Chapitre 15

Les mystères d'un sourire

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Une rafale de flocons s'engouffra dans le vestibule. La porte claqua, bienveillante, et cette glace en suspension retomba sur le sol qui se couvrit rapidement de petites taches sombres.

Quelques pas. Quelque chose heurta le sol, le contact de deux semelles mouillées fit craquer le parquet inégal. Tout doucement.

Un baiser. Un soupir, et puis un autre. Et quelques mots murmurés. Il ne faut pas pleurer.

Deux front appuyés l'un contre l'autre. Un autre baiser.

Une vision douloureuse (une élève de troisième année qui lève la main, avide de répondre, un visage encore enfantin, un regard doux et vif) tordit son esprit, avant qu'il ne la chasse de toutes ses forces et qu'elle ne disparaisse totalement. Il sut alors, inexplicablement, que ce serait la dernière fois qu'il la verrait ainsi.

A présent elle le regardait, proche, ses lèvres luisaient d'une salive qui n'était pas la sienne et qui, quelques années plus tôt, avait imprégné la bouche qui l'avait instruite. Elle le regardait et c'étaient les mêmes yeux qu'autrefois. Et il compris que ces choses ne voulaient plus rien dire, que cette malédiction était terminée, obsolète, que cette période n'aurait plus le pouvoir de le rendre coupable. Etaient-ce ses baisers qui l'avaient guéri? Une partie de lui, fascinée, effrayée, s'était mise à le penser. Comme dans les contes de fées. Lui-même n'était-il pas une créature de conte de fées, dans le fond ?

Et tu es une drôle de princesse, Hermione.

Elle ferma les yeux et l'embrassa à nouveau, avant de répéter ce qu'elle lui avait murmuré un instant plus tôt :

« - Il ne faut pas pleurer. »

« - J'ai fait un mauvais rêve », répondit-il en lui souriant, essuyant sommairement les larmes qui mouillaient sur ses joues.

Elle acheva de le faire à sa place en appliquant ses pouces sur sa peau. Puis sa bouche, avide, sur la sienne. Puis son corps. Lorsqu'elle passa les mains sous ses vêtements pour effleurer son dos, une partie de lui se mit à paniquer et il faillit laisser échapper un réflexe de recul.

Malgré la douceur et l'application qu'elle employait pour le toucher, il ne pouvait s'empêcher de percevoir l'inquiétude et ce tact maladif qui imprégnait chacun de ses gestes. Il se sentait comme un enfant difficile dont ce serait la première étreinte maternelle : elle devait craindre une énième fuite de sa part.

Il aurait voulu lui offrir plus. Avoir le contrôle sur lui et donner sa part de tendresse. Au lieu de ça il se tenait figé, entièrement soumis à des caresses, de simples et prudentes caresses. Finirait-elle par se lasser de cette froideur ?

Il lui semblait qu'il serait capable, comme lors des pires nuits de son existence de loup, de la mettre en pièce s'il déchaînait ses appétits sur elle. Il valait mieux rester ainsi, ne pas bouger. La chair de poule hérissa sa peau de la tête aux pieds alors qu'elle embrassait son cou puis, dans une initiative plus sensuelle, y laissait traîner son souffle. Elle ravala sa salive et ce bruit anodin lui parut alors le plus troublant, le plus sexuel, le plus excitant de tous. Il soupira. Princesse.

Il s'autorisa à passer une main dans le nuage fou, insondable, de ses cheveux. Elle appuya son front dans le creux de son cou et soupira.

« - J'ai menti sur mes intentions », murmura-t-elle. « En vérité, j'aime beaucoup vous voir nu. »

Elle avait dit cela avec une franchise indiscutable, mais il comprit avec tendresse qu'elle s'efforçait aussi de lui exprimer son désir de façon plus explicite. Cela le fit sourire. Elle releva la tête et guida ses mains vers ses épaules, où cette cape bleue attendait de lui être enlevée. Il semblait à Remus qu'il n'avait jamais vécu que pour la lui retirer, que c'était même pour cela qu'il lui en avait fait cadeau.

Il pinça le tissu entre ses doigts et réalisa que ses mains tremblaient énormément. Jamais il ne pourrait aller jusqu'au bout…il ne parviendrait qu'à la meurtrir avant de tout laisser échapper dans son pantalon. Jamais il n'y arriverait. Il avait attendu ce moment pendant des siècles, lui semblait-il, et à présent il se trouvait incapable d'agir.

Le vêtement chuta à terre, quelque part dans le néant.

Elle caressa sa joue, le flattant comme un animal apeuré. Il repensa à la douceur de cette langue contre la sienne, contre ses lèvres, et en eut envie à nouveau.

« - J'aime beaucoup vous voir nu, je trouve cela très agréable », ajouta-t-elle.

Il se pencha et après une brève hésitation, l'embrassa. Les mains dans son dos remontèrent jusque sous ses omoplates avant de redescendre bien plus bas. Il étouffa un gémissement. Ne comprenait-elle pas, elle, si intelligente, que de telles choses le rendaient progressivement dément?

Elle recula son visage de quelques centimètres.

« - Je vois bien que ça ne va pas. »

Dans sa tête les mots se bousculaient, mais aucun ne parvenait à filtrer hors de ses pensées.

« - Ca va très bien », affirma-t-il avec douceur. Il eut une pensée pour son bas-ventre, furieusement à l'étroit dans son pantalon. « Ca va très bien. »

« - Vous n'êtes pas très à l'aise. Je n'attends rien de particulier, ne soyez pas gêné ou…anxieux. »

Il sourit : elle venait de le cerner avec une précision douloureuse.

Hermione lui rendit son sourire avec une franchise empreinte de tendresse. « Tout ira bien », ajouta-t-elle à voix basse. « Si vous préférez attendre, il n'y a aucun problème. »

Ces quelques mots, il n'arrivait pas à croire que c'était elle qui les prononçait : il avait cru que ce genre de phrase lui serait éternellement réservé. Elle le regardait, sereine, attendant avec patience qu'il lui donne un indice quant à ses désirs. Il pouvait sentir l'odeur grisante de ses cheveux, de son corps dont les effluves sucrés traversaient les vêtements. Il ferma les yeux.

Il repensa à la neige, dehors. Et puis à cette odeur qui vivait à présent non plus dans l'espace autour de lui, mais à l'intérieur de sa tête. Il repensa au loup qui, pour une des premières fois de son existence, essuyait une défaite. Il repensa à ses sentiments, à cette boule de feu dans son ventre. Cet amour. A celui qui se posait sur lui et qu'il avait longtemps refusé. Il repensa à sa peur. Il repensa à ces matins maudits où il n'était qu'une épave, puis examina sa nouvelle existence.

Il sembla alors qu'elle lui avait offert non pas un remède, mais la clé d'une cohabitation moins difficile avec la Bête, d'une combinaison encore inédite et qu'en cela, son loup se devait aussi de la remercier. Cette pensée le fit sourire. Il repensa à son désir et rouvrit les yeux : elle le fixait toujours, une douceur soyeuse au fond de ses yeux sombres. Il effleura son cou du revers de l'index en avançant son visage vers le sien, comme pour l'embrasser. Sauf qu'il n'en fit rien.

Il pencha la tête de côté et étala un bref coup de langue sur sa joue.

La peau ainsi mouillée se creusa d'une fossette rieuse et, un instant plus tard, la même caresse vint humidifier le coin de sa propre bouche.

Elle le regardait, attendant une réaction de sa part. Il se pencha sur son cou et après un bref mordillement, apposa à sa peau un coup de langue plus vigoureux. Il entendit sa respiration devenir inégale, presque haletante.

Il avait envie…non, il désirait de tout son cœur passer son bras autour de sa taille et la guider jusqu'à la pièce, là-haut, et il savait parfaitement à la façon dont elle le regardait qu'elle en serait heureuse. Sauf que rien ne pressait, et s'il lui suggérait de leur donner le temps, de ne pas précipiter cette relation toute neuve, il savait qu'elle l'approuverait aussi, avec toute la sagesse qu'il lui connaissait.

Mais après tout rien ne le obligeait à choisir une solution aussi catégorique et il lui sembla que cela aussi, elle l'approuverait. Ses yeux parlaient pour elle. Ses mains plaquée sur la peau de son dos. Et aussi son souffle, qui caressait son cou avec irrégularité.

Il posa un baiser léger sur ses lèvres, et sentit qu'elle faisait glisser ses mains hors de sa chemise, loin, bien trop loin de sa peau : elle attrapait son pull pour le lui enlever. Il eut un léger sourire et, de bonne grâce, s'en saisit à sa place pour le faire passer par-dessus sa tête. Sa bouche s'approcha de son oreille et il lui murmura, tout en caressant le creux de son dos :

« - Rien ne presse. »

« - Oui, je sais. »

Comme en ce lointain matin de Novembre, son nez effleura le contour de son oreille sauf que, cette fois-ci, il ne se retint pas d'en caresser le lobe du bout de la langue. Sa main descendit chercher la sienne et il se dégagea légèrement de leur étreinte pour les entraîner vers la chambre. Sur les quelques pas qui les séparaient de l'escalier et lors de l'ascension de celui-ci, il lui sembla à plusieurs reprises que c'était elle qui, en réalité, le guidait.


Il y a différentes personnes, différents sourires, cher monsieur Lupin. Différentes situations, aussi. Le votre est, quelles que soient les circonstances, une énigme totale pour la majorité des gens. Il n'y a rien à en déduire à part une profonde, une totale bonté. Si bien que cette précieuse simplicité ne parvient pas toujours à percer nos esprits si perméables à la beauté. On s'imagine qu'il y autre au chose, sans toutefois parvenir à définir quoi.

La pièce était sombre. Dehors, les nuages noirs étouffaient le jour comme un couvercle. A défaut de tirer les rideaux, geste que son éducation qualifiait de galanterie élémentaire, il eut davantage envie d'allumer une ou deux bougies. S'il avait pu contrôler ses gestes, ç'aurait sûrement été la première chose qu'il aurait faite. Simplement, cela lui était momentanément impossible.

En réalité il n'y a que vous. Vous et votre cœur.

Elle sembla comprendre son état ; elle avait sans doute senti, à travers leurs vêtements respectifs, cette dureté qui le trahissait si bien. Et sans doute avait-elle lu sur son visage l'émotion qui avait pris le dessus sur ses initiatives. Il haït un instant ses mains tremblantes, ces traîtresses, à défaut de se haïr lui-même pour se montrer aussi incapable.

Elle prit ses mains dans les siennes, les embrassa chacune sur le bout des doigts avant d'en poser une sur sa hanche et l'autre contre son cœur. La proximité palpitante de cette chair, à défaut de le rendre encore plus nerveux, répandit dans son sang une fluide chaud, enivrant. Un sursaut de désir. La Nature était si bien faite…Il la serra encore dans ses bras et l'entendit soupirer. Sa main était restée sur la naissance de son sein gauche, comme si la foudre menaçait de s'abattre sur lui s'il s'aventurait à la bouger de l'endroit où elle l'avait posée à sa place.

Et puis…il la descendit. Avec franchise. Et même un soupçon d'appétit. Hermione se colla à lui plus brutalement.

Mais on en déduit que vos sourires sont pleins de mystère. On s'imagine que l'étrange monsieur Lupin est en train de réfléchir, que ses pensées sont tournées vers des choses qui resteront à jamais dissimulées dans les méandres de son esprit.

C'est une erreur.

« Pas encore », soufflait une voix dans sa tête. Tout allait si vite…Quelques instants plus tôt ils en étaient encore à se déchirer, et à présent…leurs mains étaient pleines de la chair l'un de l'autre. Mais rien ne les obligeait à aller jusqu'au bout, après tout. Il pouvait la satisfaire malgré cela. Ses mains rampèrent jusqu'à son dos et attrapèrent la maille douce de son pull pour le lui retirer. Elle le laissa faire avec une docilité touchante. Il lui sembla à nouveau qu'il l'aimait avec tant de force qu'il pourrait broyer chacun de ses os en quelques secondes, s'il se laissait aller.

Son buste lui sembla encore plus frêle que d'habitude, et il y reposa les mains avec une délicatesse hésitante.

« Je ne suis pas en sucre », lui chuchota-t-elle avec un sourire. Non…elle n'était pas en sucre. Ou peut-être que si. Il profita de cette invitation pour lui retirer le vêtement de tissu léger qu'elle portait en dessous de son pull. Pour s'éviter la vision brutale de cette peau à nu il la serra immédiatement contre lui.

Vous ne pensez qu'à la personne à laquelle vous souriez, ou encore à la situation qui vous émeut. Je connais, moi, votre secret ; cette affection sans limite qui vous anime. C'est un secret car bien peu de personnes brûlent de cette même et miraculeuse petite flamme : vous aimez sans compter.

Elle embrassait son cou, y respirait profondément, en vagues lentes et amples. Remus appréciait cela. Son visage reposait sur ses cheveux, et il se délectait de cette odeur si familière et jusqu'ici si lointaine à même sa source, enfin. Il embrassait, respirait cette surface broussailleuse et odorante avec délices et sentait, au fil de ses baisers, le corps contre le sien se cambrer de plus en plus. Ses mains descendirent jusqu'à ses fesses, lentement. Lentement.

Elle amorça les premiers mouvements pour lui retirer la chemise qu'il portait. Ses gestes trahissaient la même émotion que la sienne et cela le rassura un peu. Il se laissa faire, avec la même sensitivité, la même confiance et le même abandon que ceux qu'il avait connus sous la douche, un moment plus tôt. Hermione prenait son temps, détachant chaque bouton avec une lenteur qui, à chaque centimètre carré de peau découvert, accroissait la tension entre eux.

Non, il ne la renverserait pas sur le lit comme un amant prévisible et hâtif, malgré l'accueil tentant, relativement confortable que celui-ci promettait. Il l'embrassa derrière l'oreille, et quelque chose dans son souffle, quelque chose de nouveau lui fit comprendre qu'elle était prête. Alors, avec douceur, il détacha le premier bouton du blue-jean qu'elle portait, puis les autres, et le fit glisser sur ses jambes. Elle s'en défit totalement et le piétina, puis avança les mains pour lui retirer le sien. Il l'en empêcha avec douceur, et profita d'avoir cette prise sur ses poignets pour la faire pivoter sur elle-même.

Une main posée sur son ventre, il la guida (et cette fois, c'était bien lui qui les dirigeait) vers la fenêtre, à travers laquelle le spectacle de la neige qui tombait sur un fond de ciel gris foncé composait un spectacle à la fois feutré et grandiose.

Elle appuya une main à la vitre glacée, et une couronne de buée se forma aussitôt autour de ses doigts ; ils paraissaient extrêmement fins dans le contre-jour. Remus apposa sa bouche au creux de son épaule, troublé par l'étrange similitude de cette position avec celle de la salle de bains. Il glissa ses mains le long de son dos et de défaire l'attache de son soutien-gorge. Hermione était presque entièrement immobile. Docile autant qu'il avait su l'être avec elle. Lorsque ses mains descendirent jusqu'à ses hanches pour la déshabiller entièrement, elle eut simplement un geste adroit pour l'y aider.

J'aime vos sourires. Ils me réchauffent. Quand la douleur est glacée, gelée en moi, ils posent sur moi assez de chaleur pour que je puisse pleurer. J'aime vos sourires. Je voudrais qu'ils soient perpétuellement posés sur moi.

Sa main vagabonda sur son ventre, puis descendit bien plus bas. Et pendant que son autre bras s'enroulait autour d'elle, cette main descendait, encore. Effleurait, caressait. Elle remonta, capricieuse, s'empara doucement d'un sein avant de redescendre, éprouva un instant la douceur du haut de sa cuisse, et s'aventura là où elle était attendue depuis un temps odieusement trop long.

Elle laissa aller sa tête sur son épaule, à mesure que la main qui s'agitait autour de son bas-ventre se faisait plus énergique, plus voluptueuse, moins hésitante. Et alors que les premières convulsions du plaisir creusaient son ventre et accéléraient son souffle, alors qu'elle laissait échapper un gémissement qui criait victoire pour lui, elle abattit son autre main sur la vitre piquetée de givre et se tordit avec violence contre lui, le visage tourné, tendu vers son cou, et il sentit soudain dans son propre ventre l'issue de son désir frustré.

Elle eut un dernier sursaut de plaisir, un dernier mouvement incontrôlé contre lui, et ce mouvement fut le déclencheur d'un plaisir incongru, inattendu, qui éclata dans son propre corps, annihila sa conscience avant de jaillir au creux de ses vêtements.

Même quand je mange, même quand je brosse mes cheveux, même quand, l'esprit absorbé, je rature et annote le dernier article que le journal va publier, j'ai besoin de votre regard bienveillant sur moi, de ces sourires, de cette lumière, de votre cœur qui, malgré l'imperfection de ma personne, me considère toujours avec affection. Vous avez en vous des trésors que je rêve d'avoir un jour en ma possession.

Pour les connaître il faut juste comprendre les mystères d'un sourire.