« Mère ? »
L'avocate venait de se lever. Elle pouvait l'entendre descendre les marches d'un rythme lent mais régulier, faisant craquer chaque lame de bois de la pointe de ses pieds.
« Venez au salon, je dois vous parler. »
Sûre d'elle, Regina abordait sa mère d'un ton confiant, d'une voix sans équivoque.
Lorsque Cora entra dans la pièce, son peignoir de soie bleu sur les épaules, la jeune brune ne se démonta pas, bien au contraire.
« Tu as petite mine, lança la sexagénaire en guise de bonjour.
- C'est normal, je n'ai pas beaucoup dormi, expliqua Regina en balayant sa chevelure ébène d'un revers de main.
- Tu as encore passé la nuit à pleurer, je parie, attaqua-t-elle d'emblée en étudiant de son regard perçant le minois fatigué de sa fille.
- Oui, mais pas que, n'accorda-t-elle qu'à moitié, J'ai réfléchi aussi. Beaucoup réfléchi.
Un petit sourire moqueur s'insinua sur les lèvres démaquillées de la matriarche.
- Ah oui ?, railla-t-elle, Et à quoi as-tu réfléchi ?
- À ma vie, déclara Regina pleine d'aplomb, À tout ce que j'ai accepté et à tout ce que j'ai perdu.
Cora leva les yeux au ciel tout en se laissant nonchalamment tomber dans le canapé du salon.
- Et où ta réflexion t'a-t-elle mené ?, demanda-t-elle sans vraiment s'inquiéter de la réponse, Qu'est que tu en as conclu ?
- J'en ai conclu que ma vie ne me convenait plus—
- Et bien voyons !, s'esclaffa l'avocate.
- J'en ai conclu que ma vie ne me convenait plus, reprit-elle en peinant à garder son calme, Et que je ne voulais plus refaire les mêmes erreurs par ta faute.
- Par ma faute ?!, s'offusqua presque Cora, les sourcils arqués et une main plaquée sur le torse.
- Oui par ta faute !, appuya Regina en haussant le ton, incapable de garder son sang-froid face à cette mère si détestable, Il est hors de question que tu continues à régir ma vie comme tu le fais depuis toujours. Alors maintenant, tu peux bien faire ce que tu veux, mais sache que je ne t'obéirai plus.
La mâchoire serrée, l'avocate croisa les bras, visiblement contrariée par l'attitude de sa progéniture.
- Dois-je comprendre que tu vas continuer à entretenir ta liaison saphique et illégale ?
Tendue de tout son long et prête à en découdre, la jeune brune se donna un grand mal pour ne pas bondir sur l'exécrable avocate.
- Oui, je compte continuer à fréquenter Emma, déclara-t-elle en la regardant droit dans les yeux, Et dès à présent, je ferai ce que je veux, que ça te plaise, ou non.
- Mais qu'est-ce que tu veux, ma chérie ?, interrogea Cora de sa voix méprisante, Ruiner la vie que j'ai eu tant de mal à te construire ? C'est bien de cela qu'il s'agit, non ? Tout envoyer valser pour les beaux yeux d'une petite crapule ! Non mais tu t'entends ? Tu penses vraiment que je vais te laisser faire ?! Parce que si c'est le cas, tu te plantes sur toute la ligne. Tu ne t'en tireras pas comme ça Regina, j'y veillerai personnellement, et tu le sais. »
Les mots de sa mère se propagèrent à mille à l'heure dans tout l'espace. Vibrant dans l'air et se répétant au rythme d'un canon incessant, les paroles de la matriarche virent s'abattre brutalement contre ses tempes, l'obligeant à fermer les yeux. Lorsqu'elle les rouvrit, elle jura qu'il ne s'était pas écoulé plus d'une seconde ou deux, et pourtant elle ne reconnaissait plus rien de ce qui l'entourait encore un instant auparavant. Le salon du manoir avait disparu pour faire place à une pièce qui lui était complètement étrangère. À en juger par le grand lavabo et le plan de travail central, la pièce en question était une cuisine. Une cuisine cependant bien étrange puisque carrelée de noir du sol au plafond. L'ambiance était obscure, le manque de lumière rendait l'atmosphère suffocante, et l'odeur pestilentiel qui planait n'aidait en rien. Regina étouffait, elle ne se sentait pas à son aise dans cet endroit sombre et inquiétant. Comme menacée par cette atmosphère hostile, la brune fit un pas en arrière, puis deux, puis trois, et enfin, s'arrêta. Son pied avait buté sur quelque chose, alors, tremblante, elle se retourna. La vision morbide qui s'étendait sous ses yeux lui donna la nausée. Là, allongée au sol, la dépouille de sa mère baignait dans une mare de sang. Le regard d'habitude si perçant de Cora n'était plus. À la place, deux globes blancs et vitreux emplissaient ses orbites, ne faisant que souligner davantage l'aspect répugnant de la trépassée. Son expression aux traits déformés par l'effroi donnait quant à elle l'impression d'une possession démoniaque dont l'exorcisme aurait mal tourné. Le faciès du macchabée n'était pas beau à voir, et pourtant, il ne pouvait rivaliser avec l'horreur du reste. En effet, le cadavre était paré d'un trou béant au milieu de la cage thoracique. Trou béant duquel dépassaient quelques viscères en tout genre et une poignée d'os encore blottis dans la chair. Difficile à soutenir du regard, l'image d'une Cora sauvagement assassinée provoqua un énième haut-le-cœur à Regina qui, pour retenir la bile, dut plaquer la main contre sa bouche. Ses yeux s'écarquillèrent alors en sentant une substance tiède et visqueuse se déposer contre son visage. Dans un mouvement brusque et paniqué, la jeune femme recula ses mains qu'elle découvrit maculées de sang frais. Tout se bouscula alors dans son esprit. Les désaccords qui n'avaient fait que grandir au fil de la discussion. Les arguments de l'une qui ne laissaient aucunement place à ceux de l'autre. Les cris et les injures, puis les pleurs, et puis les cris et les injures. La dispute verbale qui s'était muée en véritable combat de force. La gifle qui était partie s'abattre sur sa joue. Sa main qui, pour se rendre, s'était directement enfoncée dans le thorax de la matriarche. Ses doigts qui avaient agrippé l'organe palpitant pour l'arracher à sa cage. La tête lui tournait, Regina ne savait plus que penser, que croire. Tout cela s'était-il réellement passé, ou était-elle en plein délire ? La vue des restes de sa mère lui faisait sans doute perdre les pédales. Où alors peut-être les avait-elle perdues bien avant cela ? Prise par la frénésie, la brune regarda ses mains, puis sa mère, ses mains, puis sa mère, puis ses mains encore, et sa mère ensuite. Elle poussa un cri, un hurlement à réveiller un mort : le cœur reposait au creux de sa paume, enlacé par la prise ferme de ses doigts, il battait encore.
En sueur, elle se redressa. Une goutte perlait du sommet de son front, son souffle s'était coupé sous le choc, son pouls quant à lui, pulsait à en défaire ses artères.
Un cauchemar. C'était un cauchemar, rien de plus. De la dispute dans le salon, au cadavre dans la cuisine, elle avait tout inventé, tout. Son esprit lui avait joué un bien vilain tour.
Quelques heures plus tard, Regina se garait devant le pénitencier Gold. Son mauvais rêve toujours en tête, elle soupira. Après avoir passé toute la veille à se creuser les méninges dans l'espoir de trouver un moyen d'évincer Cora, voilà qu'elle se mettait même à rêver de son meurtre. Toute cette histoire allait finir par la rendre dingue.
Hormis ce mauvais rêve qu'elle aurait préféré éviter, ce dimanche de réflexion lui avait au moins permis de se fixer sur un point. Rien ne servait d'attaquer bêtement Cora de front. Pour vaincre la matriarche, elle devrait s'y prendre avec ruse et finesse. Et pour ce faire, Regina comptait donner à sa très chère mère la satisfaction illusoire que tout se déroulait comme elle le souhaitait. Oh oui, elle ne savait pas encore exactement comment, mais elle allait berner la bête !
Alors, malgré la fatigue émotionnelle de cette fin de semaine, ce fut avec un petit sourire d'espoir qu'elle fit son entrée dans l'enceinte de la prison. Sourire qui lui fut retiré dès qu'elle croisa, au détour d'un couloir, les deux yeux vert d'eau.
« Emma !, s'exclama-t-elle de surprise.
Le regard brun était doux. Il ne laissait planer aucun doute sur la joie que cette rencontre procurait à Regina. Le regard d'Emma, lui, était tout autre.
- Madame Mills. », rendit-elle froidement avant de la dépasser sans se retourner.
La directrice hésita un instant. Elle avait envie de la rattraper, envie de lui courir après le long de ce couloir, envie de la rassurer, de la prendre dans ses bras. Seulement elle ne fit rien. Elle se l'était promis, elle ne retournerait pas vers Emma avant d'avoir trouvé un semblant de solution pour la protéger de sa mère.
La mine triste, Regina poursuivit donc son chemin jusqu'à son bureau, où elle passa le reste de sa journée à peaufiner minutieusement son plan. Et elle fit de même tout au long de la semaine, jusqu'au vendredi soir où elle apprit une nouvelle qui n'aurait pu la ravir davantage.
« Je prends mon vol pour Boston demain matin à huit heures, déclara Cora alors que le dîner touchait à sa fin.
- Déjà ?, se plaignit presque Léopold.
- Et oui, les affaires m'attendent !, répondit joyeusement l'avocate, Maintenant que j'ai réglé tous vos petits soucis, plus rien de me retient ici, ajouta-t-elle en jetant un coup d'œil à sa fille, J'ai raison n'est-ce pas ? Tu ne poseras plus de problèmes Regina ?
La jeune brune se leva, des larmes de crocodile aux coins des yeux.
- Si ça ne vous dérange pas, je pense que je vais aller me coucher, décréta-t-elle, Avec un peu de chance, vous serez partie avant mon réveil, alors je vous souhaite un bon retour à Boston, mère. »
Puis elle tourna les talons et quitta la pièce pour se réfugier dans les escaliers du haut desquels elle comptait bien écouter la suite de la conversation.
« Je reste persuadé qu'elle recommencera tout son petit cirque dès que vous serez partie, ronchonna le Maire.
- Mais enfin ne soyez pas si pessimiste Léopold, pouffa la matriarche, Vous l'avez vu ? Elle est complètement anéantie.
- Oui pour l'instant, mais dès qu'elle se sera remise—
- Et bien nous en reparlerons quand ce sera le cas, coupa Cora, Mais vous connaissez ma fille, moqua-t-elle, Elle n'est pas du genre à se remettre rapidement d'un chagrin d'amour.
- C'est vrai, admit-il, un désagréable petit rictus au coin de la bouche.
- Si vous voulez mon avis, cette pauvre sotte va passer quelques longs mois à pleurer avant d'oser se rebeller à nouveau, avança l'avocate.
- Qu'adviendra-t-il le jour où elle recommencera ?, interrogea Léopold.
- Et bien mon cher, je reviendrai pour la calmer, tout simplement !, railla fièrement Cora en terminant son verre de vin rouge, Mais d'ici là, ne vous en faites pas, Zelena veille au grain, rassura-t-elle, Et je sais déjà que vous ferez de même. »
Du haut des marches, Regina soupira de voir ses craintes se confirmer. La suite de son plan ne lui plaisait guère, mais elle avait déjà réussi à éloigner sa mère, alors il était hors de question de s'arrêter en si bon chemin.
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Elle s'était réveillée ce samedi matin avec la boule au ventre. Après avoir retardé la confrontation avec Emma tout au long de la semaine, voilà qu'elle s'apprêtait enfin à avoir une discussion avec cette dernière. Et si elle avait plus que hâte de la retrouver, elle devait bien avouer qu'elle redoutait quelque peu sa réaction. Stressée mais pressée de retrouver sa blonde, Regina avait soigné son apparence. Elle avait perfectionné son brushing, s'était parée de son plus beau rouge à lèvres et avait enfilé une robe moulante dans laquelle elle se sentait séduisante.
Mais alors qu'elle observait discrètement Emma à travers la vitre de la salle des visites, se sentir séduisante lui sembla bien dérisoire. La voir ainsi, discuter paisiblement jusqu'à presque rigoler en compagnie de Neal la fit se raidir de tout son long. Ses billes acérées braquées sur la blonde, la brune aurait tout donné pour traverser la vitre et prendre la place de cet ancien compagnon qui attisait soudain sa jalousie. Cette jalousie d'autant plus amère qu'elle s'en savait la seule coupable. Elle avait perdu Emma, et tout était de sa faute. Mais sa détermination ne flanchait pas, elle allait arranger les choses, tout arranger, il le fallait.
« Je n'en reviens toujours pas !, s'exclama-t-elle en rigolant.
- Oh c'est bon arrête de te foutre de ma gueule Swan, râla le type en conservant tout de même son sourire en coin.
- Je suis désolée Neal, continua-t-elle de se moquer, Mais 900 euros de réparation sur ma vieille coccinelle jaune, c'est fort quand même !
- Je suis sûr qu'elle ne vaut même pas autant.» , se fit un plaisir de renchérir Henry, faisait rire sa mère de plus belle.
Dans son fou rire, Emma laissa vagabonder son regard à travers la salle, jusqu'à tomber sur deux iris chocolat qui la transcendèrent sur place. Malgré elle, la blonde reprit immédiatement son sérieux. Un sérieux triste et énervé, qui sembla faire fuir la brune puisque Regina s'évapora rapidement de l'autre côté de la vitre.
La visite de Neal et Henry fut tout à coup bien terne aux yeux d'Emma. À l'instar de la semaine qu'elle avait traversé avec difficulté, ce fut l'air maussade que la jeune femme aborda le reste de la journée. Du retour de Ruby aux pitreries de Merinda, rien, absolument rien ne parvint à la distraire du regard que lui avait jeté Regina. Ce regard si profond, si puissant. Ce regard qui lui avait fait ressentir tant de choses. Ces deux yeux qu'elle avait envie d'adorer et de crever dans un même instant.
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Seule dans la cuisine, elle finissait la vaisselle du soir même. Les autres filles étaient parties depuis longtemps, même Granny avait décommandé plus tôt en raison de l'état inquiétant de Ruby. À l'abri des regards indiscrets, Emma laissait échapper son trop-plein d'émotions en récurant rageusement les fonds de casseroles. Elle concentra d'abord son toucher sur l'éponge qu'elle enserra avec force, puis sa vue sur les dessins circulaires laissés par la mousse, son odorat sur l'arôme acidulé dégagé par le produit vaisselle, son goût sur les effluves salées des dernières larmes qui s'infiltraient entre ses lèvres entrouvertes, et enfin, son ouïe sur le son du filet d'eau chaude et du grattoir raclant l'acier inoxydable. Elle commençait tout juste à se calmer lorsqu'un bruit parasite vint troubler la quiétude nouvellement acquise.
Des talons hauts martelant le carrelage.
C'était elle, elle était là.
Emma se retourna en laissant négligemment tomber son éponge au fond de l'évier. Elle se voulait indifférente à l'arrivée de la brune, mais fut largement trahie par son attitude qui n'illustrait que trop bien son chaos intérieur. De son regard hagard, tantôt fuyant, tantôt absorbé par la silhouette qui lui faisait face, en passant par son visage renfrogné par la haine et affligé par le chagrin, jusqu'à ses lèvres pincées et tremblantes, pressées de dire mais ne sachant pas exactement quoi. Tout chez la blonde témoignait de l'émoi que lui provoquait Regina.
Cette Regina si bien apprêtée en cette fin de journée qu'on l'aurait soupçonnée de s'être refait une beauté il y a quelques minutes à peine. Moulée dans sa robe noire aux manches bleues et au décolleté alléchant, elle était délicieuse, et ça la rendait encore plus détestable.
Son visage coupable et hésitant, couplé à sa posture droite et confiante ne faisait que parfaire l'irritabilité d'Emma à son égard. La brune était là, si belle, si désirable, presque touchante avec son regard peiné. Mais en même temps toujours aussi prétentieuse et gonflée d'avoir le culot de se pointer là le menton relevé.
« Qu'est-ce que tu fais ici ?, lança-t-elle de son air défiant.
- Il faut qu'on parle—
- Pourquoi est-ce que j'ai une sale impression de déjà vu ? », ironisa-t-elle en levant douloureusement les yeux au ciel.
Son éternelle prestance s'était volatilisée. La tête légèrement penchée en avant et les pupilles fuyantes, Regina n'avait pas fière allure.
« Et bien qu'est-ce que tu attends ?, en profita Emma, Parle ! Parle si tu as vraiment quelque chose à me dire !
- Je suis désolée...
- Tu es désolée ?! Ça me fait une belle jambe !, railla la jeune femme en s'appuyant vulgairement contre le plan de travail qui les séparait.
- Je suis vraiment désolée, répéta-t-elle à pleine voix, le visage relevé et les yeux alignés aux verts.
Un silence passa durant lequel aucune des deux ne brisa le duel de regards acharné qu'elles se livraient.
- Si c'est tout ce que tu as à me dire, tu peux t'en aller maintenant, prévint Emma d'un ton sans appel.
- Je suis désolée, et tu avais raison—
- J'ai toujours raison alors il va falloir que tu développes un peu plus, coupa-t-elle, toujours aussi agressive.
- J'aurais peut-être une chance de le faire si tu ne me coupais pas sans arrêt la parole, s'agaça la directrice en posant à son tour ses mains sur le plan de travail.
- Oh baisse d'un ton Regina, je ne pense pas que tu sois en position de t'énerver, s'emballa aussitôt la blonde, agacée d'être bousculée ainsi par la brune.
- Mais—, commença-t-elle à répliquer avant de se reprendre, Tu as raison. Je suis désolée.
- Arrête d'être désolée et explique-moi plutôt, soupira Emma en levant les yeux au ciel.
- Tu avais raison depuis le début, reprit la femme, Si je me suis éloignée de toi, si j'ai décidé de rompre, c'était pour ma mère. Uniquement pour ma mère, appuya-t-elle.
- Et donc ? Qu'est-ce que je dois faire de cette information ?, souffla la jeune femme, presque ennuyée par cette révélation.
- Ne sois pas comme ça s'il te plaît..., supplia-t-elle.
- Comme ça ?, releva Emma avec nonchalance.
- Ne sois pas méchante, précisa Regina, plus dure dans son ton.
- Non mais je rêve là ? C'est le monde à l'envers ici ?! Moi méchante ?!, monta-t-elle sur ses grands chevaux.
- Calme-toi Emma, réclama la brune.
- Parce que tu veux que je me calme en plus ?, se scandalisa-t-elle.
- Oui, s'il te plaît.
- Sérieusement Regina, c'est beaucoup me demander après la semaine atroce que tu viens de me faire passer, reprocha la blonde, pleine d'amertume.
- Encore une fois, je suis désolée Emma, vraiment, s'efforça-t-elle de rester conciliante.
- Oh mais je t'ai dit d'arrêter avec ça ! Je m'en contrefous de tes excuses ! Tu le comprends ça ? »
Regina ne répondit rien. Elle en venait presque à regretter d'être venue à la rencontre d'Emma. Bien sûr, elle ne s'attendait pas à ce que la blonde lui saute dans les bras. Elle lui avait fait du mal, elle ne le savait que trop bien, et elle était prête à en assumer les conséquences. Seulement, la discussion s'annonçait plus ardue que prévue. La colère d'Emma dictait chacun de ses mots, mais Regina n'était pas dupe, derrière ce mur de fureur, se cachait une immense détresse.
« Emma écoute—, essaya-t-elle de reprendre.
- Je suis désolée, je suis désolée, je suis désolée, mais tu vas la fermer à la fin ?, attaqua aussitôt la jeune femme, Tu peux bien être autant désolée que tu le veux, ça n'enlève rien à tout le mal que tu me fais. Tu me quittes et tu me fais croire que tu ne ressens rien pour moi, que je ne suis rien pour toi. Et maintenant tu reviens comme une fleur en me disant que tout est de la faute de ta maman. Mais qu'est-ce que tu veux à la fin ?, débita-t-elle sans perdre contenance face aux prunelles brunes qui s'embrumaient lentement.
- C'est toi que je veux.
- Laisse-moi rire—
- Je ne plaisante pas Emma, coupa-t-elle alors que les larmes s'étaient déjà bien installées dans ses yeux, C'est toi que je veux. Et je sais que j'ai fait n'importe quoi, je sais que je t'ai fait du mal. Mais c'est toi que je veux. Toi et toi seule.
- Tu sais Regina, c'est bien beau tout ça, mais ce n'est pas de mots dont j'ai besoin, fit remarquer la blonde, Comment est-ce que je peux être sûre qu'à la prochaine intervention de ta chère maman, tu ne me fuiras pas à nouveau ?
- Parce que je n'en peux plus de vivre ma vie par procuration. Je n'en peux plus d'obéir aux exigences de ma mère. Je n'en peux plus de vivre dans son ombre. Je n'en peux plus de passer à côté de ma vie. », déballa-t-elle.
Sur ces mots et ne voyant pas Emma bien convaincue, Regina prit une grande inspiration et contourna lentement, prudemment le plan de travail pour se poster à ses côtés.
« Mais par-dessus tout, je ne veux pas gâcher ce qu'il y a entre nous, Emma. Parce que je tiens beaucoup à toi et parce qu'il n'y a qu'avec toi que je me sens vivre pleinement. »
La directrice regarda le visage de la détenue s'adoucir.
« Je vais me battre pour toi, pour nous. »
Les yeux clairs et étincelants d'Emma plongés dans les siens, Regina osa prendre délicatement sa main dans la sienne. En effectuant ce geste, son pouls se mit à battre la chamade et sa respiration se coupa en prévision du potentiel rejet. Mais lorsqu'elle sentit les doigts de sa belle s'entremêler aux siens, ce fut comme un feu d'artifice qu'elle expira dans un sourire de gratitude.
« Est-ce que ça veut dire que tu veux bien te battre à mes côtés ?, tenta la brune de sa voix suave et de sa moue attendrissante.
La blonde porta la main de la brune jusqu'à sa bouche pour y déposer un baiser tendre et aimant.
- Ça veut dire que je serais prête à faire n'importe quoi pour te faire vivre pleinement. »
