En voyant la peur et l'appréhension se glisser dans les deux yeux vert d'eau, Regina comprit que la discussion à venir s'annonçait encore plus délicate que prévu.

« Assieds-toi s'il te plaît. », exigea-t-elle, en désignant du regard le siège à l'opposé du bureau.

Emma ne la quitta pas des yeux et ne bougea d'un centimètre.

« Tu m'entends ?, s'impatienta la brune devant ce refus d'obtempérer.

- Tu viens de dire qu'il fallait qu'on parle, alors parle !, haussa-t-elle directement le ton, J'attends, ajouta-t-elle en croisant les bras.

Regina se racla douloureusement la gorge. Elle regarda la blonde qui la surplombait, puis regarda le sol.

- Il faut qu'on arrête, déclara-t-elle tout bas.

- Il faut que quoi ?, interrogea la jeune femme, irritée par ce qu'elle pensait avoir entendu.

- Il faut qu'on arrête, réitéra-t-elle toujours aussi timidement, Je veux qu'on arrête, reformula-t-elle en relevant la tête, luttant pour garder contenance.

- Qu'on arrête ?, répéta la blonde, combattant ses nerfs pour ne pas s'emporter, Qu'on arrête quoi au juste ?

- Tout, prononça-t-elle non sans difficulté, Je veux tout arrêter.

Aux mots énoncés par Regina, le visage d'Emma se déforma de douleur.

- Pourquoi ? », demanda-t-elle en ravalant péniblement sa salive.

La brune baissa à nouveau le regard, incapable de soutenir celui de la blonde plus longtemps.

Elle allait mentir. Elle allait lui mentir. Et elle ne pouvait se résoudre à le faire en la regardant dans les yeux. Elle allait lui dire quelques belles bêtises, quelques ridicules justifications à sa soudaine envie de rompre. Elle allait raconter que cette situation ne lui convenait plus, elle allait prétendre s'être lassée. Elle allait lui mentir parce qu'elle savait déjà que la vérité n'arrêterait pas Emma Swan. La menace de sa mère ne serait suffisante à la stopper, elle en était certaine. Alors elle allait lui faire du mal, et s'en faire par la même occasion. Elle allait lui briser le cœur, le sien avec. Il n'y avait que ça à faire. Elle en était persuadée, là était la seule solution pour échapper aux griffes de sa mère.

« Pourquoi ?, redemanda la jeune femme, plus durement cette fois-ci.

- Parce que—

- Regarde-moi quand tu me parles, imposa-t-elle directement, ne supportant pas de voir sa reine se montrer si lâche.

La brune ferma les paupières, souffla un coup, puis offrit à la blonde un regard le plus détaché possible.

- Je veux arrêter parce que tout ceci ne me convient plus, exprima-t-elle, Je n'y trouve plus mon compte.

- Qu'est-ce qui ne te convient plus ?, demanda Emma, de moins en moins satisfaite par les réponses que lui donnait la directrice.

- Tout, soupira Regina, Toi...»

De ses orbes bruns, elle ne lâchait plus les verts. À mesure de ses mots, elle pouvait voir la déception, la tristesse les emplir. Malgré cela, elle ne s'autorisait à les éviter, elle devait ressentir cette peine, le cruel poids de sa culpabilité. Alors elle s'obligeait à soutenir le regard souffrant, laissant ainsi son cœur se meurtrir de ses propres mensonges.

« Je me lasse de toi, continua-t-elle à fabuler, Notre liaison ne m'est plus d'aucune utilité, je ne ressens plus rien. Je n'ai plus cette attraction pour toi, ce petit quelque chose qui te rendait spéciale. Il n'y a plus rien du tout, tout est terminé.

La tête lui tournait, elle ne pouvait croire aux dires de la brune. Elle ne pouvait adhérer à sa sentence.

- Tu mens, trancha-t-elle, Hier encore, tu te donnais corps et âme à moi sans la moindre hésitation, et aujourd'hui, tu veux me faire croire qu'il n'y a plus rien ? Que tu veux tout arrêter ?, tourna-t-elle au ridicule, à présent persuadée que la belle n'était pas tout à fait sincère avec elle.

Regina ne savait plus que dire tant les paroles d'Emma étaient criantes de vérité. Elle ne savait plus quoi inventer, mais comptait bien s'en tirer d'une manière ou d'une autre. Elle n'allait certainement pas revenir sur sa décision, pas maintenant, elle n'était pas encore prête pour cela.

- Ne t'imagine pas que ça m'est venu du jour au lendemain, moqua-t-elle, Ça fait déjà quelques temps que je me rends bien compte que les choses ne sont plus pareilles entre nous, soupira-t-elle, jouant son rôle à la perfection sans pourtant parvenir à tromper la blonde, Je pensais que les choses allaient s'arranger, que j'allais de nouveau ressentir cette folle attirance que j'avais pour toi... Mais malheureusement, ce n'est pas le cas.

Emma pouffa de rire. Elle n'était pas amusée par la situation, loin de là, mais elle ne pouvait cependant s'empêcher de réagir face à l'absurdité des propos tenus par la brune.

- C'est bon ? Tu as fini ?, demanda-t-elle en tempérant tant bien que mal son agressivité montante, Parce que moi, j'ai fini d'écouter toutes tes bêtises.

- Mais je—

- Non, non. Tais-toi, ordonna-t-elle d'un geste de main, C'est à mon tour de parler maintenant. »

Regina pinça sa bouche et commença à jouer nerveusement avec ses doigts.

« Je te connais Regina, commença-t-elle, Hélas pas autant que je le voudrais, mais suffisamment pour savoir quand tu mens.»

Elle n'aimait pas la tournure que prenait la conversation. Elle n'aimait pas la manière dont les prunelles vertes la toisaient avec sévérité. Par-dessus tout, elle n'aimait pas qu'Emma lise en elle avec tant de justesse et de facilité.

« Depuis que je suis entrée dans ce bureau tout à l'heure, tu n'as fait que me mentir, et j'aimerais bien savoir pourquoi, enchaîna-t-elle, Alors je te le demande, pourquoi ? Est-ce c'est à cause de ta mère ? Elle t'a fait du chantage ou quelque chose du genre ? C'est à cause d'elle n'est-ce pas ?

Emma attendait une réponse, Regina s'enfonçait dans son mensonge.

- Écoute, si ça t'aide à mieux digérer la situation, tu peux bien penser ce que tu veux—

- Oh non !, explosa la blonde dans un rire rageur, N'essaie pas de retourner la situation et réponds-moi !

- Répondre à quoi ?, méprisa la directrice,

À toutes ces accusations qui ne tiennent pas la route ?

- Elle est derrière tout ça, avoue !, supplia-t-elle presque en approchant son visage de celui de la brune.

Regina détourna la tête, le regard dans le vide, elle supportait mal cette soudaine proximité d'une Emma qui ne cessait de la bouleverser davantage.

- Si ma mère m'a aidée à ouvrir les yeux, énonça-t-elle froidement, C'est de ma décision dont il s'agit ici. »

La blonde expira de déception avant de se redresser et de rester silencieuse une bonne minute. Elle était perdue, complètement perdue, tellement perdue qu'elle ne savait plus que penser, que croire, que retenir des dires de la brune.

« Alors tout est vraiment terminé entre nous ?, constata-t-elle tout haut, un soupçon de détresse dans la voix, une vague incertitude dans le ton.

Quelques secondes s'écoulèrent, interminables aux yeux d'Emma, bien trop rapides du point de vue de Regina.

- Tout est terminé, confirma-t-elle, Je suis vraiment désolée...

Cette excuse, à la maladresse certaine, mais à la sincérité sans borne, sonna comme une ultime provocation aux oreilles de la jeune femme.

- Je te déteste, jura-t-elle, Tu ne peux pas imaginer à quel point je te déteste. »

Regina n'eut rien à répliquer, elle se détestait tout autant. Cruelle coupable et pourtant impuissante victime, elle laissa Emma s'en aller avant de fondre en larmes dans ce bureau qui ne lui avait jamais paru aussi froid.

La blonde traversa la prison à toute vitesse. Le regard brouillé par la peine, le corps raidit par la fureur et la respiration saccadée par le tourment, elle arriva en trombe dans sa cellule dont elle claqua violemment la porte.

« Eh oh ! Ça va pas ?! »

Emma se retourna dans un sursaut puis échappa un hoquet de surprise face à la jeune femme qui se tenait devant elle.

« Ça t'arrive souvent de débouler comme ça chez les gens ?!, demanda cette dernière.

D'un rapide coup d'œil, Emma vérifia qu'il s'agissait bien de sa cellule.

- Mais c'est ma cellule, protesta-t-elle en défiant du regard la petite rousse à la tignasse hirsute.

- Oh !, s'adoucit-t-elle directement, Tu dois être Emma Swan alors !, s'exclama-t-elle dans un sourire.

- C'est exact, confirma la blonde, les sourcils toujours froncés face à l'intruse.

- Enchantée, enchaîna la rouquine en lui tendant la main, Moi c'est Mérida Dunbroch, ta nouvelle codétenue.

- Génial..., répondit Emma dans un faux sourire tout en empoignant brièvement la main de la jeune femme, Et bien fais comme chez toi. »

La blonde rejoignit la couchette du haut sur laquelle elle s'écroula de tout son long, la tête enfouie dans son oreiller.

« Je suppose que mon lit est celui du bas, devina Mérida sans quitter Emma des yeux.

- Tu supposes bien, grommela cette dernière sans relever la tête.

- Tu te couches déjà ?, interrogea la nouvelle détenue.

- Oui, grogna Emma, D'ailleurs si tu pouvais la fermer deux minutes, ça ne serait pas de refus...

- Wow, j'espère que tu es juste de mauvais poil, commenta la rouquine, Parce que je n'ai pas spécialement envie de passer les dix prochains mois en compagnie d'une gueule de con pareille.

Un rire étouffé s'extirpa du coussin d'Emma.

- Ne t'en fais pas, rassura-t-elle, Je serai sans doute moins désagréable après une bonne nuit de sommeil.

- J'espère bien, répliqua Mérida, Sinon je m'arrangerai pour te faire envoyer au trou. »

La nouvelle venue avait de l'humour, elle ferait sans doute une bonne codétenue. Seulement la blonde s'en fichait pas mal, trop occupée à broyer du noir au fond de son lit, Emma n'échangea plus un mot avec la jeune femme de toute la soirée.

--

Bien plus accueillante, Cora fonça sur sa fille dès son arrivée au manoir. De son regard perçant, elle n'eut à inspecter Regina qu'une fraction de seconde pour obtenir la réponse qu'elle était venue chercher.

« Je te félicite ma chérie !, se réjouit-elle en la prenant dans ses bras, Tu as fait le bon choix.

- Mais qu'est-ce que tu en sais ?, s'étonna-t-elle en se crispant dans l'étreinte étrangement affectueuse de sa mère.

Un immense sourire aux lèvres, Cora se recula pour venir attraper le menton de sa fille dont elle examina un instant la mine chagrinée.

- Tu as pleuré, lança-t-elle pour seule réponse avant de se reculer, le visage radieux et victorieux, Le dîner est prêt, tu viens manger ? J'ai commandé chinois, tu aimes le chinois ? »

Sidérée par cet échange tout bonnement irréaliste, Regina resta plantée sur place un bon moment. Et lorsqu'elle eut finalement repris le contrôle de ses mouvements, la jeune femme se précipita jusqu'à sa chambre où elle s'enferma à double tour. La joie sur le visage de sa mère était trop suffisante pour qu'elle la laisse en plus s'extasier de son malheur tout au long du dîner.

Alors, à l'image de son amante déchue, Regina s'écroula sur son lit. Ses draps en coton égyptien pour éponger ses larmes, la jeune femme ne lésina pas sur les pleurs. De la nuit, elle ne ferma l'œil, trop occupée à extérioriser tout ce mal-être qui la rongeait. Cette douce et vicieuse torture qu'elle s'infligeait tout seule et dont elle rendait coupable le monde entier. Elle en voulait à tous. À Léopold, à sa mère, et par-dessus tout à Emma. Cette femme qui était la cause de tous ses maux. Cette femme sans laquelle rien n'avait plus d'importance. Cette femme qui lui faisait vivre les choses pleinement, qui la faisait vibrer trop fort, ressentir trop violemment. Cette femme qui était à la source de ses sensations, au foyer de ses émotions et à la racine de ses sentiments. Cette femme sans qui plus rien n'avait de sens. Cette femme dont l'absence était insupportable. Cette femme qui la ferait courir à sa perte, ou qui l'amènerait jusqu'à sa résurrection.

Cette femme pour qui la nuit fut tout aussi tumultueuse, et le réveil, furieux.

Après avoir passé des heures entières à se morfondre et à maudire Regina Mills, la blonde éprouvait à présent ce besoin fulgurant d'aller lui cracher sa haine au visage. Et dès le service du matin fini, c'est ce qu'elle fit. Pleine de ressentiment, Emma fonça jusqu'au bureau de la directrice pour la confronter une bonne fois pour toutes.

Elle ouvrit la porte sans prendre la peine de s'annoncer et se rua à l'intérieur de la pièce où elle eut le plaisir de surprendre la brune.

Avant d'arriver à sortir le moindre mot, Regina ouvrit et ferma sa bouche à plusieurs reprises. Il lui fallut une seconde ou deux pour se reprendre, le temps pour Emma de contourner le meuble blanc et de se poster à ses côtés.

« Mademoiselle Swan ?, commença-t-elle en se levant, Je peux savoir ce que vous faites ici ?, ajouta-t-elle en reculant jusqu'au mur, voulant s'éloigner le plus possible de cette blonde à l'air hostile, Je pensais pourtant avoir été assez claire hier soir.

- Oh je t'en prie Regina !, rigola-t-elle méchamment, Garde cette attitude et ce vouvoiement ridicule pour toi, tu ne dupes personne ! Ou en tout cas pas moi !

Ce ton agressif qu'elle prenait pour s'adresser à elle n'était pas pour lui plaire. Relevant son minois hautain en l'air, la directrice n'allait pas se laisser marcher sur les pieds bien longtemps.

- Sortez immédiatement de ce bureau, articula-t-elle froidement.

- Ou sinon quoi ?, provoqua Emma en haussant les épaules, Tu vas appeler maman à la rescousse ?, ridiculisa-t-elle.

C'en était trop, elle ne pouvait en tolérer davantage, la Méchante Reine ne le permettrait pas.

- Ça t'est insupportable, n'est-ce pas ?, demanda-t-elle en s'avançant d'un pas, ses yeux ténébreux braqués dans les verts.

- De quoi ?, ne saisit-elle pas.

- De savoir que je ne veux plus de toi, que je me suis ennuyée de toute ta petite personne, que tout ce que tu as à me donner ne m'intéresse plus, énuméra-t-elle en poignardant Emma de chacun de ses mots, Je t'échappe et tu ne le supportes pas.

Sentir la brune si proche d'elle enflamma tout son corps, la voir si incisive à son égard, embrasa tout son être.

- C'est vrai, ça m'est complètement insupportable. », admit-elle.

Un petit sourire victorieux mais factice se dessina sur la bouche rouge sang.

« Mais tu sais ce qui m'est encore plus insupportable ? », rebondit la blonde.

Confrontée aux orbes clairs dont elle était incapable de se détacher, Regina mima un furtif non de la tête.

« Ce que je ne supporte pas, reprit-elle, C'est de savoir qu'une femme aussi forte que toi, une femme aussi belle et aussi intelligente. Qu'une femme avec un tel caractère, une telle poigne, ne soit plus qu'une petite fille impuissante lorsqu'elle se retrouve face à sa maman.

Se détacher des prunelles vertes fut tout à coup une nécessité.

- Arrête donc de spéculer sur un sujet dont tu ne sais rien, finit-elle par répondre en relevant la tête tant bien que mal.

- Je ne sais peut-être rien de la relation que tu entretiens avec ta mère, mais je sais que dès l'instant qu'elle a été au courant pour nous, tu as pris peur, répliqua-t-elle, Et voilà qu'une semaine après, tu ne ressens miraculeusement plus rien pour moi. Drôle de coïncidence, tu ne trouves pas ?, attaqua-t-elle.

- Je te l'ai déjà expliqué, mais apparemment ça a du mal à rentrer, alors je vais me répéter, s'agaça-t-elle, Ma mère a critiqué notre relation, c'est vrai, accorda-t-elle, Mais c'est moi qui ai tout remis en question, moi qui ai compris que le jeu n'en valait pas la chandelle, moi encore qui ai réalisé que tu ne comptais pas vraiment à mes yeux. C'est moi qui ai décidé de rompre avec toi, moi et personne d'autre, insista-t-elle, cinglante, C'est ma décision Emma, alors accepte la s'il te plaît.

Bousculée par la rudesse de son ancienne maîtresse, la blonde perdit la face une seconde. Elle reconsidéra tout ce qu'elle pensait jusqu'alors, allant jusqu'à remettre en cause son propre raisonnement. Peut-être avait-elle imaginé tout cela. Extrapoler l'emprise qu'entretenait Cora Mills sur sa fille rendait la pilule plus facile à avaler. Tenir la matriarche pour responsable de cette rupture était sans doute moins douloureux que de croire que Regina ne voulait en vérité plus d'elle.

- Si c'est vraiment ta décision, alors je ne m'y opposerai pas, accepta Emma, se voulant convaincue des paroles de la brune.

- Et bien, tout est réglé alors, conclut Regina.

La blonde releva le regard pour croiser les deux iris chocolat. Elle vit alors que la peine les avait saccagés de son humidité.

- Non, pas tout à fait. », refusa-t-elle dans une soudaine impulsion.

Emma ne savait plus quoi penser, mais elle ne croyait définitivement plus à l'insensibilité de la reine à son égard. Elle avança d'un pas, ses yeux rivés dans les bruns. Elle en fit un second, sans défaire le contact visuel. Elle s'approchait, l'autre s'éloignait. Elle continua, l'autre s'arrêta, bloquée par le mur. Elle se tenait à présent si proche qu'elle pouvait sentir la panique chez cette femme dont les yeux étaient toujours plongés dans les siens.

« Je ne sais pas ce qui se passe vraiment Regina, commença-t-elle, Je ne saisis pas tout, c'est certain, mais je suis sûre d'une chose, avança-t-elle, C'est peut-être ta décision, mais je sais qu'au fond, tu la prends à contre-cœur. »

Pour ponctuer sa phrase, Emma posa délicatement sa main contre la joue de la brune qui ferma les yeux sous la douceur du contact.

« J'ai raison, n'est-ce pas ?, demanda-t-elle, Dis-moi que j'ai raison. »

Regina prit son temps pour répondre. Pas pour trouver ce qu'elle allait bien pouvoir dire, mais simplement pour profiter de la sensation de la main d'Emma contre sa joue. Pour savourer cette délicieuse chaleur qui s'insinuait dans son corps. Pour se délecter une dernière fois de cette sublime sensation qu'était le toucher d'Emma Swan. Il lui fallut de longues secondes pour se décider à parler et ainsi briser ce divin sentiment dont elle allait bientôt se priver.

« Ce que je ressens importe peu, décida-t-elle en rouvrant les yeux, Cette relation doit s'arrêter, c'est comme ça et puis c'est tout. »

La main d'Emma abandonna sa joue, un froid glacial sembla inonder son être. Impassible d'apparence, mais torturée à l'intérieur, Regina observa la blonde s'énerver et quitter son bureau sans opposer quelconque résistance.

« Tu as raison, s'était-elle emportée, Si tu es trop lâche pour assumer ce que tu ressens, si tu es trop faible pour te battre pour nous, alors il vaut mieux tout arrêter. »

Elle avait ensuite rageusement posé la carte magnétique sur le marbre blanc.

« Je n'aurais jamais pensé redire ça un jour, mais finalement jamais raison depuis le début, avait-elle énoncé avec dégoût, Vous me faites de la peine, et je vous plains, Regina Mills. »

Puis elle était partie, sans se retourner, sans même fermer la porte derrière elle.

--

« Tu es sûre que ça va maman ?, demanda-t-il.

- Pour la vingtième fois Henry, soupira-t-elle, Oui, tout va très bien.

- Pourquoi est-ce que je n'arrive pas à te croire ?, interrogea le gamin en prenant ce ton qui lui donnait l'air d'être un petit adulte.

- Peut-être parce que tu es une vraie tête de mule quand tu t'y mets, se moqua Emma, un sourire de façade sur les lèvres.

- Ou peut-être que c'est parce que j'ai raison, défendit-il, toujours très sûr de ce qu'il avançait.

- Ahhh, ce que tu peux être agaçant, râla-t-elle en basculant la tête en arrière.

- Papa me le dit souvent, s'esclaffa le petit garçon, Puis en général, il ajoute que je tiens ça de toi.

- Il a vraiment dit ça ?!, s'offusqua la blonde.

- Oui, rigola-t-il de plus belle, Et pas qu'une fois !

- Il ne perd rien pour attendre celui-là !, fit-elle semblant de s'énerver pour amuser l'enfant.

- Oh ! Mais je ne t'ai pas raconté !, s'exclama Henry après quelques éclats de rire.

- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?, s'intéressa Emma, motivée par l'engouement du petit garçon.

- Je ne suis pas censé te le dire, débuta-t-il avec un petit sourire malin, Mais l'autre jour, papa a utilisé ta voiture—

- Non ? Il n'a pas osé ?!, se moqua la détenue, amusée que le gosse fasse toute une montagne de cette simple anecdote.

- Attends de connaître la suite, prévint le gamin, pas peu fière du scoop qu'il rapportait à sa mère, Il l'a utilisé et il a eu un accident avec, elle est toute cabossée maintenant.

Estomaquée, elle dut prendre sur elle pour ne pas franchir les barrières de sécurité qui la séparaient de Neal. Elle qui tenait tant à sa vieille coccinelle jaune n'allait pas le laisser s'en tirer si facilement.

- Tu diras à ton père qu'il t'accompagne me rendre visite samedi prochain, demanda-t-elle très sérieusement, Je vais lui apprendre à abîmer ma titine adorée, grommela-t-elle.

- Je lui ferai passer le mot !, promit Henry alors que la sonnerie de fin des visites retentissait.

- Je compte sur toi mon chéri, appuya la blonde en se levant pour serrer son fils dans les bras, Je t'aime fort, lui dit-elle en embrassant son front, J'ai déjà hâte d'être à samedi prochain pour te voir.

- Et pour mettre une raclée à papa, taquina le petit garçon.

- Et pour mettre une raclée à papa, confirma-t-elle en riant.

- Moi aussi je t'aime fort, renvoya Henry en quittant les bras de sa mère, Et j'espère que tu iras mieux samedi prochain. »

--

« Mais puisque je te dis que je vais bien !, s'énerva-t-elle en se débarrassant de son manteau.

- Tes yeux sont encore plus rouges qu'hier, se moqua Cora, Je parie que tu as passé ta journée à pleurer comme une idiote !

- Oui c'est vrai, admit la jeune brune en haussant les épaules, Et je vais sûrement continuer en passant la nuit à m'apitoyer sur mon sort, ajouta-t-elle dans un petit sourire brisé, Qu'est-ce que ça peut bien faire après tout ? Tu devrais être contente, je suis faible, tu avais raison, asséna-t-elle en la dépassant pour monter les escaliers.

- Je n'en demandais pas tant, railla Cora, Mais c'est bien que tu l'admettes. Mieux vaut tard que jamais ! »

Remontée contre sa mère, Regina s'apprêtait à répondre lorsqu'elle fut coupée par des coups portés contre la porte d'entrée. Elle n'eut le temps d'en placer une que la matriarche ouvrait déjà à l'importun.

« Vous êtes ?, demanda Cora dans une amabilité des plus douteuses.

- Bonjour madame, salua l'inconnu, Je suis Sidney Glass, un collègue de Regina Mills. Elle n'est pas ici ?

Regina se glaça du haut des escaliers. Une nouvelle fois, elle avait oublié l'invitation du pauvre homme. Cette jolie invitation à l'opéra qu'il lui avait offerte pour son anniversaire avait été reléguée aux oubliettes dès l'arrivée de Cora le soir du 1er février.

- Mais bien sûr qu'elle est ici, s'amusa cette dernière en voyant le bouquet qu'il tenait dans ses mains, Elle vient de rentrer, vous voulez que j'aille la chercher ?

- Je veux bien si ça ne vous dérange pas, accepta poliment le responsable de la sécurité, Nous devons être à l'opéra d'ici une demi-heure, alors il ne faut pas tarder.

- Oh, je vois, s'esclaffa Cora, Elle ne m'en a pas parlé, j'espère qu'elle n'a pas oublié au moins.

- Ça ne serait pas la première fois..., fit remarquer l'homme en se grattant l'arrière de la tête, visiblement gêné et nerveux que cela puisse se reproduire ce soir.

- Entrez mon cher, je vais voir ce qu'elle peut bien fabriquer. », enchaîna la matriarche, visiblement enchantée par la situation.

Elle monta à l'étage et ne prit pas la peine de toquer avant d'entrée dans la chambre de sa fille.

« Je vois que tu as tout entendu, pouffa-t-elle en voyant la jeune brune qui s'activait de se préparer, Tu avais oublié, n'est-ce pas ?

- Avec la semaine que je viens de passer, ça m'était complètement sorti de la tête, confirma Regina en se faufilant dans une élégante robe violette.

- C'est bien qu'il te fasse sortir, commenta-t-elle, Avec un peu de chance, il te fera oublier ta petite traînée le temps d'une soirée, se fit-elle un malin plaisir de piquer.

- Ne parle pas d'elle comme ça, condamna Regina.

- Tu préfères que je l'appelle comment ?, provoqua Cora, La voleuse de montres ? La criminelle de bas étage ? La taularde lesbienne ?

- Ne l'appelle pas et ferme plutôt ton clapet, proposa la jeune femme, poussée à bout, J'ai fait ce que tu voulais, alors pas besoin d'en rajouter.

- Pourquoi ai-je l'impression que tu m'en veux ?, releva la matriarche, Tu ne réalises toujours pas que c'est pour ton bien que j'ai fait ça ma chérie ?

- Pour mon bien, s'étouffa-t-elle presque, Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre...

- Parce que tu penses que ça t'aurait servie de rester avec cette pauvre fille ?, méprisa l'avocate, Tu devrais me remercier d'avoir empêché que cette sale petite invertie ne profite de toi.

La veine battante au milieu de son front, Regina chaussa son second escarpin, ne pouvant s'empêcher de penser qu'elle aurait préféré le planter au sommet du crâne de sa très chère mère.

- Je t'interdis de me parler d'elle, tu m'entends, articula-t-elle froidement avant de quitter sa chambre, Tu en as déjà assez fait comme ça. »

Cora observa sa fille s'en aller sans rien dire. Elle attendrait son retour pour remettre les pendules à l'heure. Cette petite sotte ne lui parlerait pas sur ce ton bien longtemps.

--

« Ça t'a plu ?, demanda Sidney alors qu'ils sortaient du bâtiment.

- Oui beaucoup, admit Regina, C'était très beau.

- J'ai vu que ça t'avait arraché quelques petites larmes, se moqua-t-il gentiment, Je ne savais pas que la grande Regina Mills était si émotive.

- Il faut croire que je cache bien mon jeu. », répondit-elle, bien consciente d'avoir pleuré comme une madeleine tout au long du spectacle.

Malgré toute la bonne volonté du monde, la brune n'était pas parvenue à rester de marbre. Il faut dire que la pièce choisie par Sidney, dépeignant le tragique destin de deux amants maudits, ne lui avait pas été d'une grande aide dans le refoulement de ses sentiments.

Alors, une fois que l'homme l'eut déposée devant chez elle, Regina se hâta de rejoindre la cave à vin. Elle avait besoin d'un remontant, une bouteille du premier château qui lui passerait sous la main ferait l'affaire.

Le liquide rougeâtre coula le long de sa gorge, elle ravala les sanglots qui menaçaient à nouveau. Le verre à pied en main, elle s'apprêtait à monter les marches pour rejoindre sa chambre lorsqu'elle s'arrêta brusquement en croisant son reflet dans le miroir.

Ce beau miroir aux gracieuses dorures. Ce beau miroir qui renvoyait un bien vilain reflet.

Elle ne s'était jamais vue aussi laide. Elle ne supportait pas ce qu'elle voyait. Elle se trouvait minable, parfaitement lamentable. Elle but une nouvelle gorgée de vin, le regretta aussitôt. Il était infect. Elle plissa les yeux, s'étudia attentivement du regard. Elle était ignoble. Comment avait-elle pu faire ça ? Pourquoi finissait-elle toujours par subir ? Elle était déçue d'elle-même. Elle se dégoûtait. Trahie par ses propres décisions. Meurtrie par leurs conséquences. Cela devait cesser. Elle n'en pouvait plus. Elle ne pouvait plus. Sa robe l'étouffait. L'air lui manquait. Elle ne voyait plus bien. Où était-elle ? Que faisait-elle ? Elle délirait sans doute. Elle ne s'était certainement pas limité à un verre. Toute la bouteille avait dû y passer. Elle n'en savait rien. Elle ne savait plus. Ne pensait plus. Ou au contraire, elle pensait peut-être trop. La tête lui tournait. La nausée lui montait. Elle avait envie de pleurer, mais pleurait pourtant déjà. Elle ne se voyait plus et ne pouvait plus se voir. Elle se détestait. Jamais elle n'avait autant détesté quelqu'un. Elle était tombée bien bas, plus bas que terre. Elle ne se relèverait pas. Elle n'en avait pas la force. Elle était lâche. Elle était de celles que l'on plaint. Elle était faible, trop faible, affreusement faible. Elle allait abandonner. Se laisser flotter. Se faire ensevelir, enterrer vivante. Si, vivante, elle était encore. Elle abandonnait. C'était fini. Tout était terminé. C'était sa décision.

« Ah tu es rentrée !, l'interpella Cora du haut des escaliers, Je ne t'avais pas entendue. »

La voix de sa mère la fit revenir à elle. Elle sortit tout à coup de cet état de confusion dans lequel l'alcool et le désespoir l'avaient plongée. Elle papillonna des yeux. Resserra sa prise autour du verre. Se regarda à nouveau.

« Je n'ai pas aimé la manière dont tu m'as parlé tout à l'heure. », releva Cora en s'approchant de sa fille.

Regina resta silencieuse, tout en observant le reflet de la matriarche apparaître juste derrière le sien.

« Tu as toujours eu du mal à contrôler tes émotions, reprocha l'avocate, Mais ça n'est pas une excuse pour m'accuser constamment de tous tes malheurs. »

Regina resta de glace, n'écoutant que d'une oreille les dires de sa mère qui faisaient pourtant leur chemin jusqu'à son cerveau.

« Tu es une adulte maintenant ma chérie, fit remarquer Cora, Alors il serait temps d'assumer le poids de tes actions. »

La matriarche disparut du reflet pour se diriger vers la cuisine.

« Je ne serai pas toujours là pour te sauver la mise comme je l'ai fait après Robin ou comme je viens de le faire avec cette femme. »

Son regard furieux aux pupilles acérées braqué sur le miroir, elle explosa. Dans un geste guidé par la rage qui sommeillait en elle, Regina envoya valser son verre et brisa la glace.

Non, elle ne laisserait pas sa mère s'en tirer victorieuse. Pas cette fois, il en était hors de question. Elle allait se battre. Elle allait se battre et elle allait gagner.

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[ Hey!

J'espère que ce chapitre vous a plu !!

En tout cas merci pour vos derniers commentaires et bienvenue aux nouveaux lecteurs :)

Sinon je préfère vous prévenir, il n'y aura pas de chapitre le week-end prochain. Il faut vraiment que je consacre les deux semaines qui arrivent aux dossiers que j'ai à rendre pour la fac si je veux espérer les rendre à temps :')

Enfin bref, on se retrouve donc pour un nouveau chapitre le week-end du 16 avril, d'ici là, portez-vous bien!!

PS: j'essaierai de m'arranger pour poster un chapitre bonus pendant les vacances de pâques afin de rattraper celui du week-end prochain ;) ]