Un grand merci à Khalie pour son patient travail de relecture. Une très bonne année à tous, et bonne lecture !
Chapitre 2
Le festin
Une unique fenêtre donnait sur les lumières du Chemin de Traverse. C'était le seul éclairage de la pièce.
Remus abandonna sa bièraubeurre sur une console et avança dans la pénombre. Il devinait le lit qui semblait les appeler, mais Hermione préféra le pousser vers la fenêtre. Elle l'incita à s'appuyer contre son rebord.
Il sentait ses mains, si chaudes, qui serpentaient entre sa chemise et son gilet, et voulut prendre sa bouche. Hermione la lui refusa. Son regard, malicieux, le nargua alors que ses mains rampaient à présent contre la peau de son ventre. Et malgré l'intimité toute nouvelle qui les liait, il eut un sursaut et saisit ses poignets.
« Laisse-moi t'approcher autant que je le veux, murmura-t-elle.
Elle ne voyait pas son visage, caché pas ses cheveux et le contre-jour des lumières de la rue. Il la retenait avec une douceur résolue, et elle repensa à toutes les fois, la nuit précédente, où il en avait été de même.
Il lui semblait encore sentir son corps onduler contre le sien, et ses mains qui immobilisaient irrémédiablement les siennes. Souvent, bien trop souvent, mais jamais à la fin, quand il abandonnait tout, tout même ses inquiétudes, sa peur de perdre le contrôle. Son corps tremblait, ses bras se refermaient spasmodiquement autour de son corps, et il rugissait son plaisir dans le moelleux de l'oreiller.
« Ce sont tes mains autant que les miennes, que tu entraves. Qu'as-tu peur de faire…
Remus resserra encore sa prise, avant de la lâcher complètement.
« - Je pourrais te faire du mal.
« - Est-ce déjà arrivé ?
« - Non. Mais les choses sont différentes, cette fois.
Hermione ne voulait pas le brusquer, même si elle aurait voulu qu'il s'explique mieux. Rarement elle l'avait vu à court de mots, encore moins à court de bon sens. Mais elle voulait dénouer ce qui couvait en lui, là, maintenant.
« - Vraiment ?
Elle lui prit la main et en embrassa la paume.
« Les choses sont différentes pour moi aussi. Et je ne vais pas me transformer en harpie une fois dans ton lit.
Il sourit et cela la rassura.
« - Chaque mot de ta part a un impact sur moi, soupira-t-il près de son oreille. Et chaque caresse…
Elle avait posé une main, si légère, contre son bas-ventre. Il tendit la sienne pour l'en retirer, hésita, et finit par la poser sur celle d'Hermione.
Aurait-il un jour le courage de lui dire ce qu'il avait enduré, alors qu'il tombait amoureux d'elle ? Il avait dû supporter de la voir aimer un autre, un autre pour lequel il avait lui-même beaucoup d'affection et qu'il tenait en estime. Il avait supporté ses regards candides, confiants, alors que son esprit était baigné de pensées bouillantes.
Il avait supporté ses odeurs corporelles bouleversantes, les soupirs qu'elle pensait secrets, sa gentillesse qui l'atteignait comme une brûlure. S'il lui en parlait, elle le prendrait pour un fou !
Le miracle était qu'après une nuit passée avec elle, elle soit encore en un seul morceau. Il aurait pu la mordre, déchiqueter sa peau en s'en repaître, afin de se l'approprier à jamais. Il aurait pu serrer son corps avec tellement de force qu'Hermione, sa douce, sa belle, aurait vu naitre le jour avec le corps couvert d'ecchymoses. Il aurait pu aller en elle avec tant de violence qu'il l'aurait meurtrie dans ses entrailles, là où elle était la plus tendre.
« - Chaque caresse est comme un miracle, reprit-elle pour lui.
Il se détesta pour les larmes qu'il versait. Et cette haine s'épanouit comme un feu de broussailles, alors qu'il la sentait glisser contre lui, s'agenouiller à ses pieds, sans qu'il ne puisse rien y faire. Il se mordit l'intérieur des joues pour ne pas lui hurler d'arrêter.
Encore une fois, il se mêlait à elle.
Sa tête tourna alors que ses mains se crispaient sur le rebord de la fenêtre. Elle avait choisi d'appliquer ses caresses sur la seule partie de lui qu'il ne pouvait vraiment contrôler. Il s'était promis de ne plus rien censurer, et même s'il réprouvait ce qu'elle s'apprêtait à faire, il devait une fois pour toutes lui faire confiance.
Tu divagues, mon pauvre Remus. Il s'agit de TE faire confiance. Par ailleurs tu es fait de chair et de sang. Tu ne réprouves rien du tout. Tu crèves de plaisir.
Ses ongles se plantèrent dans le bois, tandis qu'il laissait échapper un gémissement. Il haletait. Il fallait qu'elle arrête. Il voulait son corps contre le sien. Mais à peine avait-il amorcé un geste qu'elle le repoussait contre la fenêtre, décidée à ne rien céder.
Le plaisir vint. Il se cambra à son approche, pressant ses mains autour de la nuque de la jeune femme.
« - Non… hoqueta-t-il, à bout de souffle.
Un dernier spasme, un gémissement, et il s'effondra à genoux à ses côtés. Sa ceinture glissa au sol comme un serpent mort, et la boucle heurta bruyamment le plancher. A présent il la serrait contre lui, et Hermione pouvait sentir les hoquets qui le secouaient, alors que les dernières vagues de plaisir traversaient son corps.
Une musique douce résonna à son oreille, et Hermione ouvrit un œil.
Sa main tâtonna à la recherche de sa montre magique, et mit fin à la mélodie qui l'avait tirée du sommeil. Elle réalisa d'un coup qu'elle n'était pas chez elle, mais chez Remus.
Au terme d'un week-end riche en émotions elle était chez lui, dans son lit. Dans ses draps et dans son odeur. Mais pas dans ses bras ? Elle ouvrit l'autre œil et tourna la tête : il était déjà levé. Elle roula de côté et enfouit le visage dans son oreiller, baignant dans son parfum. Elle était chez lui, et loin de vouloir en partir !
Constatant que sa propriétaire n'était pas encore levée, la montre se remit à sonner.
La barbe, marmonna Hermione en l'éteignant à nouveau.
Des pas se firent entendre dans l'étroit escalier qui montait à la chambre, et elle se redressa aussitôt, mettant un semblant d'ordre à ses cheveux en bataille. Remus fit son entrée dans la pièce, et son cœur fit une embardée.
Il portait le costume bleu sombre de chez Gringotts, dont la coupe ajustée mettait en valeur la silhouette amincie que son nouveau travail avait façonnée. Elle qui avait pour habitude de le voir vêtu de couches de vêtements grossiers, voire rapiécés, resta stupéfaite.
Ses cheveux était soigneusement peignés et ramenés en arrière, et les mèches blanches de ses tempes formaient deux vagues charmantes autour de sa tête. Au cœur de cette harmonie, les cicatrices de son visage lui conféraient une sauvagerie séduisante, contrastant avec la douceur de son regard.
Son cœur se tordit. Elle l'avait toujours trouvé attrayant, et au fil du temps, incroyablement beau. Mais elle prenait conscience, ce matin, qu'il pouvait inspirer des sentiments semblables à d'autres ! La beauté qu'elle percevait depuis toujours était maintenant visible aux yeux de tous… et de toutes.
Il lui sourit.
« Bonjour…
Il déposa un bol fumant sur la table de nuit et se pencha pour cueillir un baiser. Il sentait l'après rasage, le dentifrice et le linge propre.
« Je transplane dans dix minutes, murmura-t-il à son oreille. Veux-tu me retrouver au Chaudron baveur, ce soir ? Je voudrais choisir une bonne bouteille pour le dîner chez Harry.
Sa voix, son odeur, tout lui criait de le retenir, de l'attirer contre elle, de l'empêcher de sortir de cette chambre, du lit, de ses bras… Mais elle savait la valeur que ce travail avait à ses yeux, et la joie qu'il éprouvait à exercer son métier de briseur de sorts.
De toute évidence, Remus considérait ce poste comme une preuve de sa condition d'être humain. Comme une garantie de normalité et de stabilité qui l'autorisait à l'accepter, elle, dans sa vie.
Elle aurait voulu lui expliquer qu'elle l'aimait lorsqu'il était pauvre, malade, sans emploi. Qu'elle aimait jusqu'à la couche de terre et de sang qui couvrait son corps les lendemains de pleine lune. Mais le voir si heureux en ce début de matinée était grisant. C'était peut-être ce bonheur qui le rendait si séduisant, et non son uniforme de Gringotts !
Pour la première fois depuis qu'il travaillait pour la banque des sorciers, Hermione se demanda s'il avait des collègues féminines.
Hermione posa sa plume et se tourna vers la fenêtre. Les locaux du Chicaneur donnaient sur une lande désolée, mais cette vue lui permettait de faire le vide. Quand l'écriture d'un article l'accaparait, son cerveau semblait bouillir comme une marmite, enchainant les idées, alors que sa plume courait à toute vitesse pour rattraper ses pensées !
Souvent, sa main gauche fouillait simultanément une pile de documents destinés à étayer son article, alors qu'elle savait déjà par cœur le chapitre du livre ou l'extrait de loi qu'elle recherchait pour appuyer ses dires.
Aussi, elle faisait régulièrement de courtes pauses, sachant que celles-ci lui permettaient de repartir de plus belle.
Le Chicaneur gagnait chaque jour en respectabilité et en renommée. Elle savait que son dévouement avait quelque peu fait changer les choses, ses articles de fond et sa vision cartésienne du monde sorcier ayant apporté un ton plus incisif et actuel.
Cependant le journal conservait cette touche excentrique qui le rendait unique. Ainsi, il était possible d'y trouver un regard acide sur les dernières lois de régulation des créatures magiques, mais aussi un récit détaillé des habitudes alimentaires les ronflaks cornus.
Hermione était fière de son travail et de ce qu'était devenu le Chicaneur. Elle avait même eu l'idée d'embaucher un dessinateur de presse.
Mais aujourd'hui, ses pensées n'avaient aucun mal à dériver hors du domaine professionnel. D'habitude, la rédaction intensive la tenait éloignée des pensées concernant sa vie privée. Mais désormais, une odeur, un souffle d'air contre sa peau… et elle revivait aussitôt la nuit précédente.
Elle repensait à sa bouche contre la sienne, ses gémissements, les mots qu'il lui murmurait à l'oreille alors que ses coups de reins, lents et profonds, lui faisaient perdre pied avec la réalité.
Hermione inspira lentement et prit une gorgée de thé. Il était tiède.
« Tu es cernée de Perceforets, ce matin, constata Luna.
La jeune femme se retourna et lui sourit, embarrassée. Elle avait appris à composer avec les excentricités de Luna, mais celle-ci parvenait encore à la surprendre. Malgré toutes ses lectures, elle n'avait jamais entendu parler de ces créatures. Cela l'irrita un peu, mais la curiosité l'avait gagnée :
« - Ce qui signifie ?
« - Ils sont attirés par les pensées romantiques. C'est comme du miel pour eux. L'un d'eux nage dans ton mug… ton thé ne doit plus être si chaud. Veux-tu de la tarte aux prunes dirigeables ?
Elle accepta, ravie de changer de sujet.
Remus franchit le seuil du hall et fut aussitôt projeté contre le mur le plus proche par un individu qu'il n'eut pas le temps d'identifier. De la poussière tomba de la tapisserie qui avait amorti le choc, et se déposa sur ses cheveux et son visage.
La fureur se devinait à travers la prise acérée de son interlocuteur. Au delà des mèches qui pendaient devant ses yeux, il discerna le visage crispé de Ron Weasley.
Il n'y avait pas de formule préparée, de discours apaisant pour lui. Hermione venait de poser sa main sur l'épaule du garçon. Son regard était effrayé mais débordant de compassion pour son ami.
« - Ron ! Arrête !
Mais il avait déjà frappé. Une rosace brune fleurit dans son champ de vision, alors que la douleur du coup s'enracinait dans sa pommette gauche, provoquant un bref étourdissement. Il venait de s'en prendre une belle.
« Comment oses-tu ! hurla-t-elle.
« - Tu peux me dire ce que tu trafiques avec lui ? demanda-t-il d'une voix tremblante d'indignation.
Il se redressa tant bien que mal. Le garçon s'était tourné et s'en prenait désormais à Hermione. Pris d'une rage sourde, il s'apprêtait à l'en punir lorsqu'il comprit que Ron ne pourrait pas commettre l'ignominie de la frapper, elle. Toutefois il criait. Il lui immobilisa les bras, et l'autre se débattit de toutes ses forces.
« - Lâche-moi ! Quand je pense que t'as osé la toucher, espèce d'enfoiré ! Réponds-moi, Hermione, qu'est-ce qui t'as pris de faire ça !
Pressée contre le mur, Hermione produisait un effort visible pour garder son calme et ne pas montrer sa peur. Une peur qui ne parvenait pas à masquer entièrement la compassion. Une part de sauvagerie en lui se réjouit qu'elle ne ressente pour Ron que de la pitié.
« - Je ne veux pas parler avec toi quand tu es dans cet état.
« - Réponds-moi ! Hermione !
« - Non. Tu n'es pas toi-même. Laisse-moi tranquille !
« - Réponds-moi, t'as couché avec lui ?
« - Mais…ferme-là ! Tu es pitoyable ! Acheva-t-elle d'une voix indignée.
Remus rêvait de lâcher le rouquin pour la prendre dans ses bras, mais il se débattait sans faiblir. Il aurait voulu le punir pour avoir proféré devant Hermione de telles insanités.
« T'as baisé avec lui, c'est ça ?
Elle le gifla.
« - Des dizaines de fois. Tout le temps ! Voilà !
Toujours immobilisé pas Remus, Ron perdait de sa hargne, et son corps raidi par la colère devint soudain plus tendre. Sa tête s'inclina doucement, et il le sentit qui commençait à sangloter. Il se sentit soudain très las, et relâcha complètement sa prise.
Ron s'effondra au sol.
Des pas dans le couloir. Alertés par le bruit, les autres n'arrivaient qu'après la bataille.
« Je suis tellement désolée… Elle s'approcha de lui, et deux larmes roulèrent avec une parfaite symétrie sur ses joues rougies par l'émotion. Tout est de ma faute. J'aurais dû lui parler avant, lui expliquer.
Il sourit malgré lui, touché. La douleur dans sa joue augmenta de façon spectaculaire, et son sourire se transforma en grimace.
« - Tu n'as rien fait de mal.
« - Tout est de ma faute. Je vais te soigner. Viens t'asseoir.
Elle le guida dans une des chambres du premier.
Il se laissa faire. Malgré tous ses efforts, Hermione ne put entièrement guérir la blessure. Elle s'était concentrée, avait essayé plusieurs incantations successives, sans trop de succès. Remus devinait qu'il s'agissait de sa façon à elle d'exorciser le malheur.
Son visage avait pris une expression concentrée, son regard brillait d'un éclat presque effrayant, et son agacement croissait alors qu'elle comprenait qu'elle ne pourrait pas entièrement guérir cet œil au beurre noir.
« - Hermione, arrête une seconde (elle baissa vers lui un regard affligé). Ca n'a pas d'importance, tout ça. A vrai dire, je m'attendais à ce genre de réaction.
« - Mais après ce qu'il t'a dit…
« - Il s'inquiète aussi beaucoup. Et il y a de quoi.
« - Il a voulu savoir, fit une voix derrière eux.
Harry venait d'entrer dans la pièce, le visage grave.
« - Il se doutait de quelque chose, et je n'ai pas eu le cœur de lui mentir.
Remus s'apprêtait à répondre, mais Hermione l'avait devancé.
« - Tu as bien fait. Nous n'avons jamais voulu nous cacher, tu le sais. Je… je suis fière de notre couple, ajouta-t-elle farouchement, le rouge aux joues.
Il sourit, et encore une fois la douleur embrasa sa pommette.
« - Ne t'en fais pas, Harry. J'en ai vu d'autres. Nous servirais-tu un peu de bièraubeurre, pour oublier tout ça ?
« - Avec plaisir, répondit-il avec un sourire complice. Ginny et les jumeaux ont hâte de trinquer avec vous.
Tout à ses démons intérieurs, Remus avait laissé de côté la question du regard des autres. Il avait tant bataillé contre ses propres craintes, que rien, une fois décidé à accueillir Hermione dans sa vie - et dans ton lit, chuchota une voix malicieuse - ne semblait pouvoir le faire vaciller.
Aussi quand Harry, la veille, leur avait habilement posé la question au détour de la conversation, ils avaient répondu que rien ne méritait d'être dissimulé aux yeux des autres.
Remus n'avait pas imaginé que cette officialité pouvait lui causer du tort à elle, et se maudissait de son égoïsme.
Une fois dans la cuisine, ils saluèrent avec joie leurs amis, et s'attablèrent devant des chopes de bièraubeurre et un immense saladier de Fondants du Chaudron. Ron avait quitté la maison, mais les jumeaux et Ginny étaient toujours là. La conversation était agréable et enjouée, souvent ponctuée d'éclats de rire.
Un peu plus tard, Neville et Tonks se joignirent à eux, accompagnés de Luna, qui était désormais la collègue de travail d'Hermione. Remus se demanda comment la jeune femme, si cartésienne, arrivait à s'accommoder au quotidien des fantaisies de Luna Lovegood. Mais pour sa part, il avait toujours trouvé Luna désopilante.
C'est alors qu'il se rendit compte, avec une surprise gênée, qu'il venait de poser sa main sur celle d'Hermione, sur la table, à la vue de tous. Il s'attarda un instant sur le contraste entre la peau blanche, intacte, les doigts fins de son aimée…et sa propre peau, hâlée et couturée de cicatrices.
Il trouva qu'elles allaient bien ensemble.
« Nous évitons d'en parler, il me semble. Et ça n'est pas très bon.
Harry leva vers lui un regard étonné.
« Je veux parler de ton état. Tu as eu l'air d'aller mieux, et depuis nous avons survolé le sujet. Comment se passe ta rééducation ?
Ils se trouvaient dans la cave de la maison, à la recherche d'un nouveau fut de bièraubeurre. Du monde était encore arrivé et Harry, en bon maitre de maison, avait tenu à les recevoir dans les règles. Même si lui-même limitait drastiquement sa consommation d'alcool, ses invités n'étaient pas tenus d'en faire de même.
De retour du Ministère après une réunion qui s'était éternisée, Kingsley, Arthur et Fleur méritaient amplement leur chope de bièraubeurre bien chaude !
« - Je vais mieux. Parfois, j'ai ce que j'appellerais des rechutes. Je capte encore des pensées que je n'ai pas voulu connaître. Des pensées fortes. Comme tout à l'heure, à table, quand vous avez eu honte de prendre la main d'Hermione devant tout le monde.
Remus se sentit pris de vertige, mais se contraint à garder une contenance. Harry ne cherchait pas à le mettre mal à l'aise. Il avait parlé d'un ton presque absent, prenant le premier exemple qui lui était venu à l'esprit.
« Mais cela reste ponctuel, ajouta-t-il, comme pour s'excuser. C'est d'autant plus facile que vous m'êtes proche. Vos pensées le sont tout autant.
« - Tu as perçu ça… murmura Remus comme pour lui-même.
« - Sans le vouloir, vous savez bien. Et puis, j'ai aussi capté ses pensées à elle, et…
« - Je préfère ne pas savoir. Ce serait malhonnête de ma part.
« - Elle en crève de fierté. Et ça, c'était visible par tout le monde, précisa-t-il. Comme vous devez être heureux…
Il pensa fugitivement à leur dernière nuit, et pria pour qu'Harry ne perçoive rien de ces pensées-là.
« Remus…
Il sortit de sa torpeur, alors qu'elle posait une main sur son genou. Autour d'eux, les conversations allaient bon train, et il s'était une fois de plus laissé bercer par ce joyeux brouhaha.
« Je vais devoir partir.
« - Déjà ?
Il chercha des yeux une pendule. Il était à peine vingt-deux heures.
« - Tu ne vas nulle part, murmura-t-il à son oreille. Sous la table, sa main rampa le long de sa cuisse, et elle soupira.
« - Je dois commencer la potion ce soir.
« - La potion…
Il mourrait d'envie de l'embrasser, mais c'était hors de question devant tout ce monde. Trop tôt. Sa main remonta d'un cran sous sa robe.
« - La potion Tue-loup. Je dois la commencer ce soir, si je veux qu'elle soit prête pour la mi-lune.
Remus s'écarta d'elle brutalement. Il ne s'attendait pas à revenir ainsi à la réalité.
« - Je te suis reconnaissant de tout ce que tu as fait pour moi, mais tu n'auras plus à te préoccuper de cette potion maintenant.
« - Mais…
« - J'irai au service des potions de Sainte-Mangouste demain, et j'en commanderai. J'en ai les moyens, à présent.
« - Tu es sûr ?
« - Tu vas pouvoir rester, chuchota-t-il à son oreille, tout en affirmant sa prise sur sa cuisse.
Le bout de ses doigts frôla son entrejambe.
Hermione se mordit la lèvre inférieure en se tortillant sur sa chaise, surprise que le Maraudeur ait choisi ce moment précis pour s'exprimer. Heureusement que la table dissimulait son geste!
Autour d'eux les convives s'exprimaient bruyamment, et aucun ne paraissait s'apercevoir de ce qui se tramait entre eux. Seule Ginny avait croisé son regard, et avait ponctué la jeune femme d'un sourire malicieux avant de se détourner.
« Restons ici ce soir…
« - Si… si tu veux…
Il s'approcha encore plus de son oreille.
« - Je veux te faire l'amour dans ce lit où nous avons dormi ensemble pour la première fois.
Elle sentit ses joues devenir écarlates. Elle ferma les yeux et déglutit, alarmée. Les autres allaient finir par s'apercevoir de quelque chose. Incapable de répondre, elle acquiesça. Elle ne vit pas Remus sourire, amusé, alors qu'il rétablissait entre eux une distance respectable.
Hermione se rappelait si bien cette nuit d'Halloween où elle l'avait regardé dormir, incapable de détacher son regard de lui. Ce soir-là, elle avait compris pourquoi elle recherchait continuellement sa compagnie, et pourquoi elle se démenait tant pour prendre soin de lui. Mais comment avait-elle pu trahir Ron de cette façon ?
La réponse était une autre question : comment trahir quelqu'un qui vous a déjà abandonné ? Alors elle avait pleuré. Etait-elle heureuse, malheureuse… Impossible de le savoir. Puis les larmes s'étaient taries, et elle avait contemplé Remus, encore : elle se sentait si amoureuse !
Le matin était venu. Il s'était réveillé, et alors il avait abandonné sa pudeur et lui avait parlé à cœur ouvert. Et elle s'était enfuie.
Dans cette chambre, dans ce lit. Il y avait quelque chose de transgressif dans cette proposition, mais quoi ? Le feu qui embrasait ses joues et son ventre s'étendit à tout le restant de son corps, faisant même picoter le bout de ses doigts.
Pour se donner une contenance, elle but cul-sec son verre de bièraubeurre.
Hermione tremblait. L'alcool fourmillait dans ses veines et accélérait sa respiration… à moins que ce ne soit l'émotion. Il venait de claquer la porte et d'appliquer un sortilège d'insonorisation. Puis il se tourna vers elle, une lueur incendiaire, furieuse, dans le regard. Pour la première fois, elle entrevit le Loup.
Interdite, elle fit quelques pas en arrière. Bien qu'il portât encore son uniforme élégant de briseur de sorts, il n'était plus, en cette seconde, l'homme respectable qu'il avait été toute la journée. Ses cheveux en désordre tombaient sur ses yeux, et sa démarche avait quelque chose de…dépravé ?
D'un geste de la main, il alluma un feu ronflant dans l'âtre qui faisait face au lit. La pièce se réchauffa aussitôt, et elle se demanda comment il s'y prenait pour accomplir cela sans utiliser de baguette.
La rudesse ce regard… Elle avait la sensation d'avoir commis quelque faute qui l'aurait mis en colère. C'était idiot, n'est-ce pas ? Ces questions s'évanouirent d'elles-mêmes dès qu'il la toucha. D'une prise ferme sur la mâchoire, il l'attira à lui.
La veille, c'était elle qui menait la danse. Qu'est-ce qui avait changé, ce soir ? Elle ne le reconnaissait pas. Où étaient sa douceur, sa patience, et même ses hésitations ? L'émotion, l'inquiétude de le trouver si changé firent couler ses larmes, mais il n'en prit pas ombrage, continuant de l'observer.
« Cette chambre… chuchota-t-elle.
Mais il ne la laissa pas terminer sa phrase. Trop d'émotions. Quelque chose grondait en lui, annihilant toutes ses peurs.
Laisse-moi la dévorer, exigeait le loup, et il ne parvenait pas à lui refuser ce festin. Il planta sa mâchoire dans ses lèvres, ravi de la sentir frémir.
« Ohh, ma belle…
Il pouvait sentir la chair glisser sous ses dents, alors que ses bras se refermaient sur son dos, le faisant craquer. Ses doigts s'enroulèrent dans ses cheveux, épinglant cette masse sans ménagements.
La chair du cou, si tendre… Il aurait bien dévoré un morceau de cette oreille. Il tira sur la partie la plus tendre, jusqu'à ce qu'il ressente une résistance, un gémissement de douleur. La plainte décupla sa rage, son bas ventre se tortillant de frustration.
« Te dévorer…
Un soupir fut sa seule réponse. Il mordit à nouveau son oreille, avant d'apposer un coup de langue sur son cou. Puis il la débarrassa sans ménagements de ses vêtements. Hermione amorça un geste pour en faire de même, s'attendant à être repoussée… mais il n'en fit rien.
Elle défit une a une toutes les attaches de son gilet de costume, dénoua sa cravate, alors qu'il continuait de la fixer avec une expression moqueuse.
Sa peau, zébrée de cicatrices, lui apparut entre deux pans de tissu immaculés. Elle en écarta un, et embrassa l'une des boursoufflures qui s'étendait de son cou à l'un de ses mamelons. D'une caresse sur la nuque, il l'encouragea à poursuivre son traitement.
Hermione avait toujours voulu explorer ces cicatrices, mais jusqu'ici elle ne s'en était pas donné la permission. Trop tôt. Bien trop intime. Savourant ce moment, elle parcourait ce réseau de lignes, ces creux, ces bosses, comme pour les faire disparaitre de ses baisers.
Malgré tout elle s'attendait encore à un hoquet de pudeur, un mouvement brusque pour la repousser, quelques mots d'excuse. Mais elle devinait aussi son regard espiègle, alors qu'elle caressait de sa langue la surface bombée d'une estafilade.
L'odeur de sa peau, forte, musquée, témoignait de la journée épuisante qu'il avait eu à traverser, mais cela ne la gênait pas, au contraire. C'était plus de lui. L'odeur du maraudeur.
Du bout des ongles, il effleura sa nuque.
« Ce soir tu es différent. Tu me fais un peu peur.
Tout à coup, ses yeux ne riaient plus.
« Mais ça n'est pas désagréable, compléta-t-elle.
« - J'ai conscience que parfois je…
« - Tu es toi-même.
Il lui sourit, et le maraudeur était de retour.
Une caresse le long de son dos, du revers rugueux de ses mains, et elle soupira. Un long baiser au creux de son cou, et elle se colla à lui avec avidité. N'y tenant plus, elle le poussa vers le lit. Elle voulait sentir le poids de son corps sur le sien.
Ce lit, leur premier refuge.
Remus heurta le bord du matelas.
« Doucement, ma jolie.
Il passa une main entre eux et caressa l'un de ses seins, en faisant rouler la pointe au creux de sa paume. Nouveau soupir. Un gémissement. Il pinça doucement cette chair tendue vers lui, et ce qui s'échappa de la gorge d'Hermione ressembla davantage à un cri.
Elle le poussa, et il s'étala sur l'épais édredon émeraude.
Son regard moqueur, au cœur de cette harmonie vert foncé, lui parut insupportablement Serpentard. Elle se pencha au-dessus de lui et il releva le menton, la provoquant davantage. Sa chemise s'était complètement ouverte, et au-dessous de la ceinture, pulsait une partie de lui qui mourrait d'envie de s'exprimer.
Il tendit une main pour caresser son ventre nu et elle gémit à nouveau. C'était lui qui, en vérité, menait la danse, et à peine l'avait-elle compris qu'il se redressait comme un diable hors de sa boite et la renversait sous lui.
« Ces choses dont tu m'as parlé ce fameux soir, chuchota-t-elle. Ces choses obscènes que tu voulais me faire, c'est le mot que tu as employé. Les as tu faites, finalement ?
« - Seulement en partie, murmura-t-il à son oreille alors qu'il détachait sa ceinture. Seulement une infime partie…
Il donna une poussée et elle cria. De surprise, de joie. De plaisir. Une première vague de volupté le gagna, et Remus inspira profondément. Si étroite… Le prendrait-elle pour un compliment s'il le lui disait ? Hermione enroula ses jambes autour de ses hanches, et la question s'évapora alors qu'il venait plus loin en elle.
Dans ce lit, leur premier refuge… c'était comme une victoire.
« Votre demande ne devrait pas poser de problèmes. Toutefois il s'agit d'une potion encore peu demandée, et seuls quelques uns de nos préparateurs sont accrédités pour la produire, expliqua le médicomage qui l'avait reçu.
Remus savait que Severus Rogue, chercheur à ses heures au département des pathologies mentales à Sainte-Mangouste (où Harry poursuivait sa rééducation), y avait également un poste de chef préparateur. Il y avait de fortes chances pour qu'il se trouve en charge de la préparation de la potion qu'il venait chercher. Il essaya de ne pas trop y penser.
Le soigneur consulta un calendrier lunaire, pendant que Remus étouffait un bâillement. La journée avait été longue : toute une parcelle de forêt enchantée à désenvoûter afin de retrouver un lot d'armes de facture gobeline… sans succès. Mais il avait eu le plaisir de revoir Poudlard, et cela n'avait pas de prix. Hagrid lui avait préparé un des ces grogs réconfortants dont il avait le secret.
Au-dehors, la nuit était déjà tombée.
« Il faudrait que cette potion soit prête d'ici une petite quinzaine, pour être pleinement efficace. Et bien… je vais vous faire l'ordonnance. Vous devrez la remettre au département des Potions, niveau cinq. Mais hâtez-vous, ils ferment bientôt, dit-il en désignant l'horloge qui approchait des dix-huit heures.
Un moment plus tard, il avançait dans le dédale de couloirs, pressé d'en finir. L'assistant en potions, derrière un bureau encombré de notes, l'accueillit d'un geste affairé. Remus lui tendit son ordre de potion.
« Oh, mais… grogna-t-il. Tous pareils ces médicomages, ils attendent toujours le dernier moment ! En plus, pour une telle potion…
Il se prit la tête entre les mains, ébouriffant encore davantage ses cheveux roux. Le pauvre garçon semblait au bord de la crise de nerfs.
« Et c'est moi que le patron va étriper… soupira-t-il en ajoutant l'ordonnance au sommet de la pile de commandes à traiter. « Votre commande sera prête sous une dizaine de jours, articula-t-il mécaniquement. Vous recevrez un hibou. Le paiement se fera le jour du retrait, au comptoir, là-bas.
Il désigna un comptoir derrière lequel s'élevaient des casiers replis de fioles de tailles diverses, toutes soigneusement étiquetées. Mais ce service était déjà fermé.
Comme s'il avait deviné ce qui se tramait, Severus Rogue fit son entrée dans un fracas de portes claquées. Rien n'avait changé dans son apparence, excepté les cicatrices sur son cou de la morsure de Nagini, que cachait partiellement le col de son costume.
« - Lupin…
Il était impossible de savoir s'il était irrité de sa présence, ou heureux de le voir en position évidente de demande.
« - Monsieur, une nouvelle ordonnance pour vous. Et des plus urgentes, d'après ce que je vois.
« - Merci, Finch. Vous pouvez rentrer chez vous.
Le jeune assistant ne demanda pas son reste, sûrement ravi d'avoir évité des foudres de son supérieur. Ses pas résonnaient encore dans le couloir quand Severus décida de passer à l'attaque.
« - Je ne te ferai pas l'insulte de te demander ce que tu viens faire ici… ce que je me demande, c'est quelle est la bonne âme qui t'a fourni en Tue-loup assez longtemps pour retrouver une apparence acceptable, et… un emploi, visiblement.
Il observait son uniforme de Gringotts d'un air pensif.
« Alors, qui ?
Remus restait sur ses gardes.
« - Tu veux savoir quel savoir-faire a su égaler le tien ? Cherches-tu à embaucher ?
Et s'il savait ? S'il avait vu dans l'esprit d'Harry, au cours de leurs séances de rééducation ? Severus Rogue plissait les yeux, insondable.
« - Il est bon de savoir où trouver de nouveaux talents. Alors, est-ce un secret ?
« - Ce n'est pas un secret. Il s'agit d'Hermione Granger, ton ancienne élève.
A l'énoncé de son nom, il vit changer le visage de son ancien ennemi. Un changement subtil, mais sans appel. Il savait. Il se gifla mentalement pour s'être laissé manipuler. L'homme irradiait de contentement, et Remus sut qu'ils allaient à l'affrontement.
« - C'était ton élève à toi aussi. A moins que tu ne l'aies oublié ? D'après ce que je sais, je dirais que oui.
Remus fit un effort pour garder son calme.
« - Reste à ta place, Severus. Tout ça ne te concerne pas. A présent, si tu n'as rien d'utile à me dire, je m'en vais.
« - Tu me dégoûtes.
Remus aurait volontiers tourné les talons et laissé Rogue l'insulter à sa guise. Mais les provocations de l'ancien Serpentard avaient éveillé sa propre agressivité. Et puis aujourd'hui, il avait relevé la tête, n'est-ce pas ? Il avait changé.
« - Garde tes appréciations pour toi, tu n'es pas en mesure de juger qui que ce soit, rétorqua-t-il d'une voix posée, décidé à ne pas perdre son calme.
« - Non… tu es libre de gâcher sa vie, si tu en as envie. Sa santé et sa jeunesse n'ont pas tant de valeur que ça.
« - Ravi de voir à quel point tu t'inquiètes de son sort. Et surpris, aussi.
Severus Rogue fit un pas en avant, et il parla de cette voix si basse mais parfaitement audible qu'il employait afin de camoufler son exaspération.
« - Je me demande ce que tu as bien pu raconter à cette pauvre fille pour qu'elle consente à t'ouvrir ses cuisses.
Remus sentit sa main faire un mouvement réflexe vers sa baguette, mais il se reprit à temps.
« - Et bien… continue à fantasmer. Visiblement, c'est tout ce qui te reste.
Il tourna les talons, mais après quelques pas, se retourna. Severus n'avait pas bougé, et l'observait toujours.
« Elle n'est pas Lily. Et je ne suis pas James. Cesse donc de te fabriquer des ennemis.
