« Tu m'emmèneras la voir ? Dis papa, tu m'emmèneras la voir, pas vrai ? »

Neal grommela une réponse vaguement positive avant de grimper dans la coccinelle jaune qu'il se plaisait à emprunter à son amour de jeunesse.

« On pourrait y aller samedi prochain, proposa le petit garçon, J'ai trop hâte qu'elle me raconte tout ce qui se passe dans sa nouvelle prison !, s'enthousiasma-t-il, tout frétillant d'excitation.

- Écoute Henry, tu viens de lui rendre visite, alors ça m'étonnerait qu'on aille la voir de sitôt, prévint-il en faisant gronder le moteur de celle qu'Emma surnommait sa "titine".

- Quoi ? Mais pourquoi ?!, se décontenança le petit homme.

- Parce que c'est à plus de cinq heures de route, et que je n'ai ni le temps de te conduire jusque là bas, ni l'argent pour payer l'essence et les péages, se justifia Neal.

- Mais tu as promis à maman que tu m'emmènerais la voir !, protesta le gamin en prenant place sur le siège passager.

- Oui on ira lui rendre visite une ou deux fois, accepta-t-il, Mais ne t'attends pas à la voir chaque semaine, prévint-il.

- Une ou deux fois ?!, se scandalisa Henry, Genre une ou deux fois en plein plein de mois ?!, n'en revint-il pas.

- Tu pourras l'avoir au téléphone tant que tu veux, relativisa Neal.

- Mais au téléphone, ce n'est pas pareil !, refusa le petit garçon chez qui les sanglots menaçaient d'éclater d'une minute à l'autre.

- Qu'est-ce que ça change, au fond ?, soupira-t-il en abaissant le frein à main.

- La différence c'est que je veux voir maman en vrai, marmonna le petit Swan en bouclant sa ceinture.

- Si on pouvait avoir tout ce que l'on voulait dans la vie, ça se saurait, Henry. », s'esclaffa le bonhomme en quittant le parking du pénitencier.

Alors qu'il observait, morose, les murs de béton qui enfermaient sa mère s'éloigner, le petit garçon versa une première larme qui s'écoula tristement sur sa joue.

Emma n'était quant à elle pas à sa première larme quand elle rejoignit les douches pour s'asperger le visage d'eau glacée. Elle avait, avec toutes les autres, quitté le maudit entrepôt le matin même pour venir réinvestir la prison Gold. C'est en vidant sa cellule qu'elle avait lâché son premier pleur. L'inconnu n'était pas confortable, et ce qui n'est pas confortable effraie souvent. Cela mêlé au désespoir de quitter son tendre et chère petit garçon, Emma n'avait pu faire bonne figure lorsque ce dernier lui avait rendu visite l'après-midi même. Elle avait essayé, bien sûr, de se montrer rassurante auprès de l'enfant, mais elle avait lamentablement échoué en explosant en pleurs juste sous son nez. Le gamin de huit ans avait été contraint de la consoler, elle et son courage légendaire bien absent en cet instant. Les câlins et paroles attendrissantes d'Henry avaient fini par avoir raison du chagrin de sa maman qui avait su reprendre son sang-froid et se réapproprier la figure rassurante qui devait être la sienne. Le rendez-vous ne s'était étonnamment pas trop mal terminé, chacun des partis ravalant son angoisse et sa tristesse pour épargner l'autre.

Le reste de l'après-midi se déroula en un éclair. Emma eut tout juste le temps de faire ses adieux à ses codétenues que déjà l'heure de dire au revoir à la principale intéressée arrivait.

« Je dois aller signer les derniers papiers pour mon départ, prétexta-t-elle alors qu'August lui faisait signe de surveiller l'heure.

Elle s'arracha difficilement de la prise de Mérida, qui malgré la rupture annoncée par Emma quelques heures plus tôt, ne semblait définitivement pas décidée à la laisser filer.

- Mais tu reviens après pour le repas ?, demanda la rouquine, un air éploré sur le minois.

- Non, je dois aussi passer à l'infirmerie, inventa-t-elle, J'ai tout une batterie d'examens à faire et ils veulent me garder en observation toute la nuit.

- Des examens ?, s'étonna Mérida, Mais pour quoi faire ?

Gênée de s'enfoncer dans son mensonge bancal, Emma fixa le vide, se racla la gorge et se gratta nerveusement le derrière de la nuque.

- French voulait vérifier que tout allait bien avec mes poumons, répondit-elle.

- Mais ils t'ont déjà examinée la nuit de l'incendie, et tout allait bien, ne comprit pas la rouquine.

- Oui mais ils veulent s'assurer qu'ils ne sont pas passés à côté de quelque chose et que tout est ok avant de me transférer, tu comprends, broda-t-elle de plus en plus déstabilisée par l'insistance de son ex-fausse-petite-amie.

- Non, je ne comprends pas pourquoi ils veulent te garder toute la nuit, persévéra l'autre, Tu as eu des symptômes qui sont apparus cette semaine ? Tu es gênée pour respirer ? Pourquoi tu ne m'en as pas parlé, ça m'inquiète !, paniqua-t-elle à moitié.

- Si ça t'inquiète tant, laisse la aller à son foutu examen !, intervint Mary Darling, elle aussi agacée par l'insistance dont faisait preuve la jeune rousse, On te voit demain pour le petit déj' Emma, profite bien de ta dernière nuit ici, les lits de l'infirmerie sont les plus confortables, ajouta-t-elle dans un clin d'œil.

- À demain les filles ! », saisit-elle l'occasion de s'échapper.

Elle traversa la prison, un peu plus nostalgique de quitter ce trou à rat à chacun des couloirs qu'elle parcourait. Puis après avoir passé la porte vitrée, elle toqua contre le vernis noir, plus par automatisme que dans l'attente d'une véritable autorisation.

« Entrez. », entendit-elle pour la dernière fois.

Cette réalisation plus sombre que la peinture qui recouvrait la porte la fit grimacer, elle abaissa la poignée.

« Je commençais à m'impatienter ! », s'amusa la brune, jambes croisées sur le bureau en marbre blanc.

De son regard vert d'eau, la blonde scanda la pièce dans ses moindres détails. Le sofa en velours était dissimulé par de fastueux draps couleur cerise aux coutures d'or. Au dessus de la somptueuse parure, reposaient comme sur un nuage deux nuisettes en mousseline aussi légères qu'elles étaient transparentes. La première, aussi sombre que l'ébène, la seconde, plus claire que les cieux. Emma pouvait aisément deviner que la blanche lui était destinée, tant elle imaginait la noire seoir parfaitement au divin corps de sa Regina. En parlant de son amour, il était nonchalamment assis sur le bureau en marbre blanc, un verre à la main, un ravissant sourire sur le visage, et une jolie robe violine pour habiller sa douce silhouette. Aux côtés de cette beauté qui aurait suffi à la rassasier à elle seule, était dressée une table pour deux couverts, dont un large panier en osier semblait encore renfermer les précieux mets.

Le tableau peint sous les yeux d'Emma l'émerveilla un instant, avant de la faire subitement revenir à ses plus profondes inquiétudes.

« Je n'ai pas envie d'être loin de toi. », éclata-t-elle en sanglots.

La vision brouillée par l'émoi, Emma ne vit pas arriver la brune qui s'était levée pour la rejoindre.

« Ce n'est que pour quelques mois... », essaya de positiver cette dernière en la serrant tendrement dans ses bras.

Que pour quelques mois... Emma sourit douloureusement à ces paroles.

Loin de Regina, les mois paraîtraient des années, privée d'elle, le temps arrêterait de s'écouler, elle en était persuadée.

« Et puis, je compte bien venir te rendre visite aussi souvent que possible !, renchérit la brune.

Elle se figea, puis se recula, interloquée, presque choquée par la nouvelle.

- Pour de vrai ?, demanda-t-elle sans oser y croire.

Regina fronça les sourcils, ne comprenant pas une seconde la surprise de la blonde.

- Tu penses vraiment que je suis capable de passer cinq long mois sans voir ta vilaine petite bouille d'ange ?, charma-t-elle, presque ironiquement, Déjà que je vais avoir bien du mal à me passer de t'avoir entre mes jambes, ajouta-t-elle pour arracher un éclat de rire à sa bien aimée.

Cela fonctionna, la blonde abandonna les larmes pour un petit et malicieux sourire en coin.

- Ah ça, tu risques de ne pas y survivre... », s'amusa Emma en passant ses bras autour de la taille de la brune pour empoigner ses fesses à pleine main.

Elle lui arracha ainsi un soupir rauque qu'elle se plut à tuer dans un premier baiser affamé.

« Tu nous as préparé un lit, releva-t-elle en reculant ses lèvres de celles qu'elle avait sauvagement démaquillées.

- Oui, je voulais qu'on passe la nuit ensemble dans un vrai lit, confia la brune, Ou du moins dans quelque chose qui y ressemble.

- C'est très réussi, assura Emma, Tu as même prévu les nuisettes..., s'enthousiasma-t-elle en imaginant la suite.

- J'ai tout prévu, se vanta la brune, Mais pas pour tout de suite, nous allons trinquer d'abord, décida-t-elle en se détachant de son amante.

- Trinquer à quoi ?, bouda la blonde alors que Regina s'échappait de ses bras pour s'approcher de la porte.

- Je ne sais pas, à nous, à notre dernière nuit ensemble avant trop longtemps, haussa-t-elle les épaules.

- Tu as raison, approuva la blonde, Il faut trinquer à ça. »

Elle s'approcha à pas de loup du dos de sa proie.

« Mais d'abord j'ai envie d'autre chose.

- De quoi ?, demanda naïvement Regina en faisant tourner la clef dans la serrure.

- De toi. », lui ronronna Emma à l'oreille en accolant son corps brûlant au dos du sien.

Acculée contre le vernis noir, la brune commença à frémir en sentant le souffle chaud de la blonde s'abattre dans son cou.

« J'ai tellement envie de toi. », appuya Emma en laissant courir ses doigts le long de la silhouette qu'elle désirait tant.

Des frissons tout au long de l'échine, Regina ferma les yeux, prête et condamnée à subir la suite inexorable de ses tortures.

« J'ai l'impression que je te le répète à chaque fois, mais ta robe te va à ravir, complimenta la blonde lorsque ses mains commencèrent à remonter doucement le tissu violacé le long des cuisses galbées.

Regina se cambra contre le corps d'Emma, aussi excitée par son toucher que par ses mots.

- Ce n'est pas qu'une impression, tu le répètes à chaque fois, se moqua-t-elle.

- Mais c'est parce que c'est vrai, protesta Emma, Je te vois toujours plus belle à chaque robe que tu portes, complimenta-t-elle, Peu importe la tenue d'ailleurs, tu es toujours plus sublime que la fois précédente, et j'en viens même à me demander si tu ne serais pas l'incarnation de la déesse de la beauté, se perdit-elle dans ses louanges, quitte à virer sans honte au ridicule.

- Et mince ! Me voilà démasquée !, se moqua de nouveau la brune, flattée mais surtout amusée par les éloges effrénés de sa belle.

- Non mais sans déconner, Regina, ne se démonta-t-elle pas, Aujourd'hui je réalise que tu es sans nul doute l'être le plus séduisant, la personne la plus exceptionnelle qu'il m'ait été donné de rencontrer.

- Et il t'a vraiment fallu tout ce temps pour t'en rendre compte ?, nargua la brune, se voulant confiante pour cacher à quel point les mots d'Emma lui faisaient du bien.

- Tu sais quoi ? Je pense que je vais te laisser ta robe encore un peu, rebondit la blonde, décidée à ne pas laissait l'autre se moquer d'elle plus longtemps.

- Pourquoi ? Parce qu'elle me va trop bien ?, s'amusa davantage la directrice en se retournant pour aligner son regard à celui de la détenue.

- Non, nia Emma, Simplement parce que si je te la retire, je ne vais pas pouvoir m'empêcher de te complimenter à nouveau, et je ne veux pas te faire ce plaisir.

- Tu ne veux pas me faire plaisir ?!, fit-elle mine de se scandaliser.

- Non, je ne veux plus te faire plaisir, je n'en ai plus envie, revendiqua-t-elle, aussi peu convaincue qu'elle était convaincante.

- Plus envie du tout ?, voulut s'assurer Regina, une lueur de malice dans la rétine alors qu'elle caressait ironiquement ses propres hanches.

- Plus envie du tout, confirma Emma en se reculant d'un pas pour appuyer ses mots.

- Tu es sûre ?, insista la directrice en remontant peu à peu le bas de sa robe, et cela sans jamais quitter des yeux celle qu'elle se plaisait à provoquer.

- Je suis sûre, articula clairement la blonde, voulant à tout prix gagner le petit jeu désireux qui l'opposait à la brune.

- Vraiment sûre ?, continua l'audacieuse en venant caresser son dessous en dentelle de ses doigts mutins.

- Vraiment sûre, attesta Emma, un sourire au coin des lèvres, s'amusant du petit manège de Regina tant qu'elle le pouvait encore.

- Sûre et certaine ?, soupira l'énergumène en basculant la tête en arrière, son regard lubrique braqué dans les orbes assombris d'Emma, alors qu'elle se touchait avec toujours plus d'ardeur.

- Sûre et certaine, maugréa la jeune femme, à présent incapable de masque l'incontrôlable désir qui grondait en elle.

- Je t'en supplie Emma, termina-t-elle pour achever sa martyre, Fais-moi plaisir..., souffla-t-elle langoureusement.

- Oh et puis fait chier ! », pesta-t-elle se jetant sur la femme qui n'attendait plus qu'elle.

Le petit cri de satisfaction que cette dernière poussa résonna dans tout la pièce. Son dos dansant contre la porte vernie de noir au rythme des va-et-vient d'Emma, Regina ne fut guère capable de faire plus que de s'accrocher aux épaules de la blonde qui s'afférait à la satisfaire dans une urgence folle. Les yeux clos, la brune se perdit dans le rythme effréné du toucher de sa belle. Les ongles plantés dans la peau de celle qui s'évertuait à lui faire du bien, Regina, après avoir atteint son apogée, se relâcha tout entière pour tomber dans les bras d'Emma qui n'était pas peu fière d'elle.

« Je vous ai connue plus endurante, Madame Mills, taquina-t-elle en enserrant tendrement le corps comblé et encore tout habillé.

Un petit sourire satisfait se glissa sur les lèvres charnues.

- C'est que vous vous faites de plus en plus douée, Miss Swan..., charma-t-elle en relevant le minois pour voler un chaste et amoureux baiser à la jeune femme.

- J'ai encore envie de toi..., susurra Emma en s'aventurant de nouveau sous la robe de son amante.

- Moi aussi..., s'électrisa la brune avant de se raviser, Mais pas tout de suite, dînons d'abord, si ça refroidit trop, ce sera immangeable.

- Un dîner ?, s'étonna la blonde qui avait complètement oublié la table dressée qu'elle avait repéré à son arrivée.

- Oui, un dîner, s'amusa Regina, Je n'étais pas le seul plat prévu à la carte...

Emma pouffa de rire.

- Et à part votre délicieuse petite personne, qu'avez-vous donc prévu ?, s'approcha-t-elle du bureau où l'autre était déjà attablée.

- Des lasagnes, révéla la brune en soulevant la cloche sous laquelle le plat était encore suffisamment chaud pour être apprécié à sa juste valeur.

- Hmm, j'adore les lasagnes !, s'enthousiasma Emma, l'estomac tiraillé par la faim.

- Tant mieux, c'est ma spécialité..., annonça la brune en découpant une première part.

- Et tu as prévu un dessert ?, espéra la gourmande, À part ça bien sûr, se mit-elle à sourire en désignant d'un signe de main le sofa qui n'attendait plus qu'elles.

Regina roula des yeux, cela malgré le petit sourire lubrique qui venait joliment tordre ses lèvres.

- Bien sûr que j'en ai prévu un, assura-t-elle, Je t'ai déjà dit que j'avais tout prévu !

- Et qu'est-ce que tu nous as préparé de bon alors ?, se lécha-t-elle les babines.

- Une mousse au chocolat, révéla la brune en sortant un bol du panier en osier.

- Hmm bordel... J'adore la mousse au chocolat, s'extasia la blonde, les prunelles pétillantes d'envie.

- C'est la première fois que j'en fais, alors je ne garantis pas qu'elle soit réussie, préféra-t-elle prévenir.

- Elle sera très bonne, j'en suis sûre, rassura Emma en s'asseyant en face de sa compagne, Après est-ce qu'elle sera aussi délicieuse que toi, ça j'en doute fort..., rajouta-t-elle dans un petit coup d'œil espiègle.

- Je sais cuisiner Emma, pas faire de miracles, répondit Regina avec toute l'humilité qui la caractérisait.

- Arrogante, ricana la blonde en saisissant le verre à vin que lui tendait la brune.

- Pas arrogante, chérie, refusa-t-elle, Simplement réaliste. »

Emma resta silencieuse un moment. Ravie du tendre surnom employé par la brune, elle la contempla, rêveuse, alors que cette dernière ouvrait une bouteille de vin rouge millésimé qu'elle avait consciencieusement sélection parmi les meilleurs qui trônait dans sa cave.

« À nous, scanda la brune en levant son verre, sortant ainsi la blonde de ses douces et sentimentales pensées.

- À nous. », rendit-elle en entrechoquant délicatement son verre à celui de Regina, son regard ancré dans les yeux noirs aux reflets chocolat chaud.

Toujours sans lâcher des yeux celle dont elle était puissamment éprise, Emma trempa ses lèvres dans le liquide bordeaux, enflammant ainsi ses papilles, au même titre que son cœur, brûlant depuis longtemps déjà pour la femme qui lui faisait face.

« Il est divin, commenta-t-elle, ne s'y connaissant pas franchement en vin mais étant bien sûre et certaine que celui-ci lui plaisait.

- Attends d'avoir goûté à mes lasagnes..., prévint-elle, ayant pleinement confiance en ce plat qu'elle savait préparer à la perfection.

- Tu t'en vantes tellement que j'ai peur de finir par être déçue, taquina Emma.

- Tu ne le seras pas, assura la directrice en prenant une fourchette de lasagnes pour la porter jusqu'à la bouche de la jeune femme, Goûte.

La blonde obtempéra, ouvrit la bouche et goûta au plat de la brune.

- Mmhhh... Bordel !, laissa-t-elle échapper une fois la bouchée avalée, C'est vrai que c'est sacrément bon !

- Heureuse de te l'entendre dire, concéda-t-elle, Seulement c'est dommage que ça soit si vulgairement dit..., fit-elle remarquer en avalant une nouvelle gorgée de vin.

- C'est à se taper le cul par terre !, ajouta Emma, la bouche pleine, se plaisant à faire grimacer d'horreur la brune.

- Je t'en prie, tais-toi et mange, souffla Regina en levant les yeux au ciel.

- À vos ordres, Majesté ! », accepta la blonde en enfournant une énorme fourchette de lasagnes dans sa bouche aux bords déjà barbouillés de sauce tomate.

Le plat de lasagnes fut bien vite englouti par une Emma affamée et comblée de pouvoir se gaver d'une nourriture d'une telle qualité après la semaine de privation qu'elle venait de passer. La mousse au chocolat ne fit guère meilleure figure face à la gourmandise et l'appétit débordants de la blonde, pour le plus grand bonheur de Regina qui avait cuisiné ce repas avec tout l'amour du monde.

« Je suis pleine comme un œuf, expira la jeune femme en s'affalant dans son fauteuil, une main posée sur son ventre gonflé et repu.

- Pleine comme un œuf, et toujours aussi distinguée, releva Regina en finissant son second verre de vin.

- Il faut bien que je compense avec ton petit air altier, se moqua Emma, imitant la manière dont l'autre tenait son verre, le petit doigt relevé.

- Mon petit air altier ?!, s'offusqua la brune.

- Tu as très bien entendu, provoqua Emma, Mais ne t'inquiète pas, tu es ma snob préférée.

- Je ne suis absolument pas snob, refusa la directrice.

- Un chouïa, insista la blonde, Mais ne t'en fais pas, ça participe à faire ton charme...

- C'est ça oui, essaie de te rattraper, pesta la brune en se levant pour débarrasser le bureau, un air boudeur placardé sur le minois.

- Oh ça va Madame Mills, ne jouez pas à la susceptible avec moi, railla-t-elle.

- Je ne joue pas, nia-t-elle, Et je ne suis pas susceptible.

- Alors arrête de faire ta vexée, et viens plutôt par-là. », rigola-t-elle en saisissant le poignet de la femme pour l'attirer vers elle.

Regina fit mine de résister une seconde ou deux avant de se laisser tomber sur les genoux d'Emma qui s'empressa de l'enlacer de ses bras aimants.

« Ma petite snob adorée, souffla-t-elle contre sa nuque, Tu me rends folle, ajouta-t-elle en mordillant et baisant sa peau, Jamais je ne pourrai me passer de toi.

- Ça tombe bien, soupira la brune en se fondant au corps de la blonde, Parce que je ne compte pas vous laisser partir de sitôt, Mademoiselle Swan... »

Elle s'embrassèrent, passionnément, comme elles savaient si bien le faire.

« Promets-moi que tu vas m'attendre, promets-moi de ne pas passer à autre chose d'ici ma sortie, supplia Emma dans un souffle chaud et désespéré, le baiser tout juste terminé.

Regina fronça les sourcils.

- Mais enfin Emma, pour qui est-ce que tu me prends ?, demanda-t-elle, déçue par ces supplications qu'elle jugeait inutiles, Tu n'as pas confiance en moi ?

- Si, si, bien sûr que si..., garantit-elle, au bord des larmes, Mais tu comprends, j'ai peur, tellement peur qu'une fois loin de moi, tu te rendes compte que je ne suis qu'un fardeau, qu'un boulet que tu traînes et qui ne te sert à rien. Et je suis terrifiée à l'idée que tu ne veuilles plus de moi, Regina, parce que je tiens à toi plus que je ne le devrais, et parce que j'ai bien conscience que je ne te mérite pas, que tu n'as pas besoin de moi.

Regina était dévastée du peu d'estime qu'Emma se portait. Elle se rendit alors compte que la malicieuse confiance arborée par la blonde n'était qu'une façade renfermant bien des blessures. Des blessures qu'elle se promit de panser, une à une s'il le fallait, même si cela devait lui prendre toute une vie à ses côtés.

- Tu n'as pas à avoir peur Emma, rassura-t-elle en prenant tendrement le visage larmoyant entre ses mains, Tu ne t'en rends peut-être pas compte, mais moi aussi je tiens à toi plus que je ne le devrais. Et tu te trompes en disant que je n'ai pas besoin de toi, parce que tu es la personne la plus importante à mes yeux sur cette terre, alors n'imagine pas une seconde que je puisse un jour ne plus vouloir de toi.

Emma était bouleversée par les mots de Regina, son cœur battant la chamade, elle se rendit compte qu'elle n'avait jamais aimé comme ça. L'appréhension de devoir se séparer de son amour durant de longs mois n'en était que plus grande.

- Et si la distance à raison de nous ? Et si tu rencontres quelqu'un entre temps ? Et si ce que tu ressens pour moi finit par disparaître ? Et si je ne sortais jamais de prison ? Et si ta mère finissait par trouver une solution pour nous séparer pour de bon ?, enchaîna-t-elle sans pouvoir s'arrêter, sous l'emprise de ses émotions qu'elle n'exprimait que trop rarement, et de la pression que son départ pour une autre prison engendrait chez elle.

- Arrête avec tes "et si" ridicules. Tout cela ne compte pas, ça n'est pas important, s'emporta la brune, La seule chose qui compte vraiment, c'est que tu m'aimes, et que moi aussi, je t'aime. »

Elles se regardèrent, intensément, sans un mot de plus, tout venait déjà d'être dit.

Alors les yeux s'abaissèrent rapidement vers les bouches, et ces dernières se rencontrèrent dans un baiser tortueux, entre amour timide et luxure évidente, entre sentiments tout juste avoués et désirs qui demandaient à être consommés.

Consommation qui ne se fit guère attendre, à en juger par les vêtements qui volèrent aux quatre coins du bureau en noir et blanc.

Regina menant la danse, Emma se laissa entraîner jusqu'au sofa drapé, où les attendaient leurs futurs atours.

« Habille-moi, ordonna la brune en jetant la nuisette noire dans les bras de la blonde.

La demande était originale, mais non moins excitante que son antonyme.

- À vos ordres, Majesté. »

Assise sur les draps cerise, Emma se perdit à observer dans ses moindres détails, dans ses plus pures particularités, l'anatomie divine, d'une Regina en tenue d'Eve. Elle prit alors le temps d'internaliser l'image de ce corps, ce somptueux tableau dont elle allait être dépossédée le temps de quelques mois, quelques mois qui s'annonçaient déjà comme une éternité. Alors elle la regarda, l'étudia, sous toutes ses coutures, avant de la toucher, de tous ses doigts. De la courbure d'une hanche à la pointe d'un sein, elle la toucha toute entière, la sentant frémir sous ses caresses, gémir sous ses baisers, la faisant presque venir par de simples préliminaires. Elle se leva ensuite, sans que jamais ses mains ne se détachent de la peau bouillante, et elle déposa tendrement ses lèvres au sommet de son front, avant de lui souffler un doux «Je t'aime», et de laisser glisser la nuisette ébène, revêtant ainsi sa nudité céleste, sans pour autant la masquer complètement, la laissant s'épanouir sous la transparence de ce discret voile.

Les yeux clos, Regina sentit le baiser d'Emma s'estomper doucement sur son front, alors que la mousseline noire dévalait son corps à toute vitesse, butant un moment sur son bassin, avant de finir sa course effrénée en bas de ses fesses. Lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle offrit à Emma un regard débordant de convoitise, qui n'en disait que trop sur ses intentions à venir.

Ce regard noir et brûlant, incandescent, lui fit l'effet des milles caresses qu'elle n'avait pas encore reçue. Alors lorsque ce fut à son tour de se laisser vêtir par Regina, Emma ne donna pas cher de sa peau. Les mains de son amante l'avaient tout juste effleurée, que de premiers fourmillements se faisaient déjà ressentir dans son bas ventre.

« Tu es tellement belle, s'émerveilla la brune face à la blonde si joliment parée.

- Ne dis pas n'importe quoi, démentit la jeune femme, le rouge aux joues, étrangement intimidée par l'adoration que renvoyaient les orbes chocolat.

- Je ne dis que la stricte vérité, appuya Regina en se collant à Emma jusqu'à pouvoir atteindre sa bouche, Tu es la plus belle chose qui pouvait m'arriver. »

Et sur ces agréables et sincères paroles, les deux corps basculèrent et s'échouèrent sur la parure rouge sang. Le noir et le blanc se mêlant dans le plus charnel des échanges. Les êtres se mouvèrent, l'un sur l'autre, contre l'autre, entrelacés par cette attraction inexorable qu'est l'amour partagé par deux cœurs. Deux cœurs abimés ayant trouvé refuge, l'un chez l'autre, renforçant ainsi leurs battements pour vivre plus fort, pleinement à nouveau.

« Je t'avais entendue tu sais, lâcha Regina en fixant le plafond, pensive entre deux de leurs ébats.

- Tu m'avais entendue ?, interrogea la blonde en fronçant les sourcils.

- Le soir de l'incendie, précisa-t-elle en basculant sa tête pour regarder son amante.

- Tu veux dire que... ?, commença doucement à comprendre Emma.

- J'ai entendu ce que tu me disais le soir de l'incendie, révéla la brune, son regard amoureux aligné au vert, Je n'avais plus la force de réagir quand tu es arrivée, mais je t'ai sentie, je t'ai entendue, se rappela-t-elle, un adorable sourire émotif sur la figure, Je t'ai écoutée me dire je t'aime, et puis j'ai perdu connaissance pour de bon.

- Je ne sais pas si je dois être gênée ou ravie que tu aies entendu tout ça, pouffa Emma, la mine rosie, alors qu'elle replaçait nerveusement une mèche de cheveux brune derrière l'oreille de sa belle.

- Honnêtement, je n'aurais pas pu rêver déclaration plus romanesque, déclara la femme, Alors je suis ravie d'avoir tout entendu. »

Préciser que les jeux érotiques reprirent de plus belle après ces quelques paroles n'était pas nécessaire, peu importe le cours que prendrait la nuit, seul les premières lueurs du jour seraient à même de séparer les deux femmes.

D'un geste furtif, Regina se saisit du foulard en soie qu'elle avait caché sous l'un des oreillers.

« Pour la troisième fois Emma, oui, j'ai tout prévu. », répondit-elle, amusée, au regard surpris et curieux de la blonde.

Rapidement, le carré de soie blanc fut noué autour de la tête de cette dernière, volant ainsi la vue aux yeux vert d'eau, promettant à leur propriétaire une jouissance des plus électriques.

Ce ballet luxurieux perdura des heures, jusqu'à ce que les deux corps s'écroulent d'épuisement, les actes laissant finalement place à la parole pour finir cette nuit d'amour en beauté.

« Tu es souvent tombée amoureuse ? Avant de tomber sur moi, bien sûr, demanda Emma, curieuse d'en apprendre plus sur cette brune encore pleine de mystère.

Tel un chat, Regina se lova contre la blonde, se pelotonnant contre son corps chaud. Dans une grace féline, elle s'étira de tout son long, éreintée par le dernier orgasme qui avait eu raison d'elle.

- Pas souvent non, soupira-t-elle, le visage calé dans le cou d'Emma, Mais oui, je suis déjà tombée amoureuse. Deux fois pour être exacte. Avant de tomber sur toi, bien entendu, s'amusa-t-elle.

- Deux fois c'est déjà pas mal, moi ça ne m'est arrivé qu'une seule fois...

- Le père d'Henry ?, devina Regina.

- C'est ça, Neal, sourit la blonde, J'étais folle amoureuse de lui... Avant de découvrir que ça n'était qu'un con.

- Qu'est-ce qu'il a fait pour mériter ça ?, s'intéressa la brune, amusée par la virulence dont faisait preuve la plus jeune.

- Disparaître du jour au lendemain alors que j'étais en cloque et à peine majeur, c'est pas mal non ?, rit-elle jaune.

- Quelle ordure, appuya Regina.

- Je n'aurais pas dit mieux, s'accorda la blonde, Et toi alors, tes deux amours étaient plus honorables ?, questionna-t-elle.

- Oui, ils l'étaient, attesta la directrice, Et ça n'a participé qu'à me faire souffrir davantage...

- Comment ça ?, ne comprit pas Emma.

- Le premier a brisé mon cœur d'adolescente, le second a anéanti toute mon existence, confia-t-elle tristement, Et le pire dans tout ça, c'est qu'ils n'y sont absolument pour rien !

Les mots employés étaient forts, mais trop flous, Emma devait en apprendre plus pour éclaircir ces zones d'ombre, trop grandes et trop nombreuses.

- Raconte-moi, formula-t-elle avec la fermeté d'une exigence, et la prosodie d'une supplication.

- Tu sais, il n'y a pas grand chose à raconter, mentit Regina pour qui la conversation devenait déplaisante.

- Je suis sûre que si, soutint la blonde, Mais si tu ne te sens pas prête à te confier à moi, ce n'est pas grave, j'attendrai. »

Soulagée, Regina resta blottie contre le corps rassurant de son amour. Elle réalisa alors qu'elle ne s'était jamais sentie autant en sécurité, aussi soutenue, que dans les bras d'Emma. Elle aimait cette sensation, au point de se sentir prête à se livrer, pour la première fois depuis des années, elle ressentait l'envie et le pouvoir de se confier à quelqu'un, à Emma. Alors après avoir tergiversé de longue minutes, elle se lança.

« Le premier s'appelait Daniel, énonça-t-elle tout haut, faisant ainsi terre le silence reposant du bureau, Je l'ai rencontré au lycée, c'était un garçon adorable. »

Regina marqua une pause, Emma décida de ne pas intervenir. Elle ne voulait pas l'interrompre sur sa lancée qu'elle savait périlleuse.

« Seulement il n'était pas au goût de ma mère, reprit-elle dans un soupir las, Alors elle a tout fait pour l'éloigner, et elle y est arrivée. »

À l'évocation de ce souvenir, il n'y avait pas de peine dans la voix de Regina, seulement de l'agacement.

« Par je ne sais quel moyen, elle a réussi à monter les parents de Daniel l'un contre l'autre, et il est parti vivre avec sa mère en Angleterre, raconta-t-elle, Du jour au lendemain, il a arrêté de venir au lycée et il ne m'a plus donné de nouvelles depuis. J'ai appris qu'il était parti par son père, qui semblait bien remonté contre "ma salope de mère".

- Tu lui en as voulu, à ta mère ?, interrogea la blonde.

- Je lui en ai terriblement voulu, avoua Regina, Tellement que j'ai coupé les ponts avec elle dès ma majorité.

- Mais tu as fini par revenir vers elle, compléta Emma.

- Seulement parce que mon père m'y a forcé, se justifia la brune.

- Comment s'y est-il pris ?, s'intéressa la jeune femme.

- Il était très malade, cancer généralisé, expliqua-t-elle, attristée, Et il avait beau l'avoir quittée des années auparavant, il était toujours fou amoureux de ma mère. Alors sur son lit de mort, il m'a confié un ultime souhait. Il voulait que je renoue les liens avec ma mère, il voulait que je prenne soin d'elle. J'aimais beaucoup mon père, alors j'ai accepté.

- Et ça s'est mal passé, devina Emma, désolée pour la brune qu'elle serra tendrement contre elle.

- Et bien non, étonnamment, rétorqua Regina, Elle semblait ravie que je revienne vers elle. J'étais un peu son projet inachevé, tu comprends, s'esclaffa-t-elle douloureusement, Avant que je quitte le foyer, j'étais son enfant prodige, celle qui se devait de tout réussir, celle à qui on ne passait rien, celle à qui on réservait une brillante carrière en politique, énuméra-t-elle, une ancienne amertume ressurgissant dans son ton, Nul besoin de te dire que j'ai été surprise qu'elle m'accueille à bras ouverts sept ans plus tard, alors que je revenais fraichement diplômée de la fac de lettres, mariée à mon tuteur, et enceinte de surcroît. »

Regina avait loupé pas mal d'étapes au cours de son récit, et pourtant tout commençait doucement à prendre sens dans l'esprit d'Emma. La blonde se rappelait encore de la discussion houleuse entre la brune et sa demi-sœur à quelques jours de Noël. Le mystérieux "Tu reviens dans nos vies comme une fleur pour annoncer que tu es en cloque" qu'avait méchamment lancé Zelena, s'inscrivait à présent dans un contexte que la jeune femme était loin d'imaginer.

« Pour elle, ma vie était d'une médiocrité exaspérante, et ça n'était pas son genre d'accepter la médiocrité, continua Regina, Alors j'ai vite compris qu'elle nourrissait l'espoir d'un avenir glorieux pour son futur petit-enfant. C'était la seule raison qui la poussait à tolérer "la misérable vie de sa fille".

- Et que s'est-il passé, ensuite ?, demanda Emma, la boule au ventre en imaginant ce qui avait bien pu arriver à cet enfant.

- J'ai brisé son espoir, répondit simplement la brune, la gorge nouée, les larmes au bord des yeux.

Emma comprit immédiatement que la partie décisive du récit arrivait. Tout ce qui avait précédé n'était rien face au prochain drame qui avait foudroyé la vie de Regina. Alors la blonde décida de se taire, et de laisser à la brune tout le temps qu'il lui faudrait pour continuer la triste tirade de sa vie.

« C'était une petite fille et elle devait s'appeler Rosa, reprit-elle, le regard fuyant et la mine blême, des sanglots secouant sa voix alors qu'elle se retenait de toutes ses forces de pleurer, J'ai eu mes premières contractions au beau milieu de la nuit, alors on s'est empressé de prendre la route, malgré l'orage. La pluie tombait à torrent, et dans un virage, le camion ne nous a pas vu...

- Regina, je suis tellement, tellement désolée, murmura la blonde, les yeux humides, alors qu'elle serrait dans ses mains celles de la brune, tremblantes.

- Ro... Robin est mort sur le coup, lâcha-t-elle dans une souffrance manifeste, Et j'ai perdu notre... J'ai perdu notre bébé.

Sans qu'elle ne puisse rien y faire, Emma se mit à pleurer à chaudes larmes pendant qu'elle observait le chagrin tordre les traits de celle qu'elle chérissait de tout son cœur.

- Je—, finit-elle par essayer d'intervenir.

- Tu n'as pas à être désolée, coupa immédiatement la femme, Personne n'a à l'être, ça n'est qu'un foutu accident. Un stupide et horrible accident, déclara-t-elle, le ton dur.

- Et toi ? Tu n'as rien eu ?, demanda alors la blonde, comprenant bien que la brune ne pourrait en dire davantage sur la perte des deux êtres les plus importants de sa vie.

- Les médecins ont dû me retirer l'utérus, répondit-elle en jetant un triste coup d'œil à son ventre, Mais à part ça, je n'ai rien eu de plus que cette horrible cicatrice qui est là pour me rappeler chaque jour que je suis en vie et pas eux. »

Le secret de cette cicatrice mit un point final au discours de Regina, laissant aux deux femmes le temps de se remettre de leurs émotions, en silence, sans jamais s'éloigner l'une de l'autre.

« Ça va peut être te paraitre déplacé, mais je ne trouve pas cette cicatrice horrible, débuta timidement Emma après un temps, Esthétiquement, j'ai toujours trouvé qu'elle te donnait ce petit charme particulier. C'est un peu comme si elle venait rayé ton visage pour le rendre imparfait, et par conséquent, infiniment plus beau qu'il ne l'est déjà. Et maintenant que je connais son histoire, je trouve cette cicatrice encore plus belle, encore plus puissante. C'est la marque de la perte tragique à laquelle tu as survécu, ça représente ta force, Regina. Tu as vécu d'affreux drames, et pourtant tu es là, aujourd'hui, à vivre malgré le lourd poids du passé, en arborant magnifiquement cette cicatrice.

Pour la première fois depuis de longues minutes, le regard fuyant de Regina se réfugia dans celui d'Emma. Elle l'écouta parler, caressant inconsciemment la cicatrice qui barrait sa lèvre, elle l'écouta parler et souhaita que jamais elle ne s'arrête.

Lorsqu'elle le fit cependant, la brune ne put s'empêcher d'esquisser un léger sourire.

Elle se sentait étrangement libérée, comme si se confier à la blonde était ce qui lui manquait pour reprendre complètement les rênes de son existence, pour vivre pleinement à nouveau.

- Merci. », chuchota-t-elle lorsque la jeune femme eut terminé, lui volant un doux baiser au passage.

Ces confidences, aussi douloureuses soient-elles, avaient soulagé les deux êtres, si bien qu'elles ne s'étaient jamais senti aussi proches l'une de l'autre qu'en cet instant précis.

« Il est tard, tu veux que l'on dorme un peu ?, proposa Regina dans un souffle apaisé, presque assoupi.

- Non, je ne veux pas dormir, refusa Emma.

- Pourquoi ?, s'étonna la brune en ouvrant ses yeux chocolat pour les plonger dans les prunelles vert d'eau.

- Parce que je veux rester pleinement éveillée pour ne pas gaspiller une seule seconde à tes côtés, susurra-t-elle, Je veux t'aimer jusqu'au bout de la nuit. Tant que le temps est avec nous, je veux t'aimer sans jamais m'arrêter... »