22 novembre 1989

Altaïr avait dit une semaine à Lev, pensant réellement pouvoir tenir le rythme pendant quelques temps encore. Cependant il n'avait pas imaginé être déjà arrivé à ses limites. Le matin même, Romanov l'avait trouvé à la sortie du réfectoire et l'avait attiré dans un couloir peu emprunté.

Là, il lui avait clairement fait comprendre que ses prochains devoirs avaient intérêt à être meilleurs la prochaine fois.

« Putain mais ils sont où les dix-neuf et les vingt ? J'ai eu seize, toquard ! » s'était insurgé Mikhaïl. « A la prochaine erreur, notre accord saute. Compris ? »

Altaïr avait même reçu quelques coups et une belle echymose sur la pomette gauche. Cependant, c'était bien le cadet de ses soucis pour le moment. Il avait passé le reste de la journée dans sa chambre, à rédiger ses propres devoirs qu'il n'avait plus réellement le temps de faire dernièrement.

Ce fut en vers 15h qu'il entendit des bruits suspects venir de l'étage en dessous du sien. Habituellement, les dortoirs étaient complètement vide l'après-midi, surtout lorsqu'il s'agissait d'un week-end de sortie au village. Agacé par les cris et les bruits sourds, Altaïr décida de descendre voir ce qu'il se tramait à l'étage inférieur. Il allait enguelé les autres étudiants qui faisaient bein trop de bruit avec leur bataille de polochon. Il n'arrivait même plus à travailler correctement.

Il poussa la porte du deuxième dortoir, d'où venait les sons. Il tenta de ne pas paniquer en réalisant qu'il s'agissait de la chambre de Lev. Lorsqu'Altaïr poussa la porte, il découvrit avec horreur Lev allongé sur le ventre et plaqué sur son matelas par trois adolescents plus âgés que lui. L'un lui tenait les mains et les deux autres bloquaient ses jambes. Entre celle-ci, se trouvait Romanov qui jeta un sortilège de disparition au pantalon de Lev au moment même où Altaïr ouvrit la porte, le laissant en caleçon.

Altaïr tâta sa poche et réalisa qu'il avait bêtement oublié sa baguette sur sa table de nuit. Maudissant sa stupidité et sa négligence, Altaïr frappa d'une droite bien placée le menton de Romanov. Ce dernier tituba en arrière, mais l'Anglais ne le laissa pas s'effondrer, l'attrapant par le col de sa chemise et frappant de sa tête le nez de Mikhaïl.

Altaïr ne put cependant pas aller plus loin. Les deux adolescents qui maintenaient jusque là les jambes de Lev l'attrapèrent chacun par un bras et le reculèrent de quelques pas. Mikhaïl se redressa difficilement et pendant qu'il essuyait le sang qui coulait de son nez, le troisième russe se décala pour appuyer de son genou entre les homoplates de Lev qui avait recommencer à se débattre.

Il donnait des coups de pieds dans tous les sens, mais Romanov lui lança un sortilège afin de l'immobiliser et Altaïr cru mourir de l'intérieur en croisant le regard terrifié de son ami. Tout cela était de sa faute à lui, alors pourquoi est-ce que ce n'était pas lui qui souffrait, il ne comprenait pas. toute sa vie, son père, puis Cedrella Prewett et enfin Cygnus, l'avait accusé à tort et puni pour cela. Alors pourquoi est-ce que pour une fois qu'il était fautif, ce n'était pas lui se faisait humilié mais une personne qui n'avait rien à faire avec la situation présente.

« Arrête ! Arrête ! Je suis désolé, c'est de ma faute. T'auras plus de putain de seize, t'auras que des vingts maintenant ! Mais je t'en supplie, lâche-le. »

Altaïr suppliait, criait, demandait pardon encore et encore, mais Romanov n'en souriait que plus. Voir cet enfant effronté se ridiculisé devant lui était incroyablement plaisant. Alors, sans prendre en compte ses suppliques, il fit disparaître le caleçon du garçon sous lui et sortit son sexe à moitié dur de son propre pantalon.

Altaïr vit avec horreur cet horrible adolescent se masturber en touchant de son autre main les fesses de son ami. Il ne pouvait pas en voir d'avantage. Il refusait de le voir aller plus loin. C'était imposible, ça ne pouvait pas arriver.

« Stop ! Stop ! Le touche pas ! » cria-t-il à plein poumons.

Une vague de magie sauvage traversa soudainement la pièce. Les deux adolescents qui le maintenait alors en place furent repousser en arrière alors qu'un vent puissant propulsa Romanonv à l'autre bout de la pièce. Ce dernier hurla de rage et leva sa baguette vers Altaïr, cependant il avait été plus rapide et avait réussit à attraper la baguette de Lev qui se trouvait sur sa table de nuit.

« Diffindo ! » cria Altaïr en pensant au premier sortilège qui lui venait à l'esprit.

Le sortilège fusa de sa baguette au même moment où il évitait de justesse un sort de désarmement. Altaïr, qui ne pensait alors qu'à détruire la chose immonde qui pendait entre les jambes de Romanov et qui bandait quelques secondes plus tôt au dessus des fesses de son ami, fut plus que surpris lorsque son sort de découpe atteignit ce dernier. Il ne savait pas vraiment si cela avait été fait inconsciemment ou si ce n'était qu'un hasard, mais voir le bout de chair tomber au sol le satisfit pleinement.

« Expulso ! »

Altaïr expulsa d'un sort Romanov à travers la fenêtre qui se trouvait derrière lui. Il espérait seulement que l'idiot aurait la sagesse d'utiliser la baguette qu'il avait toujours en main pour se sauver. Au pire, il devait bien y avoir une personne à proximiter pour lui lancer un sortilège d'allègement ou de lévitation pour freiner sa chute.

Le quatrième russe qui maintenait jusque là Lev se précipita vers la fenêtre avant de détaler avec ses complices vers la sortie. Soit il fuyait avant que des profs n'arrivent, soit ils allaient aider Romanov, Altaïr ne savait pas et s'en moquait un peu.

Altaïr détruisit le pénis et la bourse et demi qui était tombée avec un Expulso. Cette chose le dégoutait au plus au point et il refusait que Lev puisse la voir encore une fois. Pusi, il se précipita vers son ami, le libéra de son sortilège d'entrave et l'enroula dans sa couverture pour le couvrir. Il était aisé de faire disparaître des vêtements, mais bien plus dur d'en faire apparaître. Altaïr n'avait pas encore le niveau pour cela et le regrettait amèrement.

Lev fondit en larmes, encore sous le choc des derniers évènements et ne comprenant toujours pas là totalité de la situation. Altaïr se jeta presque sur lui, le serrant si fort contre son torse qu'il pensa un instant avoir blessé Lev. Mais à peine eut-il un peu relâcher sa prise, que ce dernier s'aggripa d'autant plus fort à son uniforme. Altaïr ressera ses bras autour de lui, murmurant des paroles réconfortantes et des excuses à son oreille, le laissant pleurer toutes les larmes de son corps contre son torse.

Altaïr ne sut pas vraiment combien de temps ils restèrent blottit ainsi à même le sol du dortoir. Cependant cela lui parrut bien trop court lorsque des bruits de pas précipités résonnèrent dans les escaliers. Quelques secondes plus tard, deux professeurs déboulaient dans la pièce, à bout de souffle.

Leur regard se posèrent immédiatement sur les deux garçons blottit dans un coin de la pièce, les draps froisser du lit, les jambes nues de Lev qui dépassait de sa couette, la fenêtre brisée et la tâche de sang qui se trouvait en dessous. Les professeurs comprirent plus ou moins la situation ici.

« Mr Black, Mr Kaminski, allez à l'infirmerie avec Mrs Balov. »

Altaïr jeta un regard noir au professeur pour son manque de tact. Cependant il ne fit aucune remarque lorsqu'il remarqua que Lev hochait de la tête et s'apprêtait à leur obéir.

« Vous pourriez au moins faire semblant de fermer les yeux, les deux pédophiles. » grogna-t-il finalement, voyant qu'aucun d'eux ne quittait la pièce lorsque Lev fit mine de chercher des vêtements dans son armoire.

Gênés au possible, les deux enseignants se précipitèrent hors du dortoir et refermèrent derrière eux. Altaïr quant à lui se tourna vers la fenêtre brisée pour donner de l'intimité à Lev. Il se rapprocha de cette dernière et regarda au travers mais ne vit aucune trace de Romanov dix étages plus bas. Il avait dû réussir à se sauver lui-même, ou bien quelqu'un lui avait lancé un sortilège de lévitation à temps.

« C'est bon, on peut y aller. »

La voix de Lev le sortit soudainement de ses pensées. Ce dernier se tenait calmement près de la porte, comme si rien de ce qui venait de se dérouler ici ne l'atteignait. Cependant Altaïr ne fut pas duppe, Lev était doué pour détecter les mensonges, mais très mauvais pour en faire. Ses doigts tremblaient et il machouillait sa lèvre inférieures.

Altaïr s'approcha de lui et prit sa main dans la sienne. Il n'était pas doué pour réconforter les gens et n'aimait pas les contacts physiques. Mais à cet instant, Lev semblait au fond du gouffre, alors il m'y ses reluctances de côté pour le soutenir pleinement.

« Tu vas couper ta lèvre, défoule toi plutôt sur ma main. » lui sourit-il en le tirant à l'extérieur du dortoir.

La professeur Balov les suivit dans les escaliers alors que le second enseignant retournait dans la chambre. Lev finit par obéir inconsciemment à Altaïr, gardant sa bouche close tandis que l'ongle de son pouce creusait dans la paume de son ami. Black ne fit aucune remarque, serrant simplement les dents alors qu'il sentait sa peau s'ouvrir, quelques gouttes de sang coulant le long de ses doigts.

Altaïr accompagna son ami jusqu'à l'infirmerie. Là-bas, Mrs prit Smirnova rapidement en charge. Ce ne fut qu'une fois son ami endormi grâce à une potion de sommeil sans rêve, qu'il coopéra avec la professeur qui l'attendait en trépignant du pied. Cette dernière le conduisit jusqu'au bureau du directeur avant de s'éclipser.

Altaïr découvrit avec surprise que beaucoup de monde se trouvait dans ce bureau. Apparemment, lorsqu'il s'agissait du fils du Tsar de la Russie, les choses allaient très vite. Pas comme dans son cas où l'infirmaière avait mis des mois à faire remonter de ses suspicions d'abus parentaux au directeur. Le père de Mikhaïl et ceux des trois autres russes se tenaient d'un côté de la salle. Son professeur principal et celui des autres élèves étaient derrière le bureau aux côtés de Karkarov. Devant le bureau, sur trois chaises allignés se trouvaient les trois amis de Mikhaïl et une quatrième place, encore vide, lui était certainement réservée.

Cependant, ce qui attira le regard d'Altaïr, fut la présence de Cygnus à l'opposé des russes, dans un coin de la pièce. Ce dernier fusillait du regard Karkarov, il avait encore sa trahison en travers de la gorge. Ce traître avait balancé sa fille aux Aurors en plus de nombreux autres Mangemorts. Mais lorsqu'Altaïr s'assit sur sa chaise, toute son attention se redirigea vers lui.

Le garçon croisa le regard de Cygnus et cela le figea. Il semblait hors de lui, jamais encore il n'avait eu un regard aussi haineux, aussi colérique et aussi prometteur d'une belle punition. Altaïr était terrifié et n'arrivait pas à quitter du regard son tuteur. Il avait l'impression qu'en regardant ailleurs, ce dernier pourrait l'attaquer dans le dos. C'était stupide, Altaïr le savait et pourtant, il ne pouvait empêcher la peur de le figer.

Pourtant ici, Cygnus ne pouvait rien faire. Entouré de professeurs et de la famille royale russe, il était pieds et poings liés. Il devrait se comporter en parfait tuteur, comme il le faisait toujours lorsque cela importait. Il jouerait son rôle à la perfection ici, Cygnus ne perderait pas la face. Alors il détourna son regard contrarié d'Altaïr pour le reporter sur Karkarov, encore.

Altaïr ne remarqua même pas que Cygnus avait cessé de le fixer, paralysé dans son étrange transe. Ce ne fut que lorsque la porte claqua derrière lui,qu'il sortit brusquement de sa paralysie et quitta Cygnus du regard. Il remarqua alors que Georgiev avait remplacé son professeur principal. Altaïr fronça des sourcils lorsque Karkarov expliqua que son professeur ne pouvait pas rester à cause d'un empêchement, mais que Georgiev étant son précédent responsable, il allait le remplacer.

Altaïr s'empêcha de sourire à cette annonce. Georgiev avait toujours été plus ou moins de son côté jusque là et se montrait toujours juste. Il était très certainement la seule personne présente ici à ne pas attendre avec hâte son humiliation.

« Tout d'abord, je voudrai écouter vos versions des faits, chacun votre tour. Mr Petrov, vous êtes le premier. » commença Karkarov.

Le garçon créa un récit remplit d'incohérences qui fit grimacer son père derrière lui. Cela amusa quelque peu Altaïr de constater que même ce dernier semblait réaliser que son fils mentait et n'était pas blanc comme neige dans cette affaire. Un récit où les quatre russes étaient complétement innocents et où Altaïr les attaquaient sans aucune raison ou scrupule.

« Bien, Mr Black, à vous. » soupira Karkarov en frotant sa barbe.

« J'ai surpris Romanov en train d'essayer de violer mon meilleur ami alors que ces trois-là le maintenait immobile.

- Menteur ! » s'écria le père de Mikhaïl. « Ce petit con essaye de diffamer mon… »

A la plus grande surprise d'Altaïr, Cygnus prit sa défense. Ce dernier jouant à la perfection le rôle de tuteur qu'on attendait de lui.

« Mr Romanov, il suffit. Je ne suis pas intervenu lorsque ces trois gosses ont accusé Altaïr. Je pense qu'il n'est pas trop demander d'en attendre autant de votre part. »

Le Russe sembla prêt à répondre et poursuivre sa diatribe, mais Georgiev lui coupa l'herbe sous les pieds.

« Mr Black, poursuivez. »

Altaïr jeta un regard incertain au tsar avant de finalement reprendre son récit.

« Je n'avais pas ma baguette sur moi, alors j'ai frappé Romanov. Ces deux-là m'ont attrapé et m'ont maintenu en place pendant que Romanov continuait de déshabillé Lev. Il s'est masturbé en le tripotant. J'ai perdu le contrôle de ma magie ce qui les a fait me lâcher et qui a repoussé Romanov loin de Lev. J'ai attrapé la baguette de Lev qui était alors la plus proche et Romanov m'a attquaé. Je lui ai lancé un Diffindo qui lui a coupé la queue puis je l'ai expulsé par la fenêtre. Ces trois-là se sont enfuis. »

Un silence presque religieux s'installa dans la pièce, tous assimilant avec difficultés les propos du deuxième année. Ce n'était pas de petites accusations qu'il faisait et ses propres agissements ne semblait pas non plus le secouer plus que cela.

Puis, le silence fut brisé par un éclat de rire. C'était Cygnus, sans surprise, qui trouvait cette situation bien plus amusante que grave.

« Ah, la folie des Black. Altaïr est bien notre digne héritier. » se remit-il à rire.

Karkaroff soupira, il connaissait bien Cygnus et savait très bien que comme pour sa fille Bellatrix, il n'y avait rien à faire lorsqu'ils étaient dans cet état à part attendre. Les autres membres de la pièce lui firent comprendre que son amusement était déplacé et petit à petit, le Black se calme.

Il n'y avait qu'Altaïr qui n'avait eu aucune réaction en l'entendant, bien trop choqué d'avoir été appelé « digne héritier » par cet homme. Il lui répétait sans cesse qu'il n'était qu'un vaurien et il avait suffit d'agir sur un coup de folie pour que soudaine, Cygnus reconnaisse sa valeur. C'était si frustrant, des mois d'études acharnées, une éducation presque parfaite et une maturité précoce n'avait jamais fait avouer cela à Cygnus. Mais couper le sexe d'un homme, visiblement, ça, ça en valait la peine. Altaïr était dégouté.

Lorsque le calme revint, Georgiev décida de revenir au sujet principal de la conversation et de se reconcentrer sur Altaïr et ses actions.

« Avez-vous conscience, Mr Black, que Mr Romanov aurait pu ne pas survivre à sa chute si une élève ne l'avait pas arrêté à temps.

- Il avait une baguette à la main, je n'y peux rien s'il ne sait pas l'utiliser. Et si je le voulais réellement mort, je lui aurai lancé un Impardonnable. » répondit effrontément Altaïr à son directeur, le faisant soupirer d'exaspération.

« Où se trouve Mr Kaminski ? Son témoignage pourrait être utile. » proposa la professeur principale des trois russes.

Altaïr serra des dents. Cette femme était sans cœur ou bien avait-elle conscience qu'il était extrêmement dur pour une victime de parler de ce genre de traumatisme, d'autant plus pour un homme.

« Il dort à l'infirmerie. » répondit-il en grinçant des dents.

« Il dort ? » se moqua l'un des pères. Il sous-entendait clairement qu'après tout cela, un enfant normal ne devrait pas pouvoir dormir et remettait en doute les paroles de l'Anglais.

« Oui il dort. » répondit avec verve Altaïr. « Il dort parce qu'il était épuisé d'avoir pleuré. Il dort parce que l'infirmière lui a fourré de force une potion de sommeil sans rêve dans la gorge. Il dort parce que c'est mieux pour lui de ne pas réfléchir tout de suite à tout ce qu'il vient de subir. »

Le père perdit rapidement son sourire en coin alors que les trois professeurs soupiraient en cœur. Visiblement, aucun des partis impliqués dans cette affaire ne voulaient croire les propos de l'autre et bien que Karkarov soit plus enclin à croire Black, il ne pouvait pas agir n'importe comment devant le tsar. Il ne tenait pas à perdre son poste ou tout simplement, perdre sa tête.

« Et si nous visionons les souvenirs de ces quatre élèves ? Nous seront alors fixé. Avez-vous une pensine, Karkaroff ? »

Ce dernier sembla réfléchir longuement à la proposition de Cygnus. Il était étonnant de le voir si calme, surtout lorsque l'on connaissait son tempéramment explosif. Karkaroff et Altaïr attendait avec crainte le moment où il exploserait, s'attendant déjà au pire.

Finalement, le directeur approuva cette proposition et fit léviter sa pensine depuis l'un des placards de l'amoire.

« Je refuse qu'autant de personne regarde les souvenirs de Lev se faisant aggreser. » s'opposa cependant Altaïr.

Il avait conscience qu'actuellement, il s'agissait de sa seule option pour sauver sa peau ou au moins, faire tomber Romanov avec lui. Cependant il lui était inadmissible que pour cela, une dizaine de personnes devait voir son ami ainsi, surtout sans son consentement.

« On est ici pour que le directeur nous donne une punition juste. Pas pour vous convaincre que vos fils sont coupables ou non. Si vous voulez tant voir le prince se frotter au cul d'un mineur, vous n'aurez qu'à regarder les souvenirs de vos propres fils chez vous. Juste le directeur et moi. Sinon, il faudra attendre le réveil de Lev et lui demander son autorisation. »

Tous semblaient maintenant extrêmement gênés. Ils n'avaient pas encore réellement réalisé la gravité des accusations et des faits. Ce garçon venait de leur exposé leur immaturité au visage.

« Bien que je sois d'accord avec le principe, je ne peux pas donner de sanctions seul, selon le réglement de l'école. Il me faut un témoin pour être certain de ne pas faire d'abus de pouvoir. Cela peut être votre tuteur si vous le souhaiter. »

Altaïr grimaça en se tournant vers Cygnus. Il avait un sourire en coin et avait visiblement très envie de voir son souvenir. Cependant Altaïr ne voulait pas lui donner cette satisfaction, peut importe la punition qui l'attendrait. Il tourna ensuite son attention vers Georgiev, il semblait comprendre son dilemme. L'homme lui offrit un hochement de tête, lui donnant l'avale pour le déigner lui plutôt que Cygnus.

« Non, je préfèrerai quelqu'un de neutre. Mr Georgiev, cela vous dérangerait-il d'aller dans la pensine avec nous ?

- Aucun soucis.

- Bien, alors placer votre souvenir dans la pensine. Nous en ferons de même avec l'un des vôtres. » décida Karkaroff en s'adressant au trois russes. « Etant donné que vous partager la même version des faits, un seul de vos souvenirs sera nécessaire. Mr Petrov, êtes-vous d'accord ? »

Karkaroff s'adressa au premier garçon qu'il avait interrogé, celui qui était accusé d'avoir maintenu Lev sur le lit. Il hocha nerveusement de la tête, visiblement il avait conscience que son mensonge n'allait bientôt plus tenir la route. Cela fit jubiller Altaïr, attendant avec hâte le moment où leurs pères comprendront qu'ils étaient bien pathétiques et indignes de leur rang.

« Je n'ai pas de baguette. Je n'ai pas eu le temps de la récupérer. »

Cygnus lui tendit la sienne d'un air renfrogné. Visiblement, il était toujours contrarié de ne pas pouvoir voir le souvenir de son pupille. Une fois la baguette en main, Altaïr la posa sur sa tempe, se remémora difficilement ses souvenirs et les extirpa lentement de son esprit. Il se leva ensuite pour les déposer dans la pensine.

Il fut rapidement rejoint par Karkaroff et Georgiev. Ce dernier compta jusqu'à trois et à son signal, ils trempèrent leurs index dans la surface laiteuse. Aussitôt, ils furent aspirés dans le souvenir d'Altaïr et quelques secondes plus tard, les trois sorciers étaient dans son dortoir.

Ils suivirent son fantôme du passé se rendre à l'étage inférieur, près à engueuler quelques élèves turbulents et surtout, trop bruyants. Cependant Karkaroff fronça des sourcils en réalisant que lui, n'entendait absolument aucun son. Il ne se pensait sourd et pourtant, il semblait être le seul à ne pas les entendre. Georgiev ne semblait pas aussi décontenancé que lui.

Mettant ce détail de côté pour l'instant, il poursuivit avec ses deux compères, le souvenir d'Altaïr jusqu'au dortoir de Lev Kaminski. Là, il ressentit la même colère qu'Altaïr sembla éprouver à cet instant. Il remarqua du coin de l'œil que l'adolescent s'était tourné vers le mur de la chambre, plaquant ses mains sur ses oreilles et fermer les yeux avec force. Revivre se souvenir semblait être équivalant à vivre l'enfer pour lui et honnêtement, Igor avait envi de faire de même.

Il observa d'un air dégouté les adolescents maintenir Altaïr en face de Lev et de ses agresseurs, ils prenaient visiblement plaisir à le forcer à regarder cette scène. Altaïr criait, suppliait et Karkaroff crut même voir quelques larmes de frustration lui échapper. Il se débattait comme un beau diable et Igor crut même que le garçon allait réussir à échapper à la prise des deux russes à plusieurs reprises. Pourtant, ces derniers étaient bien plus grand et costauds que lui, alors les voir épprouver tant de difficultés à le maintenir en place était à la fois surprenant et quelque peu satisfaisant.

Un rire à sa droite le fit détourner son attention d'Altaïr pour la reporter sur Romanov. Se dernier riait à gorge déployé avec son acolyte alors qu'il ouvrait son propre pantalon, l'adolescent sous lui déjà à moitié nu. Karkaroff détourna le regard de cette scène répugnante et posa son regard sur les seules autres personnes de la pièce. Il remarqua alors que Georgiev semblait tout aussi dégouté et semblait regarder partout, sauf en direction des enfants présents dans la pièce. Cela n'était pas très professionnel de leur part, puisqu'ils étaient censés juger leur comportement. Cependant c'était plus fort qu'eux, ils n'arrivaient pas à regarder cette scène.

Une grosse explosion retentit soudainement et bien que n'étant pas réellement dans la pièce, il sembla à Karkaroff que la magie de Black avait réussit à le souffler et le faire reculer d'un pas. Il dut se retenir de toutes ses forces de ne pas sourire en assistant à l'émasculation de Romanov. Bien que désaprouvant jusqu'à maintenant le comportement d'Altaïr, Igor ne put que s'avouer qu'à sa place, il aurait fait bien pire.

Le souvenir se troubla finalement lorsque Lev commença à pleurer contre l'épaule d'Altaïr. Ils firent un léger bon dans le temps pour arriver au moment où ses deux professeurs pénétrèrent dans la pièce. Karkaroff se fit une note mentale d'avoir plus tard une petite discussion avec eux. Leur manque de compassion évidente et d'intérêt pour la situation était déplacé et indigne venant de professeurs.

Lorsqu'ils furent finalement éjectés de la pensine, Lev venait de s'endormir à l'infirmerie et Altaïr se dirigeait vers son bureau. Il fallut quelques secondes aux trois sorciers pour retrouver leurs esprits. Ils étaient tous les trois terriblement pâles et visiblement très secoués part les derniers évènements.

« Je crois que je vais vomir. »

Georgiev invoqua juste à temps une bassine devant Altaïr qui régurgita son repas de midi quelques secondes plus tard. Il fit ensuite disparaître le seau et lui tendit un verre d'eau, un sourire compatissant sur le visage. Altaïr n'avait pas regardé la scène, se contentant de fixer le mur tout du long. Cependant rien qu'entendre les pleurs de son ami, ses cris désespérés et les rires des trois autres étaient naturellement bien suffisants pour le secouer.

Les pères des quatre autres garçons palirent brusquement, réalisant que si la scène était assez horrible pour chambouler à ce point un garçon capable d'émasculer sans regret un camarade, alors peut-être, leurs fils n'étaient pas aussi innocents qu'ils le pensaient.

« Anton, soigne sa main. » demanda Karkaroff à son professeur de potions.

Pendant le souvenir, Igor avait remarqué que Lev avait écorché sa paume. Georgiev n'eut pas besoin de se le voir dire deux fois, il s'exécuta rapidement.

« Très sincèrement, je n'ai aucune envie de retourner dans cette pensine. » soupira finalement Karkaroff. « Vous trois, est-ce que vous continuez la version de Mr Black et alors, devons-nous regarder vos souvenirs ? Ou alors, est-ce vous êtes prêts à reconnaître la vérité et nous éviter cette corvée ? »

Les trois garçons échangèrent quelques regards nerveux avant que l'un deux avoue finalement la vérité, au plus grand damne de leurs parents et plaisirs des autres sorciers.

« Alors ? » demanda Romanov. « Quelles sanctions attendent nos enfants ? »

Karkaroff soupira profondément, se frottant nerveusement l'arrête du nez. Il n'avait aucune envie de se mettre le tsar de Russie à dos, mais actuellement, il n'avait pas vraiment le choix.

« Eh bien, si cela ne tenait qu'à moi, vos quatre gosses seraient exécutés en place publique et Mr Black recevrait une médaille pour avoir coupé la bite de votre fils, Mr Romanov. » Le langage cru de Karkaroff fit grimacer les quatres parents visés par la remarque. « Mais selon le règlement de l'école, vous devriez tous les cinq être renvoyés. Je devrai contacter les autorités estoniennes et celles de vos pays respectifs. Vous serez ensuite jugés pour vos actes par celles-ci. »

Les occupants semblèrent accusés difficilement la nouvelle. Tous sauf Altaïr qui semblait plus ou moins satisfait de cette sentence.

« Serons-nous jugés dans nos pays ou en Estonie ? Puisque les faits se sont passés sur un sol autre que le nôtre ?

- Comme les faits se sont passés ici, c'est le tribunal estonien qui vous jugera et vous ferez vos peines sur le même sol. »

Les quatre garçons grimacèrent. Les trois Russes avaient espéré pouvoir être jugés sur leur sol natal et ainsi profiter de l'influence du Tsar qui allait certainement étouffer l'affaire. Altaïr quant à lui connaissait les bases des systèmes carcéraux de ces deux pays. En Angleterre, il n'y avait qu'Azkaban pour emprisonner des criminels. Les mineurs n'y étaient jamais envoyés et il s'était imaginé qu'il ne serait condamné qu'à passer quelque temps dans la branche psychiatrique de Ste-Mangouste pour ensuite retrouver sa liberté. Cependant Altaïr avait conscience qu'en Estonie, les lois étaient différentes et surtout, les prisons pour mineurs y existaient.

« C'est dommage, le prince aurait pu être condamné pour homosexualité, dans son pays. » se moqua Altaïr, faisant évidemment référence aux exécutions sommaires et autoritaires qui régnaient dans ce pays.

Le Tsar grinça des dents mais ne répondit pas à la pic. La situation était bien trop catastrophique actuellement pour lui. Il comprenait que malgré son influence, Karkaroff n'allait pas le couvrir cette fois-ci. Il allait devoir résoudre la situation et vite, il ne fallait surtout pas que des rumeurs sur son fils circulent et entachent la réputation de la famille. La branche Moldue de celle-ci les avait déjà presque ruiné la branche magique, Romanov ne tenait pas à ce que cela recommence.

« N'y aurait-il pas un moyen d'éviter une telle situation. Je ne veux pas voir Altaïr en prison. »

Lorsque Cygnus prononça ces quelques mots, le regard de Romanov et de ses amis semblèrent briller de mille feux. Karkaroff grimaça en comprenant que Cygnus n'allait pas le laisser ternir le nom de sa famille si facilement. Il redoutait déjà les conséquences en se mettant la famille royale de Russie à dos. Mais si en plus le Black se rajoutait à l'équation, cela n'augurait rien de bon pour lui, d'autant plus qu'il connaissait les méthodes de Cygnus.

Le plus discrètement possible, il fit glisser sa baguette le long de sa manche, près à la dégainer à tout instant. Cependant son geste ne passa pas inaperçu pour le principal concerné qui lui offrit un sourire carnassier.

« Je ne connais pas les capacités de tes deux enseignants. Mais la femme ne parait pas aptes au combat et si j'ai bien compris, l'homme est un potionniste. A part Rogue, je n'en connais pas qui soit bon en duel. Mais je connais tes capacités en combat et tu connais les miennes. De plus, je ne doute pas que ces messieurs ne me dénonceront pas pour étouffer l'affaire concernant leur rejeton. Alors Igor, vas-tu prendre le risque de mettre ta vie et celle de tes collègues en danger ? »

Cygnus avait un sourire tordu sur le visage, jubilant sans retenue en voyant l'expression d'Igor se déconfir. Ils avaient combattu ensemble sur les champs de bataille pendant la précédente guerre. Igor avait vu Cygnus à l'œuvre et dans un certain sens, il était bien plus dangereux que Bellatrix ou McNair, pourtant réputé pour leurs talents en duels.

« Alors range cette baguette et réglons ce conflit autrement. »

Tous les yeux des occupants de la pièce fixèrent le poignet de Karkaroff d'où dépassait la pointe de sa baguette. Visiblement, il prenait très au sérieux les menaces de son ancien collègue. Il repoussa la baguette vers l'intérieur de sa manche, mais seulement de quelques centimètres, toujours à l'affût du moindre geste agressif de la part de Cygnus.

« Je n'aime pas quand tu fais ça. » grogna Karkaroff. « Dans ce cas, un blâme chacun avec la conséquence qui s'ensuit. Mr Petrov, c'est votre deuxième blâme, vous serez donc exclu une semaine, de même pour vous Mr Black et de votre fils, Mr Romanov. Mr Annenkov , c'est votre premier blâme, pas de sanction. Mr Andreïev , il s'agit malheureusement de votre troisième blâme, votre renvoi est donc définitif. De plus, vous aurez tous des retenus jusqu'aux vacances d'été, trois par semaine et une le samedi après-midi, celles de Mr Black prendront fin aux vacances de Noël. Enfin, Mr Romanov, Annenkov et Petrov vous verrez vos accès à tout autre dortoir que le vôtre interdit, un sortilège de suivi m'indiquera à tout moment de la journée ou de la nuit où vous vous trouvez et avec qui. Pour finir, vous n'êtes plus autorisé à côtoyer ou discuter avec des élèves plus jeunes que vous jusqu'à la fin de votre scolarité. »

Aucun parent ne protesta, sachant pertinemment qu'ils venaient d'éviter le pire. Ils n'allaient certainement pas rechigner sur cette punition définitivement plus légère que celle qui les aurait attendu devant un tribunal.

« Bien vous pouvez disposer, cherchez vos affaires, votre renvoi est effectif dès maintenant. Mr Black, le vôtre prendra effet demain, je suppose que vous voudrez d'abord voir votre ami à son réveil. J'aimerai m'entretenir avec vous un instant en privé, veuillez rester. »

La salle se vida rapidement et bientôt, il ne resta plus que Karkaroff, Georgiev et Altaïr.

« Nous aimerions aborder quelques points de ce souvenirs que vous nous avez montrer. Trois points me chiffonnent particulièrement. Tout d'abord, si votre blessure à la joue ne vient pas de cette altercation, avec qui vous êtes-vous encore battu ? Et deuxièmement, pourquoi avez-vous l'air persuadé que cette situation est de votre faute ? »

Altaïr se renfrogna sur sa chaise. Il n'aimait pas parler ainsi de sa vie et de son ressenti sur ses problèmes. Cependant le regard déterminé de son directeur le fit rapidement capituler, il attendait visiblement une réponse de sa part. Altaïr finit par soupirer profondément avant de lui répondre.

« Depuis un peu moins d'un mois, je faisais les devoirs de Romanov à sa place. Mais pour son dernier essai de potions, il n'a eu que seize. Ça l'a énervé que la note baisse autant de ses notes précédentes et il m'a frappé.

- Vous voulez dire que vous rédigez les devoirs d'un élève deux ans plus vieux que vous et que vous avez eu un seize ? » s'étonna Georgiev.

Altaïr hocha de la tête.

« J'ai gardé des copies de ces devoirs, pour quand je serai moi-même en quatrième année.

- Autorisez-vous que je demande à un elfe de les chercher pour nous ?

- Ils sont dans mon armoire, dans trois pochettes rouges. Ce sont les seules de cette couleur. »

Très curieux quant à ce fait, Karkaroff s'empressa d'appeler l'un des elfes du château. Une fois les trois grosses pochettes devant lui, il en tendit une à son collègue pendant qu'il en feuilletait une autre. Ces dernières ne contenaient pas que les rédactions de ses dissertations, mais aussi son travail de recherche pour chacune d'elles.

Il était évident que c'était Altaïr qui avait rédigé ces dernières, sinon pourquoi les aurait-il en sa possession. Cependant cela restait difficile à croire pour les deux enseignants. Cet enfant avait déjà un niveau exceptionnel en magie.

« Quelles notes obtenez-vous habituellement, si un seize est décevant ?

- Des dix-neuf ou des vingt. Ça dépend des matières, j'ai plus de mal avec les potions, l'estonien et l'histoire. »

Georgiev était ébahi. Altaïr considérait qu'obtenir un dix-neuf signifiait avoir des difficultés dans une matière, alors cela n'était pas étonnant qu'il vise la perfection dans toutes ses matières. En plus de ça, le garçon continuait de travailler ses propres cours, venait tous les soirs s'entraîner en potions pendant une heure en sa compagnie et avait repris sa vie sociale avec Kaminski et Krum. C'était époustouflant.

« Pourquoi faisiez-vous cela ? » s'interrogea finalement Karkaroff.

Altaïr ne semblait pas être quelqu'un qui se laissait marcher sur les pieds, les derniers évènements et ceux d'un an plus tôt avec le jeune Melnik et sa bande en étaient la preuve. Il semblait préférer la confrontation et les problèmes, plutôt que de se rabaisser devant quiconque.

« Tant que mes notes étaient suffisantes, il promettait de ne pas approcher Lev. Parce que j'ai frappé le cousin de Romanov. » marmonna finalement Altaïr après un long silence.

Les deux adultes comprirent alors toute la situation dans sa globalité. L'année passée, le garçon s'était battu avec Melnik, un cousin éloigné de Mikhaïl. Ce dernier n'avait pas aimé qu'un membre de sa famille se fasse humilier et avait décidé de le venger. Cependant il semblerait que le talent d'Altaïr dans ses leçons l'avait poussé à l'utiliser plutôt que de le passer à tabac ou de le traiter comme un punching-ball.

Karkaroff fronça des sourcils en comprenant que la raison de l'agression du jeune Kaminski n'avait pour cause qu'un seize sur vingt malheureux au milieu d'une série de notes parfaites. C'était si pathétique et regrettable. Mikhaïl Romanov allait définitivement vivre les pires heures de sa vie en retenues, il y veillerait personnellement.

« Que n'avez-vous pas réussi dans ce dernier essai ? » demanda finalement Georgiev, plutôt curieux quant à son « échec » sur cet essai particulier de potion.

« Rien en particulier. J'ai réussi mes recherches et ma prise de notes. Mais je me suis évanouie en écrivant la dissertation et quand je me suis réveillé, je n'avais plus beaucoup de temps pour la finir. Alors j'ai dû bâcler mon travail. »

Altaïr grimaçait en avouant cela. Il était évident pour les deux enseignants que le garçon considérait que négliger un devoir était bien pire que de s'évanouir pour ce dernier. Il avait une façon de penser et de fonctionner bien singulière et cela ne faisait que les surprendre un peu plus, rencontre après rencontre.

« Vous vous êtes évanouis ?

- Je ne dors pas beaucoup, entre mes propres devoirs et ceux de Romanov qu'il me donnait la veille de la date de rendu. »

Georgiev sembla comprendre. Ces pochettes démontraient qu'avant chaque rédaction, Altaïr passait des heures à éplucher des livres et diverses sources, prenant chaque information utile en notes. Si Romanov ne lui les donnait que la veille, alors cela signifiait que l'adolescent passait sa nuit à travailler pour finir avant le début des cours de la journée et rendre ses devoirs à Romanov. Ce mois-ci devait avoir été épuisant pour lui, pas étonnant qu'il disjoncte en réalisant qu'il n'avait pas réussi à protéger son ami malgré ses efforts.

« En sortant d'ici, je vous accompagnerai à l'infirmerie. » décida Georgiev. « Vous avez besoin d'une bonne nuit de sommeil. »

Altaïr hocha de la tête, bien d'accord avec lui.

« J'informerai Mr Romanov que pendant son renvoi, il devra réécrire ses devoirs. Il ferra le reste pendant ses heures de retenus. » décida Karkaroff.

« Au fait, quel est le troisième point dont vous voulez parler, directeur ? » se souvint Altaïr en repensant au début de cette conversation.

« Lorsque nous sommes entrés dans votre souvenir, vous étiez dans votre dortoir. Vous avez entendu du bruit à l'étage inférieur et cela semblait très fort pour vous au vu de votre réaction. Mais personnellement, je n'ai rien entendu et je doute que je sois assez vieux pour atteindre ce niveau de surdité. Georgiev, as-tu entendu ce bruit, toi aussi ? »

Le potionniste sembla hésité à répondre à son supérieur. Visiblement, il n'attendait pas « oui » comme réponse et cela serait immédiatement associé à un mensonge. Il serait alors évident qu'il essayait de cacher quelque chose à propos du garçon à son employeur. D'un autre côté, avoué que lui non plus n'avait rien entendu reviendrait au même, intriguant encore d'avantages Karkaroff au sujet de l'ouïe surnaturelle du garçon. Il était piégé.

« Il n'a rien entendu. » répondit finalement Altaïr à sa place. « Je suis un lycanthrope. »

Georgiev le fixa d'un air ébahi. Il n'en revenait pas que le garçon avait avoué cela à son supérieur, ça ne faisait aucun sens. Il le cachait depuis plus d'un an, de peur de se faire renvoyer de l'école.

Karkaroff resta silencieux longtemps, très longtemps. Il semblait avoir du mal à avaler la nouvelle. L'héritier de Cygnus, lui si fier de son sang, était un loup-garou. C'était si ironique qu'il fallut éclater de rire. Que le karma était beau, il devait tant avoir peur que cela se découvre et qu'il devienne la risée de la société sorcière britannique. C'était certainement pour la même raison qu'il n'avait pas voulu envoyer Altaïr en prison quelques minutes plus tôt. Là-bas, cela se serait forcément remarqué.

« Comment fais-tu pour les pleines lunes ?

- Je les passe dans la forêt. »

Igor fronça des sourcils. Cela ne semblait pas très prudent, pas prudent du tout même. Il avait parfaitement conscience que malgré les interdictions, certains élèves bravaient tout de même l'interdiction. Si l'un deux pénétraient dans la forêt à ce moment-là, alors ils ne pourraient certainement pas échapper au loup. Ce n'était pas pour rien que cette créature effrayait tant de sorciers, leur magie bloquait la plupart des sortilèges et leurs excellents réflexes leur permettaient d'échapper aux rares qui pourraient les blesser. Face à une telle bête, de simples élèves n'avaient aucune chance.

« Si cela vous dérange, je peux les passer dans un cachot, comme je le fais chez moi. »

Il aurait fallut être aveugle pour ne pas voir que ces mots étaient durs à prononcer pour Altaïr. Georgiev ne doutait pas qu'après avoir gouté à la liberté de la forêt bordant l'école pendant plus d'un an, il devait être difficile de s'imaginer retourner dans une cage.

« Altaïr a bu le filtre lunaire, il peut avoir le contrôle du loup. »

Le garçon écarquilla les yeux lorsqu'il réalisa que Georgiev prenait sa défense. Ce n'était pas pour rien que son loup lui disait de ne pas se méfier de lui, l'homme semblait vraiment avoir de bonnes intentions envers lui. C'était plutôt rafraichissant d'avoir un adulte de son côté.

« J'ai croisé deux élèves dans la forêt il y a un mois. J'ai réussi à prendre le contrôle total du corps du loup et je les ai raccompagnés jusqu'au parc. »

Georgiev sembla comprendre que cette incident s'était passé juste avant leur conversation, un mois plus tôt. Altaïr venait d'avoir sa cicatrice sur son visage et il avait parlé d'une bataille contre le loup cette nuit-là, mais sans entrer dans les détails. Georgiev avait eu peur qu'il ait perdu le contrôle du loup et que ce dernier ait essayé de se mutiler, comme le faisait beaucoup de loups-garous. Cependant Altaïr lui avait assuré qu'il était celui ayant provoqué cette lutte et qu'il avait réussi à gagner pendant quelques minutes.

Karkaroff ne posa pas de question sur l'identité des deux étudiants dans la forêt et Altaïr lui en fut reconnaissant, il n'avait pas envie de dénoncer Lev et Viktor. Cependant le directeur n'avait toujours pas l'air très rassuré à l'idée de laisser un loup-garou gambader librement autour de son école.

« Le filtre lunaire ne donne pas le contrôle du loup à l'humain. Il agit sur le long terme, adoucissant petit à petit la personnalité du loup et c'est pourquoi le sorcier peut parfois prendre le dessus sur lui. Plus les années passent et moins le loup est une menace pour les sorciers, puisque plus enclin à la docilité. »

Karkaroff hocha de la tête, pourtant plongé dans ses pensées. Visiblement, il ne savait que penser de cette situation pour le moment.

« Nous verrons cela plus tard, avant votre prochaine transformation. » soupira-t-il finalement.

Altaïr fut rapidement congédié par Karkaroff et comme convenu plus tôt, ce dernier l'emmena à l'infirmerie. Là, Georgiev expliqua la situation à sa collègue qui installa l'adolescent sur le lit voisin de Lev.

Avant de quitter la pièce, Georgiev se rapprocha du garçon qui venait de finir de se changer. Il appuya une main sur son épaule, ignorant son dos raide face à ce geste et s'assura que leurs regards se croisent.

« Mr Black, rien de ce qui est arrivé aujourd'hui n'est de votre faute. Absolument rien. » n'obtenant aucune réponse, Georgiev insista. « Compris ? »

Altaïr hocha difficilement de la tête. C'était évident qu'il ne le pensait pas, mais Georgiev pensait tout de même qu'il était primordial qu'au moins une personne lui le dise.

« Bien. »

Puis, Georgiev quitta l'infirmerie. Altaïr s'allongea sous ses couvertures, attendant que l'infirmière revienne avec une potion de sommeil-sans-rêve. Cependant, il n'en eut pas besoin, déjà profondément endormit lorsqu'elle revint près de lui. Il avait définitivement besoin d'une bonne nuit de sommeil.