Synopsis : Harriet Potter, sang-mêlée, rêve d'aller à Poudlard pour étudier sous le plus grand maître de potions d'Angleterre, mais dans un UA où l'école n'accepte que les Sang-Purs, le seul moyen d'atteindre son but est de changer de place avec son cousin sang-pur. Le seul problème ? Son cousin est un garçon.

Note de l'auteure : C'est un Harry Potter à la sauce Alanna la Lionne. Vous n'avez pas besoin d'avoir lu cette dernière série, sachez juste que la base, c'est une fille qui désire aller à une école de chevalerie et change de place avec son frère jumeau pour faire cela. D'aussi loin que HP est concerné, ceci est un UA. C'est basé dans un monde où il n'y a pas de prophéties, Voldemort est devenu un politicien plutôt qu'un terroriste et – ah oui, Harry est maintenant Harriet. Ceci, avec plein d'autres éléments de l'histoire en général peut sembler cliché mais j'ai fait de mon mieux pour rendre l'histoire à la fois amusante et touchante, réaliste et fantastique. Bonne lecture !

Note de la traductrice (15/09/2019 légèrement mis à jour) : Bonjour à tous ! Me voici donc ici comme promis avec une nouvelle histoire mais cette fois, il s'agit d'une traduction de la formidable histoire de murkybluematter (alias Violet Matter). J'ai découvert par hasard une mention de cette histoire sur Tumblr, je me suis lancée dedans un peu curieuse et croyez-moi, j'ai été happée ! D'où mon désir de vous la faire partager en français.

Concernant l'histoire, elle est à ce jour en cours avec cinq tomes, le chapitre 2 étant sorti en décembre dernier (2021). Pour ce qui est de la longueur, on est au total à environ 1 million 500k mots. (Oui, ses chapitres sont des monstres.)

Pour ce qui est de la traduction en elle-même, pour tout ce qui est Harry Potter, je me base sur la traduction de Jean-François Ménard (sauf pour Drago Malefoy et Rogue qui resteront en anglais, Draco Malfoy et Snape juste parce que j'aime pas le français). Pour tout ce qui est murkybluematter, nom de lieu ou nom de personne, je vais rester sur la version anglaise. Concernant le prénom de Harry – Harriet – son prénom apparaît écrit Harriett ou Harriet. Lors de son passage sur AO3, Violet est partie sur Harriet (qui est aussi la version la plus commune d'écrire ce nom), donc je pars là-dessus. Je traduirai les mots de l'auteure quand il y a des infos intéressantes.

Pour finir, je remercie ma formidable amie, elooli-chan pour m'avoir pointé du doigt mes fautes de français et d'adaptation. Cette traduction est pour toi ! :3

Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture !

PS : Le titre veut littéralement dire "Le Simulacre Sang-Pur"

PPS : Ah et j'ai oublié de dire que j'ai l'accord de Violet (murkybluematter) pour la traduction de son histoire !

NDT 15/08/2022 : Violet a enfin commencé à faire un cross-posting sur AO3, corrigeant et améliorant l'histoire. J'en profite donc pour appliquer les nouveaux changements avec les dernières corrections au niveau de la traduction des chapitres en continuant à traduire en parallèle le tome 2. L'ebook de la traduction sera disponible dès que Violet aura fini de mettre la nouvelle version de PP sur AO3 et que j'aurais tout corrigé et mis à jour. Pour ceux qui préfèrent, vous pouvez maintenant lire PP sur AO3 (j'y ai le même pseudo). Attention, j'y ai déjà publié deux fanfictions de cette histoire en anglais qui peuvent vous spoiler.


Chapitre 1

« Est-ce qu'un des tours de mon père a transformé ton cerveau en porridge ? »

Arcturus Rigel Black plaqua une main sur la bouche de sa cousine tout en jetant un regard inquiet vers le couloir poussiéreux.

« Tu ne peux pas dire des choses comme ça à voix haute, Harry. Qui sait ce que ta mère nous ferait si elle t'entendait ? »

Harriet Potter se laissa entraîner en haut de l'escalier exigu puis dans la chambre d'Archie, plutôt habituée au cinéma de son cousin. Sa mère, dans le parloir avec son père et ses oncles, était bien loin de portée de voix, et ce n'était pas comme si les têtes décapitées des anciens elfes de maison allaient les dénoncer, mais quand Archie voulait être dramatique, il était dramatique. Elle attendit donc patiemment tandis qu'Archie tirait la commode pour barricader la porte et se laissa aller à lever un peu les yeux en l'air quand il fourra son mouchoir dans le trou de serrure pour bonne mesure.

« C'est bon ?

– Ouais, c'est bon. »

Il se laissa tomber sur le lit comme si les cinq dernières minutes l'avaient épuisé au plus haut point et la fixa à travers sa frange en bataille.

« S'il te plaît s'ilteplaîts'ilteplaît, dis-moi que tu rigoles. »

Elle assimila sa pathétique expression d'espoir avec un petit sourire.

« Je ne rigolais pas. J'ai convaincu maman et papa que je voulais aller à l'American Institute of Magic. »

Pas que cela avait été compliqué ; le fait qu'elle présente un grand enthousiasme pour une école autre que Poudlard avait été un grand soulagement pour ses parents, sans aucun doute.

« Je n'arrive pas à y croire. »

Archie se laissa retomber sur les couvertures et cligna des yeux face au plafond comme une chouette éblouie par le soleil.

« Ça y est. Je vais vraiment devenir Guérisseur. Harry, je… »

Il prit une profonde inspiration pour se calmer.

« Je ne sais pas si je pourrai te remercier un jour. »

Harry tendit le bras pour tapoter gentiment son cousin sur la main.

« Tu m'aides tout autant, tu te rappelles ? Sans toi pour prendre ma place à AIM, je ne pourrais pas prendre la tienne à Poudlard.

– Oui, j'imagine que non, rit Archie, un peu à bout de souffle, et un large sourire illumina son visage rond avec malice. Alors, c'est quoi la suite ? »

Harry sortit un bout de parchemin abîmé de sa poche. Elle prit une plume et de l'encre de la table de nuit d'Archie et barra "mentir aux parents comme des arracheurs de dent" de sa liste. Archie avait écrit la liste, ce qui expliquait pourquoi "sauter de joie" était l'unique élément hormis "devenir une fille" qui n'était pas barré.

« Bien, dit-elle. On ne peut échanger nos valises que la nuit d'avant notre départ, donc à part mettre la main sur le Polynectar, c'est tout.

– D'accord, dit Archie. Donc quand j'arriverai à AIM, je dirai à la directrice que la personne qui a transcrit le formulaire à travers la Cheminette s'est trompée, et que mon nom est Harry, pas Harriet. Ils ne connaîtront pas assez bien le Livre d'Or anglais aux États-Unis pour se douter de quoi que ce soit.

– C'est ça.

– Ce que je ne comprends pas, c'est comment toi… »

Là, Archie pointa sceptiquement dans la direction générale de son visage.

« …tu vas te faire passer pourmoi.

– Parce que tu es si unique, rétorqua Harry sèchement. Tout le monde connaît l'héritier Black, mais tu n'as pas vraiment d'amis…

– Hé !

– … à part moi, et j'ai hérité suffisamment de traits sang-purs de mon père pour même passer l'examen de Lord Malfoy », termina-t-elle, relevant son nez pour appuyer la susmentionnée "bonne" lignée.

Archie plissa les yeux en un jugement moqueur.

« Hmm, oui, celui-là a en effet le nez et les pommettes d'un sang-pur. Les yeux sont bien trop ordinaires – si seulement ils étaient d'un gris noble plutôt que cette commune teinte vert bouteille – mais ce menton parfaitement bien ciselé rattrape tout ça. Mais les cheveux ! Oh, par Merlin, pas un sang-pur n'en virent un jour de pareils. »

Harry jeta paresseusement un oreiller à son expression snob.

« Nos cheveux sont de la même couleur, aussi noirs[1] que ton nom de famille.

– Ce n'est pas la couleur qui pose problème, gloussa-t-il, c'est la texture. La tignasse Potter est plutôt caractéristique.

– Ce n'est pas si grave », dit Harry d'un air renfrogné sur la défensive alors que son cousin affichait une expression d'évidente incrédulité.

Archie secoua la tête avec regret.

« Désolé, cous', mais n'importe qui en Angleterre qui voit ces cheveux les associeront tout de suite à ton père. Sa photo est dans les journaux trop souvent. Les cheveux doivent disparaître si tu veux passer pour moi.

– Mais tu as des longs cheveux, fronça-t-elle les sourcils, touchant du doigt une mèche mi-longue. Ça va faire bizarre si tu les as courts tout d'un coup.

– On va en faire un grand geste. Demain, toi et moi allons tous les deux nous faire couper les cheveux en l'honneur de la fin de notre enfance. Avec de la chance, cela te fera ressembler à un garçon efféminé et moi à un garçon manqué », dit Archie.

Elle remarqua que l'idée ne semblait pas l'enthousiasmer.

Harry grimaça elle aussi, imaginant simplement l'expression de sa mère quand ils reviendraient du coiffeur. Il n'y avait rien à y faire, pourtant. Ils devaient se ressembler le plus possible, s'ils voulaient que leur plan continue au-delà du premier semestre. Une fois leur ruse lancée, quelques centimètres de cheveux allaient sembler risibles à côté de toutes les autres choses qu'ils allaient devoir faire.

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Le jour suivant, Archie et elle se rendirent dans l'un des barbiers du chemin de Traverse et dirent au revoir à leurs cheveux longs – et dans le cas de Harry, indisciplinés. Avant même qu'elle ne s'en rende compte, l'entêté nid de corbeau que son père ébouriffait toujours quand elle approchait avait disparu. À la place, elles avaient des mèches coupées ras qui bouclaient gentiment autour de son front et de ses oreilles.

« Je parais trop délicate avec mon visage tout exposé comma ça, se plaignit Harry tout en plissant les yeux devant le miroir. Ils vont voir que je suis une fille.

– Ils ne le verront pas », l'assura Archie, admirant son propre style court.

Elle devait avouer que, mis l'un à côté de l'autre, il y avait une similarité remarquable entre eux deux. Pas assez pour que leurs parents les confondent, mais assez pour insinuer le doute à un étranger, peut-être.

« Les enfants sangs-purs ont généralement des traits délicats de toute façon. Tu penses que tu parais exposée simplement parce que tu es habituée à cette crinière de lion qui submerge tes traits. »

Il tendit le bras depuis sa chaise à côté d'elle et retira les lunettes de son nez.

« Voilà, on ressemble pas à des jumeaux ?

– Je ne vois rien sans mes lunettes », dit-elle, levant au ciel des yeux qui voyaient flous.

Archie eut un grand sourire.

« Ça va être un problème. On va avoir besoin de lentilles – couleur acier, je pense ou peut-être argent. »

Il se regarda pensivement dans le miroir.

« Qu'est-ce que tu penses, je suis plutôt couleur argent selon toi ?

– Tu ressembles à un idiot pour moi, l'informa Harry.

– Eh bien tu ferais mieux de pratiquer tes expressions d'idiot du village, alors, rit Archie. Étant donné que tu dois être moi dans quelques jours.

– Peut-être que je t'améliorerai, dit Harry, souriant. Lorsque tu seras à nouveau toi-même, j'aurai mis la barre tellement haut que les gens se demanderont : "Qu'est-il arrivé à cet Archie Black ? Il était si calme à l'école et maintenant il ressemble plutôt à un bouffon."

– Attention cousine, ou je pourrais bien faire quelque chose de novateur à ta réputation aussi, menaça Archie avec un sourire en réponse.

– Fais de ton pire, dit Harry en haussant les épaules. J'assumerai ton identité de façon permanente. »

Archie grimaça.

« Peut-on faire un maximum d'effort pour que ça n'arrive pas ? Même avec tout le respect que j'ai pour le genre féminin, je n'ai pas vraiment envie d'être une fille pour toujours.

– Tu ne vas pas véritablement être une fille, lui rappela-t-elle. Je suis celle qui doit mentir sur son genre pendant sept ans. »

Ils tombèrent tous deux dans un silence pensif, commençant à prendre conscience de toute la mesure de leurs desseins.

« Cela vaudra le coup, dit finalement Archie, juste avant que le coiffeur ne revienne avec la facture.

– Oui », confirma-t-elle.

Il le fallait.

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Leur dernière nuit à la maison arriva rapidement, et Archie empaqueta tout ce dont il pouvait possiblement avoir besoin pour une école où il n'irait jamais. Il ressentait des sentiments contradictoires par rapport à leur ruse, malgré sa volonté à se lancer dedans. La perspective de mentir à son père pendant les sept années à venir en était un triste. Maintenant que Maman n'était plus là, il était tout ce qu'il restait à son père, et si leur supercherie était découverte elle provoquerait sûrement une brisure dans leur relation, mais d'un autre côté… ce n'est pas comme s'ils blessaient quelqu'un. Harry pouvait pourchasser son rêve d'étudier sous Maître Snape, et AIM avait le meilleur diplôme de Guérisseur de toutes les écoles magiques occidentales ; lorsqu'il serait diplômé, il serait un Médicomage entièrement qualifié, avec plusieurs années d'avance face à un étudiant du même âge selon les standards de Poudlard. Bon, il le serait si tous deux réussissaient leur coup.

Quand il eut fini de faire ce qui était, fondamentalement, la valise de Harry, son père et lui se rendirent à Potter Place à Godric's Hollow pour dîner. Oncle Remus était déjà là, mettant la table. Remus n'était pas vraiment son oncle, ni James à vrai dire, mais ils se considéraient tous de la même famille, donc qu'ils soient véritablement parents ou non n'importait pas vraiment.

« Tu es prêt à affronter l'école, Archie ? » demanda James une fois qu'ils furent tous à table.

Lily lui donna un coup de coude réprobateur, jetant un coup d'œil à Harry avec une inquiétude évidente, mais James eut un grand sourire rassurant pour sa femme et continua à parler au-dessus de la nappe.

« Tu vas adorer Poudlard – il n'y a des endroits comme ça nulle part ailleurs. Ah, tout ce que l'on a pu faire, ton oncle, ton père et moi quand on y était… En tant que représentant de la seconde génération de Maraudeurs, tu vas devoir poursuivre l'héritage familial…

– … en bombardant de farces les professeurs peu méfiants de Défense contre les forces du Mal », coupa Sirius.

Il aboya de rire et frappa Remus dans le dos. Remus secoua la tête, exaspéré, mais ne dit rien pour le réprimander. Archie savait que c'était du fait de l'avis de Remus que Sirius riait trop rarement. La mère d'Archie était décédée quelques années plus tôt d'une rare maladie dégénérative, et son père n'avait jamais vraiment été le même depuis. Pas plus que lui, à vrai dire.

« Pourquoi juste les professeurs de Défense ? demanda Archie, jouant le jeu. Cela fait partie d'une tradition ?

– Euh… pas vraiment. C'est juste qu'ils sont généralement les meilleures cibles, dit James en faisant tourner sa fourchette, pensif. Le poste est maudit d'aussi loin que l'on s'en souvient, donc tu n'as jamais le même prof deux années de suite.

– Et les profs novices sont les victimes les plus faciles, dit Sirius en envoyant un clin d'œil à son fils. Quoi que si tu voulais jouer un tour ou deux à Snivellus, ton vieux père n'aurait rien à y redire.

– Ne l'appelle pas comme ça », dit Lily automatiquement

Ce n'était pas rare qu'elle doive faire cette demande.

« C'est un homme bon.

– Sans parler du fait que c'est un génie », ajouta Harry doucement dans son poisson.

Personne ne releva sa remarque, car elle était, elle aussi, ordinaire.

Harry était dans un état de quasi idolâtrie depuis qu'elle avait lu un article dans Potions Trimestrielles à propos de son travail sur la potion Tue-loup. Sa cousine apparaissait comme taciturne et inintéressante, pour ne pas dire froide, pour la majorité des gens, mais elle nourrissait une fascination profonde pour les potions. Elle avait passé la majeure partie de son temps à mélanger des concoctions improbables dans le sous-sol de ses parents d'aussi loin qu'il pouvait se rappeler. Archie savait que sa cousine ne voulait rien d'autre au monde que de concocter des potions pour le reste de sa vie, de préférence seule, mais dans sa tête, faire preuve de médiocrité dans l'art n'était pas suffisant. L'unique façon de devenir la plus grande Maîtresse de Potions du pays était d'étudier sous la houlette du plus grand Maître de Potions du pays, et il, si l'on pouvait croire le jugement de Harry sur le sujet, était à Poudlard. Archie pouvait comprendre son engouement – il ressentait la même chose pour le Soin –, mais il aurait souhaité qu'elle choisisse ses batailles quand il était question d'Oncle James.

« Onze ans plus tard et tu es encore en train de le défendre, grimaça James.

– Onze ans plus tard et tu es toujours en train de t'accrocher à une rivalité puérile, lui renvoya Lily, fixant Remus en recherche de soutien. Remus aussi pense que c'est ridicule, n'est-ce pas ?

– Elle n'a pas tort », avoua le loup-garou à demi-mots.

Il jeta un œil à James et Sirius en esquissant un léger sourire.

« Il n'y a pas de raison de continuer ça, non ? Je suis sûr que depuis le temps il s'est enfin lavé les cheveux. »

Sirius et James éclatèrent de rire, et Lily envoya à Remus un regard exaspéré de tu-m'aides-beaucoup. Il leva les mains en capitulation et changea joyeusement de sujet.

« Harry, comment appréhendes-tu l'Amérique ?

– Trop hâte. »

La fille aux cheveux récemment coupés, jeta un regard à Archie avant de continuer :

« Ça va être intéressant de voyager à l'étranger. Je, euh, me disais que j'allais m'essayer au cursus de Guérisseur.

– Vraiment ? mâcha pensivement Remus alors que ses parents échangeaient des regards confus. C'est une spécialité difficile. Je croyais que tu comptais poursuivre une carrière en Potions.

– Eh bien, tous les Soins très avancés se font avec des potions de nos jours, dit Harry, jouant nonchalamment avec ses légumes. Si je veux faire des potions pour aider les gens, pas juste pour de l'argent, eh bien je devrais aborder le problème sous un autre angle. »

Archie ne pensait pas qu'elle mentait – elle ne mentait presque jamais, directement. Elle avait mentionné vouloir un jour être capable d'aider les gens avec des potions qu'elle aurait inventées, et les Médicomage dépendaient effectivement énormément des potions pour les remèdes les plus complexes, mais il savait que si ce n'était pas pour lui, elle n'aurait jamais envisagé une spécialisation en Soin. C'était seulement Archie. Après avoir regardé sa mère souffrir pendant des mois sous l'emprise d'une maladie dont il n'existait aucun traitement viable, il était devenu obsédé avec l'idée d'un jour sauver des vies.

Quand il avait décidé pour la première fois qu'il voulait devenir Guérisseur, il avait demandé à son père s'il pouvait accompagner Harry à l'école aux États-Unis au lieu de prendre la place qui lui était réservée à Poudlard. Sirius n'avait rien voulu entendre. Archie pensait que le fait que son père était inhabituellement irraisonnable sur le sujet était une combinaison de sa peur qu'il perde aussi son fils d'une certaine façon s'il partait aussi loin, et son désir qu'Archie ait les mêmes expériences extraordinaires qu'il avait eues à l'école. Poudlard était l'endroit où Sirius avait rencontré ses meilleurs amis, où il avait rencontré et était tombé amoureux de Diana, la mère d'Archie. Leurs querelles sur l'éducation d'Archie étaient devenues tellement acerbes que lorsque Harry avait proposé nonchalamment pour la première fois d'échanger de place pour résoudre leurs frustrations à tous les deux, Archie l'avait considéré sérieusement. Il ne voulait pas décevoir son père, mais Sirius vivait sa vie dans le passé, et Archie ne pouvait pas changer ça. Il savait qu'il ne pourrait jamais ramener sa mère. Toutefois, il pourrait un jour être capable d'être la différence qui sauverait la personne aimée de quelqu'un, et pour voir ce rêve devenir réalité il mentirait au monde entier s'il le devait.

Après dîner, les deux cousins montèrent dans la chambre de Harry pour un adieu en privé. Ils ne se verraient pas, au plus tôt, avant les vacances d'hiver, et ils n'avaient jamais été éloignés aussi longtemps avant. La longue séparation n'était, cependant, pas la première des préoccupations dans leurs têtes.

« As-tu demandé à ton père de la rétrécir aussi ? » demanda Harry, tirant une valise miniaturisée d'une étagère.

Archie récupéra sa valise miniaturisée de sa poche et l'échangea pour celle heureusement pas-trop-féminine de Harry. Elles ne seraient pas déminiaturisées avant qu'ils ne rejoignent leurs écoles respectives le soir suivant.

« Est-ce que tu as piqué les potions du kit d'Auror d'Oncle James ? »

C'était la partie de leur plan dont il était le moins sûr. Contrairement au reste, qui paraissait plutôt innocent, voler était évidemment mauvais. Il supposa qu'il ferait mieux de s'habituer à vivre dans un état moral gris.

« Les voilà. »

Harry sortit deux béchers de sous son lit, versant des doses du liquide marron boueux dans des fioles, un pour chacun.

« Tu vas devoir garder le bécher caché. Je l'ai remplacé avec une concoction neutre dont l'odeur et le goût sont aussi mauvais, mais qui ne fait rien du tout. Avec de la chance, il va supposer que c'était un lot défectueux. »

Archie hocha la tête en compréhension et ils s'arrachèrent tous les deux des cheveux sans rien rajouter. Échangeant les flacons, ils burent la dose contenant l'essence de l'autre.

Beurk, frissonna Archie, doutant soudain de pouvoir un jour être capable de reboire la boue infecte, encore moins les douzaines de fois qui seraient nécessaires pour arriver aux sept années en étant sa cousine. Puis il ne pensa plus au goût, parce que la transformation avait saisi ses organes d'une prise vicieuse. Quoi qu'il ait anticipé, c'était bien pire. Ses membres frémirent sous l'effort de ne pas gémir à voix haute, et ce fut un long moment avant qu'il ne puisse ouvrir les yeux sans qu'ils larmoient. Quand il le fit, il se sentit comme s'il regardait dans un miroir.

« Étrange, dit Archie en plissant des yeux. Tu as une vue horrible, Harry. Donne-moi tes lunettes.

– Ce qui explique pourquoi le monde est si flou. »

Harry retira ses lunettes et cligna des yeux face au monde qui l'entourait, appréciant apparemment sa vision maintenant parfaite. Archie mit les lunettes avec un soupir de dégoût. Cela serait seulement pour un petit moment.

Ils avaient assez de Polynectar volé pour leur durer jusqu'à ce qu'ils soient bien loin de leurs parents le lendemain matin, et après cela, Harry avait des lentilles pour corriger sa vision et changer la couleur de ses yeux pour un gris quelconque, tandis qu'il avait des lentilles vertes par souci de minutie. Il ne s'attendait pas à tomber sur quelqu'un à AIM qui aurait déjà entendu parler des Potter. Harry était la seule qui aurait des difficultés à maintenir leur supercherie.

« J'ai mis des livres de potions supplémentaires dans ma valise pour toi, donc étudie au cas où Maman mentionne quelque chose dans une lettre que je suis censée savoir, dit Harry. N'oublie pas d'apprendre le sort de changement d'écriture tout d'abord pour que tu puisses répondre au courrier de mes parents, et je ferai de même avec les lettres que ton père m'enverra. Garde une copie supplémentaire de ce que tu écris et on les échangera par hibou à la fin de l'année scolaire pour que l'on garde nos histoires coordonnées durant l'été.

– Très bien, je m'en souviendrai », dit Archie.

Honnêtement, Harry agissait comme si c'était à elle de prendre la place de sa mère parfois. Pas que ça le dérangeait. Beaucoup. Il pouvait voir dans son jeu de toute façon. Harry était beaucoup plus nerveuse qu'elle ne le laissait paraître si elle radotait des instructions pour lesquelles ils s'étaient déjà mis d'accord.

« Ça y est alors. C'est un… au revoir. »

Harry sembla un peu perdue pendant un moment mais elle se reprit vite pour lui donner un ferme :

« Bonne chance.

– Ouais. »

Archie se sentait un peu perdu lui-même face à l'ampleur de ce qu'ils étaient sur le point d'entreprendre.

« Arch ?

– Ouais ? »

Harry prit une profonde inspiration.

« Même si ça nous explose à la figure et qu'ils me mettent à la porte avant même le premier cours, je le dis maintenant : je ne regrette rien. »

Archie fut décontenancé par sa franchise, mais carra néanmoins ses épaules.

« Moi non plus. Merci. C'était ton idée et sans elle, il m'aurait fallu des années en plus pour atteindre mon but. Cela va être beaucoup plus dangereux pour toi et, hum, je te suis reconnaissant pour tout, peu importe ce qui arrive.

– Pareil. Merci pour me laisser emprunter ton nom, Arch, dit Harry, allégeant l'atmosphère avec une piètre tentative de légèreté. Je vais essayer de ne pas trop le noircir ces sept prochaines années.

– Fais de ton pire », dit Archie, souriant.

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Harry se cacha dans les toilettes pour hommes dans le Poudlard Express et attendit dans une cabine que le Polynectar s'estompe. Chaque seconde semblait durer une éternité, mais elle savait que c'étaient juste ses nerfs se jouant d'elle. Ce fut plus simple au retour qu'à l'aller. Quand elle fut de nouveau elle-même, elle enfila les robes d'école d'Archie et s'approcha du lavabo pour mettre ses nouvelles lentilles en place. Le miroir reflétait à présent un garçon sérieux de onze ans avec un halo de boucles onyx et des yeux gris plats. Ses cils étaient peut-être un peu trop longs pour être masculins, mais ses lèvres étaient suffisamment fines et les fragiles pommettes saillantes auraient pu appartenir à n'importe quelle lignée sang-pure. Elle avait entendu dire que les Malfoy en particulier étaient connus pour leurs visages pointus. Sa voix était trop aiguë au début, mais avec un peu d'exercice, elle s'aggrava juste un peu d'une octave plus naturelle pour un jeune garçon.

Satisfaite, elle quitta les toilettes et se mit à remonter la longueur du train, cherchant un compartiment libre. Alors qu'elle regardait autour d'elle tous les visages excités, elle commença à intégrer qu'elle l'avait vraiment fait. Elle était allée aussi loin que le train sans être découverte, et n'importe qui qu'elle rencontrerait à partir de maintenant serait un total étranger, donc tout ce qu'elle raterait serait simplement attribué à la personnalité inconnue d'Arcturus Black. Elle réfléchit à cela un moment. Arcturus Black. Arcturus Rigel Black. Elle plissa le nez. Cela semblait trop étrange de prendre le nom d'Archie. Un nom qu'il n'aimait même pas, en plus. Devait-elle s'appeler elle-même Archie dans sa tête, juste pour diminuer les chances qu'elle se trompe et foire tout ? Mais alors comment ferait-elle référence à Archie ? Après y avoir réfléchi pendant un long moment, elle décida qu'aussi longtemps qu'elle s'approprierait la personne d'Archie, elle ferait bien aussi d'être claire à ce propos. Pendant qu'elle jouerait le rôle d'Archie, elle utiliserait son deuxième prénom. À partir de maintenant, je serai Rigel Black, le meilleur étudiant de Potions que Poudlard a jamais vu.

Rigel – et n'était-ce pas étrange de se renommer elle-même dans ses propres pensées pour une question de convenance ? – était presque au bout du train avant de voir un compartiment prometteur. Il y avait seulement un garçon assis tranquillement à l'intérieur, lisant le manuel de Botanique de première année. Elle fit coulisser la porte et fit un salut de la tête quand le garçon leva les yeux. Il avait un visage ouvert, joyeux, avec des cheveux marron terne qui tombaient sur son front et des yeux marron qui ne détenaient pas une seule once de méchanceté. Il avait quelque chose de familier, et elle se demanda si ses parents connaissaient les siens.

« Est-ce que tu gardes ces sièges pour quelqu'un ? demanda-t-elle.

– Euh, non. »

Le garçon semblait surpris qu'elle pense cela.

« Tu peux t'asseoir, si tu veux.

– Merci. »

Elle referma la porte et s'assit face à lui.

« Je m'appelle Rigel, dit-elle, essayant le nom pour la première fois à voix haute.

– Neville. »

Il tenta un sourire. Il sembla qu'il allait dire autre chose, mais il s'abstint. Il était probablement habitué à donner son nom de famille quand il se présentait. La plupart des sang-purs donnaient leur nom par politesse. Elle préférait ne pas sortir son nom de famille emprunté pour l'instant, par contre. Le nom Black pouvait balancer dans les deux sens, selon si ses parents lui avaient dit qu'ils étaient des sang-purs Sombres ou des traîtres à leur sang.

« Heureux de te rencontrer. Est-ce 1000 Herbes Magiques et Champignons ? » fit Rigel d'un signe de la tête au livre sur les genoux de Neville.

Il baissa la tête, comme pour vérifier, se reprit et rougit.

« Ouais. Hum, tu en as déjà lu une grande partie ?

– Oui, dit-elle, puis rétropédala quand le garçon sembla particulièrement alarmé. Je ne pense pas que tu aies besoin de le lire par contre. J'étais juste intéressé parce que la Botanique a beaucoup à voir avec les Potions.

– Oh, fit Neville, semblant très soulagé. Donc tu aimes les Potions, alors ? J'ai lu l'introduction de ce manuel aussi mais ça avait l'air compliqué. Et la première potion listée utilise des morceaux de crapauds. J'ai un crapaud. Son nom est Trevor. Je ne sais pas si j'aime l'idée de disséquer des animaux pour des morceaux.

– C'est plus que probable que tu n'auras pas à faire les récoltes. Le professeur aura déjà les ingrédients tout prêts, dit Rigel.

– Tu penses ? Peut-être que ça ne sera pas si mal alors. »

Neville balança ses pieds un peu nerveusement, puis lâcha :

« Dans quelle Maison penses-tu être réparti ?

– Je croise les doigts pour Serpentard, répondit-elle honnêtement.

– Tu… Serpentard ? couina Neville.

– À ta réaction, je suppose que ta famille est Gryffondor. La mienne aussi, admit Rigel.

– Et tu espères vraiment aller à Serpentard ? »

Il paraissait mi-incertain, mi-confus.

« Le Maître des Potions à Poudlard est le directeur de la maison Serpentard, expliqua-t-elle. J'ai entendu dire qu'il favorise sa propre maison, donc la meilleure chance que j'ai d'obtenir des cours supplémentaires de sa part est d'être à Serpentard.

– Tu irais a contrario de ta lignée pour de l'aide supplémentaire en Potions ? »

Neville se mordit la lèvre.

« Peux-tu seulement faire ça ? Choisir ta Maison contrairement à la tradition, je veux dire.

– Peut-être pas, mais je pense que je peux remplir les conditions nécessaires si j'en ai la chance. J'ai juste à être malin et ambitieux, pas vrai ?

– Eh bien, bonne chance, offrit-il gentiment.

– Merci, dit-elle. J'espère que toi aussi tu aimeras ta future Maison. »

Ils passèrent le reste du voyage dans un silence confortable. L'unique interruption fut quand Neville demanda doucement si Rigel pouvait partir pour qu'il puisse mettre ses robes d'école. Cela ne gênait pas Rigel d'attendre dehors si cela rendait le garçon timide plus confortable, quoi qu'elle fût plutôt désensibilisée du corps masculin grâce au manque complet de modestie d'Archie.

Tandis qu'elle se tenait debout à l'extérieur du compartiment, un grand garçon avec des traits enfoncés et une expression revêche approcha de l'autre côté du train. Du fait de l'étroitesse du couloir, elle bloquait à moitié le chemin. Au lieu de la contourner, toutefois, il vira et frappa une épaule lourdement musclée sur son flanc. Ne s'y attendant pas, elle tomba de côté sur l'horrible carpette et rattrapa maladroitement sa chute sur son coude. Se relevant sur ses genoux, elle fixa le garçon qui la regardait avec mépris.

« T'es aveugle ? » demanda-t-elle, se rappelant juste à temps de rendre sa voix plus grave, de la même façon qu'Archie lorsqu'il s'énervait.

Le moment où ses yeux s'étrécirent, elle sut qu'elle n'aurait pas dû dire cela. L'autre garçon était beaucoup plus large et avait l'air plus méchant que n'importe quel enfant qu'elle avait un jour rencontré, et en dépit de sa réticence à accepter de l'hostilité ouverte en étant allongée, elle devait admettre qu'elle n'avait pas réfléchi jusqu'au bout.

Le garçon plus âgé s'approcha d'elle avec désinvolture, balançant un coup de pied en direction de sa taille. Seule une rapide roulade dans la direction opposée la sauva d'un ventre contusionné. Elle se mit sur ses pieds et se tourna vers le garçon, intégrant leurs tailles respectives de près et décidant qu'il était peut-être un cinquième ou sixième année.

« Mes excuses », dit-elle les dents serrées.

Mieux valait désamorcer la situation que de s'impliquer jusqu'au cou.

« Évidemment, tu n'es pas aveugle, juste plutôt énervé, mais il n'est pas nécessaire de passer tes nerfs sur moi pour autant. »

Il fit un pas vers elle, les poings serrés, puis s'arrêta et sortit plutôt sa baguette, un rictus aux lèvres.

« Les petits premières années devraient être assez intelligents pour savoir qu'ils ne devraient pas parler plus vite que leur baguette ne bouge. Considère ceci comme ta première leçon : quand un étudiant plus vieux que toi te frappe, tu restes couché. »

Je l'aurais fait si j'avais pensé que cela t'aurait fait partir, pensa Rigel, raidissant son dos et se préparant à se prendre n'importe quel maléfice qu'il lui lancerait.

Avant qu'aucun d'eux ne puisse faire un mouvement, une voix stricte du bout du wagon s'écria :

« Toi, là ! Pas de bagarres dans le train ! »

Un garçon mince aux cheveux roux avec un badge doré brillant sur le torse se fraya avec importance entre Rigel et le garçon revêche, aucun des deux ne s'étant relâché.

« Flint, dit le roux en apercevant le visage de l'autre garçon. J'aurais dû me douter. Je vais retirer dix points pour Serpentard quand on arrivera à Poudlard pour avoir pointé ta baguette sur un autre étudiant – et un première année, rien que ça. »

Flint retroussa ses lèvres.

« Weasley. »

Apparemment, rien de plus ne méritait d'être dit, car il se détourna et s'éloigna, avec seulement un dernier regard ennuyé dans la direction de Rigel.

« Rien d'autre que des ennuis à cette période de l'année, celui-là », soupira le garçon aux tâches de rousseur.

Il baissa les yeux vers Rigel et fronça légèrement les sourcils.

« Tout vas bien ? Pas de chance de te trouver sur le chemin de Flint pour ton premier jour. Il aime bien être rancunier, donc sois sûr de rester loin de lui pendant quelques semaines.

– Je n'irai certainement pas le chercher, dit-elle, arrangeant ses robes. Merci d'être intervenu.

– Pas de problème, dit légèrement le garçon. Je ne faisais que mon devoir de préfet. »

Rigel acquiesça une fois de plus en remerciement, puis retourna rejoindre Neville dans leur compartiment. S'il se demanda pourquoi elle était restée dehors aussi longtemps, il ne posa aucune question. Elle réclama son siège silencieusement, perdue dans ses pensées. Même pas encore à Poudlard et elle s'était déjà fait un ennemi. Elle espérait avec ferveur que ce n'était pas un signe que d'autres cas similaires allaient suivre. Elle espérait également qu'Archie s'en sortait beaucoup mieux de son côté de leur ruse, où qu'il soit.


[1] En anglais, "noir" se dit "Black", ndt


NDA : Pour ceux ayant lu jusqu'ici : merci pour avoir donné une chance à cette idée inhabituelle. Pour clarifier toute confusion initiale (bien que tout sera expliqué en temps et en heure, bien sûr), Poudlard à cette période prend seulement des élèves sang-purs. Ce n'était pas toujours le cas. Remus et Snape sont des sang-mêlés et quand ils allaient à Poudlard, seuls les né-moldus étaient bannis. Depuis, les lois sont devenues plus strictes. Harry et Archie ne sont pas véritablement cousins dans le sens littéral, mais comme James et Sirius sont de distants parents, ils se considèrent eux-mêmes "cousins".

Amicalement,

-Violet Matter

NDT : Merci à tout le monde d'avoir lu ma traduction ! J'espère que vous avez apprécié et que vous voudrez en savoir plus sur les aventures de Rigel :) Elle va en voir de toutes les couleurs ! (Et on aime ça.)

Si vous voyez des petits endroits étranges en français, n'hésitez pas à me le dire !

Chali

Edit : Un immense merci à MotsPassants pour avoir corrigé ce chapitre. C'est grâce à elle si maintenant il est beaucoup plus lisible ! Vous pouvez la retrouver sur FFnet et AO3 sous son pseudo, MotsPassants. :)