16 août 1987 (Un an plus tard, Altaïr a 10 ans)
« Recommence. »
Altaïr retint difficilement un soupir de détresse et d'agacement mêlé. Cygnus s'était mis dans la tête depuis un peu plus d'un an que simplement retenir les points importants de ses leçons n'était plus suffisant. C'est pourquoi il demandait depuis au garçon de retenir chaque phrases, mots, lettres et ponctuations de chaque livres ou magazines que le garçon lisait.
Le problème avec la retraite, c'était que contrairement à James, Cygnus avait beaucoup de temps à consacrer à l'éducation de son pupille. Alors cela ne le dérangeait pas vraiment de devoir le reprendre sur ses erreurs pendant plusieurs heures d'affilée s'il le fallait.
« N'oublie pas, tu es à huit échecs. Tu n'as plus que deux chances. »
Altaïr prit une profonde inspiration avant de se lancer dans le récit d'une des innombrables guerres gobelines que le vieil homme lui avait demandé d'étudier cette semaine.
« C'est en 1485 que Grignak le Borgne … »
Une minute s'écoula, puis une seconde et enfin une troisième sans qu'aucun châtiment n'intervienne. Altaïr dévisageait son tuteur qui suivait le texte dans son manuel afin de s'assurer qu'il ne fasse aucune erreur. Son expression était froissée, visiblement cela l'agaçait qu'il ne fasse si peu d'erreurs. Ce petit exercice était bien plus amusant quelques mois plus tôt lorsque le garçon bégayait tous les vingts mots.
« … C'est grâce à cette collaboration que Jasper Tudor a obtenu le titre de duc de Bedford la même année. »
Les lèvres de Cygnus se tordirent en une expression satisfaite. Altaïr avait visiblement fait une erreur et attendait avec tension le coup de canne qui ne tarderait pas à s'abattre sur ses mollets dénudés.
« Mauvaise conjugaison. Jasper Tudor obtient et non Jasper Tudor a obtenu. »
Altaïr se fit la réflexion que Cygnus cherchait vraiment la petite bête et cela l'agaçait énormément. En quoi cette petite erreur de conjugaison pourrait altérer sa compréhension de cette leçon. Cet exercice n'avait aucun intérêt si ce n'était pour servir de divertissement au sorcier.
D'un geste de la baguette, la canne de Cygnus s'abattit avec force sur ses précédentes plaies et Altaïr ne put retenir un gémissement plaintif de lui échapper. Cela contraria Cygnus qui fit léviter sa canne et d'un geste précis, frappa l'estomac de l'enfant en son centre. Le garçon s'effondra au sol, crachant et respirant avec force tout en agrippant les poils du tapis de la bibliothèque entre ses doigts. Il ne devait surtout pas lâcher un nouveau gémissement.
« Plus qu'un seul essai pour atteindre la fin du chapitre. »
Altaïr se redressa rapidement, ne souhaitant pas contrarier davantage son tuteur. Puis, il reprit là où il en était. Être continuellement interrompu dans son énoncé n'aidait pas non plus son cas.
« C'est grâce à cette collaboration que Jasper Tudor obtient le titre de duc de Bedford la même année. Six ans plus tard, le 18 mai 1491, un complot éclate dans son château. Trois de ses amis les plus proches, le conte Balvis, sa femme et le duc Ergi tente de l'assassiner dans son sommeil en faisant porter le chapeau à son neveu, Henri Tudor… »
Plus que quelques phrases et le chapitre serait terminé. Altaïr s'en réjouit d'avance tout en veillant à ne pas dissiper sa concentration. Cela lui arrivait de plus en plus souvent d'atteindre les objectifs que l'homme lui fixait, pourtant ce n'était pas systématique et cela le rendait nerveux.
« … A son décès treize en plus tard, son titre revient à son neveu en gage de remerciement pour sa loyauté durant toutes ces années. Ce dernier n'arrivera cependant pas à maintenir la paix que son oncle avait maintenu avec les gobelins. Trois en plus tard, il brise les accords passés avec Grignak et ce dernier, comme gage de vengeance déclencha la révolte de septembre 1494. Révolte aussi appelé la mutinerie de Bedford ou encore le soulèvement de la gué. »
Cygnus éclata de rire et Altaïr sut qu'il s'était planté.
« Sur le dernier mot. » se moqua méchamment l'adulte. « du gué, c'est un nom masculin idiot. La gué, c'est la meilleure celle-là. »
Altaïr serra ses poings de rage, n'aimant pas la moquerie et surtout, ne comprenant pas en quoi son erreur était si hilarante. Il ne savait même pas ce qu'était un gué, alors comment savoir si ce mot était déminin ou masculin.
« Ça fait donc dix erreurs. » jubila Cygnus. « Doloris ! »
Le garçon s'effondra au sol, se tordant de douleur. Le sortilège ne dura que quelques brèves secondes. Puis, le professeur quitta la pièce d'un pas guilleret.
Altaïr n'aurait jamais imaginé penser cela, mais les leçons de James lui manquaient affreusement.
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31 octobre 1986
Aujourd'hui, Altaïr avait neuf ans. Pourtant, il n'avait pas l'impression que cela changeait grand-chose à sa vie. Cygnus avait été aussi désagréable qu'à l'accoutumée, ses leçons étaient toujours aussi difficiles à suivre et même ses insomnies étaient les mêmes que les autres jours. Tout était similaire à la veille et serait similaire au lendemain.
Altaïr glissa ses mains dans ses poches et tâtonna le biscuit qui s'y trouvait, enveloppé d'un chiffon propre. Finalement, il y avait bien un événement sortant de l'ordinaire. Betty lui avait offert cinq cookies aux pépites de chocolat le matin même. Altaïr en avait mangé deux pour le petit déjeuner, puis un pour le dessert à midi et un autre au goûter de seize heures. Il n'avait jamais le droit de prendre de goûter ici, alors il avait beaucoup aimé avoir droit à une petite sucrerie entre deux cours aujourd'hui.
Il déballa précautionneusement le dernier biscuit de Moby de son emballage et le dégusta en observant les étoiles. Altaïr savoura quelques instants les saveurs éclater dans son palais et ferma même les yeux pour profiter un maximum du goût du chocolat. Il adorait le chocolat, Cygnus le savait et lui interdisait d'en manger.
Remus aussi aimait le chocolat, il lui en glissait toujours un dans le dos de James et surtout dans celui du Thomas qui était trop petit pour croquer les carreaux durs. Bien sûr, Remus ignorait qu'il partageait toujours son butin avec son jeune frère, même son chocolat.
En repensant à sa famille, un tendre sourire étira les lèvres de l'enfant avant de subitement disparaître. Quelques jours plus tôt, il avait dû accompagner Cygnus pour faire refaire sa garde robe. Ses vêtements lui étaient devenus trop petits et même s'il n'avait le droit de voir personne, le vieil homme continuait de baragouiner que c'était une honte de voir un Black dans de telles tenues.
Altaïr n'avait pas rouspéter. Il quittait si peu souvent du manoir que la moindre sortie devenait pour lui une expédition des plus palpitantes. Alors même passer trois heures à essayer des vêtements et écouter des vendeuses insupportables était devenu un plaisir pour lui.
C'est alors qu'il sortait d'une boutique de sur mesure dans laquelle Cygnus l'avait traîné, qu'Altaïr aperçut de l'autre côté de la rue un petit garçon au cheveux corbeaux en pagaille sur sa tête, un regard émeraude perçant et une cicatrice en forme d'éclair sur le front. Thomas n'avait pas changé d'un poil si ce n'était pour les quelques centimètres qu'il avait pris ou cette paire de lunettes circulaires qui trônaient fièrement sur son nez.
Leurs regards se croisèrent et le cœur d'Altaïr cessa de battre le temps d'une seconde. Une unique larme coula sur sa joue et l'autre enfant le fixa d'un air confus quelques secondes. Puis Il se retourna vers son père et le suivit dans la boutique de balais juste derrière eux, un grand sourire aux lèvres et le regard pétillant.
Thomas ne l'avait pas reconnu et Altaïr perdit pied. Son propre frère ne l'avait pas reconnu, son précieux petit-frère ne se souvenait plus de lui, il l'avait oublié. Thomas avait semblé si heureux en compagnie de James, juste eux deux, sans lui.
Les jambes d'Altaïr l'avaient lâché, ses yeux s'étaient humidifiés et étaient prêts à laisser couler de grosses larmes sur ses joues. Tout autour de lui semblait bouger à la fois incroyablement vite et lentement. Puis soudain, Altaïr reprit conscience de la situation en même temps que la baffe de Cygnus résonnait sur sa joue. Le petit garçon se releva avec précipitation et le suivit vers le Chaudron Baveur. Le vieil homme avait décidé qu'il était l'heure de rentrer et Altaïr en fut étrangement soulagé.
En repensant au regard curieux et rempli d'incompréhension que Thomas avait posé sur lui, Altaïr eut à nouveau l'impression de suffoquer. Espérer retrouver Thomas à Poudlard avait été sa raison de vivre. La raison qui le faisait tenir dans cet enfer. Parce qu'il n'était pas seul, parce que quelqu'un l'attendait, quelque part.
Mais maintenant, Altaïr comprenait à quel point il était seul. Son frère n'avait que trois ans lorsqu'il avait quitté le manoir et quatre lorsque leurs rencontres avaient cessé en même temps que Walburga était décédé. Alors il était évident que Thomas ne puisse pas se souvenir de lui, son visage lui avait peut-être vaguement dit quelque chose, d'où la curiosité qui avait illuminé son visage. Mais jamais le petit garçon ne pourrait se souvenir d'Altaïr Black né Potter, son grand-frère.
Altaïr rouvrit finalement les yeux et s'amusa à reconnaître les constellations dans le ciel afin de se changer les idées. Bien qu'il connaisse leurs noms, il avait parfois du mal à les reconnaître en pratique. Cela lui permettait de se changer les idées et d'oublier ses pensées morbides quelques instants.
Une dizaine d'aboiements au loin le fit se redresser mais il se calma rapidement en reconnaissant là les cris d'un chevreuil. Altaïr aimait grimper depuis le rebord de sa fenêtre sur le toit afin d'atteindre une parcelle de ce dernier qui était presque à l'horizontale. Cela lui permettait d'avoir une vue sur l'ensemble de la vallée et de surplomber la forêt environnante, tout en ayant peu de chance de glisser sur les tuiles.
Le froid lui transperçait la peau, ses doigts tremblaient dans ses poches, ses dents claquaient et ses lèvres étaient devenues bleues. Pourtant Altaïr ne se sentait jamais aussi bien que sur cette petite parcelle venteuse, c'était son refuge, sa cachette. Ici, Cygnus ne le retrouverait jamais et ne pourrait encore moins le rejoindre, il était trop vieux pour cela.
Il n'avait pas pris de mouchoirs et comme cela l'agaçait de plus en de renifler, il décida finalement de descendre de son perchoir afin de rejoindre son lit. Une fois debout, Altaïr porta une dernière fois son regard sur l'horizon et cela le rendit étrangement infiniment triste.
D'ici, le monde semblait si petit et lointain que ses problèmes semblaient risibles. Mais le garçon savait qu'une fois dans son lit, ses peurs, ses doutes, ses regrets, ses peines et ses crises d'angoisse reviendraient le hanter. Il n'avait même plus d'espoir auquel se raccrocher, Thomas ne se souvenait plus de leur promesse, il serait le seul à l'attendre à Poudlard.
La vie d'Altaïr n'avait aucun sens, il le réalisa maintenant. Pas de but, pas de rire, pas de bonheur, pas d'amis, pas de famille. Altaïr n'avait rien. Sa vie était incroyablement vide.
Puis, le garçon posa son regard sur le sol qu'il parvenait à peine à apercevoir à travers l'obscurité alentour, seul la lune éclairait quelques brins d'herbes se tortillant follement au gré du vent. Même cette maudite pelouse semblait avoir une vie plus palpitante que la sienne et cette pensée le fit éclater de rire. Puis les rires devinrent des sanglots et enfin des hurlements de détresse.
Lorsqu'il fut vidé de toutes les larmes de son corps et que sa gorge lui faisait mal à force de crier, Altaïr finit par se calmer doucement. Il posa une nouvelle fois son regard sur ces herbes qui le narguaient tant.
Le garçon avança d'un petit pas et sa respiration s'accélérera et son pouls s'emballa, cognant avec force contre ses tempes. Altaïr avait l'impression de reprendre vie et cela le grisa, alors il fit un second pas. Cette fois-ci l'angoisse reprit le devant et écartant petit à petit son adrénaline.
Altaïr recula soudainement, prenant pleinement conscience de ce qu'il était sur le point de faire. Terrorisé par ses actes, il voulut faire demi-tour. Mais apercevoir sa fenêtre et sa jolie cage dorée lui noua la gorge. Une nausée soudaine serra son estomac et Altaïr refit une nouvelle fois demi-tour. Il refusait de retourner dans son enfer.
Alors il prit une profonde inspiration et fit quelques pas en arrière , sans prendre de pause cette fois-ci. Puis, il sentit que son pied ne touchait plus les tuiles du toit, il avait trop reculé. Son corps chuta en arrière dans le vide. Le ciel s'éloignait petit à petit, les étoiles reposaient doucement dans l'obscurité et la lune brillait au loin. Altaïr ferma ses paupières, gravant cette image apaisante dans son esprit à tout jamais.
Puis, une douleur sourde lui arracha un hurlement silencieux. Il n'avait pas sauté assez loin et l'un de ses pieds avait rencontré le rebord d'un balcon quelconque. Cela ne dura qu'une fraction de seconde, mais le choc avait suffit à le faire voltiger dans les airs et Altaïr se retrouvait désormais la tête la première dans sa chute.
Altaïr apercevait avec une étrange précision les brins d'herbe qu'il admirait quelques secondes plus tôt, mais qui le terrifiaient désormais. Il voulait garder l'image paisible des étoiles dans son esprit, pas cette terreur infinie qui l'envahissait alors que le sol se rapprochait bien trop rapidement à son goût.
Puis, tout cessa. L'herbe caressait son visage, mais le choc ne vint jamais. A la place, il fut doucement retourné et déposé sur le sol par une force invisible. Altaïr était à nouveau allongé face aux étoiles.
Quelques secondes s'écoulèrent. Il ne comprenait pas ce qu'il venait de se passer. Puis, une tête d'elfe en larmes apparut dans son champ de vision et Altaïr comprit. Betty venait de lui sauver la vie.
A cette pensée, son cœur accéléra vivement dans sa poitrine et des larmes de soulagement lui échappèrent. Le garçon se releva vivement et agrippa Betty de toutes ses forces, les deux amis se serrant avec force, tentant vainement de se rassurer mutuellement.
Altaïr ignorait pourquoi, mais il se rendait enfin compte qu'une profonde envie de vivre vivait en lui. Même sans but, sans famille et si cela n'avait aucun sens, Altaïr voulait définitivement vivre. Il avait toute une vie pour trouver un but, se construire une famille et donner un sens à son existence.
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17 novembre 1986
Altaïr avait passé les deux semaines suivantes dans son cachot habituel. Cygnus avait appris d'un de ses elfes chargé de l'espionner, ce qu'il avait fait le soir de son anniversaire. Cela ne lui avait évidemment pas plus et jamais Altaïr n'avait subi une punition aussi terrifiante. Mais le pire avait été d'entendre les cris de Betty qui subissait elle aussi le Doloris par sa faute et son comportement irréfléchi.
Cygnus l'avait enfermé là si longtemps qu'il avait fini par y passer une nuit de pleine lune. Désormais, les blessures récoltées par son loup pendant celle-ci le tiraillaient tellement qu'il n'arrivait même plus à se mouvoir pour attraper la nourriture que Betty lui donnait. Certainement que les plaies s'étaient infectées avec toute la saleté et la poussière environnante.
Un « pop » sonore lui indiqua que la petite elfe de maison était apparue à ses côtés et ses plaintes lui faisaient comprendre qu'elle le suppliait de boire un peu d'eau. Mais Altaïr n'en avait pas la force. Il voulait simplement dormir, peut-être que cela ferait disparaître la douleur.
Petit à petit, il sentit la douleur dans ses membres s'atténuer à sa grande surprise. Il n'était pas endormi, il en était certain, alors pourquoi donc ne souffrait-il plus ? Altaïr ouvrit difficilement un œil et vit Betty penchée au-dessus de son corps en train de lui lancer divers sorts elfiques et lui appliquer un baume cicatrisant sur ses plaies.
« Arrête Betty, si Cygnus te vois tu vas te faire punir. »
Mais Betty n'obéit pas. Altaïr n'était pas à même de lui donner des ordres et rien ne l'obligeait à l'écouter. De plus les ordres de son maître était d'ignorer le garçon, c'est donc ce qu'elle allait faire en ignorant ses plaintes et ses ordres.
Soudain, un pas claquant derrière elle et le son d'une canne la fit se retourner avec frayeur. Devant elle se dressait son maître de toute sa hauteur et il ne semblait pas heureux, pas heureux du tout. Betty avait désobéi et elle allait recevoir une punition, mais cela ne la dérangeait pas car elle avait pu aider le jeune monsieur Black.
C'est avec un sourire tendre aux lèvres, le regard plein de bonté plongé dans celui désespéré d'Altaïr, que Betty accueillit le sortilège de la mort de son maître. Elle ne regrettait aucune de ses actions si ce n'était de ne pas pouvoir aider plus longtemps ce garçon qui était le seul sorcier à l'avoir considéré comme plus qu'une simple esclave.
Altaïr cria et tempêta pour éviter cela, ses blessures se rouvraient sous ses mouvements brusques mais cela n'importait plus à ses yeux. Il devait aider Betty, il devait faire quelque chose pour la sauver après tout ce qu'elle avait fait pour lui. Mais c'était trop tard et Altaïr le savait déjà au fond de lui, rien ne pouvait soigner de ce sortilège.
Altaïr avait perdu la seule personne qui ne l'ignorait pas dans ce manoir. Même si ce n'était qu'une elfe, Betty était la seule qui osait lui adresser la parole et qui voulait bien répondre à ses questions. Elle avait toujours pris soin de lui en cachette, lui apportant un casse-croûte pendant la nuit lorsqu'il était privé de nourriture ou lui tendant discrètement le livre qui allait miraculeusement l'aider dans ses devoirs. Betty avait été sa seule amie dans ce manoir si austère.
Les larmes dévalaient ses joues, le regard posé sur le cadavre de la petite elfe de maison et ses membres tremblants d'un mélange d'effroi et de douleur. Cygnus lui lança un dernier regard noir avant de quitter les cachots, laissant le cadavre de son serviteur derrière lui.
Altaïr attrapa délicatement le corps de Betty entre ses bras douloureux et la serra contre lui alors que ses sanglots résonnaient dans la cave froide.
Il était seul, encore une fois.
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26 décembre 1986
Altaïr observait depuis la fenêtre de sa chambre un petit surplomb de terre dans un coin du jardin de Cygnus, juste à la lisière des bois. C'est là qu'il avait enterré Betty pendant une journée où Cygnus s'était absenté du manoir.
Le jeune sorcier s'était assuré que le petit tas de terre n'était visible que depuis sa chambre car ainsi, son tuteur ne verrait pas qu'encore une fois, il lui avait désobéit. Altaïr refusait d'abandonner le corps de l'elfe dans la forêt afin qu'il se fasse dévorer par une créature quelconque dans le but d'effacer les traces du crime. Bien que les elfes de maison soient considérés comme inférieurs par les sorciers, le meurtres de ces derniers étaient punis par la loi et c'était bien l'une des seules faveurs que le Ministère accordait à ces petits êtres magiques.
Altaïr n'avait eu aucun mal à convaincre les autres elfes de lui confier le corps de Betty puisqu'eux aussi étaient répugnés à l'idée d'abandonner l'une des leurs dans un bois sombre autour du manoir. Bien qu'ils ne le montrent pas tous les jours, les elfes vivaient dans ce manoir comme les membres d'une même famille et la mort de l'un des leurs était un désastre pour eux.
Depuis, Altaïr passait chaque instant de son temps libre à observer le petit monticule de terre. Betty lui manquait beaucoup. Elle avait été la seule personne à lui adresser la parole ici. Désormais, en dehors d'un simple « Maître Cygnus Black vous attend dans le salon » de la part d'un elfe et les cris de ce dernier, Altaïr n'avait plus aucun contact avec quiconque. D'autant plus qu'en voyant son pupille apprécier le bal qu'ils avaient donné, Cygnus refusait également qu'il ne retourne à une quelconque fête ou n'adresse la parole à un autre héritier.
Il ne s'était pas rendu compte que Betty avait été aussi présente à ses côtés. Désormais seul le silence occupait ses journées et cela le rendait fou.
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20 juin 1988 (Un an et demi plus tard, Altaïr a 11 ans)
La veille, Cygnus avait jeté Altaïr dans la forêt en lui ordonnant de contrôler suffisamment son loup pour ne pas quitter les bois. Il voulait constater de ses propres yeux que le filtre lunaire avait correctement fonctionné. Altaïr ne comprenait pas vraiment pourquoi il ne l'avait pas fait plus tôt, cependant il n'osa pas poser la question à son tuteur.
Ce dernier voulait avant tout s'assurer qu'une fois à l'école, le garçon pourrait passer ses pleines lunes dans une forêt avoisinante sans éveiller de soupçons. Il était hors de question de prévenir l'équipe enseignante de sa condition, ça ne serait pas bon pour la réputation des Black.
Paniqué à l'idée de ne pas réussir à garder le contrôle sur le loup, Altaïr ne put pourtant rien faire face à la volonté et la baguette de son tuteur. Alors il se résigna à peut-être ne jamais se réveiller le lendemain. Il suffisait d'un seul campeur, villageois ou sorcier pour que les Aurors débarquent sur place et l'abattent à vue.
Pourtant, tout s'était très bien déroulé. Bien qu'il ne s'agissait pas réellement de contrôle, le loup était cependant influencé par ses souhaits. Ainsi, il ne s'était pas approché une seule fois de l'extérieur de la forêt, restant profondément terré dans les bois.
De plus, pas une seule nouvelle blessure ne parcourait son corps. Certes, la transformation restait extrêmement douloureuse et les courbatures d'avoir couru toute la nuit ne partirait pas aussi facilement. Mais d'un autre côté, cela lui faisait beaucoup de bien de ne pas se réveiller à côté d'une mare de sang.
Pourtant la joie fut de courte durée. A peine avait-il rejoint le manoir qu'Altaïr fut intercepté par Cygnus. Adieu l'espoir de pouvoir profiter d'une bonne douche chaude et peut-être même d'une sieste avant ses leçons du matin. Et bonjour la prise de tête dès le réveil.
Le sorcier le guida jusqu'à la bibliothèque dans un silence religieux. Une fois arrivée à destination, ce dernier attrapa une petite pile de livres qu'il avait préparé la veille pour son pupille. Altaïr les scruta quelques instants en fronçant des sourcils. Il était incertain quant à l'utilisation que son tuteur voulait qu'il en fasse.
« Ce sont les bases pour aller étudier à Durmstrang. Je compte sur toi pour connaître les bases du russe et de l'estonien avant ton départ. Tu as un mois et dix jours.
- Durmstrang. » murmura Altaïr comme s'il n'y croyait pas.
« Les leçons du matin et du soir seront annulées pour que tu puisses te concentrer sur les langues. Un ami viendra s'assurer que ton niveau soit suffisant d'ici deux semaines. »
Puis Cygnus quitta la pièce, abandonnant derrière lui Altaïr et ses dictionnaires. Le garçon porta son regard sur les ouvrages avant de les jeter avec brusquerie sur la table, comme si ces derniers l'avaient brulé.
Il refusait d'y croire, Cygnus n'avait pas pu lui faire cela. Thomas et lui s'étaient promis de se retrouver à Poudlard d'ici quelques années et maintenant, tout tombait à l'eau à cause de ce vieux sorciers décrépis. Sa seule occasion de revoir son petit-frère avant d'atteindre la majorité, et donc de pouvoir se déplacer comme il l'entendrait, venait de disparaître sous ses yeux en seulement quelques secondes.
Cygnus avait un don incroyable pour détruire sa vie petit à petit. Lui retirant chaque petit instant de bonheur du quotidien dès qu'il en avait l'occasion. Altaïr sentait une haine vorace envers cet homme bouillonnée en lui. Soudain, cette pièce lui semblait trop petite et étouffante. Sa respiration s'accéléra et sa vision se rétrécit.
Il n'en pouvait plus, il avait l'impression de pouvoir exploser à n'importe quel instant et cela le torturait de l'intérieur. Puis, sa main attrapa le premier objet qu'il lui tomba sous la main et le jeta contre la porte par laquelle Cygnus venait de passer. L'encrier éclaboussa le sol et les murs, mais cela Altaïr n'en avait cure. Il réitéra l'opération, lançant chaises, livres, plumes et parchemins à travers la salle.
Libérer ainsi ses pulsions et la haine qu'il accumulait depuis des mois et des mois le vida rapidement de ses forces et bientôt, il s'écroula contre le pied de son bureau. Altaïr tatta sa surface pour attirer à lui le plus petit des livres que Cygnus lui avait confié. Ironiquement, il s'agissait des seuls bouquins qui n'étaient pas passés entre ses mains colériques.
Peut-être que finalement, les choses étaient mieux ainsi. De toute façon, Thomas ne se souvenait ni de lui, ni de leur promesse. Et puis, jamais un Potter et un Black ne pourront être ami, la trahison de Sirius Black en était bel et bien la preuve. Il valait certainement mieux pour Thomas que leur chemin ne se croise pas avant un long moment.
Etrangement, cette pensée le soulagea tout autant qu'elle lui brisait le cœur. Il n'était pas de bonne fréquentation, Altaïr en avait conscience.
Oui, il en était convaincu. Passer sa scolarité à Durmstrang n'était peut-être pas une si mauvaise idée finalement.
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1er septembre 1988 (Altaïr a 11 ans, 1ère année à Durmstrang)
Altaïr venait d'arriver dans sa nouvelle école et il n'avait qu'une envie : rejoindre son dortoir. Il avait tout d'abord dû subir l'horrible sensation que provoquaient les portoloins internationaux pour ensuite passer de longues heures dans le bateau qui l'avait conduit jusqu'à l'école. Le seul point positif à ce voyage fut qu'il eut le temps de relire toutes les notes qu'il avait pris sur les livres que Cygnus lui avait recommandé d'étudier pour sa rentrée.
Par moment, il posait ses parchemins pour observer un peu le paysage. Altaïr adorait la nature et il aurait pu rester des heures à regarder l'étendue d'eau devant lui. Mais il savait aussi que son estonien était loin d'être parfait et cela était bien plus important que de regarder le paysage. Au moins, contrairement au russe, l'estonien utilisait l'alphabet latin et cela lui facilitait quelque peu les choses.
C'est lors d'un de ses moments d'observation qu'il put assister au décollage du bateau qui se mit à voler dans les airs pour survoler des terres. Altaïr essaya de retenir la localisation de leur atterrissage du mieux qu'il le put, peut-être qu'ainsi il pourrait se situer sur une carte. Cependant, le garçon ne se faisait pas d'illusion et se doutait qu'il ne serait pas aisé de localiser cette école si secrète.
Le bateau atterrit finalement dans un lac entouré par la forêt. Les élèves commencèrent à marcher en direction d'un clocher qui dépassait des arbres un peu plus loin. Altaïr les suivit et ajusta son pas à quelques élèves qui semblaient être nouveaux, comme lui. Il ne connaissait personne et n'avait vraiment pas envie de se perdre.
Il ne fallut qu'une dizaine de minutes aux étudiants pour atteindre les remparts de l'école. Altaïr aperçut du coin de l'œil un regroupement d'élèves et en s'en approchant, il remarqua que ses derniers s'attroupaient autour d'un professeur qui se tenait sur une estrade.
L'homme se fit rapidement entendre grâce à un puissant Sonorus, ainsi tous les élèves pouvaient l'entendre. Le sorcier se présenta comme étant le professeur Georgiev, il serait le responsable de leur filière cette année en plus d'être un potionniste et le professeur principal de ce qui serait la classe 1.
Georgiev montra du doigt la lourde porte de fer qui gardait la forteresse et qui était surmonté par le long clocher qu'Altaïr avait vu un peu plus tôt. Le professeur leur en expliqua le fonctionnement et c'est avec surprise que le jeune Black vit les élèves des années supérieures marcher droit sur la porte et passer à travers. Altaïr se fit la réflexion que ce mécanisme était semblable à celui de la voie 9 ¾ pour atteindre le Poudlard Express.
« Seuls les étudiants et le personnel de Durmstrang peuvent passer ses barrières. Toute personne extérieure à l'école sera immédiatement ligotée et envoyée au ministère estonien.» Précisa tout de même le professeur.
Une fois à l'intérieur de la forteresse, la froideur des lieux frappa immédiatement Altaïr. Le bâtiment principal était magnifique mais les pierres sombres, presque noires, qui le constituaient le rendaient terriblement sinistre. Bien que cela le fasse d'autant plus ressortir, Altaïr trouvait que les bâtiments presque blanc qui l'entouraient atténuaient tout de même l'aspect tyranique du château. Le garçon se fit même la remarque que par temps de brouillard, le bâtiment principal devait ressembler à un château hanté.
Altaïr ne put observer plus longtemps le paysage car le professeur pénétrait déjà dans le château. Seules quelques torches dévoilaient un passage à travers la noirceur des lieux, les élèves marchaient en rang et ne parlaient pas vraiment. Altaïr commençait doucement à comprendre les raisons qui avaient poussé Cygnus à l'envoyer ici plutôt qu'à Poudlard. Les règles semblaient bien plus strictes ici et bien que quelques groupes semblaient se former lorsqu'ils s'assirent à leur table, aucun élève n'osa élever la voix plus haut qu'un chuchotement.
Chaque tables semblaient être faites sur mesures pour accueillir pile le bon nombre d'élèves, d'ailleurs, ceux-ci semblaient être assis par année. Étrangement, il n'y avait que quatre cents derniers années alors qu'ils devaient dépasser de loin le millier de nouveaux venus. De plus, ce nombre diminuait au fur et à mesure que les élèves devenaient plus âgés.
Altaïr s'assit tout au bout de sa table en espérant qu'à cette place, les personnes autour de lui comprendraient qu'il voulait être seul. Ici au moins la différence de taille avec les autres élèves ne se voyait plus vraiment et cela lui permit de se détendre quelque peu. Il s'était vraiment senti gêné face au regard apeuré d'une petite première année qui faisait plus d'une tête et demie de moins que lui. C'est dans ces moments-là qu'il haïssait ses héritages lycanthropes.
Rapidement, le directeur se leva et fit un petit discours de bienvenue.
« Bienvenue à toutes et à tous pour cette nouvelle année à Durmstrang. Je souhaite tout d'abord me présenter aux nouveaux élèves. Je suis le directeur de cette école, Igor Karkaroff, et l'un des professeurs de duel de cet établissement pour les dernières années. Maintenant que ceci est fait, parlons du règlement. »
À ses mots, le regard froid de l'homme se posa sur la table des dernières années, lorsque ceci essayèrent de se faire plus petits, un sourire cruel et jaunâtre étira ses lèvres.
« Il n'est pas interdit de faire de la magie en dehors de vos cours. En revanche, l'utilisation de la magie dite noire est strictement prohibée. Si vous avez la stupidité de désobéir à cette règle, essayez de ne pas vous faire attraper, même si c'est peine perdu. Et surtout, ayez une bonne excuse sinon vous serez renvoyé ou irez en prison si vous êtes en dernière année et majeur. Je fais généralement ce discours aux premières années, mais il semblerait que les plus âgés aient aussi besoin de se rafraîchir la mémoire, comme chaque année. Pour finir, vous trouverez sur votre lit un livre contenant tout ce que vous devrez savoir sur cette école, son fonctionnement, ses règles, votre emploi du temps et un plan. Sachez que vous serez incapable de dévoiler quoi que ce soit sur cette école et que si vous essayer, certaine information capitale serons effacé de votre mémoire. Maintenant, je vous souhaite un bon appétit. »
L'homme se rassit et même dans cette position, il dominait ses collègues à cause de sa grande taille, cette dernière était d'autant plus flagrante de par sa minceur. Malgré qu'il n'avait qu'une quarantaine d'années, ses cheveux étaient déjà grisonnants, certainement dû au stress d'être tout d'abord professeur puis directeur.
Les élèves attendirent que Karkaroff entame son repas pour commencer le leur. Si pendant les premières minutes, un lourd silence pesait sur la salle, des chuchotements et discussions posées se firent rapidement entendre aux tables des plus âgés pour finalement se répandre dans toute la pièce. Altaïr qui pensait être tranquille déchanta rapidement en entendant un garçon à sa droite lui parler bien trop énergiquement. Heureusement pour Altaïr, ou pour l'autre, il s'arrêta rapidement de parler en constatant que son interlocuteur ne le regardait même pas.
À la fin du repas, Georgiev, le même professeur qui les avait accompagnés à travers le château, les guida cette fois-ci jusqu'à leur dortoir. Là, Altaïr découvrit que chaque année vivait dans un autre bâtiment qui se modifiait au fil des années en fonction de l'évolution du nombre d'élèves de son année. Tous les bâtiments étaient les mêmes, mais Georgiev leur expliqua que des sortilèges modifiaient ces derniers de l'intérieur afin de correspondre aux effectifs de chaque promotion.
Le bâtiment des première année faisait ainsi quatre étages vu de l'extérieur mais en était réellement composé d'une quinzaine. Au rez-de-chaussée et au premier sous-sol se trouvaient deux immenses salons composés de nombreux canapés, poufs, fauteuils, de dix grandes cheminées et de quelques tables basses. Les tourelles quant à elles comportaient de petites bibliothèques afin de permettre aux étudiants de faire leur devoir en paix. Chacune d'elles étaient réservées à deux matières maximum et plusieurs tables étaient disposées en leur centre.
Dans les étages supérieurs, il y avait les dortoirs. Altaïr retint une grimace de dégoût en découvrant qu'en plus de ne pas pouvoir choisir son lit, ces derniers ne possédaient aucun rideau ou paravent afin de les séparer les uns les autres. Pire encore, il s'agissait de lit superposé. A quoi bon était-ce utile de payer cette école des milliers de Gallions si c'était pour finir dans un lit encore moins luxueux que ceux de Poudlard. Altaïr avait lu à de nombreuses reprises l'Histoire de Poudlard et savait très bien à quoi leurs dortoirs ressemblaient.
Le garçon grimpa les escaliers jusqu'à découvrir la porte où les enfants dont les noms commençant par B étaient installés. Il découvrit avec une certaine angoisse qu'en plus d'être au dernier étage, il avait le lit au fond du dortoir et donc juste à côté d'une fenêtre donnant sur le vide. Si de l'extérieur, le bâtiment ne faisait pas plus de quatre étages, il en était tout autrement de l'intérieur ou Altaïr ressentait très bien la dizaine d'étages inférieurs. Heureusement qu'il n'était pas sur le lit du dessus.
Altaïr déballa rapidement ses affaires et les rangea dans l'armoir mit à sa disposition à côté du lit et rangea sa mâle sous le lit en laissant de la place pour que la fille qui occupait le lit du dessus puisse en faire de même avec la sienne. Il songea rapidement qu'il était étrange pour une école aussi stricte de laisser les deux sexes ensembles. Cependant Altaïr n'y réfléchit pas plus longtemps puisqu'il imaginait simplement que les professeurs s'étaient dit qu'avec aussi peu d'intimité, les élèves ne pourraient rien faire de toute façon.
Voyant qu'aucun élève n'avait encore fini de déballer ses affaires et que la plupart d'entre eux discutaient bruyamment, Altaïr décida d'aller à la douche. Certainement qu'il y serait seul et cela l'arrangeait bien. Les toilettes et les douches étaient situées de l'autre côté de l'escalier, à droite pour les filles et à gauche pour les garçons.
En poussant la porte des douches, Altaïr fut satisfait de découvrir qu'elles étaient toutes séparées par des pans de bois et offraient donc un minimum d'intimité à leurs occupants. Il se lava rapidement avant de rejoindre son lit. Il trouva alors sur sa table de nuit une lettre à son nom et un livret intitulé « Tout ce qu'il faut savoir sur Durmstrang». Plusieurs autres enfants tenaient des livrets similaires et Altaïr supposa qu'ils étaient apparus pendant son absence.
Le nouvel étudiant prit tout d'abord la lettre et découvrit qu'il s'agissait d'un emploi du temps pour la semaine à venir. Apparemment, la première semaine serait consacrée à des examens censés dévoiler leur niveau. À la fin de cette semaine, les élèves seront répartis dans une trentaine de classes d'un peu moins de cinquante élèves pour les heures théoriques et vingt-cinq pour les travaux pratiques.
Ces classes seront remaniées pour correspondre à l'évolution des étudiants et leurs effectifs diminueraient chaque année. Ainsi, ils ne seraient plus que quarante par classe en deuxième année, puis trente jusqu'à la cinquième année et enfin plus que vingt jusqu'à la fin de leur scolarité.
Lorsqu'il eut fini la lettre, Altaïr se saisit du livre et l'entama. Il découvrit ainsi qu'un couvre-feu était imposé aux élèves à vingt-et-une heures et qu'il y avait une extinction des feux à vingt-deux heures jusqu'à la sixième année. Cela n'arrangeait pas vraiment Altaïr qui allait devoir s'éclipser régulièrement pour les pleines lunes. Il espérait seulement que les professeurs ne vérifiaient pas que tous les élèves rentrent tous les soirs mais qu'il s'agissait plutôt de sanction si on était pris hors des dortoirs à ses heures là.
Au moins, les élèves pouvaient se déplacer dans l'école comme ils le souhaitaient, bien qu'il soit interdit de sortir de l'air du parc, de la forêt et du lac qui constituaient les kilomètres alentours. Cette liberté de mouvement lui serait plus qu'utile lors des pleines lunes.
Cygnus avait voulu garder le secret de sa condition, même auprès du personnel de l'école. Il revenait donc à son pupille de trouver en complète autonomie un moyen de se transformer chaque mois sans éveiller aucun soupçon. Grâce au règlement intérieur de Durmstrang, Altaïr supposait qu'il pourrait facilement passer ses pleines lunes dans les bois.
Le garçon continua de lire les règles de l'école et découvrit qu'une sortie à la ville magique la plus proche était organisée chaque mois. Cela le ravit, lui qui n'avait jamais le droit d'aller nulle part avec Cygnus. Ça lui ferait du changement. Un autre point positif était que la magie était autorisée dans les couloirs, à la bibliothèque ou encore dans les dortoirs, du moment que cela était dans le but de pratiquer ses cours. Des sanctions pouvaient cependant être prises si on se faisait prendre en train de se bagarrer, bien entendu.
Plus loin, Altaïr put découvrir que de nombreux cours étaient enseignés aux premières années, bien plus qu'à Poudlard. Il y avait donc métamorphose, potion, histoire, sortilège, défense, théorie de la magie noire, théorie sur les créatures magiques, entraînement physique, botanique et des langues. Pour ces dernières, chaque élève devait choisir entre l'estonien, l'anglais ou le russe.
L'école accueillait majoritairement des sorciers provenant d'Europe de l'Est mais aussi des pays nordiques comme la Finlande ou la Norvège. De ce qu'il avait perçu des conversations pendant le repas, Altaïr n'avait pas l'impression que d'autres élèves britanniques étudiaient ici. Il avait seulement entendu deux petites filles se disputer en espagnol, ou bien était-ce du portuguais. Il ne savait pas vraiment, Altaïr ne parlait aucune des deux langues. Autrement, il n'avait perçu que de l'estonien, du polonais, de l'ukrainien, du russe, du tchèque, du bulgare et autres langues slaves ou plus rarement nordiques.
La plupart des élèves étudiants à Durmstrang appartenaient aux familles constituant l'élite de leurs pays. Les Sangs-Mêlés et les Moldus étudiaient dans d'autres écoles répartis sur le continent et dont le fonctionnement ressemblait davantage à Poudlard. La plupart d'entre eux étaient destinés à cette école depuis leur enfance et apprenaient donc l'estonien dès le plus jeune âge. Ces enfants choisiraient donc certainement l'anglais ou le russe pour les cours. Cela ne leur serait pas utile d'étudier une langue qu'ils parlaient déjà couramment et qui pouvait presque être considérée comme maternelle. Altaïr supposa donc qu'ils ne seraient pas nombreux à choisir l'estonien.
Il y avait également quatre options disponibles dès la première année comme combat sans magie, runes, arithmancie simple et astronomie. Cependant il ne pouvait choisir au maximum que deux d'entre elles et devrait se prononcer avant la fin de la semaine. Altaïr hésitait à sélectionner astronomie, les Black étant des adeptes de cette matière depuis des décennies, cela pourrait lui assurer une note facile. D'un autre côté, les trois autres options l'intéressaient aussi beaucoup. De toute façon, même s'il ne suivait pas l'une des options, il pourrait tout de même demander à en faire les examens de fin de semestre.
A partir de sa troisième année, il pourrait choisir entre d'autres options comme alchimie, duel, pratique avec les créatures magiques, magie de l'esprit, runes, arithmancie avancée, magie de soin ou encore divination. Là, il pourrait en sélectionner autant qu'il le souhaitait, même si en choisir plus de trois était fortement déconseillé.
L'année était découpée en deux semestres bien que le premier ne dure que quatre mois, de septembre à décembre. Le second irait de janvier à juin. Ces semestres sont composés de plusieurs contrôles dans chaque matière, mais ces derniers ne constitueront qu'un cinquième de sa note. Le reste de la note finale viendra de deux examens finaux, un avant les vacances de Yule et l'autre à la fin de l'année scolaire.
Pour les deux premières années, les vingt pourcents des élèves ayant les résultats les plus faibles seront renvoyés à chaque examen. Pour les deux années suivantes, ce ne serait plus que les trentes moins bons. Puis de la cinquième à la dernière année, ce ne serait plus que ceux n'ayant pas la moyenne, donc moins d'une dizaine d'élèves généralement.
Ceci expliquait le peu d'élèves à la table des septièmes années comparées à celle des nouveaux arrivants. Lorsqu'un élève ratait un examen, il était redirigé vers une école partenaire de Durmstrang située en Russie, là-bas, il suivait un cursus plus simple. Durmstrang n'était pas une école d'élite sans raison. Altaïr déglutit difficilement en réalisant qu'il avait à peu près trente pourcents de chance d'être parmi les élèves terminant leur cursus ici.
Finalement, Altaïr feuilleta rapidement les dernières pages du petit livre avant de décider qu'il était temps de dormir. Certains de ses camarades s'étaient déjà endormis malgré que les lumières n'étaient toujours pas éteintes, tandis que d'autres discutaient encore joyeusement.
Altaïr regarda sa montre, il était 21h59, plus qu'une minute avant l'extinction des feux. Le garçon observa par la fenêtre et à l'instant où les chandeliers s'éteignirent dans la pièce, le reste des bâtiments furent également plongé dans le noir.
Cette nuit-là, Altaïr ne parvint pas à dormir, ou alors très peu. Il était bien loin du silence assourdissant du manoir de Cygnus. Ici les élèves chuchotaient dans l'obscurité, d'autres reniflaient dans leur sommeil et même les plus calmes dont la respiration ralentissait déjà empêchaient Altaïr de s'endormir. Il percevait chaque bruit comme s'il était produit au creux de son oreille et cela le maintenait éveillé malgré son horrible fatigue.
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9 septembre 1988
Altaïr reçut son emploi du temps en même temps que ses notes d'examen le lundi matin de la semaine suivant la rentrée. Contrairement à Poudlard, les notes n'étaient pas données grâces à des lettres, mais grâce à un nombre allant de zéro à cent pour les examens finaux et de zéro à vingt le reste de l'année. Altaïr était plutôt satisfait de ses résultats, aucune de ses notes ne descendait en dessous de quatre-vingts-quinze. Cependant, la beuglante de Cygnus qui lui avait explosé au visage alors qu'il se trouvait dans . Apparemment un Black ne pouvait qu'atteindre la perfection.
Préférant ne pas repenser à cela, Altaïr se pencha rapidement sur son emploi du temps. En le lisant, il comprit rapidement que le nombre important de matières avait pour conséquences de créer de longues journées. Ainsi, il avait cours tous les jours de huit heures à dix-sept heures avec une pause d'une heure trente à midi, sauf les mercredis et samedi où il terminait à midi.
Cependant, il avait lu dans le livre confié par l'école que pour ne pas trop surcharger les élèves, les professeurs se consultaient afin de ne pas tous donner de grosses dissertations à écrire la même semaine. De plus, le travail personnel semblait être favorisé aux devoirs écrits. Cela passerait certainement par lire des livres ou faire des recherches sur les cours. Ainsi, seuls les enfants les plus appliqués et autonomes ressortiront du lot. Altaïr ne s'inquiétait pas trop d'une surcharge éventuelle, étant naturellement un bon travailleur.
En plus de tout cela, Altaïr allait devoir continuer à travailler son estonien. Lorsqu'il avait discuté avec Gibbon, l'ami de Cygnus qui lui avait fait travailler son russe et son estonien, cela ne lui avait pas semblé si compliqué. Cependant Altaïr n'avait pas réalisé à ce moment-là que son professeur parlait intentionnellement lentement et avec des mots simples.
Ici les professeurs ne s'occupaient pas de savoir si leurs élèves comprenaient chacun de leurs mots et ses camarades non plus ne prenaient pas de pincettes avec lui. D'autant plus que leurs accents ne rendaient pas les choses plus aisées. Tout comme les élèves, les professeurs étaient parfois des enseignants étrangers et ne parlaient pas tous un estonien parfait. Le seul point positif dans tout cela était qu'à l'écrit, Altaïr avait bien moins de difficultés, surtout en lecture. Étudier dans ses manuels et ceux de la bibliothèque était donc tout à fait à sa portée et cela le soulageait quelque peu.
Finalement, lui faire apprendre des dictionnaires entier n'était pas la pire des idées qu'avait eu Cygnus.
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NDA février 2022
Je n'aime pas du tout ce chapitre, surtout le passage avec le filtre lunaire et celui sur le fonctionnement de Durmstrang. Mais il me fallait une excuse pour rendre Altaïr unique au sein des loups-garous et c'est tout ce que j'ai trouvé. Et surtout, j'ai des idées pour lesquelles cela sera utile plus tard, alors il faut bien que j'introduise ça à un moment donné. J'espère que le passage dans son esprit où il "combat" le loup n'était pas trop mauvais. Ça doit faire dix fois que je le réécris et il ne me plaît toujours pas.
Et puis je n'aime pas du tout d'écrire les lieux, je déteste ça. On peut se dire que comme j'aime écrire, j'ai une bonne imagination, mais pas du tout. J'ai beaucoup de mal à me représenter les lieux, les personnages et un peu tout en fait. J'ai une page word avec toutes les caractéristiques de chacun de mes personnages parce que je ne sais jamais à quoi il ressemble (même Altaïr/Harry parfois et ça, c'est la honte ^^').
