NDT : Bonjour à tous ! Le chapitre 3 de The Pureblood Pretense (ou Le Simulacre Sang-Pur. Quel titre vous préférez ?) est maintenant à votre merci ! :D Bonne lecture.
Chapitre 3
C'était la troisième fois que Draco Malfoy dirigeait son regard vers Rigel Black, et pourtant, le garçon ne s'en rendait pas compte. Ce n'était pas n'importe quel regard non plus. C'était celui que son père lui avait enseigné, le lourd, prévu pour être ressenti à travers des salles de bal. Si Draco n'avait pas su avant que l'héritier Black avait été élevé par des traîtres à leur sang, cela aurait été évident face à l'indifférence totale du garçon. Aucun enfant élevé dans une digne maison sang-pure n'aurait été capable de dormir devant un examen aussi effilé et, chaque fois qu'il le fixait, n'obtenant pas plus qu'un tressautement de la part de l'autre garçon, cela apportait un nouvel agacement à l'humeur de Draco.
Il était censé écrire une lettre à sa mère ce matin à propos de la répartition et, en particulier, à propos de l'héritier Black, mais comment était-il censé faire ça quand il n'avait rien à dire ? Il avait parcouru le train deux fois avant qu'il n'ait quitté la gare mais il n'avait vu personne qui ressemblait à l'image du jeune Sirius Black sur l'arbre généalogique de sa mère. Il avait pensé pouvoir rencontrer Black à un moment avant la répartition, ou au moins pendant le dîner s'il était réparti à Serpentard comme sa mère l'avait espéré. Mais bien qu'il ait initié le contact (un judicieux hochement de tête en salut) et lui ait donné plein d'occasions de lui parler (un flagrant regard fixe au dîner), le garçon aux cheveux sombres n'avait pas du tout réagi à sa présence. Et quand ils s'étaient retrouvés dans la même chambre, il avait été certain que Black se présenterait comme n'importe quel sang-pur digne de son rang. Nott s'était bien rappelé ses manières, mais Black avait foncé dormir ! Dans l'ensemble, songea Draco, l'autre garçon était tout bonnement irritant, complètement indigne des instructions malavisées de sa mère de se lier d'amitié avec lui. De la même famille ou non, il ne correspondait en rien à une compagnie digne d'un Malfoy.
Enfin, une demi-heure après le lever du soleil, Rigel Black commença à s'éveiller. Draco aurait adoré s'en attribuer le mérite mais il semblait que l'autre garçon était habitué à se lever à une telle heure, car il ne paraissait ni confus ni surpris quand il jeta un coup d'œil à l'horloge sur sa table de nuit. Draco pensa que son père aurait été fier de lui pour la patience qu'il avait démontrée, à attendre que Black le remarque. Cependant, il aurait tout aussi bien pu attendre que Goyle trouve sa route jusqu'à la fin d'une phrase, car Rigel Black avait moins conscience de ce qui l'entourait que les paons de son père. Le garçon sortit du lit et s'étira, ne regardant pas une seule fois aux alentours. Les maigres ressources en patience de Draco tombèrent à sec quand Black commença à choisir ses vêtements pour la journée donc il se racla la gorge avec un décorum expérimenté que seul un Malfoy pouvait avoir aussi tôt dans la journée.
Ça, ça a obtenu son attention, pensa Draco avec exaspération, alors que Black s'arrêtait, penché sur sa valise. Comment cette tête de linotte a pu se retrouver à Serpentard ?
« Tu vas quelque part ? » demanda-t-il tout haut.
Black suspendit une serviette sur son épaule et prit une brosse dans une main.
« Ouais », dit-il, refermant sa valise.
Avec un paquet de vêtements propres – Draco grimaça face au cruel froissement des robes parfaitement correctes – Black marcha à grand pas vers la porte de leur salle de bain, entrant à l'intérieur et la refermant derrière lui. Draco entendit le distinct clic du loquet et soupira de mauvaise humeur.
« Eh bien, bonjour à toi aussi », maugréa-t-il en se balançant hors du lit devant l'armoire où il avait défait ses bagages et rangé toutes ses robes la nuit précédente, comme une personne normale.
Laisse tomber la promesse qu'il avait faite à sa mère ; aucune vague petite idée d'alliance familiale dans le futur n'en valait la peine si c'était ainsi que Rigel Black allait être tout le temps.
Lorsque Draco eut brossé ses robes et peigné ses cheveux en arrière, et donc ayant recouvré sa dignité, il s'était un peu calmé. Une semaine, pensa Draco. Je vais être amical et, Merlin m'en garde, légèrement engageant pendant une semaine. Après ça, si Black est toujours un moins que rien réticent, même Mère ne pourra m'accuser de me tourner vers des relations plus appropriées.
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Rigel s'appuya en tremblant contre la porte fermée de la salle de bain. Elle ne pensait pas avoir été autant fixée de toute sa vie. Qu'est-ce que Malfoy voulait ? Une photo ? Elle avait battu en retraite jusqu'à la salle de bain pour échapper à son regard pesant – le regard du garçon frappait comme un marteau – mais un rapide coup d'œil dans le miroir ne lui montra rien d'inhabituel. Pas de cheveux verts ni de crocs ou une légère suggestion qu'elle n'était pas un garçon. En bref, rien qui ne méritait un tel regard insistant. Frissonnant sous un vague pressentiment, elle vérifia le verrou de la porte à nouveau et se déshabilla puis alla dans la douche. Elle était encore en train de s'habituer au peu de temps qu'elle devait passer à se préparer le matin sans avoir à s'occuper de ses longs cheveux, donc elle devrait trouver quelque chose à faire les matins si elle ne commençait pas à se réveiller plus tard. Maintenant qu'elle y pensait, qu'est-ce que le gamin Malfoy faisait, réveillé aussi tôt, à part percer des trous dans le dos de la tête des gens avec ses yeux ? Lorsqu'elle se fut séchée les cheveux et s'était habillée, elle avait décidé que ce n'étaient pas ses affaires.
Alors qu'elle retournait dans le dortoir, elle fut accueillie par un sourire enjoué aveuglant et un « bonjour » de Nott, qui était apparemment aussi peu du matin qu'Archie ; tout ciel bleu et petits oiseaux. Il était en train d'attendre avec des cheveux bruns ébouriffés et une brosse à dent dans une main.
« Fini ?
– Oui, dit-elle, s'écartant de la porte. Je t'ai réveillé avec la douche ?
– Nope, lui lança-t-il un sourire en la dépassant. C'était Draco et son regard-Malfoy-de-la-mort-qui-tue. »
Ne sachant que répondre, elle acquiesça simplement et se rendit vers son lit, qui était entre ceux de Nott et Malfoy, où elle étendit sa serviette par-dessus le baldaquin d'argent pour la faire sécher. Elle vit les yeux étrécis de Malfoy lui prêter attention dans sa périphérie, mais l'ignora, se disant qu'il n'avait probablement jamais réutilisé une serviette de sa vie et se demandait pourquoi elle l'accrocherait au lieu de la jeter dans le panier à linge pour les elfes.
Elle fut obligée de revoir sa conclusion quand il l'intercepta sur sa route vers la porte.
« Je ne crois pas que nous ayons été correctement présentés, dit-il. Je m'appelle Draco Malfoy.
– Rigel Black, dit-elle. Ravi de te rencontrer.
– Est-ce que tu vas déjà petit déjeuner ? demanda-t-il poliment, un sourire amical sur le visage comme s'il ne venait pas tout juste de se jeter sur elle pour se présenter formellement. Ça ne commence pas avant au moins vingt minutes, je crois.
– À moins que tu n'aies une carte de l'école, cela peut me prendre autant de temps pour trouver mon chemin », dit-elle, le contournant ostensiblement.
Elle savait que c'était malpoli au possible mais la seule chose dont elle n'avait pas besoin, la seule chose qui pouvait tout faire capoter, c'était de l'attention de la part des mauvaises personnes. Et si Malfoy n'en était pas une, elle mangerait ses ingrédients de potions.
« Tu pourrais demander à un élève des années supérieures », pointa-t-il dans son dos.
Le manque d'irritation ou de critique dans sa voix l'impressionna assez pour qu'elle se retourne et lui fasse face une fois de plus.
« Je doute qu'ils se rendent petit déjeuner aussi tôt », dit-elle, se sentant un tantinet justifiée quand elle vit ses yeux s'enflammer et ses lèvres se relever un petit peu avant qu'un sourire poli ne l'en distraie.
Voilà l'enfant gâté qu'elle attendait chez l'héritier Malfoy, qui boudait, même si brièvement, quand les choses ne lui tombaient pas tout de suite aux pieds.
« Ils s'y rendront dans vingt minutes, quand ça commencera, dit-il lentement, avec le ton excessivement patient de quelqu'un expliquant quelque chose qu'il ne devrait pas avoir à expliquer.
– Tu as sûrement raison. »
Elle lui offrit le plus petit des sourires, pas plus d'un pli, avant d'entreprendre de se retourner et d'ouvrir la porte du couloir.
« Bonne journée, Malfoy. »
Elle s'autorisa un autre sourire, celui-là réel, à l'expression imaginée sur son visage alors qu'elle fermait vigoureusement la porte derrière elle.
La salle commune était en effet déserte. Même s'ils devaient finir leurs petits déjeuners trente minutes plus tôt pour pouvoir rencontrer leur directeur de Maison ce matin-là, il n'y avait aucune raison pour les élèves d'être levés avant même que les elfes aient commencé leur service, donc Rigel apprécia le silence en traversant la salle commune jusqu'à l'entrée. Face au mur vierge, elle réalisa qu'elle ne savait pas comment l'ouvrir de l'intérieur.
« Ouroboros ? » tenta-t-elle, agréablement surprise quand le mur glissa sur le côté sans bruit.
Cela faisait sens après tout, pensa-t-elle alors qu'il se refermait tout aussi silencieusement derrière elle. Ainsi, on n'était pas capable de quitter la salle commune sans connaître le mot de passe pour y rerentrer, rendant moins probable le fait que quelqu'un soit coincé à l'extérieur dans l'air froid du cachot toute la nuit.
Quand elle eut marché suffisamment loin pour être hors de vue de l'entrée de la salle commune, elle sortit un bout de parchemin faussement vierge. Archie le lui avait donné peu de temps après que Sirius le lui avait offert. James et Sirius avaient dit à Archie ce que c'était, se rappelant du temps où Rusard le leur avait confisqué, avant de lui souligner exactement à quel point il était important qu'il ne tombe jamais dans les mains d'un préfet ou d'un professeur. Apparemment, ils l'avaient réclamé comme étant leur propriété quelques années après être diplômés sans jamais admettre au vieux concierge ce que c'était.
Avec la Carte des Maraudeurs en mains, elle traversa les cachots prudemment. Tous les couloirs se ressemblaient, mais avec une vue d'ensemble, la disposition était un peu plus facile à comprendre. Toutefois, ses pieds se rappelleraient mieux que ses yeux, alors elle en traversa autant qu'elle put avant que vingt minutes n'aient passé. Après s'être assurée qu'elle pouvait trouver la salle de classe de Potions, elle se rendit tout droit jusqu'aux escaliers qui la ramèneraient dans le Hall d'Entrée et, de là, dans la Grande Salle. Elle remit le parchemin dans son état originel, puis le rangea alors qu'elle commençait à grimper les escaliers, et elle était à mi-chemin quand une voix l'appela par-derrière.
Elle regarda par-dessus son épaule pour voir Nott se dépêcher de monter les escaliers pour la rattraper, Malfoy et un Serpentard plus âgé le suivant à un rythme plus posé.
« Tu ne montes que maintenant ? demanda Nott, incrédule. Tu es parti il y a une éternité.
– Les cachots sont vastes, dit-elle alors que les deux plus lents les rejoignaient.
– Tu étais perdu pendant tout ce temps ? demanda avec amusement le Serpentard plus âgé, un garçon à l'air athlétique avec des cheveux et des yeux d'un brun chaleureux.
– Ce n'est pas comme si j'avais une carte, dit-elle, impassible.
– Pas de meilleur moyen d'apprendre que de se perdre, dit-on. »
Le garçon les guida vers la Grande Salle.
« Je m'appelle Adrian Pucey. »
Elle inclina la tête distraitement.
« Rigel Black. »
Pucey fronça légèrement les sourcils alors qu'ils prenaient place près du centre de la table des Serpentard.
« Excuse-moi, mais je croyais que c'était Arcturus Black.
– Rigel est mon deuxième prénom », dit-elle, notant, tout en se servant un verre de lait, que ses camarades l'écoutaient attentivement.
Nott et Pucey échangèrent un regard confus quand elle commença à manger un bol de porridge et qu'ils réalisèrent qu'elle n'allait pas plus développer. Elle crut voir les sourcils de Malfoy tressaillir avant qu'il ne s'intéresse à ses œufs.
Rigel avait juste fini de manger quand Pansy arriva dans la salle. Elle vint se placer derrière Nott, qui était assis à la gauche de Rigel, et se racla délicatement la gorge. Le garçon dégingandé se décala immédiatement un peu, se rapprochant du garçon sur sa gauche pour permettre à Pansy de s'asseoir. Elle acquiesça comme une reine qui aurait juste reçu une révérence d'un de ses courtisans et salua Rigel quelque peu froidement :
« Bonjour, Mr. Black. »
Elle se servit une assiette de fruit, se tracassant sur quel morceau de melon elle voulait avant de continuer :
« J'ai été un peu surprise de voir que tu étais déjà parti ce matin. »
Il y avait un sans moi implicite à la fin de cette phrase, mais si Pansy pensait déstabiliser Rigel, elle aurait dû être plus directe. Communiquer sans parler était une des spécialités d'Archie et elle.
« Je me suis toujours levé avec les coqs », dit-elle.
Tu n'étais pas là quand je suis parti.
« Je vois, dit Pansy, et quoi au juste trouves-tu donc de si agréable au petit matin ? »
Cela vaudrait-il la peine que je me lève tout aussi tôt ?
« Je trouve l'absence de bruit général attrayant », dit Rigel.
Elle prétendit ne pas remarquer Pansy se raidir d'offense quand elle s'arrêta pour finir son lait avant de continuer :
« Cela permet de comprendre plus clairement le peu de choses que l'on entend. »
Je me lève aussi tôt pour éviter les gens, mais je ferais une exception pour toi car je voudrais mieux te comprendre. Franchement, la seconde partie de la déclaration de Rigel pouvait aussi être interprétée comme un désir d'avoir une conversation plus intime, à l'abri des regards indiscrets et des distractions, mais elle se disait qu'entre leur jeune âge et le bon instinct de Pansy, il y avait peu de chances qu'elle soit mal comprise.
« Peut-être qu'on m'offrira l'opportunité de voir cela par moi-même », dit-elle avec réserve, offrant un petit sourire pour montrer que Rigel avait échappé à son irritation pour l'instant présent.
Son affirmation était si neutre qu'elle aurait pu ne rien dire, mais Rigel choisit de l'interpréter comme un peut-être. Que Pansy se lève tôt ou non avec elle demain n'importait pas. Pansy avait obtenu ce qu'elle voulait, une explication et une invitation, sinon une excuse. Rigel se demanda si elle devait s'attendre à une telle stratégie à chaque fois que Pansy serait contrariée par elle. La blonde paraissait en tout cas bien s'amuser, une satisfaction contente irradiant de chacun de ses gestes.
Rigel se réprimanda intérieurement pour avoir oublié que, comme elles avaient mis un point d'honneur à se présenter formellement et puis avaient laissé tomber ces formalités, il était attendu à ce qu'elle escorte Pansy au prochain repas qu'elles auraient ensemble. Elle ne pouvait qu'être heureuse que Pansy n'ait pas pris son erreur pour un affront personnel.
Trente-cinq minutes avant la fin du petit-déjeuner, la Maison Serpentard se leva comme un seul homme et retourna dans les cachots, surprenant quelques Poufsouffle de première année en sortant de la Grande Salle au passage. Leur directeur de Maison était déjà présent quand ils arrivèrent. Il se tenait, grand et immobile, au milieu de la salle commune alors que les élèves s'y pressaient et remplissaient les coins de la pièce. Les première année restèrent en groupe près d'une des tables d'étude, se balançant de façon incertaine d'un pied à l'autre alors qu'un poids oppressant s'installait sur la pièce. Quand le silence commença à s'allonger, de l'attente à l'inconfortable, il parla :
« Pour ceux parmi vous qui ne le savent pas… »
Il regarda vers leur groupe d'enfants de onze ans et Rigel se retrouva fascinée contre sa volonté. Il avait un regard qui se refermait comme un piège si l'on était suffisamment stupide pour laisser ses yeux s'accrocher aux siens.
« … je suis le Maître des Potions, Severus Snape, votre directeur de Maison. Je m'excuse pour mon absence d'hier soir ; j'ai été détenu pour des raisons indépendantes de ma volonté, comme cela arrivera parfois. Néanmoins… »
Il se mit à tourner en cercle pendant qu'il parlait, incluant tout le monde dans la salle dans son regard.
« …comme le nouveau trimestre commence, nous nous attendons à ce que vous vous rappeliez, ou dans le cas de nos plus jeunes membres, découvriez, ce que cela veut dire d'être un Serpentard. Pour certains d'entre vous, dont les ancêtres ont parcouru ces cachots, cela signifie la tradition, et pour d'autres, cela veut simplement dire une acceptation inconditionnelle, mais pour vous tous, Serpentard signifie une chance de graver les contours de votre futur et de forger votre destin comme bon vous semble.
« En tant que votre directeur de Maison, c'est mon devoir de vous assister pour approfondir les ambitions qui ont assuré votre place dans cette pièce. Pour sept ans, vos buts sont mes buts. Vos projets et rêves et plans deviendront mes propres motivations, et aussi longtemps que vous demeurerez ici, je jure de vous assister dans la réalisation de toutes vos entreprises. »
Il s'arrêta un moment pour laisser ses mots, incroyables comme ils étaient, s'ancrer, avant de reprendre :
« Pour continuer dans la même veine, si jamais, à n'importe quel moment, vous avez besoin d'aide, cherchez simplement un portrait de Salazar Serpentard et il me trouvera aussitôt. »
Il fit un geste vers le tableau d'un homme aux cheveux noirs et yeux verts accroché au-dessus de la cheminée principale.
Rigel observa son directeur de Maison pendant qu'il parlait, recherchant les signes distinctifs… oui, là, dans les robes ignifugées, et là, dans les ongles coupés courts, et même là, dans les narines légèrement dilatées comme si son nez se préparait à inventorier les odeurs de la pièce – c'était un Maître des potions. Elle absorba son langage corporel, fier et raide. Il ressemblait plus à un général évaluant ses rangs qu'à n'importe quel professeur qu'elle ait un jour imaginé. Quand il fit face directement aux première année, Rigel nota qu'il était plus menaçant en personne qu'il ne l'avait semblé sur papier, avec ses traits d'oiseaux de chasse et sa présence intimidante, et pourtant, ses mots étaient plus gentils. Dans ses articles, il passait autant de temps à balancer des commentaires acerbes à ses contemporains incompétents qu'à présenter ses découvertes révolutionnaires et ses brillantes déductions. Elle s'était déjà préparée à une hostilité immédiate, à cause, tout simplement, de qui Sirius était, mais Snape ne semblait même pas l'avoir remarquée.
« À Serpentard, on fait corps, car un serpent solitaire ne fait pas le poids face à un lion, un aigle, ou, oui, même une belette. Nous puisons notre force dans notre solidarité, nos connections, et n'importe quelle autre ressource qui se révèle disponible. »
Il s'arrêta pour sourire avec suffisance d'une façon qui fit rire avec lui la majeure partie des élèves les plus âgés d'un air sombre.
« Il y a très peu de règles à Serpentard qui ne peuvent en aucun cas être transgressées. L'une est celle contre les combats en interne. Si vous avez un problème avec un membre de votre Maison, réglez-le avec des mots en privé ou par baguettes pendant les vacances. Dans cette école, d'aussi loin que quiconque est concerné, mes serpents ne tournent pas leurs crochets les uns sur les autres. Tout autre problème sera examiné sur la base d'un cas par cas. Quand vous aurez été trop loin, vous le saurez, et je prie pour que vous ayez l'intelligence de ne pas faire la même erreur deux fois. »
Il dévoila ses dents en une parodie de sourire et Rigel jura à ce moment-là de ne jamais se le mettre à dos.
Snape leur offrit à tous un dernier regard aux yeux noirs. Satisfait que son point ait été reçu – en effet, même Malfoy ne paraissait pas savoir où se mettre – il pivota sur ses talons et partit. Le vide laissé derrière par sa présence était tel qu'il fallut quelques secondes après que le mur de la salle commune soit refermé pour que quelqu'un bouge. Finalement, un préfet s'éclaircit la gorge et dit :
« Vos emplois du temps ont dû être distribués dans vos dortoirs maintenant, et quiconque ayant cours le près de la salle de classe de Sortilèges en premier est chargé de montrer aux nouveaux serpenteaux le chemin. »
Rigel rencontra les yeux de Pansy et la blonde souleva un sourcil en une question silencieuse. Elle prit son temps, retournant dans sa tête ses impressions alors qu'ils se rendaient dans leurs chambres et décida enfin qu'un haussement d'épaule était la meilleure réponse qu'elle pouvait donner. Pansy sourit, comme si elle s'était attendue à une telle réaction.
« Il a de la présence, dit Pansy. Père m'a raconté qu'il est assez réputé comme Maître des Potions et tout le monde dit qu'il est un bon directeur de Maison. »
Nott, qui était en train de marcher derrière eux, pouffa d'amusement incrédule.
« Tout le monde à Serpentard peut-être. Le reste des Maisons pensent qu'il est un sacré bâtard. »
Pansy fronça les sourcils à son langage mais dit simplement :
« Qu'est-ce qu'on en a à faire de ce qu'ils pensent ? Ils se trompent. »
Rigel les laissa se chamailler là-dessus, toujours en train d'intégrer à sa première rencontre avec son… idole ? Certainement pas. S'il y avait une chose que Severus Snape n'était pas, c'était un objet de vénération. Son héros peut-être ? Non, trop enfantin. Son futur mentor, décida-t-elle. Avec un tant soit peu de chance. Il était juste plus impressionnant en personne qu'elle ne l'avait imaginé et malgré ses mots disant de l'approcher avec leurs ambitions, il y avait quelque chose d'inaccessible chez lui. Elle ne pouvait pas s'imaginer aller le voir et demander son attention, surtout en considérant le nom de famille qu'elle empruntait. Et son vrai nom de famille, d'ailleurs. Elle aurait juste à travailler deux fois plus dur et lui faire prendre conscience qu'elle existait.
