22 octobre 1989

Altaïr observait du coin de l'œil un groupe d'adolescents chuchoter en regardant dans sa direction. Bien qu'étant alors avec Lev, il était persuadé que c'était bien lui qu'on fixait. Il reconnut facilement Ivan Melnik, mais il ne semblait pas être au centre du groupe, pour une fois. Habituellement, tous ses amis tournaient autour de lui, certainement à cause de la fortune de sa famille ou du statut de sa famille.

Non, cette fois-ci il semblait être le plus jeune du groupe et tout le monde semblait boire les paroles du plus grand. Altaïr ne le connaissait pas, mais cela ne le surprit pas vraiment. Il ne connaissait pas grand monde dans cette école, cela ne l'intéressait pas vraiment. De toute façon, il ne reverrait certainement jamais la quasi-totalité des élèves à sa sortie de Durmstrang.

« Lev, tu sais qui c'est ? » demanda-t-il en désignant d'un geste du menton le chef du groupe.

« Ouai, c'est un gros con. C'est un Russe, il s'appelle Mikhaïl Romanov, sa famille est au pouvoir de la Russie sorcière, bien que la branche Moldue a été assassinée en 1918. Ils ont perdu pas mal d'influence à ce moment-là, mais depuis une vingtaine d'années, son père a repris le contrôle total du pays. Si j'étais toi, je resterais loin de lui. »

Altaïr hocha de la tête. Son regard croisa celui de Romanov et un long frisson parcourut son dos. Il était dangereux, son loup s'agitait en lui et cela n'était pas bon signe. Il ne savait pas vraiment ce que cet étudiant voulait, mais Altaïr tenterait de suivre le conseil de Lev. Il ne voulait pas de problème.

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27 octobre 1989

En repensant à sa résolution, Altaïr eut envie de rire. Il ne lui avait même pas fallu une semaine pour s'attirer des problèmes. Mais pourquoi est-ce que personne ne lui avait dit que Ivan Melnik était un cousin de Mikhaïl avant qu'il ne le passe à tabac. Altaïr avait vraiment été trop impulsif et le regrettait amèrement désormais.

Il avait été poussé à l'écart par Romanov et son groupe alors qu'il quittait la bibliothèque quelques minutes seulement avant le couvre-feu. Bien conscient qu'il ne serait pas prudent d'énerver quelqu'un d'aussi influent, Altaïr s'était laissé pousser dans une salle de classe désaffectée sans broncher. Ce n'était pas très rassurant comme situation, mais il ne pensait pas non plus que sa vie était en danger.

« Alors c'est toi, Altaïr Black ? »

Altaïr hocha de la tête, zieutant les environs. Sa claustrophobie lui disait de fuir loin de cette salle crasseuse et sombre, mais sa conscience lui assurait que c'était la pire idée qu'il puisse avoir. Altaïr reporta finalement son regard sur Romanov qui ne semblait pas heureux de se faire ignorer ainsi.

« On m'a dit que tu as blessé mon cousin. Tu as conscience que je ne peux pas laisser la situation comme ça, ce serait mauvais pour la réputation de ma famille. »

Une nouvelle fois, Altaïr se contenta d'hocher de la tête, bien que cela l'arrangerait bien d'au contraire, laisser la situation comme elle était. Il n'arrivait pas à croire que ce petit con de Melnik continuait à lui attirer des ennuis sans même à avoir à être présent dans la pièce.

« Connais-tu les relations homosexuelles, Black ? »

Altaïr pâlit brusquement. Il fallait être stupide pour ne pas comprendre la menace. Le sourire mesquin de l'adolescent face à lui n'en était qu'une preuve supplémentaire. Complètement crispé, Altaïr ne se tendit que d'avantage lorsque Romanov éclata de rire. Ce taré s'amusait comme lui s'était amusé avec Melnik, ce n'était qu'un retour de bâton.

« Ta tête est incroyable. T'inquiètes, je ne parlais pas de toi, tu n'est pas assez attirant. Mais j'ai quelques amis qui trouve le gamin qui traîne avec toi très mignon. Le petit aux cheveux noirs et à la bouille d'ange. C'est quoi son nom déjà ? » demanda-t-il en riant à la personne à sa droite.

« Lev Kaminski.

- Oui c'est ça, Lev ! » s'exclama-t-il d'un ton théâtral.

« Qu'attends-tu de moi ? »

Altaïr s'attendait au pire. Cependant il fut surpris lorsque Romanov lui tendit une pile de parchemin et un manuel scolaire.

« Fais ma dissertation, je dois la rendre demain à huit heures. On m'a dit que t'étais doué en classe. »

Altaïr attrapa ce qu'on lui tendait et fut surpris de voir Mikhaïl et sa bande quitter la pièce. C'était tout ? Toute cette mise en scène pour au final simplement lui demander de faire ses devoirs ? Altaïr ne comprenait pas où il voulait en venir.

Il regarda rapidement sa montre. Le couvre-feu aurait lieu dans deux minutes, heure à laquelle la bibliothèque. Bien que courir dans les couloirs étaient interdits, Altaïr ne se gêna pas pour le faire et retourner en vitesse à la bibliothèque. Sur le chemin, il lut l'intitulé du devoir, il s'agissait visiblement de métamorphose.

Passant la majorité de son temps ici, il ne lui fallut qu'une demi-minute pour trouver la bonne allée. Il entendait à quelques mètres de lui la bibliothécaire ranger ses affaires et remettre à leur place les quelques livres que les élèves avaient laissé traîner sur les tables.

« Mr Black, la bibliothèque va fermer.

- Juste deux minutes, s'il vous plaît. J'ai oublié de prendre un livre ou deux. »

La bibliothécaire soupira mais obtempéra. Elle alla l'attendre à son bureau afin d'inscrire son emprunt dans son registre. Altaïr récupéra rapidement quatre ouvrages qui semblaient parler des sortilèges de transfert. En remarquant le thème de ses emprunts, la bibliothécaire sembla plutôt perplexe. Ce n'était clairement pas du niveau d'Altaïr, mais elle ne fit aucune remarque. Le garçon étudiait souvent des sujets complexes pour son âge, ce n'était peut-être qu'une nouvelle lubie de sa part.

« Merci Mrs Yudina. Bonne soirée.

- Bonne soirée à vous aussi, Mr Black. Et ne courez pas dans les couloirs. » lui conseilla-t-elle, sachant parfaitement qu'il ne l'écouterait pas.

Ce garçon intriguait bon nombre de ses professeurs, il était rare d'avoir un élève aussi talentueux et rigoureux ne venant pas d'une lignée royale. A Durmstrang, Altaïr était l'équivalent d'un Né-Moldu à Poudlard, personne ne connaissait sa famille ou son nom, il était un anonyme. Alors le voir en tête de promotion avait de quoi surprendre.

Une fois dans son dortoir, Altaïr s'enferma derrière les rideaux de son lit qu'il invoqua rapidement. Puis il tira de son sac les livres qu'il venait d'emprunter, le manuel scolaire de Romanov et ses notes de cours. Altaïr étant deux ans plus jeune que Mikhaïl, il lui fut compliqué de comprendre la théorie des sortilèges de transfert. C'était bien plus complexe que de révélation ou de réapparition qu'il étudiait actuellement en cours.

Altaïr finit par faire une nuit blanche et ne quitta son lit qu'à 7h40. Il ne s'était pas changé la veille et n'avait plus le temps de le faire maintenant. Ce n'était pas grave, il avait une heure de trou entre 10h et 11h, il prendrait sa douche à ce moment-là. Il rassembla rapidement ses affaires et fourra le tout dans son sac en plus d'attraper au passage son manuel de botanique, cours qu'il aurait ce matin en première heure.

Il lui fallut une dizaine de minutes pour rejoindre la salle de classe de Romanov qui se trouvait à l'opposée des dortoirs des deuxièmes années. Une fois sur place, Mikhaïl le repéra rapidement et l'entraîna un peu à part de son groupe d'amis. Altaïr lui tendit ses cours, son manuel et sa dissertation de cinquante centimètres.

« Punaise, t'as même imité mon écriture. Alors t'es vraiment un génie. » se moqua-t-il.

Altaïr remarqua cependant qu'il semblait légèrement déçu. C'est alors qu'il comprit le sens de toute cette mascarade. Romanov n'avait pas confié son devoir à un cadet sans arrières pensées. Bien au contraire, il avait espéré que Black se plante pour pouvoir le voir perdre toute sa confiance. Peut-être même le voir le supplier à genoux de ne pas toucher à son ami ou de lui donner une chance de se rattraper. Altaïr en était maintenant certain, Romanov avait voulu l'humilier.

« Tiens, c'est à faire pour la semaine prochaine. »

Altaïr attrapa les trois petits parchemins que lui tendait le Russe, il remarqua alors qu'il s'agissait de trois nouveaux sujets de dissertation. Cependant, il n'y avait cette fois-ci pas de cours ou de manuel pour l'aider. Il allait devoir faire le travail de recherche tout seul, ça n'allait pas être simple.

Préférant ne pas tenter le diable, Altaïr rangea les papiers dans son sac et déguerpit en direction des serres. Il n'avait plus que cinq minutes pour s'y rendre.

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31 octobre 1989

Altaïr prenait son petit-déjeuner dans le réfectoire en compagnie de ses deux amis lorsque les hiboux chargés de distribuer le courrier aux élèves pénétrèrent dans la salle. Altaïr ne recevait jamais de courrier, alors cela le surprit beaucoup de voir une chouette noire se poser devant lui. Personne ne lui envoyait de courrier et les rares fois où cela avait été le cas, il s'agissait de lettres menaçantes de Cygnus, voire même ensorcelées parfois.

Cependant Altaïr ne pensait pas avoir fait de bêtise récemment pouvant justifier une prise de contact de la part de son tuteur, d'autant plus qu'il ne s'agissait pas de son hibou. Méfiant, Altaïr attrapa le petit colis et la lettre qui pendaient à la patte de la bestiole. Il ouvrit le colis en premier, baguette à la main.

Lev et Viktor se penchèrent par-dessus la table pour apercevoir le contenu de ce dernier en même temps que lui. Ils furent plutôt surpris de découvrir une montre certie de petits diamants et valant certainement une fortune. Les yeux des deux Bulgares brillèrent de mille feux en la voyant, visiblement ils la trouvaient vraiment belle.

Confus sur l'identitée de ce généreux correspondant, Altaïr ouvrit la lettre qui accompagnait le colis.

« Cher Altaïr,

Je te souhaite un bon anniversaire et de bien profiter de cette journée pour t'amuser.

En espérant que mon cadeau te plaise,

Pollux. »

Altaïr n'apprécia pas vraiment l'attention de Pollux et ses amis comprirent que ce cadeau n'était pas une bonne nouvelle lorsqu'il brûla la lettre. Visiblement, Pollux avait remarqué pendant l'été que la montre qu'il portait à son poignet était vieille et usée. Cependant, Altaïr ne l'échangerait pour rien au monde, il y était attaché.

Altaïr l'avait trouvé en visitant le coffre des Black avec Walburga quelques années plus tôt. Ils y étaient allés pour récupérer une quelconque broutille dont Walburga avait besoin, Altaïr ne se souvenait plus vraiment. Il avait trouvé la montre dans un petit coffret et l'avait immédiatement trouvé très joli, même si son cadrant avait une raillure. Il avait montré sa trouvaille à sa grand-mère et cette dernière lui avait expliquer qu'il s'agissait d'une des montres qu'Orion, son ancien mari, portait durant sa vingtaine.

La montre était bien évidemment trop grande pour le garçon, mais celui-ci était si têtu que Walburga avait cédé. Elle était même allée à la bijouterie pour ajouter quelques trous au bracelet en cuire du bijou. Altaïr avait montré avec fierté sa montre au portrait d'Orion dès leur rentrée au Square Grimmaurd. Bien qu'il n'eut jamais connu son grand-père de son vivant, Altaïr s'entendait bien avec son tableau et tenait à cette montre que Walburga lui avait offert.

Altaïr comprenait que Pollux voulait créer des liens avec lui, cependant il ne s'y prenait vraiment pas de la bonne façon. Au lieu de parraître comme un gentil papy qui veut offrir une meilleure montre à son arrière-petit-fils, Altaïr avait bien plus l'impression de se faire insulter. Comme si Pollux lui criait à la figure que ce vieux bijou n'avait pas sa place au poignet de son descendant, que l'héritier des Black ne devait qu'avoir le meilleur et pas une montre abîmée.

Il l'attrapa et serra son poing autour, dans l'espoir de la briser. L'argent brûla contre sa peau, visiblement Cygnus n'avait pas prévenu son père pour sa lycanthropie. Pourtant, pas même une petite fissure ou égratinure n'apparut sur le bijou, Pollux avait été précautionneux et avait bardé la montre de sortilèges de protection. Altaïr la reposa alors dans son étuis et la tendit à Lev.

« Tu l'as veux ? » demanda Altaïr.

Kaminski aimait beaucoup les jolies choses et passait son temps à dépenser son argent des achats par correspondance à cause de magazines de mode. Viktor quant à lui était un vrai rustre, il n'aimait que le sport et mater les filles de son dortoir. Il ne prendrait donc pas mal de ne pas recevoir cette montre, surtout qu'il en avait déjà une.

« T'es sûr, elle al'air de coûter cher ? »

Altaïr hocha simplement de la tête et montra la brûlure dans sa main, qu'il commença à soigner avec un baume qu'il gardait toujours dans son sac. Comprenant que son ami ne pourrait jamais porté le bijou, Lev se jeta presque sur la boîte faite de velours et de bois joliement travaillé. Il allait pouvoir ajouter une nouvelle montre à sa collection dont il était si fier. Altaïr soupira, si jeune et pourtant déjà si matériel, ça lui faisait presque pitié. Bien qu'il aimait en rire avec Viktor dans le dos de Lev,ou même parfois devant lui, comme à cet instant.

« Ça vient de qui ? C'est un beau cadeau, surtout que ta montre est vieille.

- Mon arrière-grand-père, il est de retour au pays. »

Lev quitta du regard sa nouveau bijou pour porter toute son attention sur la conversation de ses deux amis. Altaïr ne parlait pas souvent de lui ou de sa famille, il ne voulait donc pas en louper une seule miette.

« Il était en voyage ? » demanda Viktor.

« Pas vraiment, il est parti bien avant ma naissance en Amérique du Sud, Colombie ou Equateur, je ne sais plus trop.

- Et pourquoi ce cadeau ? C'est ton anniversaire ?

- Nan, il essaye juste de racheter ses années d'absence et faisant ce genre de truc. »

Altaïr avait pris l'habitude de ne pas fêter son anniversaire et cela ne le dérangeait pas. Chez les Potter, c'était une journée de deuil. Walburga et Arcturus n'avaient pas vécu assez longtemps pour le fêter avec lui et bien qu'Ignatus et Credrella avait fait un gâteau pour lui, Altaïr était alors encore trop endeuillé pour réellement profiter de la journée ou de ses cadeaux. Cygnus n'était pas le genre de personne à vouloir lui organiser une fête et Altaïr ne s'en plaignait pas. Il n'aimait pas les fêtes ou être le centre de l'attention, alors il n'en avait jamais parlé avec Viktor ou Lev.

Comprenant que leur ami ne voulait pas s'étendre sur le sujet, les Bulgares ne poussèrent pas plus loin la discussion. Lev retourna à la contemplation de sa montre et Viktor reprit sa discussion avec Altaïr qui avait été interrompu par l'arrivée de la chouette. Dans les faits, il s'agissait bien plus d'un monologue sur le dernier match de l'équipe nationale de Quidditch de son pays contre celle de la Roumanie. Altaïr ne faisait que hôcher de la tête de temps en temps tout en tartinant ses toasts.

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10 novembre 1989

« Tu ne trouves pas qu'Altaïr est bizarre en ce moment ? »

Lev quitta du regard le plateau d'échecs pour donner toute son attention à Viktor. Remarquant que ce dernier ne le regardait pas, mais fixait quelque chose derrière lui, il se retourna. Altaïr était entouré de plusieurs livres, écrivant frénétiquement sur son parchemin. Si l'on ne considérait que cette scène, alors non, Altaïr ne semblait pas étrange. Altaïr était constamment en train d'étudier.

Mais depuis quelque temps, cela était devenu différent. Il semblait toujours fatigué, comme s'il continuait de travailler, même après être allé au lit. De plus, il n'étudiait presque plus à la bibliothèque, mais toujours près d'eux. Une fois, il les avait même suivis sur le terrain de Quidditch, s'était assis dans un coin et avait invoqué une petite table devant lui. Lev sentait aussi son regard le suivre constamment, comme si Altaïr avait peur qu'il lui arrive quelque chose.

Le plus étrange avait certainement été de constater qu'Altaïr ne travaillait même pas sur des sujets de deuxième année. Viktor avait alors fait l'hypothèse que leur ami suivait des classes supérieures en plus des siennes, ce qui pourrait être possible au vu de son niveau scolaire. Cependant cela ne faisait aucun sens d'encore suivre ses classes de deuxième année s'il étudiait effectivement à un niveau supérieur. Ou alors, il avait encore fait une bêtise et devait faire des devoirs supplémentaires et n'avait pas voulu ou osé leur en parler. Mais dans ses cas, ses professeurs frôlaient l'esclavagisme.

« On a qu'à le suivre. On découvrira bien ce qu'il nous cache. » proposa Lev.

« Il nous sentira, tu le sais très bien. En plus, ce n'est pas un peu… déloyal de faire ça ? »

Lev nia de la tête.

« Non, c'est pour sa santé qu'on fait ça. Et je connais un sort pour effacer les odeurs. »

Bien que n'étant visiblement pas convaincu par ses arguments, Viktor finit par accpeter de le suivre dans son enquête.

Les deux Bulgares attendirent patiemment qu'Altaïr quitte le bâtiment des deuxièmes années pour se lancer quelques sortilèges et suivre ses pas. Ce dernier ne sembla pas se diriger vers le château mais vers un autre bâtiment d'élèves, plus précisément celui des quatrième année. Les deux amis se postèrent dans une alcôve leur permettant d'écouter la conversation, mais pas de la voir. Après tout, la magie pouvait les rendre invisibles, mais ne masquait en revanche pas leurs traces de pas dans l'herbe tondue.

« Est-ce que tu pourrais dire à Romanov qu'il doit venir.

- Qui le demande ?

- Black. »

La porte claqua, visiblement l'adolescent n'aimait pas être prit pour un coursier. Altaïr trépigna du pied quelques minutes avant que la porte de se rouvre et se referme. Visiblement quelqu'un l'avait rejoint.

« Tiens, celui-là c'est botanique et lui c'est l'arithmancie. »

Un long silence s'étendit entre eux, Romanov lisant les devoirs que venaient de lui rendre Altaïr. Il finit par grogner quelques compliments, visiblement mi-satisfait de ne pas avoir à faire ses devoirs, mais frustré que l'autre garçon ne se soit toujours pas foiré.

« Tiens, pour après-demain.

- Tu pourrais pas me donner tes devoirs dès que tu les reçois pour que je puisse m'organiser. » grogna Altaïr.

« Parles-moi mieux que ça.

- Alors, t'as d'autres devoirs à me donner maintenant plutôt qu'un jour ou deux avant la date de rendu ? » répondit Altaïr, toujours aussi effronté.

Romanov fit quelques pas en avant, se postant dangereusement devant Altaïr. Il ne le dépassait que de quelques centimètres, mais cela lui suffisait pour se sentir bien plus supérieur à lui. Mikhaïl lui sourit dangereusement, broyant son épaule d'une main.

« N'oublie pas ta place Black. Ton rôle, c'est de me lécher les basques, faire mes devoirs et apprendre à fermer ta grande gueule et en échange, je laisse ton pote à la gueule d'ange tranquille. Compris ? »

Altaïr murmura difficilement un « oui, désolé », les mots lui arrachant la bouche. Mais pour Lev, il mettrait sa fierté de côté. Romanov finit par s'éloigner, finalement satisfait de son effet sur Black. Il n'était pas peu fier d'avoir réussi à faire de lui son chien, obéissant à tous ses ordres.

Quelques mètres plus loin, Viktor et Lev se dévisageaient pensivement, essayant de déterminer lequel des deux était la « gueule d'ange ». Finalement, Lev se pointa lui-même du doigt et pour se venger, son ami lui donna un coup de pied dans le tibia. Il grimaça de douleur, une insulte au bout des lèvres, cependant aucun son ne quitta sa bouche à cause du sort de silence et cela le frustra encore plus.

Altaïr finit par repartir en direction de leur dortoir et le duo d'espions put finalement retirer les sortilèges qui les entouraient. Ils se dirigèrent à leur tour vers leur propre bâtiment, débattant des derniers évènements sur le chemin du retour.

« Qu'est-ce qu'on fait ?

- Je ne sais pas. Peut-être qu'on devrait le dire à un professeur. » songea Viktor.

« Non, ça ne servirait pas à grand-chose. Ils sont tous à sa botte à cause de sa famille. Même le directeur Karkaroff ignore ses bêtises la plupart du temps. » soupira Lev. « Parlons-en d'abord à Altaïr. Visiblement il le fait pour me protéger de cette brute, alors s'il sait que je suis au courant, peut-être qu'on trouvera une solution. »

Viktor sembla d'accord avec lui. Maintenant, il ne restait plus qu'à trouver le bon moment pour lui parler.

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16 novembre 1989

Il fallut deux jours à Viktor et Lev pour trouver le bon moment afin d'entamer une discussion avec Altaïr. Après avoir passé tout le week-end à travailler comme un fou, ce dernier avait finalement décidé de passer un peu de temps avec ses amis. Ils étaient actuellement sur le lit de Viktor en train de disputer une partie de cartes.

« Altaïr, on sait que tu fais les devoirs de Romanov parce qu'il menace de s'en prendre à moi. » lâcha finalement Lev, comprenant que Viktor n'allait pas aborder le sujet en premier.

Altaïr lâcha ses cartes et se pencha en arrière, prenant appuie sur ses bras. Son regard se perdit sur le plafond un long moment avant qu'il ne se reconcentre sur ses amis. Il ne semblait pas vexé d'avoir été espionné ou qu'ils aient interrogé quelqu'un à son propos pour découvrir la vérité. Altaïr ne savait pas vraiment comment il l'avait découvert, mais ce n'était pas important. Ce n'était pas le sujet.

« Arrête de le faire. Je sais me défendre.

- Ils ont deux ans de plus que nous. »

Lev blanchit en comprenant que le « ils » était au pluriel et non au singulier. Visiblement, il n'y avait pas que Romanov dans l'histoire, mais aussi ses amis.

« Et bien dans ce cas, je me ferai frapper et puis basta. » déclara Lev avec confiance.

« Frapper ? » releva Altaïr avec surprise sans pouvoir s'en empêcher.

Visiblement, ses deux amis n'avaient pas entendu toute la vérité. Mais ce n'était pas plus mal que Lev ne sache pas réellement ce qui l'attendait si Altaïr n'obéissait pas. Oui, c'était mieux ainsi.

« Quoi, il ne s'agit pas de me frapper ? Pourquoi t'as l'air si surpris ?

- Si, si. C'est juste que je me disais que c'était étonnant de ta part, toi qui pleure dès que Viktor te pince.

- Eh ! Je te ferai dire qu'il pince hyper fort ! » s'insurgea Lev.

Viktor éclata de rire, cela faisait du bien de voir Altaïr se détendre un peu, c'était si rare ces temps-ci. Les garçons plaisantèrent encore un moment avant de reprendre petit à petit leur sérieux.

« Laissez-moi une semaine. Je trouverai une solution d'ici là et sinon, on ira voir un prof. Georgiev n'est plus mon prof principal, mais il semble être le moins corompu de tous. »

Lev rigola à la remarque avant de lui faire comprendre qu'il n'attendrait qu'une semaine et pas un jour de plus.

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Angleterre, novembre 1989

Thomas Potter était un enfant épanouis et heureux. Son père était un vrai papa poule, il passait tout son temps libre à jouer avec lui, le faisait croulé sous les cadeaux et lui avait même dégotté les meilleurs tuteurs du pays et bien que n'étant pas un élève très doué, il ne le grondait jamais. De plus, Thomas adorait son oncle, Remus Lupin, qui l'accueillait tous les week-end dans son petit appartement à Londres. Ils regardaient alors la télé ou jouait à quelques jeux de société Moldus, bien plus nombreux et diversifiés que ceux des sorciers.

Pourtant, il existait quelques points noirs à sa vie. L'absence de son père certains soirs ou encore lorsqu'il rentrait complètement ivre d'une « petite fête avec ses collègues. ». Il y avait aussi la découverte de la lycanthropie de remus quelques deux plus tôt. Ce dernier l'avait installé le dimanche précédent sur son canapé, un chocolat chaud dans les mains et lui avait demandé de l'écouter.

Thomas avait eu peur en voyant sa mine sombre et le stress évident qu'il essayait tant bien que mal de cacher. Remus, bien que calme et bien moins blagueur que James, n'était pas souvent aussi sérieux. Il l'avait regardé droit dans les yeux et lui avait annoncé la nouvelle :

« Je suis un loup-garou. »

Thomas n'avait pas su comment réagir. Ce n'était pas qu'il allait soudainement repousser son oncle, mais il était juste sous le choc, ne s'attendant pas à cette révélation. Remus lui avait alors expliqué qu'il voulait le lui dire maintenant car il jugeait que Thomas était assez grand pour le savoir et comprendre ce que cela impliquait. De plus, il préférait que le garçon l'apprenne ainsi plutôt que par ses propres moyens ou dans des circonstances bien moins propices plus tard.

« Ok, je comprends. » avait-il répondu, toujours sous le choc. « Je ne m'y attendais pas, je … Wouaw, je ne sais pas quoi dire. »

Comprenant qu'il n'était pas rejeté, Remus éclata de rire à la fois très soulagé, mais aussi amusé de la gêne de Thomas, qui ne semblait vraiment pas trouvé ses mots. La journée se passa tranquillement et comme tous les dimanches depuis des années. Thomas posait de temps en temps une question sur la lycanthropie de son oncle lorsqu'elles lui traversaient l'esprit.

« Je n'en sais rien Tom ! » s'était-il exlamé après une enième question stupide.

« Quoi ? Tu ne t'es jamais posé la question ? Si un jour une louve-garou tombe enciente pendant la pleine lune, est-ce que le bébé sera un loup ou un humain à la naissance ? »

Remus ne lui répondit même pas, se levant simplement pour aller se chercher une nouvelle tasse de café. Thomas était vraiment un enfant épuisant, lorsqu'il s'y mettait.

Ce ne fut qu'au moment du départ de Thomas que la bonne ambiance fut quelque peu perturbé. Remus l'avait raccompagné jusqu'à chez James en transplanant. Il prendrait ensuite la cheminette jusqu'au Chaudron Baveur, d'où il partirait pour son travail du soir. Thomas l'avait alors prit dans ses bras, lui assurant qu'il ne le repousserait jamais pour sa maladie et qu'il ne comprenait toujours pas pourquoi il avait eu si peur de lui en parler.

Remus s'était alors reculé d'un pas, le regardant étrangement. Comme s'il savait quelque chose, que Thomas devrait aussi savoir, mais qui pourtant ne lui semblait pas du tout évident.

« Eh bien, tu sais avec ce qu'il s'est passé avec Harry, à l'époque, je n'étais pas sûr que tu le prennes aussi bien. »

Thomas fronça des sourcils, ne comprenant pas du tout de quoi ou de qui parlait son oncle.

« Qui ? »

Cette fois-ci, ce fut Remus qui ne semblait pas comprendre. Certes, James lui avait demandé de ne pas remuer le couteau dans la plaie en parlant de son demi-frère à Thomas, cependant il n'avait jamais réalisé que ce tabou était tel qu'il l'avait tout bonnement oublié. Ce n'était pas surprenant, Thomas n'avait que trois ans à son départ et quatre lorsque Walburga était décédée, coupant ainsi tout contact entre les deux garçons. Mais il n'avait jamais imaginé que son propre silence sur le sujet puisse le faire tout oublier.

« Personne. Je vais y aller. »

Remus embrassa la joue de Thomas et pénétra dans la cheminée, laissant le garçon confu derrière lui. Thomas n'avait plus vraiment pensé à cela ensuite. Il ne connaissait pas ce Harry, mais il supposa qu'il s'agissait d'un ami de Remus ou James qu'il avait un jour rencontré et ne s'en souvenait pas. Il avait une mauvaise mémoire des prénoms, alors ça ne l'avait pas marqué.

Pourtant, une semaine plus tard, cette conversation lui revint à l'esprit. Thomas s'était alors donné pour mission de pénétrer dans la pièce secrète de son père. Il s'agissait d'une pièce au bout ddu couloir où se trouvaient leurs deux chambres et dans laquelle Thomas n'avait pas le droit d'entrée. Et comme toute interdection, elle ne donnait que plus envie d'y aller à un enfant de neuf ans.

Alors après avoir échaffaudé un long plan, Thomas avait décidé qu'aujourd'hui, c'était le jour J. Son père était au travail et la veille, il avait réussi à se faufiler dans son bureau pour récupérer son trousseau de clés de chaque porte du manoir. Après en avoir essayé une dizaine, le petit garçon trouva enfin la bonne et dans un « clic », la serrure se déverrouilla.

Thomas fut déçu de découvrir qu'il ne s'agissait que d'une chambre vide. Il n'y avait pas une seule affaire dans la pièce, le lit n'avait pas de couverture, les armoires étaient vides et la bibliothèque ne contenait aucun livre. Cependant, il était évident que quelqu'un avait vécu ici. Il y avait plein de petits gribouillis sur le bois clair du bureau et des traits sur le dos de la porte indiquait la taille de l'enfant à différents âges. Le tapis était abîmé et il restait un dessin représentant deux garçons devant une télé. Sous les personnages étaient écrits son identité « Lunard, Moi, Tommy».

Thomas était curieux de savoir qui était le fameux « moi », mais il avait beau réfléchir, il ne se souvenait pas d'enfant pouvant correspondre dans ses souvenirs. Il avait des amis, mais aucun n'avait vécu ici et encore moins connaissaient Remus.

Cependant sa découverte la plus étrange fut dans l'un des tiroirs du bureau. Ce dernier était fermé à clé et aucune de celle de son trousseau ne put l'ouvrir. Frustré, Thomas tira sur la poignée mais rien n'y fit, le tiroir restait clos. Agacé, le petit garçon s'écria « Mais ouvre-toi ! » et comme par magie, le tiroir s'ouvrit en grand.

Thomas chantonna quelques secondes à propos de sa magie accidentelle, la remerciant mille fois. Puis, il se pencha sur le contenu du tiroir et découvrit avec surprise qu'il s'agissait d'une dizaine de petites fioles, peut-être même une ou deux centaines. Elles étaient transparentes et contenaient un liquide argenté qui semblait se mouver comme de la soie.

N'ayant aucune idée de ce que pouvait être ces potions, Thomas attrapa la boîte et alla rapidement la caché sous son lit avant de venir refermé la porte de la chambre secrète et de remettre le trousseau de clé à sa place.

Une fois de retour dans sa chambre, Thomas passa de longues heures à observer les petites fioles. Il essaya dans trouver une avec une inscription, mais rien n'y fit, elles étaient toutes vierges.

Ce ne fut qu'à la fin du week-end qu'il eut quelques réponses à ses questions. Son professeur particulier était une sorcière très gentille et qui répondait toujours à ses questions. Mrs Jones était même devenue sa confidente, il lui racontait tous ses secrets et même parfois ses bêtises. Elle ne disait jamais rien à James et lorsque la bêtise était vraiment grave, alors elle se contentait de lui expliquer pourquoi il ne devait plus faire ça.

Thomas l'aimait vraiment beaucoup et lui faisait confiance pour ne pas répéter ce qu'il allait lui dire à son père. Alors à la fin de la leçon, il prit son courage à deux mains et sortit de sa poche l'une des petites fioles qu'il avait trouvé plus tôt. Hestia Jones sembla surprise de le voir en possession de cette chose.

« Je l'ai trouvé dans la veste de mon papa. » mentit-il. « Vous savez ce que c'est maîtresse Hestia ? »

Celle-ci sembla confuse, comme si elle ne comprenait pas pourquoi est-ce que James Potter ce baladait avec cela dans ses poches. D'un autre côté, il était un Auror, alors il se pouvait très bien que ce souvenir provienne d'un témoin ou d'un crimminel. Il avait dû le mettre dans sa poche pour le visionner au travail et Thomas était tombé dessus en premier.

« Il s'agit d'un souvenir, Thomas. Tu ne devrais pas fouiller dans les poches de ton papa, je te l'ai déjà dit. »

Le garçon hocha timidement de la tête, il se sentait coupable de lui mentir ainsi.

« Comment on fait pour le voir ?

- Oh non jeune homme, tu ne le veras pas ! De toute façon, tu ne peux pas le faire, il faut un objet spécial. » sourit-elle malicieusement.

« Ah bon ? Je pensais qu'il fallait le boire, comme une potion. » soupira Thomas, visiblement déçu de ne pas pouvoir assouvir sa curiosité.

Thomas sembla se plonger dans ses pensées pendant quelques secondes avant de lever soudainement la tête. Il venait d'avoir une idée.

« Maîtresse Hestia, comment on sait à qui il est, ce souvenir ?

- C'est impossible de le savoir avec un sort ou autre. Le seul moyen, c'est d'être dans la même pièce de la personne à qui il appartient et alors, lorsqu'on retire le bouchon de la fiole, la brume du souvenir se dirige vers son possesseur. Le sorcier à qui il appartient retrouve alors son souvenir et se souvient de ce qu'il contient. »

Thomas écarquilla soudain les yeux.

« Vous voulez dire que … Qu'on oublie le souvenir quand on l'enlève de sa tête ? »

Hestia hocha de la tête. Elle comprenait que cela puisse faire peur à un enfant d'oublier ainsi quelque chose. Cependant, elle était bien loin de la vérité. Thomas doutait que s'il ne se souvient pas de l'ancien propriétaire de la chambre au bout du couloir ou de ce fameux Harry, c'est que c'était ses souvenirs à lui, dans ces fioles.

Ne montrant rien de son désarrois, Thomas raccompagna sa maîtresse jusqu'à la cheminée. Lorsqu'elle fut partie, il se précipita dans sa chambre et dans des gestes tremblants il décapsula toutes les fioles qu'il possédait. Rapidement, des volutes de fumée quittères ces dernières. Les souvenirs voletèrent près d'une demi-minutes dans les airs, si bien que Thomas crut qu'il s'était trompé dans ses suppositions.

Mais soudain, comme pour le détromper, les fumées se réunir pour ne former qu'un long filon argenté et se dirigea vers sa tempe. Aussitôt, des centaines d'image se mirent à défiler devant ses yeux et alors, Thomas se souvint de tout.

Il revoyait ses souvenirs avec Harry, son frère qu'il avait oublier. Leurs rires, leurs dimanches sur le canapé de Remus, leurs balades dans les bois, leurs après-midi à jouer et dessiner, les histoires que Harry lui racontait le soir, les nuits où il le réconfortait après un cauchemar, leurs volent de gâteaux dans la cuisine, les réprimandes amusées de Moby. Mais il y avait aussi leurs disputes, Harry qui le plaquait contre un mur, Harry qui l'avait étranglé, Harry qu'il avait rejeté pour sa lycantropie, les remontrances de Remus, Harry qui avait été détruit par son rejet, Harry qui s'était fait battre par leur père, Harry qui avait été renié.

Thomas se souvenait de tout et cela le détruisait complètement. Il s'effondra en larmes sur son tapis duveteux.

Et alors, deux nouveaux souvenirs lui revinrent. Des souvenirs qu'il n'avait pas oublier, que James ne lui avait pas reprit et qui avait eu lieu bien après le départ de Harry. Il se revoyait en train de fixer un enfant sur le Chemin de Traverse et qui le regardait étrangement, comme s'il allait fondre en larmes. Le second souvenir était celui du même garçon qui l'avait fixé pendant plusieurs heures au bal des Londubat, quatre mois plus tôt. A ce moment-là, Thomas l'avait pris pour un adolescent bizarre qui faisait une fixette sur le Survivant.

Mais maintenant Thomas savait. Il avait oublié son frère alors que Harry se souvenait de lui. Il avait dû se sentir si trahi, si triste, si blessé lorsqu'il avait croisé le regard froid de son petit-frère. Un regard indiférent et incompréhensif. Harry avait dû comprendre qu'il n'était plus qu'un étranger pour son frère.

Thomas se sentait si coupable. Il haïssait son père, dont il venait de se souvenir, l'avait entraîné dans son bureau. Il lui avait demandé de penser à tous ses souvenirs de son frère et un part un part, il les avait retiré à l'aide de sa baguette et les avait mis dans des fioles. Thomas se sentait trahi par cet homme, il lui en voulait tellement. James n'avait pas le droit de lui faire ça.

Thomas pleura longtemps, cria et extériotisa tout ce qu'il ressentait. Toute sa douleur. Il se le promit, il allait retrouver Harry et lui faire comprendre que non, il ne l'avait pas oublié.