Bonjour à toutes, bonjour à tous !

Chapitre 3 de Frères de coeur, où l'on annonce à nos deux princes ce qui les attend et l'on voit enfin à quoi peuvent ressembler les cours particuliers. Sans plus attendre, le chapitre !

Shoutout habituel à Pouik et Shik-Aya-chan pour la correction !

Bonne lecture !


Chapitre 3

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Force centrifuge


Albus observa Scorpius pousser la porte du bureau du directeur. C'était la première fois que son ami passait cette porte, et elle devait être franchement intimidante pour lui. Albus sourit tandis qu'ils entrèrent. La pièce était vaste, chargée, remplie d'objets, de livres, de tableaux et de dossiers mal rangés. À sa vue, Scorpius ouvrit de grands yeux impressionnés qui firent redoubler le sourire d'Albus. S'il l'avait pu, il aurait offert à son ami une partie de sa familiarité avec le bureau du directeur, juste pour lui épargner la gêne qui accompagnait parfois ce genre de fascination.

Albus était content de retrouver son parrain. Il comptait lui parler de ce Maury qu'il avait entendu à la radio. Juste pour s'assurer que le directeur savait qu'une émission de radio s'attaquait à un élève de Poudlard, et son meilleur ami qui plus est !

— Bonjour, Monsieur Malefoy. Bonjour, Monsieur Potter.

Albus, en voyant les personnes présentes dans la pièce, sentit son estomac se remplir de plomb. Contrairement à ce qu'il avait pensé, Neville ne l'avait pas convoqué simplement pour lui demander de ses nouvelles. Si c'était le cas, comment expliquer alors la présence de son père et de celui de Scorpius aux côtés du directeur ? Et le ton formel qu'il avait pris en l'appelant « Monsieur Potter » ?

— Approchez.

Tous deux marchèrent, les yeux baissés, comme s'ils se sentaient déjà coupables de quoi que ce fut qu'on s'apprêtait à leur reprocher.

— Vous vous demandez sûrement pourquoi je vous ai fait venir dès le début de cette année dans mon bureau, messieurs. Rien de grave, je vous rassure. C'est même très simple : j'ai une nouvelle à vous annoncer, à chacun d'entre vous. Après quoi je vous laisserai quelques temps de réflexion, puis vous pourrez m'annoncer votre choix. Cela vous convient-il ?

Ils acquiescèrent, bien qu'Albus trouvât cela bête de lui demander si quelque chose lui convenait sans qu'on lui ait encore dit de quoi il s'agissait.

— Bien. Commençons par vous, Scorpius. Il y a peu, Poudlard a reçu une lettre du Comité Britannique des Jeux de l'Aigle, vous voyez de quoi je parle ?

Les deux garçons opinèrent à nouveau. Neville reprit.

— Le comité national a, euh… Fortement sous-entendu qu'il était anormal qu'une école comme Poudlard ne propose aucune section d'études aménagées pour les jeunes sportifs, afin de permettre leur entraînement sans toutefois négliger leur éducation magique. L'équipe enseignante y a réfléchi, et est arrivé à la conclusion que le comité avait raison : Poudlard doit ouvrir une section sportive.

Albus avait les sourcils froncés. Scorpius écoutait avec un air grave sur le visage, il craignait de comprendre. Le directeur, lui, semblait choisir ses mots.

— Nous… aimerions que vous nous aidiez à la mise en place de cette section, en étant le premier élève à en bénéficier, afin de nous permettre de la tester et de l'ouvrir à tous les volontaires qui auraient le niveau dès l'année prochaine.

— Hein ? Moi ? répéta Scorpius, éberlué. Mais, Monsieur le Directeur… Pourquoi moi ? Je ne suis clairement pas le plus sportif, ni le meilleur sur un balai, et…

Neville l'interrompit.

— Vous vous sous-estimez, Monsieur Malefoy. Le jeune Monsieur Potter a, à de nombreuses reprises, témoigné de votre compétence sur un balai.

— Oh ? C'est vrai ? demanda Scorpius, touché, en se tournant vers lui.

Albus se sentit rougir.

— Euh, oui, mais… J'suis pas très objectif, tu sais…

Neville reprit, feignant de n'avoir pas été interrompu :

— Voilà pourquoi, mon garçon, j'aimerais que vous vous entraîniez au vol et à toutes ses disciplines.

Scorpius soupira, le regard fixé sur ses pieds.

— Je ne comprends pas, Monsieur… Je veux dire, je me débrouille sur un balai, mais il y en a de bien meilleurs ou prometteurs que moi… Prenez la sœur d'Albus, elle n'a que treize ans et elle vole aussi bien que moi !

— Il y a dans tout cela une question d'esprit et de caractère que vous semblez ignorer, Monsieur Malefoy.

— Mais je suis loin d'avoir un caractère de compétiteur, moi, Monsieur !

— Ah ! Je te l'avais dit, Neville, lança Harry.

Albus observait la scène se dérouler, confus. Scorpius le fixa un moment dans les yeux, comme s'il espérait qu'il aurait eu une réponse à ses questions, mais il n'en avait évidemment pas. Il chercha ensuite une seconde explication dans le regard de son père, sans plus de succès. Celui-ci avait les yeux fixés au loin et paraissait refuser de les bouger.

— Écoutez, je conçois que cela vous paraisse soudain et étrange, aussi je vous propose de faire un essai. Donnons-nous jusqu'aux vacances de Noël pour savoir si nous sommes capables d'effectuer un travail qui va nous mener quelque part, et si vous avez envie de tout arrêter, je vous promets qu'il vous sera donnée la possibilité d'abandonner. Que dites-vous de cela ?

La pièce resta particulièrement silencieuse à la suite de cette annonce, ce que le directeur comprit être un acquiescement.

— Je vais vous laisser la journée pour réfléchir, cela vous convient-il ? demanda-t-il sans vraiment attendre de réponse.

Il y eut un nouveau silence.

— Bien, alors c'est dit. À nous, Monsieur Potter, je ne vous ai pas fait venir simplement pour que vous assistiez à cette scène ! Si vous êtes là, c'est parce que j'aimerai vous proposer de suivre des cours de soutien.

Albus tressaillit sur sa chaise. Des cours de soutien ? Cela n'annonçait rien de bon.

— Comment cela, Monsieur ? risqua-t-il, pressentant qu'il n'allait pas aimer la réponse.

— Vos BUSE approchent à grands pas, et vos professeurs et moi-même nous nous inquiétons. Voyez-vous, tout le corps professoral est persuadé que vous avez en vous un potentiel colossal, Monsieur Potter. Vu l'historique de votre famille, vous conviendrez qu'on est en droit de croire cela, ajouta Neville avec un sourire amusé.

— Si vous le dites, grommela Albus.

Il avait tellement souvent entendu parler de cette connerie de potentiel qu'il était désormais vacciné contre. Cela l'agaçait néanmoins toujours qu'on lui reproche de ne pas faire de grandes choses. On en attendait toujours plus de lui, simplement parce que son père était le puissant Harry Potter.

— J'aimerai que vous suiviez des cours de soutien en Potion, que Monsieur Malefoy vous dispensera, conclut Neville.

Albus sauta de sa chaise.

— Pardon ?

— Vous m'avez bien entendu, je pense, répondit Neville avec simplicité.

— Pas en potions ! S'il vous plaît, Monsieur, tout mais pas en potions ! J'suis une quiche aussi en sortilèges ! Et en métamorphose ! Vous voulez pas me donner des cours en rab avec Teddy plutôt ? supplia Albus, effaré à l'idée de devoir suivre des cours de potions.

Albus ne vit pas le regard courroucé du maître des potions, qui fixait toujours résolument devant lui. Il sentait son cœur battre dans sa poitrine, l'idée de passer des heures enfermé dans une cave avec un chaudron le terrifiait.

— C'est en potions que vous avez le plus de retard à rattraper, Monsieur Potter.

— Mais je déteste ça ! Et les potions me détestent aussi ! se plaignit Albus d'une voix tremblante, en se triturant les mains.

— Ça, je vous l'accorde, rétorqua Monsieur Malefoy.

Albus l'ignora, son regard alternait entre son parrain qui l'observait toujours avec sa satanée bienveillance, et son père, dont les yeux le fuyaient. Il avait presque envie de pleurer.

— Monsieur Potter, je sens que cette décision ne vous plaît guère, mais je vais vous demander de faire pour moi un véritable sacrifice et d'essayer, vous aussi, jusqu'à Noël. Je n'ai pas choisi les potions pour rien, car au-delà de votre retard, je pense sincèrement que cette matière pourrait vous surprendre à plus d'un titre. Cependant, c'est pour vous que je propose ces cours, et vous seul. Si vous ne voulez pas les suivre et vous aider vous-même, alors j'en prendrais bonne note, et vous ne les suivrez pas.

— Mais, Monsieur… essaya Albus.

— Je vous invite également à prendre la journée pour réfléchir, conclut Neville, ferme. Cependant, mes garçons, je vais mettre une condition à cet essai. J'accepte que vous arrêtiez à Noël seulement si vous le décidez tous les deux, et que vous êtes d'accord pour arrêter à deux… ou continuer à deux. C'est bien compris ?

— Attendez… Pourquoi ? demanda Scorpius. Nos séances n'ont pourtant rien à voir l'une avec l'autre.

Albus hocha vigoureusement la tête.

— C'est ainsi, Monsieur Malefoy, et pas autrement. Elles ont bien plus à voir que vous ne pouvez l'imaginer.

Il n'y eut rien de plus à dire, et rien de plus ne fut dit. Ils acceptèrent la condition, puis Scorpius se leva et les deux garçons s'en allèrent, l'un confus au-delà des mots, l'autre le cœur serré et lourd. Albus en avait complètement oublié Maury.


— Ça me les brise, sérieux ! C'est toujours sur moi que ça tombe ! gronda Albus en jetant une pierre à la surface du lac.

Elle ricocha quatre fois.

Scorpius, lui, était assis dans l'herbe au bord de la petite plage de galets, et observait le large. Il avait les genoux repliés contre son torse.

— Al ? appela-t-il d'une petite voix.

— Ouais ?

— Tu penses vraiment que je suis si bon que ça sur un balai ?

Albus soupira longuement. Évidemment, qu'il était bon. Il trouvait même évident que son ami fût celui choisi pour tester la section sport-étude, car en plus d'être un bon voltigeur, il faisait un étudiant idéal pour une expérimentation.

Albus vint s'assoir aux côtés de son ami et lui répondit d'un ton doux mais sincère :

— Ouais. Tu t'en rends peut-être pas compte, mais c'est, genre, naturel chez toi. C'est clair qu'il y a un potentiel à développer.

— Mais ton père serait mon professeur… Lui, il me déteste déjà…

Albus ne sut pas trop que répondre. Il essaya :

— C'est peut-être une occasion d'arranger les choses.

— Oui, ou de s'assurer quatre horribles heures de cours particulier tous les mardis après-midi.

— Dis-toi que pendant ce temps, moi je souffrirai avec ton père à toi. Bordel, du soutien en potions, j'suis vraiment maudit, ajouta-t-il en se relevant et en jetant une nouvelle pierre.

— Pour ce coup-là je suis d'accord, répondit Scorpius. Sans vouloir te vexer, Al, ça ne va pas être une partie de plaisir, parce que tu n'es vraiment pas bon en potions. Heureusement que la pratique se fait toujours en binôme, ajouta-t-il avec un œil malicieux.

— Oui ben justement, là je t'aurai plus avec moi, Scorp. J'sais pas ce que je vais faire… Je me demande ce que mon parrain a en tête.

Il y eut à nouveau un long silence.

— Tu as une idée de ce que tu vas répondre ? demanda Scorpius, au bout d'un moment.

— Moi ? J'ai pas le choix, moi, grogna Albus, exaspéré. Tu as entendu mon parrain ? Il a l'air de mettre tellement d'espoir dans tout ça… Je veux pas le décevoir, mais je te jure, ça me donne envie de chialer. Y a intérêt que mes notes s'envolent ! Que ça serve pas à rien !

Scorpius hocha doucement la tête. Albus ajouta :

— Et toi ? Tu en dis quoi ?

— Je ne sais pas. J'ai un peu envie, au fond, de voir ce que ça donne. Le marché qui permet d'essayer trois mois jusqu'à Noël est tentant, tu ne trouves pas ?

Albus hocha lentement la tête. Scorpius reprit, avec un ton étrangement chargé en émotions :

— Et le jeu en vaut la chandelle. Imagine que je devienne vraiment bon ? Après tout, c'est une idée des Jeux de l'Aigle cette section sport-étude, et cette compétition, c'est un truc si… si… grandiose ! Rien que d'y participer, je serais le mec le plus cool de la Terre ! Je pourrais arriver dernier, ça ne serait même pas important.

Albus se retourna juste à temps pour voir l'étincelle qui brillait dans les yeux de Scorpius. Soudainement, il comprit quelque chose. Pour son ami, c'était une occasion rêvée de faire ses preuves, de montrer aux yeux du monde qu'il valait bien plus que les rumeurs colportées par des émissions de radio débiles. Il était Scorpius Malefoy, un étudiant talentueux, athlète redoutable, et un excellent ami.

Albus jeta le galet qu'il tenait dans les mains et retourna s'asseoir à côté de Scorpius.

— Alors promis, on va essayer.

Ils s'observèrent un instant, puis tapèrent leurs poings l'un contre l'autre.


Scorpius marchait d'un pas rapide le long du grand pont, son Nimbus de dernière génération dans la main. Il ne comprenait toujours pas très bien pourquoi on lui avait donné rendez-vous aussi loin du château, à la lisière de la forêt. Le terrain de Quidditch était un bien meilleur endroit pour s'entraîner au vol. Il était habillé de pied en cap dans une tenue de voltigeur qu'il n'avait pas l'habitude de porter, et qu'il trouvait très laide. Il se promit d'en acheter une plus à son goût à la première occasion.

Sur le pont, il croisa un garçon et une fille de Gryffondor qui mimèrent un vomi très convainquant lorsqu'il passa à côté d'eux. Pendant quelques secondes, il considéra sérieusement la possibilité de leur jeter un sort… Mais c'était sans doute inutile. Il soupira, et continua sa route en suivant les marches du chemin de terre, puis il bifurqua avant le Saule Cogneur pour s'approcher de la Forêt Interdite.

Harry l'attendait déjà, un Éclair de Feu à la main. Scorpius ne fut pas plus impressionné que ça par le balai qui était toujours le plus rapide du monde, car il avait déjà vu son professeur le manier avec brio lorsqu'il donnait ses leçons de vol.

— Scorpius.

— Professeur.

Le ton du père d'Albus était glacial avec lui. De toute évidence, il n'avait aucune envie d'être là, et lui reprochait même ses heures supplémentaires.

Harry commença par le scanner de haut en bas, lui et son balai. Scorpius se sentit un peu gêné par le silence lourd et l'œil inquisiteur de son professeur. Au bout d'un moment, il ramassa un galet qu'il jeta à ses pieds, avant de pointer sa baguette sur la pierre et d'annoncer :

Amplificatum.

Immédiatement le petit galet prit une taille imposante. Scorpius observait son professeur, le visage fermé. Il n'avait aucune idée de ce que Harry faisait. Celui-ci, comme pour répondre à ses questions, lui dit d'une voix ferme :

— Essayez de la soulever.

— Pardon ? Mais il est énorme ! protesta Scorpius.

— Essayez !

Scorpius jeta un dernier regard à Harry, comme pour être sûr que c'était bien ce que son professeur voulait. Comme celui-ci ne semblait pas changer d'avis, le garçon s'approcha de la grosse pierre, glissa ses mains en-dessous d'elle en la faisant osciller pour faciliter sa tâche, puis tira de toutes ses forces.

— Oh, Merlin, grogna-t-il, le souffle coupé par l'effort.

Avec mille difficultés, il parvint à rouler ses bras autour avant de se redresser sur ses jambes et ainsi la tenir contre lui, au niveau de son torse. Il la maintint quelques secondes à peine, toujours sans respirer, avant que Harry lui fasse signer de la relâcher.

Scorpius s'exécuta avec un soulagement. Il avait le souffle court et, bien qu'il ne transpirât pas déjà, il sentait que ça ne saurait tarder.

— À votre avis, combien la pierre pèse-t-elle, Monsieur Malefoy ? demanda Harry.

— Je ne sais pas, Monsieur… Deux cents kilos… articula Scorpius entre deux inspirations.

— Non, répondez-moi sérieusement.

— Sérieusement, je dirais… Cinquante ?

— Trente kilos. Vous manquez de muscles, Monsieur Malefoy. Il vous faut des bras plus puissants, avant tout, mais à dire vrai je ne serai pas étonné qu'il vous faille également prendre un peu dans tout le corps : pectoraux, abdominaux et dorsaux, et même les cuisses.

— Eh ben... grommela celui-ci.

Scorpius ne s'était pas attendu à prendre une gifle pareille au sujet de son physique. Lui qui encore ce matin se trouvait peu attractif, voilà qu'on le lui confirmait sans ménagement ! Son professeur eut l'air de remarquer son regard baissé, car il se reprit :

— Je ne dis pas ça pour vous vexer ! Savez-vous quels sont les minimas pour participer aux jeux ? Le slalom technique, c'est trois mille mètres de virages serrés qui doivent être parcourus en moins de deux minutes ! Vitesse moyenne, je vous épargne le calcul : quatre-vingt-dix kilomètres par heure, soit vingt-cinq mètres par seconde. À une telle vitesse, une force équivalente à quatre fois votre propre poids va tout faire pour vous désarçonner de votre balai à chaque virage et tomber, c'est être disqualifié. La seule chose qui vous retient attaché à ce malheureux bout de bois quand vous êtes à pleine vitesse, ce sont vos bras et vos cuisses, alors croyez-moi, à la fin de cet entraînement, ce n'est pas la moitié de votre poids que vous pourrez lever de terre, mais au moins une fois et demie celui-ci.

Scorpius l'avait écouté avec attention et à présent, il avait les yeux complètement écarquillés. Dans quelle folie s'était-il donc engagé ?

— Rassuré ?

— Je ne sais pas, Monsieur, répondit-il d'un air abattu. Ça semble fou, ajouta-t-il.

— Comme moi, vous êtes engagés jusqu'à Noël au moins ! Allez, cessez de faire la tête. Si vous finissez aussi musclé que je l'imagine, vous aurez toutes les filles pour vous, envoya Harry avec un sourire.

— Ce n'est pas ça le problème… rétorqua Scorpius, un brin râleur.

Il serait déjà sorti avec plein de filles si elles ne le considéraient pas comme le fils du plus dangereux mage noir de tous les temps. Harry fit semblant de ne pas l'entendre. Il n'avait pas envie de gérer les sentiments du jeune adolescent dans l'immédiat, il avait bien trop de pain sur la planche.

— On va faire un tour ? demanda Harry malicieusement, en désignant le ciel d'un regard.

Scorpius n'attendait que ça. Il était au sol depuis bien trop longtemps à son goût. On lui avait promis un cours de vol, et il aurait son cours de vol !

— Je vous suis ! annonça-t-il en enfourchant son Nimbus.

— Non, posez votre balai.

Scorpius le regarda, confus à nouveau. Sans comprendre, il laissa tomber son précieux Nimbus, qui chuta dans l'herbe, entre ses jambes. À la suite de quoi, Harry lui tendit son Éclair de Feu.

— Les Nimbus sont excellents, mais ils restent à ce jour plus lents que ce bijou. Or, la base pour aller vite dans le ciel, c'est d'avoir le balai le plus rapide. Deux cent quarante kilomètres heure en vitesse de pointe. Tous vos adversaires monteront un Éclair de Feu, il faut donc que vous aussi, et par conséquent, vu les accélérations de la bête, il faut vous y entraîner.

Scorpius observait le balai que lui tendait son professeur, bouche bée. C'était un balai magnifique, poli, détaillé, il transpirait la vitesse jusque dans les courbes de son manche et de ses cale-pieds. On sentait que Harry en avait pris grand soin.

— Je prendrai votre Nimbus. Suivez-moi.

D'un coup de talon, Harry s'éleva. Scorpius l'imita, mais il ne maîtrisait pas bien la rapidité et la nervosité de l'Éclair de Feu, si bien qu'il se retrouva bien plus vite à une cinquantaine de mètres du sol qu'il ne l'aurait voulu. Il pressa légèrement sur l'avant du manche afin de ralentir sa montée, puis revenir à la hauteur de Harry.

— On va faire simple. Essayez de rester juste derrière moi, sans pour autant me toucher. Prêt ?

— Prêt.

— On y va.

Harry lança son balai d'un seul coup, immédiatement suivi par Scorpius. Son parcours était simple au début, il allait et venait dans de longues courbes, lancé à pleine vitesse, si bien que Scorpius n'avait aucun mal à suivre. Il sentait le vent glisser contre lui, tandis que tout le paysage se dérobait, le soleil encore haut dans le ciel.

Ils descendirent au niveau du lac. Scorpius ne put s'empêcher d'inspirer l'air à plein poumon, enivré par la sensation de liberté totale qui l'accompagnait. Quelques élèves couchés aux abords du plan d'eau les observèrent, se demandant ce qu'il pouvait bien se passer. Ce fut à ce moment que Harry décida de corser un peu le parcours.

Il commença par virer d'un seul coup à la verticale, s'élevant rapidement droit dans le ciel. Scorpius tira d'un coup sec sur le manche afin de le suivre, mais ce qu'avait prévu son professeur se produisit : le virage sec le força à se cramponner de toutes ses forces à son balai. Heureusement, les cale-pieds de l'Eclair de Feu soulagèrent légèrement ses cuisses, toutefois ses bras lui donnaient l'impression d'être en feu tant il tirait dessus.

Arrivé une centaine de mètres au-dessus du sol, Harry stabilisa son balai et attendit son élève. Scorpius l'atteignit quelques secondes après.

— Bon sang… grogna-t-il en secouant ses bras, heureux de pouvoir reposer ses muscles.

— Tu vois ce dont je voulais parler ?

Scorpius était surpris par le tutoiement soudain. Son professeur semblait ne pas avoir fait exprès, lui aussi pris par l'ivresse du vol. Mais il préférait cela, ça lui faisait un peu oublier le cadre particulier des cours. Il hocha vigoureusement la tête.

— On va faire un nouveau test. Je vais vous laisser pousser l'Éclair dans ses derniers retranchements. En ligne droite, pour commencer, freinez un peu avant de prendre vos virages, et essayez de tourner le plus sec possible. Tant que vous restez au-dessus du lac, vous pouvez aller aussi loin que vous le souhaitez. Je vous observe d'ici, ça marche ?

— Entendu.

Lorsque son professeur lui donna le signal, Scorpius se lança aussi vite qu'il osa. Jamais auparavant il ne s'était donné autant sur un balai, le vent lui-même commençait à appuyer si fort contre son torse que, même à l'horizontal, ses bras étaient crispés autour du manche. Il se coucha vers l'avant, et accéléra encore.

Tout n'était plus qu'un sifflement autour de lui. L'air plaquait ses cheveux contre sa tête, lui fouettait les joues et allait si vite contre lui qu'il avait du mal à respirer. Les paysages alentours n'étaient plus que de longues traînées de couleur, et seule demeurait visible l'autre rive du lac, celle que suivait les rails du Poudlard Express, et qui s'approchait à toute allure.

Scorpius sentait bien que l'Éclair de Feu en avait encore sous le ventre, mais il s'approchait du bord et n'osait pas accélérer encore plus. Il allait déjà bien plus vite que son Nimbus ! Il freina un peu, puis prit le virage le plus serré dont il était capable. Il sentit une force si puissante le saisir, qu'on aurait dit qu'une main invisible essayait d'arracher son corps de ses bras, soudés au manche du balai.

Il se cramponna de toutes ses forces et acheva son virage, bien décidé à atteindre la vitesse maximale sur le retour. Il se coucha donc sur le manche du balai, et accéléra autant qu'il put.

Passé un certain cap, c'était à peine s'il voyait encore l'endroit où il se dirigeait. Curieusement, plus il accélérait, plus son champ de vision devenait trouble et sombre. Mais, enfin, et pour son plus grand bonheur, il sentit finalement que l'Éclair était au bout, il ne parvenait plus à accélérer. Ce moment dura à peine quelques secondes, suspendues dans les airs, puis il dut freiner dans le but de s'arrêter au bord du lac. Il espérait finir près de là où l'attendait son professeur, vu qu'il ne voyait plus rien sur le côté.

Le freinage fut presque aussi intense que le virage. Il serra des cuisses aussi fortement qu'il put, et malgré cela sentit ses pieds quitter les cales dans lesquelles ils étaient placés. Un seul instant d'inattention, et il passait par-dessus bord.

Lorsqu'enfin il fut parfaitement stoppé, il se rendit compte qu'il était presque à cinq cents mètres de Harry, qui lui faisait des grands signes. Il voulut se saisir du manche, mais ses bras entiers jusqu'au bout de ses doigts étaient tétanisés par l'effort et ne lui obéissaient plus. C'était si étrange… Il avait forcé, certes, mais jamais il n'aurait pensé mettre son corps à aussi rude épreuve. Il avait le souffle court, les joues rougies, et les yeux humides à cause du vent.

Ce fut donc finalement Harry qui le rejoignit.

— Alors ?

— J'ai l'impression d'avoir été piétiné par un hippogriffe, articula Scorpius, le souffle toujours court.

Harry eut un rire franc. Scorpius fut surpris par le rire clair, il lui rappelait Albus.

— C'est ça qu'il y a de mieux, vous ne trouvez pas ?

Il hocha frénétiquement la tête. Il hésitait à poser sa question, mais finit par se lancer :

— Professeur ?

— Oui ?

— Vous pouvez me tutoyer ?

Harry le fixa longuement. Scorpius craignit d'avoir dit une bêtise.

— Seulement pendant ces séances, alors.

Scorpius hocha vigoureusement la tête. Harry ne savait pas vraiment pourquoi il avait dit ça, c'était contre tout le respect protocolaire de Poudlard... Mais, à bien y réfléchir, ça lui plaisait. Ne pas être le professeur mais le coach sportif qui tutoyait ses athlètes, cela l'aiderait à prendre son nouveau rôle différemment.

Il avait un plan clair dans la tête à présent.

— Bon, Scorpius. Ton virage tout à l'heure, au bout du lac, beaucoup trop large. Tu louperais trois portes, durant l'épreuve, si tu prenais des virages aussi larges. Cependant, niveau vitesse, tu as envoyé. Il va falloir apprendre à maîtriser ça.

— C'est normal de ne plus rien voir autour quand on va aussi vite ?

— Ah ! Je m'attendais pas à ce que tu remarques. La vision périphérique est plus sensible au mouvement : plus tu te déplaces vite, moins tu peux distinguer ce qui t'entoures. C'est très problématique durant un slalom. Heureusement, ça se travaille et on peut devenir meilleur à distinguer ses environs.

— Je vois. Vous savez comment on fait pour travailler ça ?

— Dans les grandes lignes. Je n'ai pas encore d'exercice précis en tête, mais j'en aurai le moment venu. C'est un peu nouveau pour moi tout ça encore…

— Oh, je vois.

— Bon. On avance ? Je te propose le même exercice que tout à l'heure. Tu essayes de me suivre ?

— J'essaye, Monsieur, répondit Scorpius avec un franc sourire.

La tension du début de la séance était oubliée, à présent. Cela lui fit le plus grand bien, mais il n'eut pas le temps d'en profiter. À peine eut-il le temps de reposer ses mains sur son balai que son professeur avait filé, et avait déjà pris une avance considérable sur lui. Scorpius s'élança à sa poursuite.

Il parvint à le rattraper, mais il avait dû pousser son balai à une vitesse comparable à sa première traversée du lac. Il avait du mal à distinguer ses environs, et, bien entendu, il avait dû se coucher sur le manche. Scorpius ne comprenait pas pourquoi ils allaient aussi vite, mais il parvint enfin à revenir à sa hauteur.

Après une dizaine de secondes de vol à pleine vitesse, Harry réalisa le demi-tour le plus impressionnant que Scorpius n'ait jamais vu, c'était à peine croyable. Le virage qu'il avait réalisé devait mesurer au maximum dix mètres de large ! Presque par réflexe, Scorpius tira sur le manche de son balai, vers la gauche, et de toutes ses forces.

Aussitôt le virage entamé, il sut qu'il avait commis une erreur. La force qui l'attira sur la droite était juste colossale. Ses deux pieds glissèrent immédiatement de leurs cale-pieds respectifs et ses mains furent arrachées du manche sans qu'il ne puisse rien faire. Un court instant, seul le pli de sa cuisse encore pris dans le balai l'empêcha de tomber plus de cent mètres en contrebas.

— PUTAIN !

Et immédiatement après, sa jambe glissa. Il aurait voulu hurler, mais son souffle était bloqué dans ses poumons, son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine. C'était une panique sans nom qui s'était emparée de son corps.

Sans même savoir ce qu'il allait tenter, il essaya d'attraper sa baguette mais ses mains étaient incapables de lui obéir convenablement. Elle quitta sa poche et disparut dans les airs.

À cet instant, il était à court d'idées. Le sol se rapprochait à toute allure, et il n'était même plus au-dessus du lac. Il allait se briser tous les os, si ce n'était pire. Scorpius ferma les yeux, en attendant la douleur de l'impact.

Arresto momentum !

Elle ne vint jamais. Au lieu de ça, il eut l'impression d'atterrir dans un énorme coussin d'air qui amortit sa chute et le déposa délicatement au sol.

Accio Éclair de Feu. Accio baguette.

Le balai et la baguette de Scorpius, encore en chute libre, filèrent vers Harry qui s'était posé à côté de Scorpius et rejoignirent délicatement sa main.

Le garçon était encore tremblant lorsqu'il s'assit dans l'herbe, face au lac. Son professeur s'agenouilla à côté de lui.

— Désolé pour cela, dit-il avec un sourire penaud.

— Je vous déteste, grogna Scorpius en essayant de reprendre le contrôle de son corps. J'ai cru… Je vous déteste !

Harry eut un petit rire. Cela l'amusait de voir ce garçon habituellement si calme ne pas hésiter à insulter son professeur. D'autant que c'était mérité, vu le coup qu'il lui avait fait ! Scorpius devait apprendre où se trouvaient ses limites, et pour cela, il avait besoin de les dépasser, au moins une fois. Pour voir ce que ça faisait. Ce balai donnait une telle sensation d'ivresse qu'il était capital d'apprendre à la juguler.

Quand Albus le suppliait de le lui prêter, Harry prétextait toujours qu'il était un voltigeur trop novice pour qu'il accepte. Ce n'était pas parfaitement vrai, car un débutant pouvait apprendre à s'en servir à condition d'être calme et raisonné. Harry avait toujours trouvé Albus bien trop impulsif pour accepter de le lui prêter sans craindre que son fils ne se mette gravement en danger. Il s'était promis en revanche d'un jour prendre le temps de lui apprendre, étape par étape, à se canaliser pour parvenir à le piloter.

Harry sortit une tablette de chocolat de sa poche.

— J'avais préparé mon coup, j'ai amené ça, expliqua-t-il en sortant le chocolat de sa poche.

— Vous essayez de m'acheter ? ajouta Scorpius avec un sourire en coin, la respiration un peu plus calme.

— Une technique qu'un vieux professeur m'a apprise pour faire passer la pilule alors qu'il essayait de m'enseigner un truc terrifiant.

Scorpius mordit dans le chocolat bien volontiers. Il avait besoin de ça plus qu'il ne le pensait.

— Je vous en veux toujours, précisa-t-il, pour la postérité.

— Tu sais pourquoi le premier truc qu'on apprend à un gymnaste c'est de tomber ? demanda brusquement Harry.

Scorpius ne répondit pas. Il fixa droit devant lui, attendant la suite.

— Pour qu'il n'en ait plus peur. Qu'il se rende compte que ça fait pas si mal. Qu'il apprenne à rouler sur lui-même et se relever sans aucun dommage. Quand on se prépare à gagner, on doit surtout apprendre à perdre, chuter, échouer. Tant qu'on se relève, alors la compétition continue. Toi, tu as de la chance, tu es un sorcier. Donc on va commencer par apprendre ce sort, le charme du coussin. Il sauve chaque jour la vie de tous les pros du balai. C'est pour cela que je t'ai laissé utiliser un modèle bien trop puissant pour toi. Pour cela encore que je t'ai incité à faire un virage irréaliste pour ton niveau. Il faut que tu apprennes que tomber n'est pas grave.

Le garçon finit son morceau de chocolat.

— Il nous reste deux heures de cours, mais je pense qu'on peut s'arrêter là pour aujourd'hui, ça fait assez d'émotions. Il se fait tard, je compte sur toi pour rejoindre la bibliothèque ou ta salle commune, d'accord ?

Scorpius approuva. Ses mains tremblaient encore légèrement, mais son cœur s'était calmé, tout comme sa respiration. Il récupéra sa baguette, sauta sur ses pieds, et fila vers l'entrée du château après avoir salué son professeur, laissant Harry seul face au lac. Celui-ci resta là, immobile, pendant de longues minutes, contemplant les deux heures qui venaient de s'écouler. Elles avaient été suffisantes pour sévèrement entamer ses préjugés sur le fils de Malefoy. Par conséquent, il avait l'impression d'avoir été assez injuste avec Albus, et ce depuis de longues années. Mais pire encore, le fait qu'il se rapproche de Scorpius annonçait un milliard d'autres problèmes avec Albus. Il devrait faire attention à son fils, ces prochains mois, s'il ne voulait pas se faire rejeter par lui.

Cette perspective le terrifiait.

— Eh ben… Ça pue, Harry, murmura-t-il pour lui-même.


— Al ! Al, tu es là ?

Scorpius était rentré comme une furie dans la salle commune de Serpentard, mais son ami n'y était pas. À présent, il courrait partout dans le dortoir, mais à nouveau, aucun signe d'Albus.

Il redescendit les escaliers, toujours en quête de son ami, quand il se rappela qu'il avait fini en avance. Albus était sans aucun doute toujours dans les laboratoires de potions, avec son père. L'attente allait être longue, il mourrait d'envie de raconter le cours incroyable qu'il venait de vivre, et à quel point il était totalement convaincu à présent qu'il devait apprendre à devenir un voltigeur de haut niveau ! À tout prix !

Deux heures plus tard, la salle commune était quasi-déserte, à l'exception d'un trio de septième année dans un coin qui parlaient à voix basse en écoutant une émission de radio que Scorpius ne pouvait entendre, et de quelques première ou deuxième qui écrivaient des choses sur un parchemin. Scorpius dut attendre encore dix minutes avant qu'enfin, Albus fasse son apparition. Il entra d'un pas lourd, s'affala sur le canapé à côté de son ami et se prit le visage dans les mains.

— Comment s'est passé ton cours ? demanda Scorpius, trépignant.

— Horrible…

Scorpius perdit immédiatement son enthousiasme.

— Oh ? Pourquoi ?

— Parce que, Scorpius, c'est exactement ce que je savais que ça allait être ! De la théorie sur les potions, « quelles sont les propriétés d'une ébullition partielle », « pourquoi une décoction de racine est généralement plus puissante qu'une infusion », et ton père qui m'engueule pendant quatre heures parce que je devrais savoir ces trucs… Je vais crever si je dois faire ça toute l'année, je te jure ! On joue cette petite comédie jusqu'à Noël et puis plus jamais.

— Oh…

Scorpius entendit son ami parler avec anxiété. Comment leurs deux journées avaient-elles pu être aussi différentes ?

— Et tu ne penses pas qu'en essayant de t'y mettre une fois en y allant à fond, ça pourrait marcher ?

— Je déteste les potions, Scorpius, répondit Albus, agacé. Je vais pas soudainement me mettre à aimer ça juste parce que je dois en bouffer quatre heures de plus chaque semaine !

— Hé, ne t'énerve pas contre moi ! Je ne t'ai rien fait !

Albus commença à répondre, mais retint sa phrase au dernier instant. Il se leva, et se passa une fois de plus la main sur le visage.

— Tu as raison, je suis désolé. La journée a été longue. Toi, ça s'est bien passé ?

— Mieux que je l'imaginais, expliqua Scorpius avec retenue.

Il ne voulait pas assommer son ami qui n'allait visiblement pas bien avec sa journée parfaite.

— Mon père a pas été trop horrible ?

— En fait, il a même été plutôt sympathique.

— Pour de vrai ? demanda Albus avec un ton d'espoir bien trop présent dans la voix.

Il se rassit, véritablement intéressé.

— Oui, pour de vrai. Je… Je ne sais pas, c'est sans doute bête, mais je me dis que si ça continue, il finira peut-être par m'apprécier.

Albus retrouva le sourire quasiment instantanément. C'était pour lui une vraie bonne nouvelle, cela faisait tant d'années qu'il demandait à son père d'au moins essayer de connaître Scorpius !

— Raconte ! J'ai trop envie de savoir maintenant, pressa-t-il.

Scorpius lui rendit un grand sourire, heureux que son ami s'intéresse à sa journée malgré son humeur.

— Eh bien, au début je n'étais pas serein, car il a commencé par me faire soulever une pierre énorme simplement pour me faire comprendre que je ne suis pas assez musclé… C'était assez humiliant, je dois dire.

— Une pierre comment ?

— Je te jure, elle faisait au moins trois fois ton poids.

— Tu peux pas savoir, tu m'as jamais soulevé !

Scorpius se tourna immédiatement vers lui et plongea un regard moqueur dans ses yeux. Il se retenait visiblement de rire.

— Non, mais, hey ! s'exclama Albus en sautant sur ses pieds de nouveau. C'est pas ce que je voulais dire !

— Ah mais je ne saurais supposer de ce que tu voulais dire, Albus ! envoya Scorpius en riant.

— T'es bête, bafouilla-t-il en rougissant. Et arrête de rire, t'as l'air d'un vieux gobelin !

— Tu veux tester ?

Scorpius se leva, et, à peine Albus eut-il le temps d'articuler un « hein ? » à la fois surpris et paniqué, que son ami le saisissait d'un tour de bras par les hanches et le soulevait de terre – ce qui eut pour effet de l'empêcher de respirer proprement.

Il riait toujours lorsqu'Albus, se débattant, parvint à lui faire lâcher prise et retomba sur le canapé.

— Bordel de merde ! grogna celui-ci en reprenant son souffle. Tu vas m'le payer, vieux pourri !

— Je t'attends, provoqua Scorpius, encore rieur.

— Oh pas ce soir, pas maintenant. La vengeance est un plat qui se mange froid mon petit Scorp. Dans trois semaines tu vas te coucher dans un lit rempli de scorpions, faudra pas te demander d'où ça vient…

Scorpius affichait désormais un air inquiet.

— Tu ne vas pas faire ça, dit ?

— Tu m'en crois pas capable ?

— Si justement, et tu sais très bien que…

— … que t'as une peur panique de l'animal qui te donne ton prénom, absolument, reprit Albus, la voix lente et le rictus aux lèvres.

Scorpius ouvrit la bouche, puis la referma. Il semblait essayer de calculer les chances que son ami soit vraiment sérieux. Finalement, il décida de faire la tête et se rassit sur le canapé. Albus, lui, se délectait de son envolée et de ses effets sur son ami.

— Et ouais. Serpentard, bitch.

— Ce n'est pas drôle, Al ! Je te préviens que si tu fais ça un jour, je… Je…

— Tu, tu ?

Scorpius fronça les sourcils. Il commençait visiblement à être agacé par les moqueries d'Albus.

— Oh, allez Scorp… Tu sais bien que je te ferai jamais un truc aussi méchant… Tu connais bien trop de manières de te re-venger sur moi ensuite, expliqua-t-il avec un sourire en coin.

Scorpius parut se détendre. Albus reprit :

— Tu disais que mon père veut te faire prendre du muscle ? C'est pas une mauvaise idée, c'est même toujours une bonne chose. Tu seras sûr de chopper qui tu veux, avec des abdos…

Albus s'imagina Scorpius comme il le voyait souvent : ne portant qu'une serviette, mais avec les muscles bien plus développés qu'actuellement. Pectoraux, abdominaux, la totale. Sans s'étonner de l'étrangeté de cette image dans sa tête en cet instant, il se dit qu'en effet, tout Poudlard voudrait de sa petite tête aux yeux bleus. Lui qui était déjà beau gosse, il serait à tomber.

— Je suis d'accord. Et puis il m'a montré que j'en avais besoin ! Il m'a fait voler avec son Éclair de Feu, et…

— QUOI ? sursauta Albus en entendant ces mots.

— Ben… Oui, il m'a dit que tout le monde serait sur un Éclair de Feu car y a rien de plus rapide, et…

— Mon père t'a passé son balai ?

— Oui ! répéta Scorpius, agacé. Mais je ne vois pas ce que ça a d'exceptionnel, il doit faire ça tout le temps…

— Non, Scorp ! Absolument pas ! Il m'a toujours interdit de le toucher, moi ! De temps en temps, il le prête à James ou Lily parce qu'ils savent voler, mais… Oh, je suis trop jaloux !

— Oh, murmura Scorpius en comprenant. Ben je pense que c'est pour la bonne cause… J'ai l'impression qu'il prend son rôle un peu plus à cœur désormais. Mais bref, il m'a fait voler à pleine vitesse et prendre un virage serré, juste pour me faire comprendre pourquoi j'avais besoin de me muscler.

— Eh ben… Il s'est passé quoi ?

— Je me suis fait éjecter. Ton père m'a rattrapé avec un sortilège, mais c'était le truc le plus terrifiant qu'il ne me soit jamais arrivé.

— Dire que moi, pendant ce temps, je suis enfermé en sous-sol à faire des potions, pendant que tu voles et te fais des muscles.

— Hum… Je ne sais pas trop quoi te dire, Al. Crois-moi, si j'avais un moyen de t'aider, je me ruerais dessus. Je… Je pourrais essayer de parler à mon père, si tu veux.

Albus hocha la tête. Repenser aux quatre heures horribles qui venaient de passer allait achever de le déprimer. Au lieu de ça, il se leva en baillant, et s'étira avant d'annoncer :

— J'suis éclaté. Je vais aller me coucher tôt ce soir je crois.

— Euh, tu ne vas pas aimer ça, mais… On a toujours ce devoir de Botanique à faire…

— Oh putain…

Dans le coin, l'un des septièmes années finissait de griffonner sur un bout de parchemin blanc. À la radio, la voix chaleureuse du présentateur Maury haranguait ses auditeurs pour les convaincre du bien-fondé de la mission des Fils du Phénix.

Ayant fini d'écrire, le garçon se leva, ajusta son chapeau, et annonça à voix basse :

— Flinch va adorer lire ce qu'on a entendu, vous croyez pas les gars ?

— On devrait même l'envoyer à Maury ! ajouta un autre.

Les trois garçons rigolèrent, goguenards, puis celui qui s'était levé quitta la pièce et se mit à marcher dans les couloirs. Direction la Tour de Gryffondor.


Merci de m'avoir lu, j'espère que ça vous a plu !

Cette fin de chapitre n'augure rien de bon. La réponse sur ce que ces mecs ont prévu vendredi 29 juillet pour le chapitre 4 : Le dessin de la Tour de Gryffondor !

N'oubliez pas de mettre cette histoire en alerte, en fav si elle vous plait, et de laisser un petit commentaire pour me dire ce que vous en pensez, c'est hyper important pour nous remercier nous autres ptits auteurs :P

À vendredi !