Chapitre 17

Maintenant

.oOo.

« - Ce ne sont pas que de belles paroles, ajouta-t-elle avec douceur. »

Il écrasa une larme sans cérémonie.

« - Je ne doute pas que tu les penses. J'espère simplement que tu ne les oublieras pas. »

Il repensa à toutes ces odeurs, celles dont il se repaissait, aux bruits épiés qu'il lui avait volés, à tous les rêves où il s'était vu la posséder, à sa jalousie et à tous ces matins où elle l'avait ramassé, nu et ensanglanté dans la forêt. A leur inquiétude mutuelle, au souci qu'il avait d'elle depuis longtemps et qui s'était mué en une inquiétude viscérale alors que peu à peu, il tombait amoureux d'elle.

Il se taisait, cherchant ses mots.

Sous sa chemise, Hermione poursuivait son exploration et son index effleura une de ses cicatrices.

« - Il me semble que chacune de tes cicatrices m'appartient un peu, puisque j'appartiens au monde qui te les a infligées, souffla-t-elle contre sa bouche.


Il portait encore sa cape de chez Gringotts et Tonks, un grand sourire aux lèvres, remplit son verre sans un mot. Le pub était presque désert, en ce milieu de journée. Elle le regardait avec un air entendu et alors qu'il vidait son deuxième verre, elle se décida à parler.

« - Tu n'as rien à me dire ?

« - …que tu ne saches déjà ? Non.

Ce fut à son tour de sourire.

« - Je suis contente pour toi. Tout va bien, n'est-ce pas ?

« - Tout va bien, répéta-t-il rêveusement. Puis il s'assombrit.

« - Non, tout ne va pas bien. Dis-moi.

« - J'ai peur qu'elle se trompe. Je n'ai pas couché avec elle. Peut-être pour lui laisser une échappatoire, une dernière fois. Avant qu'elle ne se trouve trop impliquée.

« - Tu ne peux pas fuir indéfiniment, sous prétexte que les choses pourraient mal tourner.

Il la considéra gravement.

« - Tu as raison. Et parfois, j'ai envie d'envoyer balader le bon sens et ne penser qu'à moi. Elle a pris la place du vide qu'il y avait avant dans ma vie, ce qui n'est pas peu dire… » Il passa une main dans ses cheveux.

« Parfois j'oublie les risques, mes responsabilités, et il me semble que lui arracher son nom pour mettre le mien à la place serait un acte formidable pour m'assurer quelle reste toujours. J'envisage de nous cloîtrer chez moi pour ne pas avoir à affronter le regard des autres, la rancœur de Molly, et cette omniscience inquiétante que Harry a développée. »

Il vida son verre. « Rien à faire, pas vrai ? J'ai définitivement perdu la tête. »

Tonks le vit alors sourire.


L'enseigne de la Sirène Muette luisait dans la pénombre, éclairant le brouillard qui collait à la façade de pierre du bâtiment. Assez proche, le lac à la surface gelée reflétait le ciel piqué d'étoiles et il régnait un froid mordant. Remus, qui venait de transplaner, songea avec humour que c'était son premier rendez-vous depuis bien longtemps et que malgré ce froid, il aurait pu attendre pendant des siècles.

Un craquement familier résonna quelques pas derrière lui et il se retourna. Hermione venait d'apparaître, des gouttes d'humidité brillant à ses cheveux.

Ils étaient en avance tous les deux. Elle lui sourit et il s'avança vers elle.

« Bonsoir. » Et avant qu'elle ait pu répondre, il cueillit un baiser au coin de sa bouche. Elle lui prit la main et en embrassa le creux. « Bonsoir », murmura-t-elle à son tour.

Ce geste le troubla et il eut l'impression, une fois de plus, que leurs rôles étaient échangés, distribués avec une maladresse évidente et pleine de charme. Elle venait de lui embrasser la main, comme un chevalier embrasse la main de sa reine, peut-être avec davantage de sensualité.

Cette gêne d'un instant se métamorphosa en une vague de plaisir, quelque chose d'inhabituel, d'inconnu pour lui : le coupable sentiment qu'il pouvait faire d'elle ce qu'il voulait, s'il le souhaitait. C'était à la fois troublant et inquiétant, et il coupa court à ces étranges pensées en tendant le bras vers la porte de l'établissement, les entraînant vers la chaleur et l'idée de pensées un peu plus saines.


Il saisit un coquillage et le lui tendit. Elle vint le cueillir du bout des lèvres, effleurant le bout de son index de sa langue. L'arrière-salle dans laquelle ils se trouvaient était pleine à craquer, mais Remus avait eu l'heureuse intuition de réserver une table dans un recoin discret, abrité par une série de plantes vertes.

Hermione avala et passa la langue sur sa lèvre inférieure, avant de demander :

« - Et si nous rencontrons quelqu'un ?

Il soutint son regard.

« - Cela ne changerait rien.

« - Non, tu as peur.

Il fut un instant troublé par cette affirmation. Elle saisit son verre, but un peu de vin, et reprit la parole.

« - Tu as peur de me créer des problèmes (elle eut un sourire triste). Au début je pensais qu'il serait plus facile d'obtenir tes faveurs, mais je te sous-estimais. En revanche, je suis certaine qu'il y a en toi une sorte de…maraudeur que je ne connais pas encore.

Il repensa à toutes les fois où il s'était conduit « comme un maraudeur » et eut le vertige : il y avait des années que ça n'était pas arrivé. Sans la quitter des yeux il se leva, sa chaise raclant le sol avec violence. Il jeta une poignée de gallions sur la table et lui tendit la main. Les yeux agrandis, elle la saisit et ne la lâcha plus.

La porte du restaurant claqua derrière eux et l'air glacé envahit leurs poumons.

« - Et maintenant ? demanda-t-elle, essoufflée.

Il ne répondit pas et l'attira vers un des murs latéraux du bâtiment, plongé dans l'obscurité. De généreux nuages blancs s'échappaient de leurs bouches à chaque expiration. De vieilles planches, des poubelles en fer et un tas de débris de toutes sortes ornaient ce côté-là du restaurant.

Le froid était glacial mais Remus avait décidé qu'il n'entraverait en rien ses projets. Il la poussa contre le mur, s'efforçant de ne pas trop réfléchir à ce qu'il faisait. Elle n'avait pas eu le temps de fermer l'attache de sa cape, et il en profita pour l'entrouvrir davantage, mettant la peau de sa gorge à nu, en contact avec le froid mordant. Elle commença à trembler (de froid, pensa-t-il) mais ne s'en soucia pas. Il s'appuya de tout son poids à elle, sa bouche plongeant droit sur cette chair glacée, et glissa une main sous sa cuisse, la relevant contre la sienne avec une faim non dissimulée.

Maraudeur. Les Maraudeurs. Un Maraudeur.

Il y avait si longtemps…

FIN de la première partie.