Bonjour à toutes, bonjour à tous !

Très content de publier ce chapitre aujourd'hui, il clôture le triptyque des trois chapitres un peu dur qu'étaient le 7, 8 et 9. Alors comment va-t-on retrouver Scorpius ? Et Albus saura-t-il être là pour lui malgré leur engueulade ? Ce chapitre est un de mes préférés, j'ai adoré l'écrire. Il amène nos deux héros au bout de leurs émotions, et il y a bien des raisons à ça ! Je vous laisse le découvrir !

Comme je le disais, un des chapitres les plus longs de la série ! 10'000 mots sur Word, et je dois avouer avoir sur-estimé la manière grotesque qu'a le compteur de mots de FFNet de rajouter tout un tas de mots supplémentaires comparé à Word ou AO3. D'ailleurs c'est marrant : FFNet rajoute des mots comparé à Word, et AO3 en enlève ! On croirait qu'il n'y a pas mille manières de compter des mots, mais il y en a en fait assez pour obtenir trois résultats différents, et avec une belle variance ! Je me marre.

Vous avez été nombreux·ses à relever la relation presque parfaite entre Albus, son frère et sa sœur, et je dois avouer que c'est une caractéristique que je voulais depuis le début, tout en gardant la capacité qu'ont des frangins à se crier dessus bêtement. Je voulais cette espèce de dualité, entre l'amour inconditionnel et l'engueulade fraternelle... James et Lily n'ont pas des rôles si majeurs que ça, mais ils interviennent à des moments clés de l'histoire, et là, je crois qu'on peut dire que c'est Lily qui va déclencher une certaine prise de conscience chez Albus... Je n'en dis pas plus :D

Comme d'habitude un grand merci à celles et ceux qui laissent un commentaire, vous êtes les meilleurs ! Discuter de l'histoire avec vous est hyper agréable, j'attends ça chaque semaine. Merci comme toujours à Pouik et Shik-Aya-chan pour leur correction acharnée !

Je ne vous retiens pas plus longtemps, bonne lecture !


Chapitre 9

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Sanglots


— C'est hors de question, Al ! gronda Harry.

— J'irai. J'm'en fous j'irai ! cria le jeune garçon en retour.

À peine avait-il fini de lire la lettre de son ami qu'Albus s'était précipité dans sa chambre et avait commencé à rassembler ses affaires. Dans la lettre, Scorpius lui demandait s'il voulait bien le rejoindre au manoir des Malefoy. Bien sûr, son ami prenait mille précautions, en disant qu'il comprenait bien si cela n'était pas possible, et tout ce genre de conneries. Al se devait de répondre présent. Il était inconcevable de ne pas le rejoindre.

Avant de commencer à faire sa valise, Albus avait pris sa plume, un morceau de parchemin, avait griffonné qu'il arrivait, et donné sa réponse au hibou des Malefoy. Sa mère n'avait pas émis la moindre protestation lorsqu'il lui avait dit qu'il partait ce soir même, par un portoloin régulier qui reliait Godric's Hollow à Salisbury, dans le comté du Wiltshire où se trouvait la demeure de la famille Malefoy. Le père de Scorpius serait là pour le récupérer s'il venait, lui avait-il dit.

Albus n'avait aucune idée de l'état dans lequel il allait trouver son ami. Dévasté, certainement. Lui-même était incapable d'imaginer la douleur de perdre sa mère, ou James, ou Lily… À cause de cela, il appréhendait les retrouvailles. Voir Scorpius triste lui faisait invariablement un mal de chien, mais là, il allait devoir être fort pour lui. Il y allait pour l'aider à traverser cette épreuve, pour le soutenir et essayer d'être là pour lui, comme devait le faire un ami.

En revanche, il ne s'était pas du tout attendu à la réaction qu'allait avoir son père en apprenant qu'il comptait partir. Lorsque Harry revint à la maison peu de temps avant le déjeuner et vit que son fils était occupé à boucler précipitamment sa valise, il le rejoignit dans sa chambre pour lui demander ce qu'il faisait, et pourquoi il s'apprêtait à partir un soir de réveillon. Albus lui expliqua la situation et conclut en disant qu'il le rejoignait dès ce soir.

— Tu le rejoins ? Où donc ? avait demandé son père, suspicieux.

— Ben chez lui évidemment.

— Au Manoir Malefoy ?

— Ben oui.

— Al, c'est hors de question. Je suis désolé, mais entrer dans cette horrible maison et être entouré de Malefoy, c'est non.

Oh merde. Il n'aimait pas du tout la direction que prenait cette discussion. Son père pouvait se révéler particulièrement obstiné, parfois, surtout quand des sujets de son passé ressortaient.

— Quoi ? Mais qu'est-ce que ça fait ? Maman a dit oui !

Albus ne vit pas le regard circonspect que s'échangèrent son frère et sa sœur dans le couloir de l'étage. Visiblement, aucun ne comptait se mêler de l'engueulade qui s'annonçait, malgré leur envie de soutenir Albus après la discussion qu'ils venaient d'avoir.

— Crois-moi, tu ne veux pas savoir les horreurs qu'a connu cette baraque. J'ai jamais eu confiance en Malefoy, ça c'est une chose, mais laisser mon fils entrer dans ce temple des Mangemorts, certainement pas.

— Mais enfin, Papa, sa mère est morte ! Avec toute sa famille, ils sont pas très nombreux, et…

— Parce que Lucius et Narcissa Malefoy y sont aussi ?

— Bah évidemment !

— Alors ce n'est même plus la peine d'en discuter, conclut Harry. Mon propre fils aux mains de deux Mangemorts, dans le Manoir Malefoy ? Faudrait être taré.

— Comment ça pas la peine d'en discuter ? lança Albus en haussant le ton. Bordel, mets-toi un peu à sa place !

— Ça suffit, Albus ! ordonna Harry en haussant la voix à son tour. Tu le vois dans cinq jours à peine, ça ira ! Tu prendras de ses nouvelles à ce moment.

— Mais putain, sa mère est morte enfin ! cria Albus.

La colère faisait bouillonner ses veines, à présent. Il ne pouvait pas imaginer que son père eût à ce point un cœur de pierre. Harry le fixa d'un regard noir, ses yeux lançaient des éclairs.

— Et tu crois que je ne sais pas ce que ça peut faire de perdre quelqu'un ? tonna son père aussi fort que lui, la voix menaçante. Ces gens ont torturé et tué des dizaines d'innocents dans ces murs, y compris ta tante Hermione ! Et maintenant tu veux aller te livrer à eux ? Arriver la bouche en cœur comme si tout cela ne s'était jamais produit ?

— C'est de l'histoire ancienne, ça ! Scorpius a rien à voir avec ça, lui ! Tu prétends savoir ce que ça fait mais tu m'empêches d'y aller alors que je suis le seul à pouvoir le réconforter !

C'était comme un concours à qui hurlait le plus fort.

— C'est faux, tu es loin d'être le seul ! Il a son père pour l'aider, c'est bien assez !

— Mais…

— J'ai dit non ! C'est hors de question, Al !

Leur vacarme était devenu assez insupportable pour que Ginny vienne voir ce qu'il se passait dans la chambre. Albus ne lui laissa pas le temps d'intervenir. Il vociféra :

— J'IRAI ! J'M'EN FOUS J'IRAI !

Il tourna le dos à son père puis se saisit de sa valise ainsi que de son sac à dos et de quelques autres affaires qui traînaient encore, puis s'approcha de la porte de sa chambre.

Harry se trouvait dans l'encadrement. Ses yeux étaient incendiaires et sa respiration lourde, comme appuyée par la frustration. De là où il était, il l'empêchait de passer.

— Laisse-moi sortir ! grogna Al.

— Non. Pas avant qu'on ait parlé.

— MAIS J'AI RIEN À TE DIRE, MOI ! lança-t-il en criant à nouveau. PUTAIN À MA PLACE TU AURAIS FONCÉ CHEZ RON, NON ?

Albus avait les yeux humides de rage à présent.

— JE T'INTERDIS DE CRIER ! répondit-il d'une voix forte et menaçante, le doigt tendu entre les yeux de son fils. Et de parler de choses dont tu ignores tout, ajouta-t-il, glaçant. Ron et la famille Weasley n'ont rien à voir avec les Malefoy !

Albus maintenait ses yeux plantés dans ceux de son père. C'était comme s'il espérait l'assommer d'un simple regard. Insidieusement, la colère était devenue une sorte de haine froide, il voulait être loin, juste loin. Il se moquait complètement de cet homme qui voulait l'en empêcher.

Ginny avait accouru derrière son époux. Elle l'appelait, mais il n'entendait pas ou feignait de ne pas l'entendre.

— Harry ! apostrophait-elle.

— Scorpius est le seul qui m'emmerde pas sur cette Terre, asséna Albus d'une voix glaciale.

— Tu parles du talentueux fils de Drago Malefoy ? siffla Harry entre ses dents.

— Harry ! exhorta Ginny d'une voix plus forte.

Albus sentit un énorme poids s'abattre sur son estomac. Comme si un détestable sentiment qu'il ne parvenait pas à identifier coulait soudainement le long de ses veines, droit dans son cœur.

— Avoue… asséna-t-il lentement. Avoue que tu aurais préféré que ça soit lui, ton fils, siffla le garçon.

Sa voix tremblait. Pourquoi fallait-il toujours que sa voix tremble comme un débile ?

— Harry !

— Au moins, répondit son père, il sait se tenir sur un balai, lui !

— HARRY ! cria sèchement Ginny pour se faire entendre, tirant son époux hors de l'encadrement de la porte.

Albus en profita pour bondir hors de sa chambre en tirant sa grosse valise, bousculant à la fois son père et sa mère en se jetant dans l'escalier. Sa valise frappa contre les marches dans un vacarme assourdissant. En bas, James et Lily attendaient que la tempête passe. Lorsqu'Albus franchit le perron de la porte d'entrée sans un mot, ils le suivirent sans rien dire non plus.

Une fois à l'air frais, Albus sentit que des larmes coulaient le long de ses joues. Il se passa la main sur le visage en un geste rageur. James marchait sur sa droite, il finit par lui prendre la poignée de sa valise pour la tirer à sa place. Lily marchait sur sa gauche, en regardant droit devant elle.

Ce moment était curieux, pour lui. Son cœur battait fort dans sa poitrine, il peinait à s'y retrouver entre la déception, la colère et la haine qu'il ressentait en ce moment, mais son frère et sa sœur étaient à ses côtés. C'était… apaisant. Jamais auparavant Scorpius n'était devenu à ce point une source de tension entre son père et lui, et jamais non plus il ne s'était senti aussi peu à sa place dans sa propre maison. La somme de l'engueulade avec son ami et celle-ci achevait de flinguer sa coupe émotionnelle. Il avait besoin d'autre chose.

Après un long moment à marcher en silence, James finit par dire :

— Papa est un imbécile.

Albus ne répondit rien. Il était d'accord, évidemment, mais les mots de son père le hantaient. « Lui au moins il sait se tenir sur un balai. » Comment pouvait-il le juger à son unique incapacité à voler ? Et pourtant, c'était vrai : son propre père aurait préféré n'importe qui d'autre plutôt que d'avoir un fils malhabile sur un balai… Harry Potter, son père, venait de lui avouer qu'il ne pouvait qu'être heureux avec James et Lily, les talentueux joueurs de Quidditch ! C'était si futile, si absurde que ça lui donnait presque envie de rire.

À la poubelle tout le reste, tout ce qui faisait de lui un garçon unique, charismatique, énergique, tous ses talents… Il ne savait pas faire du balai !

— Al… J'aime pas te voir comme ça, reprit James.

Ça c'était facile à dire. Lui non plus n'aimait pas se voir comme ça. Ce n'était pas comme s'il avait choisi…

La station de portoloins de Godric's Hollow n'était pas, comme dans les villes entièrement moldues, déguisée en un magasin de chaussures ou de bijoux en plastique. Non, elle était située dans le quartier sorcier de la ville, si bien que les moldus n'y venaient jamais. Par conséquent, elle se payait le luxe d'être une vraie station qui ressemblait à un magasin d'antiquités, puisque tout et n'importe quoi servait de portoloin et y était exposé. Le chef de station récupérait les objets en provenance des villes moldues et les réutilisait pour le retour. Il recevait souvent des chaussures, mais il y avait parfois des marteaux en provenance de faux magasins de bricolage, des livres pour les libraires, et plein d'autres choses. Il y avait même cette station, à Leeds, réputée pour son tenancier très expansif, qui était déguisée en boutique de lingerie coquine. Elle n'avait de cesse de lui envoyer des strings, culottes de dentelles et autres boxers en résille.

Ils arrivèrent devant la station quatre bonnes heures avant le départ du portoloin qu'Albus devait prendre, à l'origine. Mais plutôt que d'attendre en tournant en rond dans son village, où il risquait d'être reconnu et dérangé, il préférait partir plus tôt que prévu et errer du côté de Salisbury.

— Tu es sûr que ça va aller ? demanda James d'une voix douce.

Albus hocha la tête.

— Ne t'en fais pas pour Papa, okay ? Tu le connais, Maman doit être en train de l'étaler comme jamais.

Il hocha de nouveau la tête en détournant le regard. Il avait toujours les yeux humides.

— Prends soin de toi, et écris-moi. Hey, Al ? Regarde-moi !

Il le fixa.

— Tu m'écris, d'accord ? Je veux vraiment savoir comment tu vas, toi. Et j'ai l'impression que ça dépend pas mal de Scorpius, pas vrai ? Alors tu m'écris !

Albus hocha lentement la tête.

— Et essaye de te remettre. Tu as l'air au bout du rouleau. Oublie pas que Scorpius a besoin de toi, ce soir, compris petit gars ?

James lui parlait à présent d'une voix chaleureuse, apaisante. Elle avait le don de réussir à le calmer, au moins un peu. Son frère le prit par l'épaule, comme pour le rassurer encore.

— Profite de l'après-midi pour te reprendre si tu y arrives, et sois fort pour ton ami, d'accord ? Et tu n'oublies pas ta promesse : tu me tiens au courant si les choses bougent avec lui !

Une dernière fois, Albus acquiesça. Son frère le serra chaleureusement contre lui, puis Lily vint l'enlacer dans une embrassade bien agréable.

— On va rentrer, avec Lily, on doit empêcher Maman de tuer Papa, tu les connais, fit James avec un sourire complice. À plus, Al !

Avant de s'en aller, Lily lui glissa à voix basse, sans que James n'entende :

— Scorpius et toi, vous êtes faits pour être ensemble. Peu importe comment.

Puis elle tourna les talons et s'enfuit en trottinant pour rejoindre son grand frère. Cela laissa Albus troublé. Qu'entendait-elle par là ? En tant qu'ami ? Pourquoi dirait-elle « être ensemble », alors ? En tant que… plus qu'ami ? Mais cela, c'était parfaitement impossible, il l'avait dit ce matin ! Même s'il le voulait, ce qui n'était pas le cas, sa vie deviendrait un enfer !

Sans blague, il avait bien trop de choses à ordonner, à résoudre en cet instant pour pouvoir y ajouter l'état de sa relation avec Scorpius ! Ils s'étaient quittés dans le Poudlard Express après cette grosse engueulade, et voilà qu'ils allaient se retrouver sans aucune idée de comment reprendre les choses…

Il entra dans la station, paya les trois Mornilles que coûtait le billet pour Salisbury, et alla s'asseoir dans la salle d'attente. Son portoloin partait dans dix minutes. À présent qu'il se posait, il avait un peu faim. Il décida donc que la première chose qu'il ferait en arrivant à Salisbury serait d'aller chercher à manger.

Albus se demandait sincèrement ce qui avait pu causer la réaction de son père. Était-il vraiment stupide au point de ne pas savoir faire la différence entre ses rancœurs d'adolescent et la vie de son fils, presque vingt-cinq ans plus tard ? Ou était-il traumatisé jusqu'à en oublier que la guerre était belle et bien finie ? Il n'avait pas vraiment envie de penser que oui, et pourtant ! Rien dans l'attitude de son père ne lui faisait croire l'inverse. S'il y avait une autre raison, il la cachait bien.

Le chef de la station écoutait la radio, à son bureau. Albus reconnut la voix de cet horrible animateur : Maury. Pour une fois, il ne parlait pas de ces conneries de Fils du Phénix ou de la famille Malefoy, non. Il se contentait de cracher sur la politique que sa tante Hermione menait de front. Il vitupérait d'un sujet à l'autre, sans jamais s'arrêter : le rapprochement avec les moldus était un danger pour la civilisation magique, la fermeture d'Azkaban une aberration qui remettait en liberté tous les criminels, il annonçait même le grand remplacement à venir des traditions des sorciers par la culture moldue.

— Déjà, à l'École de Sorcellerie Poudlard, on voit de plus en plus d'élèves avec des objets moldus comme des feuilles de papier, des stylos, ou même des jeux-vidéos ! C'est la fin, vous dis-je ! Qu'en pensez-vous, Elisabeth ?

Et sa collègue de reprendre le même discours affligeant, en vociférant plus fort, plus stupidement que son patron… C'était presque une compétition, entre eux, dont le but était de prononcer la phrase la plus polémique, la plus choquante, mais sans jamais aller trop loin ! Toujours à la limite de la liberté d'expression, et en l'invoquant d'ailleurs à corps et à cris ! Albus roula des yeux. Il n'y avait bien que des mecs aussi cons que McLaggen pour écouter des horreurs pareilles, et y croire.

Dix minutes s'écoulèrent ainsi, puis une vieille lampe à huile se mit à vibrer et briller d'une lueur bleutée. Le chef de la station appela le départ pour Salisbury, et Albus vint mettre sa main contre le petit objet. Quelques secondes plus tard, il se sentit décoller comme si un crochet venait de le tirer vers le haut au niveau du nombril. Après quelques secondes encore de voyage, il se retrouva d'un seul coup sur les fesses, dans un bâtiment plein de lampes à huiles.

— Bienvenue à Salisbury, monsieur ! fit une voix pour l'accueillir.

Un vieil homme surgit soudainement de derrière un faux comptoir en bois et se précipita pour l'aider à se relever par le bras. Albus le remercia faiblement, se releva et s'épousseta un peu.

— C'est un magasin de… ? demanda-t-il.

— De théières moldues bien sûr ! Les moldus utilisent ces étranges objets pour leur thé au lieu de nos théières à nous, étrange non ? Mais rien de mieux pour passer inaperçu !

— Des théières ? Mais ce sont des… Enfin, bref, j'ai rien dit. Au revoir !

Albus sortit dans la rue. Personne ne semblait s'intéresser à la petite échoppe d'où il venait, et pour cause ! Quel genre de moldu serait intéressé par des lampes à huiles reconverties en théières ? La petite rue piétonne le mena à une autre, plus grande, où beaucoup de moldus faisaient leurs emplettes de dernières minutes pour le passage à la nouvelle année.

Il n'avait pas spécialement le cœur à la fête. C'était déjà le cas à Noël. Habituellement, il recevait toujours un cadeau de son ami, et il en envoyait un lui aussi. Cette année, il en avait acheté un, mais il ne l'avait pas envoyé. C'était un très beau livre sur les techniques de vol acrobatique et les plus belles figures à réaliser. Il avait hésité de longues heures à l'envoyer, il s'était même fait la réflexion que s'il parvenait à finir sa lettre le vingt-cinq décembre, il l'enverrait avec le cadeau. Mais il n'y était pas parvenu. Cependant, c'était pour le mieux, se disait-il, car il n'avait rien reçu non plus… Ne pas recevoir un paquet signé de la main de Scorpius pour la première fois depuis toutes ces années, cela l'avait miné. Il avait passé toute la journée suivante dans sa chambre, à écrire, raturer, réécrire une lettre pour Scorpius qu'il n'était pas parvenu non plus à finir. Il n'avait même pas dépassé le second paragraphe.

Cela dit, voir l'agitation d'une ville nouvelle lui changeait les idées. Il n'était jamais venu à Salisbury auparavant. C'était une ville de taille moyenne, dont le ciel était dominé, au loin, par les deux flèches de la grandiose cathédrale. Il n'y avait pas de neige, mais des gens emmitouflés dans leurs écharpes et bonnets, les mains protégées du froid par une tasse de chocolat chaud dans un gobelet en carton… Tout cela donnait un air résolument hivernal à la vieille ville.

Albus se remémora les paroles de James. Son grand frère avait raison, il devait se changer les idées s'il espérait remonter le moral de son ami. Actuellement, avec son air aussi déprimant que la façade grisâtre d'un immeuble de béton, il ne remonterait pas grand-chose. Il se mit, comme il se l'était promis, en quête d'un lieu où se remplir le ventre.

Il avait reçu pas mal d'argent à Noël de sa grand-mère Molly, de son oncle Ron et de sa tante Hermione, et puis il avait du temps devant lui, aussi il décida de se faire plaisir. Il poussa la porte du premier restaurant qu'il vit et qui n'était pas un fast-food. La serveuse prit soin de l'installer à une table où sa grosse valise ne dérangerait personne. Lorsqu'elle lui demanda ce qu'il voulait boire, il risqua :

— Hum… Vous avez une bière ?

Il ne savait pas trop pourquoi il demandait une bière. Il en avait déjà goûté, mais jamais bu une juste pour lui-même. À dire vrai, il se sentait libre en cet instant, et adulte, seul au restaurant à s'acheter lui-même à manger… Une bière avait semblé être la boisson idéale pour un moment pareil. Il ne savait même pas s'il allait aimer le goût.

Elle le regarda en plissant les yeux, suspicieuse. Elle finit par demander :

— Vous avez quel âge, monsieur ?

— Quatre-vingt-deux ans, répondit-il sans réfléchir.

La serveuse éclata de rire. Il ne savait pas vraiment si elle se moquait de lui, riait vraiment, ou riait poliment comme le faisaient parfois les serveuses pour ne pas froisser leurs clients. Dans tous les cas, ce rire lui colla un petit sourire sur le visage qui resta là un bon moment. Cela lui faisait du bien. Elle rigolait de sa répartie, qui avait été franchement pas mal, et il en était tout fier. Ça le rendait heureux. C'était bête, hein, mais ça le rendait heureux.

— Bon, je vous amène un Coca ? finit-elle par proposer.

— Oh, je peux même pas avoir un panaché ? demanda Albus.

Ça, au moins, il en avait déjà bu, et ce n'était pas très alcoolisé ni amer. Plutôt sucré, comme une bièraubeurre. Il n'aurait aucun mal à le boire.

— Normalement, non, mais je vais voir ce que je peux faire, lui lança-t-elle avec un petit clin d'œil complice.

Elle était assez mignonne, se surprit-il à penser. Pour de vrai ! Elle avait de longs cheveux blonds, de la même couleur que ceux de Scorpius, un rire clair avec un sourire franc, de belles formes… Lui qui se demandait parfois s'il trouverait un jour une fille à son goût, pour une fois il avait la preuve que oui sous les yeux ! C'était rassurant ! C'était un pas de plus qui l'éloignait de l'improbable relation plus qu'ambigüe que voulait lui coller son frère et sa sœur avec son ami.

Lorsqu'elle revint à sa table, elle lui apporta un panaché plus transparent qu'ambré, mais un panaché tout de même. Il la remercia, puis commanda une grosse salade avec du fromage de chèvre sur un toast en entrée, suivie d'un fish & chips maison qu'il dégusta en quelques minutes, puis en dessert une crème brûlée.

Sans savoir pourquoi, il essaya de prononcer les mots « crème brûlée » avec un accent français, en roulant les R et tout. Ça lui vint, comme ça. Visiblement, sa prononciation n'était pas exacte, puisque sa serveuse le reprit :

— Vous voulez dire une « crème brûlée », corrigea-t-elle dans un français parfait.

— Mon accent est si incompréhensible que ça ?

Elle eut un nouveau petit rire.

— Vous vous débrouillez très bien.

— Et vous êtes française.

— Absolument ! lança-t-elle en français.

Elle tourna les talons et lui amena son dessert, qu'il avala en quelques coups de cuillère. En partant, Albus salua bien la serveuse, et lui laissa un pourboire de dix livres. C'était beaucoup, il ne savait pas trop pourquoi il laissait autant… Cette fille avait été sympa avec lui, elle lui avait un peu redonné le sourire, et lui il ne savait même pas son prénom… Bah, tant pis, il avait de l'argent !

Albus remit sa veste sur ses épaules, et sortit. Il avait un peu froid, à présent. Dans la précipitation, il avait oublié à Godric's Hollow sa belle écharpe verte qui allait si bien avec sa veste grise. Sa veste, il l'avait achetée sur un conseil de Scorpius, qui avait décidément l'œil pour tout ce qui relevait des fringues. Elle lui allait super bien, et elle était belle. Il l'aimait beaucoup.

En sortant du restaurant, Albus avait toujours deux bonnes heures à tuer. Il les passa à aller de magasin en magasin, en commençant par une librairie dans laquelle il feuilleta rapidement les premières pages d'un bouquin moldu qui racontait l'histoire d'un type envoyé dans un labyrinthe avec plein d'autres types, qui l'exploraient le jour et se faisaient dévorer la nuit ou un truc du genre. Ça avait l'air sympa, mais un peu niais. Au bout d'un moment, la libraire vint râler, comme quoi ils n'étaient pas une bibliothèque, et que s'il voulait lire un livre il pouvait aussi bien l'acheter. « Connasse ! », s'exclama-t-il pour lui-même.

Il l'acheta quand même. Puis il tomba sur un magasin de fringues qui avait l'air sympathique. À l'intérieur, il vit une collection de très belles chemises ajustées. Il se fit la réflexion qu'il n'en avait pas beaucoup, des chemises, et que chaque fois que Scorpius en mettait une, il était systématiquement bien ! Peut-être que lui aussi il serait bien, en chemise. Alors il en acheta une dont la couleur bleue ressemblait à la couleur des yeux de Scorpius. Le vendeur lui avait dit qu'elle lui allait super bien, et que si elle le serrait un peu c'était normal, c'était la coupe qui était tendance, mais qu'il s'habituerait en un rien de temps. Albus était sûr qu'il le baratinait un peu.

Après cela, il entra dans un magasin de bières. Décidément, il y tenait à sa bière ! Le vieux propriétaire semblait à moitié endormi sur son comptoir, et il laissa sans peine le jeune garçon acheter quatre bouteilles d'une bière dont l'étiquette lui paraissait jolie. Lorsqu'il sortit, il se rendit compte qu'il avait vingt minutes à peine pour retourner à la station de portoloin, et qu'il devait se dépêcher pour ne pas être en retard. Il fourra tout ce qu'il avait acheté dans sa grosse valise, puis se mit à marcher d'un pas vif.

Plus il se rapprochait de la station, plus il se sentait angoissé. Est-ce que Monsieur Malefoy serait bien là ? Est-ce qu'il serait aussi peu amical avec lui que pendant leurs cours ? Dans quel état allait-il trouver un homme qui venait de perdre sa femme ? Et surtout, que devrait-il lui dire ! Juste « bonjour » ? Cela sonnait affreusement faux !

En quelques minutes, son sourire disparut de son visage. Lorsqu'il bifurqua à nouveau vers la petite ruelle qui menait à la station, il vit au loin Monsieur Malefoy qui l'attendait, droit comme un piquet, les bras ballants, vêtu d'une longue veste noire qui devait probablement coûter très cher.

Lorsqu'il s'approcha, il vit ce qu'il redoutait de voir. Le visage de l'homme était défait, creusé, marqué par d'énormes cernes. Ses yeux étaient rouge vif et toute son attitude laissait croire qu'il allait s'effondrer d'un moment à l'autre. Son regard était fixé sur le mur en face de lui, à la fois concentré et perdu face à ce rien du tout. Il avait l'air d'une coquille vide, ou un robot qui n'aurait jamais eu d'âme. Albus frissonna. Bordel, ce que cela pouvait avoir comme emprise sur vous, la perte d'un être cher…

— Bonjour, euh… Monsieur Malefoy.

L'homme tourna son regard vers lui lentement. Il ne parut pas surpris de le voir arriver de la ruelle plutôt que de la station. Il le salua d'un hochement de tête et, sans dire un mot, il plaça sa main sur l'épaule du jeune garçon.

— Accroche-toi, lui dit-il d'une voix faible, pathétique.

Albus avait l'habitude de transplaner, ses parents se déplaçaient souvent ainsi, et pourtant il trouvait systématiquement cela désagréable. Ils atterrirent après quelques secondes devant un immense portail de fer forgé.

Le ciel s'assombrissait à vue d'œil.

— Sors ta baguette, lui demanda Monsieur Malefoy, et fais comme moi.

Albus s'exécuta, et le suivit. Comme lui, il leva sa baguette vers le ciel et traversa le portail comme s'il ne fut jamais là.

— Le manoir est protégé, expliqua Monsieur Malefoy. Trop de gens nous veulent des ennuis. Ainsi le manoir te connait, il te laissera aller et venir comme tu veux, à condition que tu n'entres et ne sortes que par le portail, et toujours en levant la baguette.

Albus acquiesça. Tous les mots que prononçait son professeur semblaient douloureux, difficiles. Il paraissait à deux doigts de s'évanouir chaque fois qu'il reprenait sa respiration. Albus priait pour ne pas trouver Scorpius dans un état comme celui-là, bon sang cela allait être terrible…

Vu de l'extérieur, le manoir était lugubre. Il comprit un peu mieux la terreur qu'il inspirait à son père qui l'avait connu en temps de guerre. Il avait le toit très pentu, peu de fenêtres mais toutes très hautes, une façade faite de pierres grises ou noires, il ne présentait aucune tour, aucune rondeur, juste quatre murs extérieurs, beaucoup d'étages et des dépendances. Au centre de chaque étage, se tenait un large balcon à la balustrade de pierre.

Il suivit Monsieur Malefoy jusqu'à la lourde porte de bois sombre qui se trouvait au centre du mur, au sommet de quatre larges marches de marbre gris. Celle-ci s'ouvrit sans qu'il ne la poussât, comme si elle savait qu'ils arrivaient.

L'intérieur était bien plus chaleureux que l'extérieur. Albus se trouvait dans un grand hall éclairé par un magnifique lustre de cristal. Des reflets orangés parvenaient du fond de la pièce, où un ronflant feu de cheminée réchauffait la pièce. L'âtre était assez vaste pour qu'on y fît brûler des bûches de la taille de petits troncs d'arbre. Sur sa droite, un grand escalier menait à une mezzanine qui courait vers les couloirs de l'étage supérieur. Le sol était recouvert d'un très joli parquet et de multiples tapis. L'un passait sous un fauteuil de lecture, un autre sous deux chaises placées autour d'un échiquier, un autre encore entre les canapés et les fauteuils qui faisaient face à la cheminée…

Il semblait y avoir un peu d'agitation, dans le manoir. Plusieurs hommes à la mine sérieuse et sombre allaient et venaient avec des mallettes, des documents, des objets étranges… Monsieur Malefoy se tourna vers lui :

— Je vais te laisser, Albus, j'ai beaucoup de choses à faire. Je… Euh, si tu te perds dans le manoir, tu peux appeler Foxy, notre elfe de maison, et elle te guidera. Scorpius doit être dans sa chambre, je suppose… Il n'en sort pas vraiment... Là-bas, tu suis ce couloir, dit-il en indiquant une porte au rez-de-chaussée et c'est la troisième… Non, quatrième porte sur la gauche. Après l'angle.

Albus acquiesça, peu sûr de se souvenir de tout cela. À cet instant cependant, il n'avait qu'une seule envie, c'était de retrouver son ami. C'était étrange, mais c'était comme s'il sentait sa présence. Depuis qu'il était arrivé, son cœur battait plus vite, il se sentait plus léger, aussi, et surtout il était attiré par cette porte qu'on lui avait montrée.

Il commença à s'y diriger, quand Monsieur Malefoy l'interrompit :

— Et, euh… Albus ?

Il se retourna, interrogateur.

— Merci d'être venu, mon garçon. Pour Scorpius. Merci, sincèrement.

Albus se sentit rougir un peu, il ne s'était pas attendu à cela.

— Oh, euh, de rien. C'est normal.

Monsieur Malefoy hocha la tête, et disparut derrière la porte d'où sortait régulièrement l'un de ces messieurs à la mine sinistre.

Albus traîna sa valise derrière lui jusque dans le couloir que lui avait indiqué son professeur. Il avança, comptant les portes qu'il passait. Une fois arrivé devant la quatrième, après avoir tourné à l'angle du couloir, il laissa sa valise derrière lui. À présent, il était parfaitement anxieux. Il se demandait dans quel état il allait trouver son ami, si celui-ci allait lui pardonner leur engueulade du Poudlard Express, ou encore comment il allait bien pouvoir lui adresser la parole.

Il posa sa main sur la poignée, oubliant même de frapper. Il ouvrit.

Il découvrit une pièce magnifique, bien plus vaste que sa chambre à lui. On avait mis une confortable moquette au sol, le plafond était une toile tendue grise anthracite, et les murs étaient peints dans différentes nuances de vert sombre. La pièce, cependant, était assez lumineuse, car une grande baie vitrée occupait quasiment tout le mur de gauche, donnant sur le jardin du manoir, sans compter le puissant plafonnier qui éclairait bien l'endroit. Sur le mur de droite, une cheminée d'une taille raisonnable réchauffait la chambre de ses braises rougeoyantes, et aux murs, s'entremêlaient des posters, un miroir, des photos, et même des jouets d'enfants.

En un sens, cela ressemblait un peu à leur salle commune, la fugace lumière verte et ondulante du lac en moins.

Le lit était vaste, tiré à quatre épingles, et lui aussi recouvert d'une belle couverture verte dans les tons de la chambre. Étalé sur le matelas se trouvait Scorpius, les mains derrière le crâne, les yeux fixés au plafond.

En entendant la porte s'ouvrir, il releva un peu la tête. Le cœur d'Albus manqua un battement. Ce qu'il vit lui enserra les entrailles dans un étau de fonte. Son ami avait les yeux rouges et les paupières gonflées, comme s'il avait pleuré toute la journée. Ce qui était sans doute le cas. Ses cheveux étaient sales et en désordre, son visage marqué au burin. Il n'avait pas dormi de la nuit, c'était évident. Pire : Scorpius n'avait pas pris le temps de s'habiller ce matin. Sa tenue manquait complètement de cohérence, elle n'avait aucun sens. Cela pouvait paraître futile, mais quand on connaissait le garçon, ça ne l'était pas le moins du monde.

Scorpius sauta sur ses pieds et vacilla un peu. Albus, inquiet, s'approcha de lui, mais Scorpius fut plus rapide. En un éclair, il se jeta sur lui et l'attira dans ses bras comme si sa vie en dépendait. Il le serra contre lui comme jamais il n'avait serré quelqu'un, c'était à la fois désespéré, passionné, enragé… Albus lui rendit son câlin sans rechigner, bordel, il avait besoin de ça, lui aussi ! Il avait besoin de son ami, il avait besoin de sentir que rien ne s'était brisé malgré leur dispute, il avait besoin d'être rassuré, et de s'entendre dire que tout irait bien pour eux, malgré ces épreuves… Que tant qu'ils seraient là l'un pour l'autre, ils résisteraient à tout, même le plus horrible. Scorpius avait la tête enfouie dans son épaule, et il s'accrochait à lui dans son dos, ses mains se cramponnaient comme s'il était à présent la seule chose qui le retenait dans ce monde. D'un coup, d'un seul, il éclata en sanglots.

Cela dura plus de temps qu'Albus n'aurait pu mesurer. Ils restèrent là simplement, Albus debout, droit, le torse gonflé et le regard haut, ses mains dans le dos de son ami et qui essayaient de le réconforter, remontant parfois jusque dans sa nuque ; Scorpius, agrippé à lui comme à une bouée, pleurant toutes les larmes de son corps.

Chaque minute qui passait écrasait un peu plus le cœur du jeune garçon. Scorpius avait l'air si fragile en cet instant, blessé par une force qui le dépassait entièrement. Et Albus ne pouvait faire que serrer les dents, supporter, être là pour lui. L'aider à se relever, tout simplement.

Lorsqu'il parvint à arrêter de sangloter, le corps probablement à court de larmes, Scorpius ne releva pas tout de suite la tête. Il resta un moment là, enfoui dans l'épaule de son ami, à prendre de longues inspirations et à expirer encore plus longuement ensuite. L'air chaud chatouillait Albus dans le cou et le faisait frissonner.

Puis il finit par relever la tête. Les deux garçons se fixèrent un moment, avant qu'Albus finisse par lâcher avec un petit sourire désolé :

— On se fait des câlins, nous, maintenant ?

Scorpius éclata de rire.

Et pas qu'un petit rire. Il rit d'un rire franc qui résonnait dans la chambre et se répercutait sur tous les murs de la pièce. Il rit comme cela leur avait manqué de l'entendre, il rit si bien que le sourire d'Albus se transforma bientôt en un fou rire tout aussi hilare. Quand il riait, Scorpius avait cette capacité à le cueillir et à l'embarquer avec lui. Pour finir, tous les deux se retrouvèrent assis sur la moquette, côte à côte, au pied du lit, les yeux humides sans savoir de quelles émotions les larmes venaient. Les deux garçons étaient tant à fleur de peau en cet instant qu'ils représentaient probablement à eux deux un cocktail d'émotions capable d'écœurer dix personnes pour une semaine.

Le calme revint dans la pièce tandis que les deux garçons appréciaient, pendant un petit instant, un peu de silence. De cette quiétude transpirait la gratitude qu'ils avaient l'un pour l'autre. Ils étaient sans doute au bout du rouleau, mais si heureux d'être à nouveau réunis après ces journées horribles !

— Merci, Al. D'être là, articula Scorpius après un moment, la voix chargée de larmes.

— Si c'était moi à ta place, tu serais là. Je pouvais pas te laisser tomber, patate.

Il hocha lentement la tête.

— Alors, euh… Tu… Tu vas bien ? demanda Albus en se désespérant de sa propre maladresse.

Scorpius secoua la tête.

— Non, pas trop…

Il se releva, tendit la main à son ami qui la saisit et se laissa relever. Il sécha ensuite ses larmes et retrouva un visage un peu moins défait, puis proposa :

— Je… Je n'ai pas très envie de parler tout de suite. Tu n'es jamais venu. Le manoir est immense, je peux te faire visiter un peu, pour commencer.

— T'inquiète, je comprends. Je te suis.

Scorpius sortit de sa chambre, et tomba sur la grosse valise d'Albus qu'il avait laissée traîner là.

— Tiens, je peux commencer par te montrer ta chambre si tu veux ?

— Oh ? Ma chambre ? répéta Albus en ne parvenant pas à masquer sa surprise et la pointe de déception qu'elle couvait.

— Oui, pourquoi ?

Comment pouvait-il expliquer sans paraître complètement timbré qu'il avait très envie de dormir avec lui dans ce qui semblait être le lit le plus confortable du monde ? Et non, il n'avait pas envie de dormir avec lui pour… ça ! Il pensait simplement sincèrement que c'était le soir, avant de dormir, comme ils le faisaient souvent, qu'ils auraient le plus de temps pour discuter. Son ami lui avait manqué pendant dix jours au point de ruiner sa santé mentale, il n'avait pas envie de dormir dans une autre chambre !

Il décida de tenter de faire passer cela avec de l'humour… La fameuse technique de la blague !

— Tu as une chambre assez grande pour loger une famille entière et tu vas me faire dormir à l'autre bout du manoir ?

Scorpius eut un petit rire.

— C'est que je n'ai pas de matelas gonflable, moi… Enfin, euh, ça ne me dérange pas que tu dormes ici, hein, mais euh, ça veut dire… Enfin, je n'ai qu'un lit quoi, et…

— Ça me dérange pas si ça te dérange pas ! interrompit Albus pour couper court au malaise de son ami.

— Vrai ? lança Scorpius avec soulagement.

Curieux. Albus aurait pu jurer qu'il avait espéré cette proposition de sa part.

— Bien sûr, répondit-il comme s'il ne voyait pas du tout pour quelle raison tout cela pouvait paraître étrange.

— Ça marche !

Scorpius prit sa valise et la posa négligemment dans la chambre. Albus était persuadé avoir vu un fugace sourire sur ses lèvres. Il était bon dans son job de soutien moral !

Son ami l'entraîna ensuite dans les couloirs du manoir. Toute la propriété était en fait en forme de U, dont Albus n'avait vu que la partie frontale en arrivant. Le grand hall donnait sur deux longues ailes qui abritaient de nombreuses pièces, bureaux, salles de bains… Régulièrement, Scorpius lui désignait une salle qui lui était interdite, ou fermée à clé et jamais ouverte. Sa chambre se trouvait dans l'aile droite, celle de ses parents dans l'aile gauche. Presque tous les étages supérieurs étaient composés de suites qui permettaient d'accueillir une bonne cinquantaine d'invités à la fois.

Tous les couloirs étaient dallés de marbre blanc, gris ou rose, et les murs recouverts de boiseries. Leurs pas claquaient au sol et se répercutaient en écho, peu importe où ils allaient. Chaque pièce était richement meublée, et tous les salons et antichambres comportaient au moins une cheminée et une baie vitrée qui donnait sur l'extérieur. Dehors, entre les deux ailes, se trouvait un magnifique jardin au milieu duquel était un petit îlot entouré par un étang. On pouvait y accéder par l'un des trois petits ponts de bois taillés dans un style japonais. Sur cet îlot, on avait créé une terrasse ombragée des plus agréable. Pas le moindre toit n'apportait son ombre, à la place de cela, d'immenses arbres sans doute plusieurs fois centenaires protégeaient les occupants de leur feuillage.

— Le jardin est si beau ! commenta Albus, impressionné tandis qu'il le voyait dans la lumière du couchant depuis le balcon d'un bureau, à l'étage.

— Ouais, il est magnifique... Les jours où je m'ennuyais quand j'étais môme, je me racontais des histoires de chevaliers entre les arbres. C'était marrant.

Albus fixa son ami avec un air un peu moqueur.

— C'était marrant je te dis !

Il rigola doucement. Scorpius l'entraîna à sa suite et lui montra encore pêle-mêle de magnifiques salles de bain toutes en pierre et porcelaine, une grande salle pleine de balais parmi les plus luxueux et rapides du marché, une salle de jeux en désordre remplie de jouets que Scorpius n'avait pas dû toucher depuis des années, un sauna, un hammam, une piscine d'intérieur…

— Vous avez une piscine à l'étage, sérieusement… lâcha Albus, ébahi.

— Tu veux te baigner ? lui proposa Scorpius.

— Plus tard, peut-être ? Faudra que tu me prêtes un maillot, si tu veux pas me voir me baigner à poil, répondit-il, taquin.

— Qui voudrait voir ça ? envoya Scorpius du tac au tac.

— Hé !

Albus se demanda s'il ne devrait pas le jeter dans la piscine, pour faire bonne mesure.

— Plein d'monde, d'abord ! J'suis Monsieur Albus Potter, voyons, tu connais, les filles adorent.

— Ta grand-mère ne compte pas, Potter ! se moqua Scorpius en ricanant.

Albus voulut rétorquer, mais il ne trouva rien à dire. Son ami sauta sur l'occasion et s'écria avec un ton de commentateur sportif, bras levés :

— Oooh, le challenger est séché, Jean-Marc ! C'est une incontestable victoire du Scorpius-King, qui une fois de plus vient de moucher son adversaire Al le Fragile !

Le cirque qu'il causait lui arracha un petit sourire. Albus lui promit tout de même qu'il se vengerait bientôt. Tandis qu'ils retournaient vers le grand hall, il ne pouvait s'empêcher d'être impressionné par tout ce qu'il voyait.

— Tu habites quand même une baraque où tu peux passer ta journée entre une piscine, un sauna, un hammam, plein de jacuzzis, une énorme salle de jeux et tu t'ennuies pendant les vacances ? Vieux fou !

Scorpius haussa les épaules.

— Tout ça, c'est marrant parce que tu es là. Quand il n'y a que moi, je tourne en rond, ça me rend fou. Tu sais, je ne vois quasiment jamais mon père quand il est là, je le vois plus souvent à Poudlard qu'ici. Et ma mère, eh bien… Je… Quand, quand elle était là on passait parfois un peu de temps ensemble, mais… Elle… Elle était tout le temps à Sainte-Mangouste, ces derniers temps.

Scorpius s'était arrêté de marcher. Sa voix s'était déformée de manière nette dès qu'il s'était mis à parler de sa mère. Il était temps pour Albus de changer de sujet.

— Tu me fais visiter le jardin ? demanda-t-il.

Immédiatement, Scorpius retrouva un ton plus enjoué. L'effet qu'avaient ses propres pensées sur lui-même était si clair, si radical, qu'on pouvait lire sur son visage comme dans un livre.

Il l'entraîna dans une longue balade le long des chemins de graviers et des terrasses du manoir. Il s'avérait que le jardin central n'était qu'une toute petite partie de l'espace extérieur du domaine. Lorsqu'on s'éloignait un peu, on finissait par tomber sur tout un enchevêtrement de petits sentiers entourés de haies soigneusement taillées. La nuit tombait, et le jardin s'emplissait de l'agréable odeur des plantes nocturnes de l'hiver. Il lui présenta alors plusieurs dépendances du manoir, la plus vaste d'entre elles étant la maison de ses grands-parents Lucius et Narcissa. Scorpius le prévint qu'il risquait de tomber sur eux s'il se baladait sur le domaine, qu'ils pouvaient être assez étranges, parfois, mais qu'ils n'étaient pas méchants. Juste un peu stricts et vieux jeu.

— Ne parle pas politique, sang pur ou autres stupidités de l'ancien temps avec eux, et ça devrait bien se passer…

Albus, malgré sa curiosité, n'osa pas lui demander s'ils avaient vraiment été d'anciens Mangemorts. Ces personnes avaient l'air assez lugubres, il pria pour ne pas leur tomber dessus seul.

Lorsqu'ils rentrèrent au manoir, il était temps de manger. Albus s'étonna de ne voir que deux couverts dressés sur la longue table de bois massif de la salle à manger. Elle était si grande qu'ils auraient facilement pu y dîner à une vingtaine de convives. Scorpius lui répondit que son père mangeait très peu avec lui depuis qu'il était là, car il avait plein d'affaires à régler. Ils avalèrent leur dîner rapidement – Albus n'avait pas très faim, après son déjeuner de roi au restaurant – puis ils retournèrent dans la chambre de Scorpius.

— Oh, il faut que je te montre un truc ! s'exclama Albus en se précipitant vers sa valise.

Il en sortit la belle chemise qu'il avait achetée cet après-midi. Il voulait montrer à quel point il avait fait un bon choix, aussi il fit glisser son t-shirt à manches longues par-dessus sa tête et enfila sa chemise. Scorpius le fixait, curieux et fasciné, tandis qu'il en fermait les boutons.

— Alors ? demanda-t-il finalement en tendant les bras vers le sol, comme pour se soumettre à l'œil d'expert de son ami.

Scorpius l'observa sous toutes les coutures, brossant de temps en temps du revers de la main un pli par ici, une poussière par là…

Alors, sans rien dire, il ouvrit une petite porte sur le côté qui donnait dans un grand dressing, et commença à fouiller. Il en sortit un pantalon en tissu blanc éclatant dont les coutures étaient marquées d'un fil noir qui relevait toute la construction du vêtement, ainsi qu'une ceinture en cuir assez large avec une fermeture à poinçon. Il les lui jeta négligemment, en lui ordonnant d'enfiler le tout.

Albus s'exécuta sans rechigner, défaisant immédiatement sa ceinture et retirant son pantalon. Il savait, bon sang, il savait pertinemment que Scorpius le dévorait des yeux tandis qu'il se changeait, et il s'en moquait. Pire, il était heureux de le savoir ! Cela faisait battre son cœur plus fort et une étrange chaleur s'emparait de lui. En plus, il avait été assez inspiré ce matin car il avait enfilé son plus beau boxer. Ou son plus sexy, c'était au choix.

Lorsqu'enfin il acheva d'enfiler le pantalon de son ami, Albus se trouvait bien habillé, mais toujours pas autant que pouvait l'être Scorpius lorsqu'il faisait l'effort de bien se vêtir. Voyant le résultat, celui-ci annonça :

— On a vraiment la même taille tous les deux.

— Tu mens, je suis plus grand que toi ! De deux centimètres !

Scorpius roula des yeux. Il reprit :

— Bon, t'es très beau et tout, mais maintenant laisse faire l'artiste.

Il commença par sortir la chemise qu'Albus avait rentré dans son pantalon.

— Dehors, la chemise. C'est une coupe ajustée en chambray, c'est casual, ça ne se porte pas comme ça. D'ailleurs, ça a dû te coûter un bras !

Albus haussa les épaules. Quatre-vingt-neuf livres moldues, c'était cher, mais il s'en moquait.

— J'ai eu de l'argent à Noël.

— Je vois. Ben c'est une coupe casual.

En voyant son air d'incompréhension, Scorpius leva les yeux au ciel et expliqua :

— Ta chemise, patate ! Elle est courte, donc tu ne dois jamais la rentrer dans le pantalon ! Elle est faite pour être portée de manière décontractée, pourquoi pas même ouverte avec un t-shirt en-dessous. Aussi, regarde : elle est ajustée, tu vois comme le tissu est tendu ? La coupe suit la courbe de ton torse. C'est très beau, en revanche tu n'as pas le droit de prendre du bide avec ça.

— Ça tombe bien, j'y comptais pas.

Scorpius continuait de lui tourner autour en l'observant. À un moment, il se saisit de ses poignets, défit les boutons qu'il y avait là et retroussa ses deux manches jusqu'à ce qu'elles lui arrivent juste en-dessous des coudes. Il ouvrit le bouton du haut et lui redressa un peu son col.

Albus roula des yeux. Il avait parfaitement ajusté son col. Il le savait, il y avait fait attention. Il se demanda si tout cela n'était pas un peu un prétexte pour que Scorpius puisse étaler ses talents de styliste auprès de lui et le tripatouiller.

— Là, tu es parfait ! finit-il par dire. Superbe !

Albus alla s'observer dans un long miroir. Bon, ok, il fallait bien avouer qu'il était parfait. Toute cette attention aux détails de son ami l'avait fait passer de « bien fringué » à « absolu beau gosse », et cela se voyait. Il se trouvait plus beau qu'il ne l'avait jamais été.

Il ne pouvait pas le voir, mais sur le côté, Scorpius n'arrivait pas à décrocher ses yeux de lui. Il n'avait jamais vu Albus aussi bien foutu. C'était un réel plaisir pour les yeux.

— Faut avouer… commenta Albus sans trouver les bons mots.

— Garde le pantalon, annonça joyeusement Scorpius. Je te l'offre. Je refuse que tu portes tes frusques habituelles avec cette très belle chemise.

— Oh, tu me fais penser…

Albus retourna fouiller dans sa valise. Il en sortit le livre qu'il avait acheté pour Scorpius et le lui tendit.

— Joyeux Noël, Scorp.

— Oh…

Le garçon passa sa main sur la couverture avec révérence.

— Je, je pensais…

Scorpius semblait sur le point de pleurer à nouveau. Albus espérait sincèrement que cela ne se produise pas. Il ne savait pas s'il pourrait supporter de voir à nouveau son ami au trente-sixième dessous.

Finalement, le garçon ouvrit un tiroir de son bureau et en sortit un long écrin qu'il lui tendit.

— Joyeux Noël à toi aussi, Al…

Il ouvrit l'écrin et y découvrit une longue plume blanche dont le bout était noir. La pointe était taillée et recouverte de métal pour écrire plus facilement.

— C'est… C'est une plume à recettes. Tu la places sur un bout de parchemin près de ton chaudron, et tous les ingrédients, la quantité, la préparation, tout ça elle l'écrira toute seule. Je… C'est une idée de mon père, vu qu'il disait que tu ne prends pas assez de notes… Mais, j'ai… Je n'ai pas osé te l'offrir, parce que… Dans le train… Tu me disais que tu ne voulais plus faire de potions, et je l'avais déjà achetée à Pré-au-Lard… J'ai cru que tu me détesterais et que ce serait insultant si je te l'envoyais, et…

— Stop, Scorp ! Arrête, j'adore ! Je… J'ai voulu t'envoyer mon cadeau, aussi, mais… J'ai pas réussi, j'arrivais pas à trouver les mots pour t'écrire, après ce qu'il s'était passé…

Scorpius avait à nouveau les yeux humides. Il murmura :

— Je ne sais pas trop ce qu'il s'est passé, dans le train…

— Je… Je sais pas non plus, Scorp, avoua Albus, le regard fuyant.

Il se trémoussait, mal à l'aise.

— Tout ce que je sais c'est que c'était horrible, et que je veux plus jamais que ça se reproduise. Je… J'ai changé d'avis, tu sais ? Je pense qu'il faut qu'on continue. Si ça te plaît, le vol, alors il faut continuer. Et moi je veux bien continuer pour toi, si ça te rend heureux. C'est tout ce qui compte.

Scorpius le fixait avec une intensité qui était difficilement traduisible avec de simples mots. Il semblait avoir envie de dire quelque chose, quelque chose de si terrible, de si merveilleux, que le simple fait que ces mots franchissent ses lèvres représentait déjà un effort surhumain. Il ne savait pas trop ce qui le mettait dans cet état… Il était aujourd'hui une véritable serpillière à émotions, où tout se mélangeait dans un véritable chaos, cela n'aidait pas.

Finalement, n'y tenant plus, ne sachant pas comment agir, Scorpius le reprit dans ses bras et le serra contre lui encore un peu.

— T'es très câlin, toi, en ce moment, hein ? fit doucement Albus en lui tapotant maladroitement le dos.

Scorpius se sépara de lui en répondant :

— Désolé. Je… Je fais un peu un trop plein émotionnel, je crois. Tu me pardonnes si je suis un peu trop câlin jusqu'à ce que je me reprenne ?

— Alors là… Les câlins, c'est quand tu veux, murmura Albus, les yeux dans le vague.

Il se reprit et ajouta, moqueur :

— Je ferai de mon mieux pour les effacer de ma mémoire !

Scorpius hocha la tête, partagé. Il ne savait pas trop si Albus était sérieux en disant cela ou pas. Lorsqu'il eut retrouvé un peu de sa contenance, il reprit au sujet de leur engueulade du Poudlard Express :

— Je suis désolé que tu aies cru que je voulais te voler ton père, tu sais, c'est juste que… Enfin, ce n'était pas mon but, c'est juste que moi et mon père, tu sais, nous n'avons jamais été proches comme ça…

— Oh, ne t'excuse pas, Scorp. J'avais tort tout du long. J'étais envieux, je crois, et en effet un peu égoïste, admit-il avec un sourire désolé en coin. Mais tu m'as remis la tête sur les épaules, et tu as bien fait. Désormais je suis fixé, mon père m'a littéralement avoué qu'il te préférait à moi.

Scorpius fit volte-face en entendant cela.

— Pardon ?

— Oh, je t'ai pas dit ? demanda Albus, faussement désintéressé. Il a refusé que je vienne quand j'ai reçu ta lettre. Il craint encore trop ta famille, ce manoir, tout ça.

— Mais… mais comment tu es venu, du coup ?

— J'ai crié, expliqua Albus sans mentir. Tout le monde savait que mon père jouait au con, donc j'ai fini par gagner. Mais quand je suis parti, il m'a dit qu'il préférerait t'avoir comme fils, parce que toi, je cite, tu « sais tenir sur un balai, au moins. »

Albus savait qu'il exagérait ce que son père avait vraiment dit, mais il s'en moquait. Cela avait sonné ainsi à ses oreilles. Scorpius semblait horrifié par ce qu'il entendait.

— Mais, je… Je ne voulais pas, moi ! Je ne veux pas être un problème entre toi et ton père, Al !

— Oh non, ce n'est pas du tout ce que je voulais dire, Scorp. Mon père est un imbécile, c'est tout. C'est un problème entre lui et moi, et qui dure depuis toujours, d'ailleurs.

Il y eut un petit silence. Scorpius finit par lâcher à voix basse, les yeux au sol :

— Je suis content que tu sois là, moi, en tout cas…

— J'ai cru comprendre, ricana Albus. Mon dos a encore la marque de tes mains ! Tu serres fort.

— Désolé Al, s'excusa Scorpius avec un petit sourire. C'est juste que… J'ai passé la nuit et la journée à me demander ce que j'allais faire, à pleurer, à tourner en rond, je… Je craignais tellement que tu sois trop en colère contre moi pour venir, je n'osais pas t'écrire, et… À un moment, je n'en pouvais plus, j'ai cru que je deviendrais fou si tu n'étais pas avec moi, alors… Alors je t'ai écrit, et j'ai attendu que tu me répondes… J'étais terrifié, parce que si tu ne me répondais pas, je… Je crois que je me serais jeté du toit, sans rire…

Il avait lancé cette dernière idée avec un petit ricanement, comme si elle était absurde, mais Albus ne pouvait se retirer de la tête la conviction que ce n'était pas tant une blague que ça... Cela le terrifiait.

— Quand j'ai reçu ta réponse, je… Je… Je n'ai pas de mot. Tu as déjà eu l'impression d'être écrasé de partout, par tout ce qui t'entoures ? Et bien là, d'un coup, ça a disparu. Je n'ai jamais connu un soulagement pareil. Je crois que c'est à ce moment que j'ai arrêté de pleurer, et je t'ai juste attendu, là. Et tu es arrivé.

— Mais il s'est passé cinq heures entre ma réponse et mon arrivée ! Tu as attendu cinq heures sur ton lit en fixant le plafond ?

Scorpius alla s'allonger sur le lit, les mains derrière la tête, comme Albus l'avait trouvé en arrivant.

— J'étais comme cela, et je ne bougeais pas. Chaque fois que j'allais quelque part ça me faisait pleurer.

— Putain, Scorp… T'es dans un sale état, mon vieux…

Scorpius hocha lentement la tête.

— Oui mais tu es là, Al. C'est difficile à expliquer, mais vu que tu es là, j'ai l'impression que je peux dire les trucs même sans les dire… Je… Je ne sais pas comment expliquer mieux. Tout à l'heure, pleurer, rire avec toi… À la fin je ne savais plus ce que je ressentais, je savais juste qu'il fallait que ça sorte… Tu comprends ce que j'essaye de dire ?

Ce fut à Albus d'acquiescer. Il alla s'asseoir sur le matelas à son tour, à côté de son ami, adossé à la tête de lit.

— Ça, pour le coup, je connais, admit-il. Tu sais, j'ai pas passé de superbes vacances non plus… J'étais aussi convaincu que tu me détestais, à présent, ou qu'en tout cas tu m'en voudrais toujours pour ce que j'ai dit dans le Poudlard Express. J'avais… J'avais peur d'avoir cassé quelque chose, entre nous, tu sais ? Ces jours-ci, j'ai trop peur de… C'est con à dire, mais de plus t'avoir…

Scorpius le fixait comme s'il était hypnotisé par lui.

Le ballet qui avait lieu dans la pièce entre les deux garçons était fascinant. Sitôt que l'un parlait, l'autre buvait ses paroles. Ils étaient tant à fleur de peau, tant à court de carapace ou d'armure, que les mots de l'un transperçaient systématiquement le cœur de l'autre. Les deux garçons étaient en train, sans s'en rendre compte, de plonger ensemble dans un inconnu merveilleux, et terrifiant à la fois… Et cela ne semblait pas les inquiéter. Il était probable qu'ils ne s'en rendissent même pas compte.

— Quelles vacances de merde, conclut Scorpius… J'ai passé les miennes à Sainte-Mangouste, à… À voir… À voir les derniers jours de ma mère…

Albus vit que les larmes coulaient à nouveau le long des joues de son ami. Il passa la main derrière ses épaules, de sorte à le tenir contre lui dans ce qui se rapprochait le plus d'une étreinte amicale vu leurs positions respectives sur le lit.

— Tu as su quand ?

— Quoi ? Que c'était la fin ? Je… Quand j'ai retrouvé mon père sur le quai. Ma mère n'était pas là, et… Ça se voyait… Il se passait un truc… Mon père m'a emmené direct à l'hôpital. Elle… Ça faisait presque une semaine qu'elle agonisait…

— D'où l'absence de ton père à Poudlard ?

Scorpius hocha la tête.

— Elle luttait pour te voir une dernière fois, Scorp, reprit Albus avec douceur.

— C'était… C'était juste horrible. Elle n'ouvrait jamais les yeux, elle avait des tuyaux de partout… Elle ne m'a regardé qu'une seule fois, tu te rends compte ? Et je ne sais même pas si elle m'a reconnu… Cette… Cette nuit… J'ai été réveillé à une heure par mon père, qui m'a fait transplaner à l'hôpital sans même que je puisse m'habiller… On est arrivés juste à temps pour la voir une dernière fois, et puis c'était fini.

Les larmes coulaient toujours le long de ses joues, mais elles ne l'empêchaient pas de parler.

— Je suis là vieux. On va essayer de profiter au mieux de la fin de ces vacances, ça te va ? On est ensemble. Quand on est ensemble, rien nous arrête. On est les rois. On va être les rois jusqu'à ce qu'on retourne à Poudlard, et encore après, et on laissera rien nous empêcher d'être au sommet, tous les deux ! Ça te va ?

Scorpius, le visage encore larmoyant, eut tout de même la force de lui lâcher un petit sourire.

— Merlin, oui… dit-il.


Merci de m'avoir lu ! J'espère que ça vous a plu !

J'ai trop envie de savoir ce que ce chapitre vous a fait ressentir ! Joie, tristesse, colère, ou même neutre ? Dites le moi, car j'ai passé des heures à tailler et retailler pour essayer de faire naître les émotions que je voulais chez les lecteur·ices, et j'ai très envie de savoir si j'ai réussi !

Ce sommet dans la relation entre Albus et Scorpius est à l'opposé de l'abysse infini qu'est la relation entre Albus et son père. Harry va devoir apprendre à gérer ses traumas et va devoir reconstruire beaucoup de choses avec son fils s'il ne veut pas tout briser. C'est aussi un peu ça, son but dans cette histoire ! Alors, comment vont se passer la vie des deux ados, seuls au manoir ? Lucius et Narcissa y sont-ils toujours ? Est-ce ici que leur relation va réellement avancer ? Il faudrait déjà qu'Albus accepte d'analyser ses sentiments envers son ami ! Toutes les réponses vendredi 2 septembre, dans le chapitre 10 : Vacances au manoir !

N'hésitez pas à commenter, mettre en alert ou en fav, c'est très important pour nous ! Je vous fais de gros bisous et vous dis à la semaine prochaine !