Bonjour à toutes, bonjour à tous !
Merci beaucoup à vous d'avoir aussi bien accueilli Frères de cœur sur le fandom ! Quelques commentaires, des favs, des alertes et surtout une horde de lecteurs anonymes que ça soit ici ou sur AO3, et ça me touche beaucoup !
Shoutout à Kidovna qui me laisse utiliser l'un de ses excellents fanarts sur le couple Scorpius/Albus en guise de couverture pour Frères de cœur !
Nous voici donc au chapitre 2, où l'on en apprend un peu plus sur ce que Neville a en tête pour nos deux héros, et comment les deux garçons vivent la vie à Poudlard. Un dernier shoutout à Pouik et Shik-Aya-chan pour la relecture, et je vous laisse vous plonger dedans !
À tout à l'heure !
Chapitre 2
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Le plan de Neville
— Monsieur le Directeur, salua la belle femme.
— Professeure Lovegood, salua Neville en retour.
— C'est Londubat. Professeure Londubat, désormais. Je suis mariée, voyez-vous.
Neville, derrière son bureau, avait les yeux fixés sur la directrice de la maison Serdaigle et sa professeure de soins aux créatures magiques. Il s'efforçait d'avoir un regard sévère de directeur d'école qui en a déjà assez de tous ces sales gosses avant même la rentrée. Après de longues secondes sans un mot, tous deux éclatèrent de rire et Neville attira sa femme dans une embrassade chaleureuse.
— Tu as bien fait de venir avant les trois autres, murmura Neville.
Luna eut un petit rire.
— Je me demande encore ce qui t'as pris de nommer ces deux-là, dit-elle de sa douce voix flottante. On dirait que tu cherches une confrontation.
Neville eut un soupir partagé entre l'amusement et la résignation.
— Quoi qu'on en dise, ils sont tous les deux les meilleurs dans leurs jobs, et deux fiers représentants de leurs maisons. Mais tu as raison, Luna, comme toujours… Je les ai prévenus que cette année serait un test.
Quelqu'un tapa à la porte puis entra sans attendre de réponse.
— Bonjour Neville, Luna ! Bien belle journée pour une rentrée !
— Bonjour Harry, lança Luna.
Depuis un an, Harry était le professeur de défense contre les forces du mal et de vol sur un balai, pour les premières années. Lorsqu'il avait annoncé à Ginny qu'il comptait mettre en pause sa carrière d'auror pour devenir professeur à Poudlard, elle l'avait accusé de ne le faire que pour avoir l'œil sur Albus. À dire vrai, cela avait été depuis un sujet latent de tension entre sa femme et lui, alors ils évitaient d'en parler désormais.
Quand il y pensait, Harry finissait systématiquement par conclure que son fils n'était pas la vraie raison. Certes, c'était un avantage de pouvoir garder un œil sur Albus et sur le petit Malefoy, mais il avait avant tout été très heureux de pouvoir retrouver Poudlard et tout ce qui allait avec. Être auror était excitant, mais cela lui pesait depuis quelque temps déjà, il avait donc tout particulièrement apprécié ce retour dans les méandres de son adolescence.
Encore aujourd'hui, il ne retenait quasiment que les bons souvenirs. Le reste s'était effacé, dilué dans l'infini du temps. Mais les rires, les joies, les amitiés, les stupides amourettes, tout cela restait, et il le regardait à présent avec toute la tendresse de la nostalgie.
Ainsi, sa première année en tant que professeur fut excellente. Tous, sauf peut-être son fils, adoraient ses cours. Il les avait voulus à l'image de ceux de Remus Lupin, animés, pratiques, et surtout ambitieux. Dès la cinquième année, il commençait à enseigner le Sortilège du Patronus qui lui servait ensuite de fil rouge pendant toute l'année scolaire. Puis il passait tout le début de la sixième à le rendre corporel avec ceux qui en étaient capables. Cela demandait avant tout de l'entraînement, plus que de la théorie, aussi il réservait systématiquement dix minutes de chacun des cours de sa classe d'ASPIC à cet exercice.
Lorsqu'il avait annoncé à ses enfants qu'il allait désormais être professeur à Poudlard, Albus était resté silencieux, tandis que les deux autres se réjouissaient bruyamment. Le soir, Harry était persuadé d'avoir entendu pleurer dans la chambre de son fils, mais, peu sûr de ce qu'il avait discerné et de ce qu'il pourrait dire, il avait préféré ne pas ouvrir la porte.
À peine Harry eut-il le temps de traverser le vestibule du bureau et de monter les quelques marches qui menaient à la table du directeur que Drago Malefoy ouvrit la porte.
— Drago.
— Harry. Bonjour Neville, comment vas-tu Luna ?
Si les relations avec les autres étaient toutes désormais au moins cordiales, celles entre Harry Potter et Drago Malefoy semblaient devoir à jamais s'éterniser dans la misère. C'était enfantin, immature et, en un sens, c'était peut-être bien ce qu'il y avait de rassurant.
Drago était également arrivé à Poudlard l'année précédente. Il avait repris le poste de maître des potions et, tout comme Harry, il avait été nommé cette année directeur de la maison Serpentard. Harry ne l'avouerait jamais, mais il craignait cette nomination. Cela donnait à Drago Malefoy, un homme en qui il n'avait aucune confiance, un énorme pouvoir sur Albus et un œil bien trop inquiétant pour surveiller le duo qu'il formait avec Scorpius.
— Eh bien, il ne manque que…
Neville fut interrompu par le battant de la porte qui s'ouvrait pour révéler la quatrième et dernière personne invitée, également directrice de Poufsouffle et professeure de sortilèges.
— Hannah ! Il ne manquait plus que toi, excellent.
— Bonjour à tous !
Neville observa un court instant les personnes présentes. Il était fier des gens qu'il avait su rassembler autour de lui pour être à la tête de la meilleure école de sorcellerie du monde. Tous avaient eu dans le passé un autre métier que celui de professeur, ce qui leur assurait une connaissance du monde en dehors de Poudlard et une bonne expérience à transmettre, et surtout tous étaient de fiers représentants des valeurs qui faisaient leur maison respective.
Ils s'assirent ensemble autour du bureau de Neville tandis que celui-ci servait le thé. Puis il annonça :
— Deux sujets. D'abord, je suggère de faire un petit point sur l'équipe enseignante. Puis j'ai quelque chose de plutôt exceptionnel à mentionner.
Tous approuvèrent en silence.
— Bien, donc comme prévu Edward quitte son statut d'apprenti dès aujourd'hui, pour assurer une année de transition avec Ernie avant que celui-ci ne prenne sa retraite en juin. Cela vous paraît-il bien ?
— Edward, tu veux dire… Teddy ? demanda Hannah.
Tous ceux qui connaissaient Edward Lupin, même vaguement, finissait par l'appeler Teddy. Poudlard ne faisait pas exception. C'était à se demander pourquoi il ne s'agissait pas de son prénom.
— Oui.
— La classe ! s'amusa-t-elle.
Ernie Pencroft, professeur de métamorphose, passerait donc sa dernière année à Poudlard à laisser peu à peu la main à son apprenti depuis deux ans déjà : Edward Lupin, que tout le monde appelait Teddy, ou même Ted. Il était un métamorphomage des plus habiles, et serait un allié précieux dans la mission que s'était donné Neville de rajeunir un peu l'équipe des professeurs de Poudlard.
— Le reste de l'équipe est plutôt inchangé, continua Neville. Firenze a accepté de rempiler pour s'occuper de la divination, toutes les options seront assurées dès la troisième année… Voilà tout, je crois, avez-vous des questions ?
Les quatre autres participants de la réunion s'envoyèrent des regards en coin. Tous savaient que cette information dépouillée d'intérêt cachait la vraie raison d'être de cette réunion improvisée, et qu'ils allaient bientôt découvrir ce qui se tramait dans la tête de leur directeur. En tout cas, tous savaient très bien que Firenze était encore là !
— Pas de questions ? Second sujet donc ! J'ai reçu ce matin cette lettre. Elle provient du Comité National des Jeux de l'Aigle.
La nouvelle fut accueillie par des grognements intéressés de la part de Hannah et Drago. Luna écoutait sans donner le moindre signe qu'elle faisait attention à ce qui se passait dans la salle, comme à son habitude. Harry ne put s'empêcher de s'exclamer :
— Les jeux olympiques sorciers ?
— Exactement ! approuva Neville.
— Excellent ! Je me suis toujours demandé pourquoi ce truc se passait dans la même ville, en même temps que les jeux moldus, mais cachés de leurs yeux. À croire qu'être toujours à deux doigts de se faire découvrir est le rêve du monde sorcier…
Neville haussa les épaules. Luna donna un premier et unique signe qu'elle écoutait bel et bien ce qui se disait en annonçant :
— Parce que se cacher n'est drôle que si on a une chance d'être découvert, pas vrai Harry ?
Avec un sourire, Harry acquiesça, peu sûr de cette réponse.
— Et que dit cette lettre, Neville ? demanda Drago.
— Eh bien, ils commencent par nous saluer, dire tout un tas de choses inutiles, mais après ils passent un temps considérable à nous enguirlander parce que Poudlard ne propose pas de section d'étude aménagée pour les jeunes sportifs de haut niveau et que c'est un scandale à leurs yeux, ainsi que la cause des roustes que se prend le Royaume-Uni à chaque édition des jeux. Ils nous rappellent que les compétitions sont ouvertes à tous les athlètes qui atteignent les minimas sans restriction d'âge, et ainsi de suite…
— Ah oui, d'accord, ils se gênent pas du tout, en fait, commenta Hannah, mi-amusée, mi-choquée.
— Pour tout dire, reprit Neville, je crois que je suis d'accord avec eux. C'est vrai, nous sommes la seule école de sorcellerie pour toute la nation, l'une des plus réputées du continent, et nous ignorons toutes les carrières des sportifs de haut-niveau. Le seul sport que l'on pratique réellement, à Poudlard, c'est le Quidditch, alors que nous pourrions penser aussi au vol acrobatique, aux duels de magie, et à tout le reste ! Ilvermorny, contrairement à nous, a une section sport-étude réputée qui connait un véritable succès, sans compter la filière de vol artistique de Beauxbâtons qui fait la renommée des Français ! Cette lettre m'a fait prendre conscience qu'on en avait besoin également. Qui d'autre que nous voit passer tous les jeunes sorciers du Royaume-Uni ?
— Ah oui, d'accord… murmura Hannah.
— Cela vous paraît absurde ? s'enquit Neville, pressé.
Il était capital pour son plan que ce programme voit le jour, sinon il allait devoir en remanier presque l'entièreté.
— Pas du tout, soutint Luna.
— En effet, je dirais même que c'est une excellente idée, commenta Harry rêveur, se voyant déjà coach duelliste. Comment imagines-tu la chose ?
— Eh bien, tout dépend, continua Neville, rassuré. Je pensais qu'il vaudrait mieux commencer par une année-test pour, disons, un ou deux élèves, et qui nous permettrait d'étudier le fonctionnement de la chose. En juin, nous évaluerons les évolutions des concernés dans leur discipline et nous travaillerons à la mise en place d'une section à part entière.
Tous approuvèrent sans discuter.
— Il faut donc commencer par trouver des candidats potentiels. Du genre petit prodige, ou énorme potentiel à exploiter. Vous avez des idées ?
Il y eut un petit silence dans la salle, tandis que chacun réfléchissait, ou faisait semblant de réfléchir sans oser suggérer un nom en premier. Harry, prenant son courage à deux mains, se lança.
— Il y a bien… Euh… Voilà : le fils McMillan est excellent en défense contre les forces du mal. Je me dis qu'il ferait un duelliste hors pair.
— Tu ne peux pas être sérieux ! lança Drago de l'autre côté de la table.
Harry serra les dents. Il ne s'était pas attendu à une réponse plus sensible que celle-ci de la part de Malefoy.
— Ah oui ? Et pourquoi pas ?
— Enfin Potter, on parle de la seule compétition qui rassemble le monde entier à l'exception de la coupe du monde de Quidditch ! McMillan va peut-être avoir un O dans son ASPIC de défense, mais il n'a pas l'allure d'un athlète.
— Et qui donc le grand Malefoy proposerait à la place ?
— Ça je dois dire que j'en sais rien. Neville, est-ce qu'ils donnent les disciplines qu'il y aura cette année ?
— Aux jeux ? Oh, tous les classiques en somme : sprint et course de fond sur un balai, course d'obstacles en hippogriffe, vol acrobatique, Quidditch, duel, mais il y a l'ajout cette année d'épreuves artistiques de création de sortilège et de potion. Et chacune de ces disciplines propose à chaque fois entre quatre et dix épreuves différentes. Cela dit, je ne vois pas en quoi ceci change quoi que ce soit. Nous n'allons pas essayer de former de futurs olympiens, mes amis, du moins pas tout de suite. Nous voulons juste ouvrir une section sport-étude !
— Dans ce cas, je maintiens McMillan ! insista Harry, ce qui entraîna un soupir exaspéré de Drago.
Neville l'interrompit en faisant semblant de ne pas l'avoir entendu.
— Eh bien moi, j'ai une autre suggestion, annonça-t-il avec moins d'assurance qu'il aurait aimé.
Les quatre autres personnes présentes cessèrent immédiatement de parler. Elles observaient Neville avec insistance, curieuses.
— Harry, je pensais que tu pourrais prendre sous ton aile le jeune Malefoy pour le former aux disciplines de vol sur balai.
— Pardon ? s'exclamèrent Harry et Drago en se levant comme un seul homme.
Neville ne se laissa pas décontenancer et poursuivit, comme s'il pensait à voix haute :
— Il faudra voir ce qui lui plaît le plus, bien sûr, ce peut être la course ou le vol acrobatique. Encore que, s'il est assez bon, il pourrait imaginer s'essayer aux deux catégories...
— Mais Neville...
— Je ne suis pas sûr… continua-t-il, toujours en pleine introspection. On pourrait essayer de le faire entrer dans l'équipe de Quidditch d'Angleterre, il ferait un excellent poursuiveur avec le bon entraînement…
— Neville !
— ... mais je pense, vu le niveau des pros, que c'est un peu trop ambitieux, conclut-il finalement pour lui-même.
Durant toute sa tirade, Neville avait vu Harry et Drago de plus en plus agités, nerveux de ne pas pouvoir parler, s'échangeant des regards noirs tandis qu'Hannah paraissait amusée du spectacle. Luna le fixait avec ses grands yeux, comme si elle essayait de lire en lui. Neville se força à ne pas la regarder, persuadé qu'elle seule aurait le pouvoir de le désarçonner dans son petit jeu.
— Tu as quelque chose à dire Harry ?
Alors, celui-ci explosa et déversa d'un seul coup tout ce qu'il avait retenu pendant le monologue de son directeur.
— Malefoy n'a pas les épaules pour de la compétition ! Il a du talent d'accord, mais il va se faire manger par les autres athlètes ! Ce sont de vrais bêtes, et Scorpius, tout renfermé sur lui-même et dans ses livres, ce n'est clairement pas le genre à se démener et donner ce qu'il faut pour avoir un tel niveau !
— Doucement toi, tu parles de mon fils !
— Et alors, tu as l'impression que j'ai dit un truc faux ?
Drago ne sut que répondre. Non, en effet, lui-même avait du mal à imaginer ce qui était passé dans la tête de son directeur pour proposer Scorpius à une telle discipline. Son fils avait eu tout le mal du monde à s'intégrer dans Poudlard, à cause des rumeurs sur sa paternité, et la santé de plus en plus vacillante d'Astoria n'arrangeait rien en ce moment. Au fond de lui, Drago redoutait la dépression ou pire, si un malheur venait à arriver.
À ce sujet, il était reconnaissant envers Albus Potter. Certes, il n'appréciait guère le second fils de Potter, qui présentaient bien peu d'aptitudes à la magie et surtout aux potions, à tel point que certains dans la classe l'appelaient le Cracmol de Serpentard. Mais il avait au moins le mérite de ne pas avoir l'arrogance de son frère aîné ni l'égo de sa sœur cadette. Et il rendait son fils heureux. Scorpius lui parlait régulièrement de son ami Albus, dans des lettres ou en personne, et chaque fois qu'il le faisait, c'était comme si tout son corps brillait de cette amitié étincelante.
Au fond de lui, Drago l'enviait. Il aurait aimé connaître ça. Il était bien heureux d'avoir élevé son fils loin de toutes les thèses de supériorité du sang pur et de rejet des moldus que son propre père lui avait inculquées. Scorpius était un garçon doux, tolérant et ouvert, et c'est tout ce qu'il avait toujours voulu. Il aurait peut-être un seul ami, mais un vrai et franc ami.
— Bien, alors c'est dit ? Car, tu vas voir Drago, il y a dans le dernier sujet que j'aimerais aborder une ironie qui ne t'échappera pas. J'aimerai que tu prennes sous ton aile Albus Potter, pour lui donner des cours de soutien en potions.
À ces mots, Drago ne put s'empêcher de s'étouffer avec sa tasse de thé. Harry ouvrit de grands yeux, comme s'ils s'apprêtaient à jeter un sort n'importe où, juste pour se défouler.
— Attends, Neville, tu ne peux pas être sérieux ! protesta Drago. Albus est un piètre sorcier, et les potions sont ses plus farouches ennemies depuis le premier jour ! Crois-moi, cela me fait mal de le dire, mais je pense que c'est un cas désespéré, surtout en potions !
— Attention à ce que tu dis, Malefoy !
— Tu vas me dire que c'est faux peut-être ?
Ce fut au tour de Harry de se retrouver sans voix. Non, en effet, Drago avait raison, et il ne comprenait pas ce qui se passait dans la tête de Neville pour faire de telles propositions. Déjà il n'avait aucune envie de passer du temps à essayer de transformer un garçon qu'il n'appréciait pas en un petit génie du vol sur un balai et pire encore : il refusait de laisser Malefoy poser ses mains sur son fils déjà difficile à gérer.
Harry, n'y tenant plus, s'écria :
— Neville, je ne sais pas ce que tu as en tête mais ça me paraît complètement impossible de transformer Scorpius Malefoy en un athlète. Et puis, je refuse que…
— Tu feras ce que je te dis, Harry.
Harry eut le sifflet coupé par le ton ferme bien que sans reproche de son ami. S'il avait oublié qui était le maître de cette école, Neville le lui avait rappelé sans équivoque. Le directeur paraissait certain que c'était la chose à faire, donc Harry n'aurait pas son mot à dire. Avec un soupir, il se laissa retomber sur sa chaise.
Voyant que Drago allait à son tour protester, Neville intima avec la même voix :
— Cela vaut pour toi aussi, Drago. Tu exagères au sujet d'Albus, et tu me déçois quand tu dis vouloir baisser les bras à son sujet. Tu sais comme moi qu'aucun élève n'est un cas désespéré, il lui faut juste plus de temps. Quant à Scorpius, j'y ai beaucoup réfléchi, et comme vous le savez, je ne réfléchis jamais seul, ici. Je pense sincèrement qu'il est le bon élève pour mener à bien cette expérience de sport-étude. Donc, messieurs, vous ferez ce que je vous dis de faire, et vous y mettrez tout le cœur qu'il faut je vous prie !
— Justement, Neville, demande Hannah avec une vraie curiosité, qu'est-ce qui te fait croire que Scorpius est le bon choix ?
— Plusieurs choses, et si messieurs les pires ennemis du monde veulent bien me laisser parler deux minutes, je l'explique volontiers.
Harry et Drago échangèrent un regard noir. Neville continua, une assurance toute feinte dans la voix.
— Bien. Au sujet de Scorpius, on est tous d'accord pour dire qu'il a un talent naturel pour le vol. Avec la bonne éducation, on pourrait lui inculquer l'envie de se dépasser pour la compétition, cela ne fait aucun doute. Mais ce qui me donne envie de faire l'expérience, c'est justement ce côté refermé sur lui-même : le reste de l'école ne sera pas ou peu au courant de ce que nous faisons, et c'est un atout pour nous.
Cette fois, personne ne dit rien. Harry observait Drago d'un air interrogateur plutôt que défiant, comme pour lui demander son avis.
— Scorpius a un dernier atout : son amitié avec Albus. La proximité de ces deux garçons me laisse croire qu'il aura quelqu'un avec qui partager son expérience et se changer les idées lorsqu'elle deviendra trop intense. Un tel entraînement peut être dur, avoir un ami pour s'aider à le supporter est un avantage certain. Qui sait, peut-être même que Scorpius motivera Albus pour ses cours particuliers ! C'est surtout en ça que je crois, pour finir. L'amitié qui les lie les poussera à se dépasser pour l'autre.
— Tu ne crains pas que leur isolement soit aggravé si on les met à part du reste de l'école ? demanda Luna. Ça m'est arrivé dans le passé, tu sais.
— Tu n'as pas tort, mais je comptais pour le moment simplement mettre en place des emplois du temps allégés pour faire la place à quatre heures par semaine de cours particuliers. Pourquoi pas huit heures dans le futur, si le besoin s'en fait sentir, mais en commençant doucement, leur statut particulier devrait être peu remarqué.
Luna approuva silencieusement. Elle paraissait toujours chercher à comprendre ce qui se passait dans la tête de son mari. Drago soupira.
— J'espère que tu sais ce que tu fais, Neville.
Neville l'espérait de tout son cœur également.
Après de nombreuses heures dans le train, le paysage familier de l'Écosse se faisait voir à travers les fenêtres du Poudlard Express depuis un certain temps déjà, et le soleil était bas dans le ciel. La lumière rougeoyante donnait aux panoramas alentours un air encore plus calme et reposant qu'à l'accoutumée. Albus et Scorpius avaient enchaîné les sujets de discussion légers, simplement heureux de se retrouver, si bien que la dispute blessante qu'Albus avait eu avec Rose lui paraissait déjà loin. Quant à son altercation avec McLaggen, elle était oubliée.
Malgré les lettres qu'ils s'envoyaient sans cesse, l'été était le moment où Albus se sentait le plus seul, loin de Scorpius, avec son père qui le considérait à peine… Retrouver son ami après ces longues périodes l'affectait particulièrement.
— J'aimerai bien une fois passer l'été avec toi, lança Albus au bout d'un moment, avec un faux air détaché.
— Je ne sais pas, Albus. Mon père n'est pas quelqu'un de très habile avec tout ce qui est social, tu sais, et puis avec ma mère qui va pas bien… C'est un peu triste au manoir, je dois dire.
— C'est tout aussi triste chez moi… grommela-t-il en fixant ses pieds.
— Oh, allez Al ! Je n'aime pas te voir comme ça. On ne va pas se lâcher pendant neuf mois, autant profiter de ça, pas vrai ?
Albus ne put retenir le sourire qui vint barrer son visage. Scorpius avait raison, il n'était pas utile de déjà penser à ce qui arriverait en juin prochain. Il devait profiter de sa cinquième année plutôt que de s'inquiéter pour rien, d'autant que ses BUSE allaient sacrément l'occuper.
— On va arriver. On ferait bien de s'habiller, dit finalement Scorpius en se levant pour attraper sa valise.
Celle-ci se trouvait au-dessus de la banquette d'Albus, et le mouvement qu'il dû faire pour l'atteindre releva son t-shirt d'une dizaine de centimètres au-dessus de sa ceinture. Albus ne put s'empêcher de fixer les quelques centimètres du ventre mis à nu de son ami. Il se surprit à ne pas pouvoir en détourner les yeux, il dut même réprimer une pressante envie d'y passer la main, « juste pour voir. »
— Al ?
Le garçon sursauta. Il s'était retrouvé perdu dans ses pensées. Scorpius eut un rire en le voyant reprendre ses esprits.
— Habille-toi vieux, car sinon tu vas être en retard. Regarde, le château est en vue.
Albus se secoua mentalement en se levant pour récupérer sa valise. C'était étrange, mais depuis qu'il avait pris son ami dans ses bras en le retrouvant tout à l'heure, il se sentait tout léger, heureux de le retrouver, et ces sentiments ne s'estompaient pas.
À peine avait-il posé sa valise au sol que ses yeux rencontrèrent ceux souriants de son ami, désormais torse nu. Rougissant, Albus retira son sweatshirt afin de se retrouver torse nu à son tour et plongea dans sa valise pour en sortir sa robe de sorcier. Il ne savait trop comment, mais il était persuadé que, dans son dos, Scorpius l'observait. C'était étrange, ce n'était pas la première fois qu'ils se trouvaient torse nu l'un en face de l'autre, ils s'étaient même déjà vus en ne portant qu'un boxer dans l'intimité du dortoir de Serpentard ! C'était pourtant bien la première fois qu'il se sentait aussi pudique.
Bientôt, le train vint à s'arrêter, et ils descendirent fraîchement habillés de leurs robes de sorcier pour se retrouver face à un Edward Lupin aux cheveux blond étincelants qui appelait les premières années. Depuis qu'Hagrid n'était plus là, c'était lui qui s'occupait de la traversée du Lac Noir en barque. Il avait été le seul à se porter volontaire, à l'époque. Cela l'amusait beaucoup.
— Bonjour Teddy, salua Albus avec un sourire.
— Salut ! ajouta Scorpius.
— Tiens, les fils prodiges ! Content de vous voir, messieurs, je compte sur vous pour tout donner pour votre BUSE, cette année, n'est-ce pas Al ?
— Promis ! répondit-il avec un sourire.
Il était une véritable quiche en métamorphose. Incapable même de changer la couleur d'un verre.
— Par ici les premières années !
Ils se dirigèrent ensemble vers l'une des calèches qui les menait vers Poudlard. Aucun d'entre eux ne pouvait voir les sombrals, mais tous deux connaissaient leur existence. Ils montèrent dans une diligence dans laquelle ils restèrent seuls, malgré la file immense d'élèves de leur âge qui attendaient pour monter. Scorpius ne put retenir un soupir. Albus lui envoya un regard inquiet mais ne dit rien de plus.
Ils restèrent ainsi encore quelques secondes, quand soudainement, une fille qu'il n'avait pas l'impression de connaître prit appui sur le marchepied pour les rejoindre, immédiatement suivie par une deuxième personne, qui avait l'air d'être un garçon. Tous deux étaient emmitouflés dans leurs capes et leurs chapeaux, ce qui l'empêchait de voir leur visage.
— Les gens disent des choses méchantes sur vous, annonça d'emblée la fille.
Scorpius fronça les sourcils, laissant Albus répliquer :
— Tu crois ?
— Oh, j'en suis sûre. Je les ai entendues.
— C'était un sarcasme. Je le sais bien.
— Oh.
Albus s'en voulut un peu d'avoir répondu aussi sèchement. Pour se faire pardonner, il reprit :
— Et toi ? Tu n'as pas envie d'être avec eux ?
— Non. Ma mère m'a toujours dit qu'il valait mieux être différent, et qu'on est différent que lorsque les autres le remarquent.
Albus fixa Scorpius droit dans les yeux. Il avait l'impression curieuse de connaître cette personne. Son ami ne semblait pas en savoir plus, car il lui répondit d'un simple haussement d'épaules.
— Et toi, tu es ?
— Lyanna Londubat, Al, tu pourrais me reconnaître ! C'est vexant !
— Oh, mais c'est toi, Lyanna ! Tu es bête, je peux pas te voir, cachée que tu es ! Et toi Lysander, ça roule ? Comment va mon parrain, je l'ai pas vu une fois de l'été !
Lyanna retira son chapeau en s'excusant, laissant dévoiler sa chevelure aussi blonde que Scorpius, accompagnée de grands yeux bleus un peu globuleux, qui paraissaient s'intéresser à tout. L'ensemble de son visage mêlé à son allure enfantine lui donnait un air un peu lunaire. Lysander, son frère jumeau, avait la particularité classique de présenter exactement le même physique. C'était comme si on avait pris les mêmes gènes, mais qu'on les avait transposés dans le corps d'un garçon. Tous deux avaient treize ans et entraient en troisième année.
— Papa va bien, répondit Lysander. Et maman aussi.
L'attention du garçon se porta sur Scorpius.
— Les garçons dans le train disaient que tu es le fils de Voldemort. C'est vrai ?
— Oui, répondit celui-ci, ça ne se voit pas sur ma tête ?
— Écoute pas les rumeurs, Lysander, à les entendre je suis un cracmol, reprit Albus en roulant des yeux. Je te présente le mec le plus cool du château : Scorpius Malefoy.
Scorpius eut un petit sourire et salua le garçon. Lyanna annonça alors joyeusement et de but en blanc :
— Bon ben puisque tu es juste le fils de ton père, on peut y aller, je suppose.
Scorpius s'éveilla plus tôt qu'il ne l'aurait voulu. Son réveil lui indiquait à peine sept heures, il était bon pour attendre au moins une heure avant le petit-déjeuner. Sans compter qu'Albus ne se lèverait probablement pas avant cela, il n'était pas du genre à se réveiller tôt.
Après quelques minutes à traîner, il rabattit les couvertures de son lit et sauta sur ses pieds. Juste à gauche de son baldaquin se trouvait celui d'Albus. Scorpius sourit en voyant que ses affaires de la veille étaient roulées en boule au pied de la table de chevet qui était, d'ailleurs, déjà encombrée. Lui ne traiterait jamais ses vêtements aussi mal, ils étaient soigneusement pliés et rangés sur le dessus de sa malle. Le sol était recouvert d'une épaisse moquette d'un vert foncé, et, face à leurs deux lits s'en trouvaient deux autres, qui appartenaient à deux Serpentards de leur âge.
Scorpius les connaissait plutôt bien, quoi qu'ils fussent un peu taciturnes. Il les trouvait sympathiques. Le premier, Nigel, parlait avec un fort accent du Pays de Galles. Il était un peu plus petit que lui et avait des cheveux blonds épais qui lui retombaient devant les yeux. Le second, Kyle, venait du Surrey et était sans doute le garçon de quinze ans le plus grand qu'il connaissait. Il était à peine plus vieux que lui mais il mesurait une bonne tête et demie de plus. Leur qualité de colocataires faisait d'eux des bons camarades, puisqu'ils connaissaient Albus et lui mieux que la plupart des élèves. Sans être de grands amis, ils s'appréciaient assez pour que la vie dans le dortoir reste agréable.
Entre les deux paires de lits, se trouvaient d'un côté la porte d'entrée du dortoir et des armoires contenant leurs affaires, et de l'autre l'accès à leur salle de bains ainsi qu'une grande cheminée où crépitaient les dernières braises du feu de la nuit. Au centre de la pièce, la moquette arborait le blason de Serpentard, entouré par des malles placées aux pieds de leurs lits respectifs et qui permettaient de ranger quelques affaires supplémentaires.
Face à la cheminée se trouvaient quatre fauteuils organisés eux aussi en paires. Scorpius se laissa affaler dans celui qui se trouvait le plus à droite. La pièce étant située juste sous le niveau du lac, on ne pouvait jamais en ouvrir les fenêtres et lorsque le soleil était levé, elle était baignée d'une lumière verte ondulante et fantomatique qui, mêlée aux reflets rougeoyants du feu de cheminée, donnait un air d'irréel à l'entièreté de l'appartement. Chaque fenêtre était surmontée d'une petite lucarne en demi-cercle qui se trouvait juste au-dessus du niveau du lac et permettait d'apercevoir les contreforts du château par-delà le lac.
La chaleur des braises était encore suffisante pour l'envelopper comme une douce couverture. Engoncé qu'il était dans son confortable fauteuil, il se sentit peu à peu glisser de nouveau dans le sommeil…
« Non ! », se secoua-t-il en se relevant. Quitte à être réveillé, il préférait mettre son temps au profit de quelque chose. Il se dirigea donc vers ses affaires, se saisit de sa trousse de toilette encore rangée au fond de sa malle, et fila vers la salle de bains.
Leur petite salle de bains était très simple, elle aussi décorée aux couleurs de Serpentard. La moquette laissait place à du carrelage froid, vert et gris, qui recouvrait le sol et les murs jusque dans la douche. L'agencement était tout aussi banal : passée la porte en bois noir, se trouvait une chaise sur le côté, en face de laquelle était un lavabo et un miroir. Plus loin, dans une seconde alcôve, était la douche. Une seule fenêtre donnait sur la salle, et on ne voyait à travers que l'infinie abysse du lac. Scorpius avait parfois la déraisonnable crainte que quelqu'un l'observait à travers cette fenêtre. C'était stupide, évidemment, car elle était tout de même sous la surface de l'eau, mais il ne pouvait s'en empêcher.
Il retira son pyjama de soie noire et, s'apercevant dans le miroir, il passa quelques secondes à s'observer.
Ce qu'il voyait lui plaisait… relativement. Il n'était pas laid, bien-sûr, mais il trouvait Albus bien plus beau que lui. Son visage lui paraissait froid, sans expression, tandis que celui de son ami exprimait sans cesse un intérêt particulier, comme si tout ce qu'il disait était toujours la chose la plus intéressante du monde. Son sourire, notamment, devait faire des ravages auprès de la gent féminine… Scorpius s'étonnait qu'on s'intéresse si peu à son ami. Si seulement les autres lui offraient ne serait-ce que quelques secondes, ils sauraient qu'il avait bien plus à proposer que le simple nom de son père.
Avec un soupir, Scorpius se glissa dans la douche. Maintenant qu'il y pensait, Albus ne lui parlait pas souvent de filles. Peut-être n'en trouvait-il aucune à son goût… Cela lui paraissait tout de même peu probable, n'importe quel garçon se serait retourné sur les courbes de Victoire Weasley. Elle était peut-être bien trop vieille pour lui, vu qu'elle avait désormais vingt-deux ans, mais tout de même. Sinon, il y avait Rose, qui était également d'une beauté indéniable, mais qui semblait devoir ne jamais l'apprécier...
« Je devrais arrêter de penser à ses cousines si je veux lui trouver une copine, » se dit-il en ricanant pour lui-même.
Sinon, il y avait cette fille… Il l'avait repérée au banquet de début d'année, à la table de Serdaigle. Il ne savait pas encore son prénom, mais son visage, oh ! Son visage… Il l'avait gravé dans sa mémoire tant il était adorable. Celle-ci, elle était pour lui ! Hors de question d'en faire une copine pour Al !
« Une copine pour Al… » Ces mots résonnaient étrangement dans sa tête. C'était comme si une part de lui aimait l'idée qu'Albus puisse avoir une copine, tandis qu'une autre détestait ça. Comme une crainte étrange que son ami le laissât tomber et qu'il se retrouve alors complètement seul. Merlin, il ne pourrait pas survivre si Albus l'abandonnait, la solitude était ce qu'il craignait par-dessus tout. Le retour de ses pensées mornes, mélancoliques, de ces journées où il ne ressentait rien, où il avait l'impression de simplement se lever, attendre, et se recoucher… C'était terrible rien que d'y repenser.
Bah ! Al était là, il était son ami, inutile de se faire du mal en imaginant des choses qui n'existaient pas ! Scorpius finit de se laver, se sécha, et sortit de la douche en ne portant qu'une serviette autour des hanches. C'était une habitude qu'il avait prise dès le début de ses jours à Poudlard. Il était le seul dans leur dortoir à avoir suffisamment peu de pudeur pour cela.
Enfin, peu de pudeur n'était pas la bonne expression. En y réfléchissant à deux fois, il serait mortifié si sa serviette venait à couler le long de ses jambes alors qu'un autre de ses camarades était éveillé – surtout Albus. Heureusement, cela n'était jamais arrivé, et il espérait bien que cela n'arriverait jamais. C'était simplement une habitude un peu stupide, il trouvait plus pratique de ne pas avoir à s'encombrer avec ses fringues dans la salle de bains exiguë. D'autant que les choisir lui prenait toujours un peu de temps.
De retour dans le dortoir, il était apparemment toujours le seul être éveillé. Il se dirigea vers son armoire, récupéra un boxer propre et se dirigea à nouveau vers la cheminée avant de s'asseoir dans le même fauteuil. Bien que les braises achevassent de se consumer, la chaleur était encore plus douce maintenant que sa peau était humide. Avec un petit soupir de contentement, il ferma les yeux.
Presque une demi-heure plus tard, Albus, bien réveillé, fut particulièrement amusé de trouver son ami sur ce fauteuil, endormi, et dans le plus simple appareil à l'exception de la serviette qui se trouvait toujours solidement nouée autour de sa taille. Vu l'état des deux lits restants et l'absence d'autre bruit que la lente respiration endormie de Scorpius, Nigel et Kyle avaient déjà quitté le dortoir pour aller vers la Grande Salle prendre leur petit-déjeuner.
Albus se baissa pour se placer à la hauteur du visage de Scorpius, et le secoua doucement par l'épaule. Celui-ci ouvrit deux yeux bleus quasi instantanément, et prit une longue inspiration.
— À peu de choses près tu t'endormais dans la douche, vieux, lança Albus doucement. Ça aurait été autre chose que ça soit Kyle qui te réveille alors que tu es à poil, ajouta-t-il avec un rire.
Scorpius, qui reprenait peu à peu ses esprits, se redressa sur le fauteuil.
— Je crois que je me serais lancé un Avada Kedavra en pleine tête si c'était arrivé, rétorqua-t-il, la voix endormie. La honte !
— Tu briserais le cœur de ce pauvre Kyle ! Je suis sûr qu'il tomberait immédiatement amoureux de toi en te voyant comme ça.
— Beuh, non ! s'exclama Scorpius, dégoûté.
— En tout cas, tu as ma parole Scorp, lança Albus en se dirigeant vers la salle de bains.
— Ta parole ? Pour quoi ?
— T'assassiner la tronche si quelqu'un d'autre que moi te voit à poil ! cria-t-il depuis la douche.
Scorpius sentit le rouge lui monter aux joues.
— Tais-toi, Albus ! Je me suiciderais tout pareil si c'était toi qui me trouvais ! Peut-être même que je me suiciderais deux fois, afin d'assurer le coup.
Albus sortit sa tête de l'entrebâillement de la porte. Il était à présent torse nu.
— Je réserve le second Avada Kedavra alors ! Après avoir vu un truc pareil, j'aurais sans doute des envies de meurtre.
Et il referma immédiatement la porte. Avec un grand sourire sur le visage, Scorpius se dit qu'il venait sans doute de perdre cette joute verbale. Bah, il gagnerait la prochaine !
Il enfila le boxer qu'il avait sorti de sa valise avant de s'endormir et qui était à présent tombé au sol et retira sa serviette. Puis il s'habilla dans son uniforme d'étudiant de Serpentard, avant d'être rejoint par son ami. Une fois tous deux parés, ils se dirigèrent vers la Grande Salle.
C'était presque devenu un rituel, la manière qu'ils avaient de marcher ensemble, se séparer une fois arrivés près de la table de Serpentard pour marcher chacun d'un côté et de l'autre de celle-ci, puis finalement s'asseoir aux premières places disponibles l'une face à l'autre. De même que leur placement : Albus faisait face aux fenêtres de la Grande Salle et avait sous les yeux un superbe paysage, avec le soleil qui se levait au-dessus du lac de Poudlard, et Scorpius avait la vue sur la salle. Il arrivait encore, après cinq ans, que certaines personnes chuchotent sur leur passage, mais ils n'y faisaient plus attention. Avec le temps, ils avaient appris à ne plus écouter si on parlait autour d'eux.
Autour de la table, Drago distribuait les emplois du temps de ses élèves. Harry faisait de même du côté de Gryffondor.
— Monsieur Potter, salua-t-il une fois arrivé à leur niveau, avec un mouvement de tête à l'attention d'Albus.
— Bonjour Monsieur Malefoy.
Il se tourna ensuite vers son fils.
— Bien dormi, Scorpius ?
— Oui Papa, mais chut, tu parles fort.
Drago leva les yeux au ciel. Il reporta son attention sur Albus, et le fixa de deux yeux perçants. Celui-ci se sentit un peu mal à l'aise d'être dévisagé ainsi. Il ne savait pas trop quelle attitude adopter pour s'adresser au père de son meilleur ami. Scorpius donnait l'impression de lui parler comme dans la vie de tous les jours, mais ils étaient encore hors d'une salle de classe. Imposerait-il le formalisme de rigueur lorsqu'on parle à un professeur durant ses cours ? Y compris à son fils ?
Albus attrapa l'emploi du temps que lui tendait son professeur, et resta silencieux. Lorsque Drago se fut éloigné, il reprit :
— Tu crois que j'ai une chance de me faire apprécier de lui un jour ?
— Mon père ? Bonne question. Si tu me sauves la vie, peut-être.
— Oh… Ça met la barre haut, ça.
— Il est étrange, mon emploi du temps, lança brusquement Scorpius. Je n'ai rien les mardi après-midi…
— Ah, toi non plus ? Ça doit être à cause des BUSE. Ils veulent nous donner du temps pour réviser.
— Non, regarde bien. On a un créneau de quatre heures le vendredi pour ça.
— Ah oui, tiens. Bizarre.
À peine eut-il terminé sa phrase qu'une myriade de hiboux et autres volatiles déferlèrent par la grande lucarne de la Grande Salle. L'un d'entre eux, un majestueux oiseau aux plumes irisées, déposa une lettre dans l'assiette d'Albus, qui contenait encore du lait et des céréales.
— Hé ! C'est malin, ça… grogna ce dernier en secouant l'enveloppe pour la débarrasser des grosses gouttes de lait.
Le hibou claqua du bec avant de piquer une noisette dans un saladier rempli de fruits secs.
Albus décacheta l'enveloppe et lut la lettre qu'elle contenait.
— Je n'avais pas remarqué hier, mais Rose a bien changé pendant l'été, tu ne trouves pas ?
Albus leva les yeux de sa lettre lentement, comme s'il n'était pas sûr d'avoir bien entendu. Scorpius avait le regard fixé au loin, à travers toute la salle, pour apercevoir la table de Gryffondor.
— Tu trouves ?
— Ah ça, plutôt oui. Elle est très belle.
Albus fronça les sourcils. Quelque chose d'étrange résonnait en lui, quelque chose qu'il ne savait pas s'il devait apprécier ou détester.
— Ça je peux pas dire, c'est ma cousine !
— Oui mais tout de même, reprit Scorpius en reposant son regard sur lui. Même si c'est ta cousine, tu peux me dire si objectivement tu la trouves jolie.
— Euh… C'est que je n'y ai jamais vraiment pensé. Mais je suppose que tu as raison… Tu n'as jamais eu des goûts trop merdiques en termes de filles…
Scorpius eut un sourire. Il repensa à la question qu'il se posait ce matin sous la douche.
— Et toi ? Tu n'as pas quelqu'un en vue ?
Albus manqua de s'étouffer.
— Ah parce que Rose tu l'as en vue ? Genre si elle te proposait là tout de suite de sortir avec toi, tu dirais oui ?
— Évidemment ! Je serais si chanceux, si ça m'arrivait… Les gens cesseraient de me regarder en coin et de parler sur moi… Oh, ça serait si bien…
Albus s'étonna de voir les yeux perdus dans le vague de son ami. Scorpius aspirait lui aussi à n'être qu'un élève normal, mais tout Poudlard en avait décidé autrement.
Scorpius se secoua, et reprit :
— Mais bon, vu ce que tu m'as dit hier dans le train… C'est un peu décourageant. À propos, hier soir au banquet, j'ai aussi vu cette fille… Oh, c'est elle, regarde !
Albus suivit des yeux le regard de son ami par-dessus son épaule et tomba sur une fille de Serdaigle qui paraissait avoir quinze ou seize ans. Elle avait les cheveux noirs coupés courts, un mignon petit visage un peu allongé avec des yeux verts et des fossettes quand elle souriait. Il la trouvait acceptable, mais il n'était certainement pas aussi excité que Scorpius.
— Merlin, elle est vraiment parfaite, elle… murmura celui-ci.
Albus décida que cette discussion ne lui plaisait pas. Elle déclenchait en lui tout un bouillonnement d'étranges sentiments qu'il n'avait pas envie d'analyser immédiatement.
— Je dois absolument découvrir comment elle s'appelle, bredouilla Scorpius à voix basse.
Albus essaya de changer de sujet.
— Écoute plutôt ce que je lis, au lieu de te faire du mal. Tu es convoqué chez le directeur.
Cette annonce ramena son ami à la réalité.
— Moi ? Mais j'ai fait quoi ?
— Visiblement, s'endormir à poil comme un vieux pervers dans les dortoirs est désormais interdit.
— Quoi ? Tu plaisantes ? protesta Scorpius, paniqué. Londubat peut pas être au courant de ça, tout de même, si ?
— Évidemment, patate ! s'exclama Albus avec un grand rire. Qu'est-ce que j'en sais, moi, ce qu'il te veut...
— Oh, tu m'as tellement fait peur… Mince, ça va me suivre cette histoire… grommela Scorpius.
Albus riait encore deux minutes plus tard. Lorsqu'il eut fini son bol de céréales, il précisa :
— Si ça peut te rassurer, je suis convoqué aussi. Mais moi, je sais pourquoi. C'est juste mon parrain qui veut de mes nouvelles, il fait ça chaque année. D'habitude, j'y vais seul.
— Il veut nous voir à quelle heure ?
— Dans dix minutes.
— Pff… On n'est jamais tranquille.
Merci de m'avoir lu ! J'espère que ça vous a plu.
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On se retrouve vendredi 22 juillet pour le chapitre 3 : Force centrifuge !
A très vite, prenez soin de vous !
