Bonjour à toutes, bonjour à tous !

Cinquième chapitre de Frères de cœur, avec des infos sur leur revanche, sur Rose, et sur les cours que Albus subit avec Drago ! Serait-ce le moment du déclic pour lui ? Je vous laisse découvrir ça !

Toujours un grand merci à toutes celles et ceux qui laissent des commentaires, qui mettent l'histoire en fav et en alerte, ça me touche beaucoup de vous retrouver chaque semaine et de trouver aussi les nouveaux commentateur·ices !

Toujours un shoutout à Pouik et Shik-Aya-chan qui ont relu cette histoire ! Merci à elles !

Bonne lecture à vous !


Chapitre 5

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Explosions, glacipalme et photo


— Tu ne me crois pas, lança Lily, amusée.

— Elle ne te croit pas, ajouta Lyanna, tout aussi amusée.

Rose avait le visage fermé, concentré, comme si elle cherchait la réponse à un inextricable problème.

— C'est pas que j'ai pas envie de vous croire, répondit-elle lentement, mais ce que vous dites n'a, sérieusement, aucun sens… J'ai vu leur réaction après ces stupides affiches, et croyez-moi, ils étaient révoltés. Surtout Albus.

— C'est parce qu'ils ne le savent pas encore, fit Lyanna d'une voix sautillante.

Lily et ses deux amis, les deux jumeaux Lyanna et Lysander Londubat, semblaient passer un excellent moment. Tous trois se délectaient de la bataille mentale qu'ils avaient causée dans la tête de Rose.

— Non mais même, rétorqua Rose. Ça serait terrible pour Albus ! Je veux dire, okay, je côtoie un peu Scorpius en ce moment à cause de son satané plan, et j'admets… je me suis trompée sur son compte. Mais tout de même !

— Oh, au sujet de ce plan, reprit Lily, y a aucun problème pour que je pique leurs robes hein !

— Oui, merci, acquiesça Rose, l'esprit ailleurs.

— Pourquoi terrible ? demanda Lysander, curieux.

— Mais parce que… Déjà c'est son seul ami. Imagine que ça ne se passe pas bien ? Al finit complètement abandonné, et le connaissant, ça lui ferait très, très mal. Deuxièmement, ils ont pas besoin de ça pour s'en prendre plein la tête… Je commence à les plaindre, je crois… Ils essayent juste de vivre leur vie, et personne ne semble avoir envie de les laisser tranquilles… Imagine ! Si vous ne vous trompez pas, ça veut dire que ces idiots de McLaggen et Thomas auraient eu raison aussi ! On ne se moquerait plus d'eux pour des rumeurs, mais pour la stricte vérité… Quel enfer… Je sais que je ne devrais pas m'en mêler, mais je peux pas laisser Albus subir cela.

— Je comprends, je crois… murmura Lysander. Il y a un troisièmement ?

— Oui ! Car sans vouloir me vanter, je suis sûre que Scorpius en pince pour moi, conclut Rose en levant les yeux au ciel.

— Oh, tu te vantes carrément ! lança Lyanna avec un ricanement. C'est qu'il est vraiment bien, Scorpius… Mignon et tout...

— T'es pas un peu jeune ? objecta Rose avec un regard étonné.

— Ben non, rétorqua simplement Lyanna. Et toi ? Tu le trouves pas mignon ?

— Pas mon genre, coupa Rose du tac-au-tac.

— Une fois, à un match de Quidditch, j'ai entendu Scorpius dire à Albus qu'il le trouvait plus beau que lui, se remémora Lysander.

Lily éclata franchement de rire cette fois.

— Al pense pareil de Scorpius !

— Eh bien à eux deux ils font la boucle parfaite, soupira Rose.

— C'est ce qu'on te dit depuis tout à l'heure ! Ils le savent pas, mais on est sûrs qu'ils vont finir ensemble ! chantonna Lyanna.

— Je vous dit que vous avez tort, répéta Rose. C'est terrible ça, dès que deux mecs sont amis sans être des gros bourrins, c'est qu'ils sont gays !

— Moi je pense que c'est le destin, reprit Lily. On peut rien faire, si ce n'est espérer que ça se passe bien. Surtout avec mon père !

Rose réfléchit encore un petit instant, puis ajouta :

— Je dois en avoir le cœur net. À mon tour d'avoir un plan !

Au même moment, dans la bibliothèque, Albus soupira. Le temps jusqu'à Noël passait très, très lentement. Il était bientôt l'heure de leurs cours particuliers, or il appréhendait par avance cette épreuve.

La cinquième année était déjà rudement chargée pour les étudiants de Poudlard qui devaient passer leurs BUSE, alors ajouter à ceci les heures supplémentaires de potion, enfermé avec le professeur qui l'appréciait le moins de tout Poudlard, cela relevait de la torture.

La masse de devoirs s'accumulait, et il avait l'impression de ne jamais en voir la fin. Scorpius et lui passaient tant de temps à la bibliothèque qu'il n'y comptait plus ses heures. C'était à peine s'ils n'avaient pas commencé à y dormir pour de vrai ; ils en devenaient en tout cas chaque jour un peu plus de véritables meubles.

Ce qui était difficile à gérer, surtout, c'étaient leurs humeurs. Albus n'avait pas l'habitude d'avoir si peu de temps libre, si bien qu'il était plus souvent grognon qu'à son habitude. Scorpius n'en disait rien, mais cela lui pesait parfois un peu. Le pire, c'était le mardi après-midi. Chaque fois qu'il rentrait de son cours particulier de potion en se sentant sale, puant, les cheveux plaqués sur le front, et qu'il retrouvait Scorpius qui avait le visage frais, ébouriffé par le vent et avec un sourire radieux, il ressentait une horrible jalousie.

Le plus difficile était qu'il se sentait coupable de ne pas être capable d'apprécier la joie toute guillerette de son ami. Chaque semaine, lui rentrait le visage fermé et abattu, et Scorpius évitait alors de lui raconter son entraînement afin de ne pas l'accabler. Albus aurait sincèrement voulu pouvoir apprécier ses récits, mais c'était au-dessus de ses forces. Pire, cela lui sciait le cœur d'entendre à quel point son ami s'entendait bien avec son propre père.

Il se souvenait notamment de cette fois où Scorpius était parvenu à réaliser un temps particulièrement impressionnant sur le parcours d'entraînement que son père lui avait préparé.

— Il m'a même dit que ses propres enfants ne seraient sans doute jamais capables d'une telle vitesse ! Tu te rends compte ? avait tout-à-coup lâché Scorpius.

La phrase était innocente, dans l'esprit de Scorpius. Pourtant, elle l'avait transpercé de part en part. Si son père commençait à dire qu'il préférait son ami à ses propres fils, c'était qu'il n'était vraiment bon à rien à ses yeux !

L'horloge de Poudlard sonna la fin d'une période de cours et tira Albus hors de sa mélancolie. La prochaine période débuterait quinze minutes plus tard, il était donc temps pour lui de rejoindre les caves, et pour Scorpius le ciel.

— Bon, j'y vais, grogna Albus, le plomb dans l'estomac. Amuse-toi bien.

— Merci, Al. Essaye, toi aussi.

Albus haussa les épaules, prit son sac et quitta la bibliothèque. Il rejoignit le couloir du rez-de-chaussée dans lequel il croisa Rose qui marchait d'un pas déterminé vers la bibliothèque. Elle paraissait si enfermée dans sa propre bulle, qu'Albus n'osa pas la saluer. Il passa devant la Grande Salle où Peeves s'amusait à donner des coups de pieds dans les tables que dressaient minutieusement des elfes de maison ; il fit un détour dans le couloir qui menait au Grand Hall pour éviter son père qui arrivait en face, puis descendit vers les cachots. Une fois arrivé au deuxième sous-sol, il bifurqua sur sa gauche, croisa deux élèves de Serpentard qui le fixèrent en le voyant passer, et finit par arriver devant le laboratoire de potions. Il frappa à la porte.

— Entrez, Monsieur Potter.

Albus ouvrit la porte. Comme à son habitude, toute la verrerie nécessaire à la confection de potions se trouvait étalée sur l'une des paillasses les plus proches du bureau de Monsieur Malefoy. Il le salua d'une voix monocorde, et se plaça debout, derrière son plan de travail.

Celui-ci continua de feuilleter le livre qu'il lisait sans faire attention à lui. Albus était curieux : habituellement lorsqu'il arrivait, une recette affreusement compliquée était déjà écrite au tableau et quelque chose bouillonnait depuis plusieurs heures dans un coin tandis que son professeur attendait, prêt à subir un cours aussi insipide pour lui que pour son élève. Rien de tout cela aujourd'hui. Monsieur Malefoy était calme, il lisait simplement sans faire attention à lui.

Ne sachant que faire, Albus se racla la gorge aussi bruyamment qu'il osa. Drago leva les yeux vers lui, et soupira.

— Venez vous asseoir, Monsieur Potter, dit-il en désignant la chaise devant son bureau.

Albus, interdit, s'exécuta. Son professeur semblait hésiter à lui poser une question, le genre de question un peu gênante. Il se lança soudainement.

— Pensez-vous que Scorpius soit fait pour le vol ?

Albus sursauta. Jamais il ne s'était attendu à ce que le père de son ami, qui le considérait comme un bon à rien, ne lui posât des questions personnelles.

— Euh… Je, je ne sais pas, Monsieur, bafouilla-t-il, décontenancé.

— Vous ne savez pas ?

— Je, enfin… Si, oui… Ça lui plaît beaucoup, en tout cas. Il m'en parle peu, mais je crois que ça lui plaît.

— Et vous ? Nos cours vous plaisent-ils ?

Albus avait l'impression de marcher sur un chemin miné, dans une forêt sombre, avec une créature prête à le dévorer tout cru derrière chaque arbre.

— Je… Je ne peux pas vraiment dire ça… articula-t-il dans un souffle.

— C'est bien ce que je pensais… soupira le professeur. Vous ne trouvez pas injuste que Scorpius ait été assigné à un sport qu'il adore tandis que vous, de votre côté, écopez de cours particuliers sur une pratique que vous détestez et dans laquelle vous n'êtes pas reluisant ?

— Euh, je… Je ne sais pas… Je ne vois pas le lien… Neville, enfin… Monsieur mon parrain, euh, je veux dire, Monsieur le Directeur, il a souvent des idées comme ça. Je lui fais confiance…

Albus vit le regard de son professeur se perdre au loin.

— Hum… Il a de la suite dans les idées, ça c'est sûr… Je ne sais pas, je ne sais pas, répétait-il pour lui-même.

Soudain, Albus le vit s'illuminer :

— Vous savez quoi, Monsieur Potter ? Il est temps que nous nous amusions, nous-aussi. Il n'y a pas de raison que Scorpius et votre père soient les seuls à se faire plaisir ! Alors écoutez, tous les ingrédients les moins dangereux que je possède sont dans le placard, votre atelier est sur la paillasse, et si vous souhaitez quoi que ce soit de rare je peux aller vérifier dans la réserve. La création de potion est une discipline artistique, après tout, eh bien allons-y ! Soyons des artistes.

— Je, euh… Monsieur ? demanda Albus d'une toute petite voix.

— Lancez-vous, Monsieur Potter, répéta Drago. Mélangez des ingrédients, explorez, découvrez par vous-même ! Qui sait, peut-être arriverez-vous à un résultat parfaitement stupéfiant !

— Oh, euh… Très bien…

Albus ne comprenait rien à ce qui se passait dans la tête de son professeur. Il se dirigea vers la paillasse et commença à allumer le feu sous son chaudron, puis il le remplit d'eau. Tandis que l'ébullition prenait, il alla chercher autant d'ingrédients différents qu'il put dans le placard, et les ramena à son plan de travail. Au moment où il allait ajouter un étrange légume en forme de boule grossière, noire et terreuse, Drago s'exclama :

— Attention ! Monsieur Potter, l'unique différence entre jouer et être un scientifique, c'est de prendre des notes ! Alors prenez des notes, sinon comment comptez-vous reproduire vos recettes ?

Albus leva les yeux au ciel, mais il alla quand même fouiller au fond de son sac pour en sortir un rouleau de parchemin et un stylo à plume moldu, qu'il utilisait depuis son fameux interminable débat avec Scorpius à ce sujet, tant par confort que pour le faire enrager.

Ce qui suivit furent quatre heures particulièrement chaotiques. Albus fit exploser son chaudron à trois reprises. La première fois, ce fut après avoir ajouté une espèce de racine à l'odeur nauséabonde dans sa mixture.

La deuxième, il plaça quelque chose qui ressemblait à une gousse d'ail à côté du feu pour l'utiliser plus tard. Alors le légume commença à fumer, puis il prit feu et détonna certes doucement, mais avec suffisamment de force pour renverser le contenu du chaudron qui avait une couleur et une texture si dégoûtantes qu'Albus décida de recommencer de zéro.

À la troisième itération, un liquide bleuté extrait d'une feuille qui ressemblait à une grosse rhubarbe fit se geler comme de la glace toute sa préparation, et ce malgré les flammes vives sous le chaudron. Désespéré, il essaya de vider son chaudron à l'aide du sortilège de nettoyage, et c'est à ce moment que la préparation explosa.

À chaque détonation, Albus sursautait. Il avait mal à la tête à cause des acouphènes et fatiguait d'avoir si peu de succès. Il se sentait sale, transpirant, et était couvert de résidus de potions. Chaque fois, inlassablement, son professeur expliquait les raisons de son échec.

« Si vous ajoutez de la racine d'incendine à une préparation en ébullition, il est évident que ça explose, Monsieur Potter. L'incendine ne peut être utilisée qu'en infusion à froid ou en décoction. Sinon il existe une technique de confinement pour contenir l'explosion, mais c'est très compliqué et par conséquent l'apanage de potions affreusement difficiles. Le Tue-Loup, par exemple. »

À la suite de cela, il y avait eu la fameuse gousse d'ail explosive. Selon Drago, c'était un « bulbe de saule » qu'il ne fallait jamais approcher du feu car il s'enflammait à très basse température en emprisonnant les fumées, qui finissaient par sortir en éclatant les parois du bulbe.

Enfin, lorsque sa préparation gela, son professeur le félicita pour avoir retenu que la « rosée de glacipalme » avait le don de solidifier n'importe quel liquide (« un excellent poison pour peu qu'on arrive à l'injecter dans le sang ! »), mais le réprimanda pour avoir oublié que « la glacipalme déteste être ignorée. »

— C'est une erreur de débutant, ajouta Monsieur Malefoy.

— Sans blague ? lança Albus avec ironie, agacé. Dans cette salle tout finit toujours par exploser.

— Recommencez, conseilla son professeur.

— Quoi ? Monsieur, vous voyez bien que je vais nulle part, n'est-ce pas ? Ça sert à rien !

— À rien ? Je ne suis pas d'accord, Monsieur Potter.

— Mais enfin, je n'arrive qu'à faire exploser ce foutu chaudron ! s'emporta Albus. Ah c'est sûr, si y a un truc sur lequel je m'entraîne, c'est le sortilège de réparation !

— Qu'est-ce que c'est que ceci ? l'interrompit Monsieur Malefoy d'une voix forte pour mettre fin à ses plaintes, en lui montrant la racine à l'odeur nauséabonde qu'il connaissait bien.

— L'incendine, grogna Albus, mais ça ne change pas…

— Et ceci ? coupa son professeur en lui montrant un liquide bleu.

— La rosée de glacipalme, mais Monsieur…

— Que faites-vous si je vous demande d'ajouter de l'incendine coupée en tranche à une ébullition, Monsieur Potter ?

— Je la refroidis d'abord pour pas que ça explose, récita-t-il sur un ton agacé, vexé de ne pas pouvoir parler.

— Et ça, c'est quoi ?

Son professeur lui montrait un genre de légume rugueux en forme de grosse boule noire à laquelle il n'avait jamais touché.

— Aucune idée, grinça Albus d'un ton dédaigneux. Comment je pourrais savoir ? Je m'en suis pas servi !

— Exactement ! s'exclama soudainement son professeur. C'est une truffe ! Je vous ai expliqué les propriétés de ce champignon dans la leçon d'il y a tout juste une semaine, Monsieur Potter. Comprenez-vous où je veux en venir, désormais ?

Albus lâcha un petit « oh » à mi-voix lorsqu'il comprit. Sans le savoir, tous ses échecs lui apprenaient bel et bien toutes les choses qu'il n'arrivait pas à retenir auparavant. Les cours le barbaient, mais faire exploser lui-même son chaudron était tout à fait instructif.

— Alors continuez.

Revigoré, Albus continua. Au bout d'une heure de sa nouvelle potion, toujours aucune explosion. Mieux encore, la potion avait une belle couleur orangée et dégageait une odeur délicieuse. Bientôt, son professeur vint à côté de lui et jeta un œil à ses notes et à sa potion. Il semblait satisfait. Albus avait le cœur battant, il suait à grosses gouttes : il avait enfin l'impression de réussir quelque chose.

Monsieur Malefoy prit une cuillère, la trempa dans la potion et la porta à ses lèvres pour la goûter. Albus, trouvant cela curieux, demanda :

— Euh, Monsieur ? Ce n'est pas un peu dangereux de goûter une potion inconnue ? Je veux dire, ça a pas encore explosé mais je suis pas sûr du tout de ce que c'est censé faire…

— Vous auriez raison, Monsieur Potter, si vous prépariez une potion. Toutefois, laissez-moi vous dire que ce potage est délicieux, vraiment. Vous feriez fureur dans les cuisines d'un grand restaurant.

Albus observa son professeur, puis sa potion, puis son professeur. Il prit une cuillère, gouta, se brûla la langue, mais parvint toutefois à sentir les goûts délicieusement entremêlés de la citrouille, la pomme de terre et de la carotte.

— Putain, c'est pas vrai…

— Comme vous dites. Je compare mes notes aux vôtres, et il s'avère que « machin orange découpé en cube », c'était de la citrouille, « truc terreux entier » une patate, « boule noire » la fameuse truffe, « tige violette » une carotte violette, bien entendu… Puis vous avez également ajouté de la sauge, des feuilles de vigne, et j'en passe.

— Mais pourquoi il y a un potager dans vos ingrédients, aussi…

— Ne devenez pas insolent, Monsieur Potter ! Tout ce potager comme vous dites possède des effets magiques. Il a en revanche le défaut d'être parfaitement inefficace dans la manière que vous avez eu de l'utiliser. La carotte, par exemple, est très utile comme catalyseur pour les effets de soins, mais pour cela elle ne doit jamais être cuite. La truffe, en plus de donner un excellent goût, donne une affinité d'air à la potion si elle est infusée à froid plus de trois jours, bref, vous m'avez compris.

Albus soupira et se laissa tomber sur sa chaise, les mains sur le visage.

— Je vous décourage, Monsieur Potter ?

— La matière me décourage, Monsieur, gémit Albus, plaintif. Pour être bon à ce petit jeu, je dois connaître par cœur tous les ingrédients du monde, les effets que donnent différentes méthodes dessus, les affinités… Puis après, je dois réussir à combiner le tout pour que le résultat ait l'effet choisi. C'est affreusement difficile.

— Et si c'était ce que votre parrain avait vu en vous ?

Albus leva ses deux yeux vers Drago. Celui-ci le fixait avec un petit sourire sur les lèvres, comme s'il venait de percer un mystère insoluble.

— Certes c'est difficile, mais on le savait, que ça allait être difficile… Seulement, vous avez mis le doigt sur quelque chose : le meilleur potionniste est en fait le meilleur cuisinier ! Il faut savoir assembler les saveurs, connaître comment préparer chaque ingrédient…

Albus ricana, les yeux vissés dans ceux de son professeur, qui lui rappelaient ceux de son ami.

— Vous pensez que le Directeur a vu en moi un futur cuisinier ? demanda-t-il, blasé.

— Mais non ! Cependant, peut-être que le Professeur Londubat vous sait particulièrement capable de mettre les choses en forme. De faire les liens entre toutes les informations que les autres ne voient pas. Même, percevoir ce que les autres ne voient pas. Chez les choses… ou même chez les gens.

Albus fixait son professeur, sans voix. Celui-ci parlait de plus en plus doucement. Il pensait comprendre, mais... Il ne voulait tout de même pas parler de Scorpius, si ?

— Je crois que j'ai saisi, monsieur, répondit-il sur le même ton.

Curieusement, cela avait du sens, beaucoup de sens. Il se retrouvait dans la description que Drago faisait de lui. Mais celui-ci était toujours dans ses pensées, comme s'il ne l'avait pas entendu parler.

— Bon, vous vous en êtes bien tiré pour aujourd'hui. Il reste une petite demi-heure : allez vous reposer. Vous êtes épuisé, ça se voit. Nettoyez votre plan de travail et filez.

Albus acquiesça et ramassa ses affaires. Il rangea son stylo et son parchemin en vrac dans son sac et quitta le laboratoire. Il avait hâte de retrouver son ami et de lui raconter son après-midi, pour une fois qu'ils allaient pouvoir échanger des bonnes nouvelles !


Quatre heures plus tôt, Rose entrait dans la bibliothèque quelques instants à peine après qu'Albus en soit sorti. Scorpius, qui s'apprêtait lui-même à rejoindre le terrain de Quidditch, ne trouvait pas étrange de voir cette si jolie fille ici, mais il se retrouva cloué à sa chaise lorsqu'il se rendit compte qu'elle était venue pour lui, et qu'elle approchait à présent d'un pas décidé. Albus n'était même plus là pour le sauver !

— Il faut qu'on parle, Scorpius.

Bon sang, où était son ami quand il avait tant besoin de lui ?

— Ah ? Euh, je… Je veux dire, euh… salut…

Rose lui jeta un regard sans équivoque, comme si elle s'adressait à l'idiot du village. Scorpius était tétanisé, affronter Rose sans Albus pour le soutenir lui paraissait au-dessus de ses forces.

— Oui, c'est ça, salut.

— C'est euh… J'ai entraînement… Avec le père d'Albus, je… Il a le balai !

Bon sang pourquoi devait-il bafouiller comme un benêt ! Il allait ruiner le peu de chance qu'il avait d'un jour attirer l'attention de cette fille.

— Le balai ? Mais de quoi tu parles ? demanda-t-elle, les sourcils froncés.

— Euh, rien, rien… Je m'excuserai… Enfin, que puis-je faire pour toi ?

— Tu connais la date d'anniversaire d'Albus ?

— Évidemment, répondit-il du tac au tac. C'est le douze novembre. Je me moque de lui tout le temps à ce sujet, ça veut dire que ses parents se sont envoyés en l'air à la Saint-Valentin, de vrais amoureux pourris, et euh… enfin, euh… des trucs de mecs, bafouilla-t-il, rouge de honte d'avoir parlé bien trop vite.

Rose le dévisageait avec une insistance affreusement gênante. Il ne savait pas ce qu'elle essayait de lire en lui, mais ça le mettait très mal à l'aise.

— Tu as une idée de cadeau ?

— Non ! C'est chaque année pareille, je suis incapable de trouver un truc assez bien ! Je suis nul en cadeaux.

— Et si j'avais l'idée parfaite, tu me donnerais quoi en échange ?

— Oh, n'importe quoi ! Tu as une idée, pour de vrai ? Par pitié si tu sais un truc dis-le moi, c'est vraiment horrible de devoir chercher chaque année !

— Oui j'ai une idée, mais elle a un prix.

— Un prix ? s'étonna Scorpius.

— Oui. Je veux une photo de Kyle en échange. Et qu'il soit au moins torse nu dessus, pas d'entourloupes.

— Hein ? Kyle ? Le mec de notre dortoir ?

— Ouais.

— Mais… Mais, mais…

— Mais ? répéta Rose, implacable.

— Mais il est moche ! s'emporta Scorpius avant d'avoir pu se retenir. Et puis comment veux-tu que je le prenne en photo torse nu ? J'aurai l'air fin à l'attendre à la sortie de sa douche avec un appareil. Déjà qu'il y a des rumeurs sur le fait que j'aime les mecs…

— Ton problème, Scorpius, conclut Rose.

Elle tourna les talons.

— Tu es vraiment horrible ! se plaignit Scorpius. Tu ne veux pas juste me dire ?

— Non. Je veux voir jusqu'où tu irais pour une info pareille…

— Justement, je ne sais même pas si cela en vaut la peine !

— Crois-moi, tu me remercieras. Un objet unique, un cadeau parfait pour lui. Il n'aura que toi en tête chaque fois qu'il l'utilisera.

— Promis ?

— Promis. Et je tiens mes promesses. Alors, pour ce genre d'infos, tu irais jusqu'où ?

Elle partit. « Trop loin », grommela Scorpius en repliant ses affaires avant de sortir à grands pas de la bibliothèque. Cette petite discussion l'avait mis en retard. Il trouvait la demande vraiment particulière, et cela lui faisait d'autant plus mal au cœur qu'il aurait préféré qu'elle lui demande une photo de lui. Ça aurait été bien plus simple à fournir ! Kyle la grande perche, préféré à lui par une des plus belles filles qu'il connaissait... C'était d'un triste !

Son cours avec Harry fut un des plus difficiles qu'il n'ait jamais subi. Son professeur trouvait qu'il ne gagnait pas assez vite du muscle, et qu'à ce train-là il était impossible qu'il ne dépasse son niveau actuel avant plus d'un an, et par conséquent il avait décidé de ne plus remonter sur un balai tant qu'il n'aurait pas pris du muscle.

Toute la séance eut donc lieu au sol, à lever des poids de mille manières différentes et à suer à grosses gouttes tandis que tout son corps protestait sous l'effort. Ses bras lui faisaient mal peu importe le mouvement qu'il esquissait, ses cuisses n'avaient jamais été aussi raides et douloureuses, comme si elles étaient faites de marbre, et son dos était aussi inutilisable que celui d'un vieil homme avec une sciatique. Mais le pire, c'étaient ses abdos.

Ils avaient tant travaillé le gainage, les droits, les obliques, tout, qu'à présent respirer lui faisait mal. Cerise sur le gâteau, Monsieur Potter lui ordonnait de subir au moins deux, et si possible trois séances d'entraînement par semaine. Il lui avait préparé des séries d'exercices qu'il pouvait faire seul, même dans son dortoir. Et puis, un malheur n'arrivant jamais seul, son professeur tenait à ce qu'il s'astreigne désormais à un régime strict les jours d'entraînement. Il était plus que moulu, il était broyé, compacté, courbaturé et parfaitement épuisé, lorsqu'enfin Harry l'envoya prendre une douche et se rhabiller.

Avec un brin de cynisme, Scorpius se dit qu'à présent, au moins, Albus et lui allaient pouvoir échanger sur leurs deux journées, vu qu'elles seraient toutes les deux horribles.

Il se trompait, tout comme Albus s'était trompé plus tôt. Scorpius fut surpris de le voir arriver souriant, sautillant même, et déterminé à lui parler de feuilles, rosée, racines et bulbes alors qu'habituellement, ces sujets lui donnaient la nausée. Heureusement, il se retint en voyant qu'il n'avait pas l'air d'aller très bien, et Scorpius lui était reconnaissant pour cela. Il avait vraiment passé une séance horrible.

Les rôles furent donc inversés, et pour une fois ce fut lui qui expliqua à Albus en quoi sa journée avait été dure. Il lui raconta le régime qu'il devait désormais suivre, ainsi que tous les exercices, les muscles qu'ils étaient censés faire travailler, et pour quelle raison ils étaient affreusement douloureux.

— Mais au moins, tu te tailles un corps de rêve ! Rose pourra plus te résister… glissa Albus, un brin moqueur.

Scorpius soupira.

— Je crois qu'elle préfère Kyle à moi.

— Kyle ? Le mec de notre dortoir ? Qu'est-ce que tu racontes ? s'étonna Albus, ahuri.

— Rien, rien… grommela Scorpius, n'ayant pas envie de lui raconter en quoi consistait le défi que lui avait lancé sa cousine.

Mais cette phrase anodine lui donna une excellente idée. Une manière de gagner sur les deux tableaux. Il proposa :

— Tu devrais me prendre en photo, demain. Genre après la douche. Comme ça j'aurais une image de moi avant l'entraînement, sinon je vais me voir changer peu à peu et je ne connaîtrais pas la différence.

— Euh, t'es sûr, Scorp ? Pas que je veux pas, hein, mais si quelqu'un nous voit ça va encore jaser…

— Il n'y a que Nigel et Kyle dans notre dortoir, ils ne nous embêteront pas, ne t'inquiète pas. On fait ça demain matin.

— Hey, quoi ? Tu vas me réveiller pour ça ?

Scorpius roula des yeux.

— Tu dors bien trop tard de toute façon, ça te fera du bien.

Albus grommela un moment, puis se mit à son devoir de sortilèges. Il semblait avoir accepté sa nouvelle carrière de photographe.

Le lendemain, Scorpius dut comme prévu aller secouer l'épaule de son ami pour le tirer du sommeil. Il avait attendu le plus tard possible, mais à présent Kyle était sous la douche et allait bientôt en sortir : il était donc temps de mettre son plan à exécution.

Son idée était simple, il allait prétexter prendre une photo de lui et surprendre Kyle à la sortie de la douche. Il allait devoir la jouer fine, cela dit, car Nigel se tenait encore sur son lit, et attendait son ami. Tout était question de timing.

Albus s'éveilla en grognant et repoussa sa main sans même ouvrir les yeux. Scorpius n'entendait plus le bruit de la douche dans la salle de bains.

— Bon sang, Al, debout ! gronda-t-il en secouant encore son ami.

À nouveau, celui-ci se débattit, mais finit par ouvrir les yeux.

— C'quelle heure ? demanda-t-il sans articuler.

— Sept heures trente, allez hop !

— Putain… fit-il à voix basse.

Scorpius observa son ami se traîner en dehors de ses couvertures avec tous les efforts du monde. Afin de ne pas éveiller les soupçons, il n'avait pas enfilé le haut de son uniforme, il ne portait donc qu'un pantalon. Il tenait déjà l'appareil photo, et sitôt qu'Albus fut capable de se tenir debout, les yeux mi-clos, il lui fourra dans les mains.

— Mets-toi là, pour, euh… Pour la lumière.

Scorpius voulait s'assurer que l'angle donnait le plus en face possible de la porte de la salle de bains. Du coin de l'œil, il vit Nigel l'observer d'un air moqueur.

— Ok, j'y vais, grogna mollement Albus.

Pourquoi Kyle ne sortait-il pas ? Que pouvait-il donc bien faire dans cette salle de bains ? Scorpius devait absolument trouver un moyen de retarder la photo !

— Attends !

— Quoi ? demanda Albus avec un air agacé

— Je, euh… Je ne suis pas bien coiffé.

— Putain Scorp je vais te buter.

— Tu te prends pour un mannequin, Scorpius ? lança Nigel avec un rire depuis le fond du dortoir.

— Ta gueule, toi !

Nigel eut un rire.

— 'Scuze moi, princesse, ricana-t-il à nouveau.

— Bon, je peux y aller ? râla encore une fois Albus.

— Non ! fit précipitamment Scorpius.

— Putain quoi ?

— Tu, euh… Tu es mal coiffé, toi aussi.

Scorpius se sentit affreusement débile. D'ailleurs, Albus le fixait bel et bien comme s'il était affreusement débile. Il s'approcha de lui, l'air pataud, et lui expliqua avec tout le sérieux du monde :

— Voilà, Scorp. Ceci est un appareil photo. Ceci est l'objectif, tu vois, et ceci est le viseur, ici. Maintenant, quand je vais appuyer sur le bouton, c'est tout ce qui devant l'objectif qui va finir sur la photo, tu comprends ? Pas derrière le viseur ! Je parle assez lentement, ou tu préfères que je reprenne tout depuis le début ?

Nigel était écroulé de rire au fond du dortoir. Scorpius était plus vexé qu'il ne laissait le voir.

— Ça va, prends juste la photo s'il te plaît.

Au moment où il finit sa phrase, la porte de la salle de bains cliqueta.

— MAGNE !

Avec un sursaut, Albus se retourna, visa et prit la photo dans un grand flash de lumière.

— Qu'est-ce que tu fous, Potter, grogna Kyle qui sortait de la salle de bains.

Il ne portait que son caleçon, fixait Scorpius torse nu, Albus qui avait encore l'appareil dans les mains et Nigel qui se roulait sur son lit, toujours hilare.

— Je prends juste une photo de Scorpius qui veut voir comment il gagne du muscle, grogna encore Albus.

— Et bien entendu, vous êtes obligés de faire ça juste devant la porte de la salle de bains quand je prends ma douche, bande de débiles ! Vous vous étonnez des rumeurs, tous les deux ?

— Ne sois pas jaloux, Kyle, on ne te verra pas sur la photo : je t'éclipserai vu que je suis bien foutu, moi, ajouta Scorpius sur le ton de la conversation.

— Petit con ! Et arrête de rire, Nigel, merde !

Scorpius alla reprendre l'appareil des mains d'Albus. Il lui glissa un petit « bien joué vieux », que son ami n'eut pas l'air de comprendre. Il préféra visiblement retourner se coucher.


Une semaine était passée. Entre-temps, Scorpius avait eu le temps de faire développer la photo qu'ils avaient prise, et il n'était pas peu fier de son coup. Sur l'image animée, on pouvait le voir poser en gonflant le torse, et Kyle sortir de la salle de bains, l'air hébété après le flash. Cela serait sans doute suffisant pour Rose.

Il la croisa pour la première fois lors du repas de midi. Il alla jusqu'à la table de Gryffondor pour lui remettre la petite enveloppe.

— Cela n'a pas été facile, souligna-t-il à voix basse en lui donnant. Je ne sais pas ce qui t'es passé par la tête de me demander ceci, mais il y a intérêt que ça en vaille la peine.

Elle le dévisagea un petit moment, avant de répondre :

— Alors, tu l'as fait…

— Oui. J'ai dû donner de ma personne, enfin tu verras la photo.

Rose paraissait plus que surprise qu'il ait bel et bien fait ce qu'elle lui avait demandé. Elle jeta un coup d'œil à l'image, eut un petit rire en voyant le résultat, puis la rangea dans son sac.

— À toi d'honorer ta part du marché, désormais.

— Plus tard. Ce soir.

— Quoi ? Hé, si tu comptes me rouler dans la farine, Weasley, tu…

— Non, t'inquiète pas. Je l'ai juste pas sur moi. En revanche, j'ai ça, dit-elle en lui tendant un gros paquet.

— Ce sont les…

— Oui, interrompit-elle. Trois robes de Quidditch de Gryffondor, donc celles de Thomas et McLaggen. Tu as trois jours, Scorpius, pas un de plus. Je les veux dans mes mains vendredi au petit-déjeuner.

— Entendu.


— Du coup elle c'est Oriana. Oriana Bell. Elle ne te plaît pas ? Elle est belle comme tout, elle.

Trois jours plus tard, Scorpius avait enfin fini par apprendre le nom de cette belle fille de Serdaigle. Il avait appris également qu'elle était en sixième année, et que, apparemment, elle passait pas mal de temps à parler de lui. Il savait tout cela car il avait réussi à entendre une conversation entre trois de ses amies au détour d'un couloir, tandis qu'il s'était assis dans une alcôve en attendant qu'Albus sorte de son cours particulier de potions.

— Tu essayes encore de me caser avec une fille ? grogna son ami.

— Ah non ! Elle, elle est pour moi, fit Scorpius avec un rire.

— Tu étais pas sur Rose ? répondit-il encore, faussement détaché.

— Ben, si… Mais j'ai des infos comme quoi elle n'est pas du tout intéressée, donc je préfère passer à autre chose. Aller voir ailleurs.

Albus haussa les épaules. Cette discussion ne le passionnait guère, il préférait ne pas parler de cela. Il y eut un silence, après quoi Scorpius s'exclama soudainement :

— Hé, elle me regarde vieux !

— Sans se moquer de toi ?

— On ne dirait pas… Tu crois que j'ai une chance ?

Avant qu'il ne puisse répondre, un bruissement d'ailes se fit entendre dans toute la salle. Des centaines de hiboux de toutes les tailles et de toutes les couleurs envahirent les lieux. L'un d'entre eux, une petite chouette hulotte, vint se poser devant Albus et laissa tomber sur ses genoux un gros paquet de papier kraft.

Scorpius se releva sur son banc pour essayer de mieux apercevoir le paquet. Il était accompagné d'une lettre dont l'adresse avait été écrite d'un trait légèrement grossier mais appliqué. Albus reconnut immédiatement l'écriture, il ouvrit rapidement la lettre et en lut le contenu.

« Al,

Habituellement, j'aime bien recevoir de tes nouvelles. Je dois dire que ta dernière lettre m'a clairement foutu les boules ! Quelle bande de cons, bon sang ! Mais ton plan, ah ! Quel plan ! Je me suis cru revenu à l'époque des grands jours, quand on préparait nos conneries dans les toilettes de Mimi… Passe le bonjour à Mimi, quand tu la verras.

Juste un truc, que ça soit clair, petit gars : on est bien d'accord que jamais je n'ai eu connaissance de ce plan, et que si vous vous faites gauler, vous serez seuls coupables. Je nierai toute implication ! Pas envie que Papa me tombe dessus en me traitant d'irresponsable.

Courage, Al ! J'espère que Scorpius n'est pas trop touché par ces histoires. J'ai hâte de te revoir, et Lily aussi. Serre-la fort dans tes bras pour moi, et dis-lui de continuer à tout déchirer au Quidditch ! Gryffondor en force !

Je t'embrasse. »

C'était signé « Ton frère, James ».

Albus observait la lettre avec un air interdit. Il essayait de se souvenir de quand est-ce qu'il avait écrit à son grand frère pour lui raconter leur mésaventure, à Scorpius et lui.

Espérant en apprendre un peu plus, il ouvrit le paquet aussi discrètement qu'il le put dans la salle bondée, ce qui révéla trois robes de Quidditch de l'équipe de Gryffondor.

Scorpius, voyant que son ami avait ouvert le paquet sans aucune précaution, arracha les robes des mains d'Albus, et les fourra dans son sac. Celui-ci, ahuri, comprenait enfin ce qu'avait manigancé son ami. À voix basse, il dit en un souffle :

— Scorpius… Tu ne t'es quand même pas fait passer pour moi pour demander à mon frère de faire le sortilège de protéiforme sur ces robes, si ? souffla Albus à voix basse.

— Le plus dur, ça a été d'imiter ton écriture avec ce stupide stylo que tu persistes à utiliser ! grommela-t-il.

— Mais bordel…

— C'était soit lui, soit ta tante Hermione. Et comme je ne voulais pas embêter la Ministre de la Magie avec ça…

— Oui, je crois que tu as bien fait, se moqua Albus avec ironie. Merlin, quel sournois ! J'en reviens pas…

Le match aurait lieu deux jours plus tard, le samedi. Tout était prêt. Scorpius avait pu se fournir en poudre d'invisibilité en demandant à son elfe de maison d'en prendre dans le bureau de son père. Il ne serait sans doute pas ravi quand il s'en rendrait compte, mais il s'en moquait. Il n'en avait besoin que d'une petite dose. Leur repas terminé, les deux garçons se levèrent et prirent le chemin de la sortie.

Tandis qu'ils s'apprêtaient à quitter la Grande Salle, ils furent rejoints par Rose.

— Al, tu veux bien nous laisser ? Je dois parler à Scorpius cinq secondes.

Albus resta planté là, son regard allant de sa cousine à son ami, puis de son ami à sa cousine. Il était choqué d'être laissé en plan, et tandis que Rose s'éloignait en lui volant son meilleur ami, il lança avec agacement :

— Et bonjour à toi aussi, Rose !

Lorsqu'ils furent assez loin de n'importe quelle oreille, Rose tendit une étrange enveloppe de parchemin à Scorpius.

— Tu me déclares enfin ton amour ? tenta celui-ci avec un petit sourire.

C'était une technique ancestrale, la technique de la blague. Quand on hésitait à demander à quelqu'un de sortir avec soi, le faire sur le ton de la blague permettait de s'en tirer sans grand malaise en cas de rejet. On avait qu'à hausser les épaules et lancer un « nan mais je blaguais, hein » avec un petit rire forcé, et ça passait. En revanche, si l'autre renchérissait sur la blague ou même rougissait, c'était gagné !

Là, Scorpius était partagé entre sa certitude d'être rejeté et l'espoir qu'elle réagisse favorablement à sa petite blague.

— Rêve. T'es pas mon style, beau blond. Je croyais qu'Al te l'avait fait comprendre !

Bon, eh ben c'était clair, comme ça. Plan B.

— Oh, euh, oui, haha ! Je sais bien que tu préfères Kyle, tiens. Évidemment, je blaguais !

« Tu parles », se dit-il pour lui-même, abattu. En plus, il avait dit cela avec un ton si déçu, il n'y avait aucune chance que Rose s'y soit laissée prendre. Pour que la technique marche, il fallait au moins parler avec confiance en soi quand on se reprenait, chose dont manquait cruellement Scorpius.

— C'est ça, ouais. Ouvre.

Content qu'elle changeât de sujet, Scorpius ouvrit l'enveloppe. Dans sa main, tombèrent plusieurs feuilles de parchemin. Ou plutôt, une longue feuille de parchemin pliée et repliée sur elle-même, et qui semblait avoir traîné dans des cartables depuis de longues années. Elle était parfaitement vierge de toute écriture.

— Tu te moques de moi ? grogna Scorpius, pas amusé. C'est pour ça que je suis passé pour le dernier des mecs louches auprès de Kyle ? Pour un stupide bout de parchemin vierge ? Où est le cadeau unique qui le fera penser à moi chaque fois qu'il l'utilisera ?

— Dans tes mains.

— Ah oui, donc tu te moques complètement de moi en fait, lança-t-il d'une voix glaciale et l'œil mauvais.

Il commençait à se demander si elle ne l'avait pas tout simplement piégé pour qu'il se ridiculise auprès de Kyle. Si c'était vrai, c'était une farce cruelle ! L'idée que Rose puisse se montrer aussi mauvaise avec lui l'attristait d'autant plus.

Elle sortit sa baguette. Scorpius eut un mouvement de recul qui consterna Rose. Elle leva les yeux au ciel tout en lui ordonnant de lui tendre la carte. Là, elle plaça sa baguette sur le morceau de parchemin et énonça :

— Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises.

Alors, peu à peu, le parchemin se recouvrit d'écritures, de fines lignes, et d'un joli dessin de Poudlard vu d'en haut. Scorpius parcourut la page de garde, qui donnait le nom des créateurs de…

— La Carte du Maraudeur ? lut-il avec intérêt en reportant son attention sur Rose.

— Ouvre, lui ordonna-t-elle.

Il s'exécuta. À l'intérieur, les nombreux replis s'étaient également recouverts de fines lignes ainsi que de petits points accompagnés d'étiquettes qui portaient ce qui ressemblait à des noms. Scorpius repéra ainsi Peeves, Nigel et Kyle encore dans la Grande Salle et pas loin d'eux, deux étiquettes indiquaient « Scorpius Malefoy » et « Rose Weasley », côte à côte.

Scorpius avait les yeux écarquillés, il ne parvenait pas le moins du monde à contenir son émerveillement.

— C'est… chuchota-t-il sans finir sa phrase

— Une carte de Poudlard, oui. En temps réel. Tout le monde y apparaît, tu as aussi les passages secrets, mais ils sont tous scellés depuis longtemps désormais.

Fébrilement, Scorpius parcourut les nombreux rabats. Chaque dépliant donnait un nouvel étage. Totalement ouverte, la carte avait une dimension considérable !

— Bordel, où as-tu eu ça ? questionna-t-il, impressionné. C'est pas illégal, un machin pareil ?

— Sans doute que si. Mais elle est unique. Elle a été faite par le grand-père d'Albus, le père de Harry, avec ses trois amis, quand ils étaient encore étudiants. Ce sont eux Lunard, Queudver, Patmol et Cornedrue, ils s'appelaient eux-mêmes les Maraudeurs, ils se donnaient des noms de code et tout... Sans rire, quelle bande de ringards !

— Oui, j'avoue, mais bon sang… Ce sont des brutes d'avoir réussi à créer un objet pareil à notre âge ! Okay, Rose, je m'incline. Albus va adorer un cadeau pareil !

— Je te l'avais dit. Et quand tu as fini, tu dis « méfait accompli ! » et ça l'efface.

Elle fit la démonstration, et la carte s'effaça effectivement jusqu'à redevenir un vieux bout de parchemin plié.

Alors qu'ils allaient se séparer pour rejoindre leurs cours respectifs, Scorpius lui lança d'une voix pas trop forte, pour que personne d'autre n'entende :

— Au fait, j'ai récupéré les robes. Tiens.

— Pile à l'heure. Bien joué, beau blond.

Et elle s'en alla. Scorpius, le sourire jusqu'aux oreilles, jubilait.


Merci de m'avoir lu ! J'espère que ça vous a plu !

Le destinataire mystérieux était donc James ! De ce que j'ai reçu comme commentaire, personne ne l'avait deviné, niark niark ! Et je me demande combien d'entre vous ont à ce stade totalement compris quel était le plan de Scorpius ? Réponse ce vendredi 12 août avec le chapitre 6 : Vengeance et belle dame ! Et oui, il se peut que cela annonce le début des ennuis pour Al...

N'oubliez pas de me dire ce que vous pensez de tout cela, commentez, mettez en fav, mettez en alerte pour ne rien louper, c'est super important pour moi et pour tous les autres auteurs que vous lisez ! Vous pouvez pas savoir à quel point ça fait plaisir de sentir qu'on a pas bossé pour rien :P

À vendredi prochain !