Regina était touchée par les mots d'Emma. Par ses mots et par ce baiser qu'elle lui avait tendrement posé sur le dessus de la main. Touchée par cela, mais aussi par le regard avec lequel elle la scrutait. Ce regard débordant d'affection sous lequel elle pouvait fondre. Ces deux yeux d'un bleu-vert grisé indescriptible qui la contemplaient comme si elle était le plus beau des bijoux que la Terre ait porté. Elle aimait cela, être regardée par Emma, touchée par elle. Regina aimait se sentir épaulée par la blonde, se sentir aimée par elle. Oui, aimée. C'est ce qu'elle ressentait. Elle se sentait aimée par Emma. Pour la première fois, la brune envisageait que la blonde puisse ressentir une telle chose pour elle. Elle n'y avait pas songé jusqu'alors, se l'interdisant peut-être. Mais à cet instant précis, cela lui sautait aux yeux. Son amante l'aimait. Regina en était certaine, elle pouvait sentir la flamme d'Emma brûler pour elle dans chacune des cellules de son foutu organisme. Elle en était convaincue et pourtant, elle ne pouvait s'empêcher de remettre en doute sa certitude. Peut-être parce qu'il était plus rassurant pour elle d'espérer se tromper, sans doute aussi parce que cela la ramenait à ses vieux démons.

L'amour est une faiblesse.

Cette phrase avait marqué sa vie comme un pieu planté dans un cœur. Cette formule qu'elle avait entendue pour la première fois de la bouche de sa mère s'était vue confirmée à bien des égards au cours de sa vie. Si bien que ces mots avaient fini par faire partie intégrante de son système, gouvernant son esprit pour mieux régir sa manière de penser. Alors, elle ne pouvait le cacher, le soit disant hypothétique mais évident amour d'Emma la terrifiait complètement. Et la réflexion qui en découlait l'effrayait d'autant plus : s'il s'avérait que son instinct disait vrai, et que par conséquent Emma l'aimait vraiment, cela voulait-il dire qu'elle aussi était tombée amoureuse ?

« Tu m'entends ?!

La voix de la blonde la ramena à elle, l'extirpant ainsi de ses pensées fugaces mais saisissantes, reconnectant d'un même coup son esprit égaré avec la réalité.

- Pardon ?, réagit-elle en papillonnant des yeux une fois ou deux.

- Ça va ?, voulut s'assurer Emma en percevant sa confusion.

- Oui, oui, ça va, jura la brune, J'étais un peu distraite, c'est tout, se justifia-t-elle en retirant sa main de celle de la blonde.

- Et à quoi est-ce que vous pensiez, votre Majesté ? », s'amusa cette dernière, bien consciente de l'intensité avec laquelle Regina l'avait fixée quelques secondes plus tôt.

La directrice vira au rouge pivoine, ce qui fit éclater de rire la jeune femme.

« Oh non !, railla-t-elle, Ne me dites pas que c'est moi qui vous trouble à ce point !

- Tu ne me troubles pas, contesta immédiatement Regina sans manquer de lever les yeux au ciel.

- Ah oui ? Même pas un peu ?, fit-elle mine d'être déçue.

- Même pas un peu, campa-t-elle sur ses positions.

- C'est ce qu'on va voir..., provoqua la blonde en s'agenouillant pour prendre la main de sa belle.

Regina, le minois écarlate et les yeux agités, la laissa faire.

- Regina Mills..., commença-t-elle d'un faux ton solennel, Me feriez-vous l'honneur..., continua-t-elle en se réjouissant de l'air affolé qu'affichait la brune, Me feriez-vous l'honneur d'avouer que je vous déstabilise, finit-elle d'une traite avant de baiser la main qui s'échappait déjà de son emprise.

- Tu ne me déstabilises pas, nia la femme en croisant les bras.

- Menteuse, rétorqua Emma, Je viens encore de le faire à l'instant. »

Le regard noir mais amusé fit sourire la blonde qui s'approcha pour enlacer les hanches de la femme.

« Qu'est-ce que tu fais ?, interrogea Regina en étudiant le crâne blond d'un regard sceptique.

- Je te prends dans mes bras, soupira-t-elle de bonheur en posant sa joue contre le ventre de la directrice.

- Arrête de faire l'imbécile et relève-toi, souffla la brune en roulant des yeux.

- Non, refusa Emma, Je suis bien là. »

Bien malgré elle, Regina devait l'admettre, elle trouvait la blonde adorable. Tel un boulet qu'elle aurait plaisir à traîner, Emma était accrochée à son corps comme un poids rempli d'amour. Attendrie par cette image, la Méchante Reine dénoua ses bras pour venir tendrement caresser les boucles blondes de son Preux Chevalier.

« Ça fait du bien, avoua-t-elle.

- De quoi ?, demanda la détenue sans décoller le visage de son abdomen.

- D'être avec toi, précisa Regina.

- C'est vrai que ça fait du bien, s'accorda Emma, Mais tu sais ce qui fait encore plus de bien ?

- Non, mais dis-moi, s'intéressa la brune.

- C'est de savoir que tu as choisi d'être avec moi, se réjouit-elle, Même si pour cela tu dois tenir tête à ta mère, tu as quand même choisi d'être avec moi, et ça me fait un bien fou de pouvoir me le dire.

Dans les mots de la jeune femme, dans son ton, Regina pouvait sentir à quel point sa malheureuse décision d'il y a une semaine l'avait blessée.

- Je suis désolée de ne pas avoir été honnête avec toi en te quittant, s'excusa-t-elle, J'aurai dû te dire que je faisais cela pour ma mère.

Emma releva la tête pour aligner ses prunelles aux brunes.

- Pourquoi tu ne l'as pas fait ?, demanda-t-elle alors.

- Parce que c'était plus simple d'être méchante avec toi, se confia Regina, peu fière d'elle, C'était plus simple de faire semblant de rien plutôt que d'affronter la réalité de la situation.

- Et qu'en est-il exactement de cette situation ?, rebondit Emma, Tu ne m'expliques rien clairement, et si je veux me battre avec toi, je dois en savoir plus.

- C'est vrai, tu as raison, reconnut la brune après un bref silence.

- Mais il est encore temps d'y remédier, tenta Emma, plus avide que jamais d'en apprendre plus.

Regina hésita quelques secondes. Elle n'était pas prête à exposer tous les détails de sa vie aux yeux de la blonde, mais elle lui devait tout de même quelques explications. Alors elle soupira lourdement, signe qu'elle était prête à se lancer.

- D'abord, il faut que tu saches que du plus loin que je me souvienne, ma mère a toujours trouvé le moyen de diriger ma vie. D'une manière ou d'une autre, elle a toujours réussi à me ramener sur ce qu'elle pense être "le droit chemin". Par exemple, dès qu'elle estime que je me rapproche trop de quelqu'un et que cela nuit à l'emprise qu'elle a sur moi, elle s'arrange pour le faire disparaître de ma vie. Ça a commencé dès le primaire, elle m'interdisait d'avoir des amis. Je pouvais avoir des camarades de classe, mais je n'avais pas le droit de les contacter en dehors de l'école. Elle disait que ça allait me distraire, que ça n'était pas productif et qu'ils n'étaient pas assez bien pour moi. Alors j'ai grandi sans véritables amis pour faire plaisir à ma mère. Au moment de l'adolescence, j'ai commencé à me rebeller alors elle a lâché un peu de lest, j'ai eu droit à une amie, Kathryn. Ma mère ne l'aimait bien que parce qu'elle était fille de notaire. Enfin bref, soupira-t-elle, Comme je l'ai dit, je me suis rebellée pendant l'adolescence, et qui dit rébellion, dit petit-ami, s'esclaffa-t-elle, J'ai donc rencontré Daniel en rentrant au lycée, mon premier amour...», sourit-elle, émue par ce souvenir.

Emma avait reculé son visage pour mieux regarder Regina lui compter une partie de sa vie. Elle se sentait presque honorée de la voir se confier à elle. La brune n'en avait pas l'habitude, ça sautait aux yeux.

« Il était fils d'ouvrier, alors évidemment, ma mère le détestait. Et pour couronner le tout, il m'a aidé à me défaire de son autorité. Ça l'a rendue folle, alors elle s'en est débarrassé. Après mille et une tentatives infructueuses pour nous séparer, elle s'en est pris directement à sa famille. Je n'ai jamais su ce qu'elle a fait exactement, mais un beau jour les parents de Daniel se sont séparés, sa mère a eu sa garde et ils ont déménagé en Angleterre. Du jour au lendemain, il n'est plus venu au lycée et il a arrêté de répondre à mes messages. Je n'ai plus jamais eu de ses nouvelles depuis.

Regina s'était arrêtée, surprise de la facilité avec laquelle elle se livrait à Emma.

- Et tu penses que ta mère y est pour quelque chose ?, enchaîna la blonde, devinant que la brune n'était pas prête à en dire plus.

- Je ne le pense pas, je le sais. C'est elle qui me l'a dit.

- Quelle garce !

- Je ne te le fais pas dire, soupira-t-elle.

- Mais je le dis quand même: quelle garce !, réitéra Emma, Surtout que si j'ai bien compris, c'est à moi qu'elle veut s'en prendre maintenant ?

- Exactement, confirma tristement Regina, Elle te réserve le même sort qu'à Daniel.

- Ça va être compliqué...

- Pourquoi ?, ne comprit pas la directrice.

- Elle ne va pas pouvoir faire divorcer mes parents, puisque je n'en ai pas !, s'exclama-t-elle, un sourire hilare scotché aux lèvres.

Regina ne partagea pas le rire d'Emma. Comme elle s'y attendait, la blonde ne prenait pas la menace de sa mère au sérieux, ce qui la préoccupait grandement.

- Tu n'es pas intouchable Emma, loin de là, prévint-t-elle, Tu as un fils et tu es en prison, alors tu es même particulièrement vulnérable. Et je ne dis pas ça pour te faire peur, mais à l'heure qu'il est, elle a déjà dû trouver des dizaines de façons de te ruiner l'existence.

- Tu ne me fais pas peur, affirma la jeune femme, Et elle, encore moins.

- Arrête de prendre ça à la légère s'il te plaît, s'agaça-t-elle, C'est sérieux, je ne plaisante pas.

- Je ne prends pas ça à la légère, défendit Emma, C'est toi qui prends ça trop au sérieux.

Regina se tut une seconde pour considérer les dires de la blonde.

Elle n'avait pas complètement tort, mais pas totalement raison non plus.

- C'est vrai, admit-elle, Peut-être que je redoute trop ce que ma mère pourrait faire parce que je l'ai toujours vu obtenir ce qu'elle voulait.

- Mais ?, devina Emma en roulant des yeux.

- Mais ne fais pas l'erreur de penser qu'elle ne fera rien pour sauver mon mariage, compléta Regina.

- Parce qu'elle estime que je suis une menace pour ton mariage ?, s'esclaffa-t-elle, Elle a raison remarque, ajouta-t-elle, un petit sourire malin au coin des lèvres.

- Je ne sais pas si elle a raison, balaya la brune en levant les yeux au ciel, Ce que je sais en revanche, c'est qu'elle tient trop à l'image et à la richesse de Léopold pour faire une croix dessus.

- C'est elle qui t'a marié à lui ?, osa-t-elle demander, Je veux dire, c'était un mariage arrangé ?

Ce fut cette fois-ci au tour de Regina de pouffer de rire.

- Bien sûr que c'est un mariage arrangé, railla-t-elle, Tu ne pensais quand même pas que j'avais épousé Léopold par amour ?

- Non, mais je pensais que tu l'avais épousé par simple intérêt, confia Emma.

- C'est vrai que je suis quelqu'un de vénal au point de vouloir m'enchaîner à vie à un vieillard qui me répugne, ironisa-t-elle, visiblement vexée par les allégations de la détenue.

- Je suis désolée mais c'est la seule explication qui avait un sens, se justifia la blonde, Comment voulais-tu que je devine que c'est ta mère qui tirait toutes les ficelles ?

- C'est vrai que d'un point de vue extérieur, c'est difficile à imaginer, accorda Regina.

- Mais comment elle a fait ?, questionna Emma, Tu étais vraiment jeune ?

- Non pas tellement, j'avais presque 26 ans.

- Comment tu as pu laisser faire ça ?, s'indigna-t-elle, Enfin je veux dire, pourquoi tu ne t'es pas enfuie pour faire ta vie ailleurs ?

- Parce que j'en étais incapable, avoua tristement Regina, Je n'étais que l'ombre de moi-même à cette période. Un véritable fantôme que seuls les médicaments raccrochaient à la vie. Pour tout te dire, je n'ai aucun souvenir du jour de mon mariage avec Léopold, et je me rappelle à peine de l'année qui a suivi.

Emma était glacée par les aveux de sa belle.

- Je suis vraiment désolée, Regina... Je ne...Je ne savais pas que—

- Bien sûr que tu ne savais pas, pardonna la brune.

- Si tu veux parler de tout ça—

- Honnêtement, je n'ai vraiment pas envie d'en parler maintenant, coupa-t-elle, déjà tourmentée d'en avoir dit autant.

- Je comprends, rassura la jeune femme, Tu le feras quand tu seras prête. »

Et sur ces mots, Emma enlaça de nouveau ses bras autour des hanches de sa bien-aimée, appuya la tête contre son ventre et l'enserra de toutes ses forces. Regina soupira d'apaisement sous l'étreinte réconfortante. Elle ne saurait expliquer pourquoi, mais se livrer ainsi à Emma la soulageait grandement. Comme si dévoiler une partie de sa vie et ses tourments à la jeune femme l'aidait à se relaxer de ses chaînes, Regina se sentait plus libre que quelques minutes auparavant.

« Tu penses vraiment qu'elle serait capable de s'en prendre à Henry ?

Après un long silence de réflexion, Emma prononça finalement la question qui lui taraudait l'esprit. Elle prenait peut-être le pouvoir de Cora à la légère, mais elle ne pouvait cependant pas négliger la menace qui pesait peut-être sur son petit garçon.

- Elle pourrait te retirer sa garde, répondit la brune.

- Mais elle n'a pas le droit, rétorqua-t-elle en reculant son visage pour regarder celui de son amante.

- Sauf que si elle en a vraiment envie, elle y arrivera, assura la directrice.

- Je ne la laisserai pas faire, riposta Emma en reposant sa tête contre le corps qu'elle enlaçait encore, Je veux me battre pour nous, mais si elle commence à menacer Henry, alors—

- Il faudra renoncer, continua Regina, Je suis parfaitement d'accord avec ça. Je n'oserais jamais mettre ta relation avec ton fils en péril pour nous.

Emma aimait son petit garçon plus que tout au monde. Seulement, elle aimait suffisamment Regina pour que l'éventualité de devoir un jour s'en séparer lui arrache le cœur.

- Alors nous sommes d'accord, articula-elle avec difficulté, Parce qu'Henry est ma seule limite.

Regina était touchée par la réaction de la jeune femme, par ce côté plus raisonnable, plus sage qu'elle découvrait d'elle et qui ne la charmait que davantage.

- Relève-toi, réclama-t-elle.

- Pourquoi ?

- Parce que j'ai envie de t'embrasser. »

Il n'en fallut plus à Emma pour qu'elle se retrouve debout sur ses deux pieds, une main plongée dans la chevelure ébène, l'autre posée sur la taille de Regina, et la bouche liée aux lèvres tentatrices et tant désirées.

« Je suppose qu'on va devoir se faire plus discrètes maintenant, expira-t-elle en reprenant sa respiration, Il ne faudrait pas qu'on se fasse chopper par Cora à nouveau.

- Exactement, confirma la brune, Discrète, ajouta-t-elle après un nouveau baiser, Cora a des yeux partout.

- Vraiment partout ?, s'inquiéta Emma en faisant mine d'inspecter la pièce du regard.

- Léopold me surveille quand je suis à la maison et Zelena nous surveille lorsque je suis ici, expliqua-t-elle tout en déposant de tendres et brûlants baisers dans le cou de sa maîtresse.

- On est cernées alors..., fit remarquer la blonde en basculant la tête en arrière.

- Complètement, certifia-t-elle en soulevant lentement le tee-shirt blanc d'Emma, Tu ne vas plus pouvoir passer tous tes après-midi dans mon bureau, c'est beaucoup trop risqué, ajouta-t-elle en laissant tomber l'habit par terre.

- Et comment va-t-on s'y prendre ?, se renseigna la jeune femme en descendant ses mains le long des reins de la directrice.

- Il va falloir être plus discrètes, expliqua-t-elle en collant son buste à celui d'Emma, Plus raisonnables, ajouta-t-elle en plongeant son regard dans le décolleté qui lui était offert.

- On va se voir moins souvent ?, demanda-t-elle en faisant la moue.

- Un peu moins, décida Regina en boudant elle aussi.

- Je n'en ai pas envie, déclara la blonde en posant des mains possessives sur les fesses de son amante.

- Moi non plus. », s'accorda la brune, la voix rauque, le ton lubrique et les yeux affamés.

Dans une même impulsion, Regina s'appuya sur les épaules d'Emma qui la posa sur le plan de travail en inox immaculé. S'en suivit alors quelques baisers torrides, mains baladeuses, gestes aventureux et gémissements libérateurs.

Essoufflée mais euphorique, Emma renfila son tee-shirt et remonta son pantalon sous le regard rêveur et comblé d'une Regina dont la robe était encore remontée au sommet des cuisses. Lorsque la blonde releva les yeux, elle jura sentir son bas-ventre s'embraser sous la débauche fièrement affichée par la brune.

« Arrête de me regarder comme ça et remets ta robe correctement, supplia-t-elle.

- Pourquoi faire ?, provoqua Regina en se mordillant la lèvre, l'œil plus sombre que le charbon.

- Parce que sinon je ne vais pas pouvoir m'empêcher de te prendre à nouveau sur ce plan de travail, se plut-elle à attiser la flamme qui brûlait dans les orbes ténébreux.

- Et qu'est-ce qui t'en empêche ?, aguicha la directrice.

- Oh rien..., s'amusa la blonde en s'approchant, Mis à part le fait qu'il faut qu'on soit plus discrètes, murmura-t-elle au creux de son oreille, Et plus raisonnables surtout..., susurra-t-elle contre ses lèvres à moitié démaquillées.

- Et—, s'arrêta-t-elle pour laisser Emma l'embrasser.

- Et ?, enchaîna la blonde une fois le baiser passé.

- Il va falloir jouer la comédie, annonça Regina.

- La comédie ?

- Oui. Il faut berner Léopold et Zelena pour espérer tenir ma mère à l'écart.

- Et comment on va faire ça ?

- Pour Léopold, je vais continuer à jouer la déprimée comme je l'ai fait tout au long de la semaine, commença la brune.

- Et pour Zelena ?

- Tu vas faire semblant d'avoir tourné la page avec ta nouvelle codétenue, balança-t-elle.

- Quoi ?!

De sa voix déconcertée à ses yeux exorbités, tout traduisait chez elle la stupéfaction.

- Tu as très bien entendu, confirma Regina comme si de rien n'était.

- Tu veux que je drague Mérida ?!

Emma n'en revenait pas.

- Oui, approuva-t-elle, visiblement bien sérieuse.

- Genre, pour de vrai ?, s'étonna-t-elle toujours davantage.

- Non pas pour de vrai, se moqua Regina, Juste assez pour que la rumeur tourne. Et si Zelena peut assister à une ou deux scènes d'affection entre vous, ce n'est que du bonus.

- Mais ? Tu ne seras pas jalouse ?, préféra-t-elle s'assurer.

- Bien sûr que non, certifia la brune, sûre d'elle, C'est pour de faux. »

Face à la mine toujours aussi peu convaincue d'Emma, Regina commença à froncer les sourcils.

« N'est-ce pas ? C'est pour de faux ?, préféra-t-elle demander.

- Oui. Pour de faux, répéta la blonde à contrecœur, déjà sceptique à l'idée de devoir faire la cour à quelqu'un d'autre que sa brune.

- Ne me dis pas que cette fille te plaît au moins ?!, s'agaça la directrice.

- Mais non voyons, tu sais bien que je n'ai d'yeux que pour toi, s'amusa la blonde en ne disant que la stricte vérité.

- La réponse est bonne, mais je relève tout de même une pointe d'ironie, tiqua-t-elle.

- Pointe d'ironie qui n'est là que pour vous taquiner Majesté.

Le regard noir, mais le sourire aux lèvres, Regina se pencha pour embrasser Emma.

- J'espère bien... », expira-t-elle avant de mêler ses lèvres à celles de la jeune femme.

Une nouvelle fois, le baiser eut vite fait de déraper, et le peu de chasteté encore présent se serait définitivement envolé si August n'avait pas fait son entrée.

« Oh oh... Je crois que je tombe mal. », constata-t-il, un grand sourire aux lèvres.

Voir les deux femmes plus que gênées s'éloigner et arranger leur tenue en quatrième vitesse était du bain béni pour un curieux tel que lui.

« Désolé de vous interrompre mesdames, mais je dois ramener Swan maintenant si je ne veux pas finir mon service à la bourre, donna-t-il l'impression de s'excuser, Après bien sûr, je peux aussi rester devant la porte pour monter la garde pendant que vous faites votre affaire, proposa-t-il, Mais alors il faudra me payer les heures supp, madame Mills.

- Ne dites rien de plus gardien Wayne, je n'ai nul besoin d'entendre vos petits commentaires déplacés. », prévint-elle en le dépassant.

Avant de quitter les cuisines, Regina offrit un dernier petit regard complice à Emma qui lui rendit de bon cœur.

« Ça a l'air d'aller mieux, commenta le gardien une fois sa supérieure partie.

- Ouais, je crois qu'on peut dire ça. », approuva Emma, un sourire rayonnant éclairant tout son minois.

Le lendemain matin, ce fut avec ce même sourire qu'elle se réveilla. Elle avait retrouvé sa reine la veille, et rien ne pouvait la ravir davantage.

« Wow, mais qu'est-ce qui t'arrive Swan ? C'est quoi ce sourire de bon matin ? T'es sûre que ça va ?, chambra directement la rouquine.

- Bonjour à toi aussi, Mérida, répondit la blonde en descendant de sa couchette.

La nouvelle grimaça.

- Non mais sérieux ? T'es sûre que tu vas bien ?, réitéra-t-elle.

- Bah oui pourquoi ?, s'étonna Emma.

- Ça fait une semaine que je suis ici et je ne t'avais jamais vu si aimable, fit-elle remarquer, Tu souris, tu es polie et tu m'appelles par mon prénom. Ça fait bizarre.

- Mais c'est plutôt plaisant, non ?

- Carrément !, s'exclama la petite rousse, Je ne vais pas m'en plaindre. »

Emma s'habilla sans remarquer le regard de Mérida qui se posa furtivement, mais à de nombreuses reprises sur sa silhouette.

« Tu ne travailles pas le dimanche, si je me souviens bien ?, demanda-t-elle alors que les portes venaient de se déverrouiller.

- C'est exact, confirma Emma, Pourquoi ?

- Ça te dirait de déjeuner avec moi, jolie blonde ? », proposa la rouquine de son éternel air taquin.

Mérida avait multiplié ce genre de propositions tout au long de la semaine et avait essuyé de nombreux refus de la part d'Emma. Elle fut donc très étonnée de recevoir une réponse positive de sa codétenue.

« Attends... Je rêve ou tu viens d'accepter ?

- Tu ne rêves pas Mérida. Maintenant tais-toi et viens manger. »

Toute contente, c'est en sautillant que la jeune femme suivit Emma jusqu'au réfectoire.

« Du chocolat chaud ?, se moqua-t-elle, Mais quel âge as-tu ?

- Vingt-sept ans, pourquoi ?, s'étonna Emma, Tu as quel âge toi ?

- Parce que ça fait un peu gosse le chocolat chaud, rigola-t-elle, Et moi j'ai vingt ans, bientôt vingt et un !

- Une gamine de vingt ans qui me traite de gosse... On aura tout vu, railla la blonde.

- Mais non !, se défendit Mérida, Ce n'est pas toi que je traite de gosse, c'est ton chocolat chaud. Toi tu n'es pas une enfant, tu es une femme. Et une très belle femme en plus.

- Tu t'en prends à mon chocolat chaud, tu t'en prends directement à moi, prévint Emma en s'asseyant à une table.

- Mais oui, c'est bien connu, le chocolat chaud, c'est sacré !, se moqua-t-elle en s'installant en face de la blonde.

- Ça l'est pour moi, défendit Emma, D'ailleurs j'ai l'habitude de le boire avec de la crème fouettée et de la cannelle, précisa-t-elle.

- Ah oui... t'es du genre chocolat chaud de compétition en fait, se marra la rouquine.

- Exactement, se targua-t-elle, Mais malheureusement, dans ce trou, je dois me contenter de ça, grimaça-t-elle en désignant sa tasse.

- Oh ça va, ne fais pas la princesse...

- La princesse ?!

- À te plaindre pour un chocolat chaud, roula-t-elle des yeux.

- Mais je me plains si je veux, rétorqua Emma.

- D'accord...Princesse, piqua Mérida.

- Ah non ! Arrête tout de suite avec ça !

- Non, je n'arrête pas, refusa-t-elle, Et crois moi, je ne fais que commencer, Princesse. », ajouta-t-elle dans un clin d'œil.

« Tu dois vraiment lui plaire, s'amusa-t-elle.

- N'importe quoi !, nia la blonde.

- Si tu ne lui plais pas, alors elle est sacrément lourde cette gamine, fit remarquer Regina, Et puis même si tu lui plais d'ailleurs, qu'est-ce qu'elle est lourde.

- Mais non elle n'est pas lourde, tempéra Emma, Comme tu l'as dit, c'est une gamine. Et une gamine ça dragouille à la moindre occasion.

- C'est vrai, tu as raison, accorda la brune, Et puis qui peut lui en vouloir, on met une belle blonde sur sa route, elle ne fait qu'en profiter...

- Une belle blonde ?

- MA belle blonde. », précisa Regina en la prenant par la taille.

Puis elles s'embrassèrent, dans la pénombre de ce lundi soir, cachées dans un coin de la cour.

Elles s'embrassèrent avec passion, rassurées par August qui montait la garde à l'intérieur, motivées par leur plan qui se déroulait à merveille, animées par l'amour qui battait dans leurs veines.

Elles s'embrassèrent jusqu'à ne plus en pouvoir, jusqu'à se séparer sans pourtant se lâcher la main.

Dos au mur, éclairée par le réverbère, Regina était magnifique. Souriante et apaisée, elle en devenait ensorcelante. Ses lèvres maquillées d'un rouge magnétique, ses yeux d'un noir profond, ses cheveux balayés par le vent, son teint éclatant aux joues légèrement rougies par le froid hivernal, sa fine cicatrice qui venait marquer son sourire, et son petit air malicieux qui la rendait si irrésistible.

Emma était captivée.

Amoureuse, elle avait envie de se déclarer, mais trop peur de briser l'instant.

Cet instant si doux et à la fois si intense.

Cet instant précieux tant il était parfait.

Cet instant qui comme son nom l'indique, n'était qu'instantané...