Bonjour à toutes, bonjour à tous !

Un chapitre avec un petit peu d'action cette semaine – à petite dose l'action, on n'est encore qu'au début du récit – où l'on découvre comment Poudlard peut être cruel avec nos héros... Après tout, cela reste un collège. Et les gosses sont parfois terribles !

Comme d'habitude, un grand merci à Pouik et Shik-Aya-chan qui ont relu cette histoire, et un grand merci à celles qui me laissent des commentaires chaque semaine ! Ce n'est pas grand chose, mais vous pouvez pas savoir comme cela fait du bien !

Bonne lecture !


Chapitre 4

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Le dessin de la Tour de Gryffondor


Albus et Scorpius marchaient tranquillement dans les couloirs du deuxième étage. Ils se rendaient à leur premier cours de défense contre les forces du mal de l'année, et il était en commun avec Gryffondor.

Albus observa à plusieurs reprises des élèves en tenue rouge et or éclater de rire sur leur passage, mais il n'y accorda que peu d'attention. Cela arrivait parfois qu'on se moque gratuitement d'eux, mais lorsqu'il était avec Scorpius, il se sentait invincible. L'univers pouvait bien leur cracher à la figure, ils étaient deux pour répondre, et à deux, ils étaient dévastateurs.

En vérité, ils se complétaient tous les deux assez bien. Lui avec son caractère fougueux, parfois agressif assurait l'assaut de front, tandis que Scorpius, plus calme mais parfois d'une froideur terrifiante, préparait des répliques tranchantes comme des lames de rasoir et capables de ridiculiser n'importe qui.

Toutefois, la plupart du temps, ils ignoraient simplement les remarques blessantes. Cela permettait aussi d'éviter les problèmes.

Ce ne fut qu'au moment de bifurquer vers les salles de classe, au pied de la Tour de Gryffondor, qu'Albus comprit qu'il y avait autre chose que de simples moqueries dans l'air.

Rose les attendait, et lorsqu'ils furent à portée, elle les attira dans le recoin formé par l'alcôve d'une fenêtre.

— Salut Rose, grogna Albus, agacé d'être une fois de plus tiré hors de son chemin par sa cousine en furie.

Il espérait de tout cœur qu'elle ne veuille pas encore lui parler de Scorpius. Si elle se mettait à l'insulter devant lui, il n'allait pas être en mesure de retenir les phrases affreuses qui lui venaient déjà en tête.

— Salut, bonjour Scorpius.

— Euh...Bonjour, euh… Rose… bafouilla celui-ci.

Elle le fixa comme s'il était totalement demeuré.

— Je dois vous montrer un truc. À tous les deux, ajouta-t-elle, la voix pressée, presque en colère.

— Ça n'a pas l'air fun.

— Ça part en plan à trois, Rose ? cria quelqu'un depuis l'autre côté du couloir.

Rose agit plus rapide que l'éclair, elle pointa sa baguette et prononça :

Impedimenta !

Le garçon qui avait eu le malheur de tenter sa réplique assassine se retrouva projeté contre le mur derrière lui, au sol. Albus avait observé toute la scène, les yeux ronds.

— C'est comme ça depuis ce matin. J'essaye de jeter des sorts à tous ceux qui t'insultent, Al, et par extension toi, dit-elle en s'adressant à Scorpius sans le regarder, mais je suis débordée.

— Mais qu'est-ce qu'il se passe, bon sang ? pressa Albus.

— Ceci a été affiché dans toute la salle commune de Gryffondor. Y en avait au moins une cinquantaine d'exemplaires.

Albus prit le papier que lui tendait sa cousine avec fébrilité. On aurait dit une page de journal, sur laquelle figurait un dessin affreusement vulgaire censé le représenter lui et Scorpius dans des positions à vomir. En grosses lettres, le titre indiquait "Le cracmol de Serpentard se fait baiser par le fils de Voldemort !"

Il parcourut les quelques lignes de texte qui accompagnaient l'article et plus il lisait, plus il sentait la colère se saisir de chacun de ses muscles, chacun de ses os. « Tu m'as jamais soulevé », « tu veux tester », « tu m'en crois pas capable » : des bribes de leur conversation de la veille avaient été retranscrites dans le désordre pour les faire passer pour un couple assez vulgaire. « Le fils du célèbre Harry Potter, déjà si inepte en tout ce qui touche à la magie que certains le considèrent comme un probable cracmol, a décidé de devenir un vrai bouffeur d'oreiller. Et qui de mieux pour la lui mettre que le fils du pire ennemi de son père, Lord… »

Albus s'arrêta de lire ici, tant les mots qu'il lisait lui donnaient la nausée. Jamais, jamais il ne s'était senti aussi humilié. Il avait les yeux humides, mais cela n'était rien à côté de la colère sourde qui envahit chacune de ses veines lorsqu'il vit Scorpius, les yeux pleins de larmes.

Son Scorpius. Son seul ami, habituellement si imperméable à ce genre d'attaques stupides, si calme, si solide, avait semble-t-il été touché en plein cœur par celle-ci.

— Je vais buter quelqu'un, annonça Albus d'une voix glaciale en froissant l'affiche. Je vais monter dans la tour et je vais les génocider, Rose.

— Du calme, Al !

— Du calme ?! s'écria Albus.

Plusieurs têtes se tournèrent vers lui, et nombre d'entre elles éclatèrent de rire. Ce n'était pas le moment de faire des remous, aussi Albus parla moins fort, mais avec tout autant de haine :

— Du calme ? Si ça n'avait été que moi, à la rigueur. Mais y a un truc, un seul truc auquel personne n'a le droit de toucher, et c'est Scorpius.

Albus vit son ami se tourner vivement vers lui. Apparemment, il ne s'était pas attendu à une telle déclaration de loyauté, si soudaine. Rose, elle, fronçait les sourcils, comme si elle essayait de comprendre quelque chose.

Albus ne vit aucun des deux. Pour être honnête, il ne s'était pas non plus attendu à ce que ces mots quittent ses lèvres. Depuis l'épisode du Poudlard Express et leurs retrouvailles, il se sentait un peu différent à l'égard de Scorpius. Quelque chose en lui avait changé, mais il ne savait trop dire quoi. Et surtout, il était en colère, bien trop enragé en cet instant pour essayer d'analyser quoi que ce soit. Emporté par son élan, il continua :

— Merde, Rose, ça te dégoûte pas de voir ça ? C'est donc tout ce que Gryffondor est capable de faire ?

— Si, Al, ça me dégoûte tout autant que toi, mais…

— Le pire c'est qu'il doit bien y avoir des gens gays à Gryffondor, non ? Putain, mets-toi à la place d'un petit qui découvre peu à peu qu'il aime les mecs, il fait quoi après avoir vu ça ? Il comprend que tout le monde va toujours se foutre de sa gueule à cause d'un truc qu'il maîtrise pas, puis il saute par la fenêtre ?

— Mais écoute, moi, Al, enfin ! Merlin, t'es intenable quand tu es énervé comme ça !

Albus serra les dents. Il n'avait pas envie de s'engueuler avec Rose, mais il était toujours aussi enragé.

— Si je vous ai prévenus, c'est bien parce que ça me révolte un truc pareil ! Faut réagir calmement, et précisément. Ça sert à rien d'attaquer tout Gryffondor à part à vous mettre dans la merde tous les deux. Non, on va réfléchir, trouver qui a fait ça, et eux seulement, on les génocide.

— Alors je veux bien, mais comment tu comptes…

— J'ai un plan, interrompit Scorpius qui sortit de son silence.

Les larmes de ses yeux avaient laissé place à une détermination froide, implacable. Il allait trouver qui avait fait cela, et il allait lui faire regretter d'être né.

— Le texte, c'est des morceaux de trucs qu'on s'est dit hier, avec Al, donc il y a forcément des Serpentards impliqués. Du côté de Gryffondor, tu crois pouvoir découvrir qui est impliqué, Rose ? Il faudra être discret, pour que les coupables ne se doutent de rien. Quand tu auras les noms, on parlera de la suite du plan.

Rose parut hésiter. Elle paraissait encore avoir du mal à accorder toute sa confiance au garçon qu'elle méprisait sans doute toujours un peu, au fond d'elle. Elle demanda à son cousin :

— Al, tu penses pas qu'on devrait mettre au courant quelqu'un ? Genre ton parrain ?

— Non, grogna-t-il en réponse. On est grands, on se démerde. Et puis j'ai pas du tout envie que cette histoire arrive aux oreilles de mon père…

— Euh… Sans vouloir te désespérer, Al, c'était dans la salle commune de Gryffondor hein. Ton père est le directeur de Gryffondor. Les chances qu'il ait rien vu sont infimes…

— Même. Je veux qu'on gère ça nous-même.

Rose sembla vouloir dire quelque chose, mais elle se retint et approuva. Albus fut surpris qu'elle acceptât sans rechigner d'avantage, surtout un plan fomenté par Scorpius, mais apparemment elle savait reconnaître ses alliés dans l'adversité.

Tous les trois finirent par sortir de leur alcôve après avoir encore discuté un moment. Ils se dirigeaient vers la salle de cours de défense contre les forces du mal, lorsque Scorpius, se penchant vers Albus, lui fit en chuchotant :

— Merci, Al. Pour ce que tu as dit tout à l'heure.

Celui-ci rendit à son ami un regard interrogateur. Scorpius précisa :

— Au sujet de ce sur quoi il ne fallait pas t'attaquer.

Albus prit conscience de ce qu'il avait dit alors et s'arrêta. Il semblait hésiter à répondre. Il articula finalement :

— T'es mon meilleur ami, Scorp, je… Je peux pas… Je supporte pas quand on s'attaque à toi.

— Je sais. Merci, Albus.

Ils se faisaient face, bêtement, les bras ballants, dans ce couloir bondé. Scorpius souriait franchement, et Albus résistait de toutes ses forces à l'envie de lui faire un câlin. Après tout, ils l'avaient décidé : ils ne se faisaient pas de câlins. Ces besoins soudains de câlins faisaient partie de ces nouvelles choses qu'il n'avait pas envie d'analyser.

Rose revint vers eux.

— Allez, on va être en retard !

Albus avait envie de remonter le moral de son ami. Il ne supportait pas de le voir attristé, d'autant qu'il se sentait responsable de l'avoir mis dans cette situation.

— Scorp… J'ai envie de faire un truc con, annonça Albus avec un grand sourire.

— Oh non, Al !

Trop tard. Ils passaient juste à côté d'une armure en métal dont Albus retira le heaume et un gantelet, avant de sauter sur un banc de pierre. Il frappa les deux pièces d'armure l'une contre l'autre, ce qui produisit un vacarme assourdissant.

— S'il vous plaît ! S'il vous plaît ! annonça-t-il à la cantonade.

Il laissa retomber les morceaux d'armure, pour ajouter un peu de bruit au tout.

— Putain de bordel de Merlin de merde, lança Scorpius pour lui-même, essayant de se faire tout petit.

Rose l'observa avec de grands yeux, peu habituée à entendre le garçon jurer. Scorpius était écarlate.

— Il fout quoi ? demanda Rose, ahurie.

— Merci ! Voilà, ce mec ici qui se cache c'est Scorpius Malefoy, cria-t-il dans le couloir avec un ton de présentateur radio, un grand sourire aux lèvres en pointant son ami du doigt. Je voulais simplement dire que le prochain petit con qui ose se foutre de sa gueule en ma présence, je lui défonce sa tête avec ou sans magie. Avec des points bonus si c'est un Gryffondor ! Voilà, voilà, merci pour votre attention.

— Sinon la baise fut bonne, Potter ? cria quelqu'un depuis le fond du couloir.

Levicorpus !

Le coupable se retrouva suspendu au plafond du couloir par une cheville, gémissant. « Heureusement qu'il y a quelques sorts que je maîtrise à peu près », pensa Albus.

— Merci de donner l'exemple, l'abruti ! ajouta-t-il avant de sauter du banc.

Il y eut quelques rires dans le couloir. Il rejoignit ses deux amis, fier de son petit effet. Rose était encore bouche bée et Scorpius mortifié et rouge de honte. Lui était mort de rire, et annonça, guilleret :

— Allez, on y va ?

— Bordel, Al ! Si après ça ils pensent encore qu'on n'est pas en couple je ne sais pas ce qu'il leur faut, s'exclama Scorpius.

— Qu'ils pensent ce qu'ils veulent. J'suis le seul sur cette Terre assez bien pour toi de toute façon.

Dire cette phrase lui réchauffa curieusement les entrailles.

Ils reprirent leur marche, tandis que le couloir reprenait son flot. Le garçon qu'Albus avait envoyé au plafond y était d'ailleurs toujours, et appelait rageusement à l'aide.

— Tout de même, tu as de la chance qu'aucun prof ne soit passé par là, fit Rose à voix basse.

— Dit la fille qui a passé la matinée à lancer le maléfice d'entrave dans les couloirs.

— Fais-moi descendre, Potter ! cracha le Gryffondor toujours au plafond.

— Je sais pas faire ! répondit Albus sur le même ton guilleret.

— Comment tu sais pas faire ? T'es vraiment si nul ? Secoue juste ta baguette ou j'sais pas !

Albus s'exécuta. Il secoua sa baguette, et le garçon s'effondra sur la pierre du couloir avec un cri.

— Ah oui, bien vu ! approuva Albus.

Scorpius était mort de rire, tandis que Rose secouait la tête.

Ils arrivèrent jusque dans la salle de cours de Harry sans plus de mal. Les chuchotements avaient remplacé les moqueries sur leur chemin, et Albus préférait cela. Son hilarité passée, Scorpius était retombé dans un mutisme un peu dépité, mais il ne pleurait pas, et c'était déjà une grande victoire pour Albus.

Peu de monde avait cet effet sur lui. Personne, à vrai dire, sauf peut-être sa mère. Mais quand Scorpius pleurait, alors là… L'effet sur lui était dévastateur. Ce n'était pas arrivé souvent, par le passé, et sa vengeance contre les responsables avait à chaque fois été terrible : tous avaient passé un sale quart d'heure, et lui finissait, inlassablement, en retenue.

Une fois seulement, ce fut lui qui fit pleurer Scorpius. Cela s'était produit trois ans plus tôt, et il avait toujours envie de se jeter par la plus proche fenêtre quand il y repensait. Ce soir-là, il s'entraînait au sortilège d'attraction sur un vieux pendentif qu'il avait trouvé sur sa table de nuit, dans son dortoir. Le sortilège lui avait échappé, et le pendentif avait valsé à travers tout le dortoir avant de se briser contre un mur.

En s'en approchant, Albus avait immédiatement compris son erreur : ce n'était pas sa table de nuit, et ce n'était pas son pendentif. C'était en fait un médaillon qui appartenait à Scorpius : en se brisant, il s'était ouvert et avait dévoilé une photo de ses parents et lui, âgé d'à peine huit ans, au centre. Ils souriaient, tous.

Albus savait l'importance de ce médaillon pour Scorpius. Il le portait, parfois, quand il devenait un peu plus mélancolique, le soir. C'était sa mère qui le lui avait offert le jour où elle lui avait révélé sa maladie. Elle le lui avait donné en lui faisant promettre de le garder toujours près de lui, car ainsi il l'aurait avec elle lorsqu'elle ne serait plus là. La photo qu'il contenait était l'une des rares avec ses deux parents, et il était heureux dessus. Il tenait à ce médaillon comme à la prunelle de ses yeux.

Albus essaya de le réparer d'un sortilège, en vain. Scorpius était entré à ce moment-là, et il avait été forcé de lui avouer sa bêtise.

En découvrant son médaillon réduit en miettes, la photo entaillée de bouts de verre, Scorpius avait eu un mal de chien à retenir ses larmes. Sans dire un mot, il s'était réfugié sur son lit, avait fermé les rideaux, et était resté là jusqu'au lendemain matin. Albus avait essayé de s'excuser toute la nuit, mais tout ce qu'il recevait en retour était des bruits de pleurs étouffés, et cela le rendait fou de culpabilité.

Ils ne se parlèrent pas pendant toute la journée qui suivit. Scorpius fut incapable de rester en colère plus longtemps contre son ami. Le souvenir fit sourire Albus. Il eut finalement l'occasion de s'excuser, ce qu'il fit avec toute la sincérité du monde tant il se sentait mal. Un an plus tard, il lui offrit un nouveau médaillon, semblable au premier et dans lequel il put à nouveau glisser la photo.

Quand ils entrèrent dans la salle de classe, ils furent accueillis non pas par Harry, mais par un majestueux cerf fait de lumière bleutée. Celui-ci trônait depuis la chaire qui donnait sur le bureau du professeur, en haut de la salle de classe.

Curieux, fascinés par la créature fantomatique, les élèves de Gryffondor et Serpentard s'assirent ensemble. Sur le tableau de la salle, étaient écrits de nombreux mots qu'Albus ne comprenait pas, sans doute des sortilèges. Il y avait « protego », « incantatem revelio », « revigor », et d'autres encore.

— Bonjour à tous ! annonça Harry en arrivant par l'arrière de la salle. Bienvenue à ce premier cours pour votre BUSE de défense contre les forces du mal. Qui peut me dire comment s'appelle cette créature, là-haut ?

Plusieurs personnes, y compris Scorpius et Rose, levèrent la main. Albus savait également, il avait de nombreuses fois vu le patronus de son père dans le passé, mais il n'était pas intéressé.

— Oui Madame Weasley ?

— Un patronus, monsieur.

— Absolument, cinq points pour Gryffondor. Et qui peut me dire ce qu'est un patronus, précisément ?

Peu de monde leva la main, cette fois. Rose, évidemment, mais pas Scorpius. Albus, avec un peu de vantardise, daigna cette fois lever la main.

— Tiens donc, un nouveau participant. Oui, Monsieur Potter ?

— C'est une projection de toutes les pensées les plus fortes, tous les meilleurs souvenirs de celui qui le crée. Cela se manifeste en bouclier, habituellement, mais quand le sorcier qui le conjure est assez puissant, le patronus devient un animal, on dit qu'il est corporel.

— Très bonne réponse. Dix points pour Serpentard. En effet, un patronus protège celui qui le lance de toute pensée négative, de toute concentration de sentiments négatifs. C'est par conséquent un sortilège redoutable, et surtout le seul qui existe, pour se défendre contre les Détraqueurs. Produire un patronus est à la portée de n'importe quel élève de cinquième année qui étudie et s'entraîne, mais produire un patronus corporel est un exercice extrêmement difficile. Si j'effectue correctement mon travail, d'ici à la fin de l'année, vous serez tous capables de conjurer le bouclier.

Il désigna le tableau.

— Cela dit, la route est longue, voyez tout ce que nous avons à voir avant vos BUSE ! Nous allons donc commencer doucement mais nous avancerons vite, et le patronus sera notre fil rouge toute cette année.

Une main timide se leva sur la droite d'Albus. Une fille qu'il ne connaissait pas très bien, il savait juste qu'elle s'appelait Amanda.

— Pourquoi ce sort, Monsieur, et pas un autre ?

Harry hocha rapidement la tête pour montrer qu'il appréciait la question.

— Parce que la théorie pour lancer le sort est simple, mais en pratique très, très compliquée à mettre en œuvre. Il suffit de tendre sa baguette, et de penser à un souvenir parfait, vous mettre en tête le moment le plus positif, le plus incroyable de votre vie. Puis vous dites « spero patronum », et le patronus apparaît. Essayez, essayez ! Trouvez un souvenir, laissez-vous vous en imprégner, puis lancez le sort.

Albus fouilla au fond de sa mémoire un moment tel que le décrivait son professeur. Parfait, positif… Il avait un mal de chien à trouver un souvenir qui fasse l'affaire, il n'était pas si souvent parfaitement heureux…

En se tournant, il vit le garçon qui avait fini au plafond et haussa les épaules. Il se remémora la scène, prit sa baguette et murmura l'incantation : rien ne se passa.

— Tu as une idée, toi, pour le souvenir ? demanda Scorpius.

Albus secoua la tête. Finalement, après presque dix minutes, personne n'avait obtenu même de simples volutes de fumée depuis le bout de sa baguette.

— Vous comprenez mieux le problème. Nous allons en rester là pour le moment sur ce sujet, mais, pour le prochain cours, pensez à ce que je vous ai dit et essayez de trouver un souvenir intense, fort, positif. Si vous choisissez bien, et arrivez à vous en imprégner avant de lancer le sort, ça ira tout seul. Je réserverai quelques minutes de chaque cours pour s'entraîner au patronus. Bien, commençons par plus simple : le charme du bouclier...


Il était tard, à présent. Au moins vingt-trois heures. Mais Scorpius ne dormait pas, et son ami non plus. Tous les deux étaient en pyjama, dans leurs lits, les rideaux des baldaquins fermés, à l'exception de ceux qui les séparaient qui étaient, eux, encore ouverts. Ils se parlaient à voix basse, comme s'ils étaient seuls au monde.

Depuis à présent dix minutes, Scorpius, allongé sur le côté, lisait distraitement l'un de ses livres de Rimbaud et observait parfois son ami essayer de produire un patronus acceptable. C'était assez fascinant à voir, Albus réfléchissait quelques secondes, puis fermait les yeux, fronçait les sourcils, faisait tout un tas de mimiques assez drôles, puis finissait par prononcer la formule. Et jamais rien ne se passait.

— J'ai les bras défoncés… murmura Scorpius en secouant sa main libre.

— À cause du balai ?

Scorpius hocha la tête. Il avait tant tiré sur ses membres qu'ils étaient à présent ankylosés, rompus de courbatures.

— Si seulement il n'y avait que les bras ! se plaignit-il encore. J'ai mal aux cuisses, aux pectoraux, au torse, au dos…

— T'es vraiment en sucre, grogna Albus.

Scorpius lui jeta l'un de ses oreillers à la figure.

— Hey ! s'écria son ami. J'avais un super souvenir, tu m'as tout fait rater…

— Je ne suis pas en sucre, rétorqua simplement Scorpius avec un sourire.

Il vit Albus rouler des yeux.

— Si tu veux, je sais bien faire les massages. James m'a montré. Je connais pas tout, mais j'ai les bases et puis je pourrais profiter des vacances de Noël pour me perfectionner, comme ça quand tu as des courbatures, je te masse, et, euh… Enfin… Non, oublie ça tu veux ?

Scorpius était hilare.

— Non, non, non, je n'oublierai rien, en revanche, tu peux répéter ? Que je grave cet instant dans ma tête à jamais ?

Albus grommela.

— Pour une fois que j'essayais d'être sympa…

— Après les câlins, les massages ? riait-il encore.

Il y eut un petit silence.

— Attends, mais… Tu ne te moquais pas de moi ?

Scorpius redevint sérieux. Albus lui jetait un regard noir.

— Oh, je… Ben en fait, j'aimerais bien, tu sais… Les massages, bafouilla Scorpius en rosissant. Ça fait du bien, paraît-il.

— Évidemment que ça fait du bien ! Tous les athlètes moldus ont des kinés attitrés, patate !

— Des quoi ?

— Rien, laisse tomber…

— Oh, Al, reprit Scorpius en sentant que son ami lui en voulait un peu. Je suis désolé mais… Je ne pensais vraiment pas que tu étais sérieux… Avoue que la proposition est étrange, quand on ne s'y attend pas, non ?

— Mouais, grommela Albus.

— Vraiment, en plus, j'ai super mal… Du coup, et je te promets que je suis honnête : un massage ça me ferait sans doute le plus grand bien, là, tout de suite. Et puis, bon, tu es sans doute le seul être humain sur cette Terre à qui je donnerais l'autorisation de me faire un truc pareil…

— Pff, je suis sûr que tu te fous de moi !

— Je te jure que non ! Du coup ? C'est d'accord ? Tu vas apprendre pour moi ?

Albus lui jeta un regard en coin, puis grommela.

— Tu m'mérites pas.

Scorpius eut un petit rire, mais il sut qu'il avait gagné. Il vit son ami fermer les yeux et essayer de se reconcentrer. Pourtant, cette idée lui paraissait toujours aussi saugrenue. Il l'imaginait à califourchon sur son dos lui masser la nuque, et trouvait cette image… risible, à vrai dire. Comme si elle avait un caractère si décalé qu'elle en devenait drôle.

Machinalement, il repensa à ce qu'il s'était passé dans la matinée, avec cette histoire de faux article. Cela avait été une douleur atroce de constater qu'une fois de plus, on utilisait la relation qu'il avait avec Albus pour se moquer de lui. L'image, le texte lui avaient paru si abjects… Mais curieusement, ce qui le dégoûtait le plus, c'était de savoir que lorsque les gens s'imaginaient qu'il était en couple avec Albus, ils trouvaient cela horrible.

Naturellement, il ne serait jamais en couple avec Albus : il avait beau être le plus beau garçon qu'il connaissait, c'était son ami, et il n'aimait pas les garçons. Mais ils étaient proches, tous les deux, très proches, et de savoir que des gens les considéraient trop proches, cela l'emplissait de tristesse.

— Arrête de penser à ça, lança Albus d'une voix douce.

— Pardon ?

— T'es triste. Ça se voit. Et si t'es triste, c'est que tu repenses à ce matin, et ça m'empêche de faire mon patronus. Alors arrête, ok ?

Scorpius se renfrogna.

— Tu n'as pas le droit de lire dans ma tête.

— Pas dans ta tête, mais sur ta tête. Écoute, Scorp, ce sont des gros cons qui ont fait ça. Tout ce qu'ils veulent c'est qu'on leur accorde de l'importance… Si tu leur donnes le moindre crédit, les méchants auront gagné, ajouta-t-il avec douceur en reposant sa baguette.

— C'est facile à dire pour toi, ça… Tu es fort pour mettre de côté les trucs qui t'arrivent… Moi je garde tout pour moi, j'accumule, alors pour évacuer après ce n'est pas facile… répondit Scorpius, la voix enrouée.

Albus se leva et vint s'agenouiller au pied de son lit. Il avait les yeux à quelques centimètres de ceux de son ami.

— Je sais bien, vieux, qu'on fonctionne pas de la même manière. C'est juste que je déteste te voir comme ça. Ça me fait mal, tu te rends pas compte. Encore plus que si c'était moi qui étais triste…

— Bien sûr que je me rends compte, ça me fait pareil avec toi, Al.

— Ah ! Admettons… Mais vois les choses sous un autre angle : tu prépares déjà le plan pour notre vengeance, qui va être un grand moment ! Et ça te rapproche de Rose…

Scorpius eut un petit sourire. Il était vrai que la proximité de ce matin avec Rose, même si elle avait feint qu'il n'existait pas, n'était pas pour lui déplaire.

— Tu as raison, c'est juste que… Ça m'ennuie que des gens pensent qu'on est trop proches, tous les deux.

— Qu'est-ce qu'on s'en fout, sérieux… On est juste deux mecs lambdas, on est pas différents d'eux juste parce que nous on est de vrais amis… Ce sont des idiots, ils nous voient étranges juste parce qu'ils ont besoin de têtes de turcs… Tu… Tu sais, ce que je me dis parfois ?

Scorpius secoua la tête. Albus vint poser sa main contre son épaule et serra doucement.

— Que tant que je t'aurais avec moi, je serai toujours immunisé contre eux…

Cette fois, il hocha la tête. Il trouvait fascinant l'effet que pouvait avoir Albus sur lui. Ses mots le perçaient toujours de part en part, et avaient une influence immédiate sur son humeur. En quelques phrases, il pouvait le faire passer de joyeux à sanglotant, d'effrayé à téméraire, ou même de passionné à indifférent. Déjà ce matin, et encore maintenant… Ce garçon était si fort, avec ses mots…

— Merci, Al, murmura-t-il.

Son ami lui tapota doucement l'épaule, dans un geste qu'il avait parfois avec lui, systématiquement quand il allait mal, puis il regagna son lit, et la discussion se termina là. Après encore quelques essais infructueux au sortilège du patronus, il finit par se lasser et par fermer ses rideaux, non sans un dernier « bonne nuit ! » à l'attention de son ami. Laissé seul avec ses pensées, Scorpius se dit qu'il ferait sans doute bien de s'endormir également.

Le lendemain matin, à peine eurent-ils trouvé leurs places dans la Grande Salle que Rose les rejoignit sans même essayer d'être discrète. Ils étaient suffisamment isolés des autres élèves pour qu'elle n'eut même pas à baisser la voix lorsqu'elle annonça :

— J'ai les noms. Flinch McLaggen et Kate Thomas, de Gryffondor évidemment.

— McLaggen, évidemment, gronda Albus en serrant le poing. Je vais l'éclater !

— En revanche, reprit Rose, impossible de savoir comment ils ont eu les phrases que vous vous êtes dites. Ils ont sans doute quelqu'un de Serpentard dans le coup. Je dois dire que je suis surprise, j'étais persuadée que Kate Thomas avait un faible pour toi, Scorpius.

Celui-ci manqua de s'étouffer avec ses céréales. Cette annonce, ajoutée au fait que Rose avait soudainement décidé de lui parler aussi directement, l'avait suffisamment surpris pour qu'il en avale de travers.

— Cette pimbêche, grogna Albus. Jamais pu la blairer !

— Ils sont tous les deux dans l'équipe de Quidditch. Ça a facilité l'enquête, Lily les a entendus se pavaner pendant l'entraînement d'hier.

Scorpius, qui avait fini de s'étouffer, articula d'une voix rauque :

— Kate Thomas est hideuse en plus.

— Je suis toujours surprise, à ton sujet, enchaîna Rose. C'est tellement hypocrite ! Toutes les filles de Gryffondor pensent que tu es le fils de Voldemort, toutes les filles de Gryffondor te crachent dessus en public, et pourtant elles sont toutes là à rêver de toi la nuit…

Scorpius sursauta à nouveau.

— Bon sang, Rose, tu essayes de m'assassiner ?

— Qu'elles ôtent leurs sales pattes de toi, surtout, grogna Albus.

Rose lui adressa un regard interrogateur. Celui-ci ne savait pas trop pourquoi il avait dit ça, mais peu lui importait. Scorpius reprit :

— Bon, donc ils sont dans l'équipe de Quidditch. On va se marrer, j'ai des idées. Le premier match de Gryffondor est quand ?

— Dans presque un mois et demi, contre Serdaigle.

— Bah, je ne suis pas pressé de me venger. On va pouvoir se préparer…

— Attends… Tu penses quand même pas au truc dont tu as parlé l'autre fois, si ?

— Oh que si, grinça Scorpius, menaçant.

— Ça implique de la poudre d'invisibilité qui coûte une blinde, Scorp ! Et un sortilège protéiforme ! C'est un truc de septième année au moins, aucun d'entre nous ne sait le faire… Enfin, je crois… Rose ?

— Non, répondit celle-ci, stoïque. J'ai essayé une fois, sur une paire de chaussettes. Mais dès que j'en changeais une, l'autre prenait une couleur affreuse, genre fuchsia, ou vert pomme.

— Oh, ne t'en fais pas. Je sais à qui m'adresser.

Un peu plus tard, ce jour-là, Albus surprit Scorpius en train de finir d'écrire l'adresse de quelqu'un sur une enveloppe. Il essaya de s'approcher, mais son ami se releva d'un seul coup, et fila à la volière sans qu'Albus n'ait pu voir à qui elle était destinée.


Merci de m'avoir lu ! J'espère que ça vous a plu !

Des idées de ce en quoi peut consister cette vengeance fomentée par Scorpius ? Et à qui est destinée cette lettre ? J'aime trop lire vos suppositions :P

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On se retrouve vendredi 5 août pour le chapitre 5 : Explosions, glacipalme et photo !

Bonne semaine !