« Elle sait. »
Emma pouvait encore visualiser la scène cauchemardesque de la veille. Après avoir atteint maintes et maintes fois le septième ciel aux côtés de sa déesse aux cheveux ébène, aux lèvres couleur sang et aux yeux chocolat, la jeune blonde avait failli céder à l'envie pressante de lui avouer ses sentiments grandissants. Seulement, elle n'avait pu le faire, coupée dans son élan par la conseillère à la tignasse rousse qui avait déboulé dans le bureau, l'air tout affolée. Un échange de regards écarquillés avait suivi. Bien trop déboussolées pour se laisser aller à une quelconque explication, aucune des trois femmes n'avait prononcé la moindre parole. La brune s'était simplement écartée de son amante d'un pas ou deux, espérant que cela suffise à rendre leur proximité moins soupçonnable. Le souffle court et le pouls agité, elles furent rapidement confrontées à l'arrivée d'un quatrième protagoniste, et non des moindres. De son apparence stricte mais élégante, jusqu'à sa chevelure sombre et ses yeux ténébreux, en passant par le rouge qui dessinait ses lèvres, aucun doute ne planait quant au lien de parenté qu'entretenait cette nouvelle arrivante avec la directrice des lieux. Dès que sa mère avait fait irruption dans le bureau, l'état de surprise de Regina s'était instantanément mué en une expression impénétrable, ce qui n'avait fait qu'étonner davantage la blonde. La mine toujours stupéfaite, cette dernière avait pris un temps pour reprendre ses esprits et jouer à son tour le rôle que la brune la poussait à interpréter. Malgré le regard pressant de la mère Mills sur sa fille et elle-même, Emma pensait qu'elles s'en étaient sorties à merveille, que Cora et Zelena n'y avaient vu que du feu. Mais voilà qu'elle retrouvait en ce mardi matin une Regina presque dévastée qui lui affirmait tout le contraire.
« Tu en es vraiment sûre ?, voulut-elle s'assurer.
- Oui, elle me l'a dit elle-même, soupira Regina, Elle sait.
- Peut-être qu'elle bluffait, suggéra la blonde, Comment elle peut être sûre de ça en nous voyant cinq minutes dans un bureau ?
- Sérieusement ?, railla-t-elle, Soyons honnêtes, le plus sombre des abrutis nous aurait démasquées. »
Emma soupira, la brune n'avait pas tort.
« Si seulement j'avais pensé à verrouiller cette fichue porte, se lamenta Regina en laissant tomber son visage au creux de ses paumes.
- Désolée d'avoir été trop irrésistible, s'amusa la blonde, La porte est verrouillée, là, tout de suite ?, enchaîna-t-elle, Parce que ça ne me dérangerait pas de continuer ce que l'on faisait hier...
En disant ces mots, Emma s'approcha du dos de la brune auquel elle commença à offrir de lascives caresses.
- Arrête !, repoussa aussitôt la directrice, Je ne suis vraiment pas d'humeur à ça aujourd'hui !
La blonde se recula en grimaçant, forcée de constater que sa belle était encore plus contrariée qu'il n'y paraissait.
- Pourquoi est-ce que ça te tracasse autant ?, interrogea-t-elle en essayant vainement de lire dans les yeux chocolat.
- Parce que je connais ma mère, expliqua Regina, Elle n'accepte pas que les choses n'aillent pas dans son sens.
- Mais qu'est-ce qui la dérange tellement ?, questionna la blonde, Le fait que je sois une femme ? Ou c'est parce que je suis en taule ?
- Si ce n'était que ça, moqua-t-elle.
- Mais qu'est-ce que c'est alors ?, chercha Emma, Elle n'accepte pas que tu aies quelqu'un ?
- Pas vraiment, répondit-t-elle, Elle se fichait que je fréquente Graham par exemple—
- Parce qu'elle était au courant ?!, coupa la blonde en s'esclaffant, Alors c'est personnel, conclut-elle en riant moins cette fois, C'est moi qu'elle n'accepte pas.
- Non ce n'est pas toi, nia Regina en relevant finalement les yeux pour se confronter au regard bleu-vert, Ce qu'elle n'accepte pas, c'est que notre relation ne soit pas du même ordre que celle que j'entretenais avec Graham.
Emma resta muette un instant pour réfléchir aux paroles de la brune.
- Alors si je comprends bien, ça ne la dérange pas que tu aies un amant tant que ça reste uniquement pour le cul ?, reformula-t-elle grossièrement, Mais quel genre de mère pense comme ça ?!
- Aucune, pouffa-t-elle douloureusement, La mienne est une exception.
- Et quelle exception !, appuya la blonde, Elle est complètement ravagée. Tu ne devrais même pas continuer à prendre en compte ce qu'elle te dit.
- Si seulement c'était si simple...
- Mais c'est simple, rétorqua Emma, Tu es une adulte Regina, tu n'as pas à te soumettre à ce que te dit ta maman. », tourna-t-elle au ridicule.
La directrice se crispa en entendant ces mots.
« Oh c'est bon !, souffla la blonde en voyant la femme quitter le sofa pour regagner le derrière de son bureau, Ne te vexe pas, je rigolais.
- Et bien moi je ne rigole pas, déclara la directrice en s'asseyant sur son fauteuil en cuir.
- Ne commence pas à bouder, se moqua gentiment la jeune femme, Quelle tête de mule !
- Et toi quelle idiote tu fais, renvoya-t-elle.
- Idiote ?, s'offusqua faussement la blonde en essayant de détendre la brune qu'elle trouvait bien trop sérieuse à son goût.
- Oui, une idiote, certifia Regina sans lui accorder un regard.
- Et je peux savoir pourquoi ?, exigea-t-elle, toujours sur le ton de la plaisanterie.
- Parce que tu ne comprends rien, méprisa la brune, Tu ne comprends rien et pourtant tu te permets de tout tourner à la rigolade.
- Et bien si je ne comprends vraiment rien, explique-moi alors !, commença à s'agacer la jeune femme qui n'appréciait guère le ton pris par son amante.
- Non, je n'en ai pas envie, refusa catégoriquement Regina, Sors de mon bureau s'il te plaît.
La brune s'était renfermée sur elle-même, la blonde fulminait à présent.
- Très bien, accepta-t-elle non sans hausser la voix, Passez une bonne fin de journée, madame Mills ! »
Sa phrase fut ponctuée par la porte qu'elle claqua violemment derrière elle.
Cora n'avait encore rien fait que leur début de relation témoignait déjà de son fragile équilibre.
Fragile l'était aussi le moral de Ruby. Il faut dire que la jeune femme n'en menait pas large ces derniers temps. Les multiples et vains accrochages entre elle et De Vil, les trop nombreux séjours qu'elle avait passé au trou, la trahison de sa grand-mère qui avait précipité la chute de son trafic, les embrouilles incessantes qu'elle n'avait arrêté de livrer à Granny, les tensions naissantes au sein de son couple avec Dorothy, sans compter le retour des sbires du gang adverse, ni même la réapparition de sa vilaine addiction qui ne la rendait que plus minable. Ces derniers mois n'avaient pas fait de cadeau à la jeune femme. Elle avait enchaîné les mauvaises décisions et la chance n'avait pas été de son côté. Le mental fragilisé et embrumé par la drogue, il avait suffi d'une énième dispute entre Ruby et sa petite-amie pour que la jeune dealeuse ne surdose la seringue qu'elle s'enfonçait dans le bras.
Simple maladresse ou geste intentionnel, nul ne pouvait le dire, et au final cela ne changeait pas grand-chose. Le résultat était le même. En cette fin de journée, cachée dans une cabine de douche, la brune aux mèches rouge se piqua à l'héroïne avant de lentement s'affaisser jusqu'à s'étendre, inerte, sur le carrelage crasseux des sanitaires.
L'alarme d'urgence se déclencha quelques minutes plus tard. Les gardiens, l'infirmière French et la directrice furent réquisitionnés. Les urgences ne tardèrent pas à arriver. Un vent de panique s'insinua dans la prison. Le soir même, un silence de mort régnait dans le réfectoire. L'humeur de Granny était telle, que même De Vil n'osa broncher. Rongée par l'inquiétude et la culpabilité, la grand-mère russe maudissait déjà les jours d'attente atroces et interminables qui s'annonçaient.
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« Entrez.», autorisa-t-elle après que l'on ait toqué à la porte.
Emma entra timidement dans la pièce et contourna prudemment le bureau en marbre blanc.
Regina la regarda faire, silencieuse, attentive.
« Je suis désolée pour hier, s'excusa brièvement la blonde.
- Moi aussi. »
Retenue par le transfert de Ruby à l'hôpital, la directrice avait débauché tard la veille. Tellement tard, que lorsqu'elle était rentrée chez elle, elle avait eu le plaisir de constater que sa mère s'était déjà retirée dans ses appartements. Sans nouvelle confrontation avec Cora, la brune avait réussi à se détendre quelque peu, relativisant au mieux la fatalité de la situation.
« Tu as l'air d'aller mieux qu'hier, commenta Emma en s'approchant davantage.
- C'est le cas, confirma Regina en se levant pour se poster au niveau de la blonde, Et je suis contente que tu ne me fasses pas la tête... »
Elle termina sa phrase en embrassant la blonde. Elle l'embrassa passionnément, savourant chaque sensation en gardant en tête que tout cela pourrait lui échapper d'un instant à l'autre.
« Va verrouiller la porte... », expira-t-elle en commençant à se défaire de son chemisier.
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Bien loin de l'ivresse de sensations qu'elle avait partagé avec Emma quelques heures plus tôt, ce fut complètement éteinte que la brune prit place dans l'un des fauteuils du salon, juste après que sa mère l'ait alpaguée dès la porte d'entrée.
« Déjà deux jours que je suis ici et je dois guetter ton arrivée pour avoir la chance de te voir, reprocha directement Cora, les bras croisés, la mine réprobatrice.
- J'étais occupée au boulot, justifia-t-elle avec désinvolte.
- Occupée à quoi exactement ?, attaqua d'emblée l'avocate, Occupée à donner de ta personne pour ta prisonnière préférée ?
- Ne dis pas n'importe quoi, souffla la jeune brune en roulant des yeux, Occupée à gérer le transfert à l'hôpital d'une détenue, et j'en passe.
- Parce que tu vas me faire croire que tu ne l'as pas revue ?, railla-t-elle.
- Qui ça ?, provoqua Regina sans vraiment savoir ce qu'elle faisait.
- Ton amante !, s'agaça-t-elle pour de bon, La criminelle que tu te tapes dans ton bureau ! La blonde dont tu es tombée amoureuse, acheva-t-elle avec mépris.
- Je ne suis pas amoureuse !, nia aussitôt la plus jeune.
- Alors arrête de la voir, défia l'avocate en haussant les épaules.
- Je n'en ai pas envie, déclina-t-elle aussitôt.
- Je me fiche pas mal de ce dont tu as envie, bafoua la matriarche, Tout ce qui m'importe, c'est que ton mariage avec Léopold tienne le coup jusqu'à l'héritage, énonça-t-elle sans se cacher une seconde.
- Ça fait presque dix ans qu'il tient le coup, s'exaspéra Regina, Alors ce n'est malheureusement pas une nouvelle liaison qui va changer ça.
- Une liaison ? Prends-moi pour une imbécile, moqua la plus vieille, On sait toutes les deux que c'est beaucoup plus que ça. Et c'est là tout le problème, déclara-t-elle.
La jeune brune se tut un instant. Elle voulait trouver une solution, elle le devait.
- Et si je m'engage à ne pas dépasser les limites ?, proposa-t-elle, une lueur d'espoir dans les prunelles.
- Les limites ?, interrogea l'avocate en arquant un sourcil.
- Si je m'engage à ne pas laisser de place aux sentiments, comme je l'ai fait avec Graham et les autres, développa-t-elle, Si je m'engage à ne pas la considérer plus que les précédents.
- Ma chérie enfin, pouffa Cora, Ne te crois pas plus forte que tu ne l'aies vraiment.
- Mais—
- De toute manière, c'est trop tard, coupa-t-elle, Le mal est déjà fait. Je ne peux en accepter davantage, je ne prendrai pas le risque de te voir ruiner ce mariage, dramatisa-t-elle, Et tu ne peux t'en vouloir qu'à toi-même, enfonça la sexagénaire, Si tu n'avais pas laissé cette relation déteindre sur ton comportement, jamais Léopold ne se serait plaint et jamais je n'aurais découvert ta vilaine petite aventure.
- Parce que c'est ma faute si je ne supporte plus ce quotidien que tu m'as imposé ?, souleva-t-elle.
- Oh je t'en prie Regina, arrête !, s'écria Cora, La vie n'est pas un stupide conte de fées !
Alors comporte-toi en adulte pour une fois s'il te plaît. »
La jeune brune ne dit rien, son regard parlait pour elle.
« Tu as jusqu'à la fin de la semaine pour mettre un terme à ta petite amourette saphique, proclama la matriarche, Si ce n'est pas fait d'ici là, c'est moi-même qui m'en chargerai. »
Cora quitta ensuite le luxueux salon, laissant derrière elle une Regina aussi contrariée qu'elle était perdue.
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« Tu as l'air fatiguée, commenta Emma après avoir délicatement embrassé sa bien-aimée, Tout va bien ?
- Oui, oui, soutint la brune, Je n'ai pas bien dormi, c'est pour ça, expliqua-t-elle avant de donner un nouveau baiser à la blonde.
- Tu te tracasses encore au sujet de ta mère ?, se renseigna la jeune femme.
Regina se détourna, perdant son regard dans le vide.
- Non, elle ne m'a pas reparlé de notre relation depuis mon anniversaire, mentit-elle, Je crois qu'elle s'en fiche finalement. C'est moi qui me suis fait toute une montagne de rien, inventa-t-elle.
Emma fronça les sourcils en étudiant la femme du regard.
- Tu es sûre ?, interrogea-t-elle, septique, Tu ne racontes pas ça pour me rassurer au moins ?
- Ne dis pas n'importe quoi !, s'esclaffa Regina en réalignant ses prunelles aux vertes, Embrasse-moi plutôt. »
La détenue ne se fit pas prier pour se jeter corps et âme sur la directrice.
Dans le bureau en noir et blanc, une scène d'amour tendre mais brûlante se joua pour la centième et dernière fois peut-être...
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« Alors ? », l'interpella l'avocate dès qu'elle eut franchi le pas de la porte.
Regina ignora sa mère et se contenta de lever les yeux au ciel, de retirer son manteau et de s'avancer en direction des escaliers.
« Regina Mills, gronda la voix de Cora dans tout le hall d'entrée, Lorsque je m'adresse à toi, je m'attends à une réponse. »
La jeune brune ne se retourna pas et entama la montée des marches. Bien décidée à échapper à sa mère pour le reste de la soirée, elle s'enferma dans sa chambre et verrouilla la porte à double tour. Elle retira ensuite ses escarpins et commença à se déshabiller, envoyant valser ses habits à la volée. Libérée de sa tenue cintrée dont elle avait été dépourvue une bonne partie de l'après-midi, elle se dirigea vers la salle de bain attenante et ouvrit le robinet d'eau chaude. Alors qu'elle se démaquillait, une épaisse buée s'insinua rapidement dans la pièce jusqu'à venir brouiller son reflet dans le miroir. Son bain était fin prêt. Elle pénétra dans la baignoire et poussa un lourd soupir de satisfaction en immergeant tout son corps dans l'eau bouillante.
Elle pourrait rester ainsi des heures. Se prélasser dans son bain faisait partie de ses moments favoris de la journée. Durant ce laps de temps bien trop court à son goût, Regina oubliait tout. Dès lors qu'elle fermait les yeux, ainsi allongée dans l'eau fumante et parfumée, elle ne pensait plus à rien d'autre. Son mariage catastrophique, sa mère tyrannique et son passé chaotique disparaissaient. Elle faisait abstraction de tout cela pour ne rester focalisée que sur ce qui comptait vraiment: Emma. Cette source de bonheur indescriptible qu'elle retrouvait dans chacun des instants partagés avec la jeune femme. Un regard échangé suffisait à la ravir. Un éclat de rire simultané lui donnait du baume au cœur. Un chaste baiser pouvait enflammer tout son être, et la plus innocente caresse lui faire atteindre l'extase. La moindre attention, le moindre geste de la part de la blonde et Regina était aux anges. Nul besoin d'artifice ou de fioriture, Emma était tout ce dont elle avait envie, tout ce dont elle avait besoin. Ses iris clairs qui la scrutaient sans arrêt, ses boucles blondes qu'elle s'amusait parfois à empoigner à pleine main, son toucher dévorant auquel elle succombait continuellement, ses belles paroles, parfois maladroites mais toujours si sincères, ses baisers plein de sentiments dont elle ne pourrait se lasser, sa force de caractère qui l'avait immédiatement charmée, sa fragilité presque juvénile lorsqu'elle reposait au creux de ses bras, sa douceur lorsqu'elle lui soufflait quelques jolis mots à l'oreille, sa vigueur quand elle la soulevait du sol pour lui faire sauvagement l'amour. Tout d'Emma Swan trouvait grâce aux yeux de Regina. Tout, absolument tout.
C'est à ça que pensait la brune lorsqu'elle s'abandonnait dans son bain, à toutes ces choses qu'elle aimait éperdument, toutes ces choses qui composaient la blonde.
Le cœur léger, la tête relaxée de tout tourment, la directrice s'extirpa de la baignoire, motivée par l'eau refroidie qui lui donnait déjà la chair de poule. Elle s'essuya promptement et enfila en vitesse une nuisette en satin, avant d'aller se fondre dans les draps de son lit.
Elle essaya de trouver le sommeil, elle essaya de toutes ses forces, elle n'y parvint pas. Non seulement, elle s'était couchée bien trop tôt, mais en plus, elle commençait à regretter d'avoir sauté le dîner. Son estomac vide ne cessait de crier famine, si bien qu'elle céda et se leva pour descendre jusqu'à la cuisine.
Soucieuse de ne réveiller ni sa mère, ni son mari, elle traversa la demeure sur la pointe des pieds. Telle une petite souris allant chercher de quoi grignoter, elle se faufila en toute discrétion jusqu'au réfrigérateur dans lequel elle trouva rapidement son bonheur.
Une fois sa faim apaisée, la brune se dirigea tranquillement, mais silencieusement, jusqu'à sa chambre à l'étage, dont elle verrouilla la porte directement après y être entrée.
« Tu ne croyais quand même pas pouvoir t'en tirer aussi facilement.
- Mon dieu !, s'écria-t-elle en se retournant, Mais qu'est-ce que tu fais là ? »
Cora était là, le visage sévère, elle était fièrement assise sur le lit de sa fille.
Visiblement, la jeune femme n'avait pas mené sa petite escapade nocturne avec autant de discrétion qu'elle le pensait.
« Une voleuse de montres ?, lança l'avocate, un sourire moqueur scotché à la figure.
- Je te demande pardon ?, demanda-t-elle en fronçant les sourcils.
Cora leva nonchalamment les yeux au ciel.
- Ta petite-amie taularde est une voleuse de montres, développa-t-elle.
Regina fronça d'autant plus les sourcils, ne comprenant vraiment pas où sa mère voulait en venir.
- Oui, et ?, répondit-elle négligemment.
- Et elle a un fils, poursuivit Cora, Il a huit ans et il s'appelle Henry, comme ton père, se fit-elle un malin plaisir de préciser.
Regina déglutit avec difficulté. Elle comprenait mieux à présent. Sa mère se faisait un plaisir de lui partager les résultats de la petite enquête qui avait dû occuper sa journée.
- Si tu penses m'apprendre quelque chose, tu te trompes, garda-t-elle la face, Je suis déjà au courant de tout ça.
- Mais bien sûr que tu l'aies, railla méchamment la matriarche, Et je suppose que tu sais aussi que la pauvre petite Emma Swan est une orpheline qui a été ballottée de famille d'accueil en foyer tout au long de son enfance ?
Cette fois-ci, Regina n'en savait rien.
Il faut dire qu'elle ne posait jamais de question concernant le passé de la blonde, de peur que cette dernière ne commence à s'intéresser de trop près au sien.
- Bien sûr que je suis au courant, mentit-elle, se voulant convaincante.
Le sourire moqueur de Cora se déploya de plus belle.
- Menteuse. », ricana-t-elle.
L'avocate était ravie. Elle qui voulait seulement effrayer sa fille en lui montrant qu'elle était bien renseignée, avait la joie supplémentaire de constater que la jeune brune ne connaissait pas son amante aussi bien qu'elle l'imaginait.
« Comment vas-tu t'y prendre ? », demanda Cora.
Regina la dévisagea, pleine d'incompréhension.
« Comment vas-tu mettre un terme à cette relation ?, précisa-t-elle sans lâcher sa fille des yeux.
- Je ne sais pas..., soupira la jeune femme, complètement désemparée.
- Qu'est-ce que tu vas lui dire ?, insista-t-elle.
- Mais je n'en sais rien !, protesta la brune en levant le ton.
- Et bien tu ferais mieux d'y réfléchir, condamna Cora, Ma patience à des limites Regina. »
La matriarche se leva et s'avança jusqu'à sa cadette.
« S'il te plait ma chérie, ne me fais pas perdre patience, supplia-t-elle en posant tendrement sa main sur la joue de la jeune femme, Sinon, on sait toutes les deux que tu le regretteras. », acheva-t-elle en la défiant du regard, avant de lui accorder un baiser et de disparaître par la porte.
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Nul besoin de préciser que sa nuit avait été courte, son visage parlait pour elle.
Fort heureusement, une simple touche de maquillage suffisait à effacer la fatigue et le tracas de son minois, pour ne montrer plus que sa beauté habituelle.
Son expression dure et fermée ne laissait cependant planer aucun doute quant au supplice qu'elle vivait intérieurement.
De sa chemise à son pantalon, en passant par sa veste de blazer, elle était tout de noir vêtue.
À priori rien d'étonnant, le noir était sa couleur. Seulement aujourd'hui, la couleur noire, plus qu'un simple goût esthétique, venait refléter son humeur, ses pensées, son deuil à venir.
« Entrez. », autorisa-t-elle, plus sèchement qu'à l'accoutumée.
La détenue aux boucles d'or entra dans le bureau, un grand sourire aux lèvres.
Toute pimpante, elle s'approcha de sa belle dans l'espoir de lui voler son premier baiser de la journée. Elle allait vite déchanter.
« Non, arrête. », déclina la brune alors que la blonde se penchait pour l'embrasser.
La jeune femme se recula. Ses grands yeux ne témoignant que trop bien de son incrédulité.
« Il faut qu'on parle. », déclara Regina, violentant l'intérieur de son être pour conserver la froideur de son extérieur.
Plus qu'incrédule, Emma était à présent terrifiée.
