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14 mai 1989
Lorsque Georgiev arriva devant sa salle de classe, Altaïr l'attendait déjà pour sa première retenue. Sans un mot, le professeur ouvrit la porte et son élève s'assit sagement à la table la plus proche de son bureau. Il attendait les instructions de son professeur, celles-ci ne venant pas, il lança un regard interrogateur à Georgiev.
« Que dois-je faire ?
- Je ne colle jamais mes élèves personnellement, je les confie habituellement au concierge. » soupira l'homme. « Que faites-vous habituellement pendant vos colles ?
- Je n'ai jamais été collé, Monsieur. »
Georgiev hocha de la tête pensivement, comme s'il venait de se rappeler de ce fait.
« Avez-vous déjà eu des tuteurs à domicile ?
- Oui Monsieur.
- Vous ont-ils déjà collé ?
- Non Monsieur. Les tuteurs n'ont pas le droit de faire ça, ils font des rapports.
- Alors quelles étaient les punitions de votre tuteur lorsqu'il lisait ses rapports ? »
Georgiev ne pensait pas que le garçon se livrerait à cette simple question. Cependant il ne voulait pas passer à côté de cette occasion.
« Cygnus me faisait les leçons lui-même. » Georgiev soupira d'agacement, Altaïr se sentit donc obligé de poursuivre. « Mais mes précédents tuteurs me faisaient faire des lignes.
- Quel manque d'originalité. » se moqua l'homme.
« Courir dans le jardin ou me donnait plus de devoirs. » continua Altaïr sans prendre en compte l'intervention de son professeur de potions.
« Bien, alors faites vos devoirs. »
Altaïr le fixa quelques secondes d'un air surpris. A quoi cela servait de le coller si au final, il pouvait s'avancer dans ses devoirs. Altaïr ne comprenait pas vraiment, mais n'allait pas non plus protester. Alors il tira de son sac les parchemins que Ivan Melnik avait taché d'encre un peu plus tôt. Altaïr attrapa un parchemin vierge et commença à recopier son essai de métamorphose.
Georgiev observa un moment le garçon travailler. Assis sagement à son bureau, il était loin de donner l'impression qu'il pouvait être un enfant turbulent. Bien qu'ayant plaider sa cause afin de pouvoir l'aider à sortir des griffes de Cygnus Black devant Karkaroff, le potionniste n'excusait en rien le comportement d'Altaïr. Rien ne pouvait justifier de blesser un camarade, même le harcèlement qu'il avait subi.
Lorsque le jeune Viktor Krum les avait trouvés un peu plus tôt, lui et Krakov, Georgiev avait été surpris d'entendre qu'Altaïr était en train de se battre. Tentant de leur expliquer rapidement la situation, Krum leur avait raconté en quelques mots qu'un groupe de jeunes ukrainiens embêtait souvent Black. Cette fois-ci était la fois de trop et le garçon avait répondu.
Krakov lui avait toujours raconté que le garçon, bien qu'étant doué en sport, n'avait rien d'exceptionnel. Malgré son physique avantageux face aux autres premiers années, Altaïr ne se démarquait pas des autres, ni ne les dominait lors de leurs duels d'entraînement. Alors découvrir les cinq jeunes ukrainiens à terre avait été une surprise. Altaïr n'avait même pas été blessé.
Georgiev étant au courant de la lycanthropie de son élève, il se doutait que ce dernier devait se retenir habituellement. Cependant il n'avait pas imaginé que cela soit à ce point. De plus, Cygnus lui avait assuré que l'enfant avait bu le filtre lunaire et contrôlait par conséquent parfaitement son loup. Est-ce que l'homme lui avait menti ? Si c'était le cas, alors Georgiev avait un peu honte de s'être fait rouler dans la farine. S'il n'avait pas informé les autres membres du corps professoral, c'était uniquement parce qu'il avait sincèrement cru que le garçon maîtrisait son loup.
« Pourquoi me regardez-vous autant ? »
Georgiev sursauta. Son regard croisa celui de son élève qui avait cessé depuis quelques secondes de griffonner sur ses parchemins.
« Pourquoi ne faites-vous plus vos devoirs ? » contra puérilement l'homme.
« Je les ai finis. »
Georgiev fronça des sourcils et se rapprocha du bureau de son élève. Il attrapa ses parchemins et constata qu'à l'évidence, Altaïr avait bel et bien fini son essai.
« Votre tuteur m'a assuré que vous maîtriser votre part lupine grâce au filtre lunaire. »
Altaïr eut un mouvement de recul, comme si ces paroles l'avaient physiquement atteint.
« Votre problème, à vous les humains, c'est que vous pensez que nous ne sommes que des bêtes incapables de se contrôler. Le loup n'a aucune emprise sur nous si ce n'est les trois jours précédents et suivants une pleine lune. Vous mettez chacune de nos mauvaises actions sur le dos du loup, comme si nous ne pouvions pas avoir nous aussi des émotions et faire nos propres choix.
- Et n'êtes-vous pas un humain, vous aussi ? » releva Georgiev, plutôt surpris de se faire appeler ainsi. « La lycanthropie n'est pas un état hybride, mais une maladie qui ne touche que les sorciers. »
Altaïr fronça des sourcils. Il n'avait pas tort.
« Alors c'est votre problème, à vous, les humains non-malades.»
Georgiev ne put empêcher un rire franc de lui échapper. Altaïr ne se vexa pas, il ne comprenait juste pas ce qu'il y avait de drôle dans ses propos.
« Donc, vous êtes en train de me dire que le loup n'a eu aucune influence sur vos agissements ? » reprit-il plus sérieusement.
« Aucune. »
Georgiev fronça des sourcils. Il n'aimait pas cela. Altaïr ne semblait pas montrer le moindre signe de regret alors que visiblement, il avait conscience que sa punition était très légère vis-à-vis de ses actes.
« Votre colle est terminée. Demain même heure. »
Altaïr hocha de la tête, rassembla ses affaires et quitta la pièce.
Une fois seule, Georgiev soupira profondément. Est-ce que ce garçon pouvait-il seulement encore être aidé ? Il espérait sincèrement que oui, bien qu'il en doutait de plus en plus.
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2 juillet 1989
La fin de l'année se passa dans une étrange routine pour Altaïr. Il ne se fit plus accoster par Viktor ou Lev. Les autres étudiants de premières années le laissèrent en paix. Georgiev n'amorça plus de discussion étrange pendant ses retenues. La bibliothécaire ne lui avait pas tenu rigueur pour avoir rendu un livre abîmé. Ses examens de fin d'année s'étaient passés affreusement bien.
Altaïr était soulagé d'enfin finir les cours. Il n'oubliait pas les menaces de Cygnus à son encontre s'il n'obtenait pas des scores parfaits dans toutes ses matières. Alors le garçon avait passé le plus clair de ses journées et de ses nuits à étudier sans relâche et enfin, il avait pu passer plus de huit heures d'affilée dans son lit cette nuit.
Le seul point noir au tableau était la convocation qu'il avait reçu le matin même. Apparemment le directeur de l'école souhaitait lui parler. Cela n'avait rien de rassurant, puisque la dernière fois qu'il l'avait vu en privé, c'était suite à sa dispute avec Ivan Melnik. Altaïr n'avait pas fait de bêtise cette fois-ci et il espérait qu'il ne serait pas accusé de l'erreur de quelqu'un d'autre. Il ne voulait pas déjà avoir un second blâme alors que le bateau partirait dans seulement quelques heures.
A dix heures tapantes, Altaïr toqua à la porte du directeur. Celle-ci ne tarda pas à s'ouvrir et l'anglais fut surpris de découvrir que l'infirmière de l'école ainsi que son professeur principal étaient également présents.
« Bonjour, Mr Black.
- Bonjour. »
Le directeur lui fit signe de s'asseoir entre les deux autres invités et Altaïr obéit. Bien que ne le montrant pas, il était légèrement intimidé d'être ainsi assis entre trois adultes à l'air aussi sévère et impressionnant. Inconsciemment, il tira légèrement son siège vers le professeur Georgiev, l'infirmière de Durmstrang le terrifiait pour une étrange raison.
« Mrs Smirnova m'a fait un rapport il y a quelques jours. Elle craint que vous ne soyez victime d'abus dans votre foyer. »
Altaïr se plaqua au fond de son fauteuil, le dos tendu et les mains crispées sur ses genoux. La traîtresse, elle avait rapporté sa conversation à leur directeur.
« J'espère, Mr Black, que vous comprenez qu'elle ne pouvait pas se permettre de garder cela pour elle. Votre santé pourrait être en danger. » intervint Georgiev.
Altaïr ne répondit pas. Il n'avait pas envie de leur parler de ses problèmes. Il avait toujours été seul et jamais personne ne s'était encore inquiété de sa santé pour lui, mis à part Remus, des années plus tôt.
« Lors de notre rencontre il y a quelque temps déjà, vous m'avez parlé de Lucretia Black. Mais selon mes recherches, vous n'avez vécu chez elle que cinq mois. Je ne pense pas que les cicatrices que j'ai vu de vous ce jour-là, ont pu être infligées en aussi peu de temps. Alors je vais vous reposer ma question d'une autre façon. Votre tuteur a-t-il déjà levé la main sur vous, Mr Black ? »
Altaïr resta figé sur son siège. Pas un seul de ses muscles ne bougeaient, seul sa poitrine se soulevait légèrement au même rythme que sa respiration qu'il tentait tant bien que mal de maîtriser. Il ne voulait pas commencer à paniquer ici. Altaïr ne comprenait pas pourquoi il protégeait Cygnus, mais il était certain d'une chose, il ne voulait pas obtenir de l'aide de ces sorciers là. Pas de Karkaroff et encore moins de cette infirmière qui l'avait ignoré pendant des mois. Si elle avait des doutes, alors elle aurait dû agir des semaines, voire mois, plus tôt. Pas à seulement quelques heures de son départ.
« Oui, il m'a giflé devant toute l'école.
- Ce n'était pas ma question et vous le savez parfaitement. » contra la sorcière.
Altaïr se renfrogna une nouvelle fois.
Mentir ouvertement en disant que Cygnus était un bon tuteur ne fonctionnerait pas. Karkaroff le connaissait personnellement, il savait pertinemment que l'homme n'était pas un enfant de cœur. Il lui fallait donc un semi-mensonge.
« Oui, il m'a déjà donné quelques coups de cannes sur les doigts et m'a déjà privé de repas pour quelques bêtises.
- Est-ce tout ?
- Oui, Madame.
- Vous avait-il déjà giflé ? »
Nier cette évidence ne les rendrait que plus suspicieux. Alors Altaïr acquiesça de la tête, triturant ses doigts en espérant faire transparaître un anxiété qu'il ne ressentait pas.
« À deux reprises. Une fois lorsque j'ai insulté Lucius Malefoy devant lui et une autre fois pour avoir blessé un elfe de maison. »
Altaïr avait en réalité subi le Doloris pour avoir insulté le beau-fils de Cygnus et bien que n'ayant pas blessé Betty, il se considérait comme responsable de son décès. Alors il avouait sans honte que pour cela, il aurait bien mérité quelques baffes.
Un silence pesant s'installa dans le bureau. Les trois adultes analysaient le garçon du regard alors que ce dernier espérait juste pouvoir enfin quitter cet endroit. Pourtant, Georgiev ne semblait pas près de le lâcher.
« Je m'excuse par avance de la rudesse de mes propos, mais qui vous a battu alors, si ce n'est ni Lucretia Black, ni Cygnus Black ? »
L'infirmière lança un regard noir à son collègue, il n'avait aucun tact. Karkaroff soupira en s'adossant à son siège. Son ami allait finir par faire pleurer le garçon et le traumatiser, plutôt que de les aider à résoudre ce mystère. Pourtant, la réaction d'Altaïr fut étrangement positive. Il se pencha sur le côté, levant enfin son regard de ses doigts pour dévisager son professeur.
« Pourquoi est-ce si important ?
- Vous êtes sous notre responsabilité lorsque vous êtes à l'école. S'il s'agit d'une personne de votre entourage en Angleterre, alors nous ne voulons pas que vous vous retrouviez une nouvelle fois blessé. »
Altaïr sembla accepter sa réponse. Pourtant son silence prolongé sembla convaincre les adultes qu'il ne répondrait pas. Alors sa prise de parole les surprit quelque peu.
« Mon père. »
Karkaroff fronça des sourcils.
« Pourtant, il me semble que vous avez dit à vos camarades qu'il était mort pendant la précédente guerre.
- J'ai menti. Ils m'appelaient un bâtard et ça m'a vexé. » haussa nonchalamment des épaules Altaïr.
« Il me donnait des coups de ceintures et me lançait des sorts de découpe. »
Le ton d'Altaïr était redevenu terriblement froid et distant. C'était presque comme si parler de cet affreux père ne représentait rien pour lui. Visiblement, la haine que ce dernier ressentait pour son fils était réciproque.
« Pourquoi ne vivez-vous plus avec lui ?
- Il m'a renié. »
Les trois adultes haletèrent de surprise. Il ne s'attendait pas à cette réponse. Renier un enfant n'était pas rien, surtout lorsqu'il était si jeune. Mais quel genre de monstre était donc ce père de famille.
« Souhaitez-vous que nous vous aidions à porter plainte ? »
Le ton de Georgiev était si sérieux qu'Altaïr ne put s'empêcher de rougir. C'était bien la première fois que quelqu'un cherchait à l'aider si sincèrement. Il n'en avait pas du tout l'habitude et cela le chamboulait quelque peu. Touché par l'inquiétude de l'homme, Altaïr ne réussit pas à lui répondre de vive voix, alors il se contenta de nier de la tête. Le potionniste fronça des sourcils, visiblement pas satisfait de cette réponse.
« Mon frère, il l'aime beaucoup. Je ne veux pas qu'il me déteste. »
Rien que de penser à son frère lui donnait envie de pleurer. Thomas ne se souvenait même pas de son existence. Alors Altaïr n'imaginait même pas à quel point il le haïrait s'il réapparaissait dans sa vie juste pour envoyer son père à Azkaban. Rien que cette pensée lui donnait envie de pleurer.
« N'avez-vous pas peur qu'il lève la main sur lui ?
- Non, il ne ferait jamais de mal à son fils. »
Le sorcier lui envoya un regard étrange, l'air de dire « toi aussi, tu a été son fils. ». Alors Altaïr décida de s'expliquer.
« Je n'étais que le fils d'Aquila Black pour lui, j'étais juste un monstre. Mon frère et moi, nous n'avons pas la même mère. Il s'est remarié. »
Georgiev écarquilla ses yeux lorsqu'il comprit le sous-entendu du garçon. Il était le seul ici à pouvoir comprendre sa confidence, il était le seul à savoir pour sa lycanthropie. Le propre père de l'enfant l'avait renié à cause de sa maladie. Sinon, Altaïr n'aurait pas employé le terme de « monstre » pour se désigner, mais plutôt « bâtard » ou tout autre synonyme.
« Quel connard. » laissa-t-il échapper, songeant à voix haute.
L'infirmière lui lança un regard courroucé, ce n'était pas un langage approprié pour un professeur. Pourtant elle retint sa remarque lorsque le jeune Black éclata de rire. Oui, Georgiev avait raison. James Potter n'était qu'un connard et cela lui fit affreusement du bien de savoir quelqu'un de son côté. C'était rafraichissant.
Lorsqu'Altaïr se calma, il fut autorisé à quitter le bureau de son directeur. Le garçon sauta sur l'occasion pour décamper et retourner à son dortoir pour emballer ses dernières affaires. Finalement, la discussion ne s'était pas aussi mal passée que prévu. C'était un soulagement.
Cette fin d'année avait été surprenamment agréable contrairement à ses premiers mois passés dans l'école. Finalement, Altaïr se dit que vivre à Durmstrang n'avait rien de très terrible.
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15 juillet 1989
Le bulletin scolaire d'Altaïr était arrivé le matin même au manoir de Cygnus. Le garçon n'avait même pas eu le temps d'ouvrir sa lettre que déjà son tuteur lui l'arrachait des mains. Altaïr ne protesta pas, il n'avait pas envi de mettre le vieux sorcier de mauvaise humeur.
Cela faisait cinq longues minutes qu'Altaïr observait son tuteur, analysant chacune de ses réactions. Il n'arrivait pas à déterminer si la mine renfrognée de Cygnus signifiait qu'il avait échoué à ses examens, ou bien si c'était parce qu'il ne pourrait pas le punir légitimement à cause de ses trop bons résultats. Alors Altaïr restait là, les bras ballants et le regard fixé sur les rides de son tuteur, attendant impatiemment sa prochaine action.
Cygnus finit par poser la lettre sur la table où il lisait précédemment son journal une fois son petit-déjeuner terminé. Un coin du parchemin trempa dans une tâche de confiture, Altaïr se retenu de ne pas la récupérer. Il voulait lui aussi pouvoir lire ses résultats et espérait que la tâche ne ferait pas baver l'encre.
« Il semblerait que finalement, tu ne sois pas aussi incapable que ce que je ne le pensais. » ricanna finalement Cygnus en reprenant son journal en main. « Déguerpis de ma vue. »
L'ordre claqua dans l'air et Altaïr s'empressa d'obéir, prenant tout de même le risque de récupérer son bulletin au passage. Ce ne fut qu'une fois à l'abri dans sa chambre qu'il s'autorisa à reprendre son souffle. Il s'affala dans sa chaise de bureau et observa attentivement sa lettre. Il en connaissait déjà les résultats, puisque Cygnus ne l'avait pas puni, mais Altaïr tenait à le voir de ses propres yeux.
Son courrier contenait deux lettres, Cygnus n'en avait lu qu'une. Celle-ci contenait ses notes aux examens de fin d'année, ceux pour lesquels Altaïr n'avait pas le droit à l'erreur. Sur la seconde lettre, on pouvait lire les moyennes semestrielles de l'élève pour chaque matière ainsi qu'une remarque de chacun de ses professeurs.
Altaïr attrapa tout d'abord la seconde lettre. Il fut agréablement surpris de découvrir les remarques positives de ses professeurs. Peu d'entre eux l'appréciaient réellement à cause de son manque de participation en cours, bien qu'il soit évident qu'Altaïr connaissait les réponses à leurs questions. De plus, la remontée de ses notes en fin d'année lui avait permis d'obtenir de très bonnes moyennes. Avoir la meilleure des moyennes générales de sa classe n'était qu'un bonus bien agréable pour son égo.
Puis il attrapa l'autre parchemin, celui contenant ses résultats à ses examens finaux. Un sourire triomphant étira ses lèvres lorsqu'Altaïr lu la ribambelle de 100/100 qui recouvrait son bulletin scolaire. Il n'avait même pas osé imaginé que cela soit possible. S'il s'était donné autant de mal pendant des semaines, c'était avant tout afin de limiter la casse lorsque Cygnus devrait le punir. Il n'avait pas imaginé obtenir de si bonnes notes à ses examens de fin d'année.
Il avait même réussi les runes, une matière qu'il ne suivait que depuis le mois de mai et qu'Altaïr avait donc dû rattraper en autodidacte en quelques semaines seulement. Suite à son renvoi de la classe de sport de Krakov en mai, son professeur principal lui avait proposé de choisir une autre option afin de remplacer celle-ci pour sa seconde année à Durmstrang. Georgiev lui avait évidemment conseillé de prendre astronomie, puisqu'Altaïr était déjà inscrit aux examens finaux de cette matière en candidat libre.
Pourtant le jeune Black n'avait pas écouté son conseil et avait fortement insisté pour choisir les runes. Il comptait de toute façon prendre cette option en troisième année, contrairement à l'astronomie. Georgiev avait fini par céder puisqu'Altaïr était un très bon élève.
Après ça, Altaïr avait dû annoncer le changement de ses matières à Cygnus et cela n'avait pas été une partie de plaisir. Déjà que l'homme lui avait envoyé une lettre bien salée en apprenant que son pupille avait décidé de prendre une matière aussi sauvage que celle des sports de combat en septembre. Altaïr s'était donc attendu à une terrible beuglante lorsqu'il lui annonça par lettre qu'il abandonnait cette matière pour choisir les runes.
Bien sûr, Altaïr n'était pas bête. Il n'avait pas dit à Cygnus pour sa bagarre, ni pour son renvoi de cette classe. Il mentit effrontément en expliquant à son tuteur que le professeur Krakov lui avait conseillé de choisir une matière où il aurait certainement plus de stimulation intellectuelle que dans la sienne. Ce mensonge était crédible puisqu'Altaïr était un excellent élève, toujours le nez plongé dans un livre et brillant à tous ses contrôles. Ensuite, Cygnus savait très bien que son pupille était plus fort que les enfants de son âge de par sa force lupine.
Altaïr avait simplement espéré que l'école ne lui envoie pas de lettre de leur côté. C'est pourquoi il attendit deux semaines de plus pour écrire à son tuteur. Une fois ce délai passé et qu'aucune beuglante ne lui était parvenue, Altaïr déduisit qu'il pouvait envoyer sa propre lettre à Cygnus sans risque. Son plan avait fini par fonctionner comme il le souhaitait.
Au final, il n'y avait qu'une matière où il n'avait pas obtenu la note maximale. Il s'agissait des potions où il n'obtint qu'un "petit" score de 93 points: la note maximale à l'écrit et sept points de perdus pour la pratique. Altaïr fut surpris de constater que Cygnus s'était montré étrangement conciliant concernant cette matière. Il ne pensait pas que le vieil homme prenne en compte l'handicape de son pupille dans son jugement.
La pression quitta petit à petit ses épaules et un grand éclat de joie envahit son cœur. Altaïr était si fier de lui que les larmes lui montèrent aux yeux alors qu'un rire euphorique lui échappait. Il était si heureux d'avoir réussi à prouver à Cygnus qu'il était bien meilleur que ce qu'il pensait.
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Le soir même, Cygnus emmèna Altaïr à une réception. Il voulait se venter de la bonne éducation qu'il avait donné à son pupille auprès de ses amis. Enfin amis était un grand mot, il s'agissait plutôt d'aures politiciens auprès desquels ils faisaient ou recevaient de la lèche. Altaïr trouvait son comportement plutôt pathétique.
A vingt heures tapantes, les deux sorciers pénétrèrent dans la cheminée du manoir et quelques secondes plus tard, ils se retrouvèrent dans la demeure de leurs hôtes. Altaïr découvrit sur place qu'il s'agissait de la matriarche Londubat. Bien que cela lui semblait étrange que les Black soient invités par celle-ci, il ne fit aucun commentaire. Il ne tenait pas à énerver Cygnus.
Comme à son habitude, Altaïr se trouva un coin tranquille dans la salle de réception et attendit patiemment que le reste des invités arrivent. Les buffets ne comptait pour l'instant que quelques verres de champagne et de jus de citrouille pour les enfants. Les plats apparaîtraient après que leur hôte ait fait un discours.
Heureusement pour son estomac, il ne dut pas attendre longtemps. Une quinzaine de minutes plus tard, Augusta Londubat se plaça sur une petite estrade, frappa de quelques coups son verre avec sa baguette et tous les regards se tournèrent vers elle. Le discours avait été long et ennuyeux, comme tous les discours. Apparemment la sorcière souhaitait ce soir présenter officiellement son héritier à la société sorcière.
Altaïr profita du calme de la pièce pour observer les invités de la pièce. Il était facile de savoir qui faisait partie de tel ou tel camp politique, les sorciers s'étaient divisés en plus ou moins trois groupes. A droite de la salle se tenaient les sorciers pro-Moldus, à gauche les pro-Sang-Purs et au centre, mélangés parmi les convives des deux camps, la faction grise. Ceux qui était à la fois pour l'intégration des Nés-de-Moldus dans la société sorcière mais aussi pour la domination des anciennes familles sur ces derniers.
Altaïr remarqua alors un une autre groupe de jeunes sorciers qui se divisaient à peu près de la même façon que les adultes, bien que cela soit moins flagrant. Les enfants copiaient bêtement leurs parents mais ne résistaient néanmoins pas à la curiosité de découvrir de nouveaux visages. Altaïr ne connaissait que peu d'entre eux mais il reconnut tout de même les enfants Nott discuter avec ceux des familles Inglebee, Malefoy, Zabini, Greengrass ou encore Bulstrode. Ils discutaient à voix basse afin de ne pas déranger le discours de la Lady Londubat, tout en jetant des coups d'œil curieux vers un autre groupe d'enfants.
Altaïr tourna son attention vers cet autre groupe bien plus petit que le précédent. Il reconnut difficilement Bem Shacklebolt, le fils de Kingsley Shacklebolt, un Auror réputé pour sa droiture. Il discutait avec quelques enfants qu'il ne connaissait que de vue et qui ne l'intéressait pas le moins du monde. Puis son regard tomba sur l'enfant au centre de ce groupe, bien qu'il semblait mal-à-l'aise de recevoir autant d'attention.
Le souffle d'Altaïr se coupa quelques instants avant qu'un soupir fébrile ne passe la barrière de ses lèvres. Juste là, à quelques dizaines de mètres de lui, se tenait Thomas Potter. Il était habillé d'une coûteuse robe bordeau qui ne lui allait pas vraiment au teint, une paire de souliers brillants et ses cheveux se dressaient sur sa tête comme si un pétard venait d'y exploser, mettant en valeur la cicatrice en forme d'éclair qui barrait son front.
Altaïr fit inconsciemment un pas dans sa direction, avant de se reprendre brusquement et de reculer de deux. Il ne pouvait pas aller parler au Survivant devant autant de monde, d'autant plus que lors de leur dernière rencontre quelques années plus tôt sur le Chemin de Traverse, Thomas ne l'avait pas reconnu. Alors l'héritier Black resta à sa place, se contentant d'observer de loin son petit-frère rire gaiement avec ses nouveaux amis.
Altaïr n'avait pas le droit de s'imposer à lui. Il avait conscience que ce n'était pas la bonne chose à faire. D'autant plus qu'il doutait qu'un simple « salut, je suis ton demi-frère mais tu ne te souviens pas de moi, je peux te prendre dans mes bras ? » ne serait pas bien accueilli.
« Thomas Potter t'intéresse ? »
Altaïr sursauta brusquement en entendant une voix provenir de sa droite. Il reconnut immédiatement Venus Lovegood, une sorcière avec qui il s'était bien entendu autrefois.
« Pas vraiment. »
Venus lui offrit un sourire complice et Altaïr se demanda si elle savait pour sa relation avec le Survivant. Il en doutait fortement, mais d'un autre côté, Venus Lovegood semblait savoir beaucoup de choses.
« Ton regard est différent. » changea-t-elle brusquement de sujet.
Altaïr se souvint brusquement que la sorcière pouvait facilement lire à travers les glamours que les elfes posaient sur lui. Lors de leur première rencontre, celle-ci avait vu les reflets ambrés de son regard et les hématomes qui noircissaient sa peau.
« Un problème avec ça ? »
Venus pencha sa tête sur le côté, semblant réfléchir sérieusement à la question.
« Non, c'est une bonne chose. N'est-ce pas ? »
Altaïr haussa des épaules. Il ne savait pas vraiment où elle voulait en venir. Elle pouvait aussi bien vouloir dire que les effets filtre lunaire était positif pour un lycanthrope, que de sous-entendre qu'elle aimait bien les reflets carmins de son regard. Alors Altaïr préféra ne pas lui répondre.
« Je ne t'ai pas vu à Poudlard. J'espérais te voir dans ma maison. »
Altaïr fut quelque peu surpris que la discussion saute encore une fois du coq à l'âne aussi rapidement.
« Tu es dans quelle maison ?
- Serdaigle.
- Evidemment. »
Lovegood était intelligente et calme, mais aussi solitaire et gentille, pure. Il était évident qu'elle ne finirait pas à Gryffondor ou Poufsouffle et encore moins à Serpentard. Elle ne semblait pas être à la recherche d'une grande aventure, d'amis ou de manipulations enfantine. Serdaigle était une évidence pour elle.
« Peu de personne pense comme toi. En fait, il n'y a que mes parents.
- Les autres sont stupides. »
Venus laissa un petit rire lui échapper, visiblement elle était vraiment heureuse que quelqu'un la reconnaisse comme une véritable Serdaigle. Elle croisa ses bras derrière son dos et se pencha en avant, une expression amusée sur le visage. Altaïr réalisa alors que si quelques années plus tôt, Venus le dépassait largement, leurs tailles étaient presque les mêmes aujourd'hui.
« Alors, où vas-tu à l'école si ce n'est pas à Poudlard ?
- Durmstrang. »
Venus se rapprocha un peu plus de lui, clairement curieuse. Il était rare qu'un héritier anglais n'aille pas à Poudlard, c'était le lieu idéal pour qu'il commence à créer des amitiés fortes et son réseau social. De plus, Durmstrang était une école très secrète, de nombreuses rumeurs et ont-dits circulaient à son propos.
« Tu parles russe alors ?
- L'école n'est pas en Russie.
- Le bulgare alors ?
- Seulement quelques mots. »
Venus croisa ses bras sur sa poitrine et afficha une mine boudeuse. Altaïr était amusé de constater que toutes les émotions de la jeune fille soient clairement visibles sur son visage. il aimerait être aussi émotif parfois, pouvoir oublier son éducation et se laisser aller.
« Je parle le russe et l'estonien. »
Venus lui offrit un grand sourire en remerciement, il s'autorisa à lui répondre par un faible étirement de ses lèvres qui devait bien plus ressembler à un rictus qu'à un sourire. Mais la jeune fille ne fit aucune remarque ou moquerie, alors Altaïr ne regretta pas. Il était à l'aise avec elle pour une étrange raison, il se connaissait à peine après tout. Pourtant, son instinct le poussait à lui faire confiance, lui chuchotant qu'elle ne le trahirait pas.
« Est-ce que tu pourrais dire quelques mots ?
- Tu es très belle aujourd'hui. » murmura Altaïr en russe après quelques secondes de réflexion.
« Qu'as-tu dit ?
- C'est un secret. »
Venus rigola, elle était encore plus curieuse maintenant. Ce garçon la fascinait, elle voulait en connaître plus sur lui. Il avait l'air si mal à l'aise quelques minutes plus tôt et pourtant, il lui parlait comme s'ils étaient des amis de longue date. Elle n'avait aucun autre ami, alors cela lui faisait du bien de pouvoir parler à quelqu'un de son âge aussi facilement.
Venus lui parla de la vie à Poudlard, de sa petite sœur, de ses bonnes notes, du détestable professeur Rogue. Altaïr se contenta de l'écouter, d'imaginer à quoi aurait pu ressembler sa vie à Poudlard, d'oublier son quotidien avec Cygnus et la tristesse de celui qui l'attendait à Durmstrang. Lovegood était comme une bouffée d'air frais, il se sentait bien en sa compagnie.
Puis vint les aux revoirs, le regard suspicieux d'Alanna Lovegood, la mère de la fillette, l'expression froide de Cygnus et le retour au manoir de ce dernier. Il détesta alors le moment qu'il venait de partager avec Venus. Elle lui avait fait oublier la tristesse de sa vie, sa solitude, son désespoir. Retourner à son quotidien aussi brutalement le faisait se sentir comme une merde et Altaïr détestait ressentir ça.
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1er août 1989
Altaïr était plutôt surpris d'avoir été invité par Cygnus à partager son dîner avec lui. Le vieil homme était plutôt du genre à l'éviter comme la peste, pas à vouloir manger en tête-à-tête avec lui. Altaïr fut d'autant plus surpris de découvrir que son tuteur discutait avec un invité, un verre de vin à la main, en attendant les entrées. Habituellement, il s'arrangeait toujours pour que son pupille ne quitte pas sa chambre lorsqu'il recevait un ami ou un collègue.
« Père, je vous présente Altaïr, le fils d'Aquila. »
Cygnus ne fit pas les présentation dans l'autre sens, mais Altaïr ne s'en formalisa pas. Il n'en avait pas beasoin, il arrivait très bien à deviner qui était l'homme face à lui. Il s'agissait très certainement de son arrière-grand-père, le père de Walburga et Cygnus. Il était plutôt surpris de la voir ici, l'homme avait disparu peu de temps avant que la guerre ne débute en Angleterre.
Ils se dévisagèrent longuement. Altaïr pouvait facilement deviner son lien de parenté avec Cygnus, la ressemblance était si frapante qu'on pourriat croire à un jumeau. Pourtant il savait très bien que Pollux avait vingta-six ans de plus que son fils. Mais il semblerait que bien qu'il n'ait que la cinquantaine, Cygnus en faisait dix de plus alors que l'autre homme ne semblait même pas avoir soixante ans. Le temps avait été particulièrement clément envers lui.
Pollux se leva finalement et se posta face à son arrière-petit-fils, un grand sourire au lèvres. Cela parrut étrange à Altaïr, c'était bien la première fois qu'il voyait un Black à l'air aussi enjoué. Même Arcturus, qui était pourtant un grand farceur et plutôt enfantin, ne quittait que peu le masque aristocratique que sa famille lui avait appris à porter.
« Enchanté de te rencontré Altaïr, je suis Pollux, le grand-père de ta mère. »
Altaïr serra la main qu'il lui tendait et fut surpris de se faire tirer dans une étreinte chaleureuse. Il n'avait jamais eu ce genre de contact depuis son arrivée chez les Black et cela le mit particulièrement mal à l'aise. Pollux ne sembla pas s'offusquer de son manque de réaction et le relâcha rapidement, l'invitant à s'asseoir à leurs côtés.
Le repas se passa tranquillement et Altaïr fut plutôt amusé par le déroulement de ce dernier. Cygnus avait perdu toute sa verve et son attitude détestable, il était un vrai lèche-botte avec son père. Altaïr ne le trouva que plus pathétique, cet homme le dégoutait. Certainement qu'il avait peur que maintenant que Pollux était de retour au pays, ce dernier veuille réclamer son titre de Lord de la famille et le détrône de son trône. Après son départ et la mort d'Orion, Cygnus avait bataillé avec force pour récupérer le titre au nez et à la barbe de son frère aîné et de ses cousins.
Altaïr ne participa pas à la discussion, préférant savourer le sepctacle. Les deux hommes semblèrent bien vite oublié sa présence et il ne fit rien pour changer cela. L'adolescent avait bien trop peur de dire quelque vhose qui pourrait vexer son tuteur et lui valoir une punition plus tard.
Il fut finalement congédié à la fin du repas par Cygnus, visiblement il voulait aborder quelques sujets importants avec son père qui ne nécessitaient pas sa présence. Bien que ne voulant visiblement pas mettre de côté son descendant, Pollux ne fit aucune remarque. Altaïr les salua poliment avant de se précipiter vers sa chambre. Bien qu'ayant apprécier le repas, le jeune sorcier ne voulait pas tenter sa chance et préférait s'éxécuter rapidement.
Altaïr était curieux vis-à-vis de Pollux Black. Il avait envie d'apprendre à connaître cet homme qui impressionnait visiblement Cygnus. Les prochaines semaines au manoir allait certainement être très intéressante.
