L'auto-radio s'arrêta et laissa place au crissement des pneus sur le gravier, trahissant ainsi le freinage du minibus à l'approche du pénitencier.
« Bienvenues à Litchfield, les filles. », salua le gardien en ouvrant grand la portière.
Emma le regarda de haut en bas, cet homme à la barbe de trois jours et au ventre gonflé par une très probable surconsommation de boisson alcoolisée en canette.
À première vue, il n'avait du gardien que l'uniforme.
Emma se leva et grimaça en sentant l'odeur de cannabis qui l'accompagnait.
Le bonhomme avait vraisemblablement plus sa place en cellule de dégrisement qu'autre chose.
« Oh ! Une revenante ! », s'exclama-t-il en repérant la détenue assise juste derrière la blonde.
La grande brune aux lunettes de secrétaire leva les yeux au ciel avant de descendre du bus à son tour, sans un mot ni un regard pour le gardien qui ne se gênait pas pour la reluquer de bas en haut.
« Mais c'est que la plus belle a abîmé son joli visage, commenta ce dernier en faisant référence au cocard qui se fondait à l'eye-liner noir de la femme.
- Ferme-la, Luschek. », répondit-elle sèchement en se détournant du gardien pour rejoindre l'entrée de la prison.
Emma regarda la brune s'éloigner, pendant que le dénommé Luschek semblait trouver le moment opportun pour se griller une clope tout en discutant de choses et d'autres avec le chauffeur. Au bout d'un moment qui lui parut durer une éternité, le gardien daigna enfin lui adresser un regard.
« Et bah qu'est-ce que tu attends la nouvelle ?, demanda-t-il, Suis-la, elle connait le chemin ! »
Quel connard, pensa-t-elle très fort en lui tournant le dos pour rattraper l'autre détenue.
Les formalités d'entrée se firent dans un silence presque total, en grande partie alimenté par la mauvaise humeur palpable de la grande brune à lunettes.
Le silence se brisa cependant dès la dernière porte passée. Une fois arrivée dans l'enceinte principale de sa nouvelle prison, Emma, tout d'orange vêtue, fut directement plongée dans la cacophonie générale qui emplissait le couloir.
Entre bavardages joyeux et petites embrouilles en tout genre, la foule de détenues tout juste sortie de leurs cellules était plus que vivante. Emma ne manqua pas la ribambelle de regards qui se posèrent avec insistance sur elle et sa camarade de route. Il faut dire que la couleur solaire de leur uniforme de nouvelles venues dénotait parfaitement avec les tenues ternes des autres détenues.
« On doit garder la tenue orange combien de temps ?, interrogea la blonde, presque intimidée par les yeux, tantôt meurtriers, tantôt intéressés, qui ne cessaient de s'abattre sur elle.
- Deux ou trois semaines, pas plus, répondit mécaniquement l'autre femme, visiblement trop occupée à chercher quelqu'un du regard.
- J'ai cru comprendre que ça n'était pas ta première fois ici. », essaya d'enchaîner Emma, vainement.
La grande brune ne lui répondit pas, préférant accueillir dans ses bras une grande blonde émotive à l'expression euphorique.
« Alex ! », s'était écrié cette dernière avant de lui sauter dessus.
Un simple coup d'œil suffit à Emma pour comprendre que les deux femmes face à elle entretenaient un lien bien plus fort et tortueux qu'une simple amitié tissée entre deux détenues. Et elle n'eut nul le temps d'en voir davantage que la grande brune et la grande blonde avaient déjà disparu. Bras dessus, bras dessous. Prêtes à faire l'amour, comme la guerre, peut-être même les deux à la fois.
Seule et perdue, Emma traversa la prison tant bien que mal, à la recherche du numéro de cellule que lui avait été indiqué à son arrivée. Après avoir désespéré sur son sort à plusieurs reprises, la jeune blonde finit par tomber sur la cellule numéro 21. Elle comprit alors que ladite cellule n'en était pas vraiment une à proprement parler. Comme les autres espaces du couloir, l'emplacement numéro 21 comprenait en réalité six cellules individuelles organisées autour d'une pièce commune, où une table, des fauteuils, un canapé et une kitchenette étaient disposés. Pour couronner le tout, un petit écran de télévision trônait même fièrement en haut du mur. Emma sourit devant cette vision, cette prison n'avait à première vue rien à envier au pénitencier Gold.
« Hey, Blondie !, la surprit une voix au timbre rocailleux, mais au ton sympathique.
Emma se tourna en sursautant pour faire face à une femme pas très grande, un peu plus âgée qu'elle, et à la tignasse blonde vénitienne proéminente.
- Salut, répondit-elle en alignant son regard aux deux billes noires et mal démaquillées qui la fixaient.
- Swan, lit-elle en zieutant sur le badge que portait Emma.
- Nicholls, imita la blonde, pas intimidée une seconde par l'attitude joueuse qu'elle devinait chez l'autre détenue.
- Non, appelle-moi Nicky, demanda-t-elle, Je préfère.
- Alors appelle-moi Emma, répliqua-t-elle, Je préfère.
- C'est d'accord, Emma, s'amusa-t-elle du sérieux de la plus jeune, Première fois en prison ?, s'intéressa-t-elle en s'affalant sur l'un des fauteuils.
- Non, enfin pas vraiment, répondit la jeune femme en s'asseyant à moitié sur la table qui lui faisait dos, Je viens d'être transférée, à la base j'étais au Pénitencier Gold. C'est la prison municipale de StoryBrooke, une petite ville paumée dans le Maine, explicita-t-elle face à l'air perdu de son interlocutrice.
- Et qu'est-ce qui t'emmène dans ce trou ?, questionna Nicky, Tu foutais trop le bordel, dans ta petite prison municipale ?, se moqua-t-elle.
Aux yeux de Cora Mills, sans doute, pensa Emma.
- Même pas, nia-t-elle cependant, Suite à un incendie, ils ont décidé de faire transférer les filles qui n'avaient plus longtemps à tirer le temps de finir les travaux.
- Alors il ne te reste plus longtemps à tirer, chanceuse !, se redressa Nicky.
- Cinq mois, c'est encore long, rétorqua Emma.
- Laisse-moi deviner, ricana-t-elle, Petite peine ? Qu'est-ce que tu as fait ?
- Quinze mois pour vol, confia la blonde.
- Merde, j'ai intérêt à faite gaffe à mes affaires alors, se moqua-t-elle de nouveau.
- J'étais une gamine ! Ça ne compte pas..., se lamenta Emma.
- Chérie, si ça ne comptait pas, alors moi non plus, je ne serais pas ici, déclara Nicky.
- Pourquoi ? Qu'est-ce que tu as fait pour être ici, toi ?, s'intéressa la blonde.
- Plein de conneries, soupira-t-elle, amère, La principale étant d'être tombée dans l'héroïne...
- Et merde, je suis désolée, grimaça Emma, soudainement peinée par ce personnage excentrique à la vulnérabilité cachée et pourtant évidente.
- Ne le sois pas !, se reprit Nicky en se levant, un grand sourire factice aux lèvres pour cacher les larmes qui s'étaient formées aux coins de ses yeux, De toute façon, moi aussi, je sors bientôt, trois ans ce n'est pas la mer à boire ! »
Emma ne put rien ajouter que l'autre avait déjà rejoint le couloir.
« Je te laisse, Swan !, annonça-t-elle dans un dernier sourire, Il faut que je sois à l'heure à l'atelier si je veux avoir une chance que Luschek me laisse fumer ! »
Et sur ces mots, la crinière de lionne disparut comme elle était apparue, laissant Emma seule dans ce fameux emplacement 21 à la recherche de sa cellule.
Six cellules, trois alignées à droite de la salle commune, trois alignées à gauche, toutes numérotées de zéro à cinq.
Elle avait beau se creuser les méninges autant qu'elle le pouvait, elle ne se rappelait pas que la gardienne lui ait donné un autre numéro que celui de l'emplacement 21. Alors, lassée de se triturer la cervelle pour une information aussi dérisoire, la blonde se lança à l'assaut de la cellule zéro, la seule dont la porte n'était pas entrouverte. Par prudence, elle eut la délicatesse de toquer trois fois, mais ne recevant aucune réponse, elle se décida à abaisser la poignet... et le regretta aussitôt.
Deux femmes, étendues l'une sur l'autre sur le lit, se donnaient mutuellement tant de plaisir qu'elles ne l'avaient pas entendue... Ou peut-être l'avaient-elles entendue ?
« Tu veux te joindre à nous ? », proposa celle qui surplombait l'autre en plantant ses grands et profonds yeux bleus dans ceux d'Emma.
Le rouge aux joues et le regard exorbité, la blonde s'empressa de refermer la porte pour rejoindre la pièce principale où elle s'effondra sur le canapé. Et elle n'eut guère le temps de recouvrer ses esprits que déjà, la porte de la cellule zéro s'ouvrait à nouveau.
Une petite brune d'origine asiatique en sortit la première. Son corps nu emprisonné dans un drap, et son regard fuyant ne manifestant que trop bien sa honte, elle partit en courant rejoindre la cellule numéro 4. Cellule qui devait sans aucun doute être la sienne.
La seconde protagoniste prit tout juste le temps de se revêtir, qu'elle débarqua, fière et fringante, dans la salle commune.
Son short en coton gris et son débardeur blanc épousaient parfaitement son corps athlétique aux multiples tatouages. Ses cheveux brun foncé, coupés juste au-dessus des épaules, ne faisaient que souligner les traits dessinés de sa figure, dont les yeux bleu océan dominaient l'ensemble du portrait. Étrangement, son visage était à la fois sévère et doux, son air, menaçant et séduisant. Pour parfaire ce charmant paradoxe, les bretelles roses et apparentes de son soutien-gorge, venaient contraster avec son allure masculine. Masculinité qui causait d'ailleurs une grande partie de son charme incendier.
« Salut, moi c'est Franky !, lança-t-elle dans une poignée de main, Franky Doyle !
- Emma Swan, répondit la blonde, à la fois gênée par la scène qu'elle avait surprise que fascinée par le personnage qui s'avançait, Je suis désolée d'être entrée comme ça, pensa-t-elle à s'excuser, Je croyais que c'était ma cellule.
- Mais c'est ta cellule ! », s'exclama la brunette dans un grand sourire.
L'expression d'Emma se figea un instant.
« Elle est libre depuis un moment, continua Franky, Alors j'essaie de l'occuper comme je peux. D'ailleurs, tu as de la chance, avec Cho, nous avons gardé ton lit bien au chaud. », s'esclaffa-t-elle dans un clin d'œil osé.
S'amusant du visage grimaçant d'Emma, Franky rejoignit le couloir, un sourire malin sur les lèvres.
« Et si tes draps finissent par se refroidir, blondinette, sache que j'occupe la cellule 5... », provoqua-t-elle.
Ne sachant que répondre à cela, Emma se tut et préféra rejoindre sa cellule pour s'empresser de changer les draps qu'elle imaginait souillés par les supposées trop nombreuses conquêtes de cette fameuse Franky.
Et elle eut tout juste le temps de prendre ses marques dans ce nouvel espace, que déjà, l'heure du déjeuner sonnait. Absolument pas timide mais pas complètement sûre d'elle non plus, la blonde débarqua dans l'immense réfectoire où circulait trop de détenues pour en donner une estimation correcte du nombre. Pour le moins perdue dans cette affluence, Emma fut rapidement secourue par une Nicky au sourire discret mais toujours aussi moqueur.
« Par ici Blondie, la guida-t-elle en plaçant une main dans son dos, Si tu commences à doubler tout le monde dans la queue, tu ne risques pas de faire long feu ici. », fit-elle remarquer.
Emma suivit Nicky sans broncher, voyant déjà en elle sa Mary-Margaret de Litchfield, le côté cucul en moins, sans aucun doute.
En plus de la nourriture peu ragoûtante de cette nouvelle prison, Emma fit également la connaissance de Red, la cuisinière en chef. Ses cheveux rouges et son accent russe bien prononcé faisaient d'elle une étrange copie, sans doute un peu plus caractérielle et effrayante, de la défunte Granny.
« Je vous présente notre nouvelle codétenue, annonça Nicky en s'asseyant à une table où la blonde reconnut immédiatement les deux amantes qu'elle avait précédemment interrompues en pleine bagatelle.
- Je l'ai déjà rencontrée, notifia Franky dans un clin d'œil, ce qui fit rouler des yeux son amourette.
- Ah oui ? Quand ça ?, demanda la troisième protagoniste avec qui Emma n'avait pas encore fait connaissance.
La femme en question était très grande et grosse, une mèche de ses cheveux longs, noirs, et gras, venait barrer son visage bouffi aux yeux bleus injectés de sang. En plus de son apparence pas franchement charmante et de son manque d'hygiène évident, cette dernière semblait avoir gardé l'esprit d'un enfant, ce qui restait assez perturbant au vu de sa carrure des plus impressionnantes.
- Tu n'as pas envie de savoir, Boom', répondit Franky dans un sourire en coin, sans jamais quitter des yeux la blonde qui lui faisait face.
- Elle est entrée sans frapper, et nous a interrompu, expliqua tout de même Cho, visiblement agacée.
- Mais j'ai frappé !, se défendit Emma.
- Elle a frappé, appuya Franky.
- Et bien je ne l'ai pas entendu, se braqua-t-elle.
- Parce que tu étais trop occupée à prendre ton pied, se moqua Franky.
- Elle n'a pas tort. », appuya à son tour Emma, irritée par le regard noir que la petite brune gardait appuyé sur elle.
Boudant comme une enfant, Cho ne dit plus un mot, laissant finalement ses codétenues déjeuner en paix. Emma eut alors la chance d'en apprendre plus sur le fonctionnement de sa nouvelle prison. Et parmi la ribambelle d'informations rapportées par une Boomer particulièrement enthousiaste, la blonde retint les suivantes : les téléphones étaient disponibles tous les jours à partir de dix-huit heures, et les visites avaient lieu le jeudi.
« Ah ! Alex, Piper !, s'exclama Nicky en accueillant les deux femmes qui se joignaient à leur tablée, Mes lesbiennes préférées !
Emma reconnut directement la grande brune et la grande blonde qu'elle avait vu le matin même.
- Ouh mais on dirait que Vause à jouer à la bagarre !, taquina Franky, Qu'est-ce qui t'est arrivé ? Tu as oublié qu'il fallait toujours faire gaffe aux camées ?
- On peut dire ça oui, grinça-t-elle entre ses dents, Il faut dire que j'étais particulièrement remontée de devoir retourner dans ce trou à rats.
- Qu'est-ce que t'as fait pour te faire coffrer à nouveau ?, questionna Nicky.
- Elle n'a pas envie d'en parler, coupa immédiatement Piper, visiblement gênée.
- Vous avez rencontré la nouvelle ?, enchaîna alors Boomer, Elle s'appelle Emma. Ils l'ont mise dans l'emplacement 21 !
- Enchantée Emma, moi c'est Piper, se présenta la grande blonde au visage angélique.
- Alors Franky, enchaina Alex à cette annonce, Comment envisages-tu la vie en prison, maintenant que ta cellule spéciale baise n'est plus disponible ?, nargua-t-elle.
- Elle utilisera les toilettes, comme à l'ancienne, pouffa Nicky dans un rire rauque, C'est pas comme si l'endroit lui importait, tant qu'elle trouve une fille, rien ne peut plus l'arrêter.
- Et en parlant de fille...», rebondit Franky alors que son regard bleuté scruter l'entrée du réfectoire.
Dans un même mouvement, toutes se tournèrent en direction des portes, où monsieur Caputo, le directeur de la prison, venait de faire son entrée en charmante compagnie.
« Bonjour mesdames, commença-t-il après que les gardiens aient exigé le calme, J'espère que vous allez bien ?
- On irait mieux si tu enlevais ta chemise, beau gosse !, cria l'une des détenues.
Une vague de rire traversa la cantine, Caputo lui-même ne put retenir un sourire flatté.
- Voyons, un peu de sérieux mesdames, s'il vous plaît, tenta-t-il de calmer l'assemblée, Si j'interromps votre déjeuner aujourd'hui, c'est pour vous présenter la nouvelle psychologue de Litchfield, madame Westfall à qui je vais laisser la parole. »
Petite et fine, la quarantaine bien entamée, les cheveux blonds cendrés et les prunelles azurées, la psychologue s'avança sous les regards sondeurs des détenues. Elle avait l'air sûre d'elle, dans ses hauts talons et son tailleur-jupe bleu marine. Assurée mais accessible, avec son chignon à moitié décoiffé et son expression douce et bienveillante. Franky la trouva immédiatement à son goût, et chacune des filles de sa table put le remarquer à l'insistance qu'elle mettait à ne pas la lâcher des yeux. Nicky s'amusait d'avance du nouveau défi que se lançait son amie, alors que Cho bouillonnait déjà d'une jalousie sans borne au point d'en oublier toute l'animosité qu'elle nourrissait envers Emma.
Bridget Westfall se présenta brièvement, avant de prendre plus de temps pour vendre le nouveau programme qu'elle voulait mettre en place. Elle disait pouvoir, par un suivi psychologique et des ateliers en groupe, appuyer la demande de liberté conditionnelle des détenues en fin de peine. Au terme de son discours, elle annonça que la première réunion aurait lieu l'après-midi même. Nul besoin de préciser qu'Emma s'y rendrait, accompagnée de Franky, toutes deux intéressées par des aspects bien différents de l'atelier.
Lorsqu'elles arrivèrent dans la salle de télévision, spécialement réservée pour l'occasion, les deux femmes furent surprises de ne pas y trouver grand monde. Une dizaine de détenues, tout au plus, était déjà installée sur des chaises disposaient en cercle.
« On se croirait aux alcooliques anonymes. », glissa Franky à l'oreille d'Emma.
La réunion se déroula pour le mieux, et les deux femmes en sortirent conquises. L'une par le programme mis en place par la psychologue, l'autre par la psychologue en elle-même.
« Je pense que je lui plais, déclara Franky alors qu'elles sortaient de la salle TV, Elle n'a pas arrêté de me lancer des petits regards.
- En même temps, tu n'as pas arrêté de la ramener pour attirer son attention, objecta Emma.
- Pfff... Comme si j'avais besoin de ça, mon charme destructeur se suffit à lui-même, se vanta-t-elle sur le ton de la plaisanterie.
- Arrête de fanfaronner et montre-moi plutôt où sont les téléphones, demanda la blonde.
- Tu veux appeler qui ?, s'intéressa Franky.
- Mon fils, révéla-t-elle.
- Tu as un gosse ?, s'étonna la brune.
- Ça te paraît si incroyable que ça ?, rigola Emma.
- Non, non, c'est juste que je te croyais plus branchée moules que frites, avoua Franky, Mais bon après, chacun ses goûts, c'est pas très grave si tu en as des mauvais, piqua-t-elle dans un clin d'œil.
- L'un n'empêche pas l'autre, fit remarquer la blonde.
- Ah d'accord, je vois, madame joue sur tous les tableaux, s'amusa Franky, Mais n'essaie même pas de me séduire, ma jolie, je suis à fond sur Bridget, pour le moment...
- Ne t'inquiète pas pour ça, je n'ai d'yeux que pour une seule et unique personne de toute façon, annonça Emma, un grand sourire aux lèvres en songeant à sa dulcinée et la merveilleuse nuit qu'elles venaient de passer.
- Donc en plus d'être sur tous les fronts, madame est casée—
- Avec la plus belle femme au monde, se vanta Emma.
- Rien que ça.
- Oh non, elle est tellement plus que ça, défendit la blonde, des étoiles dans les yeux.
- Je te préférais sans ce romantisme gnangnan collé au visage, Swan. », se plaignit Franky dans une grimace de dégoût.
Elles passèrent le reste de la file d'attente à se chamailler et à défendre leurs conquêtes respectives jusqu'à-ce qu'enfin, le tour d'Emma vienne.
Excitée à l'idée d'avoir son petit garçon au téléphone, la jeune maman s'empressa de composer le numéro de son ex-compagnon.
« Allô ? Neal, c'est—
- Oui je sais que c'est toi, Emma, répondit-il désagréablement, Je te rappelle que je me tape l'annonce de la prison avant de pouvoir décrocher ce foutu téléphone.
- Wow, j'en connais un qui a passé une mauvaise journée, grinça-t-elle entre ses dents.
- Ouais et d'ailleurs, je vais devoir te laisser, je suis occupé, confirma-t-il.
- Oui, passe-moi Henry, encouragea Emma, bienheureuse d'écourter au maximum les échanges avec ce boulet qui servait de père à son fils.
- Il n'est pas là, rappelle une autre fois, coupa-t-il court à la conversation.
- Mais— », elle n'eut guère le temps de riposter qu'il lui avait raccroché au nez.
«Connard !», jura-t-elle en faisant claquer le combiné sur son support.
Elle souffla un bon coup, essayant vainement de calmer ses nerfs, puis reprit le téléphone en main pour composer l'autre numéro qui lui tenait à cœur.
« Non ! C'est un seul appel par personne, tu dois refaire la queue !, s'énerva une détenue en arrachant le téléphone des mains d'Emma.
- Mais je n'ai pu avoir personne, se défendit la blonde.
- J'en n'ai rien à foutre de ça, rétorqua l'autre, Retourne faire la queue, espèce de blondasse.
- Je te demande pardon ?, s'offusqua Emma.
- Tu as très bien compris, la nouvelle, s'ajouta une autre détenue, Va là-bas, exigea-t-elle en pointant du doigt le bout de la file, Dépêche toi, sinon je te casse la gueule.
- Eh oh, tout le monde va se calmer ici, intervint Franky qui venait de terminer son appel, Les deux bouledogues, vous allez ravaler votre bave et bien fermer vos gueules le temps que MON amie puisse passer son appel. Sinon c'est moi qui vous casse la gueule, c'est bien compris ? »
Sous le regard menaçant de la brune, les deux détenues agressives ne firent point les malines.
« Tu n'avais pas besoin de prendre ma défense, fit remarquer Emma en récupérant le téléphone, légèrement vexée de ne pas s'en être sortie toute seule.
- Il n'y a pas de quoi, princesse, railla Franky en partant en direction de la laverie, Tu te débrouilleras toute seule la prochaine fois, c'est promis. »
La blonde leva les yeux au ciel avant de finir de numéroter le numéro de la reine de son cœur. Les "bip" s'enchaînèrent alors, faisant monter progressivement l'angoisse de tomber sur le répondeur, quand enfin:
« Je ne pensais pas que tu m'appellerais si tôt.
- Tu n'as qu'à dire que je te dérange...
- Bien sûr que non, tu sais bien que tu me manques déjà affreusement. J'ai passé la journée à me perdre dans les souvenirs brûlants de la nuit dernière. Et je commence sûrement à perdre la tête, mais je jurerais pouvoir encore sentir ton odeur planer dans mon bureau.
- J'espère que ça t'a laissé le temps de travailler correctement...
- Comme si tu en avais quelque chose à faire !
- Mais j'en ai quelque chose à faire, justement ! Il faut que tu prennes suffisamment d'avance dans ton travail pour pouvoir poser ton jeudi. Ou plutôt tous tes jeudis pour les cinq mois à venir...
- Laisse-moi deviner, le jeudi est le jour des visites ?
- Gagné !
- Alors je vais essayer de me rendre disponible...
- Non, non, tu ne vas pas essayer. Tu VAS te rendre disponible !
- Tous les jeudis ?
- Tous les jeudis.
- Si vous y tenez tant alors, je vais tâcher de vous satisfaire.
- Ouais, il y a plutôt intérêt !
- Ne sois pas imbécile, bien sûr que je vais venir te voir aussi souvent que possible, idiote.
- Deux insultes en une seule phrase, qu'ai-je donc fait pour mériter cela ?
- Ne fais pas l'imbécile et—
- Ah ! Vous vous répétez madame Mills, je vous ai connu avec plus de répartie.
- Ce que tu peux être agaçante quand tu t'y mets.
- Mais tu aimes ça, pas vrai ?
- Arrête avec tes bêtises et raconte-moi plutôt comment s'est passé ta journée. »
Une dizaine de minutes plus tard, et après avoir entendu en détails le récit de la première journée d'Emma, Regina raccrocha, un sourire ravi et rassuré teintant ses lèvres rouges. Tout semblait se passer pour le mieux du côté de la blonde, ce qui permit à la brune de terminer sa journée de travail sans la moindre inquiétude.
Elle quitta son bureau peu avant vingt heures, et soupira lourdement en voyant la longue et féminine silhouette qui l'attendait sur le parking.
« Bonsoir Madame Mills, j'espère que vous avez passé une bonne journée, s'introduisit Belfrey.
- Sérieusement Victoria, vous n'en avez pas marre de m'attendre comme un toutou, soir et matin, dans le vain espoir de pouvoir échanger deux mots avec moi ? Vous êtes vraiment désespérée à ce point ? », attaqua directement Regina, plus qu'agacée de se sentir épiée sans arrêt par la dragonne.
La figure rouge et minée, la gardienne tourna les talons et partit d'un pas rapide se réfugier dans sa voiture qu'elle démarra en trombe. Regina réalisa alors qu'elle y était peut-être allé un peu fort. Lorsque d'habitude, elle l'envoyait paître, Belfrey se contentait de minauder dans un petit sourire gêné. Jamais jusqu'alors, la femme n'avait paru aussi vexée. Regina haussa les épaules, c'était sans doute un mal pour un bien, avec un peu d'espoir, la dragonne allait enfin abandonner l'idée de s'emparer de la reine.
Le maire de StoryBrooke, en voilà un qui n'était définitivement pas prêt à renoncer à celle qui lui servait de reine.
« J'ai déjà dit oui, Regina, alors tu es obligée de m'accompagner, déclara Léopold pour la énième fois.
- Il fallait me demander, avant de dire oui sans mon autorisation, renvoya la brune qui n'avait même pas pu retirer son manteau que son mari l'agressait déjà.
- Dépêche-toi d'aller te préparer, exigea-t-il.
- Il n'en est pas question, décréta-t-elle.
- Tu vis chez moi ici !, s'époumona-t-il, Et tant qu'il en sera ainsi, tu continueras à m'obéir !
- Laisse-moi le temps de faire ma valise, provoqua-t-elle.
- Et si j'appelais ta mère pour savoir ce qu'elle en pense ?, répliqua-t-il.
Elle le défia du regard un moment, étudiant toutes les possibilités qui s'offraient à elle.
- Tu sais quoi Léopold, finit-elle par céder, Laisse-moi le temps de me préparer, j'arrive. »
Le bonhomme la regarda monter les escaliers, un vicieux sourire victorieux sur son visage peu scrupuleux. Il n'avait alors aucune idée de l'enfer qu'elle lui ferait vivre tout au long de cette soirée de gala. Il se doutait encore moins qu'elle comptait multiplier ses exploits jusqu'à ce qu'il soit celui qui demande le divorce.
Pleine d'ambition face à sa penderie, Regina ne prit pas très longtemps à choisir sa tenue de bal. Une combinaison orange pétant, au décolleté plongeant et à la coupe plus que flatteuse. Elle ferait des ravages ainsi vêtue, elle ne le savait que trop bien et elle s'en amusait d'avance.
Avant de quitter sa chambre pour rejoindre son cher et tendre époux, elle se regarda une dernière fois dans le miroir, se promettant que les choses allaient vite changer.
Une nouvelle partie commençait.
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Merci de continuer à lire cette histoire et merci pour vos commentaires, à très bientôt ;)
