Endormie au creux des bras forts de sa douce Emma, elle respirait la sérénité. Ses paupières closes venaient masquer ses iris chocolat aux pupilles dilatées. De ses lèvres que le rouge avait quitté depuis longtemps, s'échappait un souffle lent et profond. Ses traits, souvent durcis par son caractère, demeuraient parfaitement détendus. Elle n'était guère plus belle qu'à l'accoutumée, seulement plus apaisée, et c'était beau à voir.

Tellement beau à voir qu'Emma ne se serait rendormie pour rien au monde. Pourtant, la nuit avait été courte, les ébats qu'elles s'étaient plu à prolonger des heures et des heures avaient fini par terrasser le sommeil. La fatigue n'était pas une concurrente de taille face au désir de l'autre, à la pulsion incontrôlable de se donner à l'autre, à l'envie irrépressible d'obtenir plus de l'autre. Alors, ses paupières pouvaient bien peser une tonne, rien ne l'aurait empêchée de se perdre dans la contemplation de sa belle endormie.

Elle aimait la voir ainsi, calme et détendue, relaxée de tout tourment. Elle aimait sentir son corps relâché contre le sien. Elle aimait enlacer sa taille, caresser son ventre du revers de la main. Elle aimait la douceur de sa peau. Elle aimait respirer son parfum, s'en enivrer sans retenue, parce qu'avec Regina, il n'était jamais question de retenue. Elle aimait sentir son souffle s'échouer contre sa peau. Elle aimait jouer avec ses cheveux, mêler ses doigts aux mèches ébène. Elle aimait percevoir son toucher, sa proximité. En réalité, elle aimait à peu près tout, peut être un peu trop d'ailleurs.

Elle aimait tout cela, elle l'aimait tant que trois vilains petits mots avaient failli lui échapper la veille. Elle ne les avait pas vraiment pensés, ils étaient venus d'eux mêmes, contre son gré. C'était en dansant avec Regina sur cette chanson d'amour qu'ils étaient apparus, comme par magie, comme une évidence qu'on ne peut réellement s'avouer. Elle n'avait pas eu le temps de les analyser, de les comprendre, qu'ils appelaient déjà à être prononcés. Ces trois mots qu'elle n'avait jusqu'alors osé imaginer, s'étaient brusquement révélés, la secouant comme une gifle en plein visage. Par chance, elle était parvenue à les retenir. De justesse, elle les avait fait taire alors qu'ils arrivaient au bout de sa langue, alors qu'ils étaient sur le point d'être articulés à voix haute. Pour combler sa frustration de n'avoir rien pu dire, elle s'était contenté de chuchoter langoureusement le dernier couplet de la chanson. Comme un demi-aveu, elle avait chanté ces mots doux à sa belle, lui avouant silencieusement les sentiments qui venaient de la percuter violemment. Puis elle s'était tu, soulagée d'avoir extériorisé ce qu'elle n'avait pu proprement formuler. Tellement soulagée, qu'elle s'était senti capable de refouler au plus profond d'elle ce qui venait pourtant de la foudroyer sur place.

Mais alors qu'elle admirait sans modération son amante endormie, refouler ces sentiments nouvellement acquis lui parut soudain affreusement compliqué. Ils n'étaient pas précis, ni même mûrement réfléchis, mais ils étaient là, et ils étaient forts.

Tout aussi fort, ou peut-être même encore plus que l'était son envie de découvrir la face cachée de cette femme qu'elle aimait, mais ne connaissait finalement pas si bien que cela. Elle avait des questions, un milliard de questions. Elle voulait tout connaître d'elle. Elle voulait l'entendre tout lui raconter. De la plus insipide anecdote jusqu'aux éléments cruciaux qui composaient sa vie. Elle voulait découvrir ses goûts, être au courant de la moindre de ses préférences. Elle voulait la connaître toute entière, sur le bout des doigts. Elle voulait partager ses joies, ses démons, sa douleur. Elle la voulait libre, affranchie de tous ses tourments, épargnée de tous ses fardeaux. Elle la voulait heureuse, épanouie dans ses bras. Elle la voulait à elle, rien qu'à elle, sienne pour l'éternité.

Égarée dans ses pensées, Emma caressa délicatement le visage de sa bien-aimée. Elle parcourut sa joue, suivit sa mâchoire, rejoignit sa bouche. Cette bouche qu'elle avait passé la nuit à embrasser, mordre, lécher. Cette bouche dont elle ne pouvait plus se passer et dont jamais elle ne se lasserait. Cette bouche aux lèvres pulpeuses, soyeuses. Cette bouche marquée d'un accroc. Une fine entaille, creusée dans la chair, lacérant l'épiderme. Dernier témoignage d'une blessure profonde, à l'origine inconnue et à la marque immuable.

La pulpe de son doigt effleura la cicatrice sur tout son long.

Les prunelles ténébreuses se révélèrent.

« Ne refais plus jamais ça.

Regina avait prononcé ces mots avec fermeté, sa voix n'étant pourtant pas bien réveillée. Elle avait prononcé ces mots tout en se saisissant du poignet d'Emma pour faire cesser cette malencontreuse intrusion. Pour stopper le furieux tressaillement qui venait secouer son corps, son cœur.

- Comment l'as-tu eu ? », ne put-elle s'empêcher de demander.

Piquée par cette curiosité que Regina n'étanchait jamais, la blonde ne remarqua pas immédiatement que les prunelles brunes s'étaient gorgées de larmes à la simple évocation de la cicatrice.

« Je suis désolée, je n'aurais pas dû, ça ne me regarde pas, s'empressa-t-elle d'intervenir en voyant la femme se redresser, lui tourner le dos.

- Ne t'excuse pas, tu n'y es pour rien. », déclara la brune en laissant tomber son visage au creux de ses paumes.

Elle était lasse. Lasse d'être encore incapable d'en parler, lasse que cela la touche toujours autant, lasse d'être la victime éternelle de ce drame. Le drame de sa vie.

« Je ne peux pas t'en parler, c'est beaucoup trop dur, expliqua-t-elle, C'est tellement douloureux..., ajouta-t-elle dans un soupir.

- Je ne t'en parlerai plus, c'est promis, s'engagea Emma, Mais si tu ressens un jour le besoin de te confier, sache que je serai là. »

Regina se tourna pour regarder la blonde, elle était attendrie par ses mots. Emma rendit un petit sourire peiné à cette brune qui avait l'air si fragile en cet instant.

« Viens là. », lança-t-elle à l'égard de la directrice en ouvrant grand les bras pour l'accueillir.

Regina se fondit à l'étreinte d'Emma.

Tous ses maux s'envolèrent alors, chassés par cette affectueuse tendresse, par cette protection et cette chaleur que la jeune femme lui apportait.

Ainsi enlacées l'une à l'autre, les deux femmes ne tardèrent pas à sombrer dans le sommeil. Elles profitèrent ensemble des derniers ténèbres de la nuit, avant que les premières lueurs du jour ne viennent interrompre leur intime tête-à-tête.

Cette première nuit de l'année illustra assez fidèlement le mois qui suivit.

Les jours de janvier défilèrent, Emma et Regina se rapprochèrent. Toujours plus complices, toujours plus avides l'une de l'autre. Rien ne pouvait les arrêter, pas même cette retenue que conservait la brune vis-à-vis de son passé. Oui, elles étaient inatteignables. Et elles mentiraient d'ailleurs en disant qu'il n'était question que de luxure et d'affection. L'attachement était bien là, incontestable, il emmenait avec lui les sentiments. Des sentiments qu'elles n'étaient pas prêtes à assumer et qui pourtant se révélaient un peu plus à elles chaque jour. Des sentiments qui commençaient à doucement les travailler l'une et l'autre. Des sentiments qui semblaient faire leur chemin dans l'esprit de la blonde. Des sentiments que la brune enfouissait au plus profond d'elle-même. Des sentiments tus des deux côtés. Des sentiments qui rendaient leur liaison plus forte, plus intense, sans pour autant jamais dépasser cette limite implicite posée par une Regina pour qui tout cela était inconcevable.

Le mois de janvier touchait à sa fin, leur relation, quant à elle, ne faisait que commencer.

Les emmerdes de Ruby, elles aussi, n'en étaient qu'à leur début. Après être sortie du trou, la jeune femme n'avait eu de cesse de s'embrouiller avec tous les êtres qui lui étaient chers. À peine avait-elle quitté sa cellule d'isolement qu'elle avait couru demander des comptes à sa grand-mère. Entre Granny et sa petite fille, le ton était rapidement monté, les reproches et rancœurs avaient fusé, une rupture s'était opérée. S'en était suivi une multitude de conversations plus ou moins houleuses entre la jeune dealeuse et son amante. Dorothy lui reprochait les mots durs qu'elle avait eus envers Granny, elle la blâmait aussi pour sa trop grande soif de pouvoir, la mettant en garde face au danger que représentait réellement De Vil. La brune aux mèches rouges avait donc pris ses distances des deux femmes, tout en se rapprochant dangereusement d'une poudre qui, elle ne le savait que trop bien, la ferait doucement courir à sa perte.

En dehors de cela, ce début d'année avait été plutôt calme au sein du pénitencier Gold. Le seul élément notable de ce mois de janvier résidait dans l'arrivée des deux nouvelles gardiennes, Ariel Andersen et Marianne Hood. Mais là encore, rien de bien palpitant. La première, jeune, rousse, adorable, avait directement tapé dans l'œil du gardien Humbert. La seconde, désagréable et sévère, s'était vite pris le bec avec la directrice et une poignée de détenues. Hormis cela, rien n'était venu troubler le quotidien déjà bien animé de la prison.

Seulement, si le mois de janvier touchait à sa fin, le mois de février s'annonçait déjà bien plus tumultueux...

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Son réveil sonna, elle ouvrit les yeux avec difficulté. Elle s'étira, se roula dans ses draps, referma les yeux. Le sommeil allait l'emmener à nouveau, la sonnerie incessante fut plus forte. Elle se redressa, attrapa son téléphone et désactiva cette alarme qu'elle maudissait pour l'avoir réveillée. Son regard se posa alors sur la date affichée par l'écran tactile.

1er février.

Elle soupira, ne sachant comment appréhender ce jour qui n'était jamais plus joyeux que les autres. Elle soupira, puis se leva, comme elle le faisait chaque matin finalement. Elle se leva et partit se préparer dans la salle de bain attenante.

Douche, coiffage, maquillage, habillage.

Fin prête, elle se positionna devant le miroir de sa chambre. Elle observa minutieusement son reflet, se jaugea du regard. Puis elle se sourit. L'image que lui renvoyait la glace lui plaisait particulièrement. Elle se trouvait belle, étonnamment radieuse. Elle était séduisante dans cette robe qu'une certaine blonde lui avait confié particulièrement apprécier. Elle se plaisait et puis surtout, elle se sentait bien.

Aujourd'hui, Regina soufflait sa 35ème bougie, et elle se sentait plus femme que jamais.

La soif de son café matinal la força à délaisser son reflet pour rejoindre le rez-de-chaussée. Elle descendit les marches une à une, sur ses gardes, elle s'attendait à entendre fuser l'une des répliques cinglantes de son mari. Seulement rien. Le sourire qu'elle avait gagné face au miroir ne fit que s'intensifier davantage, Léopold n'était pas encore levé. Elle rejoignit la cuisine, savoura le liquide noir et corsé, délaissa la tasse dans l'évier. Elle remit une couche de carmin sur ses lèvres, enfila son manteau, attrapa ses clefs, son sac, puis quitta la demeure.

Le vent hivernal lui frappa le visage, le froid s'insinua à travers ses habits, une bouffée d'air frais gorgea ses poumons. Elle monta dans sa berline, claqua la portière, boucla sa ceinture, démarra le contact, appuya sur l'accélérateur et fila à travers StoryBrooke. Elle remonta les rues une à une, jusqu'à se garer sur la place qui lui était attitrée.

Le moteur vrombissait encore qu'elle l'avait déjà vue.

Une fois de plus, Victoria Belfrey l'attendait un peu plus loin, un grand sourire aux lèvres, les mains derrière le dos. Elle avait peut-être changé de poste, mais cela ne l'empêchait pas de recevoir sa dose quotidienne de Regina Mills. Pur hasard ou fine manigance, la gardienne embauchait la plupart du temps aux mêmes horaires que la directrice, l'occasion pour elle d'espérer échanger quelques mots avec celle qui obsédait son esprit. Si au départ, Victoria avait eu droit à la salutation brève et froide de madame Mills, les jours passant, elle ne recevait de sa part plus qu'un lever d'yeux au ciel qui respirait l'agacement et le mépris.

Regina descendit de sa voiture, prête à réserver à Belfrey son traitement habituel. Seulement, en ce jour spécial, la gardienne n'était pas venue les mains vides.

« Joyeux anniversaire madame Mills ! », s'exclama Victoria.

La brune écarquilla les yeux face au bouquet de roses blanches que le dragon lui tendait.

« Et bien, prenez le !, insista la gardienne en apportant les fleurs jusqu'à ses mains.

- Euh... Merci, bredouilla la directrice, aussi surprise que gênée par ce geste.

- Passez une bonne journée, Regina, lui souhaita Belfrey avant de partir en direction du quartier des hommes.

- À vous aussi, Victoria, rendit-elle, Et merci encore pour les roses ! »

Encore dubitative face à cette action, la brune regarda à la fois le bouquet et la gardienne qui s'éloignait. Elle ne regrettait pas de s'être débarrassée de Belfrey, mais elle devait bien avouer que ces fleurs iraient à merveille dans son bureau.

Installer le bouquet dans un vase en cristal fut d'ailleurs la première chose qu'elle fit après avoir déverrouillé la porte vernie de noir.

Puis elle s'installa pour commencer sa journée, souriant en humant le parfum des roses qui embaumait déjà la pièce.

« Entrez ! », autorisa-t-elle bien vite au vu des coups portées contre la porte.

« Madame Mills, saluèrent les gardiens Wayne et Humbert en entrant dans son bureau.

- Joyeux anniversaire, ajouta Graham, Trente-cinq ans si je ne me trompe pas... C'est qu'on ne se fait plus toute jeune, taquina-t-il.

- Joyeux anniversaire !, s'exclama August, surpris qu'Emma ne lui en ait pas parlé, N'écoutez pas ce qu'il dit, vous êtes super bien conservée pour votre âge, s'amusa-t-il à piquer à son tour.

Elle les fusilla du regard, ils éclatèrent de rire.

- Je suppose que vous venez récupérer l'autorisation de sortie des sœurs d'Arendelle et de Gardener ?, devina-t-elle en ouvrant son tiroir pour se saisir des documents, Veillez à ce qu'il n'y ait pas d'histoire quand elles rejoindront les autres.

- On va essayer, accepta Humbert en prenant les dossiers que la directrice lui tendait.

- N'essayez pas. Faites, exigea Regina.

Les deux gardiens levèrent les yeux au ciel face au ton sans appel qu'employait la directrice.

- Ne vous inquiétez pas, on a la situation en main. », assura August en poussant son collègue vers la sortie.

« Tu penses que De Vil va tenter quelque chose ?, demanda-t-il à Graham après avoir refermé la porte derrière eux.

- Si Ruby ne fait pas des siennes, ça m'étonnerait, avança le jeune homme.

- J'espère qu'elle va se tenir à carreau. Ça serait con qu'on ait à gérer une nouvelle émeute.

- Parle pour toi, s'esclaffa Graham, Moi je m'en fous, je finis ma garde dans une heure et j'ai posé une semaine de repos, expliqua-t-il.

- Salop !, pesta August avant qu'un élément ne lui revienne en mémoire, Ah mais attends... C'est ce soir que—

- C'est ce soir que j'emmène Ariel au resto, compléta Humbert, visiblement fière de lui.

- Et vous allez—

- Conclure ?, coupa une fois de plus Graham, J'espère bien !

- Haha ! Ça c'est mon minot ! », s'enthousiasma August en offrant une belle tape à l'épaule de son collègue.

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Le retour du quartier d'isolement se fit sans problème.

Après autant de temps passé au trou, les trois détenues étaient plus désorientées qu'autre chose.

Selon August, il leur faudrait encore de longs jours avant d'être suffisamment remises pour servir d'homme de main à De Vil dans un nouveau combat contre les Granny.

Ce fut donc sans s'inquiéter d'un imminent règlement de comptes, que le jeune homme fit son chemin jusqu'au réfectoire où Emma venait d'attaquer son service.

« Hey Swan !, l'interpella-t-il en entrant dans les cuisines, Tu sais quel jour on est ?

La blonde le regarda en fronçant les sourcils.

Bien sûr qu'elle connaissait la date du jour.

Elle n'avait d'ailleurs jamais suivi son calendrier avec autant de rigueur que depuis son entrée en prison.

- Le premier février, pourquoi ?, demanda-t-elle aussitôt.

- Le premier février et ?, s'amusa-t-il.

- Et... Le premier février, répondit-elle en le dévisageant de plus en plus.

- Ne me dis pas que tu n'es pas au courant ?!, prit-il un malin plaisir à s'offusquer.

- Mais au courant de quoi ?!, démarra-t-elle au quart de tour, Balance à la fin !

- Donc tu n'es vraiment pas au courant, insista August, son côté un tantinet sadique prenant le dessus.

- Dis-moi !, le menaça-t-elle en empoignant son économe pour le pointer en sa direction.

- Oh oh ! Calmos Swan !, s'exclama le gardien en levant les mains en l'air, s'amusant de la voir bouillir un peu plus chaque seconde,

Ce n'est quand même pas ma faute si tu ne connais pas la date d'anniversaire de celle que tu te tapes tous les jours ! »

À ces mots, tous les regards se braquèrent vers eux. Emma vira à l'écarlate, meurtrissant son ami du regard.

« Magnez-vous ! Le déjeuner ne va pas se faire tout seul ! », rappela Granny à l'ordre.

Libérée du regard pesant des filles de la cuisine, la blonde empoigna le poignet d'August pour l'attirer jusqu'à la salle de cantine.

« Non mais ça va pas ou quoi ?, gronda-t-elle aussitôt, gardant le ton bas en prévision d'une oreille indiscrète.

- Je pensais que tu serais contente que je te prévienne, se justifia-t-il en haussant les épaules.

- Mais pas comme ça ! Pas devant tout le monde !, s'énerva-t-elle d'autant plus, T'es complètement débile ou quoi ?!

- Allez, vas-y ! Insulte-moi, je t'en prie !, exagéra-t-il intentionnellement, Mais après ne viens pas me demander de te procurer un cadeau ! »

Le visage de la blonde se décomposa, le brun s'en amusa beaucoup.

« Commande un bouquet chez le fleuriste au bout de la rue, j'irai le chercher pendant ma pause déj, proposa-t-il en lui donnant son téléphone, Heureusement que je suis là, non ? »

La mine ravie d'Emma répondit à sa place. Sans lui, non seulement elle n'aurait pas souhaité son anniversaire à Regina, mais en plus, elle se serait pointé dans son bureau les mains vides. Jamais elle n'avait été aussi reconnaissante de compter parmi ses proches un ami aussi génial qu'August.

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Cela devait faire près d'un quart d'heure qu'elle poireautait devant le couloir de l'administration. Et lorsqu'August arriva pour la rejoindre, ce ne fut pas lui qu'elle remarqua en premier, mais le somptueux bouquet qu'il tenait entre ses mains. Un sourire rayonnant se dessina sur le visage de la blonde, il était encore plus beau que sur le site internet. Une bonne vingtaine de roses rouges se mêlaient à des fleurs de lys blanc qui laissaient un doux et envoûtant parfum sur leur passage.

« T'es vraiment le meilleur !, le remercia-t-elle.

- Allez, fonce championne ! », l'encouragea-t-il en la poussant vers la porte vitrée.

Emma regarda son ami lui lancer un dernier clin d'œil, puis elle se retourna pour s'engouffrer dans le couloir, bien décidée à faire passer à sa dulcinée le meilleur anniversaire de toute sa vie.

Lorsque Regina vit entrer la blonde dans son bureau, son cœur s'emballa dans sa poitrine et son visage se déforma dans un immense sourire qui révéla l'intégralité de sa brillante et parfaite dentition.

« Joyeux anniversaire votre Majesté, minauda-t-elle dans une révérence, Des roses rouges et des lys blancs pour la reine de mon cœur... »

Si elle pensait soutirer un petit sourire à sa belle par cette attention, la blonde n'aurait jamais imaginé lui arracher une larme d'émotion.

« Eh ! Ne pleure pas, s'attendrit-elle en s'approchant du bureau.

- Je ne pleure pas, rétorqua Regina en essuya la larme qui la trahissait, Je suis contente, c'est tout...

- Tu ne t'attendais pas à ce que j'y pense, n'est-ce pas ?, s'amusa-t-elle en déposant le bouquet sur le marbre blanc.

- Je ne savais même pas que tu étais au courant, renchérit-elle en observant la jeune femme contourner le bureau pour la rejoindre.

- Je dois avouer que c'est August qui m'a prévenue, admit Emma.

- J'aurais dû m'en douter, s'esclaffa-t-elle, J'espère tout de même que c'est toi qui as choisi les fleurs.

- Pourquoi ?, interrogea la blonde en faisant tourner le fauteuil de la brune dans sa direction.

- Parce que je les trouve magnifiques, reconnut Regina, des étoiles plein les yeux.

- Pas aussi magnifique que toi... »

Emma se pencha lentement, profitant du regard pétillant que posait Regina sur elle. Elle s'approcha tout doucement, ne voulant pas laisser se fermer les yeux chocolat qui semblaient briller pour elle. Elle s'avança malgré tout, irrémédiablement attirée par cette bouche rouge qui n'attendait plus que la sienne. Elle s'arrêta une seconde, se nourrissant un dernier instant de cette lueur si particulière que reflétaient les orbes sombres. Puis lorsqu'elle n'eut plus la force de résister davantage, Emma céda. Elle déposa ses lèvres contre celles de Regina, perdant à regret le contact de ses merveilleuses prunelles. Pour son plus grand bonheur, le regret fut vite balayé par les mains de la brune qui se pressèrent dans son dos, l'obligeant à s'asseoir.

En sentant la blonde se poser à cheval sur ses cuisses, en la sentant s'agripper à ses épaules, Regina laissa échapper un râle d'anticipation. L'étreinte ne faisait que commencer, et pourtant un feu embrasait déjà tout son être. Elle se sentait si vivante, si brûlante dans les bras d'Emma. Jamais elle n'avait connu cela. Cette sensation de renaître de ses cendres. De reprendre vie parmi les flammes. Cette sensation enivrante de revivre à nouveau, de ressentir enfin pleinement les choses, de ne plus être simple spectatrice de sa vie, d'en être l'actrice principale.

« Merci, gémit-elle alors que la blonde lui baisait la gorge.

Ce n'était pas pour le bouquet qu'elle la remerciait, c'était pour tout ce qu'elle lui apportait, pour toutes les émotions trop longtemps oubliées qu'elle lui faisait éprouver à nouveau.

- Ne me remercie pas encore. », lui susurra-t-elle avant d'abandonner le soutien de ses cuisses pour s'agenouiller au sol.

Regina bascula la tête en arrière. Les yeux clos, elle ne voyait rien, mais ressentait tout. Son collant se déchirer, des ongles parcourir ses jambes, des mains se glisser sous sa robe, des doigts s'introduire dans sa culotte. Elle frémit, elle en voulait plus. Elle entendit la dentelle craquer, elle se mordit la lèvre. Un souffle chaud s'abattit contre son sexe. Elle écarta les jambes. Une langue se mit à jouer avec son intimité. Elle se cambra. C'était trop. Trop bon. Trop fort. Trop tôt. Trop tard. Elle poussa un geignement, se tendit de tout son long, empoigna la chevelure blonde. Puis elle relâcha la pression, laissant son dos retomber contre le fauteuil.

« Maintenant, tu peux me remercier. », nargua Emma en se rasseyant sur les cuisses tremblantes.

Le regard fauve s'ancra au vert. La partie venait d'être lancée. Les vêtements de la blonde ne prirent guère longtemps à rejoindre le sol. Et très vite, la jeune femme se retrouva allongée sur le bureau, clouée au marbre blanc par la maîtresse des lieux.

« J'adore cette robe, commenta Emma en regardant Regina se dévêtir au-dessus d'elle.

- Pour qui crois-tu que je l'ai mise ? », charma la brune en descendant la fermeture éclair.

Pour elle. La femme avait mis cette robe pour elle. Et c'était aussi pour elle qu'elle était en train de la retirer. Des papillons se glissèrent au creux de l'estomac d'Emma lorsqu'elle réalisa cela. Des papillons bien vite chassés par les vagues de désir qui s'insinuaient dans son bas-ventre.

Regina ne laissait rien au hasard.Elle connaissait son amante, elle la connaissait par cœur. Son instinct ne la trompait jamais, elle visait juste à chaque fois. Elle savait qu'en posant sa main sur le flanc d'Emma, elle sentirait tous ses muscles se contracter. Elle savait que lorsqu'elle embrassait son cou, la jeune femme venait lui empoigner les fesses en poussant une injure. Elle savait qu'il fallait mordre sa mâchoire pour qu'elle remonte lui lacérer le dos. Elle savait que c'était en effleurant son aine du bout des doigts que la blonde commençait à se mouvoir frénétiquement. Elle savait la faire attendre suffisamment pour l'entendre pousser des cris de plainte. Enfin et surtout, elle savait tout lui donner, tout lui céder et tout lui offrir pour l'emporter jusqu'aux tréfonds de son plaisir.

La valse endiablée qui se jouait sur le bureau en marbre blanc emporta tout sur son passage. Les derniers dossiers traités par Regina volèrent à travers la pièce, le bouquet offert par Emma glissa sur le fauteuil en cuir, le vase en cristal bascula par-dessus bord, emportant avec lui les roses blanches qu'il contenait.

Entre éclats de verre, feuilles de papier en tout genre et pétales échoués, l'état du sol ne reflétait que trop bien la bataille charnelle qui se jouait un peu plus haut.

Bataille charnelle qui perdura tout le long de l'après-midi, pour finir par se muer en une tendre et délicate paix.

« Tu as ruiné mes collants, se plaignit Regina en se rhabillant.

- Désolée, mais c'était pour la bonne cause, se justifia Emma en laçant ses chaussures.

- Ton bouquet est vraiment magnifique, souligna de nouveau la brune en choisissant un vase à mettre sur son bureau.

- Quand je pense que cette garce de Belfrey a osé t'offrir des roses, grommela la jeune femme.

- Ça partait d'une bonne intention, défendit la directrice, Et puis de toute façon, je préfère les tiennes, assura-t-elle.

- Il faut dire que son bouquet n'a pas fait long feu, s'amusa Emma en voyant les roses blanches éparpillées au sol, victimes de leurs ébats électriques.

- Si tu veux avoir le temps de prendre une douche avant ton service, je te suggère de te dépêcher, lui rappela la brune.

- Tu es sûre que tu ne veux pas que je t'aide à ranger tout ça ?, demanda-t-elle pour la énième fois, toujours aussi scotchée par la scène de crime qu'elles laissaient derrière elles.

- Non, je préfère m'en occuper, affirma-t-elle, Je n'ai jamais été vraiment convaincue par tes compétences en ménage, piqua-t-elle.

- Alors tu m'as laissé nettoyer ton bureau tout ce temps simplement pour mes beaux yeux, rebondit la blonde en s'approchant.

Regina laissa traîner son regard tout le long du corps d'Emma, le dévorant de bas en haut.

- Non, Miss Swan, nia-t-elle de sa voix rauque, Pas seulement pour vos beaux yeux...

Un petit rire malin s'échappa de la bouche d'Emma avant qu'elle ne prenne un dernier baiser à la directrice.

- Encore joyeux anniversaire, madame Mills. », susurra-t-elle contre les lèvres à moitié démaquillées.

Les orbes verts restèrent un moment plongés dans les bruns. Emma se torturait l'esprit.

Elle avait envie d'en dire plus, elle avait envie, terriblement envie de prononcer ces trois mots.

Ces trois mots qui furent remplacés par trois coups portés contre le vernis noir. Par une porte qui s'ouvrit à la volée. Par une phrase qui sonna comme un vent glacial.

« Mère est là ! »