Au beau milieu du siècle dernier, dans une chambre de bonne miteuse de la ruelle la plus sombre de Storybrooke, vint au monde la petite Yolande. Surnommée Granny jusqu'à en oublier son propre prénom, la gamine avait hérité de cette appellation acidulée après avoir brillamment réussi sa première tarte aux pommes. Elle n'avait même pas encore atteint l'âge de raison que sa mère commercialisait déjà sa recette prodige au marché du coin. Il faut dire que Katarina Trusova n'avait pas beaucoup de ressources. Arrivée seule sur le nouveau continent, âgée de vingt ans à peine et enceinte de six mois, la belle et jeune russe n'avait eu d'autres choix que de se débrouiller comme elle le pouvait. Ce fut donc dans la misère d'un Storybrooke d'antan que la petite Granny fit ses premières armes. Malicieuse et entêtée, elle tapa directement dans l'œil du mafieux de la ville, un homme de plus de vingt ans son aîné, qui changerait sa vie à tout jamais. Elle n'était encore qu'une adolescente, il lui promit monts et merveilles, elle plongea la tête la première dans cette sinistre organisation criminelle, et elle y prit goût. Rien ne pouvait plus l'arrêter, elle avait abandonné la raison et succombé au vice, toute morale avait déserté son esprit pour faire place à une avidité sans borne. Au bras de son charmant mais violent mari, Granny savoura cette vie de bandit, jusqu'à s'en écœurer et vouloir s'en échapper. Un beau jour, alors qu'un énième macchabée avait été découpé dans la chambre froide de sa pâtisserie, elle se décida à agir. Dans la préparation de la tarte aux pommes qu'elle servait quotidiennement depuis près de trente ans à l'homme de sa vie, Granny ajouta une poignée de cyanure. Elle dissimula cet ultime cadavre dans sa chambre froide, claqua une dernière fois la porte de son établissement, puis disparut de la ville pour aller s'exiler à l'autre bout du pays où sa fille et sa petite-fille l'attendaient déjà. Mais la vie n'est pas si clémente, et Granny récolta bien vite ce qu'elle avait semé.

"Organisation criminelle démantelée, les corps étaient dissimulés dans la chambre froide."

"Des restes humains retrouvés dans la chambre froide d'une boulangerie."

"Une trentaine de corps découpés et congelés: la mafia russe a encore frappé!"

"Une pâtissière tueuse à Storybrooke!!"

"Sa tarte aux pommes était littéralement une tuerie!"

Peu de temps après sa fuite, ces gros titres avaient tapissé les journaux de toute l'Amérique, ramenant Yolande Lucas dans sa ville natale, l'enfermant derrière les barreaux.

C'est à son entrée en prison que Granny fit la connaissance de De Vil, cette femme qui deviendrait sa meilleure ennemie, celle qu'elle devait tuer aujourd'hui.

Aujourd'hui, on lui avait diagnostiqué un cancer des poumons en phase terminale.

Aujourd'hui, elle n'en pouvait plus de voir sa petite-fille continuer à défier De Vil au péril de sa vie.

Aujourd'hui, elle n'avait plus rien à perdre, et comptait bien gagner.

« Alors comme ça, il parait que mamie Granny veut me voir, s'annonça-t-elle en entrant en cuisine.

- Tu es venue seule, renvoya la doyenne, Ça ne te ressemble pas.

- Je n'ai pas peur de toi, Yolande, répliqua De Vil.

- Tu ne me fais pas peur non plus, Jacqueline, riposta Granny.

Les deux se défiaient du regard, conservant un semblant d'humour pour la forme, mais se haïssant du plus profond d'elles-mêmes.

- Pourtant tu la ramènes beaucoup moins depuis que j'ai perforé tes deux poumons, piqua la grande et maigre brune.

- Oh je t'en prie, c'était il y a des années, soupira la russe, Passe à autre chose.

- C'était il y a dix ans, précisa-t-elle fièrement, Dix ans que je reste la Top Dog indétrônable de cette prison.

- Et dix ans que les filles continuent à me respecter plus qu'elles ne te respectent, se fit un plaisir d'ajouter Granny.

Un ricanement froid s'extirpa de la bouche mal maquillée de De Vil.

- Ne pas t'avoir achevée reste mon plus grand regret, avoua-t-elle.

La grand-mère aux cheveux rouges haussa les épaules, un petit rictus dessiné aux coins des lèvres.

- Et bien qu'est-ce que tu attends, fais-le, provoqua-t-elle en désigna d'un geste de tête l'armoire à couteaux qui n'avait pas encore été déverrouillée.

De Vil fronça les sourcils, étonnée par cette proposition plus que tentante.

- Qu'est-ce qui t'arrive Yolande?, moqua-t-elle, Tu n'as pas le courage de te suicider toute seule comme une grande ?

- Tout de suite les grands mots... Je ne fais que plaisanter un peu avec toi, Jacky.

- Ça ne te ressemble pas de plaisanter, releva De Vil.

- C'est que tu me connais bien mal...

- Ah ça non ! Au contraire, je te connais par cœur, certifia-t-elle.

- Vraiment ?

- Bien sûr, assura la Top Dog, Tu es une grand-mère qui ferait tout pour remettre sa petite fille chérie et adorée sur le droit chemin.

- Tu ne me connais pas si mal que ça finalement, accorda Granny.

- Je te l'avais dit, se vanta-t-elle, Je te connais tellement bien que je sais exactement pour quelle raison tu m'as fait venir ici ce soir.

La vieille russe s'esclaffa en secouant la tête.

- Tu es vraiment sûre de ça ?, jubila-t-elle.

- Sûre et certaine.

- Et pourquoi t'ai-je fait venir alors ?, s'amusa l'ancienne mafieuse.

- Pour me convaincre de laisser ta petite Ruby tranquille. »

Granny se mit à rire de bon cœur, sans pouvoir en déterminer la raison exacte, sans vraiment s'en soucier d'ailleurs.

« C'est moi ou ça sent le gaz ? »

Prise par le trop-plein d'émotion qui la submergeait, Granny se mit à rire de plus belle alors que le regard perçant de De Vil remarquait à peine les fours qui n'avaient cessé de tourner à plein régime depuis le début du dîner.

« Mais pourquoi est-ce que tu rigoles ?!, s'agaça-t-elle, soudainement angoissée par ce qu'elle voyait doucement arriver sans vouloir pour autant l'admettre.

- Je rigole parce que tu as faux sur toute la ligne, s'enthousiasma Je ne t'ai pas fait venir ici pour te convaincre de quoi que ce soit.

- Pourquoi suis-je ici alors ?

- Tu es ici pour que Ruby n'ait pas à faire ce que je m'apprête à faire, expliqua-t-elle sans quitter sa rivale des yeux.

- Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

- Tu as très bien compris ce que je voulais dire. »

De Vil grimaça d'incompréhension, ravissant le visage de son ennemie de toujours.

« Tu ne rêves pas, ça sent bien le gaz, attisa la russe.

Ce fut à cet exact instant que De Vil remarqua les bouteilles de gaz que renfermait chacun des fours.

- Mais tu es complètement ravagée ma pauvre ! Tu vas faire sauter toute la cuisine !, s'épouvanta-t-elle, bondissant pour éteindre le premier four à sa portée.

Conservant un calme olympien, Granny se pencha doucement pour observer la tarte qu'elle avait mise au four, la dernière de sa vie.

- C'est trop tard, prévint-elle, un doux sourire aux lèvres, La tarte aux pommes a déjà commencé à brûler. »

Les yeux paniqués de De Vil eurent tout juste le temps de croiser le regard apaisé de Granny que les fours explosèrent, carbonisant dans leur lancée la cuisine et tout ce qu'elle contenait.

BOOM

Un vent de panique s'engouffra entre les barreaux. Le bruit avait été trop retentissant, l'odeur trop caractéristique pour laisser présager quelque chose de bon. Des bonbonnes de gaz avaient explosé et une partie de la prison devait déjà être en train de brûler sous les flammes, tous l'avaient compris. La fumée n'était pas encore visible, pourtant elle venait déjà gratter la gorge des malchanceux dont les tympans avaient été percés par la proximité de l'explosion. Détenues et gardiens, tous commencèrent à courir dans tous les sens, cherchant désespérément la sortie la plus proche. Pour couronner le tout et ajouter au chaos de la scène, l'assourdissante et stridente alarme incendie se mit à retentir dans tout le bâtiment.

« J'ai peur Emma, bredouilla la jeune rouquine dont les yeux verts étaient déjà remplis de larmes.

- Dépêche-toi, pressa la blonde en la tirant vigoureusement par le poignet, Il faut sortir d'ici au plus vite. »

Comme pour confirmer ses dires, elles ne tardèrent pas à croiser la foule qui se pressait en direction des sorties de secours. Le spectacle n'était pas beau à voir. Quelques femmes étaient en pleurs, d'autres ne pouvaient s'empêcher de se hurler dessus, certaines s'étaient liquéfiées sur place, et quelques-unes encore semblaient être à deux doigts de tomber dans les pommes. Les gardiens Hood et Humbert essayaient tant bien que mal de calmer l'ensemble des détenues, mais Killian et August leur donnaient du fil à retordre. Sûrement les plus paniqués de tous, les deux hommes ne faisaient qu'accroître la cohue générale en poussant les filles vers la sortie, sans se soucier d'en écraser une ou deux au passage.

Heureusement, et malgré ces deux phénomènes, toute la prison fut évacuer en un temps record.

Dans le noir de ce début de soirée, tous les yeux étaient rivés en direction des quelques flammes que l'on voyait s'échapper des fenêtres de la cuisine et du réfectoire.

« Ça vient des cuisines ! », s'écria une détenue, soulignant l'évidence que tous avaient déjà intégrée.

Comme pour ponctuer sa phrase, une nouvelle explosion détonna. La monstrueuse boule de feu qu'elle produisit et qui sortit directement de la fenêtre des cuisines fit grimacer plus d'un visage.

« C'est Granny... », prononça Ruby tout haut, incapable de garder pour elle ce qu'elle venait de réaliser.

Ses yeux azurés ne purent se détacher du feu qui jaillissait avec toujours plus de puissance.

Tout prenait sens dans son esprit. La conversation qu'elle avait eu quelques heures plus tôt avec sa grand-mère lui semblait à présent bien différente. Les mots qu'elle lui avait confié, jamais ne pourraient sonner aussi fort.

« J'aimerais que tu comprennes que tu as la vie devant toi, Ruby. La vie entière. La prison n'est pas ta vie. Tu es jeune, indisciplinée, encore naïve et insouciante, je l'étais aussi. Tu penses encore que le temps ne nous file pas entre les doigts, tu crois encore que ce que tu fais ici ne compte pas vraiment, que tu parviendras toujours à échapper aux conséquences de tes actes. Sache que tu as tort et que lorsque tu t'en rendras compte, il sera peut-être déjà trop tard. Tu as la vie devant toi, Ruby, mais pas pour longtemps, pas si tu continues à faire n'importe quoi. Alors je t'en prie, ne fais pas la même erreur que moi et remonte la pente maintenant, ou tu le regretteras à jamais.»

Elle lui avait fait signe de se taire, avait ravalé les larmes qui menaçaient de s'échapper, puis avait reprit sa tirade.

« Et ne pense pas que je dis tout cela simplement pour te faire la morale. Je te dis tout cela parce que je t'aime de tout mon cœur et parce que je veux que tu comprennes que tu mérites mieux, tellement mieux que la vie que ta mère et moi t'avons donné. Tu mérites tellement plus que tout ça, tellement plus, et je suis profondément désolée de ne pas avoir su te préserver de toutes les bêtises que j'ai faites. Je suis désolée, tellement désolée Ruby... Mais je peux te promettre une chose, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour te donner la chance que tu mérites. Alors il faut que tu saisisses cette chance, tu m'entends ? Il le faut vraiment, c'est la seule chose qui compte !»

Granny était entrée dans sa cellule et lui avait récité tout cela avant de la prendre dans ses bras. Sans attendre de réponse, la grand-mère russe lui avait soufflé un dernier "Je t'aime ma chérie.", puis était partie sans se retourner, sans douter une seconde qu'elle avait pris la bonne décision. La seule qui faisait encore véritablement sens pour elle.

« Il manque Granny et De Vil ! », hurla tout à coup Graham après avoir clôturé son comptage imparfait pour la seconde fois consécutive.

« Je suis sûre qu'elle va bien, tenta de rassurer Dorothy en saisissant tendrement la main de son ex-petite-amie.

- C'est elle qui a fait ça, répondit simplement Ruby sans détacher ses yeux des flammes ardentes.

- Qu'est-ce que tu racontes ?, interrogea la jeune femme en fronçant les sourcils.

- Granny a renvoyé toute l'équipe des cuisines plus tôt ce soir, j'avais bien compris qu'elle manigançait quelque chose, maintenant je sais ce que c'était. »

Heurtée par ce qu'elle venait d'entendre, Dorothy fut incapable de prononcer le moindre mot, préférant à la place se blottir contre la grande brune qui accepta l'étreinte sans cesser pour autant de scruter l'incendie vorace.

À l'image de Ruby et des autres détenues, Emma resta de longues secondes, clouée sur place, comme hypnotisée par le brûlant massacre qui crépitait sous ses yeux. Lorsqu'enfin elle trouva la force de détourner ses orbites des flammes rutilantes, ce qu'elle vit ne la rassura guère davantage.

Le vilain faciès de Breaburn ne lui avait pas manqué, et la manière si dérangeante qu'elle avait de la fixer, encore moins. Elle restait amère envers la blonde, et dès qu'elle en aurait l'occasion, elle la ferait regretter d'avoir appuyé sur ce maudit bouton rouge. Comme pour attester de ses intentions, la cannibale fit glisser son pouce d'un côté à l'autre de sa gorge, faisant déglutir Emma pour qui l'hypothèse de finir égorgée n'était pas des plus appréciables. La jeune femme regrettait presque que le quartier d'isolement ait eu le temps d'échapper au bûcher.

La sirène des pompiers vint interrompre leur duel de regard, et alors que ces derniers s'occupaient déjà de contenir l'incendie et de prévenir une hypothétique nouvelle explosion, un mauvais pressentiment vint assaillir Emma.

« Regina ! Où est Regina ?, s'empressa-t-elle de demander à August.

- Elle est sûrement déjà chez elle à l'heure qu'il est, répondit le gardien en haussant les épaules.

- Elle était encore dans son bureau il y a un quart d'heure, contra la blonde, L'aile administrative a bien été évacuée ?, s'inquiéta-t-elle.

Le jeune homme devint pâle.

- Normalement il n'y a jamais plus personne dans les bureaux à cette heure-ci... »

Les deux amis échangèrent un regard apeuré jusqu'à ce qu'August détourne légèrement la tête pour regarder en direction du parking. La gêne qui se refléta sur son visage n'échappa point à Emma qui se tourna elle aussi pour observer les quelques voitures encore garées ici. Cette Mercedes noire d'époque à la carrosserie éclatante, la blonde ne l'avait jamais vu, et devina pourtant immédiatement le nom de sa propriétaire.

« Elle est encore à l'intérieur. », verbalisa-t-elle en cherchant de l'aide dans les yeux d'August.

Regina n'avait pas cru une seconde à l'hypothèse d'un exercice d'évacuation. Premièrement parce qu'en tant que directrice des lieux, elle aurait forcément été tenue au courant d'un tel événement. Et deuxièmement, parce que la déflagration qui l'avait fait bondir du sol où elle était assise, ne laissait guère remettre en doute l'urgence de la situation.

L'alarme incendie avait tout juste eu le temps d'entamer sa première tonalité que déjà la brune s'était levée pour appuyer sur la poignée. Puis elle avait juré, bien trop vulgairement à son goût, en constatant que la porte était verrouillée. Elle s'était ensuite maudite d'avoir envoyé valser son trousseau de clefs dans l'accès de rage qui l'avait frappé quelques minutes plus tôt. Cependant, Regina n'avait pas immédiatement cédé à la panique. Elle avait d'abord passé la pièce au peigne fin, persuadée qu'elle allait bien finir par retrouver ces fichues clefs. Mais l'air du bureau commença rapidement à se troubler, trop vite il devint irrespirable, et elle ne mit jamais la main sur le trousseau échoué au milieu de sa fameuse coupe de pommes rouges.

« Swan ! Reviens-ici ! », vociféra August alors qu'Emma se faufilait déjà parmi la foule de détenues.

Pompiers et gardiens, trop occupés dans leurs tâches respectives, ne firent pas attention à la jeune blonde qui s'aventurait sans la moindre hésitation dans l'édifice en feu.

Le bras plié devant son visage pour seul bouclier, Emma traversa uns à uns les pièces et couloirs que la fumée emplissait peu à peu. Elle n'y voyait pas clair, ne respirait pas correctement, mais elle s'en fichait pas mal. Une seule chose comptait à présent pour elle, un unique objectif animait ses entrailles : retrouver Regina et la sortir de là.

Plus elle avançait et plus l'atmosphère se faisait suffocante. Mais aucune flamme ne s'était encore dressée sur son chemin, alors la jeune femme refusa formellement de s'arrêter en si bon chemin, et d'un vigoureux coup de coude, elle explosa la porte vitrée qui la séparait de l'aile administrative. Dans un accès de rage comparable à celui qui avait fait disparaître le trousseau de clefs, Emma défonça le verni noir, s'engouffrant ainsi dans le bureau qu'elle aurait espéré moins enfumé.

« Regina ?! Regina tu m'entends ?! », s'époumona-t-elle.

Les yeux plissés, elle chercha désespérément cette silhouette que le brouillard carboné rendait invisible.

« Regina ! », s'écria-t-elle.

La brune était allongée au pied d'une fenêtre ouverte où une flopée grisâtre s'échappait d'entre les barreaux.

« Regina tu m'entends ?! »

Paniquée, Emma avait saisi le visage endormi entre ses mains dans l'espoir d'y trouver un signe de vie.

« Dis quelque chose, je t'en prie ! J'ai besoin de savoir que tu es encore avec moi ! »

Pour seule réponse, Regina entrouvrit difficilement les yeux et eut le bonheur de croiser les prunelles vertes et larmoyantes de sa sauveuse.

« Tiens le coup, je vais nous sortir de là ! », s'enquit Emma, le visage illuminé par ce regain d'espoir.

Elle prit dans ses bras le corps affaibli de sa belle, se leva tant bien que mal, et approcha tendrement ses lèvres du front bouillant qu'elle choya d'un baiser protecteur.

« Reste avec moi s'il te plaît, j'ai besoin de toi Regina. »

À quelques mètres de là, une nouvelle bombonne de gaz explosa, faisant trembler les murs et arrachant une larme d'abattement à Emma.

« Je t'aime tellement Regina. Si seulement tu savais à quel point je t'aime. »

Elle avait déballé cela par peur de ne jamais plus avoir l'occasion de se déclarer à nouveau. Et elle ne le regretta pas, le simple fait de voir le visage de Regina se détendre paisiblement fit battre son cœur plus fort, lui donna le courage de se battre pour elles deux.

Comme si ces quelques mots avaient suffi à la libérer du poids qu'elle portait depuis si longtemps, Emma se sentit plus légère que jamais. Elle ne laisserait pas ce bureau qui avait vu naître leur amour devenir leur tombeau.

Le cruel manque d'oxygène commençait à lui brouiller l'esprit et à faire fléchir ses genoux.

Seulement, à cet instant précis, plus rien n'aurait pu arrêter Emma Swan.

Le corps inerte de sa bien-aimée à bout de bras, la jeune femme trouva la force nécessaire d'avancer.

Lorsqu'enfin les ténèbres de l'incendie firent place à la clarté de la nuit, la blonde s'effondra à genoux, le corps de la brune encore fermement maintenu contre son thorax.

L'air frais lui brûla les poumons, ce n'était que secondaire. Un grand sourire déchira son visage froissé par l'effort : elle pouvait sentir le coeur de Regina battre avec le sien.

Derrière leurs appareils, les journalistes jubilèrent face la scène presque théâtrale qui s'offrait à eux.

Ils avaient enfin capturé le cliché idéal, celui qui terminerait à la une des journaux.