30 novembre 1989
Pollux n'avait pas dormi de la nuit. Après l'incident au bal des Malefoy, il avait dû accompagner les Aurors au Ministère avec Narcissa. Cette dernière avait dû fournir la liste des invités à Robards, chef du bureau des Aurors. Il avait dû répartir la liste entre ses employés qui, à leur tour, sont allés interroger les différents convives.
Pollux n'avait quitté le Ministère que tard dans la nuit et depuis, il était installé à la table de sa cuisine, repensant aux derniers évènements.
Les quelques minutes qui suivirent le décès de Cygnus, il avait été sincèrement persuadé qu'Altaïr avait essayé d'assassiner son fils. Mais plus il y pensait et moins il y croyait. Il n'était qu'un enfant, un garçon de treize ans. Il n'avait vécu que ses cinq premières années de vie en temps de guerre, n'était pas habitué aux attentats politiques et encore moins accoutumé à la mort.
Mais Pollux ne savait rien de la vie d'Altaïr, de comment il avait vécu sa vie ou de sa personnalité. Il n'avait qu'une vision romancée, idyllique de son arrière-petit-fils. Il le réalisait maintenant, mais Pollux ne le connaissait pas. Ils étaient des inconnus et cela lui faisait mal. Pollux n'imaginait pas à quel point il ne savait rien d'Altaïr.
Un coucou à l'étage résonna, il était déjà sept heures. Pollux finit sa tasse de café et quitta sa chaise, il devait parler à Altaïr. La veille, il avait renvoyé au Square dès que l'incident eut lieu. Cependant Altaïr avait refusé et avait préféré retourner au manoir de Cygnus, dans sa propre chambre.
Pollux arriva une dizaine de minutes plus tard dans ce qui fut la demeure de Cygnus. Il évita de penser à tout ce que le décès de son fils allait lui refourguer sur les bras. Il allait devoir s'occuper de ses elfes, décidé de ce qu'il ferait du manoir, la gestion de son héritage ou encore de savoir si oui ou non, il allait reprendre la tête de la famille au Magenmagot.
En sortant de la cheminée, Pollux fut surpris de découvrir une petite valise dans le salon. Il trouva Altaïr un peu plus loin, assis en bout de table à la place qu'occupait habituellement Cygnus. Habituellement, il n'en ferait pas grand cas mais dans les conditions actuelles, l'attitude du garçon était déplacée.
Un livre d'arithmancie et un calepin recouvert de notes étaient posés un peu plus loin, aux côtés de l'assiette vide du garçon. Cependant, ce qui surprit le plus Pollux fut la présence de Narcissa qui était debout devant le garçon. Elle était en train de poser un long pansement sur le visage du garçon, masquant une balafre qui partait du front du garçon, coupait son sourcils gauche, barrait sa paupière et se terminait sur le haut de sa pommette et qui croisait celle faite par son loup quelques semaines plus tôt.
« Altaïr, je ne sais pas si tu pourras un jour revoir de cet œil. » avoua Narcissa d'un air terriblement désolé. « Mais les chances ne sont pas nulles, je dirai une chance sur cinq, peut-être six. Au moins, la blessure ne s'est pas infectée. » soupira-t-elle en tentant d'être optimiste.
Altaïr hocha sèchement de la tête. Il caressa pensivement des bouts du doigt le pansement, il s'attendait déjà à ce type de diagnostic. Cygnus savait parfaitement comment doser ses sorts et lesquels pouvaient être soignés ou non. Un peu plus de magie et sa tête aurait été coupée en deux, un peu moins et le sort n'aurait même pas traversé sa paupière. Un simple Diffindo et Narcissa aurait pu le rendre comme neuf. Mais Cygnus avait lancé un sort de magie noire que même lui ne connaissait pas, quelque chose comme « Sectamsimpra » ou « Sectumsempra ». Altaïr ne savait plus, il n'était pas vraiment conscient à ce moment-là.
S'il voulait que ça atteigne son œil, alors il n'y aurait que peu de chance que ce scénario sur cinq se produise. Pourtant, Altaïr tenta de rester positif, l'homme lui avait déjà fait subir bien pire et il avait toujours guéri plus ou moins miraculeusement.
Narcissa s'excusa peu de temps après, laissant les deux hommes seuls. Elle prit toutefois le temps de donner quelques potions et baumes à Altaïr, lui expliquant comment et quand les prendre.
Après son départ, le garçon rangea le calepin d'arithmancie dans l'une de ses poches et referma son livre, sans oublier d'y glisser un marque-page. Deux elfes apparurent alors que Pollux s'assit à droite du garçon, l'un pour débarrasser la table et la nettoyer, l'autre pour lui proposer un thé.
« Tu as fait ta valise ?
- Oui, le directeur Karkaroff m'attend à huit heures dans son bureau. »
Pollux fronça des sourcils. Avec tout ça, il avait oublié qu'Altaïr n'avait été exclu qu'une seule semaine de Durmstrang. Il avait naïvement pensé que le garçon avait préparé quelques affaires pour venir vivre au Square Grimmaurd avec lui.
« Est-ce que tu veux que je t'accompagne ? Je devrai certainement me présenter à ton directeur. »
Altaïr haussa des épaules, il n'avait pas l'habitude d'avoir un adulte essayant de s'impliquer dans sa scolarité à ses côtés. Il avait conscience que Pollux avait très certainement des doutes à ses propos, mais il n'aborderait pas le sujet en premier. Ce serait stupide de sa part, il ne voulait pas faire fuire Pollux et se retrouver à devoir vivre chez les Malefoy.
Altaïr regarda sa montre, il lui restait une demi-heure avant de partir. Pollux fronça des sourcils en la voyant, il avait espéré que Cygnus ait eu tort. Que peut-être, il lui avait dit qu'Altaïr jetterait sa montre pour le blesser. Pollux soupira, il allait devoir trouver une meilleure idée pour Noël.
« Tu n'aimes pas la montre que je t'ai offerte ? »
Altaïr regarda son poignet avant de lui répondre.
« Je n'aime pas l'argent. » sourit-il simplement.
Altaïr quitta la table pour rejoindre le salon. Il rangea son livre dans sa malle et vérifia une dernière fois qu'il n'avait rien oublié. Pollux s'installa dans un fauteuil, sa tasse de thé toujours à la main.
« Je vais aller à Gringotts cette après-midi pour lire le testament de Cygnus, puis j'irai au Ministère pour demander ta garde. Je peux voir avec Karkaroff si tu veux venir avec moi ?
- Je sais déjà que Cygnus ne m'a rien laissé. » répondit Altaïr après une minute de réflexion.
« Altaïr, veux-tu au moins que je demande ta garde ? » soupira le Pollux en posant sa tasse vide sur la table basse.
Altaïr releva un regard blessé vers lui, visiblement il n'avait pas interprété sa question de la bonne manière. Pollux ne lui disait pas qu'il hésitait, bien au contraire. Mais il ne voulait rien faire sans le consentement du garçon, il avait parfaitement conscience que ce n'était pas la situation idéale que vivre avec son arrière-grand-père qu'Altaïr ne connaissait qu'à peine. Aller vivre chez les Malefoy ou toute autre famille éloignée devait paraître bien plus plaisant, avec des adultes ayant l'âge d'être ses parents et avec un autre enfant à ses côtés.
« Vous hésitez maintenant que vous réalisez que je ne suis pas l'enfant idéal que vous avez fantasmé toutes ses années. »
Ce n'était pas une question, Altaïr en était certain. Sentant que la conversation lui échappait, Pollux s'empressa de le détromper.
« Non Altaïr, je te demande simplement si tu veux vivre avec moi ? Si tu dis oui, alors ce sera avec plaisir que je t'accueillerai au Square. Sinon, j'essayerai de faire le plus parti de ta vie désormais. Je veux une réponse sincère. »
Le garçon le regarda avec espoir, comme s'il n'osait pas croire à ses paroles. En dehors de Walburga, Euphemia ou Fleamont, Altaïr avait parfaitement conscience d'avoir été un poids pour ses tuteurs. Bien qu'Ignatus l'ait aimé, Altaïr n'était pas dans ses plans et lui était tombé sur les bras du jour au lendemain, James n'avait jamais caché vouloir se débarasser de lui le plus vite possible et ne parlons même pas de Cygnus.
Alors voir ce sorcier lui promettre une meilleure vie, un monde où il serait désiré et choyé, il n'arrivait juste pas à y croire. Mais Pollux ne détourna pas le regard, voulant lui faire comprendre que jamais il ne reviendrait sur cette proposition. Et alors, Altaïr se mit à vouloir le croire, lui faire confiance. Il hocha de la tête, il voulait vivre avec Pollux.
« Oui. » dit-il à voix haute, comprenant que Pollux attendait une réponse orale.
Il sourit, lui faisant comprendre que c'était la décision qu'il attendait de la part d'Altaïr.
« Parfait, nous déménagerons tes affaires au Square pendant les vacances de Noël. »
Altaïr le dévisagea étrangement avant d'acquiescer. Ce serait la première fois en cinq ans, c'était étrange de penser que quelqu'un attendrait son retour de Durmstrang, cette année.
Ayant fini de vérifier ses affaires, Altaïr referma sa valise, enfila son manteau par-dessus son uniforme et s'apprêta à rejoindre Durmstrang par cheminette. Pollux se leva à son tour, s'approchant du garçon qu'il prit dans ses bras un long moment. Comme les fois précédentes, Altaïr resta droit contre lui sans lui rendre son étreinte, pourtant Pollux aurait juré qu'il était moins tendu que quelques mois plus tôt.
Lorsqu'il le relâcha, Altaïr prit une profonde inspiration et osa enfin poser la question qui l'intriguait tant depuis des mois.
« Pourquoi êtes-vous parti en Colombie ? »
Pollux se gratta la nuque d'un air gêné. Il ne pensait pas aborder la question aussi rapidement.
« Il y a vingt ans, j'ai eu quelques problèmes avec la justice. J'ai fui pour lui échapper. » Pollux soupira, il ne voulait rien cacher au garçon. « J'ai attendu qu'il y ait prescription et que personne n'ait porté plainte entre temps pour revenir, le délai a été dépassé cet été, alors je suis rentré. »
Altaïr accepta la réponse. Il ne s'attendait à rien de particulier, il voulait juste savoir la vérité.
« En exil, je vivais isolé du monde, personne ne pouvait me joindre ou me retrouver. Ce n'est qu'en quittant mon refuge et en rejoignant Bogota que j'ai reçu toutes les lettres et les journaux qui m'avaient été envoyés, ces vingt dernières années. Je suis toujours en train de rettraper toute cette lecture. » rigola Pollux, avant de rapidement s'assombrir. « C'est là que j'ai appris pour ta naissance, la fin de la guerre et l'emprisonnement de ta mère et des autres membres de la famille, des décès de mon cousin Arcturus, de Walburga, d'Orion. »
Altaïr se crispa à leur mention, il en voulait toujours à l'homme de ne pas avoir été présent pour sa grand-mère. Il comprenait la situation de Pollux et acceptait ses excuses, mais ne le pardonnait pas pour autant.
« Je ne vais pas te dire que si j'avais su, je serais rentré. Parce que je ne le savais pas et que personne ne saura jamais si je serai réellement venu. Mais une chose est certaine, il n'a jamais été dans mes habitudes d'abandonner ainsi ma famille, alors Altaïr, je ne t'abandonnerai plus. »
Un long silence s'installa dans le salon. Pollux essayant de transmettre tous ses bons sentiments et ses regrets à son arrière-petit-fils et ce dernier, hésitant entre croire à ses paroles ou bien à se refermer comme à son habitude sur lui-même. Finalement, il offrit l'un de ses rares sourires à l'homme et Pollux sembla complètement se détendre. Il avait bien cerné le garçon et son comportement froid, alors il comprenait parfaitement ce que ce petit sourire voulait dire.
« Il y aura une réunion parents-professeurs en février, tu pourras rencontrer mes professeurs à ce moment-là. »
Pollux fronça des sourcils, ne comprenant pas d'où venait cette déclaration. Mais il repensa alors à sa première question, lorsqu'il demandait à Altaïr s'il souhaitait être accompagné. Pollux laissa donc son pupille rejoindre Durmstrang seul, sa petite valise à la main et un lourd manteau posé sur ses épaules. Pollux songea distraitement que l'uniforme de Durmstrang était bien plus classe que celui qu'il portait à Poudlard, il en était presque jaloux.
Lorsqu'Altaïr arriva dans le bureau de Karkaroff, ce dernier était déjà assis derrière son bureau et une pile de paperasses devant lui. Igor l'observa calmement épousseté la cendre de ses vêtements. Ce ne fut que lorsque le garçon s'apprêta à quitter le bureau qu'il le retint.7
« J'ai appris pour Cygnus, toutes mes condoléances. »
Ce n'était pas sincère et il ne le cachait pas. Karkaroff savait très bien que malgré les négations d'Altaïr, Cygnus le maltraitait. Le garçon ne devait donc pas réellement avoir envie d'entendre quelqu'un regretter la mort de cet homme.
Altaïr se tourna finalement vers lui, un rictus au bord des lèvres et c'est alors que Karkaroff réalisa soudainement l'état du garçon. Une semaine plus tôt, il n'avait pas le bras en écharpe, n'avait pas de pansement aux visages, ni de bleus au cou et ce n'était que ce qu'il pouvait voir, par-dessus ses vêtements. Karkaroff n'eut aucun doute sur la provenance de ses blessures, le faisant grincer des dents.
« Je dois avouer que de votre part, je me serais attendu à des félicitations. » plaisanta le garçon avant de reprendre sa route.
Cependant il fut une nouvelle fois stoppé par Karkaroff.
« Pourquoi n'avoir rien dit ? Pourquoi l'avoir protégé aussi longtemps ? »
Karkaroff n'en revint pas lui-même d'avoir osé poser cette question, alors l'expression ahurie de l'adolescent ne le surprit pas.
« Parce que je ne vous fais pas confiance. » déclara-t-il comme une évidence. « Même quand ça se passait dans votre propre école, vous n'avez rien vu ou si c'est le cas, vous n'avez rien fait pour l'arrêter. »
Karkaroff fronça des sourcils. Il ne comprenait pas ce que sous-entendait le garçon, parlait-il de la baffe que Cygnus lui avait donnée l'année passée devant toute l'école ? Il n'en avait pas la moindre idée.
« Pardon ?
- L'année dernière, à la fin des réunions avec les professeurs, Cygnus m'a emmené dans mon dortoir. Il m'y a lancé deux sorts de brise-os sur la main, m'a lacéré le dos avec des sorts de fouet, m'a déchiqueté une jambe avec un Expulso et m'a jeté trois Doloris. Je me suis évanouie et je sais que ça ne l'a pas arrêté parce le lendemain, quand j'ai dû me soigner seul dans la salle de bain, j'avais d'autres blessures qui ne venaient pas de ces sorts-là. Tout ce qu'il a fait, c'est de me lancer un glamour et me laisser retourner en classe dans cet état. »
Altaïr planta son regard dans celui de son directeur. Il n'aimait pas la pitié et la culpabilité qu'il y lisait. C'est justement pour ça qu'il n'en avait jamais parlé à personne avant ce jour, Altaïr ne voulait faire pitié à personne. Alors il resserra sa prise sur sa valise, replaça son masque d'indifférence sur son visage et marcha droit vers la sortie, laissant Karkaroff toujours sous le choc derrière lui.
Ce ne fut que lorsque la porte du bureau claqua avec force qu'Igor revint à lui. Il venait de comprendre que les félicitations qu'Altaïr avait souhaité recevoir sur le ton de la plaisanterie n'étaient pas pour sa liberté regagnée par hasard. Mais pour avoir réussi à avoir cette liberté par ses propres moyens, sans leur aide à lui, son équipe enseignante ou quelconque autre adulte. Altaïr avait échappé aux maltraitances de Cygnus par lui-même.
Karkaroff ne put que soupirer, attirer une bouteille de whisky pur-feu à lui et sans même prendre la peine de se servir d'un verre, il but quelques longues goulées d'alcool. Plus il connaissait le garçon Black et moins Igor arrivait à savoir si c'est un avenir brillant qui l'attendait ou si au contraire, il deviendrait un véritable cauchemar. Qu'il avait hâte qu'Altaïr quitte son école pour retourner en Angletterre.
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Altaïr passa sa matinée de cours normalement, bien que sentant les regards de ses camarades le suivre peu importe ce qu'il faisait. Visiblement, des rumeurs s'étaient vite répandues à travers le château malgré que l'affaire fut éttouffée par le directeur. Il y avait eu trop de témoin de la chute par la fenêtre de Romanov ainsi que de son transfert vers l'hôpital.
Cependant, Altaïr fut bien plus perturbé par le fait que dans l'histoire, les élèves étaient de son côté. Certes, ils le fixaient tous avec crainte, mais aucun ne lui semblait directement hostile. C'était étrange pour lui qui quelques semaines plus tôt, entendait ses camarades se moquer de lui dans son dos.
Ce ne fut qu'au repas de midi qu'il revit ses amis. Terminant à 12h30 le lundi, il arriva une demi-heure après Lev et Viktor au réfectoire. Il les repéra tout de suite dans la foule et s'approcha d'eux. Altaïr tapota l'épaule d'une fille qu'il ne connaissait pas mais qui était assise en face de ses deux amis qui le fixait stupidement, comme s'ils ne revenaient pas de le voir.
Lorsque la fille se tourna vers lui, il n'eut qu'à lui souffler un autoritaire « bouge de là » pour qu'elle quitte sa place avec deux amies. Elles allèrent s'asseoir un peu plus loin, le visage rouge de gêne. Visiblement, elle aussi avait entendu les rumeurs à son sujet.
« Wouaw, quelle autorité ! » se moqua gentiment Viktor.
Altaïr lui répondit par un doigt d'honneur, se servant déjà une assiette bien remplit. Il dut heureux qu'aucun d'eux ne parle de ses blessures et agisse comme si rien ne s'était passé. Comme si la semaine précédente ne s'était jamais déroulée et qu'Altaïr n'avait jamais quitté l'école.
Ce jour-là, un sourire en coin ne quitta pas ses lèvres bien que cela ne lui ressemblait pas, heureux d'avoir ses deux amis à ses côtés.
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14 décembre 1989
Après deux semaines d'hospitalisation et une semaine d'exclusion, ce ne fut que deux semaines après son retour à Durmstrang qu'Altaïr revit Romanov. Il le croisa au détour d'un couloir alors en compagnie de Viktor et contrairement à ce qu'il avait imaginé, Altaïr ne reçut aucune remarque de sa part. Le russe se contenta de baisser le regard et de continuer sa route, comme s'il n'existait pas.
« Il faut vraiment que tu commences à écouter parler à d'autres personnes que Lev ou moi. Ou au moins écouter les rumeurs qui te concernent. » soupira Viktor en voyant sa surprise face à ce comportement.
« Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Depuis que t'as cassé la gueule à Romanov, les élèves ont commencé à parler entre eux et on s'est rendu compte que tu n'étais pas le seul qu'il intimidait. Des dizaines de personnes ont raconté ce qu'il leur faisait subir, aussi bien par des moqueries que par des passages à tabac totalement gratuits. Il y a même deux garçons, un de sa classe et un autre en première année, qui ont eu le courage d'avouer qu'il les a forcés à les sucer dans les vestiaires du terrain de Quidditch. »
Altaïr posa un regard surpris à son ami, mais aussi dégoûté. Il n'en revenait pas que ce connard avait réussi à s'en tirer aussi longtemps avec tout ce qu'il avait fait. Le pouvoir de sa famille avait vraiment bien réussi à museler les professeurs et ses camarades. S'en était dégoûtant.
« Une fille de sa classe a même raconté qu'avant que ce soit toi qui ne les fasse, c'est elle qui devait faire tous ses devoirs et qu'étant toujours assise à côté de lui, elle devait le laisser recopier à tous les contrôles. Tout le monde pense que sans elle et toi, il va rater son année et devoir partir à la fin du mois lorsqu'il aura des zéros partout à ses examens finaux. » se moqua Viktor.
Cependant, Altaïr pensait autrement. Bien que n'ayant visiblement plus la même influence sur l'école qu'auparavant, il était évident que sa famille ne le laisserait pas les humilier. Déjà que son père avait voulu faire étouffer l'affaire avec lui et Lev, Altaïr ne doutait pas qu'il interférait forcément avec ses résultats scolaires. Ce ne serait pas le seul à le faire, beaucoup de parents faisaient ça ici, bien que tous ne pouvaient pas se le permettre. Le plus bel exemple était Viktor Krum lui-même, Karkaroff étant son parrain, Altaïr ne l'ayant appris que très récemment. C'est pourquoi malgré ses mauvaises notes, Viktor parvenait toujours à passer au semestre supérieur « de justesse ».
« Donc ça fait trois semaines que tout le monde a bien eu le temps de déballer sur son dos et de comprendre que personne ne l'aime vraiment. Alors on a tous plus ou moins décidé d'aller lui dire se faire foutre et qu'on ne s'écrasera plus devant lui. »
Altaïr comprenait enfin pourquoi est-ce que tout le monde le fixait comme une sorte de héros local. Pour les autres victimes de Romanov, il était le garçon qui avait enfin mis le coup de pied dans la fourmilière dont ils avaient tant besoin. Il était celui qui avait initié ce mouvement de révolte.
« Maintenant on l'appelle pool pall, ça veut dire demie-couille en estonien. Comme tu lui as coupé la bite et une couille et demi, on s'est dit que ça lui allait bien, même s'il lui en ont remis des nouvelles à l'hôpital. » se moqua Viktor. « Enfin, ça fait encore débat. Il y en a pas mal qui préfère yevnukh, ça veut dire eunuque en russe. »
Et alors, Altaïr éclata de rire. Au oui, que ça soit yevnukh ou pool pall, les deux lui allaient très bien.
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22 décembre 1989
Lev et Viktor furent surpris de voir Altaïr descendre sa malle et la déposer avec celles des autres deuxièmes année. Des elfes viendraient plus tard pour les emmener au bateau. L'année précédente, il était resté au château pour les fêtes de Yule et n'avait pas caché qu'avec sa famille, il ne fêtait pas vraiment cette fête.
« Tu rentres pour les vacances ? »
Altaïr hocha de la tête.
« Mon arrière-grand-père veut que je sois à la maison. On doit déménager mes affaires de l'ancien manoir au nouveau. »
Les deux Bulgares froncèrent des sourcils, ne comprenant pas du tout ce dont Altaïr parlait. Ils le lui firent rapidement comprendre et cela les choqua d'autant plus lorsque leur ami leur répondit simplement :
« Je ne vous l'ai pas dit ? Cygnus est mort et je vis avec Pollux maintenant. »
Puis, il laissa les deux garçons en plan, se dirigeant vers le bateau, se mêlant au flux des autres élèves. Lev et Viktor se précipitèrent à sa suite, lui criant de leur donner plus d'explication.
« Attends, mais de quoi tu parles ? » s'exclamait Lev.
« Putain mais quoi ? » s'époumonait Viktor, qui se prit une pichenette de la part de l'autre pour le langage vulgaire.
Et devant eux, Altaïr continuait de marcher, le regard brillant d'amusement.
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23 décembre 1989
Altaïr prit une profonde inspiration avant de pénétrer l'âtre de la cheminée. Pollux avait décidé de déplacer ses affaires du manoir de Cygnus au 12 Square Grimmaurd le plus tôt possible. C'est donc le lendemain de son arrivée en Angleterre qu'il avait programmé le déménagement. Pollux avait déjà déplacé pas mal des biens de son défunt fils, comme le contenu de sa bibliothèque, des biens familiaux ou les dossiers de son bureau.
Le lycanthrope n'aimait pas penser à son passé auprès de Cygnus et retourner dans le manoir où il avait vécu les pires années de sa vie le perturbait beaucoup. Altaïr avait imaginé qu'après son décès, il oublierait tous ses traumatismes. Mais c'était l'inverse qui s'était produit. Altaïr avait encore plus de cauchemars que quelques mois plus tôt, ses phobies s'étaient accentuées et le poids du meurtre de l'homme pesait douloureusement sur son mental.
Il avait caché cela à Pollux du mieux qu'il le put. C'est pourquoi il l'avait laissé rejoindre le manoir en premier, prenant ainsi le temps de se ressaisir et de retrouver son calme. Debout au centre de l'âtre, Altaïr serait douloureusement sa main remplie de poudre de cheminette. Quelques grains verts tombaient à ses pieds, faisant crépiter quelques flammes indolores autour de lui.
L'adolescent prit une profonde inspiration, se recomposa une expression calme et énonça sa destination. Malgré son insensibilité apparente, sa voix tremblante trahissait le tumulte de ses émotions.
« Manoir de Cygnus Black, Midlands de l'Ouest. »
Aussitôt, il fut happé dans un tourbillon de flammes et quelques secondes plus tard, il atterrissait au centre du salon de Cygnus qu'il connaissait si bien. Pollux l'attendait un peu plus loin, au pied des escaliers menant aux étages supérieurs. Lorsqu'il le vit, le vieil homme commença à grimper vers sa chambre, Altaïr le suivit en silence, cachant ses mains tremblantes dans ses poches.
Ce ne fut qu'une fois dans son ancienne chambre qu'il se sentit plus à l'aise. Comme autrefois, cette pièce le calmait et lui procurait un sentiment de sécurité. Altaïr observa son nouveau tuteur qui sortait de ses poches plusieurs malles et cartons qu'il agrandissait au fur et à mesure d'un coup de baguette.
« As-tu besoin d'aide ? »
Altaïr nia de la tête. Il n'aimait pas qu'on touche à ses affaires, bien que rien de très personnel ne soit présent ici. Pollux soupira, visiblement il prenait ce refus personnellement, comme si Altaïr refusait de le voir s'immiscer dans sa vie. Cependant il était bien loin du compte.
« Puis-je alors au moins te tenir compagnie ? »
Altaïr ne répondit pas immédiatement, pesant le pour et le contre. Finalement, il décida qu'il préférait ne pas être seul ici, ayant bien trop peur de se replonger dans ses douloureux souvenirs.
« Oui, ça ne me dérange pas. »
Pollux lui offrit un sourire chaleureux qui mit Altaïr mal à l'aise. Il avait toujours un peu de mal à voir cet homme si semblable à Cygnus agir aussi différemment de lui. Pollux s'assit sur son lit et comme quelques mois plus tôt, il observa l'adolescent remplir ses malles, bien que la dernière fois, c'était en prévision de son départ pour Durmstrang.
Altaïr n'avait plus beaucoup d'affaires ici, il en emportait la plupart chaque année à son école. Il n'aimait pas l'idée que Cygnus puisse fouiller sa chambre et en jeter certaines pour l'ennuyer. Ce fut seulement lorsqu'il eut vidé son armoire et qu'il commençait à ouvrir les tiroirs de son bureau que Pollux rompit le silence de la pièce.
« Altaïr, je ne sais pas si c'est le bon moment pour en parler, mais nous devons aborder ce sujet un jour ou l'autre, alors autant le faire maintenant. »
Altaïr ne se retourna pas, faisant toujours dos à son lit mais il cessa tout de même de bouger, signe qu'il était attentif. Ses doigts se crispaient et décrispaient frénétiquement autour des plumes qu'il tenait en main. Elles finirent par se briser sous la pression, et Pollux reprit la parole comme s'il s'agissait d'un signal de départ.
« L'enquête sur la mort de Cygnus a été classée sans suite. Il est évident qu'il a été empoisonné, mais les analyses ne peuvent nommer le poison l'ayant tué. Les experts ont trouvé des traces de laurier rose dans une coupe de champagnes que les elfes ont débarrassée. Mais la substance était mélangée à une autre, inconnue aux sorciers du département des Mystères. »
Altaïr faisait toujours dos à Pollux, préférant ne pas voir son expression. Sa voix était terriblement neutre et l'adolescent n'arrivait pas à savoir s'il s'agissait d'accusations, de remontrances ou juste d'un exposé impersonnel.
« Je ne vais pas te demander si c'est toi qui l'as tué ou encore pourquoi tu as fait cela. Nous connaissons tous deux les réponses à ces questions, bien que je ne connaisse pas tous les détails. Je voudrais juste savoir ce qui a tué mon fils. »
Altaïr tritura quelques minutes les plumes brisées qu'il tenait toujours. Il ne savait pas quelle réponse fournir à Pollux. Il n'avait aucune idée du nom du poison, son origine ou même les effets qu'il était censé avoir avant de le donner à Cygnus. Altaïr avait agi stupidement, il le réalisait désormais et s'en mordait les doigts.
Le lycanthrope prit finalement une profonde inspiration et fit face à Pollux. Il plongea son regard dans le sien, mais le détourna bien rapidement, ne pouvant le supporter. Altaïr prit finalement sa décision, il serait honnête avec l'homme.
« Je n'en sais rien. » Pollux sembla vouloir lui dire d'arrêter de nier les faits, mais Altaïr l'en empêchant en développant sa pensée. « Je l'ai acheté à … une connaissance qui me l'a conseillé. Je ne connaissais pas ce poison avant. »
Pollux soupira de dépit et frotta ses yeux de son pouce et de son index. Savoir qu'Altaïr avait fait aussi aveuglément confiance à quelqu'un pour un acte aussi délicat, c'était très irresponsable de sa part. Si les choses avaient mal tourné, Altaïr aurait pu avoir de gros ennuis.
« Est-ce que tu réalises le risque que tu as pris en agissant à l'aveugle de cette façon. »
Altaïr reprit le rangement de ses affaires, sans relever la pic de Pollux, il était vexé de se voir traiter comme un enfant irréfléchi. Flamel n'avait aucune raison de le piéger, s'il voulait lui nuire, il y avait bien plus rapide que de lui vendre un poison défectueux. L'immortel aurait simplement pu le dénoncer en tant que lycanthrope non-recensé aux médias ou au Ministère. Il y eut aussi la contamination volontaire de Cygnus avec la Dragoncelle ou la planification d'une seconde tentative de meurtre. De plus, sa part lupine le poussait à faire confiance au couple Flamel, et Altaïr croyait en l'instinct de son loup.
Pollux ne reprit pas la parole pour s'excuser de ses accusations ou pour tenter de lui demander plus de détails. Il observait simplement son descendant ranger frénétiquement ses affaires.
Ce fut finalement Altaïr qui craqua en premier, jetant un dernier classeur dans sa malle. Il ne se tourna pas vers Pollux, préférant commencer à ranger les livres de sa bibliothèque à la place.
« Je savais ce que je savais. Je sais des choses sur lui et il sait des choses sur moi. Me donner un produit défectueux lui aurait nuit autant qu'à moi. Et mon instinct me soufflait que cette poudre rose était parfaite et mon instinct ne se trompe jamais. J'ai eu le temps d'y réfléchir, longtemps. Je n'ai pas agit stupidement. »
Pollux laissa échapper un bruit de gorge ressemblant fortement à un grognement de mécontentement. Visiblement, il n'était pas d'accord avec sa dernière affirmation. Pour lui, planifier la mort d'un homme, de son propre fils qui plus est, était très stupide.
« Depuis combien de temps planifiais-tu ça ? »
Altaïr hocha des épaules.
« Je ne sais pas, des semaines, des mois, peut-être même des années. J'ai toujours su que ça finirait par la mort de l'un de nous deux, mais ce n'est que depuis août, que j'y ai réfléchi plus sérieusement. Quand j'ai eu le poison.
- Depuis août… » songea Pollux. « Est-ce que mon arrivée dans vos vies à un lien avec ta décision. » pâlit-il.
Altaïr nia, désormais de profil par rapport à Pollux. Lui faisant parfois dos pour placer des livres ou des bibelots dans un carton.
« Non… ou oui, je ne sais pas. J'ai déjà essayé une fois, d'empoisonner Cygnus, quand j'étais petit encore. Mais il est juste tombé malade. Je l'aurai fait, un jour ou l'autre, parce que c'était un enfer de vivre avec lui. Même Azkaban paraît plus sympa. » ricana-t-il amèrement.
« Mais je suis là désormais. Si tu m'en avais parlé, on aurait trouvé une solution pour que tu puisses vivre avec moi sans passer par là. » s'insurgea Pollux, se dressant sur ses jambes sous le coup de l'émotion.
Altaïr réagit à sa colère en lui faisant enfin face, droit comme un piquet devant lui, le regard emplit de rancune et un doigt accusateur poussant contre la poitrine de l'homme.
« Oui, c'est vrai ! Vous êtes arrivés de nul part, vous avez envahi nos vies, vous avez bousculé le quotidien de Cygnus, vous l'avez fait craindre pour son poste de Lord Black, vous l'avez contredis, traité comme un enfant, comme s'il avait encore tout juste vingt ans et pas cinquante ! Vous avez pourri son quotidien et ce n'est certainement pas à vous, son père qui le terrifiait, qu'il allait le dire ! »
Pollux recula d'un pas, butant contre le lit. Ses yeux étaient écarquillés, jusqu'alors inconscient de l'effet de sa présence sur son propre fils. Mais Altaïr ne se démonta pas face à l'air perdu de l'homme.
« Ce n'est pas sur vous qu'il défoulait sa frustration, c'était sur moi. C'est moi qui passait plus de temps dans la cave que dans ma chambre, obligé de rejoindre en sang ma chambre parfois au milieu de la nuit pour me soigner seul parce que les elfes ont interdiction de m'aider. C'est moi qui était exposé par Cygnus devant vous comme un trophée, muselé par les menaces et obligé de vivre caché sous une multitude de glamours. Et c'est toujours moi qui subissait les Doloris à chaque fois que vous le mettiez de mauvaise humeur. J'ai vécu dans la peur et la douleur toute ma vie, mais depuis votre retour au pays, c'est juste devenu l'enfer ! »
Altaïr respirait rapidement, son visage rougit par sa tirade et le manque d'air. C'était bien la première fois qu'il se laissait emporter devant l'homme et il ignorait encore lequel des deux en était le plus surpris.
« Je ne pouvais pas vous en parler, ni même à personne d'autre, parce que j'étais terrifié à l'idée que vous le confrontiez encore une fois à ses erreurs. Parce que je savais qu'un jour ou l'autre, je finirai bien par être seul avec lui et alors, ce serait peut-être l'heure de ma mort. Je ne voulais pas de votre aide ou de votre pitié, parce que ça n'aurait été que plus de problème pour moi. » craqua finalement Altaïr, sa voix se brisant.
Pourtant, il ne pleura pas. Il refusait de se laisser aller devant quiconque, c'était hors de question. Pollux assimila lentement ses propos et le temps semblait comme figé entre eux. Altaïr ne sut combien de minutes se passa entre la fin de sa tirade et le moment où Pollux s'approcha de lui pour le serrer contre son torse. Mais il s'en fichait comme d'une guigne, il se fichait de tout à cet instant.
Il se tendit dans l'étreinte, son corps réagissant instinctivement. Pourtant, son esprit fondit complètement, cela était étrangement apaisant d'être ainsi serré contre quelqu'un, entendre son cœur battre et son souffle se perdre par-dessus son épaule. Altaïr avait l'impression d'être enfin à sa place, d'avoir quelqu'un qui ne le jugerait jamais, essayant simplement de le comprendre du mieux qu'il le puisse.
Altaïr découvrit alors qu'il aimait cette sensation et cela l'apaisait autant que le terrifiait. Il était terrifié à l'idée de perdre Pollux, de se faire rejeter un jour ou de ne pas réussir à lui faire comprendre à quel point il l'aimait déjà, malgré qu'ils ne se connaissent qu'à peine.
Altaïr se promit alors d'essayer de faire des efforts pour ne plus blesser Pollux, pour être sage et ne pas lui donner une raison pour l'abandonner, comme tous les autres Black.
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26 décembre 1989
Comme à chaque période de Yule, un bal regroupant toute l'aristocratie anglaise était organisé au Ministère. C'était la première fois qu'Altaïr y participait, cependant il n'était pas stressé pour autant. Pour lui, toutes les réceptions et soirées de ce genre se ressemblaient.
C'est pourquoi il était installé près d'un pylône comme à son habitude, une coupe de jus de clémentine à la main, ça changeait du jus de citrouille. Les Black étant une famille très importante dans ce pays, Pollux et lui étaient arrivés parmi les premiers invités. Depuis, Altaïr observait les sorciers passer les grandes portes de la salle une par une, attendant avec un mélange d'impatience et d'anxiété que la famille Lovegood ne fasse leur entrée.
Cependant, sa surprise fut grande lorsque ce ne fut pas la famille blonde qui ouvrit la porte cette fois-ci, mais des visages qu'il connaissait tout aussi bien. Les familles Kaminski et Krum venaient de pénétrer dans la pièce, observant les alentours et les hauts plafonds richement décorés pour l'occasion.
Altaïr fut poussé dans le dos par Pollux qui venait d'apparaître à ses côtés en leur direction. Il ne fallut qu'un regard vers le sorcier pour que le lycanthrope comprenne que l'initiative d'inviter des étrangers ici venait de lui. Pollux avait rencontré ses amis quelques jours plus tôt à sa sortie du bateau à Copenhague. Visiblement, il ne voulait pas perdre de temps pour apprendre à mieux les connaître.
« C'est une partie de mon cadeau, la suite viendra demain. J'espère que ça te plaît plus que ma montre à ton anniversaire. » sourit Pollux qui avait évidemment remarqué le bijou au poignet de Lev, lorsqu'ils s'approchèrent d'eux.
« Oui, je pense que je préfère. »
« Bonsoir. » salua Altaïr en arrivant à leur hauteur. « Pollux, je te présente Mr et Mrs Kaminski, les parents de Lev ainsi que Mr et Mrs Krum, les parents de Viktor. Mesdames, Messieurs, voici Pollux Black, mon arrière-grand-père. » présenta-t-il.
Rapidement, les adultes congédièrent les enfants et Altaïr emmena ses deux amis près d'un buffet pour leur offrir à boire. Ces derniers regardaient partout, découvrant les lieux et les personnes qui s'y mouvaient. Certains dansaient un peu plus loin sur la piste de danse, d'autres discutaient joyeusement un verre à la main et quelques enfants couraient entre les jambes de leurs parents. Mais de tout ça, Lev et Viktor y étaient habitués depuis leur plus jeune âge. La grande nouveauté pour eux était d'entendre uniquement parler anglais autour d'eux, ils réalisaient que malgré leurs cours dans cette langue, ils n'étaient pas aussi doués qu'ils l'imaginaient.
« Je ne m'attendais pas à vous voir ici. »
Lev et Viktor échangèrent un regard surpris.
« Il a dit que l'idée de nous inviter venait de toi.
- Ça lui ressemble. » s'amusa Altaïr, comprenant que Pollux avait amadoué ainsi ses deux amis et leurs parents.
Altaïr discuta tranquillement avec ses amis des premiers jours de leurs vacances pendant un long moment. Ce ne fut qu'une heure plus tard, qu'il interrompit se retira de la discussion pour faire signe à Venus Lovegood de venir vers eux. Celle-ci se dandinait d'un pied à l'autre à une dizaine de mètres d'eux, ne sachant visiblement pas si elle pouvait l'approcher aujourd'hui.
« Les gars, je vous présente Venus, une amie. Venus, voici Lev et Viktor, ils vont à Durmstrang avec moi. »
Altaïr parlait lentement pour que ses amis puissent comprendre ce qu'il disait. Les deux garçons saluèrent la jeune fille dans un anglais à couper au couteau, ce qui amusa beaucoup Venus. Altaïr n'arrivait pas à déterminer si elle était timide pour avoir si peur d'approcher des inconnus ou au contraire, si elle était totalement extravertie en la voyant communiquer aussi aisément avec eux. Au final, il trancha la poire en deux en supposant que l'un n'empêchait pas l'autre.
Il ne fallut pas longtemps avant que Lev et Viktor partent dans l'une de leurs disputes journalières, passant rapidement de l'anglais au bulgare pour pouvoir se disputer plus facilement. Exclus de la conversation, Venus et Altaïr s'écartèrent de quelques pas afin de pouvoir parler entre eux plus calmement.
« A chaque fois que je te vois, il y a quelque chose de nouveau chez toi. » s'amusa la jeune fille en faisant clairement référence à ses deux nouvelles cicatrices.
Altaïr passa une main sur son visage, les parcourant du bout des doigts. Parfois, il venait à les oublier contrairement à toutes les autres qui parcouraient son corps, puisqu'il ne pouvait pas les voir sans un miroir face à lui.
« On dirait un personnage des romans que ma maman lit. » rigola Venus.
Altaïr n'était pas vexé. Venus ne s'était jamais moqué de lui ou de quiconque, elle disait simplement ce qui lui traversait l'esprit. Altaïr se dit que cela devait parfois lui attirer des problèmes, mais Lovegood ne semblait pas en faire grand cas.
Les deux Bulgares revinrent finalement dans la conversation, leur dispute visiblement terminée.
« Pourquoi ils nous regardent comme ça ? »
Viktor désigna du menton un groupe de jeunes aristocrates qui semblait être dans la même tranche d'âge qu'eux. Altaïr reconnut Bacchus Nott ou encore Marcus Flint. Il semblerait que peu importe le nombre d'années qui s'écoulaient ou de son absence dans le pays, les rumeurs continuaient de circuler sur son dos. Venus rigola en les voyant détourner subitement le regard, lorsqu'ils croisèrent celui d'Altaïr.
« Ils doivent se demander s'il te reste du poison dans tes poches. » murmura-t-elle si bas, que seul Altaïr et son ouïe lupine put l'entendre. « Il ne parle que de toi à Poudlard, depuis la mort de Cygnus. Surtout que tu n'es pas allé à l'enterrement, ça a fait jaser. » continua-t-elle plus haut.
Altaïr haussa un sourcil. C'était amusant de les voir copier leurs parents si parfaitement, avec leurs commérages inutiles. Cependant, ça l'amusait bien moins de savoir que Lev et Viktor assistait aussi à cela. Il ne voulait pas que son image en Angleterre affecte leur amitié.
« Oh ! J'adore cette musique, tu m'accompagnes danser ? » demanda soudainement Venus à Altaïr.
Altaïr grimaça, il n'aimait pas danser, ça demandait bien trop de contact physique pour qu'il soit à l'aise. Mais un coup de coude dans le dos de la part de Viktor le propulsa en avant et Venus prit cela comme un oui. Alors elle l'attrapa par le bras et le tira jusqu'à la piste de danse. Altaïr vit du coin de l'œil Bacchus Nott s'approcher de ses deux amis et cela le fit grincer des dents. Pourtant, Venus ne le laissa pas les rejoindre, resserrant sa prise sur lui.
« C'est une bonne chose. » lui confia-t-elle. « Ils sont de bons amis. »
Altaïr la crut, parce que Venus semblait toujours savoir plus de choses que les autres. Il lui fit confiance et quitta finalement les deux Bulgares des yeux pour se concentrer sur sa danse et les autres sorciers qu'ils n'évitaient parfois que de peu.
« Est-ce que c'est encore douloureux ? » demanda Venus en posant son regard sur l'œil pâle d'Altaïr.
Ce dernier nia de la tête. Il n'avait plus mal depuis une ou deux semaines, cependant cela ne rendait pas sa nouvelle cécité de cet œil moins douloureuse à accepter. Il pouvait encore voir quelques formes vagues et pâles lorsqu'il y avait beaucoup de lumière, mais la plupart du temps, Altaïr ne voyait rien. Désormais, sa vision ne s'étendait plus qu'à un seul œil, le droit.
Une dizaine de minutes plus tard, Venus cessa subitement de danser, décidant qu'il était temps de revenir auprès des amis de son cavalier, faisant fuire par la même occasion l'anglais qui les avait accostés. Lev les accueillit sans rien laisser paraître, mais Viktor mit un peu plus de temps à les remarquer. Altaïr comprit qu'il était en train de jurer dans sa barbe contre l'anglais, cependant il ne comprit pas exactement ce qu'il disait. Mais Viktor ne parlait en bulgare que pour jurer, alors ce n'était pas compliqué de le deviner.
Cependant Altaïr n'aborda pas le sujet. Ce n'était ni le bon moment, ni le bon lieu. De plus, si jamais Nott n'avait rien dit à ses amis sur sa mauvaise réputation, cela pourrait paraître étrange qu'il parle de cela. Ça ne ferait que renforcer leur curiosité à son sujet et ce n'était pas quelque chose qu'Altaïr voulait voir se produire.
Viktor et Venus s'entendait étrangement bien, tous les deux s'extasiant de chose inutile et riant d'un rien. Altaïr en fut presque jaloux quelques instants. Lev sembla le remarquer et lui chuchota vicieusement à l'oreille « T'inquiètes pas, Viktor ne lit des magazine pornos qu'avec des brunes aux gros seins ». Altaïr écrasa le pied de son ami, ce qui provoqua chez lui un mélange étrange entre un fou rire et une plainte douloureuse.
Ce ne fut que plusieurs heures plus tard que les quatre amis se séparèrent, lorsqu'il fut l'heure de rentrer chez eux. Altaïr salua une dernière fois Lev et Viktor, Venus étant déjà partie depuis une dizaine de minutes, avant de suivre Pollux vers les cheminées.
Une fois au Square Grimmaurd, Pollux demanda à Altaïr de lui accorder une minute avant de rejoindre sa chambre. Ils devaient parler du programme du lendemain.
« Demain matin, nous partirons à dix heures, tu devras être prêt et pas une minute de retard. » Altaïr hocha de la tête. « Bien. L'après-midi, nous irons chez Cygnus pour déplacer tes affaires ici, est-ce que ça te va ? »
Altaïr hocha une nouvelle fois de la tête et son tuteur le laissa finalement partir. Cependant, avant qu'il ne finisse de monter les escaliers, il ajouta :
« Tes amis ont l'air amusant et très gentil, c'est bien. »
Puis, Altaïr escalada les dernières marches en courant. Bien qu'il refuse de se l'admettre, recevoir l'acceptation de Pollux lui fit du bien. Cette nuit-là, Altaïr s'endormit en seulement quelques minutes pour la première fois depuis bien longtemps.
