« J'espère que je ne vous dérange pas ?!

Elle retira lentement sa langue de la bouche de sa partenaire.

- Oh ça va Jones, joue pas au coincé, répliqua-t-elle en levant nonchalamment les yeux au ciel.

- Gardez un peu vos distances ou prenez une chambre d'hôtel. », pesta le gardien.

Ruby et Dorothy le regardèrent s'éloigner et reprirent leurs embrassades à la seconde où il sortit de la pièce.

À ce moment-là, un second « J'espère que je ne vous dérange pas ? » résonna quelques mètres plus loin, séparant la brune et la blonde dans une effrayante urgence.

« Putain August tu m'as fait peur !, se plaignit Emma, la main plaquée sur le thorax en signe de relâchement.

- Je vous préviens gardien Wayne si–

- Pas besoin de me menacer madame Mills, je ne dirai rien, anticipa le jeune homme, Mais je suis content de vous avoir surpris, comme ça Emma ne pourra plus nier qu'il y a bien quelque chose entre vous. », ajouta-t-il, fière de lui.

Emma lui lança un petit regard noir et Regina vira à l'écarlate.

« Wayne, mon pote, je te cherchais, appela Killian en arrivant à leur niveau, J'ai fini ma journée, c'est à toi d'aller surveiller la fête de départ en salle TV. »

Le gardien Jones ne semblait guère surpris, encore moins intéressé de voir son collègue, la directrice et la détenue en train de papoter au milieu du couloir, pour le plus grand soulagement des deux femmes.

Après un coup d'œil complice, elles décidèrent de se séparer avant que leur proximité ne fasse parler, loin d'elles l'envie d'éveiller les soupçons alors qu'elles venaient tout juste de se (re)trouver.

Devançant August de quelques pas, Emma retourna dans la salle télévision où la fête battait toujours son plein. Mais à peine eut-elle passé la porte qu'elle se fit subitement attaquer par une Mary-Margaret parée d'un grand sourire.

« Alors ?

- Alors..., la blonde s'arrêta une seconde, songeant à rendre la monnaie de sa pièce à la jeune femme, Alors elle ne veut plus jamais avoir à entendre parler de moi. Elle m'a dit que je n'étais qu'une sale petite conne qui ne méritait même pas une minute de son temps et qu'elle aurait dû me faire croupir au trou jusqu'à la fin de ma peine pour avoir osé tout te raconter, feignit-elle de son air le plus brisé.

Le visage si rayonnant de Mary-Margaret se mua rapidement en une expression profondément navrée.

- Emma, je suis..., commença-t-elle hasardeusement, Je suis tellement, mais tellement désolée. Je ne pensait pas qu'elle réagirait comme ça. »

La petite brune ne comprit pas immédiatement le petit sourire moqueur qui s'était emparé de la bouche de son amie. Mais lorsqu'elle en saisit le sens, elle jura être libérée d'un poids colossal.

« Tu me fais marcher, c'est ça ? »

Le sourire croissant de la blonde lui servit de réponse positive.

« Espèce de garce, échappa-t-elle malencontreusement, Qu'est-ce qu'il s'est passé alors ?, enchaîna-t-elle sans tarder, Vous vous êtes réconciliées ?

- Peut-être bien, s'amusa-t-elle à laisser planer le doute, bien que trahie par l'expression béate qui ne la quittait plus.

- Il y a eu un bisou ?, s'intéressa la future maman.

- Mary-Margaret !, ne put s'empêcher de râler Emma.

- J'ai ma réponse, se fit un plaisir de souligner la petite brune.

- T'es vraiment insupportable, ronchonna la blonde, Tu avais vraiment besoin de te mêler de tout ça ?

- Oui, c'était mon petit cadeau avant de te laisser croupir seule dans ce trou, se moqua Mary-Margaret, Et ne me remercie pas, te savoir heureuse m'est déjà suffisamment gratifiant, ajouta-t-elle en allant se resservir une part de tarte, Allez, viens boire un verre pour fêter le départ de ta codétenue préférée ! »

Après avoir levé les yeux au ciel de manière caricaturale et soufflé bruyamment, la blonde se fit une raison et partie accompagner son amie autour d'un verre de coca empestant l'éthanol.

« Est-ce que vous trouveriez ça déplacé si je vous demandais comment ça s'est passé ?

L'expression de marbre qu'elle s'appliquait à afficher ne laissait guère place à la moindre interprétation de la part de David.

- Non seulement je trouverais ça déplacé, gardien Nolan, mais en plus je vous demanderais de fermer votre clapet si vous voulez que je signe votre rupture conventionnelle.

À l'image de sa compagne, le jeune homme voulait sa réponse. Il avait besoin de savoir que la "Mission Cupidon" était un franc succès.

- De toute façon, je n'ai même pas besoin de vous poser la question, s'amusa-t-il de constater, Votre rouge à lèvres à moitié effacé vous trahit. »

Elle écarquilla les yeux et se précipita d'ouvrir son tiroir pour se regarder dans le reflet de son miroir. Elle se mortifia presque en voyant que le gardien disait vrai.

« Je suis content pour vous et Emma, tenta-t-il de détendre l'atmosphère, Maintenant que vous vous êtes trouvées, vous n'avez plus qu'à vous laisser porter par les promesses de l'amour et–

- Épargnez-moi vos commentaires, gardien Nolan, s'empressa-t-elle de l'interrompre, écœurée par la niaiserie dont il faisait preuve, Récupérez vos papiers et fichez le camp de mon bureau tant que vous en avez encore l'occasion. »

Il se retint de rire face à la détermination que mettait Regina à jouer la mécontente et quitta le bureau, non sans un grand sourire aux lèvres de savoir sa mission accomplie avec brio.

La porte vernie de noir se referma.

La pièce à la tapisserie baroque se laissa bercer par une douce quiétude.

Le visage de la directrice accueillit bien vite une petite moue réjouie.

Et cette expression béate ne la quitta pas du reste de la journée. Si bien qu'elle était déjà au lit que son sourire ne cessait d'illuminer son minois. Ce fut ainsi qu'elle trouva le sommeil ce soir-là, le visage rayonnant, pour la première fois depuis des lustres.

Elle bâilla lourdement, s'étira de tout son long puis s'extirpa sans grande difficulté de son lit.

Cette première nuit en prison sans la présence rassurante et familière de Mary-Margaret ne l'avait pas empêché de dormir comme un loir. Bien au contraire, elle ne pouvait se souvenir d'une nuit si paisible passée derrière les barreaux. Et si le départ de sa meilleure amie de détention ne la ravissait en aucun point, la réponse que lui avait donnée Regina la veille effaçait toute préoccupation de son esprit.

Guillerette comme aurait pu l'être son ancienne codétenue, la blonde quitta sa cellule pour la cafétéria où elle s'installa tout sourire devant son habituel chocolat chaud. Puis une fois son petit-déjeuner englouti en vitesse, la jeune femme ouvrit les portes de la cantine aux autres détenues affamées et mal réveillées avant de rejoindre la cuisine où une scène de ménage l'attendait déjà.

« Tu te fous de ma gueule Jones ?! Tu te fous vraiment de ma gueule ?!

- Redescends d'un ton où tu vas ameuter toute la prison, répliqua le gardien.

- Donc tu te fous vraiment de ma gueule !, répéta Ruby encore un peu plus fort.

- Je ne me fous pas de ta gueule, rétorqua-t-il, Je ne veux plus continuer, c'est tout.

- Mais t'as pas le droit de me planter comme ça !, refusa-t-elle, J'attends cette livraison depuis deux semaines, alors t'as pas le droit de me lâcher comme ça !

Ennuyé par la voix portante de la jeune femme, le gardien l'attrapa par le bras pour la tirer jusqu'à la chambre froide dont il poussa la porte.

- Ce que tu ne comprends pas justement, c'est que j'ai tous les droits ici. Tu es la détenue et je suis le gardien, Ruby. Alors si tu ne veux pas que je te coffre en isolement pour les fêtes, je te suggère de la fermer et de te faire toute petite, reprit-il plus bas, mais pas suffisamment pour échapper aux oreilles des filles en cuisine.

- Mais j'en ai rien à foutre Killian, moqua-t-elle, Tu peux me jeter au trou pour Noël quand tu veux. Mais par contre je veux la came que je t'avais demandé. Et je la veux aujourd'hui.

- Je n'arrive pas à saisir ce que tu ne comprends pas dans "c'est fini, j'arrête", s'exaspéra-t-il, Mais apparemment ta petite tête a du mal à enregistrer, alors je te le répète, c'est fini, j'arrête de participer à tes magouilles.

- T'es vraiment qu'un enculé Killian, ragea-t-elle alors qu'il lui tournait déjà le dos.

- Peut-être bien. », accepta-t-il dans un haussement d'épaules tout en rejoignant le réfectoire.

À l'exception de Granny, toutes les filles des cuisines s'étaient arrêtées pour assister à la scène.

« Je prends ma journée. », annonça la brune en sortant de la chambre froide, visiblement contrariée.

La vieille trafiquante russe ne trouva rien à redire. Si Ruby devait être d'une humeur massacrante toute la journée, autant qu'elle le soit loin de sa cuisine.

« Vous pensez qu'elle réagira comment quand elle apprendra que c'est à cause de vous ?, osa interroger Emma à voix basse.

Granny la fusilla du regard.

- Cloue-moi ce bec Swan, et personne n'en saura jamais rien. »

La blonde opina de la tête puis se dirigea vers l'évier où les premières tasses à laver l'attendaient déjà.

« Pssst. »

Elle se retourna dans son lit, mais n'ouvrit pas l'œil.

« Pssssssssst. »

Sa mine se fronça, ses yeux toujours bien fermés.

« Bordel Swan, tu réagis quand je t'appelle ! », craqua August en rentrant dans la cellule numéro 12.

Elle se redressa brusquement, tous les sens en alerte malgré l'engourdissement de ce réveil brutal.

« Quoi ?, s'inquiéta-t-elle, Qu'est-ce qu'il y a ?

- Tu peux m'expliquer pourquoi tu fais la sieste en plein milieu de l'après-midi ? Je te rappelle que tu as un joli petit cul bien roulé à aller harponner ?

- C'était pas la peine de me réveiller pour me dire ces conneries, rétorqua-t-elle en se laissant retomber sur son matelas, J'étais en tain de faire un super rêve en plus !

- Oh ça va, je viens faire de tes rêves, une réalité, avança-t-il.

- Qu'est-ce que tu racontes encore ?, soupira la blonde en passant ses mains sur son visage encore tout endormi.

- Je t'emmène Regina Mills sur un plateau d'argent, annonça-t-il, tout excité.

- Ne te mêle pas de ça August s'il te plaît, demanda-t-elle, Ce ne sont pas tes affaires...

- Mills n'a pas l'air d'être du même avis, s'amusa-t-il, laissant planer le mystère.

- Qu'est-ce que tu veux dire par là ?, interrogea la jeune femme, plus ennuyée qu'autre chose par l'air malin de son ami.

- Ce que je veux dire par là, commença le gardien, C'est qu'elle vient de m'envoyer pour te chercher.

Emma se redressa si vite que la tête lui tourna presque.

- C'est vrai ?, s'enthousiasma-t-elle.

- Ouais je sais, c'est étonnant, se moqua-t-il, Ce n'est pas tous les jours qu'une gueuse est demandé dans le bureau de sa Majesté.

- Haha très drôle, dit-elle sans rire une seconde.

- Non plus sérieusement Swan, magne !, ordonna le jeune homme, Elle te veut dans son bureau. Et elle te veut maintenant. »

La blonde sauta du lit et se précipita vers le lavabo pour se passer de l'eau froide sur le visage.

« Ouais c'est ça, rafraîchis un peu ta face de cake, encouragea August, Parce que crois-moi, quand tu vas la voir, tu auras honte de ta vieille dégaine, se fit-il un plaisir de commenter.

- Pourquoi ?, voulut-elle se renseigner alors qu'elle entamait un hâtif brossage de dents, Comment elle est ?

- Comme d'habitude, élégante et super sexy, qualifia le jeune homme, Et sa petite robe rouge lui va comme un gant, ajouta-t-il sans pouvoir s'empêcher de visualiser la silhouette de la directrice.

- Arrête de faire ça !, le gronda Emma.

- Ça quoi ?, demanda-t-il, tout innocent.

- De faire comme si tu l'avais reluquée de bas en haut avec insistance, énonça-t-elle en remettant sa crinière blonde en place.

- Parce que tu crois vraiment que je me suis privé ? », nargua-t-il avec un sourire en coin.

Elle lui jeta un petit regard noir tout en saisissant discrètement l'un des verres posés au bord de l'évier.

« Putain Swan !, s'écria-t-il, surpris par la giclée d'eau glacée qui venait de tâcher son uniforme, T'es sérieuse ?!

- Tais-toi et escorte-moi jusqu'au bureau de sa Majesté, répliqua-t-elle en se faufilant entre le jeune homme et la porte, Je te rappelle qu'elle me veut, et qu'elle me veut maintenant. Alors dépêche-toi, ça serait con que tu perdes ton boulot pour ça. »

Ce fut au tour d'August de lancer un petit regard noir à la blonde qui, toute pimpante, s'avançait déjà à grandes enjambées dansantes le long du couloir.

Il ne lui avait pas menti.

En la voyant si belle, elle avait honte de son manque d'allure. Mais la honte était loin d'être le sentiment qui dominait Emma. Devant une telle vision, une telle présence, comment pouvait-elle laisser la honte régner en maître ? Elle ne le pouvait pas, justement. L'idée de ne pas être à la hauteur, de ne pas mériter telle beauté n'avait fait que l'effleurer. En à peine une seconde, tout au plus, la honte, l'indignité, le doute s'étaient tus pour laisser place à tout ce que Regina réveillait vraiment en elle. Subjuguée par sa splendeur, charmée par son caractère, envoûtée par son aura, elle jura qu'elle ne s'y habituerait jamais. Elle était condamnée pour l'éternité. Condamnée à s'émerveiller à chaque fois qu'elle la verrait, condamnée à jamais, et à jamais reconnaissante pour cela.

« Merci gardien Wayne, vous pouvez y aller. », résonna finalement la voix de la directrice, alors que toute son énergie avait jusque-là était réquisitionnée pour détailler la blonde du regard.

Malgré sa curiosité aiguisée, son voyeurisme avéré et son goût un peu trop prononcé pour les commérages, August ne se fit pas prier pour quitter le bureau. Ce bureau dans lequel il se sentait à contre-courant de l'électricité qui s'émanait des deux femmes. Ce bureau dont il ferma soigneusement la porte en prenant congé, se faisant le plus silencieux possible de peur de prendre un coup de jus.

« August sérieusement ?, remit en question Emma, De tous les gardiens de cette prison, c'est lui que vous m'envoyez ?

La brune haussa les épaules.

- Maintenant qu'il est au courant, autant qu'il nous soit utile.

- Ouais, vous n'avez pas tort, s'accorda la jeune femme, Mais ne venez pas vous plaindre s'il commence à vous charrier à ce sujet, préféra-t-elle prévenir.

- Si vous pensez que je vais lui laisser l'opportunité de me chambrer, c'est que vous me connaissez très mal, Miss Swan, répliqua la directrice dans un petit rire.

- Mais je vous connais très mal justement, sauta-t-elle sur l'occasion, Alors j'espère que l'on va vite remédier à ça, continua-t-elle en s'installant sur le sofa, Et restez sur le "Emma".

- Je–

- Vous avez réussi à le dire hier, la coupa-t-elle directement, Alors c'est qu'il ne doit pas trop vous écorcher la bouche.

- Très bien, Em-ma, saccada-t-elle pour souligner à quel point elle trouvait cette demande ridicule.

- Vous voyez que vous en êtes capable. », s'amusa la blonde.

Ce regard noir, meurtrier, et pourtant chargé de complicité. Il lui avait tellement manqué.

« Alors comme ça, vous aviez envie de me voir, enchaîna la jeune femme.

- Effectivement, avoua Regina, le menton en l'air, conservant bien intact son petit air fier.

- Ça fait plaisir à entendre, admit-elle, Et vous savez ce qui me ferait encore plus plaisir ?

- Non, mais dites toujours, roula-t-elle des yeux.

- Qu'au lieu de lever les yeux au ciel, vous leviez plutôt votre joli petit cul pour venir vous asseoir ici, répondit Emma en tapotant le velours noir.

- Vous êtes d'un vulgaire, se lamenta la brune.

- Et vous adorez ça, pas vrai ?, tenta Emma.

- C'est pas faux...», s'accorda la directrice, un petit sourire en coin alors qu'elle se levait.

Une nouvelle fois, August n'avait pas menti. Cette robe rouge lui allait comme un gant.

« Cette robe te va à ravir, ne put-elle s'empêcher de complimenter.

- Je ne me rappelle pas vous avoir autorisé à me tutoyer, releva directement la brune.

- Oups ! C'est sorti tout seul, excuse-moi, provoqua-t-elle davantage.

Regina, la mine râleuse, poussa la détenue hilare qui tomba à la renverse sur le sofa.

« Eh !, se plaignit la blonde.

- Oups ! C'est parti tout seul, excuse-moi, imita-t-elle, moqueuse.

La bouche en O, les yeux grands ouverts, Emma s'était redressée, aussi surprise que ravie.

- Tu viens vraiment de me tutoyer ?!, demanda-t-elle, comme pour s'assurer qu'elle avait bien entendu.

- N'importe quoi, nia la brune, n'ayant même pas conscience de sa propre gaffe.

- Si, si, ça t'a échappé, insista la jeune femme, Tu m'as bien tutoyé.

- Arrête de dire des bêtises, refusa-t-elle.

- Ah ! Tu as vu ! Tu viens de recommencer !, s'enthousiasma Emma en prenant le visage de Regina en coupe.

- Mais qu'est-ce que tu racontes Emma ?, joua-t-elle, Tu dérailles complètement ma pauvre. »

Folle de joie, la blonde attira la brune jusqu'à elle pour la chérir d'un baiser tendre, euphorique, heureux.

Lorsqu'elle se recula, ses yeux pétillaient, son sourire flamboyait, octroyant à Regina une vision aussi douce que poignante. Le visage d'Emma, si angélique en cet instant, la regardait avec adoration. Une adoration pure et sincère, une adoration sans faille, ni borne, une adoration délicieuse, grisante, et finalement, adorable. Oh que c'était agréable, que c'était délectant de se sentit ainsi désirée. Non pas seulement pour son corps ou sa luxure, mais pour tout son être, toute sa personne. Au-delà d'être agréable, appréciable, c'était avant tout salvateur. Se sentir voulue, entièrement voulue pour la première fois depuis ce qui semblait être des siècles, c'était libérateur, ça la sauvait. D'autant plus qu'elle aussi, elle la voulait toute entière. Plus de doute, en voyant son minois d'ange l'adorer du regard, elle n'avait plus aucun doute. Regina avait envie d'elle, elle avait envie d'Emma auprès d'elle, au plus proche, le plus longtemps possible.

« J'ai envie de toi..., lui souffla la blonde à l'oreille.

- Alors déshabille-moi. », sourit la brune en retour, déjà accaparée par la luxure.

Cette luxure infiniment plus puissante maintenant qu'elle ne faisait plus cavalier seul.

Emma était partie depuis de longues minutes déjà, cependant Regina pouvait encore sentir son odeur sur elle. Cette odeur sans doute banale, et pourtant si particulière. Particulière parce que c'était la sienne. Et son doux parfum, reposant encore sur sa peau, planant tranquillement dans la pièce, suffisait à lui seul à lui donner le sourire.

Si l'expression éclatante de son visage trahissait sans grand mal la petite bulle de bonheur qui l'englobait, ça n'était rien comparé au joyeux brouhaha qui régnait dans son esprit. Esprit dans lequel les tumultes de leurs précédents ébats se jouaient en boucle. Les scènes, plus merveilleuses les unes que les autres, virevoltaient dans sa tête. Tantôt érotiques, tantôt romantiques, il y en avait pour tous les goûts, des images pour satisfaire toutes les pensées, ou du moins toutes les siennes.

Et si on la contraignait à ne choisir qu'une seule image parmi les autres, Regina ne douterait pas un instant. Emma, suante de débauche au-dessus d'elle, prise d'une euphorie incontrôlable alors que pour la première fois, elle venait de jouir en disant son prénom. Cette extase chez la blonde lorsqu'elle l'avait vu venir sous elle alors qu'elle gémissait son nom. Si elle devait oublier tout le reste, elle aurait choisi cette image. Cette joie démesurée et démesurément contagieuse qui les avait emprunt l'une et l'autre en cette fin d'après-midi, c'était ça qu'elle choisirait de garder.

Cette petite bulle de bonheur qui l'englobait, éclata à la réception d'un message.

"N'oublie pas de passer récupérer nos tenues à la blanchisserie avant de rentrer, on dîne chez les Smith à dix-neuf heures."

Elle se laissa retomber dans son fauteuil en soufflant. Ce fichu dîner lui était complètement passé par-dessus la tête. Elle devait y être dans moins d'une heure et n'avait aucune envie d'y aller, débectée à l'idée de passer sa soirée entière en compagnie de son mari. Seulement les Smith étaient des gens respectables, étonnamment agréables, et ce dîner était prévu depuis des lustres. Alors la brune prit sur elle et rassembla ses affaires.

Avant de quitter son bureau, elle se retourna pour regarder le sofa en velours avec regret, et pour prendre une grande inspiration, se ressourçant une dernière fois de ce doux et charmant parfum.

Une fois cela fait, elle verrouilla la porte vernie de noir, déjà lasse de sa soirée à venir.

Minuit passé, Regina et Léopold faisaient le trajet retour jusqu'au manoir. La femme conduisait, pour le plus grand mécontentement du bonhomme.

« Ne t'avise plus jamais de me donner un ordre devant nos amis. », continuait-il de ronchonner de son ton menaçant.

L'objet de la dispute ?

La brune avait simplement refusé que son mari, saoul comme un pot, ne prenne le volant. Seulement, elle avait eu le toupet de réclamer les clefs de la voiture devant leurs hôtes, ce qui n'avait évidemment pas plu à monsieur.

Le pied droit au fond du plancher, la main taquinant le levier de vitesse et les yeux à l'affût dans le rétroviseur intérieur, elle n'avait qu'une hâte, larguer son mari au pied du manoir et filer directement jusqu'au pénitencier Gold.

Cette idée avait germé dans son esprit au cours du repas. La nourriture exquise et la conversation joviale n'avaient pas suffi à faire sortir la brune de ses pensées. Pensées toutes dirigées vers la blonde. Perdue dans celles-ci alors qu'ils s'apprêtaient à passer au dessert, Regina s'était rappelée d'une phrase que la détenue avait glissé avant de s'en aller à regret du bureau.

« J'aimerais rester couchée sur ce sofa avec toi pour l'éternité, avait-elle déclaré de son air niais mais attendrissant, Ou au moins jusqu'à demain matin, avait-elle ensuite rajouté, plus raisonnable, Ça ne te dirait pas de passer la nuit ici avec moi ? »

Au vu de la vitesse à laquelle la brune avait abandonné la voiture de son mari pour rejoindre la sienne, on pouvait affirmer sans trop s'avancer que ça lui disait bien.

« Mais où est-ce que tu vas ?, gronda Léopold.

- Crois-moi, tu ne veux pas connaître la réponse. », provoqua-t-elle avant de lui claquer la portière sous le nez.

Elle fit vrombir le moteur de sa Mercedes puis détala en vitesse, pressée de rejoindre un lieu que beaucoup auraient préféré fuir.

Pressée, mais pas inconsciente non plus, elle avait pris le temps de vérifier le planning de garde, et ne fut donc guère surprise lorsqu'elle croisa August Wayne au détour d'un couloir.

« Oh !, sursauta-t-il en la voyant, Vous m'avez fait peur !

- Vous êtes bien impressionnable pour quelqu'un qui surveille de nuit un lieu rempli de criminelles, tourna-t-elle à la dérision.

- Ah, c'est donc ça l'humour piquant auquel Emma faisait allusion, inventa-t-il pour prendre l'ascendant.

- Au risque de me répéter, gardien Wayne, je me passerais bien de vos commentaires, répliqua-t-elle.

- Ça va, ne jouez pas à la susceptible avec moi madame Mills, charria le jeune homme, Qu'est-ce que vous faites ici à une heure pareille ? Vous venez pour sauter ma sœur de cœur, je parie.

- Je crois que vous êtes encore plus vulgaire qu'elle ne l'est, désespéra la brune tout en dépassant le gardien, Réveillez-moi avant de finir votre garde, exigea-t-elle avant de s'éloigner, Sinon vous êtes viré ! »

« Et moi aussi par la même occasion...», ajouta-t-elle pour elle-même alors qu'elle arrivait au niveau de la cellule numéro 12.

La tête que fit la blonde en la voyant entrer ne témoignait que trop bien de son taux d'endormissement.

« Est-ce que je suis en plein rêve ou est-ce que vous venez vraiment d'entrer dans ma chambre madame Mills ?, demanda-t-elle de sa voix léthargique.

- Nous n'étions pas passées au tutoiement, Miss Swan ?, s'amusa la brune en s'approcha du lit superposé.

- Ouf oui pardon, désolée, s'excusa-t-elle avant de poser la question qui lui taraudait l'esprit, Mais qu'est-ce que tu fous là ?

Regina s'esclaffa face à cette interrogation pour le moins directe.

- J'ai pensé que je pouvais te rejoindre ici pour la nuit, expliqua-t-elle, Enfin, seulement si tu en as envie...

Plus qu'enthousiaste à cette idée, la jeune femme se décala contre le mur en moins de temps qu'il ne faut pour le dire.

- Ça tombe bien, l'invita-t-elle à venir se coucher, Je t'ai déjà chauffé les draps. »

Le sourire aux lèvres, Regina entama un rapide mais lascif déshabillage, pour le plus grand bonheur des orbes verts encore à moitié endormis.

« J'ai l'impression de vivre un rêve éveillé. », lâcha spontanément Emma alors que les prunelles fauves s'approchaient d'elle.

Délicate, la brune se glissa avec précaution au sommet de ce lit superposé dont l'étroitesse l'obligea à se coller de tout son long à la blonde.

« Si vous me faites tomber, je vous tue, menaça la directrice, elle-même menacée par le vide à sa droite.

- Le tutoiement, râla Emma que le sommeil empoignait peu à peu.

- Laisse-moi le temps de m'habituer, se défendit la femme.

- Habitue-toi vite, répliqua la blonde en venant passer un bras sécurisant autour de la taille de la brune, Parce que moi je le suis déjà. »

Ce fut avec ces derniers mots qu'Emma tomba à nouveau dans les bras de Morphée, surveillée de près par le regard attendri de Regina qui ne mit pas longtemps à la rejoindre.

La banquette était dure et étroite, pourtant les deux femmes, finement enlacées l'une à l'autre, passèrent une nuit rêvée.

Si bien que, lorsqu'elle se réveilla avec la lumière du jour le lendemain matin, la blonde en vint à éprouver le manque de la présence de la brune qu'elle n'avait pas entendu se lever. Elle émergea alors avec difficulté de cette nuit extraordinaire qu'elle ne voulait plus quitter.

Cependant, lorsqu'elle délaissa son lit, elle fut soudain bienheureuse d'abandonner sa nuit au profit des beaux jours qui s'annonçaient devant elle. Car si sa routine de prisonnière travaillant en cuisine n'était pas pour lui plaire, la carte magnétique déposée sur la couchette du bas et accompagnée d'un petit mot, promettait de mettre un peu de piment au reste de sa vie.

"Pour que tu puisses venir me voir dès que tu en as envie.

Fais vite. Je t'attends."