Les nuances chocolatées de ses iris n'étaient plus, à l'image de sa colère, ses prunelles étaient d'un noir profond. Elle ne disait pas ses mots, elle les vociférait, on pouvait le lire dans la manière dont son visage se crispait à chacune de ses interventions. Sa bouche, tordue par la contrariété et parée d'un rouge à lèvres sanglant, ne faisait que parfaire la fureur du reste de son minois. Durcis par le ressentiment, ses traits la rendaient menaçante sans pour autant desservir sa beauté. Sa prestance n'était en réalité que plus grande, elle incarnait son surnom de Méchante Reine avec une justesse déconcertante. Magnifique et maléfique dans un même temps, Regina manifestait sa souffrance par une cruauté sans pareille. Sa fierté était grande, la peur de se montrer vulnérable l'était encore plus. Alors elle attaquait, piquait, se montrait consciemment injuste, parce que c'était plus simple, ou plus acceptable, que de se montrer faible. Faible aux yeux de celle qu'elle aimait, celle qu'elle aimait et qu'elle haïssait en cet instant.

« Pour la vingtième fois Regina, expira la blonde avec lassitude, Non, je n'ai pas couché avec Mérida.

La réponse était la même depuis que la dispute avait éclaté une demi-heure plus tôt, la brune commençait à perdre patience.

- Toute la prison en parle—

- Les filles adorent ce genre de potins—, défendit Emma.

- Toute la prison en parle et la gardienne Andersen vous a vu, ajouta-t-elle.

- Ariel nous a vu ?, s'étonna la blonde.

- Oui, je l'ai entendue en parler à Graham, soutint la directrice.

- Et qu'est-ce qu'elle lui a dit exactement ?, suspecta-t-elle, Qu'elle m'avait vu prendre Mérida sous la douche ?!

- Elle a dit à Graham qu'elle t'avait vu sortir nue de la cabine de Mérida, répondit Regina, une expression de dégoût prononcé sur le visage.

Regina était énervée. Emma commençait doucement à le devenir.

- Ah oui, c'est bien différent !, railla cette dernière.

- Je ne vois pas la différence, déclara-t-elle.

- La différence, Regina, c'est que comme je me tue à te l'expliquer, jamais je ne te ferai ça.

La directrice s'esclaffa douloureusement.

- Et je suis censée te croire sur parole ?, moqua-t-elle.

- Oui, affirma la jeune femme, Parce que...

- Parce que ?, s'intéressa à moitié la brune, le regard dur et le sourcil arqué.

- Parce que je t'..., hésita-t-elle avant de faire machine arrière, Parce que si on est ensemble, tu dois me faire confiance.

- Je ne te fais pas confiance.

- Tu ne me fais plus confiance ?, s'offusqua-t-elle.

- Non, je ne te fais plus confiance, corrobora la brune.

- Arrêtons alors ! Qu'est-ce que tu veux que je te dise.

Le regard noir se braqua dans le vert.

- C'est-ce que tu veux ?, demanda-t-elle sérieusement.

- Ne sois pas idiote, soupira Emma en levant les yeux au ciel.

- Non parce que si c'est vraiment ce que tu veux, il suffisait de le dire, articula-t-elle froidement, Tu n'avais certainement pas besoin de te taper cette petite traînée pour me le faire comprendre.

- Bordel ! Mais quand est-ce que tu vas comprendre que je n'ai rien fait avec elle !, s'épuisa Emma, J'en ai absolument rien à faire de cette fille !

- Tu passes tout ton temps avec elle, alors permets-moi d'en douter, répliqua Regina.

- C'est ma putain de codétenue !, se défendit la jeune femme, Alors je suis bien obligée de passer tout mon temps avec elle. Et puis tu sembles vite oublier que je ne fais que suivre ton plan, c'est toi qui voulais que je me rapproche autant d'elle !

- Non pas autant, refusa aussitôt la brune, Tu mets énormément de cœur à l'ouvrage, beaucoup trop à mon goût.

- Arrête de dire n'importe quoi !, s'emporta Emma, Tout ce que j'ai fait, c'est toi qui me l'a demandé !

- Tu as raison, admit Regina, non sans mal, mais avec une idée derrière la tête.

- Bien sûr que j'ai raison.

- Alors maintenant, je te demande d'arrêter avec cette fille, enchaîna la brune.

- Quoi ? Mais pourquoi ?, s'étonna la blonde.

- Parce que je te le demande, commença-t-elle, Et parce que cela ne sert plus à rien de continuer, Zelena est déjà convaincue que tu as tourné la page.

Emma s'arrêta un instant pour réfléchir.

- Donc tu veux que j'arrête toute sorte d'ambiguïté avec Mérida, c'est bien ça ?

- Exactement, je veux que tu arrêtes tout ce que tu as entrepris avec elle. Tout, absolument tout, insista-t-elle.

- C'est d'accord, accepta la blonde.

Regina était surprise de voir Emma capituler si facilement. Malheureusement, elle n'allait pas tarder à déchanter.

- Très bien, alors vas-y, va lui dire que tout est terminé. Va-lui dire que tu n'as fait ça que pour t'amuser. Va-lui dire que tu n'as jamais rien ressenti pour elle. Vas-y tout de suite, je t'attends.

- Oula calme-toi, n'essaie pas d'aller trop vite, modéra la jeune femme, Je suis d'accord pour tout arrêter avec Mérida. Je veux tout arrêter avec elle, appuya-t-elle face au visage déjà mécontent de son amante.

- Mais ?, devina Regina.

- Mais je ne peux pas faire ça d'un coup, je n'ai pas envie de lui faire du mal.

La mine contrariée, Régina haussa les sourcils. La jalousie avait gagné trop de terrain, la retenue n'était plus, ses émotions avaient pris le dessus sur sa raison.

- Donc si je comprends bien, tu préfères me faire du mal à moi, plutôt que de lui en faire à elle, reprocha-t-elle.

- Tu as fini avec tes conneries ?!, s'énerva de nouveau la blonde, C'est une pauvre gamine qui n'a rien demandé. C'est elle la victime dans l'histoire, pas toi.

Emma ne disait pas faux, Regina ne le savait que trop bien.

- Je n'en peux plus Emma, soupira-t-elle en s'effondrant sur sa chaise de bureau, Je n'en peux plus de t'imaginer sans cesse avec elle... Ça me bouffe de l'intérieur, tu comprends ?

Regina se montrait transparente au sujet de ses émotions, c'était rare, alors Emma était touchée par sa franchise.

- Bien sûr que je comprends. Moi aussi ça me fait du mal, tu sais, avoua-t-elle.

- Ça te fait du mal ?!, s'esclaffa méchamment la directrice, C'est toi qui va voir ailleurs, donc n'essaie pas d'échanger les rôles s'il te plaît.

- Franchement Régina, tu n'es pas croyable !, désespéra Emma, énervée et fatiguée des reproches injustifiés qu'elle recevait en pleine face.

- Moi ?! Pas croyable ?

- Oui, toi !, accusa-t-elle, Tu n'essayes pas de te mettre à ma place rien qu'une seconde, tout ne tourne pas autour de ta petite personne, tu n'es pas la seule à souffrir ici !

- Je n'ai jamais prétendu le contraire, je sais bien que tu souffres aussi, accorda Régina, C'est toi qui es en prison, toi qui es privée de ton fils, je n'essaie pas d'inverser les rôles Emma, j'ai bien conscience que ta vie est compliquée en ce moment, sans doute plus compliquée que la mienne.

- Je me fous complètement de savoir pour qui c'est le plus compliqué en ce moment, ça n'est pas une compétition, releva Emma, Nos deux vies sont sacrément merdiques en ce moment, ça c'est clair, et la mienne l'est d'autant plus ces derniers temps. On se voit moins souvent et quand on se voit, c'est l'espace de quelques minutes. Tu me manques constamment, alors je pense à toi sans arrêt. Quand je bosse en cuisine la journée, le soir dans mon lit avant de m'endormir, même quand je joue la comédie avec Mérida, tu es la seule chose à laquelle je pense.

- Et quand tu couches avec elle, c'est toujours à moi que tu penses ?, provoqua cruellement Regina, guère rassurée par les belles paroles d'Emma.

- Tu sais que tu peux être une sacrée connasse quand tu t'y mets ?, demanda-t-elle sans attendre la moindre réponse, Je me sens coupable de jouer avec les sentiments de cette pauvre gamine, et pourtant je le fais. Je le fais parce que je sais que le jeu en vaut la chandelle, je le fais pour nous. Mais ça me ronge d'être loin de toi, ça me ronge de devoir me cacher pour te voir rien qu'un instant, et bordel que ça me ronge de devoir me rapprocher de Mérida tout en m'éloignant de toi. Mais si je tiens bon, c'est pour toi Regina. Tu m'entends, c'est uniquement pour toi.

- J'entends, commenta-t-elle à demi-mot, à la fois las de ces mots que touchée par eux, à la fois sensible à la tentative d'Emma que glacée par ses actions passées.

- Ouais, tu entends, souffla la blonde, Tu entends mais tu n'y crois plus, et c'est là tout le problème.

- Le problème Emma, c'est cette fille, répliqua-t-elle.

- Non, riposta la jeune femme, Le problème, c'est que tu ne crois plus en moi.

Emma en avait assez. Assez des accusations de Regina, assez de cette dispute, assez de toute la situation dans laquelle elles étaient plongées depuis plus d'un mois.

- Où est-ce que tu crois aller comme ça ?, tiqua la brune en voyant la blonde s'approcher du verni noir.

- Je m'en vais, répondit-elle en posant sa main sur la poignée, Je crois qu'on s'en est assez dit pour ce soir.

- Ne sors pas de ce bureau. Je te l'interdis.

Le regard noir, dur et sévère, ne se fit que plus menaçant lorsque qu'un subtil reflet de provocation se glissa dans les orbes verts.

- Tu me l'interdis ? Rien que ça ?, se moqua Emma en ouvrant la porte.

- Nous n'avons pas fini cette conversation.

- Moi je l'ai fini, défendit la plus jeune en rejoignant le couloir.

- Si tu fermes cette porte, Emma, tout est fini entre nous. »

Elle avait lâché ça sans réfléchir, sans vraiment le penser non plus, mais le bruit que fit la porte en se refermant, elle le prit comme un véritable coup de poing en plein abdomen. Folle de rage et blessée au plus profond d'elle-même, la brune se dirigea d'une démarche saccadée jusqu'au vernis noir, ferma le verrou à double tour et envoya rageusement valser la clef à l'autre bout de la pièce. Elle se laissa ensuite lentement glisser au sol. La boule au ventre et des torrents de larmes aux coins des yeux, Regina s'en voulut aussitôt sans pour autant parvenir à excuser Emma.

Elle s'était contenue à de multiples reprises au cours des dernières semaines, cet incident avait donc été la goutte de trop. Le vase qui s'était progressivement rempli au fil du mois avait fini par déborder, sa colère en avait découlé, et sa jalousie avait explosé, terrassant tout sur son passage.

La veille, alors qu'elle effectuait son tour de garde dans les douches, Ariel était tombée nez à nez avec une Emma en tenue d'Ève, sortant d'une cabine où la jeune Mérida n'était guère plus vêtue. Il n'en avait pas fallu plus à la gardienne et aux quelques détenues présentes sur les lieux pour colporter la rumeur à travers la prison toute entière. Rumeur qui avait fait son chemin jusqu'aux oreilles de la directrice. Cette dernière avait alors eu bien du mal à accueillir la nouvelle. Il faut dire que Regina en avait supporté beaucoup sans jamais rien dire. Au fil des jours, elle avait vu la relation entre Emma et Mérida se construire jusqu'à devenir la nouvelle romance en vogue de la prison. Toutes les bouches ne parlaient plus que d'elles, même les gardiens s'y étaient mis, tous suivaient leur histoire. Quand elles se tenaient la main en marchant dans les couloirs, quand elles échangeaient un sourire en se croisant par hasard dans la cour, ou encore quand elles mangeaient en tête-à-tête au réfectoire. Tout, absolument tout était matière à discussion entre les détenues qui étaient particulièrement friandes de ce genre d'idylle. Alors bien sûr, Regina en avait déjà entendu des vertes et des pas mûres. Et si Emma parvenait la plupart du temps à la rassurer avec ses mots doux et ses jolies attentions, il arrivait à la directrice de douter de leur relation. Cruel, le plan qu'elle avait elle-même élaboré commençait doucement à lui faire défaut. L'aventure factice entre Emma et sa codétenue avait porté ses fruits, sans doute un peu trop au goût de Regina qui commençait à trouver cela suspect. À l'image des détenues, des gardiens et de la conseillère, la directrice se mettait à croire à sa propre mise en scène. Sans doute trop amoureuse pour y voir clair, ou peut-être trop éprouvée par toute cette situation, Regina s'était faite avoir par sa propre farce. Emma la trompait avec cette gamine, et c'était elle qui avait provoqué tout cela, la brune en mourrait intérieurement. Alors elle y pensait tout le temps, sans arrêt. Elle les imaginait ensemble, elle les imaginait s'embrassant, baisant, s'aimant. Elle les imaginait jusqu'à s'endormir en pleurant à chaudes larmes et se réveiller avec la boule au ventre. Elle les imaginait jusqu'à ne penser plus qu'à ça tout au long de la journée. Elle les imaginait jusqu'à expirer de soulagement dès qu'elle voyait Emma la regarder avec ses yeux amoureux. Seulement elle se gardait bien de faire part de tout cela à la blonde, elle ne voulait pas être perçue comme jalouse, son ego ne le supporterait pas.

Pourtant, cette vilaine jalousie avait commencé à la titiller dès les premiers rapprochements entre Emma et sa codétenue. Si les débuts l'avaient plus amusée qu'autre chose, un événement avait brusquement bousculé tout son petit monde. Oh oui, elle se souviendrait longtemps de ce soir où Emma l'avait rejoint dans la cour, tout sourire, pour lui annoncer qu'elle avait "enfin" embrassé la jeune rousse. Le nœud dans l'estomac, le brouillard dans la tête et le pincement au cœur que cette nouvelle lui avait provoqué, elle pouvait encore les sentir aujourd'hui.

« Tu as quoi ?

- Je l'ai embrassé, s'était réjouie Emma, Enfin je dirai plutôt qu'elle m'a embrassé, avait-elle rigolé, Cette fille ne perd pas de temps, elle m'a littéralement sauté dessus.

Irritée malgré elle, Regina s'était contenue, serrant les dents pour ne pas faire transparaître sa jalousie naissante, la brune s'était obligée à faire bonne figure.

- C'est génial !, s'était-elle faussement exclamée, J'aurais payer cher pour voir la tête que Zelena a fait en vous voyant.

Emma avait froncé les sourcils, et Regina avait immédiatement compris.

- Mais—

- Mais Zelena n'était pas là pour assister à votre baiser enflammé, avait deviné la brune, un masque de marbre recouvrant son beau visage.

- Ce baiser n'avait rien d'enflammé, s'était aussitôt défendue la jeune femme.

- Tu devais pourtant en mourir d'envie, avait répliqué la directrice, Sinon pourquoi l'embrasser alors que personne n'était là pour vous voir.

- Mais je te l'ai dit, c'est ELLE qui m'a sauté dessus !

- Oui. Et tant qu'on y est elle t'a aussi mis un couteau sous la gorge.

Regina était amère, Emma ne le comprenait pas.

- Elle m'a embrassé, je n'allais quand même pas la repousser.

- Et pourquoi pas ?

- Parce que si je veux l'embrasser devant Zelena et le reste de la prison, il faut bien que j'accepte de le faire aussi lorsque nous sommes seules.

Le raisonnement de la blonde tenait la route, seulement la brune avait bien du mal à l'accepter. Le regard perdu dans le vide, elle avait peiné à ravaler sa salive.

- Promets-moi que tu n'iras pas plus loin avec elle, avait-elle fini par demander, une lueur d'inquiétude dans les yeux.

Emma avait soupiré en s'approchant de celle qu'elle voulait rassurer.

- Je serais incapable d'aller plus loin, avait-elle déclaré, Tu es seule dont j'ai envie, Regina. »

Puis elle l'avait embrassée, et la brune s'était laissé faire, finissant même par rendre le baiser.

« Ne sois pas jalouse s'il te plaît, avait ensuite demandé la blonde en l'enlaçant, Je ne prends aucun plaisir à faire ce que je fais avec Mérida.

- Je ne suis pas jalouse.

- Tant mieux, parce que je ne vois que par vous, Regina Mills.

- Je sais... », avait-elle susurré dans un souffle avant de resserrer son étreinte autour d'Emma, de lover sa tête dans son cou et d'enfouir son visage dans la chevelure d'or.

Elles étaient restées comme ça durant de longues minutes, à songer et à redouter ce que leur réservait le futur. À aspirer à des jours meilleurs, à prier pour un avenir heureux. Elles étaient restées comme ça durant de longues minutes, savourant le contact de l'autre sans jamais oser le briser.

Un bruit tonitruant avait cependant fini par les interrompre. Une alarme. Un règlement de comptes entre De Vil et Ruby avait éclaté à la fin du dîner, la première accusant la seconde de lui avoir volé une partie de sa marchandise. Attirée jusqu'à la plaque de cuisson par la main de fer de Gardener, Ruby s'en était sortie avec une bonne fracture de la mâchoire, une belle brûlure sur la joue et pas mal de cheveux en moins. De Vil, de son côté, avait réussi à se faufiler parmi la foule lorsque les gardiens étaient intervenus. Alors, comme toujours, la vieille dealeuse n'avait pas été inquiété et la jeune brune aux mèches rouges avait terminé à l'hôpital dans un sale état.

Seulement aujourd'hui, la tendance s'inversait, aujourd'hui Granny prenait les choses en main et De Vil allait finalement payer pour tout le mal qu'elle avait infligé au cours de la longue et misérable existence.

Un bruit tonitruant sortit Regina ses pensées, la faisant sursauter, elle, et le reste de la prison.

Ce n'était pas une alarme, ni même un cri, c'était bien plus sourd que ça.

La déflagration était puissante, les murs en avaient tremblé. Quelque chose avait explosé.

Les bouteilles de gaz et la cuisine en feu ne le racontaient que trop bien : Granny avait bel et bien pris les choses en main.