Oignon, ail, échalote.

Persil ciselé et pommes de terre rissolées.

Verrines finement réalisées au saumon fumé et au foie gras poêlé.

L'odeur du chapon qu'elle avait enfourné une demi-heure plus tôt embaumait déjà la cuisine, contrastant avec le parfum chocolaté de la bûche qui reposait sagement au frais.

Elle passa un dernier coup d'éponge sur le plan de travail, lança le lave-vaisselle, nettoya ses mains et retira nonchalamment son tablier, fatiguée par tous les préparatifs qui venaient de s'enchaîner. Elle qui aimait pourtant cuisiner, n'avait pris aucun plaisir à préparer le repas du soir. La brune avait passé l'après-midi à concocter des mets plus succulents les uns que les autres, et avant cela, elle s'était attelé à la décoration du fameux arbre de Noël qui trônait en maître dans un coin du salon. Cependant, elle le savait déjà, du sapin doré et flamboyant, à la bûche aux trois chocolats qui lui avait donné du fil à retordre, rien, absolument rien ne serait suffisant aux yeux de sa mère. Tout ce qu'elle s'était appliqué à faire, finirait comme toujours dézingué par les critiques incessantes et incisives de sa mère. Et pourtant, c'était plus fort qu'elle, Regina s'évertuait toujours à essayer de contenter la tyrannique et éternelle insatisfaite qu'était sa génitrice, Cora Mills.

Génitrice. Voilà un mot d'apparence bien sévère pour nommer celle qui vous a mis au monde, élevé et choyé jusqu'à votre majorité.

Pourtant, quiconque ayant une connaissance suffisamment complète de la relation qui unissait Regina et Cora trouverait le terme plus que justifié.

Fière de tout ce qu'elle avait réalisé, Regina demeurait néanmoins fébrile quant à la soirée catastrophique qu'elle s'apprêtait à vivre. Tendue, la brune se rendit à l'étage pour se laver et se préparer. Elle allait prendre soin de son apparence, plus encore qu'elle ne le faisait déjà habituellement, prévoyant d'avance les piques sur son physique qui lui seraient sûrement adressées.

Les cheveux soigneusement lissés et le visage minutieusement maquillé, la brune se pressa d'enfiler une robe en velours noire au décolleté seyant mais point trop plongeant. Elle eut ensuite tout juste le temps de chausser ses escarpins vernis que la sonnette retentissait déjà.

« Cora ! Ça faisait longtemps ! Quel plaisir de vous revoir ! », entendit-elle Léopold s'exclamer en bas.

Son cœur battait la chamade, le simple fait de savoir sa mère au rez-de-chaussée lui donnait la nausée, faisait grimper son angoisse.

Elle se regarda dans le miroir de sa chambre, serra les poings, souffla un coup, se décida à y aller.

Après tout, l'enfer n'allait durer que le temps d'une soirée.

Elle descendit quelques marches et la vue du hall d'entrée s'offrit bientôt à elle. Les trois protagonistes du bas relevèrent très vite le regard en sa direction, le bruit de ses talons l'avait apparemment trahie.

Regina leva les yeux au ciel en reconnaissant monsieur Gold comme étant l'invité surprise de sa mère. Surprise, pas tant que cela si l'on prenait en compte la liaison charnelle et fluctuante qu'ils entretenaient depuis toujours. Et même si elle aurait une certaine difficulté à le déclarer à voix haute, la jeune brune était en vérité plutôt rassurée de la présence de son supérieur. Si en tant que directeur, d'homme d'affaire ou même d'homme tout court, Gold était loin de faire l'unanimité, Regina devait admettre qu'il l'avait beaucoup aidé dans le passé. Alors malgré leurs éternels conflits et chamailleries, elle gardait pour lui une certaine sympathie, bien cachée, assortie d'une inébranlable gratitude.

« Mère, quel plaisir de vous voir !, salua-t-elle depuis le haut des marches, contrôlant l'intensité de sa voix et la teneur de son ton pour masquer son manque d'assurance, Rumple, quelle surprise !, ironisa-t-elle ensuite à l'égard de l'homme à la canne.

Son mari, son directeur et sa mère l'observèrent descendre les escaliers dans un silence pesant. Si le léger sourire des deux hommes traduisait l'attrait qu'ils avaient pour elle et sa robe, celui de Cora était tout autre. Crispée et forcée, la mimique de l'avocate sexagénaire n'avait rien de sympathique. Ses yeux noirs et à l'affut détaillèrent en long en large et en travers sa fille à laquelle elle semblait chercher un défaut.

« Tu as maigri ? Tu nages dans ta robe. Il faudrait que tu apprennes à acheter des vêtements à ta taille, attaqua-t-elle d'emblée après avoir rendu la bise que sa fille lui tendait, Et il faudrait aussi que tu arrêtes d'acheter au rabais, ajouta-t-elle en touchant le noble tissu noir d'un air presque indigné.

Regina eut un mouvement de recul, mais n'eut guère le temps de répliquer que Gold prenait déjà la parole.

- Sa robe lui va à ravir Cora, la confronta-t-il, déjà agacé, Je sais que tu prends un malin plaisir à critiquer ta progéniture, mais il est ridicule de t'en prendre à l'apparence de ta cadette alors qu'elle a hérité de ta beauté et de tes goûts vestimentaires, la remit-il à sa place.

Cora lui lança un regard noir, Rumple lui rendit un petit sourire narquois. Nul besoin d'une enquête approfondie pour comprendre que ces deux-là s'étaient déjà disputés avant d'arriver au manoir.

- Et si je vous servais un verre ?, intervint Léopold, pour stopper la joute verbale qui menaçait les deux amants terribles.

- Excellente idée. », rebondit Cora en délaissant Rumble du regard, bien décidée à l'ignorer pour le reste de la soirée.

Les deux couples de fortune se dirigèrent donc vers le salon où chacun pris place dans l'un des fauteuils en cuir.

Un verre de vin au creux de la paume, Regina faisait négligemment tourner le liquide carmin en n'écoutant que d'une oreille distraite la discussion qui se jouait dans la pièce. Du peu qu'elle avait suivi, la conversation tournait principalement autour du mandat de son mari, rien de bien intéressant en somme. Mais alors que le temps commençait à se faire long pour la brune, Cora l'interpella, se munissant pour cela de sa sympathie légendaire.

« Tu n'es pas très bavarde ma chérie, fit-elle remarquer de son ton mielleux, Tu es fatiguée en ce moment ?

- Pas plus que ça–

- Tu as mauvaise mine pourtant, coupa l'avocate, Tu ne travailles pas trop au moins ?, fit-elle mine de se soucier avant de se tourner vers son amant et son gendre, On sait tous que tu supportes mal la pression...

- Oh mais ne vous inquiétez pas Cora, rassura Léopold, Elle ne se tue pas au travail, moqua-t-il, Si elle est fatiguée c'est parce qu'elle est trop occupée à batifoler à droite et à gauche.

- Ah oui ?, releva la mère Mills en se tournant vers sa fille d'un air désapprobateur, C'est vrai ce que j'entends Regina ? »

Des coups portés contre la porte d'entrée se firent entendre.

Sauvée par le gong, la jeune brune en profita pour s'échapper.

« J'y vais. », renseigna-t-elle simplement.

Ses talons martelant le sol à chacun de ses pas, elle traversa le salon et le hall d'entrée en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Seulement lorsqu'elle ouvrit la lourde porte, elle regretta instantanément son élan d'enthousiasme.

« Il me semblait avoir été claire, réprimanda-t-elle, visiblement contrariée.

- Joyeux Noël Sœurette !, s'exclama la rousse, un grand sourire aux lèvres, une bouteille dans une main, une boîte cartonnée dans l'autre.

- Tu n'es pas la bienvenue ici, Zelena, insista la plus jeune.

- Mère tenait à ma présence, répliqua l'ainée, Et en plus j'ai apporté le dessert, défendit-elle.

- Le dessert est déjà au frigo, contra la brune.

- Tant mieux, il en restera pour demain midi.

- Demain midi ?, s'étonna la directrice en fronçant les sourcils.

- Maman ne t'a pas dit ?, s'amusa Zelena en se frayant un chemin entre sa sœur et l'encadrement de la porte, On mange aussi ici demain midi. »

La mine déconfite, Regina regarda sa demi-sœur s'avancer jusqu'au salon, toute pimpante.

« Et bien, on ne t'attendait plus, salua Cora des plus chaleureusement.

- Excusez-moi pour le retard, fit-elle profil bas, J'ai dû tourner un moment pour trouver une pâtisserie ouverte. Mais j'ai réussi à nous dégoter la meilleure bûche au chocolat de toute la ville !

- Dieu merci !, pouffa l'avocate, J'ai cru un instant que nous allions être obligés de goûter à celle de Regina.

- Si vous mangez ici demain midi, vous serez bien obligés d'y goûter, objecta la jeune brune.

- Parce que nous sommes aussi conviés demain midi, rebondit Cora, Quelle excellente idée, ce sera avec plaisir !

- Mais– » ,s'apprêta à rétorquer Regina avant de comprendre que la rousse lui avait joué un mauvais tour.

Elle échangea un regard plein d'animosité avec son ainée, puis elle se rassit, déjà lassée par cette soirée qui venait à peine de commencer.

« Regina ne sois pas impolie, réprimanda aussitôt Cora, Sers un verre à ta sœur.

- Oui chérie, appuya Léopold, Ressers-nous une tournée tant que tu y es.

- Un whisky pour moi, réclama Rumple.

- Et si tu pouvais aussi aller mettre la bouteille et le dessert que j'ai amenés au frigo, ça serait super. », ajouta Zelena.

Nonchalamment, elle s'exécuta.

Regina connaissait bien sa mère, elle n'était pas au bout de ses peines, alors autant éviter de mettre le feu aux poudres à une heure si peu avancée du réveillon de Noël.

« Mais enfin assieds-toi, s'agaça la matriarche en s'adressant cette fois à son aînée, Pas besoin de se pavaner lorsque l'on porte une horreur pareille... Franchement ! Où as-tu encore chiné cette guenille, tu ressembles à une souillon.

Zelena s'assit sur le canapé, la tête baissée, soumise à sa mère, comme toujours.

- Vous disiez avoir envie de prendre des vacances ?, essaya d'apaiser Léopold.

- Oui, j'hésite encore entre Paris et les Maldives, confia Cora.

- Et pourquoi pas les deux, proposa le maire.

- Vous avez raison, je vais faire les deux, décida-t-elle, Ça fait une éternité que je n'ai pas pris de vacances, alors un petit mois à l'étranger ne sera pas de trop.

- Je croyais que vous détestiez Paris, ne put s'empêcher de rebondir Regina qui revenait dans le salon.

- J'adore Paris, rétorqua Cora, Ce sont les français que je n'aime pas.

- Et qu'est-ce que tu n'aimes pas chez les français ?, s'amusa Gold.

- Ils sont paresseux, mal-élevés, alcooliques, et en plus de ça leur hygiène est douteuse. Ce sont des sauvages, pesta-t-elle.

- Pourquoi aller en France alors ?, rigola Léopold.

- L'architecture est belle, la gastronomie est raffinée, et puis j'ai très envie de refaire ma garde-robe, expliqua-t-elle, Les français ont bien des défauts, mais je dois avouer qu'ils ont un certain sens du style... Contrairement à ces deux là, se plut-elle à rajouter en désignant ses filles d'un mouvement de tête.

- Quand vous aurez fini de nous critiquer à tort et à travers, peut-être pourrons-nous passer à table, glissa Regina en buvant une gorgée de rouge, n'essayant même plus de masquer son agacement croissant.

- Oh, ce que tu peux être susceptible, se moqua la matriarche.

- Ce que vous pouvez être désagréable, renvoya la plus jeune, Vous auriez mieux fait de partir en vacances pour Noël, votre absence aurait été plus appréciable.

- Il ne fallait pas m'inviter si tu me trouves tant désagréable, railla la sexagénaire.

- Mais je ne t'ai pas invité !, rétorqua Regina, hors d'elle, Jamais je n'aurais fait une chose pareille. C'est Léopold qui t'a invité. Et ne crois pas qu'il t'apprécie, il a fait ça dans le seul but de me faire chier, s'emballa-t-elle.

- Langage !, gronda Cora, Ça suffit maintenant. Cesse ton cinéma, tu n'es plus une enfant, déclara-t-elle de sa voix glaçante.

Regina soutint le regard meurtrier de sa mère mais n'ajouta rien, préférant à la place vider son verre d'un trait et se lever.

« Installez-vous à table, j'apporte les entrées, énonça-t-elle en quittant la pièce sans se retourner, Faisons ça vite, je ne la supporte déjà plus...»

Léopold ne savait plus où se mettre, Zelena redoutait déjà le retour de flamme de sa mère, Cora bouillonnait intérieurement, et Rumple, et bien il était fidèle à lui même...

« Apparemment, pas besoin d'être français pour être alcoolique et mal élevé. », trouva-t-il bon de taquiner.

Cora lui lança un regard des plus glacials et l'homme se tut alors. Lui aussi avait hâte que ce foutu repas prenne fin.

Des réveillons ratés, des Noël maussades, elle en avait connu un bon nombre.

À être ballotée de famille en famille, en passant par l'orphelinat, et tout cela jusqu'à finir à la rue, pour Emma Swan, les fêtes de fin d'année avaient rarement été synonymes de joie et d'amour. Elle ne pouvait même pas se souvenir d'un cadeau reçu au pied du sapin, ni même d'une comptine hivernale chantonnée au sein d'un foyer. Non, pour la blonde, les fêtes de fin d'année n'avaient jamais été attendues, et lorsqu'elles arrivaient tout de même, elle n'étaient jamais bien clémentes.

Cependant, tout cela avait changé lorsque, un peu plus de huit ans auparavant, le petit Henry avait vu le jour. Dès lors, la vie d'Emma était allée en s'arrangeant. Tout son univers, toute son existence s'étaient éclairés. Si bien que la blonde avait fini par attendre et apprécier ces satanées fêtes de fin d'année.

« Accélère Swan, la vaisselle ne va pas se faire toute seule ! »

Le doux et mélodieux cri du dragon résonnait dans tout le réfectoire.

Après avoir servi le dîner à l'entièreté de la prison, l'équipe des cuisines s'accordait un temps pour déguster à leur tour le repas du réveillon.

Seulement, à peine Emma avait-elle eu le temps de mordre dans sa cuisse de poulet que Belfrey venait déjà lui chercher des noises.

« Je n'ai pas fini, fit remarquer la blonde, La vaisselle peut bien attendre quelques minutes.

- Je ne me rappelle pas t'avoir laissé le choix. » ,rétorqua la gardienne.

Emma et Ruby se regardèrent et levèrent toutes deux les yeux au ciel.

Victoria, quant à elle, ne perdit pas une seconde pour se saisir de l'assiette de la blonde.

« Allez Swan, le repas est terminé, il est temps d'aller faire la plonge, nargua-t-elle en s'éloignant avec le plat à peine entamé de la détenue.

- Putain mais pour qui vous vous prenez ?!, s'emporta aussitôt la blonde en se levant pour rattraper la gardienne.

- Pour celle qui donne les ordres, répondit Belfrey en haussant négligemment les épaules.

- Écoutez, je sais bien que vous éprouvez un espèce de petit plaisir sadique à l'idée de me faire chier à la moindre, s'énerva la jeune femme, Mais ça n'est pas une raison pour me voler mon repas.

- C'est Noël Belfrey, renchérit Ruby, Le moment ou jamais de faire ressortir le peu d'humanité qui réside encore en vous. »

Plateau en main, la gardienne s'approcha du comptoir, et sous le regard médusé des détenues, elle vida l'entièreté de son contenu dans la poubelle.

« Grognasse !, ne put retenir Granny, On ne gaspille pas la nourriture, pas MA nourriture !

- Vous êtes vraiment tarée ma pauvre. », méprisa Emma en soutenant du regard les deux yeux bleus, froids, fous.

« Gardien Humbert, articula Belfrey dans son talkie-walkie, J'ai besoin de renfort dans le réfectoire, il va falloir conduire la détenue Swan en quartier d'isolement. »

Les fêtes de fin d'année n'avaient définitivement pas Emma à la bonne...

Étonnamment, du côté du manoir King, le repas s'était jusque-là plutôt bien déroulé. Pour le plus grand bonheur du reste des convives, la matriarche Mills se montrait plus cordiale et avenante que durant l'apéritif. Cela n'allait bien entendu pas durer longtemps...

« Tu as fait du chapon ?, soupira-t-elle en voyant sa fille apporter le plat principal, Je préfère la dinde.

- La dinde est plus sèche, argumenta la brune.

- Dis plutôt que tu ne sais pas la cuire correctement, railla Cora.

- Je vous sers, mère ?, ignora-t-elle.

- Non merci, ça ira, refusa l'avocate, Je me réserve pour le dessert.

- Pour celui de Zelena, grinça-t-elle des dents.

- Oh je t'en prie Regina, sermonna Cora, Ne fais pas ta jalouse, laisse ça à ta sœur. »

Les deux demi-sœurs échangèrent un regard irrité. Leur mère était maître dans l'art de les descendre plus bas que terre. Elle était tellement douée dans le domaine qu'elle ne manquait jamais ses cibles. Cora lançait sa pique, Regina et Zelena la recevait en pleine figure, à chaque fois.

« Ton chapon est très bon.», accorda la rousse.

La brune fut aussi surprise que reconnaissante. Ce compliment inopiné de la part de son aînée lui réchauffa étrangement le cœur. Mais avant qu'elle n'ait eu le temps de la remercier, Léopold décida de faire encore des siennes.

« Moi je suis d'accord avec vous Cora, intervint le bonhomme, La dinde est bien plus savoureuse. Elle ne l'avouera pas, mais Regina n'est simplement pas capable de la cuisiner correctement.

- Oh mais je t'en prie Léopold, ferme-la !, échappa-t-elle dans un cri presque strident, Personne, absolument personne n'a envie d'entendre l'avis d'un petit homme, bête comme ses pieds, vilain comme un pou, insignifiant et impuissant ! », s'emporta-t-elle, à bout de nerf.

Les deux se levèrent l'un face à l'autre pour se balancer des jets d'insultes plus ridicules les unes que les autres.

Zelena ne savait plus où se mettre, Rumple semblait plus blasé qu'autre chose, Cora, quant à elle, se délectait presque de ce triste spectacle.

Bien vite, les choses s'envenimèrent, elles s'envenimèrent tellement que Léopold en vint, une nouvelle fois, à lever la main sur Regina. Seulement, le directeur du pénitencier fut plus rapide et, d'un revers de canne, il rabaissa le bras levé et menaçant du maire.

« Si l'on pouvait se calmer et passer au dessert, demanda-t-il, Ce repas s'éternise déjà beaucoup trop à mon goût. »

Tous se rassirent et le dîner reprit dans un silence de mort. Zelena apporta sa bûche fraîchement achetée chez le pâtissier, et chacun la dégusta sans commentaire. La tension était telle, que la moindre remarque risquait de briser le fragile équilibre qui s'était installé.

« Je pense qu'il serait plus sage d'annuler pour demain midi, finit par intervenir Cora.

- Ah bon, pourquoi ?, s'empressa de se renseigner Léopold.

L'avocate s'esclaffa froidement.

- Quand je vois l'accueil que mes filles me réservent, j'en viens à douter de leur envie de me voir, ironisa-t-elle.

- Tu n'es vraiment pas croyable !, se scandalisa Regina.

- Regarde comme tu es hostile envers ta propre mère, attisa cette dernière.

- Tu as passé la soirée, toute la soirée à nous critiquer pour tout et pour rien, défendit la jeune brune en montant le ton, Alors ne viens pas me dire que c'est moi qui suis hostile.

Cora observa sa fille monter dans les tours sans faillir à conserver son calme glaçant.

- Tu n'avais même pas encore dit bonjour que je voyais déjà que tu n'avais pas envie de me voir, fit-elle remarquer.

- Et tu ne te demandes même pas pourquoi ?!, reprocha Regina, Tu ne te poses jamais la question ?

- Tu es tellement agressive que l'on pourrait croire que tu m'en veux, releva-t-elle, pleine de sarcasme.

Les yeux noirs de la plus jeune des Mills confrontaient douloureusement ceux de la plus âgée. Mais Regina fut incapable de soutenir le regard hermétique de sa mère bien longtemps, ce dernier lui faisait trop de mal, elle n'avait pas envie de lutter, pas ce soir, c'était Noël après tout.

- Vous avez raison, annulons pour demain, et annulons même pour les fois à venir, décréta-t-elle en se levant, Sur ce, bonne nuit et joyeux Noël, je vais me coucher ! »

Elle tourna les talons sans attendre son reste.

La maîtresse des lieux quittait la table, le réveillon trouvait enfin son terme.

« Quelle salope ! »

La jeune blonde tournait dans sa cellule comme un lion en cage. Elle vociférait des insultes à tout va, troublant ainsi le calme de la nuit qui n'existait pas vraiment en quartier d'isolement.

Son réveillon déjà pas bien glorieux, avait rapidement tourné au vinaigre, et elle en voulait à Belfrey pour cela. Emma se le promettait, elle rendrait la monnaie de sa pièce à la gardienne.

Là, seule et impuissante dans sa cellule froide et humide, la jeune femme s'affala sur le sol en béton. Tremblante de rage, de froid, secouée par l'injustice et les sanglots. Son apparence misérable en cet instant, ne faisait qu'illustrer l'état déplorable de son moral en berne.

Le soleil hivernal filtrait entre les mailles des rideaux. Quelques rayons froids s'engouffraient dans la chambre, chatouillant son joli minois encore endormi, éclairant le bout de son nez et titillant sa paupière à travers ses longs cils noirs. Elle ouvrit lentement et péniblement les yeux. Sa vision, floue et incertaine, menaçait de s'éteindre sous le poids du sommeil. Un bâillement lui fut arraché, elle prit alors connaissance du goût pâteux qui avait emprunt sa bouche. Elle n'avait visiblement pas lésiné sur la boisson. Les souvenirs de la veille lui revinrent alors en mémoire. Plus désagréables les uns que les autres, ils ne lui donnèrent pas envie de se lever. Au contraire, ils ne faisaient que fournir davantage d'aplomb à Morphée pour l'envelopper à nouveau dans une léthargie profonde.

Une sonnerie. La sonnerie de son téléphone portable.

À ce son, elle s'étira de tout son long. Réveillant un à un ses muscles engourdis, elle laissa échapper un nouveau bâillement. Véritable plainte qui soulignait sa détermination à se lever, mais aussi la difficulté qu'elle avait de le faire. Lorsqu'elle eut plus ou moins repris le contrôle de ses membres encore assoupis, elle tendit le bras jusqu'à sa table de chevet, et tâtonna du bout des doigts à la recherche de son portable.

« Allo ?, répondit-elle en portant directement l'écran jusqu'à son oreille.

- C'est pas trop tôt !, se plaignit une voix d'homme, plus impatiente que véritablement énervée, Ça fait deux heures que je vous appelle, Belfrey a fait des siennes, Emma a besoin de vous !

- August ?, devina-t-elle en se redressant, Qu'est-ce qu'il s'est passé ?, s'inquiéta-t-elle.

- Hier soir, Belfrey a envoyé Emma au trou sans raison, commença-t-il, Elle a débauché de sa garde ce matin et c'est moi qui prenais le relais. Alors j'ai demandé aux gardiens du quartier d'isolement de la faire sortir, mais ils ne veulent rien entendre. Ils veulent votre autorisation signée ou la présence de l'un des responsables. Mais j'ai essayé de contacter Glass, et il est injoignable.

- Vous m'avez fait peur, j'ai cru qu'il s'était passé quelque chose de grave, soupira-t-elle de soulagement.

August rigola dans le combiné du téléphone.

- Allez dire ça à Emma, répliqua-t-il, Elle est en train de péter un plomb dans sa cellule parce qu'elle a loupé la visite d'Henry.

Regina fronça les sourcils avant de reculer son écran dont la luminosité lui brûla les rétines.

- Mais il est déjà midi ?!, s'étonna-t-elle tout haut.

- Et oui !, se moqua le gardien, La Méchante Reine se la joue Belle au Bois Dormant !

- Assurez-vous que Henry ne parte pas, ignora-t-elle en sautant hors du lit, J'arrive au plus vite !»

Le dragon devait sérieusement surveiller ses arrières, Emma était prête à lui faire payer l'excès de zèle dont elle avait fait preuve. Si jusque-là, la jeune femme avait pris sur elle pour ne pas répondre aux petites attaques de la gardienne jalouse, maintenant qu'elle la privait de voir son fils le jour de Noël, il en était tout autre.

« Cette connasse va voir de quel bois je me chauffe. », se promit-elle en sautillant nerveusement sur place.

La blonde bouillonnait. Cela faisait des heures qu'elle avait envoyé August téléphoner à Regina. Et pourtant, toujours aucune nouvelle. C'était trop tard, les visites mises en place exceptionnellement dans le cadre de ce 25 décembre devaient déjà être terminées depuis longtemps. Henry était sans aucun doute rentré chez lui avec son père. Son petit garçon adoré devait lui en vouloir. Lui en voulait-il ? Il aurait raison de lui en vouloir. Quelle mère faisait-elle. Derrière les barreaux. Criminelle à deux balles et même pas foutue d'être là pour son fils le jour de Noël.

Désarmée, démunie, désespérée, elle se laissa glisser, s'allongeant sur le sol crasseux de sa maudite cellule, elle ferma les yeux.

Sur ses paupières closes, un film se joua.

Victoria Belfrey, vilaine bestiole à la peau écailleuse et crachant des flammes se trouvait sur son chemin. De l'autre côté du monstre, Henry l'attendait, ligoté à un coffre au trésor. August, chevalier aguerri à la braverie discutable, rebroussa chemin lorsque du feu commença à jaillir du gosier de la bête. Emma, pauvre petite paysanne, au courage certain mais à l'armure bien fine, faisait pâle allure face à l'obstacle qui se dressait sur son chemin. L'histoire était jouée d'avance, la blonde et son fils périraient dans les flammes, le monstre gagnerait sans effort. Seulement, un nouveau protagoniste fit son entrée, renversant complètement l'intrigue du conte. Belle et forte, Regina, la reine du royaume, entra en scène, perchée sur son fidèle destrier à la robe ébène. Sa magie puissante et remarquablement maniée n'eut aucun mal à vaincre le dragon, qui repartir se cacher dans sa grotte. La paysanne et son fils furent non-seulement sauvés, mais aussi recueillis par cette reine aux mains de fée et au charme ensorcelant.

Emma rouvrit les yeux, un petit sourire au coin des lèvres. Cette histoire lui plaisait bien.

« Blondie, tu sors du trou !, l'interpella Jones en déverrouilla la porte de sa cellule.

Elle se leva d'un bond et suivit le gardien qui semblait contrarié de travailler aujourd'hui.

- Mon fils est encore là ?!, interrogea-t-elle avec hâte, Je vais pouvoir le voir ?

- Aucune idée Swan, répondit-il, Je viens d'embaucher et j'ai pour consigne de t'amener jusqu'au bureau de la directrice.

- R–...Madame Mills est là ?, s'étonna-t-elle en trébuchant sur ses mots.

- Apparemment oui. », confirma-t-il en ravalant un haut-le-cœur. Il avait visiblement un peu trop forcé sur le rhum la veille...

Le gardien et la détenue traversèrent la prison au pas de course. La jeune femme était pressée de retrouver sa brune, le jeune homme de rejoindre les cabinets.

« Bon je pense que je peux te laisser ici, tu connais le chemin. », dit-il à demi-mots en déverrouillant la porte vitrée.

Il n'attendit pas de réponse et se pressa de prendre la fuite, redoutant de dégobiller au beau milieu du couloir.

Emma traversa donc les quelques mètres qui la séparaient de la porte vernie de noire qu'elle ouvrit à la volée.

En entrant dans le bureau, elle fut tellement soulagée de trouver Regina debout devant le sofa qu'elle ne remarqua pas l'apparence légèrement débraillée de cette dernière.

Elle lui tomba dans les bras, littéralement.

Elle agrippa sa nuque, cacha son visage dans ses cheveux, et l'emporta en arrière de tout son poids.

« Et bien, j'en connais une qui a mal vécu son premier réveillon passé à l'isolement, s'esclaffa la brune après être tombée à la renverse sur le canapé.

- Tu n'as pas idée, renifla Emma dans son cou.

- Ça va ?, s'inquiéta soudain Regina en sentant la blonde se mettre à pleurer tout contre elle.

- Non. Non, ça ne va pas, déclara la jeune femme d'un ton dramatique, Je suis la pire mère du monde, Henry va me détester, je ne suis qu'une idiote, même pas foutue de la fermer quand il faut, je suis conne, mais conne, et Belfrey, je vais lui faire payer à celle là, elle ne paie rien pour attendre, même pour Noël elle trouve le moyen de me faire chier, raconta-t-elle presque compulsivement.

- Eh... Arrête de dire n'importe quoi et calme-toi, demanda la brune en étreignant la blonde, Tu n'es pas une mauvaise mère et Henry ne te déteste pas, bien au contraire. Et puis tu es loin d'être une idiote... Enfin, ce point reste encore à débattre, se rétracta-t-elle, arrachant ainsi un petit rire reniflant à la blonde encore nichée dans son cou, Par contre, je préfère te prévenir, tu n'as pas intérêt à toucher à Belfrey, menaça-t-elle, C'est moi qui vais me charger de cette garce...»

En signe de gratitude, ou peut-être simplement parce qu'elle était heureuse d'être dans ses bras après la nuit catastrophique qu'elle venait de passer, Emma l'embrassa avec tendresse et besoin. La blonde recula ensuite son visage pour venir le poster juste en face de celui de Regina. Elle remarqua alors que la femme ne s'était pas maquillée, ni coiffée. C'était tout juste si elle s'était habillée convenablement.

Elle ne l'avait jamais vu aussi peu apprêtée, et sa beauté pure et brute n'eut pour effet que de la charmer davantage.

« Fais la payer de m'avoir privé de mon fils le jour de Noël, rebondit-elle aux propos précédents.

- Mais qui te dit que tu ne vas pas le voir d'ici quelques minutes ? », s'amusa la brune en déposant un baiser sur sa joue.

Et comme ça, comme par magie, on toqua à la porte.

« Entrez. », autorisa la directrice en se levant, sachant pertinemment qu'August et Henry attendaient derrière le vernis noir.

Emma eut du mal à y croire. Pourtant c'était bien son fils qu'elle voyait débouler à mille à l'heure dans le bureau de son amante.

« Maman !, s'écria le petit Henry en se jetant sur elle.

- Joyeux Noël mon chéri ! », s'enquit-elle de le prendre dans ses bras.

Les yeux verts se relevèrent pour trouver les bruns. Et lorsqu'Emma tomba sur les prunelles chocolat qui les regardaient, elle et son fils, avec tant d'affection, elle eut l'intime et inexplicable conviction qu'elle avait trouvé la bonne.

Son esprit, sa raison, pouvaient bien lutter autant qu'ils le voulaient.

Son cœur, lui, savait.

C'était Regina. Regina et personne d'autre.