Hello hello mes ami(e)s !
A l'image des derniers téléfilms de noel qui persistent encore ce WE, voic un petit OS clexa de Noel !
OS écrit à la 1iere personne et qui ne prétend à rien si ce n'est être gentillet, mignon et drôle ^^
En attendant mes prochains écrits, je vous laisse avec celui-ci !
ENJOY
AU Clexa : Lexa tient une fleuristerie. Chaque jour, son quotidien est le même, inlassablement le même. Mais, si ses habitudes étaient monotones, il y a bien une chose qu'elle aime : tous les jours, à la même heure, celle qu'elle appelle "l'inconnue du trottoir d'en face » apparaissait. Chaque jour, cette mystérieuse blonde traversait la route, passant devant sa boutique, et ce, depuis presque trois semaines maintenant. Mais, que se passerait-il si, un matin, cette jeune femme passait le pas de sa porte pour lui demander une fleur de Noel ?
8h50
Comme d'habitude, je cherche mes clés au fin fond de mon sac. Quelle idée d'en prendre un si grand ! Comme si j'en avais besoin. Mais cette impression étrange de croire que tout ce qu'il contient est nécessaire et que cela peut servir à n'importe quel moment. Je me demande bien quand… Pour ma part, mon quotidien est d'une platitude à tout épreuve : je dors, je me lève, je déjeune, je vais travailler, je reviens le soir, je prends une douche, je mange, je dors. Et voilà l'entièreté d'une journée type. C'est triste, je sais, mais ça me plait. Ma vie n'est pas passionnante, mais c'est celle que j'ai choisi.
Ah ! Enfin, mes clés !
Hm… Cette douce odeur lorsque je rentre… Je ne m'en lasserais jamais. Je pose mon sac derrière le comptoir et j'entame ma routine : ouverture de mon calepin de commandes, préparation des réceptions du jour, monter mes compositions du jour et, évidemment, accueillir les clients. Encore une journée où je ne vais pas chômer, mais cela ne me dérange pas, j'aime ça.
Je fais le tour de ma boutique, je trie les fleurs fanées et change les compositions en vitrine. Il va aussi falloir que je me décide à mettre les décorations de Noel, on est quand même le 10 et je n'ai toujours pas commencé.
En même temps, les boutiques alentours ont entamé leur marathon de Noel dès le 1er décembre ! Ils ont l'air si pressé… Loin de moi l'idée de rejeter Noel et toutes ces traditions hivernales, mais… Vivant seule ici, je n'ai guère de famille avec qui partager ce moment. Mes parents sont partis bien trop tôt, je n'ai aucune fratrie. Evidemment j'ai des amis mais… Noel n'est-elle pas une fête familiale ?!
De ce fait, il y a bien longtemps que je n'ai fêté Noel comme il se doit. Oh, ne croyez pas que je sois une vieille fille qui se terre chez elle, les rideaux tirés et qui parle à son chat. Premièrement, je n'ai pas de chat. Ensuite… Je sors. Parfois. Oui bon, très peu… Mais j'ai une excuse ! Anya, ma meilleure amie, vit à des centaines de kilomètres. Quelle idée aussi de déménager aussi loin pour suivre sa moitié. S'il y a bien une chose que je ne ferais pas c'est tout quitter pour quelqu'un !
Cette boutique est comme mon bébé. Je l'ai entièrement créée. Tel un accouchement, sa conception dura des mois : j'ai tout fait moi-même : l'idée de base, la déco, le nom… Je suis fière du résultat et je peux me targuer d'être certainement une fleuristerie unique.
Houlà, mais il est déjà 9h10 ! Préparation d'un café et on débute les commandes. Je me place derrière mon comptoir. Là, je suis sûre de la voir passer, comme tous les matins depuis des semaines déjà. Je m'accoude et feuillète mes bons tout en sirotant un café à peine chaud. Ah… La voilà !
Elle est magnifique, comme toujours. Et comme toujours, elle traverse cette route, celle devant ma boutique, tous les jours à 9h15. C'était millimétré, c'était presque esthétique. Aujourd'hui, elle portait un large manteau brun et une écharpe tricotée enroulée autour de son cou, si épaisse qu'elle dissimulait presque l'entièreté de son visage. Mais je l'aurais reconnu quoiqu'il arrive. Sa chevelure dorée était, aujourd'hui, attachée en un chignon déstructuré. Son sac à main bien serré sous son bras. Comme d'habitude, elle traversait en regardant à droite, puis à gauche, avant de hâter le pas et de passer, comme d'habitude, devant ma boutique, pour entrer dans la boulangerie juste à côté. Au bout de quelques secondes, elle ressortait toujours avec un gobelet fumant et un petit sachet. Je me suis toujours demandé ce qu'elle buvait : était-ce un traditionnel café noir ? Un chocolat chaud de saison ? Ou un thé pour garder la forme ? Et dans ce sachet : était-ce une viennoiserie française ? Ou quelque chose de plus local comme un brookie ou quelque chose du genre…
Tant de questions qui me traversaient l'esprit. Oh je sais ce que vous vous dites : j'oscille entre pathétisme et glauque. Je ne sais rien de cette fille, juste qu'elle traverse cette rue tous les matins à 9h15 pour passer devant ma boutique et finir à la boulangerie. Puis elle disparaissait au détour d'un virage et je ne la revoyais plus. Car oui, j'avais beau scruter, mais elle ne revenait jamais le soir. Ou du moins, elle n'empruntait pas le même chemin au retour. Pourquoi ? Se faisait-elle raccompagner ? Ou revenait-elle bien plus tard que la fermeture de ma boutique ?
Si j'osais, je vous avouerais qu'une soirée, en rentrant chez moi, j'ai épié le bas de ma rue jusque tard pour voir si elle revenait… non, je n'oserais pas. Mais, si vous vous demandez, la réponse est : non, elle ne repasse pas par là le soir. Ne me jugez pas.
Je ne suis pas une psychopathe, j'ai d'ailleurs peu d'intérêt dans le genre humain en général. J'apprécie bien plus la compagnie de mes fleurs et mes plantes. Mes relations ont été fugaces et toujours peu investies. Je ne m'en suis jamais plainte et j'ai toujours fait avec. Et si ma fatalité était d'admirer une inconnue quelques secondes par jour, alors cela me va. De toute manière, je n'ai clairement pas le temps pour cela et quelques secondes accordées à cette jolie inconnue était bien suffisant pour ma part.
Alors, je m'en contente. Puis quand elle disparait, je reprends ma routine quotidienne.
Une fois cette distraction passée, je peux me concentrer sur le reste : tout d'abord, mes commandes à venir. Je sais que ce week-end, j'ai un mariage en préparation et donc toute une salle et un jardin à décorer de mes fleurs. Pour se faire, j'ai fait une grosse commande qui ne devrait pas tarder à arriver. En attendant, je peux composer quelques bouquets pour les clients providentiels de la matinée.
10h30. Gary ne devrait plus tarder avec la livraison. J'ai eu quelques clients dont une vieille femme attachante qui venait pour prendre des jonquilles. Je connais bien cette femme, elle vient toutes les semaines, me prendre ces fleurs pour la tombe de son défunt mari. Plus d'une fois elle s'était épanchée sur ses malheurs. Je crois vraiment qu'elle avait besoin de parler. En quelques visites à ma boutique, elle me raconta sa vie : mariés depuis plus de 40 ans, son mari et elle, s'étaient rencontrés lors d'un bal et ce fut le coup de foudre. Depuis, ils ne s'étaient jamais quittés. Ils s'étaient mariés juste avant que son mari ne parte à la guerre. Lorsqu'il fut revenu, il avait perdu une jambe. Sa femme ne s'était pas détournée, au contraire. Ce malheur avait renforcé leur amour et un an plus tard était né leur premier enfant.
Son mari était parti de sa belle mort, comme on dit : de vieillesse, dans son sommeil. Il s'était endormi, embrassant le front de sa femme, comme tous les soirs depuis des décennies… Et ne s'était pas réveillé. Ses fleurs préférées étaient des jonquilles et elle se faisait un devoir de lui en mettre des fraiches sur sa tombe toutes les semaines. Cette histoire m'a tellement touché que les jonquilles étaient toujours ce que je commandais, peu importe la saison. Gary le savait, et il se démenait pour en trouver à chaque fois. Je n'ai jamais failli, et cette vieille femme étaient une habituée que je chérissais ainsi.
Gary adorait rester une bonne demi-heure pour discuter de tout et de rien. Si j'osais, je dirais qu'il pourrait s'apparenter à un ami, même si, logiquement, il travaillait pour moi. On parlait de tout et de rien, généralement il me racontait les péripéties de sa fille de trois ans. Je connais tout d'elle : quand elle a fait ses premiers pas, quand elle a prononcé ses premiers mots. En ce moment, Gary était intarissable sur le sujet « papa Noel » car, pour la première fois, sa fille pouvait enfin comprendre cette tradition et ses parents se décarcassaient déjà l'esprit à ne pas tout faire foirer en laissant un mot malheureux s'échapper. C'était assez comique en soi : Noel devenait une affaire familiale et tous devaient participer, qu'ils le voulaient ou non. Personnellement, je ne crois plus au père Noel depuis pas mal d'années et je n'ai aucun enfant dans mon entourage pour alimenter ce mythe.
D'ailleurs, il y a bien longtemps que je ne fête plus Noel, ni le jour de l'an qui, généralement, se résumait à passer la soirée seule dans mon appart' devant un téléfilm de Netflix jusqu'à ce que minuit sonne, que les klaxonnes résonnent dans les rues, que les musiques et les voix s'élèvent… Et dix minutes plus tard, je suis dans mon lit, avec un bon livre… Et encore dix minutes plus tard, je dors.
Certaines fois, Anya est là et nous le passons ensemble, mais là encore, rien de bien folichon et cela se résume parfois à un petit restaurant avant de revenir à mon appart' et de s'enfiler des bières jusqu'à s'endormir sur le tapis. Ce n'est pas bien glorieux, je vous l'accorde, mais c'est ainsi que j'ai choisi de le vivre. Pour moi, le nouvel an n'est juste qu'une journée comme une autre… Une nouvelle année qui recommence, inlassablement, un cycle.
Ah… Il enchaine sur la prochaine rentrée scolaire de sa fille… Elle n'est que dans neuf mois, mais il stresse déjà. Est-ce ça être parent ? Se prendre la tête H24 pour ce genre de choses ? Non pas que ce n'est pas important hein, la rentrée de son môme, mais quand même… Il aura bien le temps d'y songer plus tard. En attendant, il a des livraisons à honorer.
Je crois qu'il sent bien que ce sujet ne me passionne pas vraiment. Il écourte la discussion et me salue poliment avant de quitter ma boutique, me laissant le soin de ranger la cinquantaine de types de fleurs qu'il vient de déposer. C'était fastidieux mais c'était le moment de la journée que je préférais : imaginer où je pourrais exposer mes fleurs fraiches afin qu'elles attirent l'œil et qu'elles me plaisent aussi.
Le moment du repas est toujours assez compliqué pour moi. Je le saute facilement lorsque je suis à fond dans mes fleurs. Oh ce n'est pas une excuse je sais. Mais disons qu'entre ça et le fait que mon frigo soit quasiment vide… Ca aide un peu à déculpabiliser. Je devrais aller faire les courses ce soir, je le crains. Ma réserve de pâtes arrive à expiration. Je songe quand même à ouvrir un paquet de chips que je grignote tout au long de l'après-midi, entre deux clients ou en finissant la déco du magasin.
Parfois, j'ose regarder dans la rue, au travers de ma vitrine, et je vois celles des autres commerces alentours, décorées magnifiquement aux couleurs de Noel : des guirlandes, des sapins, des boules ou encore des cadeaux… Peut-être que je devrais faire de même… Cela engagerait bien plus de clients à rentrer, ne serait-ce que pour jeter un œil.
Problème : je n'ai aucune déco pour le magasin et les quelques pauvres guirlandes qu'il me reste de mon enfance doivent sentir autant le renfermé que cette chère madame Higgins, ma prof d'histoire au collège, où les années d'enseignements avaient eu raison de son intégrité physique.
Il va vraiment falloir que je prenne du temps pour acheter quelques babioles. En attendant, je finis mes chips, et je finis de recevoir mes derniers bouquets. Quelques clients viennent animer mon après-midi et alors que la nuit commence à tomber et que 19h arrive, je commence à remballer les fleurs qui finiront finalement dans mon appart. C'est toujours un crève-cœur de devoir les jeter, alors, je les sauve, pour quelques jours supplémentaires, en les prenant chez moi. J'ai toujours aimé la nature, les plantes, les fleurs. Ca m'apaise toutes ces couleurs, ces senteurs… Le printemps est évidemment ma saison préférée, qui l'eut cru hein…
Bref, c'est bientôt l'heure de remballer et tandis que je suis perdue dans mes comptes de caisse, j'entends à peine la clochette de la porte d'entrée retentir, signe qu'un client de dernière minute vient d'entrer.
« Hm… Bonsoir… »
« Bonsoir. »
Une voix féminine… Plutôt jeune. Ca capte mon attention. Je lève les yeux alors et…
« … »
Bah merde alors ! Non mais… J'y crois pas.
« Hm, c'est fermé ? »
« Oh euh… Hein ? Quoi ? »
Merde, c'est pas vrai… Je rêve… Elle… Elle est là, ici, dans ma boutique… Après toutes ces semaines à la voir traverser cette satané route, à me demander où elle allait, ce qu'elle faisait. Et là, la voilà, devant moi, dans MA boutique… Bordel de merde, mais réagis ! Dis quelques chose, elle va flipper et se barrer !
« Désolée, désolée… J'étais… Dans mes comptes. Et, non, elle n'est pas fermée. Pas encore. »
Je souris bêtement parce que j'ai l'air d'une totale idiote, et je suis certaine que c'est ce qu'elle pense actuellement. D'ailleurs son gloussement le prouve : elle se fout clairement de moi… La honte.
« Ca fait un moment que je passe devant votre boutique tous les matins, et je n'ai jamais le temps d'y passer. Quand je rentre, elle est déjà fermée. J'en profite aujourd'hui ! »
Mon Dieu, son sourire est adorable. Je la voyais toujours avec un bonnet ou une écharpe, quelque chose qui ne me permettait pas de voir son visage en totalité. Et là, elle est à un mètre de moi, séparées par un simple comptoir, son visage rayonnant d'un large sourire. Wow, elle est vraiment magnifique.
« Ah… Ah oui ? Tous les jours vous dites ?! »
Mon air désinvolte ne trompe personne, enfin peut-être elle. Elle vaque son regard dans ma boutique… La vache, j'ai l'impression qu'o m'inspecte. J'ai le trac, vraiment ?
« Oui, j'habite pas loin et pour aller à mon boulot je passe devant. »
« Oh ok… Alors… Bah… Bienvenue ! »
Mais vraiment ? Je suis débile…
« Merci. Cette boutique est… »
Merde, elle inspecte vraiment là ?
« Je trouvais le nom de la boutique étrange pour un magasin de fleurs. »
« Ah oui ? »
« Drums n' roses. C'est pas commun. Mais quand on y entre, on comprend mieux. »
« Ouais… »
« C'est vraiment une vraie batterie là ? »
« Oui. »
« Elle est à vous ? »
« Comme les guitares au mur. »
« Vous en jouez ? »
« Je gratte un peu, mais je suis plus à l'aise avec des percussions. »
Je crois que je souris comme une débile, oui je le sens. Mais elle ne semble pas s'en rendre compte. Elle divague dans la boutique, admirant la déco. Elle frôle de ses doigts ma vieille batterie. Mes parents me l'avaient acheté pour mes 14 ans. Je viens d'une famille de musiciens. Ma mère jouait du piano, mon père de la guitare. Mon choix c'était très vite porté sur les percussions, à leur plus grand désarroi. Quand j'ai commencé la fac, j'ai abandonné quelques peu la musique. Mais j'y suis revenue, un peu. Je ne me suis jamais résolue à la laisser derrière moi. Alors, lorsque j'ai ouvert cette boutique, j'ai décidé de la garder. Mon appart était définitivement trop petit, du coup, j'ai eu l'idée de l'inclure dans la déco du magasin… Et du coup, est venu logiquement le nom de la boutique.
« Elles sont magnifiques. C'est une bonne idée d'y avoir mis des fleurs. »
« Ouais… Je suis adepte du recyclage. Pour moi, tout peut avoir une seconde vie, y compris de vieilles guitares. »
« C'est vrai. »
« Je… Je peux vous aider ? »
« Hm ? Oh oui, désolée. Je… Avez-vous des… Hm, le nom m'échappe… Ce sont des fleurs qu'on voit souvent à Noel. »
« Ah… Les poinsettias. »
« Des poinsettias ? »
« C'est leur nom. On les appelle plus communément les roses de Noel. »
« Oh oui, c'est ça ! Alors, vous en avez ? »
« Hm non désolée. »
« Oh… »
Merde. La déception sur son visage… J'avais souvent imaginé faire naitre mainte et mainte émotions sur ce visage inconnu… Mais la déception n'en faisait clairement pas partie, et c'est pas vraiment quelque chose que j'aime inspirer.
« Mais je peux en commander ! »
« Oui ? »
« Oui, bien sûr. Je passe commande toutes les fins de semaine. J'en aurais pour vous d'ici quelques jours. Si vous… Si vous pouvez patienter. »
« Parfait ! Est-ce que j'en aurais pour Noel ? C'est dans 15 jours mais… J'aimerais être sûre. »
« Absolument. Et ça tient longtemps. »
« C'est parfait. Ma mère adore ces fleurs, ça lui fera plaisir. »
« Alors tant mieux. Je… Je vous préviens dès qu'elles sont là. »
Je me fige ou quoi ? Allez, bouge, fais quelque chose !
« Tenez, c'est ma carte pro. Mon numéro est dessus. Prévenez-moi quand elles seront arrivées. »
« Pas… Pas de soucis… Clarke Griffin ? » dis-je en découvrant son nom sur sa carte « Pas commun pour une fille. »
« Mes parents sont très inventifs… Et ils s'attendaient à un garçon. »
Son sourire… Merde, elle a le plus beau des sourires. Est-ce que je suis vraiment en train de craquer pour elle ?
« Oh bah… C'est super original, et joli. »
Si je continue à parler pour ne rien dire, je vais dire une connerie. Arrête-toi là, tout de suite !
« Merci. »
Elle s'en va, elle s'éloigne, c'est déjà fini ? Ca a duré quoi… 5 minutes ?! Oh, elle se retourne une dernière fois.
« Bien alors… A la prochaine. »
Un signe de la main, un léger sourire et la voilà partie, fermant délicatement la porte derrière elle. Mon cœur palpite si fort que j'ai l'impression qu'il va sortir de ma poitrine. C'était furtif, intense mais… Si réel. Ce matin encore je la regardais passer dehors, imaginant encore mille scénarios… Et à présent, je la connais. Enfin… Je connais son prénom, sa voix, son sourire…
Je suis pathétique. J'étais raide dingue d'une inconnue et maintenant… Je suis accro à Clarke Griffin.
Ca y est. J'ai franchi le pas. Ca fait des semaines que je passe devant sa boutique. Ca fait des semaines que, un jour en passant, j'ai entraperçu cette vendeuse de fleurs. Avec sa silhouette parfaite, son visage semblant être dessiné par un artiste. Je ne l'apercevais que quelques secondes tous les matins, juste en passant devant sa vitrine. Dès la première fois, j'ai tiqué. Elle était belle, tout simplement. Mais je suis une irrépressible timide et l'idée même d'aller lui parler était surréaliste.
Le seul moyen que j'avais de la voir était de prendre cette route, tous les matins, même si elle me faisait faire un détour. Peu importait, j'avais la chance de la voir ouvrir sa boutique au loin, puis, quand les stores furent ouverts, je traversais et regardais furtivement, durant quelques fractions de secondes cette magnifique jeune femme. Je n'avais qu'une peur : que nos regards ne se croisent. Alors je regardais rapidement, bien trop rapidement à mon gout, mais je n'avais pas le choix. Je rois que je n'aurais jamais su comment faire si elle avait regardé de mon côté, si nos regards s'étaient croisés, si elle m'avait fait un signe de main… Mon dieu…
Heureusement pour moi, elle n'a jamais rien remarqué. Peut-être même qu'elle n'a jamais fait attention à mon passage tous les matins devant sa boutique. Après tout, elle doit être occupée sans cesse… Je suis stupide…
Alors, vous vous demandez certainement pourquoi, aujourd'hui, j'ai décidé de franchir le pas, d'entrer dans cette boutique ? Et bien… Vous remercierez ma mère.
Pourquoi ? Et bien parce qu'elle a décidé de me rendre visite pour les fêtes de fin d'année. Evidemment, Noel est une fête familiale et je m'attendais à la voir, mais je n'imaginais pas que c'était elle qui viendrait me voir, m'obligeant à non seulement ranger mon appart, mais en plus le décorer aux couleurs de Noel.
Non pas que je sois contre, mais la fainéantise m'avait largement poussé à faire dans le minimaliste avec un petit sapin artificiel, une ou deux guirlandes habillant le balcon, et on en parlait plus. Malheureusement, ma mère était bien plus à cheval sur les principes et, pour elle, Noel était sacrée. Et, duc oup, tout ce qui en découlait aussi : les traditions, les décorations, les chants…
Et moi, et bien je ne m'attendais pas à ce qu'elle débarque chez moi… Je sais déjà l'avalanche de reproches que je vais me prendre. Et je n'ai clairement pas envie de me prendre réflexions sur réflexions en ce moment.
Alors, depuis quelques jours, je cours les rues à la recherche de décorations ou même d'un sapin digne de ce nom. Et, ma mère étant des plus traditionnelles, il fallait que la maison soit emplie de roses de Noel. Et j'ai eu beau faire des boutiques et des commerces en tout genre, je n'ai rien trouvé… Et c'est en passant devant cette boutique de fleurs, ma boutique, que je me suis dis que le destin était parfois ironique. Je n'avais plus le choix, et la vie me faisait un violent rappel de ma condition de timide : je devais prendre mon courage à deux mains, et entrer dans cette boutique de fleurs, parler à cette vendeuse qui faisait battre mon cœur.
Merde, j'étais clairement dans la… merde. Mais je n'avais plus le choix, ma mère pouvait débouler d'un instant à l'autre et si mon appartement était bien décoré, je savais que l'absence de roses de Noel serait le premier prétexte à ma mère pour des reproches dont je me passerais bien.
Alors, je me suis décidée : je suis entrée. Ce qui me frappa en premier fut l'odeur entêtante de la multitude de fleurs. C'était agréable, c'était doux. Ensuite, j'ai vu la déco particulière et j'ai adoré le concept : au fond du magasin trônait une batterie qui servait de jardinière à plusieurs plantes et fleurs. Des guitares aux murs, des notes de musique… Et soudain le nom de la boutique prit son sens, et je trouvais ça génial.
Je marche vers son comptoir et mon cœur s'emballe soudain. Et si le courant ne passait pas ? Et si je ne l'attirais pas ? Elle n'était peut-être même pas attirée par les femmes… Je suis ridicule. Je vais me prendre une veste monumentale.
Vais-bégayer ? Vais-pouvoir prononcer un mot de façon audible ? Allez… Je me lance… Il le faut. C'était un mal pour un bien. Peut-être que je ne le regretterais pas.
« Hm Bonsoir… »
Elle est le nez dans son comptoir… Elle semble occupée, je devrais peut-être… non, non, c'est maintenant !
« Bonsoir. »
Mon Dieu… Elle est tellement jolie. Je n'avais jamais bien vu ses yeux, ils sont magnifiques !
Nous entamons le dialogue, c'est surréaliste pour moi. Elle est tellement belle. Elle le sait au moins ? Non parce que son air timide et gênée… Elle est si mignonne. On dirait que… On dirait qu'elle rougit, non ? Non, ça doit être moi. Je l'ai surprise, c'est tout. Elle s'attendait à fermer sa boutique et moi je viens la saouler avec mes roses.
« Ah… Les poinsettias. »
« Des poinsettias ? »
« C'est leur nom. On les appelle plus communément les roses de Noel. »
« Oh oui, c'est ça ! Alors, vous en avez ? »
« Hm non désolée. »
« Oh… »
Et merde… J'avais une infime chance… Elle semble déçue pour moi et je m'en veux de la tracasser ainsi.
« Mais je peux en commander ! »
« Oui ? »
Super ! Déjà parce que je complèterais la déco avec et qu'ensuite, cela me permettra de revenir et de la revoir. Elle semble soulagée d'avoir trouvé une solution. Et moi… Bah moi, je suis contente de me dire que ce n'est probablement pas l'unique fois où je la verrais et où je lui parlerais.
On se met d'accord pour une prochaine fois. Je lui donne ma carte, c'est toujours plus facile pour se contacter. En plus, comme ça elle a mon numéro. C'est elle qui me rappellera… Cette idée me plait mais l'échange est trop court, bien trop court. Mais elle allait fermer et je ne peux pas me permettre de la retenir plus.
Je lui glisse ma carte, elle la prend et l'étudie rapidement avant de sourire… Dieu que son sourire est mignon. Bon, il faut que je me casse de là avant de rougir et d'être de moins en moins discrète.
Quand je sors, j'ai l'impression de retrouver l'air que j'avais l'impression de retenir depuis que j'étais entrée. Je n'ose pas me retourner, de peur de croiser son regard. Alors je file, comme une voleuse, serrant mon sac contre moi jusqu'à mon appart.
Dois-je faire encore semblant maintenant ? Dois-je continuer à passer devant sa boutique tous les matins ? Si elle ne s'en est jamais aperçu, elle ne verra jamais la différence. Mais si… Mais si elle m'avait déjà vu, plusieurs fois, devant sa boutique… Ne plus y passer apparaitrait bizarre, non ?
Rahhh mais pourquoi je me prends autant la tête ? Si, par chance, cette fille s'intéresse aux femmes, y'a peu de chance qu'elle soit célibataire… Non mais sérieusement, je suis une cause perdue… Bon, trêve de rêveries, j'ai faim, je suis fatiguée, physiquement et moralement. Finalement, je vais avoir mes roses, ma mère sera contente et moi… Bah moi, je les contemplerais en pensant à ma belle fleuriste.
« Gary, il faut que tu m'aides ! »
Evidemment j'utilise un ton ouvertement dramatique pour le toucher, mais ça n'a pas l'air de fonctionner, bien au contraire.
« Houlà, qu'est-ce qu'il t'arrive ? »
« J'aurais besoin que tu me trouves des poinsettias. »
« T'es sérieuse là ? »
« J'ai l'air de plaisanter ?! »
« Oh… T'es sérieuse donc… »
« Et toi, t'as l'air vachement grave, pourquoi ? »
« Lexa, t'es sérieuse… Tous les ans je te demande si tu en veux. A chaque fois, tu me réponds que non. Cette année, j'ai filé tout mon stock à d'autres. »
« Il ne t'en reste même pas quelques-unes ? »
« Pourquoi ce soudain intérêt pour ces fleurs ? Toi qui disais que cette tradition de Noel était désuète. »
« … »
« Lexa ? »
« C'est pour une cliente. »
« Hm je vois… »
Il sourit comme un crétin, j'ai envie de le baffer. Mais comme il est potentiellement mon sauveur, je m'abstiens de tout commentaire, et je souris poliment.
« Oui super. Alors ? »
« Alors quoi ? »
« Tu peux m'en fournir ou pas ? »
« Désolé. »
« Merde ! »
« Hey doucement, doucement… »
« Je… Désolée… C'est juste que… »
« Ecoute, tu me fais de la peine. »
« Ah ah, très drôle. »
« Je pourrais peut-être faire quelque chose. »
« Vraiment ? »
« Mais je ne te garantis rien, et ça ne sera pas pour demain. »
« Pour quand alors ? »
« Au mieux ? En fin de semaine. »
« … »
« Je ne peux rien te promettre d'autre. »
« Ok, ok… Je te fais confiance. »
« Et, bien évidemment, ça va couter un peu plus cher. »
« Peu importe. »
« Wow… Et bah… Elle doit valoir le coup hein… »
« … »
Il glousse, j'oscille entre l'étrangler ou le serrer dans mes bras. Vous allez me dire : mais tu aurais pu aller en acheter dans une fleuristerie… Oui, mais le problème étant que je suis connue dans le coin et que ça aurait été mal vu d'aller acheter des fleurs ailleurs que chez moi, ma réputation en prendrait un coup, et s'il y a bien une chose à laquelle je tiens, après mon magasin, c'est ma réputation.
« Ecoute, je te le revaudrais ok ? »
« Ouais, j'y compte bien. » Et, évidemment, avant de partir, il se retourna, sourire aux lèvres « Qu'est-ce que je ne ferais pas pour les amours… »
Il me saoule… Mais clairement, il me sauve. Cela fait deux jours déjà, et sa carte est dans ma main, je joue avec entre mes doigts. Dois-je l'appeler ? La tenir au courant ? Bizarrement, depuis qu'elle est entrée dans ma boutique, je ne la vois plus le matin. Aurait-elle trouvé ailleurs ? Merde…
Du coup, je n'ose pas l'appeler, j'ai trop peur de sa réponse. En même temps, une potentielle cliente non satisfaite aurait totalement le droit d'aller voir ailleurs si l'herbe était plus verte. Ais-je le choix ?
Je prends mon téléphone, je me bafferais d'être aussi fébrile, je compose son numéro et… Ca sonne… Encore et encore… Merde, je vais vraiment devoir laisser un message ? Je déteste, littéralement, parler à un répondeur. J'ai l'impression de parler dans le vide. Mais finalement, au bout de trois sonneries.
« Oui, allo ? »
« Oh euh… Bonjour… Je… Je suis Lexa… La fleuriste… Vous savez… »
« Ah oui ! Drums n' roses ! »
« Oui voilà. Je… Je vous appelle pour la commande de poinsettias. »
« Oh, génial ! Vous les avez ?! »
« Oh euh… Je les ai commandés. Je les recevrais en fin de semaine… »
« … »
« Ok, j'imagine que vous vous attendiez à les recevoir plus tôt. C'est ok si, finalement, vous les trouvez ailleurs. Je comprendrais. »
Ce silence fut interminable. Sérieusement, j'ai bien cru qu'elle allait me raccrocher au nez, mais soudain…
« Non, non, c'est parfait. Le timing sera parfait. Je… Appelez-moi dès que vous les aurez, je passerais. »
« Ok, pas de soucis. »
« Merci beaucoup, vous me sauvez la vie ! »
« Ouais… Je… y'a pas de quoi, vraiment, c'est mon job. »
« Oui, bien sûr. Alors… A bientôt. »
« Ouais… A bientôt. »
Je raccroche et là… C'est mon job ? Vraiment ? Alors là, si elle ne pense pas que je suis une pimbêche qui sait ce qu'elle vaut… Ca craint… Va falloir que je rattrape le coup. Mais comment ?
Et j'ai attendu… J'ai attendu Gary toute la semaine, j'ai attendu de ses nouvelles. J'ai cru que j'allais le tuer. L'échéance arrivait bientôt à son terme et j'avais peur de ne pouvoir honorer ma commande… Ma… Promesse. Et même si cette magnifique blonde était une des raisons qui faisait que je ne pouvais accepter l'échec, c'était aussi mon amour propre en tant que fleuriste renommé qui allait en pâtir.
Je m'étais résolue à un échec, mais…
« Hey belle brune ! »
« Gary ! Bon dieu, mais qu'est-ce que tu foutais ?! »
« Et bah ravi moi aussi de te revoir. »
« Tu les as ? »
« Hey, respire ok ? »
« Tu ne les as pas… »
« Je les ai. »
Ouf, je respire enfin.
« Mais… »
« Mais quoi ? »
« J'en ai pas autant que tu espérais. »
« Ca veut dire quoi ? »
Il sortit de derrière son dos un pot en osier surmonté d'un ruban rose. Dedans, une poinsettia. Une seule et unique.
« Qu… Quoi… C'est tout ? »
« Je suis désolé. J'ai fait ce que j'ai pu… Mais on est littéralement la veille de Noel. Les seules que j'ai pu trouver étaient de mauvaise qualité. Moi-même je n'aurais pas voulu les refourguer à mon meilleur ennemi. »
« … »
« C'est la seule, potable, que j'ai pu trouver. Je suis désolé. »
Je le regarde, puis je regarde le pot. Que faire ? Si je ne lui apporte que cela… Elle me rira au nez. Et elle regretterait certainement de ne pas avoir été ailleurs pour en trouver. Je suis coincée. Il est trop tard pour lui dire que je n'en ai pas. Elle serait déçue… Je fixe mon regard sur la seule poinsettia : elle est belle, d'une belle couleur, bien développée…
« Je la prends. »
Je suis restée devant ce pot de fleurs deux jours entiers. Oui, je sais, c'est pathétique. Mais j'ai essayé d'imaginer la meilleure façon de lui présenter la chose : en un sens, j'avais échoué. Certes, elle aurait ses fleurs… Enfin, sa fleur. Mais j'imagine qu'elle en attendait plus. Et lorsqu'elle viendrait prendre ce qu'elle imaginait être un cargo de poinsettias, je n'ose imaginer sa déception et je n'ai clairement pas envie de la lire sur son visage. Il fallait que je trouve une solution, une compensation. Elle devait passer dans moins de trois jours…
Je soupirais tandis que l'heure de fermer les portes de ma boutique arriva. Je vérifiais une dernière fois ma caisse et quand je levais le nez, quelques flocons tombèrent.
« Et merde, manquait plus que ça… »
Je jetais un dernier regard sur le pot posé sur mon comptoir. Posée juste à côté, la carte de Clarke. Comme souvent, je joue avec ce bout de carton entre mes doigts, jusqu'à ce que… Bingo !
Mais franchement, qu'est-ce que je fous là ? Vraiment… Elle va me prendre pour une folle. Est-ce que vraiment c'était la seule solution ? Non seulement je vais probablement la décevoir, mais en plus, la surprise n'est peut-être pas ce qu'elle préfère. Comme moi d'ailleurs : je déteste les surprises.
Non vraiment, je devrais faire demi-tour. Il fait froid, il neige. Et je sers le pot de poinsettias contre moi comme s'il allait me réchauffer. Je suis devant cette porte et j suis pétrifiée. Quelle serait sa réaction ?
Si j'attends encore plus longtemps, elle partirait se coucher et je me retrouverais avec une fleur gelée et un énorme rhume.
Alors, j'ai pris mon courage à deux mains et j'ai sonné. Je n'ai pas insisté et j'ai attendu… Quand le cliquetis du verrou retentit, j'afficha mon plus beau sourire cool et apaisé, mais je le perdis bien vite lorsque la personne qui se présenta devant moi, n'était en rien Clarke.
« Oh euh… Bonsoir… »
« Bonsoir. »
« Je… j'ai dû me tromper, je cherchais le 422… Clarke Griffin ? »
« Ah, c'est bien ici ! Attendez : CLARKE ! Clarkie chérie, y'a quelqu'un pour toi. »
Clarkie chérie ? Merde… Pas une seule minute j'ai pensé que… Et me voilà, avec ce stupide pot… Elle va se foutre de moi.
« Oh euh, c'est pas grave. Tenez, c'est pour elle. »
« Attendez, elle est dans la salle de bain surement, vous pouvez entr… »
« Non, non ça ira. Je… Je dois rentrer. C'est… Elle m'avait demandé… Enfin voilà… »
Sans réfléchir, je lui colle le pot dans les mains et je déguerpie sans attendre. La neige dense m'empêche d'entendre ce qu'elle me dit… Mais je n'en ai rien à faire. Je viens de me prendre une honte monumentale.
Evidemment que cette bombe blonde a quelqu'un. Ce qui est rassurant c'est qu'elle semble jouer dans la même équipe que moi… Sauf que, visiblement, elle a déjà trouvé une partenaire de jeu. Je suis déçue et je me sens terriblement stupide. Elle ne passait plus par ma boutique et je ne regrettais. A présent, j'espère qu'elle n'y passera plus.
Lorsque je reviens chez moi, ma seule idée est de me plonger dans un bain chaud et de m'immerger pour ne jamais en sortir. Il y a encore une semaine, cette belle inconnue n'était qu'une passante devant ma boutique, à présent, c'est un coup de cœur qui risque de me le briser… Je ne suis pas prête.
« Qui c'était ? »
« Bah… J'ai rien compris… »
« Qu'est-ce que tu fais avec ces fleurs ? »
« Bah… Elle me les a collées dans les bras et s'est enfui, je te dis, j'ai rien compris. »
Je m'approche et je constate une magnifique poinsettia d'une taille impressionnante « Elle est sublime. »
« Ouais c'est une fleur… »
« Ray, t'y connais rien. »
« Oh, excuse-moi, princesse. Alors, tu la connais ? »
« Bah… J'en sais rien je… » je n'avais pas la moindre idée jusqu'à ce que mes yeux se porte de nouveau vers la fleur « C'est… Elle ? »
« Elle qui ? Une prétendante ? Encore ? »
« Non, non, c'est… A quoi elle ressemblait ? »
« Plutôt jolie. Je dirais même… Carrément ton style : brune, de beaux yeux verts, une bouche pulpeuse… »
« Lexa… » murmurais-je alors « Mais pourquoi… »
« J'en sais rien, elle a paniqué… Je crois que je lui ai fait peur. »
« Je t'avais dit de faire ce masque à l'argile verte bien plus tôt. »
« Ah ah, très drôle. Tiens. »
Je prends le pot avec délicatesse et je décide de le poser sur ma table. Il est superbe. Mais pourquoi est-elle venue jusqu'ici. Pourquoi m'avoir apporté cette fleur ? J'aurais pu venir la chercher moi-même.
« Hey Clarkie, c'est quoi ça ? »
« Je t'ai déjà dit de ne pas m'appeler comme ça. »
« Oh ça va, je t'appelle comme ça depuis le jardin d'enfants. »
« Oui, mais on ne l'est plus, au jardin d'enfants. »
« Hm… Clarkie serait tatillonne… Serait-ce le premier signe d'un émoi quelconque. »
« La ferme ! »
« Attends… C'est elle ? La fille dont tu me parlais depuis des semaines ? Cette… » Elle fixa la poinsettia, j'étais cuite, elle savait « La fleuriste ? Oh bordel… »
« Plus un mot. »
« Oh si, au contraire ! Ca fait des semaine que tu me bassines avec elle ! »
« Il n'y aura rien. »
« Pourquoi ? »
« Parce que, déjà, je ne sais pas si elle est… Des nôtres. »
Raven pouffe, je déteste quand elle fait ça « T'es aveugle ou quoi ? Elle joue 100% dans notre cour. Et vu la tête qu'elle a fait quand j'ai ouvert, y'a des chances qu'elle soit, à présent, jalouse. »
« … »
Je déteste ressentir ça : un mince espoir que, peut-être... Mais... On se connait à peine. L'amour au premier regard ? Le coup de foudre ? N'importe quoi !
Je vois Raven me passer devant et s'appesantir sur le pot sur la table « Clarke… Viens voir. » dit-elle dans un sourire. Je m'approche alors et… Non… Vraiment ? C'est…
Je souris alors.
Ce fut la nuit la pire que j'ai vécu depuis des lustres. Dès que je fermais les yeux, c'était pur voir le visage de cette inconnue ouvrir la porte d'un large sourire et d'appeler Clarke « chérie ». Merde, je suis vraiment jalouse d'une nana que je ne connais pas ?!
Elle a du bien se foutre de moi avec sa copine. Merde… Et je dois retourner bosser en cette veille de Noel. Si je pouvais, je resterais cachée sous ma couette, au chaud avec des pancakes et Netflix. Mais c'était un de ces jours, avec la Saint Valentin, où je vendais le plus : des décorations tardives, des invités n'ayant pas la moindre idée de cadeaux, un mari voulant se faire pardonner de l'oubli d'un achat quelconque ou de son inactivité durant les préparations. Peu importe, cette veille de festivités était importante.
Alors, j'ai pris mon courage à deux mains, j'ai pris une rapide douche puis un fruit avant de partir ouvrir ma boutique. Et cela n'a pas désempli de la journée : chaque minute, de nouveaux clients, toujours plus pressés, toujours plus pressants. Vraiment, c'était cette liesse qui me faisait me détourner de Noel. Franchement, tant d'ardeur pour quelques heures…
Mais je ne vais pas cracher dans la soupe, cette journée m'apporte un bonus qui met du sel dans mes épinards comme on dit… Entre vous et moi, j'ai jamais compris cette expression parce qu'avec ou sans sel, les épinards sont dégueu soit dit en passant.
Bref… La nuit commence à tomber, signe que je vais bientôt fermer boutique. Avec tout ça, je n'ai guère eu le temps de penser à Clarke. Heureusement pour moi, elle n'est pas passée… Etait-ce du soulagement ou… De la déception ?
Non, avec Noel, elle devait certainement avoir des choses à faire, une famille à accueillir. Il est bientôt l'heure de la fermeture, un soulagement quand même. J'ai hâte de poser mes fesses dans le canapé et de manger mes plats chinois qui m'attendent sagement dans le frigo.
Et alors que je finissais de compter ma caisse, j'ai entendu la clochette de ma porte, signalant un dernier client retardataire.
« Désolée, on est fermé ! » lançais-je sans vraiment lever le nez.
« Décidemment, j'ai l'art et la manière de débouler au pire moment, non ? »
Cette voix… Instinctivement, je lève mon regard et tombe sur celui, azur, de ma belle blonde « Oh… Désolée, je ne vous avais pas vu. Je… Je peux faire quelque chose pour vous ? »
« Hm… J'aurais aimé vous appeler mais… Je n'ai pas pensé à récupérer votre numéro quand vous m'avez appelé. »
« Oh… Vous vouliez quelque chose ? »
Elle s'approche, un petit sourire au bord des lèvres, elle va se foutre royalement de moi… Attention, c'est parti. Elle s'accoude au comptoir…
« Je n'ai pas eu le temps de vous remercier pour les fleurs. »
« Ah ça, je suis désolée. »
« Désolée ? »
« Je vous avais promis de vous en avoir et… Je n'ai réussi à obtenir que cet unique pot. »
« Mais il est magnifique ! »
« Ouais mais… »
D'un geste, elle posa une de ses mains sur mon avant-bras. Mon cœur s'emballe, j'espère qu'elle ne le voit pas.
« C'était adorable d'avoir fait votre possible. »
« Ouais… »
« Je vous dois combien du coup ? »
« Oh non, non, c'est pour moi. »
« Quoi ? Hors de question ! Je tiens à payer ! »
« Non, je n'ai pas honoré l'entièreté de la commande. Ce pot est... un cadeau de Noel. » Je souris bêtement. J'essais de faire quoi là ?
« Je n'aime pas me sentir redevable ! » grogna-t-elle de la plus adorable des manières.
« Et bien tant pis. » m'amusais-je.
« Ce n'est pas très commerçant. »
« Mais c'est commercial. »
Elle sourit à son tour. Merde, je pourrais tuer des gens pour ce sourire. Mais je me souviens bientôt qu'elle offre aussi ses sourires à une autre, une belle latino aux yeux félins.
« Vous… Il est tard, vous devriez retrouver votre copine. »
« Ma copine ? »
« Cette femme qui m'a ouvert. »
« Ah d'ailleurs : pourquoi vous êtes enfuie si vite ? »
« Je… je ne voulais pas déranger. »
« Déranger ? J'aurais pu vous remercier de vive voix. Je pense simplement que vous aviez envie que je revienne vous voir, non ? »
Je rêve où elle me fait du rentre-dedans ? Non, je dois me planter… Elle… Elle est prise, non ? »
« Je euh… »
« Et j'imagine aussi que ce n'est pas pour rien que vous avez laissé ceci accroché au pot. »
Elle me tendit alors le brin de gui que j'avais mis pour décorer le pot « Oh ça, c'est juste une chute d'un bouquet qu'il me restait alors… »
« Hm… Je comprends. C'est gentil. » Elle se redressa et garda le brin de gui en main avant de s'éloigner « Bon, je ne vous retiens pas plus. Vous avez surement des préparatifs de votre côté. »
« … »
« Alors… Bon réveillon. »
« Ou… Oui, à vous aussi. »
Et elle sortit, et mon cœur se brisa une nouvelle fois. Cette rencontre aura été la plus belle mais aussi la pire des nouvelles rencontres de ces dernières années. Et alors que je prenais mon sac et que je faisais le tour de mon comptoir, la porte s'ouvrit de nouveau, avec fracas. Surprise, je sursaute avant de voir de nouveau Clarke.
« Vous savez quoi ? Non. »
« Non ? »
« Non, hors de question de finir cette entrevue comme ça ! »
« Pardon ?! »
« Qu'est-ce que vous pensiez ? » dit-elle en s'approchant de moi « Vous vous pointez chez moi, vous voyez ma meilleure amie et vous vous enfuyez… »
« … Votre… Meilleure amie… »
Elle semble furax et continue sur sa lancée, comme si je n'avais pas ouvert la bouche « Vous mettez un brin de gui dans le pot et, pour finir, vous ne voulez pas que je vous paie pour cette poinsettia ?! C'est quoi ce délire ?! »
« Je… Quoi ? »
Merde, elle semble furax et en même temps… Elle s'approche de moi…
« Dites-le, si je vous plait, et qu'on en finisse ? » lança-t-elle.
« Quoi ? Non, non, bien sûr que non ! »
« Ah je ne vous plait pas ? »
« Non, enfin voyons, je … Non ! »
« Ce brin de gui n'était en rien un signe ? »
« Non, c'est juste du gui. »
« Ah oui ? Et vous, en tant qu'experte des fleurs et plantes, vous n'êtes pas sans savoir qu'on est sensé s'embrasser dessous au moment des fêtes. »
« … »
Je suis paumée : je n'arrive pas à savoir si elle est énervée contre moi ou si elle me fait un rentre-dedans agressif. Dans les deux cas, elle est impressionnante. Elle semble sûre d'elle et, moi, d'habitude je le suis encore plus. Mais là…
« Alors, non, je ne suis pas d'accord que cette journée se termine ainsi. »
« Alors, quoi… Elle devrait se terminer comment ? »
Clarke me fixe et plisse les yeux, comme si elle tentait de lire dans mes pensées « Vous pouvez être franche avec moi ? »
« Allez-y. »
« Ca fait combien de temps ? »
« De quoi ? »
Elle s'approche et soudain son visage semble se détendre, il est amical et souriant, je fonds littéralement. Elle s'approche encore et souffle « Que tu m'as remarqué derrière ta vitrine ? Que tu sais que je passe tous les matins devant. »
Je crois que je suis en train de faire une crise cardiaque. Elle est si près que je peux sentir son parfum, très agréable et doux au demeurant. Ses lèvres, j'ai beau faire ce que je veux, mes yeux ne se posent que sur ses lèvres. J'ai tellement envie de l'embrasser que j'écoute à peine ce qu'elle me dit.
« Hein ? Quoi ? »
Elle sourit en penchant sa tête légèrement sur le côté « Ca fait combien de temps que tu craques sur moi ? »
Oh merde… Sérieux ? Elle m'affiche là ? Merde, merde ! Je fais quoi ? Non, non Lexa, ressaisis-toi ! T'as pas l'habitude qu'on prenne les rennes à ta place, ok ? Donc, tu respires et tu reprends pied.
« Et toi alors, ça fait combien de temps que tu m'as remarqué dans ma boutique ? »
AH AH ! Bien envoyé celle-là hein !
Elle a l'air surprise. Elle aime le répondant ? Elle va en avoir.
« Hm… Je réponds à la tienne, si tu réponds à la mienne avant. »
Est-ce qu'il fallait être franche ou mentir ? Qu'est-ce qu'il se passerait si elle apprenait que je n'ai pas dit la vérité ? Et si… Et si entre elle et moi ça pouvait… Non. On se connait à peine…
« Ok. Ok… Ca fait… Quatre semaines, cinq jours, trois heures et quelques secondes. Et toi alors ? »
« Quatre semaines, cinq jours, trois heures et trente trois secondes. »
« Non, sérieusement… »
« Trente-cinq… Trente-six… Trente-sept. » Elle sourit, elle aime ça, elle jubile même. Ca me fait rire.
« Je vois. On se croit maligne. »
Elle agita le brin de gui devant elle « Moins que certaines visiblement… »
« Je n'ai pas fait ça pour ça. »
« Ah oui ? Alors dans quel but hein ? » Elle s'approche, elle va tout de même pas…
« On se connait à peine, et tu comptes vraiment m'embrasser là comme ça ?! »
« Hm, ça se pourrait bien… Me repousserais-tu ? »
« C'est de la folie… »
« Quoi ? De s'embrasser ou de me repousser ? »
« Les deux… Je crois. »
Elle tend son bras au bout duquel se trouve le gui… Elle est sérieuse ? C'est digne d'une comédie romantique de Noel. Totalement cliché et désuet mais… Ca me plait.
« Alors, on continue à se regarder dans le blanc des yeux où je… »
Sérieusement, je pouvais plus tenir ! Déjà parce que je déteste qu'elle ait le dernier mot, ensuite parce que, moi aussi, j'aime mener la danse ! Maintenant que j'ai réussi à lui clouer le bec, je vais lui prouver que, moi aussi, je sais ce que je fais ! Je sens qu'elle se détend, je l'empoigne doucement et j'accentue le baiser… Je dois marquer le coup, après tout, c'est notre premier baiser. Et vu la tournure que ça prend, ça ne sera clairement pas le dernier.
Lorsque je m'éloigne, ses joues sont roses, surement comme les miennes. Mon cœur tambourine si fort, est-ce qu'elle l'entend ? Merde, j'espère qu'elle ne l'entend pas…
« Merci pour la fleur… » murmura-t-elle contre ma joue « Appelle-moi. »
Compte clairement là-dessus. Je t'appellerai, je t'emmènerai en rencard, et plus d'une fois. Oh oui, je vois ça d'ici : toi et moi, on choisira notre future maison. Tu prendras un chien et je consentirai à envisager l'éventualité, un jour peut-être, de porter notre premier enfant. On se mariera et on vieillira ensemble. Oh oui, sois sûre de tout ça. Je t'appellerai.
Elle envisageait cela, et bien plus encore. Les enfants attendraient encore un peu, mais pour l'heure, Lexa fermait sa boutique de fleurs pour ce midi. Et, comme bientôt deux ans, alors qu'elle s'apprêtait à fermer sa porte à clés, une silhouette apparaissait « Hey ! »
« Hey belle blonde. Toujours à l'heure. »
Clarke se glissa entre sa compagne et la porte et l'embrassa sur le bout du nez « Il fait tellement froid dehors ! »
« On est la veille de Noel, tu t'attendais à quoi ? »
« Oh ça va la rabat-joie. Alors, tout est prêt pour ce soir ? »
« Tu tenais tellement à ce que Noel se passe dans mon appart… »
« Notre appart. » rectifia Clarke « Jusqu'à ce que l'on trouve notre nid à nous. Et oui, je tenais à ce que ça se passe là-bas. Tu sais à quel point ma mère tient à cette fête. Et nous avons un accord : la veille de Noel ici, le jour de Noel chez elle. »
Lexa sourit et la prit par les hanches « Tu te souviens, y'a deux ans jour pour jour, tu m'embrassais ici même. »
« Je m'en souviens. Heureusement, d'ailleurs, que j'ai fait le premier pas… Sinon, je serais toujours célibataire ! » railla-t-elle.
« Ah, ah, mais c'est drôle ça. Continue comme ça et on pourrait remédier à ça. »
« Tu n'oserais pas. Tu es accro à moi. »
« Bah voyons ! » dit-elle en levant les yeux « Allez, dépêche-toi. On a des courses à faire. »
« Bien chef ! »
Clarke aida Lexa a enfilé son manteau, et elles quittèrent la boutique de fleurs ensemble, bras dessus, bras dessous, partageant un large sourire. Quelques flocons commencèrent à tomber doucement sur leurs épaules. Comme chaque année, Lexa se faisait un devoir de garnir sa boutique de poinsettias pour la période hivernale et en offrait une chaque jour de Décembre à sa belle.
Et sur chaque rose de Noel offerte, elle glissait un petit mot, une promesse, qu'elle se ferait un honneur de tenir. Promesse allant des plus sérieuses aux plus légères : un chien, une maison, une piscine, un mariage, une petite fille, ou un petit garçon, une moto, un voyage en France, une nouvelle coupe de cheveux ou simplement un tendre baiser pour s'endormir…
Tout cela, et bien plus encore, elles le réaliseraient.
FIN
