« N'y va pas et reste avec moi.
Elle essaya de la retenir, attrapa sa main, la laissa s'échapper.
- J'aimerais bien, crois-moi..., soupira-t-elle d'un ton las en remettant sa robe.
- Mais ?, devina la blonde en se levant à son tour.
- Mais je dois y aller, compléta la brune, J'ai déjà accepté l'invitation, ajouta-t-elle en enfila ses escarpins.
- Annule, demanda la jeune femme.
- Ça serait impoli, refusa Regina.
- Et alors ?, haussa-t-elle les épaules, Depuis quand madame Mills est-elle connue pour sa politesse ?, taquina Emma.
- Mais dites-moi, mademoiselle Swan, vous avez mangé un clown ?
- Non, pas un clown, répliqua la blonde en s'approchant de la brune qui lui tournait le dos, C'est une reine que je viens de manger, lui souffla-t-elle au creux de l'oreille en étreignant sa taille.
- Ce que tu peux être dégoutante, pouffa la directrice en se retournant dans les bras de la détenue.
- Mais tu aimes bien ça, non ?, mendia-t-elle avec sa tête de chien battu.
Regina l'étudia du regard. Cette blonde aux grands yeux vert d'eau, agaçante, mais à la bouille attendrissante.
- Je n'aime pas ça, nia-t-elle en prenant le visage d'Emma en coupe, J'adore ça ! »
Le sourire qu'elles affichaient disparut bientôt pour laisser place à un baiser ardent.
Baiser durant lequel Emma prit les devants, baiser au cours duquel Regina perdit sa robe fraîchement renfilée.
« Allez arrête, je dois y aller..., tenta-t-elle de résister aux caresses lascives de son amante.
- Reste encore un peu..., quémanda la blonde, S'il te plaît, ajouta-t-elle en empoignant ses hanches pour la ramener au plus près d'elle, Ne me laisse pas, renchérit-elle avant de l'embrasser, Passe le nouvel an avec moi.
Regina se recula avec difficulté.
Rester avec Emma, collée à elle, mêlée à elle, liée à elle, pour fêter la nouvelle année.
Cette envie la terrassait.
- Ne rends pas les choses plus difficiles qu'elles ne le sont déjà, demanda la brune en se levant, Tu sais bien que je n'ai pas envie d'y aller et que je préférerais mille fois rester ici avec toi.
La blonde l'observa réajuster sa robe une nouvelle fois.
- Comment tu vas t'habiller ce soir ?, demanda-t-elle, respectant la demande de la femme.
- Je vais sûrement mettre une robe couleur crème brodée de sequins, répondit la directrice en se recoiffant en vitesse, Ça fait une éternité qu'elle traîne dans mon placard et je ne l'ai encore jamais portée.
- J'aimerais tellement te voir dedans, soupira Emma en laissant aller son imagination.
Regina s'approcha de la blonde et déposa un baiser sur ses lèvres.
- Si tu es sage, tu auras peut-être droit à des photos...
- Je vais me tenir à carreau alors !, déclara-t-elle.
- C'est ça, s'amusa la directrice, File maintenant, il faut que j'y aille. »
Emma s'approcha pour lui voler un dernier baiser, puis s'en alla, à regret, mais avec la hâte de retrouver sa brune le surlendemain.
D'ici là, elle se consolait en se disant qu'elle passerait son nouvel an en compagnie d'August. Le jeune homme avait le malheur d'être de garde en ce soir de fête, et la blonde comptait bien passer sa nuit à le lui rappeler.
--
« Quand je pense que Nolan m'avait fait inviter à une super soirée, se plaignit le gardien alors qu'il surveillait le réfectoire à l'heure du dîner.
- Je ne savais même pas que tu lui parlais encore, s'étonna Emma en fronçant les sourcils.
- Mary-Margaret ne t'a pas parlé de notre soirée casino ?
- Tu vas jouer au casino avec David Nolan ?, pouffa-t-elle, trouvant cela complètement absurde.
- Avant je n'y allais qu'avec Jones, expliqua August, Mais j'ai invité Nolan à notre dernière soirée et je compte bien réitérer l'invitation pour la prochaine.
- Je croyais qu'ils ne s'entendaient pas vraiment, releva-t-elle.
- C'est ça qui est drôle justement, appuya August, Je me fends la gueule avec ces deux-là, ils passent leur temps à se chamailler comme deux gamins, c'est assez drôle à voir.
- T'es vraiment un pote en carton, fit-elle remarquer.
- Peut-être... Mais je suis un ami en or ! », défendit-il, son index levé pour souligner ses dires.
Elle lui rendit une moue pas trop convaincue.
Il allait répliquer mais fut freiné par l'agitation soudainement installée dans le réfectoire.
« Baston ! Baston ! », chantait la foule en délire.
Ruby, d'une poigne d'acier, tenait fermement sa rivale par le col, lui crachant quelques injures incompréhensibles en pleine figure.
De Vil, impuissante malgré son mètre quatre-vingts, paraissait bien frêle face à sa concurrente jeune et athlétique.
« Avoue !, lui vociférait cette dernière, Je sais que c'est toi, espèce de vipère ! »
Le gardien Jones se tenait au milieu de cette pagaille, l'air aussi ennuyé qu'embarrassé.
Granny était sortie des cuisines, plus affligée que surprise par l'altercation.
Face à cette vision, Emma comprit immédiatement de quoi il était question.
« Crois-moi, on n'en a pas encore fini...», lança-t-elle à August.
--
« Tu n'as pas bientôt fini ? », lui siffla-t-il droit dans le tympan, vraisemblablement irrité.
Elle leva les yeux au ciel sans daigner lui répondre et reprit sa discussion comme si de rien n'était, ne se souciant pas une seconde du bonhomme qui bouillonnait à ses côtés. Ils étaient arrivés depuis un quart d'heure à peine, un quart d'heure durant lequel Regina avait reçu toute l'attention des convives. Quinze petites minutes à être relégué au second plan, quinze minutes de trop pour Léopold.
Le maire de StoryBrooke avait l'habitude de voir tous les regards se poser sur sa femme. Il savait remarquer la convoitise qui brûlait dans les yeux des hommes qui la regardaient. Et il aimait ça, sentir les regards envieux s'attacher à la silhouette de sa femme, scruter celle qui lui appartenait. Cela le faisait se sentir plus désirable, plus puissant.
Seulement, s'il aimait attiser la jalousie, il appréciait beaucoup moins voir son trophée lui être dérobé. Le bonhomme devenait fort contrarié dès que sa moitié avait le malheur de rendre l'attention aux garçons qui la courtisaient. Il avait l'impression de passer pour un idiot et il ne pouvait le concevoir. Voir sa femme rire et discuter juste sous son nez, avec une flopée d'inconnus qui ne lui accordait pas la moindre attention, ça lui était insupportable. De quoi avait-il l'air ? Qu'est-ce que les gens allaient penser ? Ces hommes avaient beau faire partie des anciens camarades de classe de la brune, peu lui importait, Léopold King était fier comme un coq.
« Regina Mills !, s'exclama une blonde, tout sourire, en s'avançant en direction du petit groupe, Tu n'as pas changé, toujours la plus belle de la soirée... Après moi !, rit-elle à gorge déployée.
- Kathryn, rendit la brune dans son plus beau sourire forcé, Toi non plus tu n'as pas changé, tes blagues sont toujours aussi mauvaises ! »
Elles se firent chaleureusement la bise, chacune faisant mine d'apprécier l'autre plus que ce n'était réellement le cas.
Regina et Kathryn s'étaient rencontrées à leur entrée au collège et s'étaient rapidement liées d'amitié. Les deux jeunes adolescentes, un peu peste sur les bords, avaient régné sur la cour de récré d'année en année. Enviées par les filles, appréciées par les professeurs et adulées par les garçons, elles avaient joui d'une popularité sans faille jusqu'à leur entrée au lycée. À partir de là, tout avait changé, les esprits avaient mûri, les gens changé, et ladite popularité avait perdu tout son sens. Et si ce changement n'avait fait ni chaud ni froid à Regina, Kathryn en était sortie complètement déstabilisée. Les deux jeunes femmes s'étaient alors doucement éloignées, la blonde jalousant la brune, la brune prenant ses distances avec la blonde, jusqu'à ce qu'elles ne perdent complètement contact au moment du départ à la fac.
Mais alors pourquoi, après des années sans donner de nouvelles, Regina se retrouvait-elle invitée au prétentieux réveillon organisé par Kathryn ?
Et bien, la brune avait déjà sa petite idée sur les raisons qui avaient poussé la blonde à l'inviter. Officiellement, Kathryn donnait cette réception pour fêter la nouvelle année. Officieusement, elle profitait surtout de ce prétexte pour faire de la publicité au nouveau cabinet de notaire qu'elle venait d'inaugurer. Elle avait travaillé dans l'ombre de son père Midas pendant bien des années avant de finalement se lancer en solo. Et quoi de mieux pour cela que d'inviter le maire de la ville, quelques dizaines de riches propriétaires et potentiels futurs clients, ainsi que quelques-uns de ses anciens camarades à impressionner.
« Monsieur le Maire, s'enthousiasma-t-elle en snobant bien vite Regina et les autres, C'est un honneur pour moi de vous recevoir ici. »
Regina observa son ancienne amie et son mari s'éloigner, visiblement plongés dans la conversation qu'ils entretenaient. Une expression maline et satisfaite se glissa sur son visage, elle avait eu raison d'accepter cette invitation, les choses se déroulaient exactement comme elle l'avait espéré.
Elle connaissait suffisamment Kathryn pour deviner que cette dernière, aussi arrogante qu'intéressée, passerait la soirée à se battre pour la compagnie du maire de la ville. Alors, dès qu'elle avait reçu le faire-part de la blonde, la brune s'était empressée de rendre une réponse positive, déclinant par la même occasion toutes les autres invitations à des galas guindés à souhait qu'avait reçu Léopold.
La brune se plaisait à profiter du bol d'air frais que lui offrait la douce et légère compagnie de ses anciens copains de lycée.
Une coupe de champagne à la main, elle survola du regard les tables à la recherche d'un petit four qui lui ferait de l'œil.
« Nolan ? », s'étonna-t-elle tout haut alors qu'un jeune homme blond aux yeux bleus venait obstruer son champ de vision.
Il avait l'air tout aussi surpris qu'elle, si ce n'est plus.
« James Nolan, se présenta-t-il en lui tendant la main, Vous êtes ? »
Elle lui rendit sa poignée de main, incapable de le lâcher des yeux ou d'aligner deux mots.
« Madame Mills ? »
Elle se retourna.
Voyait-elle double ou perdait-elle complètement la tête ?
--
« Ruby, calme toi ! », implora Dorothy.
La jeune chef de gang, la rage au ventre, venait de plaquer sans ménagement sa victime au mur.
« Ouais, arrête tes conneries ou je vais être obligé de te coffrer, ajouta Jones.
- Oh toi ferme-la !, grogna la grande brune, Tu n'existes plus pour moi, déclara-t-elle en le meurtrissant de ses yeux bleus aux vaisseaux sanguins dilatés.
- Je déconne pas Ruby, insista le gardien, Lâche la ou tu passeras ta nuit au trou. »
Emma, toujours assise à sa table, observait la scène de loin, s'abstenant de suivre les nombreuses détenues qui s'approchaient pour soutenir l'une ou l'autre des deux chefs de gang.
« Allez !, continuait à aboyer la brune, Crache le morceau ! »
Sa main agrippée à la tignasse noire méchée de blanc, Ruby ponctuait chacune de ses interventions par un violent mouvement de bras, fracassant ainsi le crâne de De Vil contre le mur en béton.
Dans un accord commun, Killian et August se jetèrent sur la détenue en furie.
Une giclée de sang venait de tâcher la peinture grise, De Vil se laissa mollement glisser contre le mur avant de s'échouer au sol.
« Arrête-toi maintenant ! », gronda August alors que la jeune femme continuait de gesticuler et d'hurler comme si elle était possédée.
Emma était choquée par la violence de la scène. Elle savait que Ruby n'était pas du genre à garder un calme olympien en toute situation, néanmoins, elle ne l'avait jamais vu aussi déchaînée.
« Si vous voulez mon avis, glissa Mary Darling à l'adresse des autres filles de la table, Elle a replongé...»
Il ne fallut pas longtemps à Emma pour comprendre qu'elle faisait allusion à la drogue. Cela illustrait parfaitement l'état dans lequel se trouvait Ruby. Ces mouvements et cris frénétiques, ils ne lui appartenaient pas.
« C'est moi, Ruby !, avoua Granny en montant le ton de sorte à se faire entendre malgré la cohue générale, C'est moi... », ajouta-t-elle un plus bas alors qu'elle avait l'attention de sa petite fille.
Le vacarme se tut, l'agitation prit fin, la détenue incontrôlable se rendit aux gardiens. Le regard hagard, Ruby dévisagea sa grand-mère avec insistance, colère, désarroi et déception. Dans les yeux inquiets et désolés de la vieille russe, une certaine forme de culpabilité pouvait se lire.
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Si on lui avait dit, qu'elle se retrouverait un jour à partager un verre en compagnie d'une ex détenue, d'un ancien collègue, et du frère jumeau de ce dernier, frère jumeau qui se trouvait en plus être le mari de l'hôte de la soirée, Regina ne l'aurait pas cru une seconde.
« Alors, comment les choses se passent à la prison ?, demanda David après que son frère les ait abandonné au bout de quelques banalités échangées.
- Plutôt bien, répondit la brune, Gold a déjà engagé votre remplaçante, elle devrait commencer la semaine prochaine.
- Et pour Belfrey ?, rebondit le jeune homme, Vous avez trouvé une solution ?
- Je ne t'ai pas dit ?, s'étonna Mary-Margaret, Ils l'ont envoyée dans le quartier pour hommes !
- Je vois que vous êtes bien renseignée, ironisa Regina, sachant pertinemment que la petite brune tenait ces informations d'une certaine blonde aux yeux vert d'eau.
- Et Gold a accepté d'embaucher un nouveau gardien pour la remplacer ?, s'étonna David.
- Non, bien sûr que non, s'esclaffa la directrice, trouvant cette hypothèse grotesque, Mais j'ai tellement insisté pour changer Belfrey de service qu'il a accepté d'intervertir son poste avec celui de l'une des gardiennes de l'unité des hommes, expliqua-t-elle, Une certaine Marianne Hood, si je me souviens bien.
- De quoi a-t-elle l'air ?, s'intéressa Mary-Margaret, avide d'être tenue au courant des derniers potins qui régissaient la prison.
- Aucune idée, je ne l'ai encore jamais rencontrée, elle ne commence que lundi, répondit la brune, Mais honnêtement, je me fiche bien de l'air qu'elle a, cela m'étonnerait fortement qu'elle soit pire que Belfrey.
- C'est sûr que dans le genre folle détraquée, c'est dur de faire mieux, souligna Nolan en se saisissant d'une bouteille de champagne, Je vous ressers ?, proposa-t-il en regardant son ancienne supérieure.
- Oui, je veux bien merci, accepta volontiers cette dernière.
- J'aimerais bien voir la tête d'Emma si elle nous voyait tous les trois trinquer à la nouvelle année, ne put s'empêcher de commenter Mary-Margaret.
- Vous n'avez qu'à l'appeler pour lui dire, suggéra la brune, pleine de sarcasme.
- Oh, mais oui ! Excellente idée !, s'exclama la future maman, David passe-moi ton portable, August est sans doute avec elle !
Regina manqua de s'étouffer avec son champagne.
- Dites-moi que vous n'êtes pas sérieuse ?!, s'étrangla-t-elle, Vous n'allez quand même pas l'appeler maintenant pour lui dire ça ?, questionna-t-elle alors que la jeune femme prenait déjà d'assaut le téléphone de son compagnon.
- Pas l'appeler, non. Je ne suis pas folle, s'amusa la jeune femme, Je vais juste lui envoyer un message pour tout lui raconter, s'enthousiasma-t-elle.
- Je crois que je vais vous laisser. », annonça Regina en prenant ses jambes à son cou, craignant que les deux tourtereaux ne lui demandent bientôt de prendre la pose pour envoyer une photo à Emma.
--
Ruby était enfermée au quartier d'isolement, De Vil pris en charge à l'infirmerie, et le reste des détenues regroupé dans la salle télévision où la fête battait son plein.
« Un peu de champagne, Swan ?, proposa Wayne, une bouteille de Champomy à la main.
- Alors Mary-Margaret n'avait pas menti, rit-elle en tendant son gobelet en plastique au gardien.
- Goûte, la pressa August.
Elle n'eut nul besoin d'y goûter, l'odeur d'alcool que dégageait son verre était plus qu'évidente.
- C'est l'œuvre de Boyde ?, interrogea la jeune femme avant de tremper ses lèvres dans le liquide pétillant.
- Ne compare pas le tord-boyaux dégueulasse de Boyde à mon cocktail spécial fête s'il te plaît, se vexa-t-il.
- C'est vrai qu'il est pas mal, admit Emma, Pas mal du tout, ajouta-t-elle après en avoir repris une gorgée, Vodka ?
- Vodka, confirma-t-il avant de s'en servir un verre, J'en ai fait douze litres, se vanta-t-il en pointant du doigt la douzaine de bouteilles posée sur la table.
- J'en connais un qui ne va pas garder son job longtemps, commenta la blonde.
- J'en connais une qui est bien contente que je sois là pour égayer son nouvel an, répliqua-t-il en sortant son téléphone qu'il avait senti vibrer dans sa poche.
- Un de tes plans cul t'incruste à une soirée ? », s'intéressa Emma.
L'air déçu que ça ne soit pas le cas, il fit un non de la tête, puis lui tendit son portable.
"De David:
Coucou August, c'est Mary-Margaret.
Si tu es avec Emma, prête lui ton téléphone deux secondes s'il te plaît.
J'ai un truc urgent à lui raconter!!"
"De August:
M.M? Qu'est-ce qui se passe ?"
"De David:
Tu ne devineras jamais qui je viens de croiser..."
La blonde commençait à s'impatienter.
"De August:
Balance!!"
La réponse ne se fit pas attendre bien longtemps. C'était une photo. En la voyant, Emma pensa que cette robe couleur crème brodée de sequins lui allait vraiment à merveille.
« T'as vraiment touché le jackpot, Swan, commenta August, un brin envieux.
- Ça tu l'as dit...», confirma-t-elle dans un soupir, complètement sous le charme de ce cliché qu'elle peinait à quitter des yeux.
La salle de réception était somptueuse, décorée avec goût et moyens. Les convives étaient nombreux, tous plus chics les uns que les autres. Seulement, parmi cette mise en scène qui vendait du rêve, une unique silhouette se détachait du reste de la toile. Elle ressortait de l'image comme si tout le reste n'était que décor créé pour la mettre en valeur. Comme si l'on avait peint tout une ambiance, tout un cadre, dans le simple but de la sublimer, elle.
Prise sur le vif, elle était somptueuse avec ses boucles brunes qui volaient derrière elle, ses lèvres rouge sang restées légèrement entrouvertes et ses yeux ténébreux qui se perdaient dans la foule.
Cette femme lui faisait perdre la tête alors même qu'elle ne regardait pas l'objectif, visiblement trop occupée à fuir la photographe.
"De David:
Je crois qu'elle est en train de se prendre la tête avec son mari..."
Ce nouveau message fit sortir Emma de son interminable contemplation.
"De David:
Je ne sais pas ce qu'il se passe, mais il n'a pas l'air content!"
August piqua le portable des mains d'Emma, trop impatient d'en apprendre davantage.
"De August:
Approche toi pour en savoir plus!!"
"De David:
Ils se hurlent dessus et tout le monde les regarde...
Elle l'insulte de tous les noms :o"
La blonde lut ce message par dessus l'épaule de son ami.
"De August:
Mais tu sais pourquoi ils s'engueulent ?!"
"De David:
Si j'ai bien compris, il pique une crise parce qu'elle dansait avec un autre...
Quel con!"
Le regard qu'échangèrent Emma et August ne faisait qu'appuyer l'insulte proférée par Mary-Margaret.
"De David:
Il lui a balancé son verre au visage!!"
Les deux compères écarquillèrent les yeux, la bouche en O.
"De David:
Elle vient de lui en coller une :oooooo"
August éclata de rire, Emma en profita pour récupérer le téléphone.
"De August:
Mais personne ne les sépare ?!"
La blonde commençait à doucement se tendre. Si la gifle de Regina l'amusait, elle avait peur que son mari n'ait aucun scrupule à se rendre.
"De David:
Si, David et son frère viennent d'intervenir."
Emma souffla. Elle était soulagée, mais pas complètement, le mal était peut-être déjà fait.
"De August:
Regina va bien ??"
Il lui sembla attendre une éternité avant de recevoir la réponse de Mary-Margaret. Réponse qui ne prit en réalité qu'une poignée de seconde à arriver.
"De David:
Elle part en direction des toilettes, elle a l'air sur les nerfs...
Tu veux que j'aille vérifier qu'elle va bien ?"
La jeune femme hésita un instant avant de conclure que ce n'était pas la meilleure idée du monde.
"De August:
Non, n'y va pas."
Emma ne se targuerait pas de connaître Regina sur le bout des doigts, mais elle en savait suffisamment pour affirmer qu'envoyer Mary-Margaret dans ces toilettes n'amènerait rien de bon.
"De David:
Tu es sûre? Personne n'ose y aller, elle me fait de la peine la pauvre."
La blonde ne s'inquiéta guère. Elle savait déjà ce qu'elle allait faire.
"De August:
Oui, ne t'inquiète pas, je m'en occupe."
August la regarda du coin de l'œil, se demandant ce qu'elle pouvait bien mijoter.
"De David:
Si tu t'en occupes alors... ;)"
Emma sourit face au message de Mary-Margaret. Elle regarda ensuite l'heure qu'affichait le téléphone et se mit à sourire d'autant plus.
Minuit approchait à grands pas.
--
On pouvait voir la veine pulser sur son front.
Les yeux fixés dans le reflet du miroir, les mains agrippées au rebord du lavabo, et les lèvres rageusement pincées. Elle était en colère.
Gare à quiconque s'approchait, la Méchante Reine était d'une humeur massacrante.
Une fois n'est pas coutume, il avait eu besoin de tout gâcher. Elle pensait pourtant que cette fois-ci, il lui ficherait la paix. Elle avait eu tort.
Un de ses anciens camarades du lycée, bel homme, l'avait invité à danser. Elle avait accepté sans même réfléchir, se laissant porter par cette charmante ambiance de début de soirée. La musique n'avait rien de sensuelle ou de romantique, la danse encore moins. Il faut dire que cette dernière n'avait pas duré bien longtemps. À peine avaient-ils eu le temps de faire quelques pas que Léopold avait débarqué, alarmé pas les quelques sifflements qui les encourageaient. Aussi bête qu'il était fier, le maire de StoryBrooke avait vu en cela une attaque personnelle dont il était la victime. Une attaque qu'il ne comptait pas laisser impunie. Indigné et vexé, il s'était interposé entre les deux danseurs, lançant une insulte au visage du jeune homme, et attrapant violemment le poignet de sa femme.
Une virulente dispute s'en était suivie. Quelques injures et noms d'animaux avaient fusé, quelques menaces avaient été répétées, et quelques vérités s'étaient vu exposées aux yeux de tous.
Puis enfin, une coupe de champagne jetée dans une figure, une main claquant une joue, et tout s'était arrêté.
Tout était fini, pour elle. Concernant les autres, la fête ne faisait que commencer.
Le décompte de minuit que tous chantonnaient en cœur pouvait en témoigner.
Elle hésita à y retourner, puis se rétracta.
Elle n'avait pas envie d'y retourner.
Seule, dans les toilettes du nouveau cabinet de notaire de son ancienne amie, Regina entendit les euphoriques « Bonne année » retentir de l'autre côté de la porte.
Elle se dévisagea, la larme à l'œil.
Elle se trouvait pitoyable d'avoir construit une vie aussi misérable.
« Regarde-toi, comme tu es pathétique ma pauvre. », articula-t-elle tout haut en méprisant du regard son propre reflet.
D'un revers de main, elle essuya la larme qui s'écoulait le long de sa joue.
Pathétique, en cet instant, elle l'était peut-être.
Mais seule, elle ne l'était pas vraiment.
"De Gardien Wayne:
Bonne année 3"
L'écran de son téléphone s'était éclairé, elle avait jeté un coup d'œil par simple curiosité. Seulement, il lui était à présent impossible de décrocher le regard de ce message.
Message inattendu qui fut rapidement suivi par un second.
"De Gardien Wayne:
Ne laisse pas cet abruti gâcher ta soirée.
Amuse-toi et emmerde le.
PS: tu es magnifique dans ta petite robe crème ;)
(ne tue pas M.M pour la photo stp, c'est moi qui l'air suppliée)"
Les yeux las reprirent de l'éclat, la mine pincée se détendit pour révéler un joli sourire.
"De Gardien Wayne:
J'ai déjà hâte d'être à samedi pour que l'on fête cela comme il se doit...
Et d'ici là, je vous souhaite de passer la meilleure année qui soit, votre Majesté.
Je suis sûre que ces douze prochains mois ne vous apporteront que du bonheur, et j'espère que j'aurai le privilège de les passer à vos côtés..."
Son cœur s'accéléra à la lecture des messages d'Emma. Des papillons vinrent se glisser au creux de son ventre. Un élan d'excitation s'insinua dans tout son corps.
Seule, elle n'allait plus le rester longtemps.
"De La Méchante Reine:
Mon bureau. Dans un quart d'heure."
--
Les pneus de sa berline crissèrent alors qu'elle freinait abruptement pour se garer en plein milieu du parking désert.
Regina avait quitté la réception sans rien dire à personne. Elle entendait déjà Kathryn se plaindre de son impolitesse et Léopold râler d'être contraint de prendre le taxi pour rentrer.
Mais elle s'en fichait pas mal. Tout ce qui comptait à présent, c'était de la retrouver, elle. Son petit ange blond, la seule personne avec qui elle avait envie de passer la nuit, la seule capable d'apaiser ses maux, la seule qui la ferait se sentir aimée, au moins le temps d'une soirée.
Elle pressa le pas, traversa toutes les barrières de sécurité, remonta chaque couloir jusqu'à arriver dans l'aile administrative. Là où une blonde l'attendait, adossée à la porte de son bureau, une bouteille dans une main, un petit poste radio dans l'autre.
« Déjà sublime sur la photo, et pourtant tellement plus belle en vrai... »
Regina s'approcha, lentement, jusqu'à faire face à la jeune femme.
Elles se regardèrent, silencieuses un moment.
Profitant de la beauté de l'autre, de sa présence, de son aura, de ce sentiment de ne jamais s'être senti aussi proche de quelqu'un.
« Bonne année Mademoiselle Swan. », chuchota-t-elle alors que leurs nez s'effleuraient avec tendresse.
Emma sourit tout contre les lèvres de la brune, Regina ne put résister à l'envie d'embrasser la blonde.
L'échange, à la fois chaste et bouillant, les amena à entrer à l'intérieur du bureau.
Une fois plongées dans la pénombre de cette décoration tout en noir et blanc, les deux femmes se séparèrent. La brune verrouilla la porte, la blonde déposa la radio sur le bureau.
« Un verre ?, proposa Emma, Ou plutôt une gorgée ?, grimaça-t-elle en remarquant qu'elle avait oublié de prendre les gobelets.
- De Champomy ?, railla Regina, Non merci, ça ira.
- Goûte.
- Si c'est un alcool infect fabriqué par les détenues, ne compte pas sur moi, refusa-t-elle dans une mine écœurée.
- Goûte, insista-t-elle.
- Non merci.
- D'accord, tant pis pour toi, accepta la blonde en portant le goulot jusqu'à sa bouche, Tu rates quelque chose, les cocktails d'August sont les meilleurs...
- Laisse-moi goûter, réclama la directrice.
- Je croyais que tu n'en voulais pas, fit remarquer Emma.
- Ça ne t'a pas empoisonné, se justifia-t-elle, Alors je veux bien goûter maintenant... Tu me la passes ?, demanda-t-elle en essayant de prendre la bouteille.
- Non, refusa la blonde en cachant le Champomy derrière son dos.
- Comment ça non ?, s'offusqua Regina.
- Il fallait te décider avant, répondit-t-elle en haussant les épaules.
- Mais laisse-moi goûter, se plaignit la brune, J'ai soif ...
- Trop tard. », déclara Emma.
La mine boudeuse, Regina se recula pour s'asseoir sur le sofa en velours noir.
De ses yeux sombres et tristes, elle ne cessa de scruter la blonde.
« Si tu crois que tu vas réussir à m'attendrir, sache que tu te mets le doigt dans l'œil. »
La brune intensifia son expression de chien battu. Sa moue était à présent irrésistible.
« C'est bon, tu as gagné..., céda Emma en lui apportant la bouteille.
- Je gagne toujours, déclara-t-elle de son air malin.
- Parce que je te laisse toujours gagner, rétorqua la blonde, Alors, tu aimes ?, enchaîna-t-elle.
- Quand il se fera virer, August devrait penser à se reconvertir en barman, conseilla Regina.
- Je lui dirai, pouffa Emma, Donc tu ne mentais pas quand tu disais avoir soif, rigola-t-elle davantage en voyant la brune enchaîner les gorgées.
- Crois-moi, pour oublier ce début de soirée catastrophique, il va me falloir plus d'une bouteille, articula-t-elle entre deux lampées de vodka.
Emma grimaça.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé exactement ?, voulut-elle se renseigner.
- Je n'ai pas envie d'en parler, abrégea Regina, Il a déjà gâché ma soirée, je ne vais pas en plus le laisser ruiner ma nuit.
- Tu as raison !», encouragea la blonde en se levant pour allumer le poste.
Au premier accord de guitare, Emma reconnut la chanson, un grand sourire se dessina alors sur ses lèvres.
Léopold avait empêché sa belle de danser,
elle était bien décidée à lui rendre justice.
« M'accorderiez-vous cette danse, Majesté ?, fit-elle la révérence.
- Ai-je vraiment le choix ? », répondit la brune, nonchalante, en délaissant la bouteille pour saisir la main de sa partenaire.
"Dream, dream, dream, dream
Dream, dream, dream, dream
When I want you in my arms
When I want you and all your charms
Whenever I want you, all I have to do is
Dream, dream, dream, dream"
Elles se laissèrent porter par les notes de ce premier couplet.
Se rapprochèrent au fil des paroles chantées.
Elles fermèrent les yeux et commencèrent à rêver.
"When I feel blue in the night
And I need you to hold me tight
Whenever I want you, all I have to do is
Dream"
Emma serra Regina de toutes ses forces, voulant la sentir au plus proche d'elle.
Regina posa son front contre celui d'Emma,
"I can make you mine, taste your lips of wine
Anytime night or day
Only trouble is, gee whiz
I'm dreamin' my life away"
Elles s'embrassèrent langoureusement.
Le baiser fut doux, délicat, empli d'affection.
Les yeux, eux, restèrent clos.
Elles ne voulaient pas courir le risque d'interrompre ce beau et délicieux rêve.
"I need you so that I could die
I love you so and that is why
Whenever I want you, all I have to do is
Dream, dream, dream, dream
Dream"
Regina posa sa tête sur l'épaule de la blonde.
Emma déposa un baiser sur la tempe de la brune.
Elles se sentaient tellement bien, l'une dans les bras de l'autre, c'était divinement bon.
"I can make you mine, taste your lips of wine
Anytime night or day
Only trouble is, gee whiz
I'm dreamin' my life away"
Les paroles défilaient, revenaient, se répétaient.
Elles prenaient sens dans l'esprit des deux femmes.
Ce n'était pas qu'une danse qu'elles partageaient, c'était tout un rêve.
"I need you so that I could die
I love you so and that is why
Whenever I want you, all I have to do is
Dream, dream, dream, dream
Dream, dream, dream, dream"
Regina écouta Emma lui murmurer ce dernier couplet à l'oreille.
Elle l'écouta susurrer ces mots si beaux.
Ces mots qui semblaient sonner si juste, sur l'instant, alors qu'elle reposait tranquillement contre son corps chaud.
Les chanteurs se turent. La mélodie s'estompa.
Les yeux se rouvrirent. Les regards s'ancrèrent.
La musique avait pris fin, la danse avec.
Le rêve, lui, n'avait fait que se fondre à la réalité.
[musique: All I have to do is dream-The Everly Brothers
Hey!
J'espère que ce chapitre vous a plu, merci pour vos retours sur les derniers :)
J'ai vu dans un commentaire que les transitions entre les scènes n'étaient pas claires... C'est la que j'ai remarqué que cette appli ne respecte pas du tout ma mise en page :')
J'écris directement sur Wattpad, et lorsque je copie-colle mon chap sur fanfic, la forme de mes paragraphes et mes sauts de ligne sont complètement modifiés. C'est génial!! :')
Enfin bref, j'essaierai de faire attention à l'avenir, en espérant que l'appli accepte mes modifs de mise en page :')
Je vous souhaite de passer un bon week-end, à bientôt!!]
[modif: Et bien, même après avoir passé 20 minutes à re-sauter des lignes, l'appli n'en a rien à faire et modifie tout lors de la publication...
J'ai donc rajouté des tirés entre chaque scène.
Merci f*nfiction.n*t!!]
[Enième modification pour ce chapitre, j'ai décidément de plus en plus de mal à apprécier cette appli :')
Apparemment, les messages envoyés entre Emma/MM/Regina n'apparaissait pas à cause de la police...
Merci à Spooky358 de me l'avoir dit!!]
