« Vous démissionnez ?, n'en revint pas Regina.
- Et oui, toutes les bonnes choses ont une fin, lui sourit David.
- Mais enfin, pourquoi ?, demanda la directrice, Vous êtes l'un de nos meilleurs éléments, complimenta-t-elle en craignant déjà le remplaçant scabreux ou incompétent que lui dénicherait Gold.
- C'est gentil madame Mills, rendit-il, Mais depuis l'émeute qui a mal tourné, je me rends un peu plus compte chaque jour à quel point ce métier est dangereux. Et pour le bien de ma famille, je ne peux plus me permettre de courir de tels risques.
- Votre famille ?, s'étonna la brune, Moi qui vous croyez célibataire endurci, ne put-elle s'empêcher de commenter.
Il lâcha un petit rire face à sa piquante honnêteté.
- Je l'étais pendant longtemps, confirma-t-il, Mais ce n'est plus le cas. Aujourd'hui, je suis fou amoureux et bientôt papa.
Tandis qu'il l'avait vu esquisser une grimace lorsqu'il avait parlé de ses sentiments, il avait très vite pu voir son expression s'adoucir tendrement à l'évocation de son bébé à venir.
- Et bien toutes mes félicitations David ! Vous avez bien raison de quitter cette prison, un enfant passe avant tout le reste, appuya-t-elle dans un sourire aussi doux qu'il paraissait triste.
- Au début je ne voulais pas abandonner mon poste, expliqua-t-il, C'est Mary-Margaret qui m'a convaincu.
Regina tiqua immédiatement sur le prénom. Il faut dire qu'il n'était pas des plus courants.
- L'heureuse élue se prénomme donc Mary-Margaret, releva-t-elle en feignant l'indifférence.
- Oui, Mary-Margaret, confirma le gardien en guettant la réaction de sa supérieure, Mary-Margaret Blanchard.
Les yeux chocolat s'écarquillèrent.
- Dites-moi que vous plaisantez, supplia-t-elle presque.
- Pas le moins du monde, continua-t-il dans sa lancée.
- Soyons bien clairs, gardien Nolan, énonça la brune, Vous êtes vraiment en train de me dire que vous entretenez une relation avec une détenue ?, demanda-t-elle, n'en croyant pas ses oreilles.
- Détenue ? C'est un bien grand mot, s'amusa le jeune homme qui commençait doucement à se prendre au jeu de la "Mission Cupidon", Elle sera libre d'ici une heure ou deux.
- Mais vous avez complètement perdu la tête mon pauvre, réprimanda la directrice, Vous vous rendez compte que tout ce que vous me dites peut annuler la libération de mademoiselle Blanchard et vous faire condamner dans la foulée ?
- Oh je vous en prie madame Mills, répliqua-t-il, On sait tous les deux que vous ne direz rien !
- Et pourquoi ça ?, railla-t-elle.
- Parce que de tous les membres de la prison, vous êtes sûrement la moins bien placée pour me blâmer d'être tombé sous le charme de l'une des détenues de la cellule 12. »
Le visage de Regina se décomposa, alors que la tête lui tournait tellement qu'elle crut perdre connaissance.
« Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas là pour vous faire chanter, encore moins pour vous juger, précisa-t-il , se sentant soudain coupable de voir la femme si déstabilisée.
- Et pourquoi êtes-vous là alors ?, demanda-t-elle de sa voix glaciale et de ses yeux chargés d'animosité.
- Je suis là parce que Mary-Margaret a insisté pour que je vous parle, avoua David.
- Oh, et qu'est-ce que Mary-Margaret a trouvé bon de vous faire dire ?, moqua-t-elle.
- Elle voulait que je vous parle d'Emma–, commença-t-il.
- Sans blague..., le coupa-t-elle aussitôt.
- Emma tient beaucoup à vous–, compléta-t-il.
- Et elle a jugé bon de vous envoyer pour me dire ça ?, railla d'autant plus la brune.
- Je n'ai pas fini, s'agaça David, Alors ne me coupez plus s'il vous plait. »
Elle le gratifia d'un désagréable regard qui ne fit que lui donner plus de courage.
« Emma tient à vous, répéta-t-il, Elle tient énormément à vous, tellement qu'elle n'est plus qu'un fantôme depuis que vous l'avez rejetée. Certes, elle est en prison, privée de son fils, mais sa peine est bien plus profonde que ça. Elle ne l'avouera pas de si tôt, c'est certain, mais elle a des sentiments pour vous. De réels sentiments. Et vous allez peut-être trouver ça malvenu, mais je sais que vous aussi vous ressentez quelque chose pour elle. »
Elle ouvrit la bouche, prête à protester, parée à argumenter des heures pour prouver une absurdité par laquelle elle nierait tout attachement, tout sentiment envers Emma Swan.
« Ne me coupez pas, s'empressa de rappeler le jeune blond, Vous vous êtes attachée à elle, si ce n'est pas plus. Et pas la peine de le nier, ça se voit. Il suffit de comparer votre attitude envers Emma avec celle envers Graham. »
La mine stupéfaite qu'elle afficha ne fit qu'inviter le gardien à continuer ses dires avant qu'elle ne trouve la force de le stopper dans son élan.
« Oui je suis au courant de la liaison que vous avez entretenue avec Graham, apprit-il, Tous les gardiens le sont à vrai dire, Graham n'a pas vraiment la langue dans sa poche lorsqu'il s'agit de vanter ses exploits de dragueur. »
David ignora le regard poignardant de la brune.
« Enfin bref, Graham n'est pas le sujet, rectifia-t-il, Ce qui compte maintenant, c'est la relation qu'Emma et vous êtes destinées à vivre. Si elle est mal depuis que vous... Que vous avez arrêté de vous fréquenter, formula-t-il le plus sobrement possible, Je sais que vous n'en menez pas large de votre côté non plus. »
Une nouvelle fois, Regina tenta de le couper.
« Pas besoin de me contredire, tout le monde voit bien que vous n'êtes pas dans votre assiette ces derniers temps, avisa le jeune homme, Belfrey la première, elle ne cesse de dire que quelque chose ne va pas. Seulement moi, je sais ce qu'il ne va pas. Grâce à Mary-Margaret, je sais que votre problème n'est autre qu'Emma Swan. »
Elle n'essayait même plus de l'interrompre, les mots lui manquaient face à l'obstination dont il faisait preuve. Certes, il n'avait pas entièrement tort. Cependant il se montrait bien trop présomptueux à son goût, ce qui avait pour effet de méchamment l'irriter.
« Mais Emma Swan est loin d'être votre problème, et si vous voulez mon avis, même si je doute que vous le vouliez, rigola-t-il, Le voilà quand même: Emma est votre solution. Alors arrêtez de la repousser, ouvrez-lui plutôt grand les bras. Laissez-vous porter un peu, on en a tous besoin. »
Il s'arrêta et prit un temps pour étudier sa réaction. Il grimaça en remarquant qu'elle n'avait guère eu l'air d'apprécier tout son petit discours.
« C'est bon, vous avez fini ?, demanda-t-elle de sa voix dure.
- Euh... Il me semble que oui, bafouilla-t-il presque.
- Très bien, alors asseyez-vous et remplissez tous ces papiers pendant que je m'absente le temps d'une minute.
- Où est-ce que vous allez ?, ne put-il s'empêcher de demander.
- Je vais aller toucher deux mots à Emma Swan. », articula-t-elle de sa bouche pincée.
David la regarda quitter le bureau, déglutissant avec difficulté alors que la porte vernie de noir se refermait sur lui.
Le charmant cupidon, venait-il de faire une belle bêtise en suivant à la lettre le plan de sa bien-aimée ?
La fête battait son plein. La musique avait empli tous les cœurs, la danse ensorcelé tous les corps et la gnôle de Boyde brouillé tous les esprits.
La fête battait son plein. Mary-Margaret profitait de cette joyeuse et chaleureuse ambiance pour faire ses adieux à toutes celles qui avaient partagé sa vie au cours des derniers mois.
La fête battait son plein, et l'abrupte intervention de la Méchante Reine n'y changea pas grand-chose.
« Mademoiselle Swan, dans le couloir, tout de suite !»
À part quelques regards inquiets le temps d'une seconde ou deux, l'apostrophe sévère et glaciale de la directrice n'eut pour effet que de refroidir une certaine blonde.
Sous la force exercée par les deux yeux chocolat, Emma comprit qu'elle ferait mieux de la suivre dans le couloir. En sortant de la salle de télévision, le battement endiablé de la radio laissa place au calme diabolique du reste de la prison. Et plus elle s'éloignait de ladite salle, plus le silence devenait pesant.
Le martellement des talons aiguilles contre le carrelage qui couvrait le sol, c'était le seul son distinct qui arrivait jusqu'à ses oreilles.
Du moins, c'était le cas avant que la voix enragée d'une certaine brune ne vienne lui titiller les tympans.
« Qu'est-ce qui vous a pris ?!, demanda-t-elle violemment, Vous avez complètement perdu la tête ?
- Je vous demande pardon ?
- Oh ne jouez pas à l'innocente avec moi !, s'échauffa aussitôt la brune.
- Excusez-moi de me demander pourquoi vous m'agressez à moitié, répliqua Emma.
- Allez-y, faites la victime, exagéra-t-elle, Comme si vous n'étiez pas en tort d'avoir tout raconté à votre nouvelle meilleure amie.
La bouche en O, les yeux ronds.
Un tas d'injures fusait de la tête d'Emma en destination de Mary-Margaret.
- La peste !, échappa-t-elle.
- Oh je vous en prie, ne rejetez pas la faute sur les autres et assumez le poids de votre responsabilité, exigea Regina en happant le regard vert de ses yeux ténébreux.
- Mais j'assume le poids de ma responsabilité !, s'énerva la blonde à son tour, Oui, j'ai tout raconté à Mary-Margaret. Et non, je ne vais pas m'excuser de m'être confiée à la seule personne que j'ai ici.
- Vous vous rendez compte du risque que vous nous faites prendre ?, gronda à nouveau la directrice.
- Mary-Margaret ne dira rien, alors vous n'avez rien à craindre, rétorqua Emma.
- Le gardien Nolan, qui vient de servir tout une jolie petite tirade dans mon bureau, affirme le contraire, annonça-t-elle dans un petit rire jaune et chargé en reproches.
- Oh bordel..., souffla la blonde, Je vais les tuer.
- La prochaine fois tenez votre langue, ça vous évitera d'avoir à tuer des gens, se fit un plaisir de piquer Regina.
- Parce qu'il y aura une prochaine fois ?, ne manqua pas de rebondir Emma.
- Je n'ai pas dit ça, nia aussitôt la directrice.
- Alors il n'y aura plus de prochaine fois ?, enchaîna la jeune femme.
La brune prit un temps d'hésitation, le regard fuyant et les joues s'empourprant.
- Je n'ai pas dit ça non plus..., finit-elle par répondre.
La détenue soupira. Elle en avait marre, plus que marre.
- Ce n'est plus le genre de réponses que j'attends, avisa-t-elle, Maintenant, je veux savoir où je vais, je veux que les choses soient claires entre nous. Parce que j'en ai ras le bol que tout soit toujours si flou avec vous.
La blonde prenait l'ascendant sur la conversation, ne rendant que plus fuyant les yeux bruns.
- Qu'est-ce que vous attendez de moi alors ?, demanda-t-elle à contre cœur.
- Que vous preniez une putain de décision à la fin, lâcha Emma sans y mettre de forme, Le choix vous appartient. Soit vous décidez de tout foutre en l'air, pour de bon cette fois, prévint-elle, Ou alors vous pensez vous aussi qu'il y a ce quelque chose entre nous qui vaut le coup d'essayer, qui vaut le coup de prendre le risque. C'est vous qui décidez, mais je vous en prie faites-le maintenant, parce que moi que je n'en peux plus d'attendre après vous. »
Le dialogue houleux les avait amenées si proche l'une de l'autre qu'elles pouvaient sentir leur souffle battre contre leur peau.
Le regard vert essayait de confronter le brun, en vain.
Les secondes s'écoulèrent, semblables à des heures, mais rien, aucun mot ne sortit de la bouche maquillée de rouge.
« Oh, et puis merde !, dit-elle tout haut, C'est fini, j'en ai marre, tout est fini entre nous. Si on estime que ça avait vraiment commencé. », plaisanta douloureusement la blonde avant de prendre la fuite.
Le cœur battant dans les tempes, Emma entama sa marche, accélérant la fréquence de ses pas le long de ce couloir qui lui paraissait soudain interminable.
« Miss Swan attendez ! », s'exclama cette voix si proche et pourtant si lointaine.
Les mains qui attrapèrent ses épaules pour la plaquer fermement contre le mur l'obligèrent à accepter cette nouvelle proximité avec la brune.
« Non ce n'est pas fini, articula Regina, Vous avez dit que la décision m'appartenait, alors laissez-moi la prendre. »
Noyée dans les flammes de ses yeux chocolat chaud, Emma sembla perdre pied dans le baiser brûlant qui lui fut donné.
« Et si on estime que ça n'a pas encore commencé, chuchota la brune contre les lèvres de la blonde, Alors disons que tout commence maintenant, Emma...»
Regina se laissait finalement aller.
Emma l'avait compris et débuta alors un nouveau baiser, comme pour lui signifier qu'elle acceptait sa décision, qu'elle en était ravie, et qu'elle allait tout faire pour lui montrer qu'elle avait fait le bon choix.
« J'espère que je ne vous dérange pas ?! »
