Note: Ce qui devait être une première histoire à laquelle aurait succédé, peut-être, une suite est en train de devenir une histoire multi-chapitres qui s'écrit un peu plus vite que prévu. Je passe donc cette fic en "en cours"... En revanche j'ai cherché partout le bouton "pause" sur la vie réelle mais ne l'ai pas trouvé: je ferai au mieux pour ne pas l'abandonner et être régulière.
Merci pour les reviews, baume de l'âme de l'auteur. N'hésitez pas à signaler toute erreur, faute de frappe etc: je corrigerai pour que la lecture soit plus agréable.
Guenièvre ne comprenait pas pourquoi Nessa ne cessait de s'acharner sur la ceinture de sa robe en maugréant, et surtout pourquoi dans le miroir sa tenue changeait de couleur à chaque fois que le trousseau de clés accroché à sa ceinture cognait sa hanche : de l'habituel blanc sa robe avait viré au noir puis au rouge, et à nouveau au noir, de plus en plus vite. Et elle ne comprenait pas non plus ce que Nessa marmonnait: ses lèvres bougeaient mais ses paroles n'étaient que murmures inaudibles. Quelque chose clochait. Elle en avait assez du choc de ces maudites clés contre sa hanche, et une robe ne change pas de couleur comme ça. Nessa parla plus fort:
- C'est un peu ma femme, quand même.
Depuis quand Nessa avait-elle la voix de Karadoc ?
- Mais baissez d'un ton, vous voyez bien qu'ils dorment !
Elle bascula du rêve à un semi-éveil en reconnaissant la voix de Perceval et grogna: son lit était encore plus inconfortable que d'habitude, trop dur. Et quelque chose tapotait réellement sa hanche, mais ce n'étaient pas des clés: c'était chaud, léger, et bougeait rythmiquement. C'est en entendant un soupir agacé derrière elle, un son qu'elle connaissait parfaitement bien, qu'elle reprit totalement conscience et réalisa où elle était: couchée dans l'herbe, un bras sous la tête en guise d'oreiller, une main accrochée au manteau qui leur avait tenu lieu de couverture. Et le propriétaire du manteau était juste derrière elle: lorsqu'il inspira profondément elle sentit son torse contre son dos. Elle ouvrit un oeil et le referma aussitôt, agressée par le soleil. Elle entrouvrit les paupières pour s'habituer à la lumière, pas encore prête à bouger de ce cocon chaud.
- Voilà, vous les avez réveillés. Désolé, Sire.
Elle sentit bouger derrière elle, la main qui pianotait sur sa hanche disparaissant soudain pour réapparaître dans son champ de vision et remonter le manteau sur sa joue.
- Chut ! Cassez vous! protesta Arthur en essayant de parler aussi doucement que son agacement le permettait.
- Mais tout le monde vous cherche, Bohort a même cru que vous vous étiez barré.
- La ferme ! Je suis là, allez les rassurer et cassez-vous.
Arthur avait réussi le tour de force de gueuler tout en chuchotant, fusillant Karadoc du regard pour faire passer le message. Le chevalier hésita mais Perceval fit un signe de tête vers le campement qui parvint à le convaincre.
- J'en peux déjà plus de tous ces cons! soupira Arthur, faisant pouffer Guenièvre.
- Chhhht! Taisez-vous ou ils vont revenir à la charge.
Guenièvre tourna la tête pour qu'il puisse apercevoir son profil et porta la main à ses lèvres, faisant mine de les coudre. Elle ne vit pas le demi-sourire d'Arthur qui refermait déjà les yeux.
Se couchant à nouveau elle prit son temps pour regarder devant elle: les arbres, l'herbe, les nuages: tout paraissait si normal et calme. Seule la nature était dans son champ de vision mais elle entendait au loin une activité humaine: des voix lointaines qui parlaient dans une langue qu'elle comprenait, quelqu'un qui frappait sur un objet. Bientôt elle devrait les rejoindre pour trouver des choses à faire, des tâches qu'elle pourrait accomplir pour aider sans trop gêner les autres. C'était difficile de trouver sa place sur un champ de bataille : proposer son aide mais s'entendre systématiquement répondre "c'est trop dur pour vous, ma Reine", "c'est trop compliqué à vous expliquer", "c'est trop lourd". Plus on lui disait qu'une tâche était "trop" quelque chose, plus elle se sentait "pas assez". Au temps de Kaamelott son statut lui permettait au moins de trouver à se rendre utile, à ses yeux au moins même si pour certains ce qu'elle faisait était totalement inutile: noter et souhaiter des anniversaires pour faire plaisir, discuter ou correspondre avec les épouses des différents clans pour entretenir des liens cordiaux et savoir ce qui se passait au-delà des frontières de Kaamelott, participer à la décoration des réceptions des invités, initier des activités de théâtre ou de chant pour donner un peu de vie au château...
Le souvenir d'une discussion peu amène avec Mevanwi, au début de sa captivité à Kaamelott, lui revint: "Par deux fois vous avez choisi de rester une potiche alors que vous aviez les moyens de devenir une vraie Reine: vous ne méritiez votre place ni auprès du peuple ni auprès d'un roi. Restez dans votre chambre et laissez faire les grands". Chaque mot avait touché au cœur et elle n'en avait oublié aucun, pas plus qu'elle n'avait oublié le petit surnom qu'elle lui avait donné le jour où elle avait découvert qu'elle ignorait tout des choses de l'amour : « Guemièvre ». Elle s'était moquée d'elle, lui expliquant avec force détails ce qu'était le plaisir et à quel point Arthur l'avait comblée, elle, jusque dans ce qui avait été leur lit conjugal. Elle l'avait ensuite félicité d'être aussi peu dégourdie puisque cela avait permis au Roi de ne pas avoir d'enfants et ainsi de le mener au chagrin et au suicide.
Guenièvre avait tenté du mieux possible de ravaler ses larmes et de garder la tête haute jusqu'à sa chambre, puis s'était effondrée dans les bras d'Angharad. La pauvre avait d'ailleurs dû, plus tard, répondre à toutes ses questions sur les relations sexuelles: elle avait rétrospectivement honte d'avoir fait subir cela à sa suivante.
La rencontre suivante avait été la dernière: ce jour-là elle lui avait tenu tête au point de faire sortir sa rivale de ses gonds, et même si les suites avait été pénibles elle n'en était pas peu fière.
Elle se remémora leur dispute : une nouvelle fois Mevanwi avait profité d'une absence de Lancelot pour la faire amener devant elle pour lui ordonner d'avouer tout ce qu'elle savait et qui pourrait les aider à retrouver Arthur Pendragon, une nouvelle fois elle l'avait ridiculisée en lui faisant mettre un genou à terre et rester dans cette position inconfortable jusqu'à ce qu'elle ait suffisamment mal pour chuter et mettre les mains à terre. Ce qu'ignorait Mevanwi, c'est que la veille elle avait dû subir pendant des heures la lecture par Lancelot du récit d'Arthur, et plus spécifiquement des passages sur sa première épouse, la belle Aconia. Celle qui lui avait tout appris, y compris à aimer celle qui avait contribué à son malheur sans même la connaître.
Guenièvre était déjà à bout, et cette insulte de plus l'avait fait sortir de ses gonds.
- Assez. Ça suffit. Espèce de petite pétasse, vous vous prenez pour qui à la fin ? Votre mari, je parle de celui que vous avez épousé et pas celui que vous m'avez volé, trouvait plus de plaisir à coucher avec un jambon fumé qu'avec vous! Et d'après ce que je sais, vu son goût pour la chose c'est même étonnant que vous ayez eu des enfants ! ça m'étonnerait pas que vous ayez essayé de caser vos fesses dans d'autres lits pour un peu de prestige malgré vos grands airs. Vous n'êtes tellement rien qu'Arthur a fini par virer vos miches du trône, alors elle va fermer son claque-merde la grosse !
Mevanwi s'était levée au cours de sa tirade et avait fini par se jeter sur elle pour la frapper: Guenièvre avait encaissé puis répliqué en la giflant plus fort encore, avant de lui arracher sa couronne et quelques cheveux au passage. L'image de Mevanwi échevelée, du sang coulant de sa lèvre fendue et folle de rage d'avoir été stoppée lui avait fait infiniment plaisir... Puis d'une voix parfaitement calme et glaciale la nouvelle reine avait ordonné à ses gardes de sortir et d'interdire à quiconque de pénétrer dans la pièce. La couleur de ses yeux avait tourné au jaune étincelant. Guenièvre, tétanisée, avait eu soudain l'impression d'avoir de la fièvre, puis d'être dans un four, une chaleur intense la prenant au ventre avant de se répandre dans tout son corps jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus respirer ni voir. Tout s'était arrêté brusquement, la laissant exsangue et haletante sur le sol. Elle se souvenait vaguement de Lancelot, debout et de dos devant elle, et d'un hurlement de rage de Mevanwi lorsqu'il lui avait ordonné de quitter la pièce.
Elles ne s'étaient plus revues par la suite et Guenièvre ne savait pas si elle devait s'en féliciter ou le regretter.
Elle avait appris plus tard qu'elle serait morte sans une succession de hasards : Lancelot, revenu beaucoup plus tôt que prévu, était passé dans le couloir et avait vu devant les gardes devant la porte sans trop y prêter attention. Puis il avait fait demi-tour en courant en les entendant dire qu'ils espéraient que Guenièvre survivrait.
Il lui avait fallu encore plus de temps pour comprendre pourquoi Lancelot, qui chantait sur tous les tons qu'il ferait tout pour elle et ne laisserait personne la toucher, n'avait pas supprimé Mevanwi ou au moins punie sévèrement. La raison en était aussi simple que blessante : retrouver et tuer Arthur était devenu la raison de vivre de Lancelot, avant même le Graal, laissant sa prétendue passion amoureuse en troisième position. Mevanwi n'avait eu qu'à lui rappeler qu'elle avait des pouvoirs qui seraient un atout dans ses deux premières tâches, lui jurer qu'elle avait uniquement voulu soutirer des renseignements à l'ancienne épouse d'Arthur sans chercher le moins du monde la blesser, lui donner une fausse piste qu'elle lui aurait prétendument arraché, et il avait pour ainsi dire fait table rase.
Guenièvre en aurait hurlé de frustration. Cette garce semblait intouchable à force de pouvoir manipuler n'importe quel homme.
"Foutue grosse pétasse à bouclettes"
- Hein ?
- Oh pardon, j'ai pensé tout haut. Rendormez vous.
- Je ne dors pas: je cogite. J'ai pas arrêté de toute la nuit. Vous avez dit quoi ?
- Vous ronflez quand vous cogitez alors, répondit Guenièvre du tac au tac pour le distraire.
- J'ai pas dû vous emmerder bien longtemps, vous ronquez comme un loir depuis des heures.
- C'est vrai que j'ai plutôt bien dormi. Et vous ?
- J'ai fait des rêves. Des rêves bizarres que je n'arrive pas à me sortir de la tête.
- Vous voulez m'en parler ? tenta Guenièvre en se tournant sur le dos
Arthur se redressa sur un coude et la regarda un long moment. Troublée par le silence tout autant que par sa proximité, elle baissa les yeux.
- Si vous ne voulez pas, c'est pas grave, je ne vous en voudrai pas.
- Non, ce n'est pas ça: c'est juste qu'ils étaient très cons mais j'ai l'impression qu'ils sont importants et que je n'arrive pas à savoir pourquoi. Il y avait une fumée noire très dense, comme celle dont on parlait hier soir, qui dessinait un plan par terre devant moi: ça ressemblait au plan de Kaamelott mais pas exactement. Ensuite la fumée montait vers le ciel et je me retrouvais moi aussi dans le ciel: de là haut je voyais un nouveau plan, celui du territoire de Logres, et sur ce plan il y avait plusieurs points lumineux. A chaque fois que j'essayais d'aller vers un de ces points, la fumée m'empêchait de descendre et j'entendais une voix qui disait "pas encore: trouve le Graal d'abord". Et puis c'est devenu super flippant: la fumée a pris la forme d'une main qui me montrait une île, la voix a dit "Rendez-vous à Avalon"...
- Avalon ? C'est quoi ce truc ?
- J'en sais rien, c'est un rêve, ça ne veut sans doute rien dire. C'est peut-être le nom d'un type que j'ai croisé, qu'est-ce que j'en sais.
- Vous connaissez un type qui s'appelle Avalon ? Parce que c'est un drôle de nom tout de même.
- J'en sais rien je vous dis ! Un type, un bled, qu'est-ce qu'on s'en fout ? C'est mon subconscient qui parlait, il a voulu faire les choses bien ! J'allais pas rêver d'un nuage qui me disait « rendez-vous à la taverne » non plus !
- Ne vous énervez pas comme ça dès le matin. Donc, il vous donne rendez-vous là-bas, et ensuite ?
- Ben ensuite rien, vous m'avez donné un coup de pied et je me suis réveillé.
Guenièvre observa son visage, ses yeux qui regardaient à présent autour de lui sans vouloir se poser sur elle.
- Y'aurait pas un truc que vous ne me dites pas ?
- Non. Et puis d'abord si y'en avait un, j'aurais le droit de ne pas vous le dire: je fais ce que je veux, je suis le roi.
- Mais si c'était important, vous me le diriez ?
- Si c'était important, oui. A ce propos, j'ai bien entendu "Pétasse à bouclettes" ? Non parce que je ne vois qu'une personne qui corresponde à la description et j'aimerais bien savoir pourquoi vous pensez à elle quand vous dormez avec moi.
- C'est pas important non plus.
- Allez-y toujours ?
- Et bien nous allons en parler... Mais d'abord faut que j'aille faire pipi.
Guenièvre se désentortilla du manteau maladroitement et se redressa aussi vite qu'elle le put, rougissant et ajustant sa robe sur ses seins en voyant que le plastron, décidément trop serré, les avait mis un peu trop en valeur pendant qu'elle dormait.
- Je vous retrouve tout à l'heure !
Arthur la regarda s'enfuir en levant les yeux au ciel: elle n'apprendrait décidément jamais à mentir. Et ça risquait d'être problématique pour une partie essentielle de son plan.
