3 septembre 1985
Altaïr se préparait à passer une nouvelle nuit dans les cachots sombres du manoir lorsqu'il fut surpris par Cygnus. C'était la première fois que l'homme le regardait en plus d'un mois. Cependant, il ne semblait pas encore prêt à lui adresser la parole, se contentant de le suivre dans les couloirs sombres.
Une fois arrivée dans les cachots, Altaïr s'approcha de la troisième porte, là où se trouvait une cage métallique à l'intérieur de la petite pièce humide. Contrairement à ses précédents tuteurs, Cygnus ne l'avait pas autorisé à agrandir la pièce ou la nettoyer. Ce fut seulement lorsqu'il fut enfermé dans la cage et la porte verrouillée derrière lui que Cygnus s'adressa enfin à lui.
« Connais-tu le filtre lunaire ? »
A ces mots, les yeux d'Altaïr s'écarquillèrent. Évidemment qu'il connaissait ce filtre, tous les lycanthropes le connaissaient. Il symbolisait pour eux à la fois l'espérance d'une vie meilleure, mais aussi l'impossible et le fantasme.
Cygnus sortit alors d'une des poches de sa lourde robe une petite fiole contenant une substance épaisse dont la couleur argentée était parcourue de zébrures ambrées. Altaïr ne put quitter du regard cette substance qui paraissait magnifique à ses yeux malgré qu'il en connaisse la dangerosité.
Altaïr étant un lycanthrope depuis l'âge de trois ans, sa santé s'était rapidement dégradée, les cicatrices liées aux transformations s'étaient multipliées et son regard s'était peu à peu voilé de tristesse, de honte et de douleur. Avoir cette potion sous les yeux lui rappelait douloureusement qu'il existait peut-être une solution à certains de ces problèmes. Pourtant les risques que cela représentait le refroidirent rapidement. Sa main qui s'était alors tendue vers la fiole s'abaissa dans un geste brusque. Son regard remonta vers le visage de Cygnus et ce dernier ne semblait pas heureux de cette décision.
Le philtre lunaire était un breuvage extrêmement dangereux pour son buveur. Les rares lycanthropes ayant réussi à se le procurer et tenté de le consommer s'étaient vus mourir, perdre l'usage d'un ou de plusieurs membres ou encore devenir fou.
Bien sûr, certains chanceux avaient réussi à surpasser tout cela et se portaient aujourd'hui en excellente santé. Mais Altaïr n'oubliait pas que selon les ouvrages qu'il avait lu à ce sujet, sur la petite centaines de loups-garous ayant tenté l'expérience sur les deux cents dernières années dans toutes l'Europe, seul sept d'entre eux avaient survécus et dont cinq regrettaient amèrement leur choix à cause d'effets secondaires bien pire que la mort. Les deux derniers étaient décédés de vieillesse depuis quelques années et n'avaient laissé aucun témoignage de l'expérience derrière eux.
« Dans cet état, tu n'es qu'une honte pour notre famille. Si l'on découvre que tu es un lycanthrope, que penses-tu qu'il va t'arriver ? Tu seras chassé de la Noblesse tout comme des centaines d'autres l'ont été. Mais si tu prends cette potion, ton statut de lycanthrope complet imposera le respect et la peur. Personne n'osera s'en prendre à toi de peur que tu te souviennes d'eux lors de tes transformations. Alors on va faire les choses autrement, bois cette potion ou tu ne quitteras pas ces cachots en vie. » ordonna froidement l'homme, levant de sa main droite sa baguette et visant en plein cœur Altaïr.
Considérant que si peu importe son choix, c'était la mort qui l'attendait, alors il préférait que cette dernière soit constructive. Prenant une grande inspiration, il attrapa la fiole d'une main et la déboucha de l'autre. Il ne prit pas le temps de réfléchir plus longtemps et l'avala cul sec jusqu'à la dernière goûte malgré le goût ignoble de la substance. Quelques minutes plus tard, il s'évanouit à même le sol.
De l'autre côté des barreaux, Cygnus l'observait se tordre de douleur et débuter sa transformation malgré son inconscience. Il ne quitta à aucun moment la forme évanouie du regard, espérant à chaque minute s'écoulant que la suivante verrait le réveil d'Altaïr avec le contrôle de son loup. Cependant il lui fallut attendre deux bonnes heures supplémentaires avant que le garçon esquisse son premier mouvement mais à sa plus grande détresse, ce ne fut pas à cause de la réussite de la potion mais à cause d'une douleur fulgurante qui tirait chacun des muscles de son visage et déchirait sa gorge en cris de détresse.
Les traits de Cygnus se déformèrent alors en une grimace colérique. Il avait payé cette foutue potion des centaines de Galions. De plus, trouver un maître potionniste prêt à garder le secret de l'héritier de la famille Black, à mettre sa vie en danger et à sacrifier sept mois de son existence pour se consacrer à la confection d'une seule potion était extrêmement rare. Heureusement pour lui, grâce aux gobelins et leurs nombreuses connexions il avait fini par trouver un tel potionniste. Et tous ces efforts pour quels résultats ? Pour réaliser que ce foutu gamin était en train de tout faire foirer.
Le garçon, sous sa forme lupine, se tordit de douleur sur le sol pendant plus d'une heure supplémentaire. Bientôt ces gémissements furent accompagnés d'un saignement de nez, ou plutôt de museau. Ses griffes entaillèrent le haut de son crâne alors qu'il essayait visiblement de faire diminuer la douleur et la fièvre qui martelait son crâne.
Lorsqu'Altaïr reprit conscience, il fut surpris de ne pas reconnaître les lieux l'entourant. Ce n'était pas sa chambre, il ne sentait pas son tapis duveteux sous lui. A la place, il se tenait dans une grotte sombre qui semblait sans fin. Du bout des doigts, il voulut toucher le mur de pierre à sa droite, cependant il ne parvint jamais à achever son geste. Un grondement sourd s'élevait derrière lui et Altaïr le connaissait parfaitement, c'était le grognement d'un loup.
Parfaitement conscient qu'il ne pourrait fuir face à la rapidité impressionnante de l'animal, le garçon préféra se tourner doucement vers cette dernière en baissant légèrement la tête en signe de soumission. A cause de l'obscurité des lieux et du pelage ébène de l'animal, il ne put qu'apercevoir le regard rougeoyant de la bête et ses crocs acérés. Déglutissant difficilement, Altaïr tenta une approche pacifique en parlant doucement à la bête, cependant cela ne semblait pas fonctionner le moins du monde.
Comprenant que ses paroles ne faisaient qu'agacer davantage le loup sauvage, Altaïr se tut subitement et plongea son regard anthracite dans celui rubis de son opposant. Etrangement, il ne trouva pas cela étrange de rencontrer un loup aux yeux rouges, alors qu'ils étaient habituellement ambres. Il supposa que c'était à cause de la magie.
Prenant une grande inspiration, le garçon leva doucement une paume face à la tête de l'animal et se concentra pour y faire venir sa magie. Il n'y était jamais parvenu en étant conscient, cependant cela fonctionnerait peut-être dans son esprit, du moins l'espérait-il. Il savait ce qu'il avait à faire, c'était écrit dans de nombreux livres, cependant il était conscient que cela ne serait pas simple.
Son énervement face à cet humain trop audacieux ne faisait que croître au fil des minutes. Le loup était à la fois curieux de rencontrer son humain, c'était la première fois qu'il venait le rencontrer ici, mais aussi agacé de deviner pourquoi il était là. Son humain voulait le soumettre et il y arriverait. Un enfant n'avait pas les mêmes peurs qu'un adulte et par conséquent, sa naïveté et confiance infantile pourrait lui permettre de ne pas le craindre suffisamment. De plus, le garçon n'avait absolument rien à perdre puisque dans tous les cas, s'il échouait c'était la mort qui l'attendait.
Alors que Altaïr tendait sa main face à la tête de la bête depuis deux longues minutes, cette dernière perdit patience et tenta de se jeter sur le garçon. Ce dernier réussit tant bien que mal à éviter les crocs de l'animal bien qu'il fut griffé sur une dizaine de centimètres sur le long de sa cuisse gauche alors qu'il faisait dos à la bête pour tenter de s'en écarter. Bien qu'il fut dans son esprit, la douleur lui paraissait quant à elle incroyablement réaliste.
Remarquant que l'odeur du sang ne faisait qu'exister encore davantage le loup, Altaïr s'efforça de mettre de côté sa peur et sa douleur pour se concentrer de toutes ses forces sur sa magie. Au moment où le loup allait une nouvelle fois se jeter sur lui, un déclic se fit en lui et la magie s'échappa par vague de sa paume toujours tendue à plat face à la bête. Lorsque cette dernière entra en contact avec la fourrure sombre de l'animal, ce dernier s'écroula sur le sol humide en gémissant.
Altaïr quant à lui plaça un genou sur le museau de la bête et un autre juste à l'arrière de sa tête tout en veillant à ce que sa main reste en contact avec l'animal. Aussitôt, un autre type de bataille s'engagea, chacun essayant de tirer sur la magie de l'autre jusqu'à ce qu'il n'en reste plus une seule trace dans le corps de l'opposant.
Altaïr était déjà heureux de ne pas s'être fait dévorer tout cru, cependant il ne comptait pas non plus laisser le contrôle de son corps, de son esprit et de sa magie à son adversaire. Alors il puisa au plus profond de ses maigres ressources la force de vaincre le loup et après une rude bataille, il y parvint. Le loup était soumis, sans plus aucune trace de magie en lui et son esprit complètement vidé de son instinct animal. Altaïr lui avait tout volé et en quelque sorte, il s'en voulut.
Cependant ils savaient tous deux que désormais, le loup vivrait à travers lui, ressentirait ce qu'il toucherait, sentirait ce qu'il reniflerait et goûterait ce qu'il mangerait. Le loup n'était plus cantonné à une nuit pas mois, mais à plusieurs petits moments de vie, bien que cela soit à travers un autre.
Altaïr reprit soudainement connaissance. Il fut surpris de remarquer que malgré que la nuit n'était pas achevée, il avait repris sa forme humaine. Cependant son soulagement ne fut que de courte durée. Bien que le loup ne soit désormais plus une menace, son corps allait devoir accepter la présence d'une nouvelle source de magie en lui et cela, il ne pouvait l'influencer, seulement espérer qu'il survive à cette nouvelle épreuve.
La douleur se fit de plus en plus grande, lui arrachant des cris de douleur, brisant petit à petit sa voix et tordant ses membres dans des angles impressionnants. Cependant rien ne pourrait le soulager. Il se devait de supporter en attendant de découvrir s'il allait survivre à cette dernière épreuve.
xxxxxxx
Lorsqu'il reprit connaissance, Altaïr était toujours allongé sur le sol froid de son cachot. Peu à peu, les derniers évènements lui revinrent en mémoire. Euphorique d'avoir réussi à surmonter son loup, il tenta de se relever pour vérifier qu'il était en un seul morceau, cependant son corps se rappela rapidement à lui.
Étouffant un nouveau gémissement de douleur, il retomba lourdement à même le sol. Chaque parcelle de son corps le faisait atrocement souffrir, ses muscles étaient horriblement courbaturés, la nouvelle cicatrice ornant sa cuisse le tiraillait, son sang battait follement dans ses tempes et cela n'arrangeait en rien sa douloureuse migraine.
Altaïr appela difficilement le nom de Cygnus, espérant que l'homme allait l'aider. Cependant ce dernier se contenta de lui lancer un regard satisfait avant de disparaître. Ce fut seulement après plusieurs minutes d'effort intense qu'Altaïr réussit à parler suffisamment fort et distinctement pour appeler l'elfe de Cygnus. Bien qu'ayant habituellement pour ordre de l'ignorer, cette fois-ci le vieil elfe eut l'autorisation de l'aider.
L'elfe de maison lui apporta quelques potions de soin qu'il l'aida à avaler. Ils attendirent dans un silence pesant que ces dernières fassent enfin effet afin de pouvoir déplacer Altaïr des cachots vers sa chambre. Ce ne fut qu'une vingtaine de minutes plus tard que le garçon put enfin se redresser malgré la présence d'une légère douleur persistante dans ses membres. Cependant ce n'était rien comparé à la précédente. L'elfe agrippa son bras et les fit transplaner sur le lit de l'enfant. Le choc de l'atterrissage, bien qu'amortit par le matelas, vola un gémissement à Altaïr.
Le vieil elfe fit apparaître sur sa table de nuit un chocolat chaud accompagné de jus de citrouille, d'œuf et de bacon avant de disparaître. Finalement, peut-être qu'il s'inquiétait tout de même pour lui, songea Altaïr. Après plusieurs longues minutes, Altaïr se décida finalement à quitter son lit pour opter pour un bain chaud.
Il versa dans la baignoire deux doses de potion régénératrice et une pour détendre ses courbatures pour ensuite laisser couler de l'eau jusqu'à ce qu'elle soit bien pleine. A peine sa peau fut-elle en contact avec l'eau médicinale que toutes ses crispations disparurent et un soupir de soulagement lui échappa. Finalement, il était si bien installé ici qu'il finit par s'endormir en position assise dans l'immense baignoire. Heureusement que divers sortilèges le protégeait de la noyade, le maintenait donc à flot et continuait à conserver l'eau à une température idéale.
Ce ne fut que près de trois heures plus tard qu'il sortit de son état de somnolence. L'esprit encore embrumé par la fatigue, il sortit de son bain et s'enroula dans le peignoir chaud laissé un peu plus tôt par un des elfes de la maison.
Trop épuisé pour raisonner davantage, Altaïr retourna dans sa chambre et s'effondra sur son lit pour plusieurs longues heures de sommeil bien méritées.
xxxxxxx
Encore une fois, Altaïr se réveilla à cause de la douleur qui le transperçait de part en part. Depuis qu'il avait absorbé son loup, ses nuits étaient devenues très courtes à cause de tous les changements qui se déroulaient dans sa magie. Le filtre agissait également sur son physique, bien que cela ne soit pas aussi douloureux.
Tout d'abord il commença par souffrir au niveau des yeux pendant plusieurs nuits et parfois même la journée, sa vision devenant de plus en plus nette et précise malgré l'obscurité constante de la pièce. Ce fut ensuite qu'il commença a grandir de quelques millimètres par jour. Cela lui donnait l'impression que sa peau et ses os étaient étirés dans tous les sens.
Heureusement pour lui ce calvaire n'avait duré qu'une dizaine de jours, passant d'une taille tout à fait dans les normes pour son âge à une carrure plus imposante. Apparemment un lycanthrope complet se devait d'être plus impressionnant que ses semblables dont la plupart étaient déjà plus grands que la majorité des sorciers. La preuve, son parrain dépassait largement son père qui mesurait pourtant 1m80.
Par la suite, il eut de nombreuses courbatures et douleurs musculaires. Un loup complet d'Amérique du Sud avait un jour écrit qu'il avait réussi à se mesurer en termes de force pure avec un vampire. Altaïr avait toujours été admiratif de cela. Bien qu'il eût toujours été plus forts que la moyenne comme tout lycanthrope, il savait aussi qu'un simple humain pourrait l'égaler s'il décidait de se mettre sérieusement à la musculation. Son corps devait donc se préparer à l'accroissement de sa puissance musculaire.
Mais toutes ces douleurs qui cessèrent en moins de deux semaines n'étaient rien face à celle de son noyau magique qui absorbait petit à petit celle de son loup. Jusqu'alors, leurs deux noyaux étaient distincts. Celui du loup était en phase de sommeil tout le mois et le jour de la pleine lune, il se réveillait et prenait le dessus sur celui d'Altaïr.
Même après un mois de transition, Altaïr sentait encore des piques de douleur par moment, lorsque l'un des deux noyaux rejetaient subitement l'autre. Ce ne fut que grâce à quelques potions contre la douleur et de sommeil-sans-rêve que le garçon put passer, enfin, une nuit complète à se reposer.
Le lendemain, Altaïr se dirigea machinalement vers la salle de bain afin de faire sa première toilette depuis bien longtemps. Habituellement il se contentait de se laisser nettoyer par l'un des elfes de la maison tandis qu'il restait allongé, trop effrayé à l'idée qu'un de ses mouvements provoque une nouvelle source de douleur.
Lorsque son regard croisa son reflet dans le miroir, Altaïr ne put empêcher un petit cri de surprise de lui échapper ainsi que de laisser tomber par terre la serviette qu'il venait de prendre en main pour essuyer son visage humide. Il lui fallut une bonne dizaine de secondes avant de se remettre du choc.
Juste en face de lui, se tenait un garçon aux cheveux noirs et au regard carmin. Comment se faisait-il que le miroir puisse renvoyer cette image de lui alors qu'il avait les cheveux châtains de son grand-père Fleamont et les mêmes yeux anthracites que sa mère bien que les siens furent cerclés d'ambre.
Cela ne pouvait être lui, c'était impossible. Soudain il fit la connexion entre l'amélioration de sa vue et la nouvelle teinte de ses iris. Mais pourquoi son loup avait-il dû avoir les yeux rouges et non ambre comme le reste des siens. Il devina également que le changement de la couleur de ses cheveux était également dû à l'absorption de cette magie lupine appartenant à une créature au pelage noir.
Le choc était rude pour Altaïr, lui qui était si fier de partager ses cheveux bruns avec son défunt papy qui l'avait protégé jusqu'à sa mort, ne possédait plus rien en commun avec lui. Si seulement il avait pu hériter de son grain de beauté sur la tempe ou encore de sa tâche de naissance sur la hanche. Si seulement cela n'avait pas uniquement été ses cheveux.
De plus, son regard gris était la seule chose qui pouvait lui rappeler sa mère dont il ne se souvenait plus. Soudain son reflet lui devint insupportable. Son poing s'abattit sur le miroir qui lui faisait face tandis qu'un cri de rage s'échappait de ses lèvres.
Rapidement, un autre poing rejoignit le premier et ses phalanges furent bientôt en sang, des morceaux de verre transperçaient sa peau fine et des éclats parcouraient le sol. Altaïr avait besoin d'extérioriser toute la haine qu'il ressentait envers … envers tout. Que ça soir Cygnus pour lui avoir fait boire ce filtre, Romolus pour l'avoir créer des siècles plus tôt, Greyback de l'avoir mordu, James de l'avoir renié et propulsé dans cet enfer, Walburga d'être décédée et de l'avoir laissé seul, lui-même pour être aussi attaché à une couleur d'iris ou de cheveux.
Altaïr détestait tout et tout le monde à cet instant. Alors il frappait, encore et encore jusqu'à ce que la douleur remplace tout autre sentiment dans son esprit.
xxxxxxx
Juillet 1986 (Un an plus tard, Altaïr à 9 ans)
Encore une fois, Altaïr s'était écroulé sur le tapis d'un quelconque salon du manoir de Cygnus après une punition. Cette fois-ci la cause était qu'il avait mal parlé à Lucius Malefoy en croisant ce dernier quelques instants plus tôt dans cette pièce. Apparemment ce dernier avait été présent pour affaire et en apercevant le garçon qui l'insupportait tant sur le chemin pour quitter le manoir, il n'avait pu retenir une pique.
A ce moment-là, peu importait à Altaïr que Cygnus était aux côtés du blond, il avait répondu comme par automatisme. En réalité, cela faisait longtemps que plus rien ne l'atteignait vraiment ; les punitions de Cygnus, les surcharges de devoirs, les diners de famille insupportables auxquels il échappait la plupart du temps puisque Cygnus haïssait s'afficher auprès de lui en public. Même les piques de Malefoy, le meurtrier de ses grands-parents paternels, ne le touchaient plus autant qu'avant. Il répondait parce qu'il savait que c'est ce qui était à faire.
La seule chose qui le gardait encore conscient de ses émotions était la peur qui le tétanisait à chaque fois que Cygnus levait sa baguette sur lui. Alors Altaïr savait qu'il allait crier, pleurer, supplier pour que tout cela cesse. Pourtant, il n'avait pas réussi à s'empêcher de se moquer de Lucius, il n'avait pas réussi à stopper ce stupide réflexe.
« Devoir provoquer un enfant de dix ans pour vous sentir supérieur, c'est pitoyable. Vous êtes tombé bien bas Lord Malefoy. »
Au moins avait-il gardé sa politesse malgré la moquerie. Lucius était le gendre favori de Cygnus. Le fils qu'il n'avait jamais eu et le mari de sa fille qu'il aimait le plus. Être affilié au Malefoy était pour lui le symbole de la réussite de sa vie alors toucher à cela devant ses yeux étaient la pire des idées qu'Altaïr n'avait jamais eu.
« Doloris ! »
C'était parti tout seul, certainement était-ce devenu un automatisme pour Cygnus, tout comme répondre à Lucius en était devenu un pour Altaïr.
Malefoy avait conscience que son beau-père était un homme violent et que très certainement, Altaïr devait en voir de toutes les couleurs au manoir. Mais c'était bien la première fois qu'il assistait à une punition en direct et cela le répugna quelque peu de cet homme pour qui il éprouvait du respect.
Lucius ne détestait pas vraiment le mioche bien que l'inverse semble être le cas, cela l'amusait simplement de taquiner le garçon. Il n'avait pas pensé qu'une simple petite moquerie pourrait avoir de telles conséquences sur l'enfant.
« Flagrante ! Diffindo ! » Cygnus ne semblait pas prêt de s'arrêter, provoquant brûlure et coupure sur le corps du garçon.
« Cygnus, je pense qu'il a compris la leçon, mais je voudrais m'en assurer par moi-même. Puis-je m'en occuper ? »
Le vieil homme hocha sèchement de la tête avant de quitter finalement le salon. Altaïr était toujours au sol et tentait tant bien que mal de récupérer son souffle malgré la douleur. Lucius s'agenouilla à ses côtés et effectua divers mouvements de baguette au-dessus d'Altaïr. Petit à petit, ce dernier sentit ses plaies se refermer et la douleur disparaître.
« Ce n'est pas parfait et il faudra prendre des potions supplémentaires, mais ce sera suffisant pour l'instant.
- Merci. »
Lucius fut si surpris par ce simple mot qu'il se figea sur place. Cet enfant avait bien trop de haine envers lui pour pouvoir le remercier ou du moins c'est ce qu'il pensait jusqu'alors. Mais la mine renfrognée et la honte affichée sur son visage prouvaient bien que le garçon avait prononcé ce mot. Préférant ne pas accentuer le malaise d'Altaïr, Lucius se redressa et s'éloigna de quelques pas, permettant à l'enfant de se relever à son tour.
« Pourquoi me haïs-tu à ce point ? Je ne me souviens pas t'avoir déjà rencontré avant que tu n'emménages ici. »
Altaïr se crispa mais Lucius ne retira pas ses paroles. Il avait toujours eu du mal à comprendre les causes du comportement de cet enfant et le blond voyait enfin une ouverture pour entamer un rapprochement.
« Vous avez tué mes grands-parents. Je me souviendrai toujours de vos yeux derrière votre masque, vous sembliez si indifférent à leur mort. » lui reprocha sans honte Altaïr.
Lucius se crispa. Il n'avait jamais réalisé que la cause de cette rancœur à son égard puisse être si profonde et justifiée. Malefoy tenta de se souvenir de tous les vieillards qu'il avait tués pendant la guerre, mais aucun possédant un enfant avec cette apparence ne lui revint à l'esprit. Mais ces nuits de massacre était une chose qu'il n'aimait pas réaliser alors il était possible que Lucius n'ait pas jugé nécessaire de conserver ces souvenirs.
Il avait rejoint le Seigneur des Ténèbres dans sa jeunesse afin de faire profiter le mage noir de son argent et de son réseau politique. Cependant Lucius n'avait pas eu d'autre choix que de participer lui aussi. Il n'aimait pas tuer comme le faisaient Bellatrix ou Aquila Black, les cousines démones comme on les appelait sur le champ de bataille.
Mais cela ne le répugnait pas non plus. Lucius voyait simplement le meurtre comme un moyen de satisfaire les envies de son maître et d'aider à sa cause. Cela faisait longtemps qu'il avait enterré la culpabilité et le regret, désormais il ne ressentait que de l'ennui en repensant aux cadavres qu'il avait laissés derrière lui.
Altaïr comprit très bien que sa déclaration ne touchait pas plus que cela l'adulte face à lui et cela l'agaça encore davantage. Apparemment la cause de sa haine à son égard n'était pas suffisante pour attirer ses excuses ou du regret en lui. Le garçon se dressa finalement devant le noble, lui fit de poli aux revoirs comme il le faisait toujours malgré sa haine envers lui et quitta la pièce pour rejoindre sa chambre. Là, des potions pour ses soins l'attendaient déjà.
Il avait oublié sa lecture sur la table basse du petit salon. Mais Altaïr n'avait aucune envie de quitter sa chambre et prendre le risque de retomber sur son tuteur.
Cette journée était si ennuyeuse.
xxxxxxx
16 octobre 1986
« Maître Cygnus, le jeune monsieur Altaïr demande s'il peut aller au Chemin de Traverse ce matin. Sa garde-robe ne va plus au jeune monsieur. »
C'était une règle ici, personne ne devait appeler Altaïr « jeune maître » devant Cygnus, bien que cela allait à l'encontre des règles que les elfes de maison se voyaient inculquées depuis des siècles. Cygnus hocha simplement de la tête, indiquant à l'elfe qu'il autorisait cette sortie, après tout cela ferait honte à la famille si le jeune héritier n'avait pas accès à des vêtements à sa taille. Les Black n'étaient pas désargentés, loin de là.
Étonné que Cygnus ait accepté sa demande, Altaïr n'en montra pourtant rien. Il ne manquerait plus que le vieux sorcier le prenne pour un ingrat et revienne sur sa décision. Cela faisait des semaines qu'il n'avait pas pu sortir du manoir sauf pour des repas de famille importants où il serait mal vu qu'il n'accompagne pas Cygnus.
Il ne lui fallut qu'une dizaine de minutes pour se préparer et se rendre sur le Chemin de Traverse avec l'aide de Derry. Il était pratique de posséder l'une des seules créatures capables de transplaner à travers des barrières qui protégeaient l'allée sorcière. Une fois sur place, il se rendit dans la partie sud du Chemin de Traverse. Une fois au bout de l'allée, il pénétra dans une boutique de vêtements. Altaïr ne fit pas attention aux quelques clients regardant les articles présents dans la partie prêt à porter du magasin.
Il préféra se rendre au fond de la boutique et s'arrêter devant une porte close sur laquelle était indiqué que l'accès était restreint. Cependant, il n'y réfléchit pas à deux fois et posa sa main portant une chevalière familiale sur un socle en métal posé non loin de là. Ce n'était pas vraiment une bague d'héritier, cependant elle était suffisante pour prouver qu'il faisait partie de la descendance Black et que sa famille l'acceptait plus ou moins.
La porte scintilla quelques instants avant de le laisser entrer dans la seconde partie de la boutique. Là, une vendeuse le prit rapidement en charge et moins d'une heure plus tard, Altaïr eut la promesse que l'ensemble de ses fournitures seraient livrés à son manoir avant la fin de semaine. Il quitta ensuite la boutique par-là d'où il venait et flâna quelques instants dans la rue commerçante.
Il s'arrêta quelques instants devant la boutique de Quidditch, regrettant de ne pas avoir le droit de voler dans le jardin à cause de Cygnus. Le vieil homme refusait d'accéder à ses demandes lorsque cela pourrait le rendre trop heureux. Il observa la librairie, puis un apothicaire, une confiserie et bien d'autres boutiques. Cependant, son regard s'arrêta sur une petite boutique à l'air vétuste et dont l'emplacement jouait dangereusement entre le Chemin de Traverse et l'Allée des Embrumes. Suffisamment proche du chemin pour ne pas éveiller les craintes du Ministère mais assez éloigné pour n'attirer qu'un certain type de clientèle.
Lentement, Altaïr s'approcha de la vitrine de la boutique et y découvrit toutes sortes d'articles, allant d'une potion de soin basique à un artéfact valant le prix de sa garde-robe complète. Pourtant lorsqu'il vit le prix de l'objet, Altaïr ne put s'empêcher de froncer les sourcils. Soit le vendeur était un idiot qui ne connaissait pas la valeur de l'artéfact, soit il donnait dans la charité.
Altaïr en était certain, il y aurait quelque chose d'intéressant dans cette boutique. Il rabattit le capuchon de sa cape sur son visage et pénétra dans le magasin.
Un simple tintement de carillon indiqua son arrivée, cependant aucun mouvement ne se fit entendre. Le vendeur semblait être absent, pourtant l'impression d'être épié ne le quittait pas. Altaïr tenta tant bien que mal d'ignorer cette impression et se dirigea vers l'étagère la plus proche. Divers objets sans réel lien entre eux y étaient exposés, aucune barrière ne l'empêchait d'y toucher, cependant son instinct lui criait que ce n'était pas une bonne idée.
Soudain, il sentit une présence derrière lui ce qui le fit se retourner vivement. Juste derrière lui se tenait un homme qui semblait être dans la cinquantaine, cependant son regard semblait aussi vieux que le monde. Ils se dévisagèrent quelques instants avant que l'homme ne se détourne de lui pour avancer vers le comptoir.
« J'ignorai que les vampires faisaient leurs achats en plein jour désormais. » marmonna-t-il pour lui-même.
Sans son ouïe très bien développée, Altaïr ne l'aurait jamais entendu, un vampire non plus ne l'aurait pu. Il eut un peu de mal à assimiler les propos de cet inconnu. C'était très insultant pour un lycanthrope d'être assimilé à un buveur de sang, leurs deux espèces ne s'appréciant pas depuis plusieurs siècles maintenant. Il en ignorait la raison puisqu'il n'en avait encore rencontré aucun dans sa courte vie, cependant son subconscient lui soufflait qu'il devrait en être offensé. Cependant sa curiosité enfantine prit bien vite le dessus sur la colère.
« Pourquoi un vampire ?
- Tu as les yeux rouges. » lui répondit le vendeur sans même s'en rendre compte.
Il semblait étonné d'avoir été entendu à cette distance. Altaïr quant à lui fronça ses sourcils et bascula la tête vers le côté, ce qui fit basculer sa capuche de son visage. Il ne savait pas que seuls les vampires pouvaient avoir les yeux rouges. Comme dans le monde magique, il existait des familles ayant des yeux ambre, noir, gris, violet ou encore blanc, il avait pensé que carmin ne serait pas si choquant. Altaïr se maudit alors d'avoir oublier de demander à Derry de lui apposer son habituel glamour.
« Les sorciers peuvent avoir les yeux rouges que s'ils sont des nécromanciens ou après avoir réalisé un certain rituel de magie noir que tu n'as pas l'âge de connaître. Le dernier nécromancien est mort il y a quatre siècles. Donc tu n'es ni l'un, ni l'autre et la seule créature magique à avoir de tels yeux sont les vampires. Alors tu dois forcément en être un. » lui expliqua le vendeur en voyant sa mine perdue.
« Arrêter de me comparer à eux ! » Cette-fois-ci, ce fut la colère qui prit le dessus.
Le sorcier se figea quelques instants. Il le fixait si intensément qu'Altaïr finit par détourner le regard, mal à l'aise. Préférant mettre fin à cette étrange discussion, il finit par décider de disparaître derrière une autre étagère.
C'est là qu'il découvrit une multitude de petites fioles opaques entreposées parfois seules et d'autres fois par deux. Sur l'une était inscrite le nom d'une maladie et sur l'autre son antidote s'il existait. Il parcourut du regard quelques flacons mais il lui fut rapidement évident qu'il ne connaissait pas la moitié des noms. Après tout, il n'était qu'un enfant et n'était presque jamais tombé malade grâce à sa condition de lycanthrope.
Soudain, le regard d'Altaïr se figea sur l'une d'elle. Il connaissait très bien cette maladie, il s'agissait de la plus connue dans le monde magique, juste après le rhume et la grippe, bien évidemment. Elle était réputée pour toucher les enfants mais surtout, d'être très dangereuse une fois un certain âge passé. C'est pourquoi lorsque les jeunes sorciers l'attrapaient, on les gardait éloignés des grands-parents pendant quelques semaines.
« Est-ce que c'est vrai que si on attrape la Dragoncelle une fois dans sa vie, on ne peut plus l'avoir plus tard ? »
Il n'avait pas le vendeur dans son champ de vision, cependant Altaïr était certain qu'il ne se trouvait pas loin de lui et pourrait donc facilement l'entendre.
« Dans la plupart des cas, oui. Certains parents emmènent même leurs enfants chez des amis lorsque leurs enfants l'attrapent pour immuniser les leurs. Cependant cette maladie peut devenir mortel pour les personnes à la santé fragile ou qui sont trop âgées.
- Très bien, je vais vous acheter ceci avec son antidote. »
Le vendeur s'approcha de lui et fit quelques mouvements de baguettes avant d'attraper les deux fioles. L'instinct d'Altaïr ne l'avait pas trompé en lui faisant comprendre qu'il ne devait rien toucher ici. Apparemment les objets entreposés étaient très bien protégés par l'homme.
Altaïr paya rapidement ses articles mais avant de quitter la boutique, le vendeur l'interpella une dernière fois.
« Dis-moi gamin, comment es-tu entré ici ?
- J'ai vu la boutique, alors je suis simplement entré. » fronça des sourcils Altaïr, ne comprenant pas l'intérêt de la question.
Les yeux du vendeur s'écarquillèrent d'autant plus et Altaïr y vit pour la première fois une lueur de vie. Il ne voyait pas ce qu'il y avait de si extraordinaire à son apparition dans ce magasin et s'en fichait un peu. Cette personne le mettait mal à l'aise et il n'avait plus qu'un seul souhait, quitter cet endroit. C'est ce qu'il s'apprêtait à faire lorsqu'il entendit un marmonnement derrière lui.
« Un humain n'aurait jamais pu venir ici sans en connaître le mot de passe. » Altaïr se figea. « Tu es un descendant de Romulus. » souffla finalement le sorcier.
Alors qu'il voulait demander des précisions, un vent souffla dans son dos et l'expulsa du magasin. Mais alors qu'il allait pousser une nouvelle fois la porte de ce dernier, il découvrit avec surprise qu'elle était close. Comprenant qu'il était congédié, Altaïr appela son elfe de maison afin de retourner dans sa chambre.
Altaïr ne comprenait pas vraiment ce qu'il venait de se passer. L'homme avait découvert qu'il était une créature magique, pire, il savait qu'il était un lycanthrope. L'enfant ne pouvait pas être dans une plus mauvaise situation. Si l'homme parlait alors tout le monde saurait que l'héritier des Black n'était qu'un loup-garou, un homme-bête, un demi-sorcier. Cela ne devait pas arriver, sinon il ne donnait pas cher de sa peau, Cygnus l'étriperait.
Mais peut-être que le fait qu'il avait aussi découvert qu'il était désormais un loup complet allait jouer en sa faveur. Il ne savait pas vraiment comment le sorcier avait fait le lien, mais l'expression « descendant de Romulus » ne pouvait signifier qu'une seule chose. En effet, Romulus était le premier lycanthrope à avoir brasser et avaler le philtre lunaire en plus d'y avoir survécu. Depuis, on appelait les loups ayant pris ce filtre ainsi en son hommage. Cependant seuls les lycanthropes et les sorciers très tolérants utilisaient cette appellation. Peut-être que finalement, cet étrange vendeur n'allait pas le dénoncer, puisqu'il avait utilisé ce surnom pour le désigner.
Ce fut la tête pleine de questions et de doutes qu'il tenta tant bien que mal de débuter une lecture afin de détourner son attention des derniers évènements.
