Bonjour à toutes, bonjour à tous !
Alors oui, on est pas vendredi... Rien ne va plus dans c'bas monde, Vince ne sait même plus ses jours de la semaine !
Mais naaaan, allez, c'est cadeau ! Aujourd'hui c'est mon anniversaire ! 28 ans mes amis ! On s'fait vieux... J'ai fini mes études et je cherche un travail, damn... Oui, oui, je sais, j'ai mis plus de 9 ans à avoir mon diplôme, mais mon école était si difficile que je suis juste fier de l'avoir eu, je m'en contente ! Et puis j'suis ingénieur à présent, et ça c'est la classe ! Bref, je papote, désolé. Donc ce chapitre je peux pas m'empêcher de vous l'offrir un peu en avance pour fêter ça, j'espère qu'il vous plaira !
Avant de passer aux remerciements d'usage, j'ai un peu envie de parler aujourd'hui :P De toute façon tous ceux qui sont pas intéressés par mon blabla se sont déjà rués sur le chapitre et ne nous embêtent plus, donc papotons ! :D
Je pense que tous ceux qui étaient sur ce site y a 10 ans seront d'accord pour dire que la gloire de FFNet est derrière nous. Bien moins de monde qu'avant, un site bugué qui n'envoie les mails de notification que de manière aléatoire... D'ailleurs vous savez que (normalement) je publie tous les vendredi vers 16h, donc venez lire le chapitre même si vous n'avez pas reçu le mail d'alerte : c'est juste que ce site est ravagé et ne préviens pas toujours ! Ah d'ailleurs les stats de lecture de cette histoire sont surprenants : ils me disent que la plupart des lecteurs et lectrices ne vient pas de France comme ça a toujours été le cas avant mais... des USA ! Alors j'ai une question pour vous : est-ce que vous êtes un lecteur francophone habitant aux USA ? Ou est-ce que ce sont les stats qui sont buguées aussi ?
Et la question corollaire : où lit donc le fandom français ? Sur Wattpad cette histoire n'a aucun lecteur (en même temps j'suis pas fan de ce site, je publie juste dessus au cas où) et le fandom francophone est très peu actif sur Archive of our own, sur lequel je poste également cette histoire. C'est d'ailleurs sur AO3 que je vous conseille de lire, actuellement c'est le meilleur site pour la fanfiction qui existe ! Il faut juste se faire au système de tags.
Sur le Discord Potterfictions (lien dans mon profil) on est environ 70 auteurs et lecteurs francophone, et on se répartit sur Wattpad, FFNet et AO3, mais ça ne répond pas à la question... Où est le gros du fandom ? Est-ce juste que le loisir de la fanfiction est un peu mort chez les francophones en ce moment ? Je m'interroge, je sais pas si vous avez des réponses, mais ça me fait plaisir de partager ces questions avec vous.
Je me dis qu'il manque d'un point de rassemblement pour tout le fandom FR. Les anglophones sont hyperactifs : y a des podcasts, des serveurs, des communautés... Rien chez nous ! Il faudrait peut-être remédier à ça.
Bref. Je réponds à tout le monde niveau review et c'est un vrai bonheur d'échanger avec vous, donc un grand merci à Emmaiwenn, brigitte26, 77Hildegard, Emilie Narya, lardonforever, lectrice de nuit, JessieLandes (sur AO3) et évidemment Pouik qui me laissent des commentaires et avec qui je peux échanger un brin sur tout ce bazar. D'ailleurs si vous ne recevez pas de mails de FFNet qui vous dit que j'ai répondu, c'est encore un bug : je réponds vraiment à tout et assez rapidement en général.
Allez, assez parlé ! Place à l'histoire. Ce chapitre est le dernier a être un peu léger, et vous allez voir qu'il annonce déjà un peu les catastrophes à venir. Après lui on va entrer dans le cœur de l'histoire, les chapitres les plus beaux et les plus difficiles aussi (et c'est pas que mon avis, c'est aussi celui de ma bêta !), donc préparez-vous ! Merci à Pouik pour tout ce qu'elle fait pour moi, elle le sait déjà mais tout ce travail serait bien plus difficile sans elle. Merci aussi à Shik-Aya-chan pour sa relecture !
Bonne lecture !
Chapitre 6
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Vengeance et belle dame
En ce matin de onze novembre, Albus se réveilla particulièrement impatient. La saison de Quidditch avait été ouverte une semaine plus tôt par le match Serpentard contre Poufsouffle, que sa maison avait remporté. Heureusement ! Pas qu'Albus avait quoi que ce soit contre la maison au blaireau jaune et noir, mais ils avaient depuis longtemps la réputation d'être la moins bonne équipe des quatre. Se faire battre par eux dès le premier match aurait été mauvais signe pour la suite de la saison.
Cependant, s'il était excité, ce n'était pas parce qu'il y avait un match de Quidditch... Non, ce qui le rendait fébrile, c'était que le jour de sa vengeance était arrivé. Ils allaient enfin mettre à exécution le plan qu'ils préparaient depuis deux mois à présent ! Cela faisait si longtemps qu'il ruminait, il était temps qu'il montre au monde ce qu'on risquait en s'en prenant à son unique et meilleur ami !
Albus sourit, en se disant qu'il exagérait probablement un peu… Personne ne saurait qu'il était l'un des auteurs de la mascarade à venir, excepté peut-être les plus malins, capables de se souvenir que les deux victimes étaient les deux instigateurs de cette cruelle farce qui, en septembre, avait été affichée partout dans la Tour de Gryffondor…
D'un autre côté, si cela venait à se savoir qu'ils étaient responsables de ce qui allait se passer, ils seraient probablement tous renvoyés. C'était mieux ainsi.
Au petit-déjeuner ce dimanche, Albus et Scorpius furent rejoints par Rose, qui leur opposa un regard faussement sévère quelques instants. Puis elle vint s'asseoir sur le banc à côté d'Albus et dit d'une voix de conspiratrice :
— Alors tout est prêt ? Vous allez vraiment le faire ?
— Oh que oui, affirma Albus en mâchonnant une tartine. Hors de question que Thomas et McLaggen s'en tirent sans une vengeance exemplaire.
Scorpius fixait sa tasse de thé avec un petit sourire en coin. Il ne dit rien de plus.
— Bon, eh bien je suppose que je suis obligée de participer, soupira faussement Rose.
— T'es mouillée jusqu'au cou ! renchérit Albus en ricanant. Tu as assisté à toute la mise en place de notre plan, t'es grave notre complice !
— Mouais. Foutue pour foutue, j'ai prévu un petit sort pour pimenter le truc.
Albus rit de plus belle. Elle avait totalement abandonné son air réprobateur à présent, elle prenait un évident plaisir à faire partie du petit complot. Albus lui en était reconnaissant. Déjà, il était très touché que sa cousine veuille l'aider à se faire justice pour ce qui leur était arrivé en septembre… Puis tout ce temps que Scorpius et sa cousine passaient ensemble aidait la jeune fille à comprendre que le garçon n'était pas, comme elle le croyait encore deux mois plus tôt, la raison de l'autarcie d'Albus au sein de la petite société que formaient les étudiants de Poudlard. Au contraire, la véritable explication était bien plus simple : les gens étaient méchants et gratuits. Voilà tout.
Ils continuèrent de manger tranquillement, sans être plus angoissés que cela par ce qu'ils allaient commettre. Toutefois à l'approche de l'heure fatidique, tandis qu'ils montaient les escaliers des gradins, Albus commença à ressentir une légère anxiété. Scorpius, Rose et lui jouaient à un jeu dangereux, ils risquaient gros s'ils se faisaient prendre. Cependant, il avait la farouche impression qu'il avait le droit de faire ce qu'il allait faire, par pure justice. Cela l'aidait à ne pas trop s'inquiéter. Et puis il n'était pas du genre à faire machine arrière à la dernière minute !
Ils s'assirent à leurs places. Ils avaient choisi des sièges pile à la jonction entre les gradins de Gryffondor et ceux de Serpentard, afin que Rose puisse rester avec eux sans attirer l'attention : une tâche rouge et or au milieu des verts et argent, voilà qui aurait attiré l'attention. Même dans un match auquel Serpentard ne participait pas !
— BIENVENUE POUDLARD POUR CE SECOND MATCH DE LA SAISON ! résonna dans tout le stade la voix de Wendy Wamster, la commentatrice des matchs depuis aussi longtemps qu'Albus se souvenait. À croire que cette fille restait en permanence en septième année !
— Al… T'es sûr que c'est une bonne idée ? chuchota Scorpius quelques minutes avant l'entrée des joueurs.
Albus sourit. Il s'était attendu à ce que Scorpius eusse besoin d'être rassuré. Il le connaissait bien, il doutait non parce qu'il n'avait plus envie de mettre leur plan à exécution, mais parce que comme lui, il commençait à imaginer les conséquences s'ils se faisaient pincer. C'était le rôle d'Albus de lui éviter de regretter à jamais de passer à côté de ce moment.
— Oh oui, Scorp. T'inquiète, on se fera pas gauler. Et surtout : ils doivent payer !
Scorpius déglutit. Trop tard pour abandonner ! Les deux tunnels s'ouvrirent en même temps dans un rugissement de la foule, et les deux équipes en sortirent comme autant de flèches rouges et or d'un côté, et bleues et bronze de l'autre.
— ET VOILÀ LES JOUEURS ! fit la voix amplifiée de Wamster. DU CÔTÉ DE GRYFFONDOR, LES CHAMPIONS EN TITRE : KENTIK, MARROW, FLOR, MCLAGGEN, ERNIE, THOMAS EEEEET POTTER ! DU CÔTÉ DE SERDAIGLE : CHANG, ELVIRA, GOODWAY, ACKROYD, MERRY, HEPTON EEEEET CE DIABLE DE KENT ! SERA-T-IL LE PREMIER ATTRAPEUR À PRENDRE LE VIF D'OR DES MAINS DE LILY POTTER ? TROIS MATCHS À SON ACTIF, ET TROIS VICTOIRES !
Les deux équipes effectuèrent un tour d'honneur du stade relativement pompeux, chacune essayant de montrer à l'autre à quel point elle était meilleure sur un balai. Albus ne put s'empêcher de crier un « ALLEZ LILY ! » retentissant, en levant le poing.
Sur son balai, c'était Drago qui arbitrait le match. Lorsque Harry était devenu le professeur de vol, il avait refusé d'être également l'arbitre de tous les matchs de Quidditch comme avait pu l'être Madame Bibine avant lui. Il se savait bien trop partial, il aurait été incapable d'arbitrer un match où Gryffondor jouait. Parmi les professeurs, peu étaient capables de voler et d'arbitrer en même temps, aussi Drago et Hannah, seuls autres ex-joueurs, furent naturellement désignés pour arbitrer les matchs. À eux trois, il y avait toujours un professeur neutre pour arbitrer l'un des six matchs de la saison.
Les quatorze joueurs se rassemblèrent bientôt en un cercle au centre du terrain, une dizaine de mètres au-dessus du sol. Drago était au milieu, le Souafle sous le bras. Lorsque tous les joueurs furent placés, il ordonna aux deux capitaines de se serrer la main, ce qu'ils firent rapidement, avant de retourner dans le cercle.
— Okay, ouvre le sac, Scorp.
Scorpius s'exécuta et entrouvrit son sac de cours juste assez pour qu'on puisse pointer une baguette sur son contenu, mais bien trop peu pour que qui que ce soit ne voie ce qu'il contenait. Rose, à sa gauche, du côté du gradin de Gryffondor, ouvrit le bal. Sa baguette était négligemment restée sur sa cuisse, mais, dans la plus grande discrétion, elle vint poser sa main droite sur le manche et la diriger l'air de rien vers l'ouverture du sac.
Elle fit tout cela sans jamais détourner ses yeux du terrain. Elle s'agitait et criait des encouragements à l'attention des joueurs de son équipe, ainsi que des obscénités en direction des Serdaigles. Personne, absolument personne, n'aurait pu la croire coupable de vouloir jeter un sort, pas même Lyanna, assise juste derrière elle, ou Clyde, son ami de cinquième année avec qui elle traînait souvent et qui était assis juste à côté d'elle, sur sa gauche.
— Mesdames, messieurs les joueurs ! fit Drago d'une voix forte. Respect, sportivité, et discipline ! Me suis-je bien fait comprendre ? Je n'hésiterai pas à sortir le premier joueur qui contrevient à l'un de ces trois principes, c'est clair ?
Les capitaines acquiescèrent. Rose cessa un instant de crier, murmura quelque chose dans sa barbe, et sa baguette vibra sans que qui que ce soit ne s'en rende compte. Même Scorpius, pourtant au courant de ce qui se passait, fut incapable de voir le coup partir.
Ce ne fut que lorsque les tuniques de Flinch McLaggen et Kate Thomas passèrent du rouge et or au rose criard et jaune fluorescent qu'il comprit que Rose avait agi.
Elle agita encore discrètement sa baguette, et les deux joueurs furent aussitôt parés d'habits de bouffons, avec un chapeau à grelots du plus bel effet.
La réaction du stade fut partagée entre un murmure d'incompréhension et un rire moqueur.
— Monsieur McLaggen ! Madame Thomas ! Qu'avez-vous fait à vos tenues ? protesta Drago.
— Mais… Mais rien monsieur ! bafouilla McLaggen.
— Ce n'est pas réglementaire, et vous n'êtes pas censés avoir vos baguettes sur vous ! Redonnez leur apparence à vos tuniques, ou je vous colle un avertissement !
— Mais je n'ai pas ma baguette ! rétorqua sèchement McLaggen.
— Et moi non plus ! ajouta Kate Thomas.
Ce fut au tour de Scorpius d'agir. Un peu moins discrètement que Rose, mais profitant de la confusion qui régnait dans le stade, il pointa sa baguette sur son propre sac et murmura à son tour quelque chose.
Les deux déguisements de bouffon devinrent aussitôt d'hideuses robes de grand-mère, genre sorcière des années cinquante. Cette fois, tout le stade explosa de rire. Drago, comprenant que les joueurs n'y étaient pour rien, se mit à scanner la foule en plissant les yeux. McLaggen et Thomas s'observaient avec un air ahuri. Rien que pour cela, Al aurait aimé maîtriser la métamorphose !
— Un miracle, ce sortilège de protéiforme ! apprécia Albus à voix basse.
— Oh oui, confirma son ami en riant.
Voyant Drago chercher quelque chose dans la foule, Albus comprit qu'ils n'avaient plus que peu de temps pour agir. Il sortit de sa poche une petite boîte que lui avait confiée Scorpius, et il l'ouvrit. Elle contenait une toute petite quantité de poudre noire très fine, qui déjà s'éparpillait au vent.
— J'y vais ? demanda Al une dernière fois.
Scorpius hocha simplement la tête, d'un petit coup sec.
Alors Albus jeta l'entièreté du contenu de la boîte dans le sac de son ami, et celui-ci le referma aussitôt. Il y eut un léger « plop », puis tout le stade éclata de rire.
D'un seul coup, sans la moindre explication, les tuniques des deux joueurs avaient tout simplement disparu, les laissant en sous-vêtements devant l'entièreté du stade. Ils mirent quelques trop longues secondes à s'en rendre compte, avant de crier et de se mettre à voler de manière erratique jusque vers les vestiaires, dans l'espoir de s'y cacher à jamais.
Albus savourait sa vengeance en riant à gorge déployée avec le stade. Scorpius, lui, était bouche bée et les yeux hagards, comme s'il avait été aussi surpris que les autres. Pourtant, il avait eu tout le temps de se préparer à ce qu'il adviendrait si on jetait de la poudre d'invisibilité sur une robe ayant subi un sortilège de protéiforme. Rose, enfin, paraissait partagée entre l'horreur et l'hilarité.
Drago fila à la suite des deux malheureux joueurs afin de les mettre à l'abri des regards, puis revint dans le stade et annonça logiquement que le match était reporté. Cela fit néanmoins protester le public.
Tandis qu'ils se levaient, Scorpius se pencha vers lui et glissa :
— Tout de même… Je me demande si on n'est pas allés un peu loin…
Albus haussa les épaules.
— Peut-être. Peut-être pas. Dis-toi que ni McLaggen ni Thomas n'ont cru aller trop loin quand ils ont dessiné cette merde.
— Justement, on devrait rester au-dessus d'eux et ne pas s'abaisser à leur niveau, tu ne crois pas ?
— Si, soupira Albus. Tu as raison, comme toujours. Mais putain, qu'est-ce que c'est bon de se venger aussi proprement, une fois de temps en temps, rit-il à voix haute.
— Et puis rien qu'en ressentant une pointe de remords, tu vaux déjà mieux qu'eux, beau blond, ajouta Rose.
Scorpius afficha un large sourire. Ils avaient dit tout cela sans prendre de précautions et plusieurs personnes les entendirent, si bien que le soir-même, circulait une rumeur qui disait qu'Albus Potter et Scorpius Malefoy étaient les responsables de ce règlement de compte.
Albus jubilait. Quoi de mieux qu'une rumeur ? Personne ne pourrait les renvoyer sur la base d'une rumeur, mais d'un autre côté tout le monde savait qu'ils étaient responsables !
Ce soir-là, les deux amis restèrent éveillés un long moment. Lorsqu'ils arrivèrent dans leur dortoir, ils trouvèrent Nigel et Kyle installés devant la cheminée, sur un canapé, à jouer aux échecs. Les deux s'interrompirent à leur arrivée, et Kyle annonça de but en blanc :
— Paraît que c'est vous qui êtes responsables de ce merdier ?
— Peut-être, répondit Albus sur le ton de la conversation.
— Eh bien si c'est vrai, bien joué. McLaggen est un connard, tout le monde sait ça, et Thomas une peste qui se prend pour une grande dame. Ça leur fait du bien d'être remis à leur place.
— Ouais ! ajouta Nigel. Puis bon, nous on sait que vous êtes pas ensemble, alors comme ça ils le sauront aussi.
— Je n'en suis pas si sûr, fit Scorpius avec une petite voix. Ça peut aussi avoir l'effet inverse, si les gens pensent que l'on se défend parce que McLaggen disait vrai.
— Pas faux… admit Nigel et se grattant le menton. Mais quand même, c'est bien de rappeler à ces foutus Gryffondors qu'ils peuvent pas s'attaquer à des Serpentards sans en subir les conséquences.
— Grave ! conclut Kyle.
Albus hocha la tête. Il retira ses chaussures, s'assit sur son lit en s'adossant contre la tête, et prit sa baguette dans les mains. Il repensa à la tête qu'avait faite McLaggen en s'apercevant qu'il était en caleçon devant tout Poudlard, et essaya de lancer le sortilège du patronus. Sans succès.
Du coin de l'œil, il vit Scorpius retirer son t-shirt avant de se diriger vers la salle de bain, sa brosse à dent à la main. Il observa son torse fin et ses muscles rouler sous sa peau tandis qu'il faisait des gestes banals comme ouvrir la porte, ou prendre du dentifrice dans sa table de nuit. Sans trop savoir pourquoi, il essaya de lancer de nouveau le sortilège.
Trois petites volutes d'une espèce de fumée argentée s'échappèrent de sa baguette. Albus s'y était si peu attendu qu'il sursauta en les voyant.
— Bon sang, à quoi t'as pensé, Albus ? envoya Kyle impressionné.
— Euh… je… Le, la tête de McLaggen tout à l'heure, bafouilla-t-il.
— Ah ouais, ça t'excite à ce point la vengeance ? Fais-moi promettre de jamais essayer de te dessiner, hein !
— T'as plutôt intérêt, Kyle ! grogna Al.
Il n'avait pas envie de parler, en cet instant. Il avait envie de comprendre. Il n'avait pas eu quoi que ce soit de précis en tête en lançant le sortilège, et c'était problématique. Sa tête avait été vide, tout ce qu'il faisait c'était observer droit devant lui, le mur du fond, en essayant de trouver dans sa mémoire un souvenir adéquat… Scorpius l'avait dérangé, ce qui l'avait forcé à détourner les yeux, et c'était à ce moment que les volutes étaient parties…
Peut-être était-ce ça le secret ? Ne pas réfléchir, et juste jeter le sortilège avec rien dans la tête ?
Albus essaya à nouveau, mais rien ne se produisit. Frustré, il laissa échapper un grognement sonore et reposa sa baguette sur sa table de nuit. C'était trop compliqué, il essayerait de comprendre le lendemain !
Bientôt, Nigel et Kyle allèrent se coucher, au chaud et bien à l'abri derrière leurs rideaux de baldaquin, si bien que les deux amis restèrent seuls éveillés dans la pièce. L'horloge tiquait, les braises dans la cheminée crépitaient, et pas un bruit ne venait troubler leur silence, exception faite du son régulier des pages du livre de Scorpius chaque fois qu'il les tournait.
Albus avait fini par retirer son propre t-shirt puis par s'allonger, les deux mains derrière la tête. Il fixait le plafond et réfléchissait. Maintenant que l'excitation de sa vengeance était retombée, il se demandait un peu s'ils n'étaient pas, effectivement, allés trop loin. En tout cas, ce qu'il avait ressenti n'avait pas été aussi satisfaisant qu'il s'y était attendu. Il avait sa vengeance, certes. C'était cool. Et puis quoi ? Ses problèmes étaient toujours là… Il ne se sentait pas moins troublé par le tour bizarre que prenait sa relation avec Scorpius, par exemple. Vraiment, depuis quand aimait-il faire des câlins à son ami, ou depuis quand avait-il à ce point envie de le toucher quand, comme maintenant, il traînait simplement torse nu sur son lit, à lire calmement ?
Non, définitivement, il n'était pas plus heureux maintenant qu'il avait lavé son honneur. Les mêmes ennuis étaient là, les mêmes questions… Bref, il était le même adolescent qu'avant : fatigué et aveugle, tenté par le vide, comme au bord d'un précipice.
Ses réflexions furent interrompues par un étrange objet qu'on lui lança sur le torse. C'était une petite enveloppe de papier kraft. Albus se releva, l'air curieux, vers Scorpius qui lui souriait largement.
— Il est minuit. Bon anniversaire, Al, murmura-t-il avec le regard brillant.
Albus sentit une gigantesque bouffée d'affection l'envahir. Encore une émotion qu'il n'avait jamais ressentie envers Scorpius auparavant…
Il sourit. Avec toutes ces choses qui traversaient son cœur ces temps-ci, il arriverait sans doute à déployer son patronus en un rien de temps !
Albus avait la tête appuyée sur sa main gauche, et de sa main droite il tenait son stylo à plume qu'il ne pouvait s'empêcher de mâchonner. Il s'ennuyait ferme.
— … les flux vitaux matériels sont ceux que l'on peut toucher, voir, ce sont ceux qui sont tangibles. Le sang par exemple. Les métamorphoses qui nécessitent de la magie de sang sont toujours un peu sales, d'ailleurs. C'est le style de sorts parfaitement inutile qui permet de transformer un petit papillon adorable en crapaud pustuleux, vous voyez le genre ?
Albus rit à voix basse. Le Professeur Lupin était le filleul de son père, et un petit prodige de la métamorphose. Il était capable de changer la couleur de ses cheveux et même l'apparence de son visage à volonté ! Quelques années après avoir quitté Poudlard, Edward était devenu l'assistant du Professeur Pencroft, et deux ans plus tard, tandis que le vieil enseignant allait prendre sa retraite, l'assistant était devenu leur professeur titulaire.
Teddy était un professeur génial. Albus venait systématiquement assister avec plaisir à ses leçons, malgré qu'il n'y comprît rien. Au-delà de la matière, c'était son attitude, sa manière d'être, sa répartie et sa capacité à captiver son auditoire qui l'absorbaient à ce point. Teddy était un professeur qui sortait de l'ordinaire et parvenait, parfois, à le passionner sur des métamorphoses aussi débiles que celle qui consistait à transformer un rat en verre à pied. Dire qu'on avait inventé un sortilège pour ça !
En fait, c'était là un exemple parfait de ce qu'aimait Albus dans les cours de son presque cousin Teddy : il prenait systématiquement un peu de temps, avant de leur apprendre une nouvelle métamorphose, pour leur expliquer en quoi le sortilège du jour était parfaitement inutile. Il aimait répéter que la plupart des sortilèges de métamorphose étaient toujours plus ou moins vains, mais il prenait également le temps de leur montrer comment maîtriser tel ou tel sortilège allait les aider à parvenir à faire ce qu'il nommait de la métamorphose naturelle : celle qui permettait de transformer plus ou moins tout en n'importe quoi et sans l'aide d'une incantation quelconque. C'était le but ultime de la métamorphose, pour finir. Plier la matière à la volonté.
Malgré tout cela, même le meilleur des professeurs ne pouvait éviter d'avoir parfois à donner un cours plus barbant que d'habitude, et c'était le cas aujourd'hui. Voilà pourquoi Albus s'ennuyait, ce cours sur les flux vitaux nécessaires à la transformation du vivant lui donnait envie de s'endormir.
Il luttait cependant pour garder les yeux ouverts. Son cousin avait beau connaître Albus par cœur, il n'en demeurait pas moins un professeur rigoureux qui jamais ne le favoriserait ou ne lui accorderait de passe-droit dans sa salle de classe. Or, si Albus adorait sa répartie, il détestait avoir à la subir contre lui. Elle n'était jamais méchante, bien sûr, Teddy restait un professeur plutôt bienveillant. Mais cela ne lui retirait rien de sa précision assassine. Aussi, il essayait de rester attentif et de ne pas trop bavarder pour ne pas se faire enguirlander.
— Le sang est donc un flux vital matériel. Est-ce que quelqu'un peut m'en proposer un second ?
Il tourna la tête. Personne ne levait la main. Il fallait dire que la question n'était pas évidente… Les flux produits par le corps et que l'on peut toucher ? Albus ne parvint qu'à penser aux flux qu'il produisait en allant aux toilettes, et comme ce n'était probablement pas la bonne réponse, il préféra rester silencieux.
— Eh bien, les influx nerveux, par exemple !
— Mais Monsieur, on peut pas toucher un influx nerveux ! protesta une fille du nom d'Anna depuis le fond de la classe.
— Il s'agit d'électricité, Miss Spinet, vous voulez essayer de la toucher pour voir l'effet que cela fait ? rétorqua Teddy avec un sourire.
Il y eut quelques ricanements dans la classe, y compris d'Albus. Celui-ci se savait plutôt bon en joute verbale, mais il ne pouvait que rêver avoir un jour le niveau de son cousin. Il l'admirait presque un peu rien que pour ça.
— Mais alors c'est quoi les autres ? demanda Anna Spinnet.
— Les autres sont les flux vitaux immatériels. La magie, l'énergie vitale en sont deux. Certains prétendent également que l'amour en serait un, mais cela n'a pas encore été prouvé… Il y a de grands romantiques parmi les sorciers scientifiques !
Albus bailla. Il savait qu'il devrait être en train de prendre des notes – Scorpius en avait déjà rempli un rouleau entier – pourtant il restait incapable de choisir quel mot coucher sur le parchemin.
La métamorphose du vivant le dépassait complètement. Leur professeur avait beau leur dire et répéter que tout n'était qu'une question de repérer et modifier des soi-disant flux vitaux, lui n'avait jamais pu en percevoir un seul à travers sa baguette. La métamorphose en général n'était pas sa tasse de thé : sa moyenne dans cette matière n'avait jamais dépassé le P. Heureusement qu'il y en avait d'autres pour rattraper, sinon il aurait sans doute déjà redoublé de nombreuses fois !
En vérité, la chose était simple. Dès qu'une matière nécessitait une baguette, il était nul.
Teddy lui prodiguait des conseils pour s'exercer, et cela l'aidait parfois à déclencher une semi-métamorphose… Mais il ne faisait jamais partie de ceux qui réussissaient parfaitement un devoir. Contrairement à Scorpius, qui était plutôt doué dans la matière.
Albus préférait observer la neige tomber à travers les fenêtres de la salle de cours, plutôt que de prendre d'ennuyeuses notes. Décembre et son froid de loup étaient venus bien plus rapidement que ce à quoi il s'était attendu. Il avait hâte que viennent les vacances d'hiver, cela lui ferait du bien de se requinquer un peu. Plus que deux semaines !
Trois coups frappés à la porte tirèrent Albus de sa rêverie. Toute la classe se retourna vers le seuil de la classe, qui s'ouvrit sur son père.
— Pardon, Edward, est-ce que je peux t'emprunter Scorpius Malefoy ?
Celui-ci acquiesça et fit un petit signe à Scorpius, qui se leva sans un regard pour Albus et remonta en trottinant l'allée de la classe jusqu'à la porte, qui claqua.
Albus fronça les sourcils. Juste avant que le battant ne se referme, il avait eu le temps de voir son père s'asseoir avec Scorpius sur l'un des bancs en pierre du couloir, et commencer à lui parler avec un air de conspirateur. Il eut un pincement au cœur, c'étaient des gestes qu'il n'avait plus eus pour lui depuis des années.
Albus ruminait. Voilà que son père, non-content de lui piquer son ami, lui confier son Éclair de Feu, lui dire qu'il était meilleur que lui, venait interférer jusque dans les classes des autres professeurs pour jouer au papa modèle avec son meilleur ami ! Et Scorpius ne semblait pas s'en offusquer le moins du monde, au contraire ! Il allait, sautillant, trop heureux de pouvoir faire autre chose qu'un banal cours… Albus voyait rouge.
— Vous rêvez, Monsieur Potter ?
Il sursauta en entendant son nom. Edward le regardait avec un sourire amusé. Il y eut quelques rires dans la salle. Se sentant rougir, il cessa de mâchonner son stylo et fit semblant de se remettre à prendre des notes.
— Notez, Monsieur Potter, notez. Vous en avez besoin, je crois !
Les rires redoublèrent. Lui qui avait espéré esquiver la répartie de son professeur, c'était réussi ! Albus n'osa rien dire tandis que Teddy reprenait le fil de son cours. Bordel, c'était bien le genre de coups de chance auquel il avait toujours le droit : dès que Scorpius s'en allait, on lui demandait des trucs, on le pointait du doigt, et il ne savait rien faire d'autre que rougir bêtement. C'était idiot, mais il se sentait tellement plus fort quand Scorpius était à ses côtés…
Le pire fut que son ami resta presque dix minutes hors de la salle ! Albus se posait mille questions au sujet de ce qu'ils pouvaient bien se raconter pendant aussi longtemps. À présent, il était parfaitement incapable de se concentrer sur le cours.
Scorpius revint enfin d'un pas rapide, s'assit à sa place, puis reprit son stylo et se remit à griffonner des notes comme si de rien n'était.
— Eh ben, t'as été long ! protesta Albus à voix basse.
— Tu as dit quoi ? demanda Scorpius qui n'avait pas saisi sa phrase, lui aussi à voix basse.
— Je disais…
— Monsieur Potter ! Deuxième avertissement, cinq points en moins pour Serpentard !
Albus ouvrit la bouche pour protester, puis la referma, se renfrognant avec le regard mauvais. Il grommela dans sa barbe pour la forme. Il ne pouvait pas vraiment se plaindre, mais malgré cela il était un peu vexé qu'Edward s'acharnât ainsi sur lui. Il décida, pour le bien commun, de rester silencieux jusqu'à ce que le cours ne se termine.
L'horloge de Poudlard sonna bientôt la fin de la période, et pendant qu'il rangeait ses affaires, Scorpius lui demanda :
— Tu as pris des notes, pour moi, pendant que j'étais pas là ?
— Euh…
Albus fixa sa feuille. Lorsqu'Edward l'avait engueulé, il avait juste écrit « flux, chiant », puis il avait dessiné une tête de mort.
— Oh, tu es tellement lourd, Al ! s'écria Scorpius en regardant sa feuille de notes par-dessus son épaule.
Il ferma son sac et commença à s'en aller.
— Scorp, attends !
Albus jura, fourra toutes ses affaires dans son sac, puis rattrapa son ami, dans le couloir.
— Tu es chiant, reprit Scorpius d'une voix glaciale. Moi je te laisse systématiquement lire mes notes quand tu en as besoin, parce qu'on a un devoir à écrire et que tu n'as rien noté en cours… Et toi, la seule fois où j'ai besoin de toi, tu me laisses tomber !
Albus se sentit piqué au vif. Scorpius exagérait, « laisser tomber », c'était fort !
— Oh, exagère pas, Scorp. Tu as rien manqué de capital !
— Qu'est-ce que tu en sais ? Te connaissant, tu as dû passer dix minutes à regarder la fenêtre !
— Hey, arrête de m'agresser ! Tu m'as rien demandé, à ce que je sache ! Et puis merde, si mon père veut te parler, il a qu'à attendre ses cours avec toi ! Il voulait quoi, d'abord ?
— Ça te concerne ?
Albus s'arrêta net. Il ne comprenait pas pourquoi Scorpius était si énervé contre lui, il utilisait des mots et un ton cassant qu'il n'avait à ce stade jamais entendu dirigés contre lui.
Scorpius s'arrêta lui aussi et se tourna vers lui. Il avait les sourcils froncés et le visage un peu rouge.
— T'as un problème, Scorpius ? Qu'est-ce qu'il te prend, à me parler comme ça ?
— J'ai que tu me saoules à ne penser qu'à toi !
— Okay, okay, désolé ! admit Albus en levant les mains. Oui c'est vrai, j'aurais dû prendre des notes, mais j'étais dans ma tête et tu ne m'as rien dit, c'est juste pas venu spontanément ! Pardon si ça t'a vexé, mais tu ne m'as jamais parlé aussi méchamment…
Scorpius parut surpris par ses excuses. Il l'observa, soupira, puis alla s'asseoir sur un des bancs en pierre du couloir où il se prit le visage dans les mains. Albus le suivit à pas lents, et s'assit à côté de lui. Ils restèrent là en silence, lorsqu'enfin Scorpius s'excusa à son tour :
— Désolé, je n'aurais pas dû m'énerver… J'ai un peu surréagi.
— Tu trouves vraiment que je pense qu'à moi ? souffla Albus d'une petite voix.
Scorpius sortit son visage de ses mains et l'observa.
— Non, non… Enfin, pas tout le temps… Mais quelquefois tu as des attitudes qui me donnent un peu l'impression que… Ben, que tu m'exploites, quoi… Tu sais, si tu veux t'améliorer en cours, me copier n'est pas la bonne solution…
— Je sais, je sais…
Il y eut un nouveau silence, puis Albus se risqua à reposer la question qui lui taraudait l'esprit.
— Du coup, il voulait quoi mon père ? Parce que c'est un peu à cause de lui si on s'engueule...
— Rien, rien… Il était juste content parce qu'il a obtenu une autorisation pour voler au-delà du domaine pour le dernier cours du semestre. Ça fait trois semaines qu'il s'acharne, car il veut tester mon endurance sur un long parcours. Il voulait me l'annoncer, il était tout heureux.
Albus eut de nouveau envie de jurer. Voilà que son père allait partir en road-trip de quatre heures avec son ami, qu'ils allaient s'amuser, voir du pays, tisser des liens, pendant que lui passerait une nouvelle après-midi dans une cave.
Certes, ses cours de potions l'intéressaient de plus en plus depuis qu'il avait découvert qu'il pouvait un peu tout mélanger au hasard et voir ce qu'il se passait, mais ce n'était pas non plus une grande passion et cela restait pénible.
Scorpius redressa soudainement la tête et l'observa avec un regard accusateur.
— N'essaye pas de rejeter la faute sur ton père, Al, reprit Scorpius. Ce n'est pas à cause de lui qu'on s'engueule, c'est à cause de toi.
— Pardon ? gronda Albus en serrant le poing. Je pense pas que toute cette conversation aurait lieu s'il avait attendu vingt minutes que le cours se termine avant de te dire qu'il allait t'emmener en classe verte !
— Ah mais tu es tellement borné, à la fin ! s'exclama Scorpius en reprenant son ton glacial. Si je t'engueule, c'est parce que tu n'as pas pensé à moi et qu'à cause de toi j'ai un trou dans mes notes de cours et que je déteste ça ! Pas parce que ton père existe ! À un moment, Al, il va falloir grandir un peu aussi et lui lâcher la grappe, il n'est pas responsable de tous les malheurs du monde !
À ces mots, Albus sauta sur ses pieds. Son sang n'avait fait qu'un tour dans sa tête : de quel droit Scorpius se permettait-il de le reprendre sur de tels sujets ?
— Garde tes conseils pour toi, Scorpius ! s'écria-t-il en le pointant du doigt. Tu sais pas la moitié des choses qu'il a faites pour rendre ma vie insupportable. On dirait que t'as complètement oublié qu'il t'a méprisé pendant quatre foutues années et que c'était moi et moi seul qui prenais ta défense chez moi ! Bordel, on dirait que juste parce qu'il t'a fait voler sur un balai, t'es tombé amoureux de lui ! Faut se calmer, un moment ! C'est mon père, c'est pas ton pote hein !
Scorpius sauta sur ses pieds à son tour et le fusilla du regard.
— Ouais ben quand je vois les potes que je me trimballe, faut pas s'étonner !
Albus eut l'impression de se prendre un coup dans le torse. Il plongea ses yeux blessés dans ceux de son ami, et ne parvint à lâcher que quatre petits mots, mais avec un ton qui, il le savait, allait transpercer son ami.
— T'es horrible, Scorp.
Et il partit, plantant Scorpius sur place.
— Attends, Al ! appela-t-il d'un ton désolé.
Albus s'en moquait. Il n'avait pas la moindre intention de s'arrêter, il était bien trop blessé par ce que lui avait dit Scorpius. Il ne voulait pas qu'il le voie avec les yeux humides. Il renifla.
À cette heure, une bonne partie de l'école devait être en train de se diriger vers la Grande Salle pour prendre le dîner. Bah, il n'avait pas faim. Au lieu de cela, il traversa le couloir de l'aile de l'infirmerie, où se trouvaient les salles de classe de métamorphose, puis il descendit les escaliers mobiles jusqu'à atteindre le premier étage. Il traversa le couloir, arriva aux grandes marches de marbre qu'il descendit également, traversa le Grand Hall mais, au lieu d'aller dans la Grande Salle sur sa gauche, il prit l'escalier qui descendait vers les sous-sols, s'arrêta devant un mur d'apparence anodine et prononça le mot de passe. Finalement, la porte de son dortoir claqua derrière lui. Il était seul.
Il se dirigea vers son lit, et s'effondra sur le matelas, le visage enfoui dans l'oreiller. Il aurait aimé pouvoir s'endormir sur commande, oublier cette journée pourrie et faire comme si de rien n'était avec Scorpius…
Il se demandait si Scorpius était toujours dans le couloir, assis sur son banc, à ruminer… Quand il était parti, il l'avait véritablement scotché sur place.
Il se releva d'un seul coup. Il avait un moyen de savoir si Scorpius était toujours là-haut ! Scorpius lui-même le lui avait offert ! Albus sortit de sa table de nuit un morceau de parchemin ainsi que sa baguette, puis il la pointa sur le parchemin et prononça :
— Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises !
Il déplia ensuite la carte. Presque tous les points et toutes les étiquettes étaient rassemblés dans un illisible conglomérat sur les traits de la Grande Salle. Albus aurait été bien incapable de trouver qui que ce fut dans ce vaste imbroglio, mais il savait où regarder.
Bingo ! Comme il s'y était attendu, Scorpius était toujours dans le couloir, assis sur le banc de pierre. Albus ne sut trop dire si cela lui plaisait de voir son ami aussi touché par leur engueulade, ou s'il aurait préféré qu'il soit en train de manger dans la Grande Salle avec les autres. Maintenant qu'il y pensait, cette engueulade avait été tellement stupide…
Albus allait ranger la carte quand il aperçut un autre point bouger deux étages au-dessus de Scorpius. Quelqu'un sortait de l'infirmerie. Le cœur d'Albus manqua un battement lorsqu'il vit de qui il s'agissait.
— Oh Merlin non, pas elle !
Oriana Bell. Putain de Oriana Bell, parmi toutes les filles du monde, se décidait à cet instant à passer dans l'escalier de l'aile de l'infirmerie !
Albus priait pour qu'elle ne voit pas Scorpius. Il l'observa avec anxiété arriver au quatrième étage, faire le tour du colimaçon, le point disparut du quatrième étage puis reparut sur le dessin du troisième étage…
— Allez, allez, descends, descends ! BORDEL !
Raté. Évidemment.
Le point d'Oriana se dirigea vers Scorpius, toujours assis sur le banc. Désormais, Albus priait pour qu'elle ne s'arrête pas, il priait pour qu'elle lui passe devant sans même un regard. Allez ! Allez ! Peut-être faisait-elle partie de cette majorité débile de gens qui détestaient Scorpius sans raison ? Ou peut-être avait-elle eu une soudaine envie de visiter le magnifique couloir du troisième étage de l'aile de l'infirmerie et que la présence de Scorpius n'était qu'une coïncidence… non ?
Albus connaissait déjà les réponses à toutes ces hypothèses. Les deux points se rencontrèrent finalement, et ne bougèrent plus. Avec un soupir, il tapota la carte en prononçant la formule qui l'effaçait, puis se laissa retomber sur son matelas.
À présent seul avec ses pensées, il se demandait pourquoi l'idée qu'Oriana rencontre Scorpius le rebutait tant… Après tout, qu'est-ce que ça pouvait lui faire qu'il parle enfin à cette fille ? Ils semblaient s'apprécier, il aurait donc plutôt dû s'en réjouir…
Le mystère de ses sentiments… Il avait décidément un mal de chien à les analyser, ces derniers temps…
Pendant ce temps, dans le couloir du troisième étage de l'aile de l'infirmerie, Scorpius bafouillait.
— … euh… Ou-oui, j'avais juste, euh… Pas très faim. Pas tout de suite.
Bon sang, que cette fille était belle ! Elle avait deux petits yeux bleus en amande, des cheveux noirs assez courts coiffés à la garçonne, elle était légèrement plus petite que lui et paraissait douce et attentionnée, intéressée par tout !
— Tu avais l'air triste, quelque chose ne va pas ?
Oh, et puis sa voix ! Sa voix claire et aussi belle que son visage, elle le faisait fondre. Il y avait dans ses attitudes, son petit sourire, sa manière de tout observer avec curiosité, ainsi que le charme qu'elle dégageait, quelque chose de familier que Scorpius ne savait reconnaître.
— Non, c'est juste…
Il soupira. Il n'avait pas envie de parler d'une engueulade avec Al à Oriana Bell la toute première fois où il lui parlait ! Mais elle paraissait sincèrement curieuse et intéressée, et puis il ne voyait pas d'autre sujet à aborder alors qu'il avait une tête d'enterrement et qu'il traînait seul depuis dix minutes dans un couloir à l'heure du dîner.
— Je me suis disputé avec mon meilleur ami. Ce n'est jamais agréable.
— Oh… Ton meilleur ami, c'est Albus Potter, c'est ça ?
Scorpius hocha lentement la tête.
— Oui. C'est un peu mon seul ami, je dois dire…
Bon sang, mais pourquoi parlait-il de cela ? Ce n'était pas le moment de mettre en avant tout ce qui le rendait pathétique !
— Oui, ça se sait, dit-elle avec un petit rire. Tu sais, moi je n'ai jamais trop compris pourquoi on t'en voulait à ce point… Si ça peut te rassurer, je ne crois pas du tout en ces bêtises qu'on dit sur ton compte !
— Les Serdaigles réfléchissent trop pour y croire, il semblerait… Mais ils ne me parlent pas pour autant !
Elle rit franchement cette fois-ci. Merlin, qu'est-ce qu'il aimait l'entendre rire !
— Eh bien, moi je te parle. Je ne vois pas de raison de ne pas le faire, tu es plutôt sympa… Tu dois avoir faim ! Tu veux venir manger ? Je me rendais justement dans la Grande Salle !
Scorpius eut une pensée pour Albus. Il ne s'attendait pas à le trouver dans la Grande Salle… Son ami avait rarement envie de manger lorsqu'il n'allait pas bien. Non, le connaissant il était sans doute quelque part, sur un banc semblable au sien, à discuter avec Rose de ce qui venait de se passer. Ou bien il était dans la Salle Commune, mais c'était assez peu son genre de s'isoler quand il était triste.
Finalement, il accepta la proposition d'Oriana. Il valait mieux qu'Albus et lui laissent un peu décanter ce qu'il s'était passé avant de se retrouver. Manger en faisant connaissance avec Oriana lui ferait sans doute du bien, il retrouverait Albus ce soir.
Ainsi, ils passèrent tout le temps du dîner à parler. Oriana lui présenta ses deux meilleures amies qui passèrent leur temps à pouffer sitôt qu'il disait quelque chose. Soit elles avaient le rire très facile, soit elles savaient des choses que lui ignorait et cela les faisait marrer. Mais au moins, elles ne le détestaient pas, ce qui suffisait à Scorpius pour les trouver sympathiques.
Après dîner, Oriana ne le laissa pas partir pour autant. Elle lui proposa d'aller marcher un peu au bord du Lac Noir, qui était magnifique sous la neige. Scorpius accepta sans trop hésiter, passer du temps seul avec cette fille était presque magique. Ils parlèrent de tout et de rien, des cours, des gens… Oriana semblait aussi talentueuse que lui, c'était agréable, pour une fois, de discuter avec quelqu'un de son niveau !
Scorpius, sans s'en rendre compte, parlait beaucoup d'Albus. Il le décrivait à Oriana sous toutes ses coutures, lui expliquant l'amitié presque fusionnelle qui les liait, et comment celle-ci pouvait être intense dans les joies comme dans les peines… Il parla aussi beaucoup de sa mère. Il lui expliqua sa maladie, quelle femme elle était, à quel point elle était belle… Enfin, il parla de sa vie un peu morose au manoir, et lui proposa de venir le visiter, un jour. Elle accepta en riant.
Peu à peu, leurs pas les ramenèrent dans le Grand Hall, et ils durent se séparer. Oriana devait rejoindre la Tour de Serdaigle, et lui le sous-sol sous le lac.
— On se refait une balade demain ? J'adore marcher dans la neige, et puis on est samedi demain !
— Oh, euh… Ou-oui, ok, demain, noté ! bafouilla-t-il à nouveau.
— Super ! À demain Scorpius !
Elle s'approcha alors de lui et le serra contre elle en entourant ses épaules de ses bras, puis elle se mit à monter le grand escalier de marbre quatre à quatre.
— Woah… murmura Scorpius, planté au milieu du Grand Hall.
Lorsqu'enfin il parvint à faire obéir ses jambes afin qu'elles le mènent jusqu'à son dortoir, il y trouva les rideaux du lit d'Albus fermés. Il en fit le tour, jusqu'à arriver entre leurs deux lits, d'où il put voir que le troisième était resté entrouvert.
Tous les deux dormaient souvent ainsi. Ils aimaient parler, le soir, avant de se coucher, si bien que lorsqu'ils s'endormaient enfin, aucun des deux n'avait pu fermer complètement le rideau. C'était devenu une habitude depuis, à tel point qu'Albus le faisait alors qu'il était seul.
Scorpius avait le cœur partagé entre l'envie de se réconcilier le plus vite possible avec Albus et l'envie de se laisser baigner dans les si douces émotions de la soirée avec Oriana. Finalement, il vit que son ami ne dormait pas encore, mais fixait le sommet de son baldaquin les yeux grands ouverts. Cela le décida.
— Al ? Tu ne dors pas ?
— J'arrive pas, murmura-t-il.
Scorpius s'approcha, ouvrit un peu plus le rideau, et s'agenouilla pour être à la même hauteur que son ami.
— À cause de tout à l'heure ?
Albus hocha lentement la tête. Scorpius soupira, puis s'excusa à voix basse :
— Écoute, je n'aurais pas dû te dire ce que je t'ai dit, tout à l'heure. Je m'en suis voulu dès que les mots ont quitté ma bouche. J'étais énervé, et… je ne sais pas, je t'en voulais, donc j'ai dit des choses que je ne pensais pas pour te faire enrager. Pour finir, je n'ai réussi qu'à te blesser… Je suis désolé, tu sais que je n'en pensais pas une miette, pas vrai ?
— Je sais…
Scorpius hocha doucement la tête.
— Mais tu l'as dit quand même… asséna Albus d'une voix lente.
— Mais je l'ai dit quand même… répéta Scorpius, désarmé.
Il y eut un nouveau silence. Scorpius put voir les yeux d'Albus redevenir humides, et cela lui fendit le cœur en deux. Il avait beau savoir qu'il n'était clairement pas le seul fautif dans leur engueulade, voir Albus les larmes aux yeux aurait à jamais un effet dévastateur sur lui.
— Oh, Al…
Son ami s'essuya les yeux avec précipitation.
— Désolé, pardon Scorp… Je… J'ai pas été non plus à la hauteur. Je sais que tu comptes sur moi, j'aurais dû faire attention et penser à toi. Et j'aurais pas dû m'énerver.
— Al… Tu sais que tu es à peu près tout ce que j'ai au monde avec ma mère et mon père, pas vrai ?
Celui-ci hocha doucement la tête.
— Tant mieux. Ça sera toujours le cas, vieux. Comme des frères, à la vie à la mort !
Scorpius fut récompensé par un petit sourire qui vint étirer les lèvres d'Albus.
— Merci Scorp ! Encore désolé…
— Il ne s'est rien passé, va. Allez, dors, tu es crevé et cela se voit. À demain !
Le lendemain, tout fut comme s'il ne s'était rien passé. Albus était heureux de retrouver son ami, qui lui présenta Oriana avec enthousiasme. Il essaya d'être cordial avec elle, mais, sans trop savoir pourquoi, il la trouva un peu pimbêche. Elle parlait avec une voix haut-perchée et paraissait un peu juger tout et tout le monde. Néanmoins Scorpius l'appréciait, donc Albus se promit de faire un effort pour lui.
Elle passa pas mal de temps avec eux le weekend, mais, heureusement, cela ne se fit pas au détriment d'Albus, et c'était tout ce qui lui importait vraiment.
Le lundi matin, quelqu'un manquait à la table des professeurs.
— Où est mon père ? demanda Scorpius en fronçant les sourcils.
— Ah, ça j'en sais trop rien, admit Albus en haussant les épaules.
— Bizarre… D'habitude il ne voyage jamais pendant les cours.
— Chut, écoute ! interrompit-il en pointant du doigt Neville qui s'apprêtait à prendre la parole.
— Chers élèves ! Je dois vous annoncer, avant que ne commence cette belle dernière semaine de cours, que le Professeur Malefoy ne pourra pas assurer les cours de potion de la semaine ! Par conséquent, il sera remplacé à titre exceptionnel par le Professeur Pencroft jusqu'à la cinquième année. Les classes d'ASPIC du Professeur Malefoy ont temps libre à la place du cours ! Très bonne journée à tous !
Il y eut un murmure approbateur en provenance des plus vieux élèves, et d'autres simplement curieux. Scorpius, lui, se passait les mains sur le visage d'un air inquiet.
— Tu n'as aucune idée de ce qui peut expliquer cette absence ? demanda Albus, qui sentait que son ami n'allait pas très bien.
— Si, répondit Scorpius, la voix tremblante. Ma mère.
Merci de m'avoir lu, j'espère que ça vous a plu !
Désolé pour ce petit cliffhanger à la fin ! On ne peut qu'espérer que Scorpius se trompe, pour lui et pour Drago...
Le prochain chapitre est un de mes favoris ! Je ne sais pas encore si je le publierai ce vendredi ou celui d'après, car publier ce vendredi risque de chambouler le planning de ma bêta et aussi un peu le mien... Bref ! Vendredi 12 ou 19 août on revient avec le chapitre 7 : Fratricide ! Ah oui, le nom est pas très engageant, zut, ça va être terrible d'attendre dix jours... Grmbl, je vais voir ce que je peux faire !
Comme d'habitude n'hésitez pas à laisser une review, à dire bonjour, à parler de tout et rien et même vos vies, ça m'intéresse de ouf et c'est très important pour moi de voir vos commentaires !
Gros bisous à vous autres, et belle journée ! À bientôt !
