Chapitre 25 : Le Chevalier de la Fontaine, II


La désolation de Glaurung


L'elfe qui émergea de l'eau était non seulement agile comme un poisson, mais si beau qu'il devait bien être une sirène faite mâle. Ses longs cheveux noirs luisaient de reflets d'argent dans les tourbillons du ciel étoilé, et ses yeux gris brillaient comme leur poussière phosphorescente. Il ne portait qu'une courte jupe en peau de poisson multicolore, qui ressortait sur sa peau grise dans la nuit d'Eldamar.

« Fanalossë ! » cria-t-il. « Viens donc te baigner ! »

« Oui Fannie, viens ! »

Le petit enfant qui venait de prononcer ces mots sortit de l'eau à toute vitesse, dans le même vêtement que l'autre (était-ce un garçon ou une fille ? Il était impossible de le dire), et courut jusqu'à la jeune fille qui était assise sur le sable.

« Viens avec nous Fannie ! »

L'enfant agrippa le bras musclé avec ses petites mains. Mais la jeune fille eut seulement l'air angoissée.

« Je ne veux pas me baigner Maica, je n'aime pas la mer. »

« Pourquoi ? Moi je croyais que tu n'avais peur de rien... »

Fanalossë ne répondit pas. En réalité, elle avait peur de très nombreuses choses.

o

Les compagnons de l'orchestre fëanorien auquel Korma appartenait ne se réjouirent guère à l'annonce de son mariage futur.

La plupart des habitants de Tirion convenaient que le harpiste, né d'un père Noldo et d'une mère Teler, était l'un des elfes les plus beaux de Valinor. On disait de lui qu'il était « beau comme un Maia », et sa silhouette, sa grâce, les traits de son visage, tout en lui portait l'élégance essentielle du flot des eaux. Mais il était en même temps sévère et dur comme les âpres falaises, et ses yeux brillaient du même feu bleu que les Pierres Etranges, ce qui le rendait particulièrement fascinant dans l'esthétique noldorine.

« Franchement, ta fiancée, tu aurais pu trouver mieux. Elle est taillée comme une travailleuse des champs et passe son temps à jurer comme une sauvage ! » dit un jour l'un d'entre eux.

Les joues de Korma se colorèrent.

« Elle me plaît, à moi », se contenta-t-il de répondre.

Maglor s'approcha d'eux et intervint.

« Cessez de l'importuner avec cela. Il épouse bien qui il veut... »

Mais un autre musicien fut plus radical encore que le premier.

« Voyons, elle n'est pas digne de lui ! » s'exclama-t-il. « Il pourrait avoir les plus belles, et il choisit celle-ci ! »

« C'est ce que de nombreuses personnes disaient au sujet de Nerdanel, ma mère. »

« Monseigneur, c'est différent ! Fanalossë est une traîtresse, qui a pris le parti du Bâtard ! »

« En plus, elle casse des objets avec son front... » maugréa un autre.

« Elle nous rejoindra sans doute », tempéra Maglor, « Ses yeux s'ouvriront et elle reconnaîtra la duplicité de mon oncle. »

« J'en suis certain », affirma Korma avec force.

o

A peine le dragon était-il apparu qu'il fendit le régiment, écrasant les uns sous ses pattes lourdes, repoussant les autres comme des quilles. Nombreux furent les elfes qui s'enfuirent en poussant des cris de terreur.

Mais pas Korma de la Source, qui ramassa une lance sur le sol sur l'herbe souillée de la plaine, et il la pointa vers lui, visant l'espace entre les deux yeux. Cela se joua à un instant près.

Le reptile géant n'eut qu'à ouvrir la gueule, en moins de temps qu'il n'en fallait aux muscles pour relâcher leur tension : le souffle enflammé se projeta sur l'elfe, l'allumant ainsi qu'une torche, et tout un faisceau de terrain autour de lui.

Un hurlement terrible retentit.

En quelques fractions de secondes, il ne resta rien de la beauté du divin Korma. Sa contenance sévère disparut, tant la douleur était insoutenable ; sa chair et ses yeux coulèrent sur ses os. Il eut à peine le temps de se débattre, puis son corps tomba sur le sol, noir et indistinct.

Le visage de Fanalossë s'était contracté horriblement, comme si elle ressentait une partie de la douleur de son compagnon. Des larmes roulèrent sur ses joues.

o

Cela avait été une journée tout à fait normale à Eithel Sirion. On ignorait ce qui venait de se passer sur Ard-galen, car nul rescapé n'était encore arrivé.

Un cavalier encapuchonné se présenta devant les portes de la forteresse, à la tombée du jour, portant les armes de la maison de la Source.

On le laissa entrer, puis il se dirigea jusqu'au château, demandant à voir Fingolfin. Le roi étant absent, ce fut son fils, le prince Fingon, qui vint à sa rencontre.

Lorsqu'il aperçut sa silhouette, il s'interrogea.

« La Dame de la Source ? Que fait-elle seule ? »

Il garda ses distances, et la salua.

« Roi Fingolfin », dit-elle alors. « Mon époux est mort. Mairon l'Admirable a dévasté nos bastions. Mais il vous a laissé un cadeau. »

La capuche tomba en arrière. Fingon et les elfes qui l'entouraient réalisèrent alors avec effroi que cette capuche ne recouvrait rien...

La sacoche qui était pendue à la selle tomba elle aussi, fendue, libérant ce qu'elle cachait.

C'était une tête de femme.


La lettre I


Le jeune Ecthelion était encore en train de sécher ses larmes à Eithel Sirion, après la cérémonie funèbre rendue en l'honneur de ses parents, que sa tante revint en secret dans le domaine familial, où l'on dit qu'elle rallia ses partisans, et s'efforça de convaincre les autres. Quant à l'ancien régisseur, il fuit pour rejoindre Tol Sirion.

Le légiste vêtu de noir posa un rouleau de parchemin épais sur le bureau du roi, un écritoire bas en bois laqué.

« Qu'est-ce que c'est ? » demanda Fingolfin.

« Un message officiel de Maica de la Source. »

« Qui est-ce ? »

« La sœur cadette de Korma de la Source. »

Au souvenir du terrible destin de son vassal, le visage de Fingolfin s'assombrit.

« Poursuivez. »

« Il s'agit d'une lettre développant cinquante arguments, en droit de nature et droit légal, dans le plus ancien style de l'éloquence de Tirion, visant à expliquer pourquoi elle mérite davantage de succéder à son frère, que son fils unique, qui en est pourtant l'héritier putatif. »

« Le petit garçon... » dit le roi, se souvenant de l'enfant aux cheveux noirs vu à la cérémonie.

« Cette femme... a été élevée parmi les Fëanoriens, à Valinor. Elle pourrait nous trahir un jour. »

« Tout comme Korma. Mais à présent nous sommes un seul et même peuple. »

Fingolfin lut le parchemin en entier, tandis que le légiste silencieux demeurait debout.

« Quelle est votre sentiment, Sire ? » s'enquit-il, quand le roi reposa le rouleau sur la table basse.

« Il faut quelqu'un de fort pour tenir ce col », répondit Fingolfin. « Pas un enfant. »

Il se frotta le menton, l'air soucieux.

« Mais cela pourrait créer un précédent légal gênant », reprit-il, « si nous tranchions en faveur de l'héritier femelle. »

Le légiste hocha la tête.

« Nous devons trouver une solution. »


L'école II


L'air de plus en plus paniqué, Glorfindel écoutait le rapport du pédagogue. Il regarda Ecthelion, mais celui-ci arborait un air buté qui ne variait pas.

« Ecthelion, pourquoi as-tu fait ça ? Il ne faut pas frapper les autres enfants... » lui dit-il à leur retour dans sa demeure, alors en construction.

« Il l'a mérité ! » s'exclama le jeune garçon.

« Il t'avait frappé aussi ? »

« Non, il a dit des choses horribles sur mes parents, et des mensonges... »

« Même s'il a dit ces choses horribles, il ne fallait pas le frapper pour autant. »

« Est-ce que c'est vrai ? »

« Qu'est-ce qui est vrai ? »

« Que mon père a été brûlé par Glaurung, et que ma mère a été décapitée ? »

« Oui mais... en fait non ! »

Trop tard - le visage d'Ecthelion se comprima douloureusement, et il courut dans sa chambre.

Glorfindel crut l'entendre pleurer... Il se prit la tête dans les mains.

o

« Je ne sais pas ce qui s'est passé », dit Glorfindel bien plus tard. « Au départ, il était petit, et tout mignon – même s'il ne parlait pas beaucoup. Puis tout d'un coup, il s'est mis à grandir, et à mal parler... Et il faisait des fugues... »

« Ça s'appelle la puberté », dit Egalmoth.« C'était bien plus que ça. Il m'insultait, et après il allait s'enfermer dans sa chambre en claquant la porte. Un jour, j'ai même retrouvé des amphores vides sous son lit. Vous vous rendez compte ! »Les seigneurs de la Table Ronde hochèrent la tête.


La fugue


Il avait fallu que le carrosse s'embourbe dans la boue d'une de ces rues mal famées du quartier nandorin. De multiples tentatives pour paver l'endroit avaient pourtant été lancées par les architectes urbanistes ; en vain, les Elfes Verts s'empressant toujours de déloger les paver pour « laisser respirer la terre ».

A peine Egalmoth avait-il posé son pied sur le sol, que son soulier de cuir et sa cape furent irrémédiablement tachées. Et quand il regarda autour de lui, il se rendit également compte qu'il était entouré d'elfes au cheveux ceints d'un épais bandeau de tissu vert.

« Tous ces elfes avec des bandeaux... Je ne suis pas rassuré... »

« Hé seigneur ! » l'apostropha soudain une voix.

La voix venait de tout près... A sa gauche. Deux elfes verts assis à même le sol, accompagnés d'un chien et de nombreuses amphores vides.

« Quoi ? »

« T'aurais pas une p'tite pièce ? »

« Non ! »

Celui qui avait parlé était un adulte. Quant à l'autre, ce n'était pas du tout le cas. Il était à peine sorti de l'enfance. Des cheveux noirs, des yeux brillants, un bandeau vert bien sûr... Il ne ressemblait pas du tout à l'autre, dont les cheveux étaient châtain, les traits arrondis, et le regard plutôt morne.

« Ce gamin, c'est ton frère ? Il ne te ressemble pas du tout. »

« Non, c'est mon ami Ecthelion. »

Ecthelion... Ce nom lui disait quelque chose. Il l'avait entendu il y a peu.

« Et qu'est-ce qu'il fiche avec toi ? Où sont ses parents ? »

« Ses parents sont morts. C'est un orphelin. »

« Je vois. Et tu es son père adoptif, peut-être ? »

Il saisit l'adolescent par le bras et le tira brusquement vers lui.

« Laissez-moi ! »

« Cocher », dit Egalmoth. « On va emmener ce môme au poste de garde. M'est avis qu'il n'a rien à faire ici ! »

L'enfant s'était tu. Egalmoth le poussa dans le carrosse.
o

Quelques heures plus tard, les gardes l'amenaient devant le portail d'une grande villa en construction.

« Seigneur Glorfindel, le garçon dont vous nous aviez signalé la disparition. »

Le connétable faisait une grimace horrible, comme si on lui tirait les cheveux.

« Ecthelion, pourquoi tu es parti ? » demanda-t-il.

Le jeune Ecthelion ne répondit pas. Il rentra dans la demeure sans même le saluer.

o

« Dis-moi, ma piécette, qu'est-ce que tu dirais d'adopter un orphelin ? » lançait Egalmoth de retour chez lui, tandis qu'un valet lui ôtait ses bottes.

« Adopter un orphelin ? » répondit sa femme. « Mais pourquoi ça ? »

« J'en ai trouvé un qui traînait dans la rue aujourd'hui... Et il commençait à avoir de mauvaises fréquentations... »

« Un Noldo ? »

« Je ne sais pas... Il ressemblait à un Noldo, mais il était avec un Nando. »

« Alors là non ! Je te rappelle que nous avons trois filles. Imagine qu'il se passe quelque chose avec l'une d'entre elles... Quelle mésalliance ce serait ! »

« Je n'avais pas pensé à ça... »

Il abandonna l'idée, et oublia vite cette histoire...


Mission non accomplie


A leur retour de Nan Dungortheb, Glorfindel, Egalmoth et Ecthelion furent réunis dans le bureau principal du roi. Même Ecthelion ne semblait pas en mener large. En face d'eux, derrière la longue table, se tenaient Turgon et Penlodh.

Penlodh était assis, un stylet à la main. Turgon était debout.

Sa voix s'éleva, glaciale.

« Finalement, ce n'était pas un si mauvais choix, votre proposition de nom, Seigneur Egalmoth. »

« Laquelle ? »

« Les Trois Connards. »

Egalmoth baissa la tête.

« Je suis d'accord, Majesté, on est vraiment cons. On est vraiment les derniers des cons. »

« C'est elle qui a voulu qu'on change de chemin ! » osa protester Ecthelion.

« Alors vous, vous n'avez pas intérêt à l'ouvrir ! » répliqua Turgon.

« Seigneur Glorfindel », intervint Penlodh, « j'aurais cru que vous étiez la voix de la raison et de la force dans cette compagnie. Comment se fait-il que vous ayez acquiescé à ce changement de direction, et que vous n'ayez su protéger la princesse ? »

Ecthelion voulut répondre à sa place.

« En fait il a la phobie des ar... »

Mais il ne put terminer sa phrase, car le Chevalier de la Fleur d'or avait plaqué sa main sur sa bouche.

« Je suppose que vous avez déjà essayé de faire faire quelque chose à votre soeur », intervint Egalmoth. « Est-ce qu'elle l'a fait ? Non ! »

Turgon et Penlodh se regardèrent.

« Nous avons erré pendant deux mois à sa recherche », ajouta le marchand. « Je sais que nous aurions dû faire plus, mais nous ne mangions rien, nous gardions toutes nos vivres pour l'écuyer humain d'Ecthelion. »

« Cela m'aurait étonné qu'Ecthelion ne soit pas encore une source d'ennui. »

Et soudain, le Seigneur de l'Arche Céleste réalisa que tout en colère qu'il l'était, Turgon ne l'était pas autant qu'il aurait dû l'être. Il se tut.

« Penlodh... » dit le roi.

Le ministre sortit un morceau de parchemin d'une des nombreuses poches cachées de son kimono beige.

« Nous avons reçu une missive d'Himlad il y a quelques jours. La Dame Aredhel y écrit qu'elle se trouve dans le château de ses cousins Celegorm et Curufin, qui sont absents pour le moment, en voyage chez leur frère Caranthir. L'intendance pourvoit à tous ses besoins. »

« Alors tout est bien qui finit bien ! » s'exclama Glorfindel.

« Oh non... » répondit Turgon. « Ce que je dois conclure de tout cela... C'est que si elle était partie seule, le résultat aurait été exactement le même. »

o

Pour Belin qui attendait son maître, l'entretien s'éternisait. Il finit par décider de revenir à pieds jusqu'à l'appartement. Sur le chemin, il pensa s'arrêter à leur taverne favorite, la Poire sans soif. Quelle ne fut pas sa surprise quand il vit qu'elle était fermée ! Sur la porte, un écriteau indiquait de plus que l'établissement était à vendre.

« Encore une chose qui va disparaître... » pensa-t-il.

Puis il eut l'impression d'un souvenir indistinct qui veut remonter. Un souvenir d'Ard-Galen... Quand il eut saisi de quoi il s'agissait, il était arrivé à destination. Il se rendit dans sa chambre, regarda sous son lit, et en sortit un petit coffre, qu'il posa sur le couchage. Il porta sa main droite à son épée, et il constata qu'elle tremblait à nouveau. Il ferma les yeux quelques instants, puis ouvrit le coffre : ce dernier était presque rempli à ras bord de pièces d'or. C'était ce qu'il avait tiré des butins amassés durant ses aventures avec Ecthelion – après que l'administration fiscale de Penlodh lui en ait pris presque la moitié.

Il enveloppa sa caissette dans un linge, prit le tout avec lui, et se rendit à l'auberge. Il frappa à la porte une fois, deux fois. La deuxième, une voix lui dit d'entrer.

L'aubergiste de la Poire, qu'il connaissait bien, se tenait derrière son comptoir.

« L'auberge est fermée », dit l'elfe.

« Oui j'lavons vu. Mais pourquoi ? »

« J'ai décidé de changer de branche. Je vais faire de l'orfèvrerie maintenant. Donc je vends mon commerce. »

« Moi aussi j'voulons changer de branche », s'entendit alors dire Belin.

Il s'approcha du comptoir, y déposa son coffret. Quand il l'ouvrit, l'aubergiste écarquilla les yeux.

« Pourquoi tout cet or ? »

« C'est pour l'auberge. »

« Il y en a beaucoup trop... Et puis, vous n'avez jamais été aubergiste... Vous n'êtes même pas un elfe ! »

« P't'être que les gens viendront pour m'voir... Et je sais faire du pain, et cuisiner... »

« Ce n'est pas suffisant ! Il faut savoir tenir ses comptes, gérer certains clients éméchés... »

Mais Belin eut l'air si déçu qu'il ajouta :

« Bon. Contre la moitié de cet or, je vous donne l'auberge, et je vous forme... Qu'est-ce que vous en dites ? »

Un large sourire éclaira le visage de l'humain, pour la première fois depuis longtemps.


La lettre II


Belin se rendit à l'auberge presque tous les jours, en dehors de ses obligations à la Maison de la Fontaine. Si bien qu'Ecthelion finit par se poser des questions...

« Vous, vous êtes encore trouvé une fille à aller importuner... » dit l'elfe.

« Non Messire ! » protesta l'humain.

« Je sens bien que vous allez voir quelqu'un... »

« Et alors ? » répliqua brutalement Belin. « Qu'est-ce que ça peut bien vous faire ? »

« Je vous rappelle que les seules filles que vous avez poursuivies de vos ardeurs se sont moquées de vous ou vous ont laissé tomber comme une vieille épée rouillée... Ou pire encore... elles ne l'ont fait qu'en échange d'argent. Il n'y en a aucune qui vous aimait. »

Le visage de Belin se froissa. Ses yeux se remplirent de larmes et ses mains se crispèrent.

« Pourquoi vous dites ça ? C'n'est pas bien... C'est... »

« C'est juste la vérité. Et vous vous ridiculisez en faisant ça. »

« Cette fois c'est trop ! C'est trop... »

« Qu'est-ce qui est trop ? » pensa Ecthelion.

Le jeune homme alla s'enfermer dans sa chambre.

« Belin ! » appela Ecthelion, sentant qu'il l'avait vexé, mais ne comprenant pas pourquoi.

Mais il avait rendez-vous au palais dans un quart d'heure, et Turgon allait encore rouspéter s'il arrivait en retard. Il décida de régler cela à son retour.

Quand il revint, deux heures plus tard, Belin n'était pas là. Sa chambre était vide – sa statuette de Yavanna n'était plus là, tout comme ses livres et ses autres affaires.

Ecthelion pensa qu'il était peut-être aller rendre visite à sa famille. Il revint dans le salon.

Et ce fut à ce moment qu'il vit qu'une feuille de parchemin était posée sur la table. Il la lut.

Messire Ecthelion,

J'ai décidé que je m'en iroi. Je ne serais plus votre escuyer, je ne veyx plus me battre. Et aussi, je n'en peut plus d'avoir le cœur briser par vous. Je suis très fatigué et je voudrai faire une autre chose.

Je ne désire point non plus vivre avec vous, j'ai achetée une maison. Je ne veyx plus égalemant être votre ami.

Adieu Messire

Belin


60 ans plus tôt.


Fingolfin s'était approché de la fenêtre, dans la salle du conseil.

« Le jeune Ecthelion de la Source », dicta-t-il, « fils unique des Glorieux Héros s'étant dressés face au Dragon, part pour Vinyamar, où il sera adopté par mon fils Turgon et deviendra Prince. A sa tante Aegcrist, née Maica en Valinor, sœur cadette de Korma de la source, échoit un lot compensatoire. Elle hérite de la gestion du domaine des barons de la Source, gestion à laquelle elle participait déjà activement. Elle devient par le présent écrit, et par son futur adoubement, Dame de la Source en Hithlum, et fera donc partie du corps des Vassaux de la Couronne.

J'ai dit, le quinzième jour du 8ème mois de l'an 261 du Soleil. »

Le juriste fit couler la cire bleue sur le parchemin, et Fingolfin y apposa son sceau.

« Car le pouvoir doit échoir non à celui qui l'hérite par le sang », ajouta le souverain à voix haute, « mais à celui qui est le plus apte à en posséder la juste maîtrise. »


La lettre de Belin glissa entre les doigts d'Ecthelion, et tomba sur le sol.

Autour de lui, les murs et les meubles semblèrent grandir, grandir encore.

Il était si petit, si petit et si triste, et seul à nouveau.


Fin du Tome 1 du livre II